Mes petits croquettes en guimauve (cro... qu-quoi) aujourd'hui est un jour absolument magnifique et exceptionnel car j'ai... lavé mes cheveux ! Non, plus sérieusement, je vais enfin répondre à vos reviews, sur les deux premiers chapitres, puisque je poste d'habitude à une heure trop tardive pour le faire. Alors pressons le pas mes petites chèvres et commençons avec :

Pokera : Je pardonne les retards, car je suis très mal placée pour m'en plaindre :D Le personnage d'Arthur en prostitué est peut-être « choquant » dans un sens, puisqu'il n'est pas forcément le premier auquel on penserait pour ce rôle, mais au fond il n'est qu'une petite chose qui joue le jeu pour ne pas se montrer trop faible. Donc oui, il a bien fait de tomber sur Francis, celui qui a de l'affection à revendre. Merci beaucoup pour tes reviews, j'espère te satisfaire par la suite o/

Black-cherry8 : Franchement, pourquoi je m'embête à te répondre -tousse- et à recopier ton pseudo. Histoire noire, hmmm j'essaye oui, tu sais. Je suis toujours pour le fluff et le hurt/comfort donc va savoir si je vais réussir à relever le défi cette fois : dans l'idée, j'ai des ambiances bien trash, mais je n'arrive absolument pas à les restranscrire- Et ça c'est frusssstrant. La famille d'Arthur a bien une raison d'exister, mais je ne pense pas la mettre autant en avant, hélas. Beuzou la darling.

Kurea-chan : Saaaalut ma poule, pose-toi là, on est bien ;D Vous êtes tous sur Jeanne décidément, à croire que ça paraît EVIDENT qu'il va se passer un truc -tousse- Ah ça, des coups de putes, c'est rigolo d'en placer, et c'est surtout assez facile dans un contexte comme celui-là. La problématique est qu'on ne sait pas à quel point Arthur est encore influencé par son ancien quotidien et ça, ça peut donner de gros problèmes un peu n'importe quand~ J'en dis beaucoup diantre, lit donc plutôt !

Nebelsue : Alors pour toi ce sera très très très court mais j'essaye hein /mur/ Le coup du canapé ne vient pas de moi là non plus. Mais fallait que je le place. Du film dont je me suis inspiré, c'est l'une des rares choses que j'ai emprunté. Surtout qu'à la base, il n'était pas sensé se retrouver quasi à walp en train de jouer avec son camarade de jeu. Bref.

loni24 : Si tu as su ressentir l'ambiance, me voilà comblée \;v;/ Car c'est toujours ce que je cherche à retranscrire, dans mes fics. À toi je te réponds car ça fait plaisir de savoir que l'un des buts est atteint. Merci~

Nunaat et Tooran : Je vous fais un gros câlin gâteux. Attention aux puces.

Je vous embrasserais bien aussi avec la grâce d'un phoque qui s'écroule sur un canapé, mais passons passons. Vous êtes là pour le troisième chapitre et il est parfaitement normal que vous ayez sauté ce gros pavé de remerciements qui ne concerne pas tout le monde, et même, qu'une personne qui a précédemment commenté ne lit que dix secondes pour trouver son petit mot :D Oui je sais, je marche pareil.

Pour conclure ce bla-bla, j'ose vous espérer la bonne lecture !


Au bout de deux semaines de colocation improvisée, ils étaient toujours en vie et en parfaite santé.

Pas de crise de nerfs, d'invité surprise, et très peu de boulettes. Le truc était encore d'habituer Arthur à certaines règles auxquelles Francis sévissait légèrement lorsqu'il ne les respectait pas. C'était gros pour un ancien bachelier de 18 ans, mais s'il se comportait comme un enfant, alors il allait le considérer comme un enfant. Encore que, Francis ne possédait visiblement le gène paternel qu'avec de vrais bambins, puisque le rebelle s'avérait trop libre dans sa pensée pour vraiment donner l'image d'un mioche perdu. Au bout de quelques temps donc, l'artiste s'était résolu à desserré la bride et à vivre comme s'ils étaient deux à partager un loyer de manière responsable... sauf qu'il payait pour deux. Durant ces deux semaines, l'un en avait plus apprit sur les goûts de l'autre, quoique le jeune anglais – c'était ce qu'il avait précisé sur ses origines – était privilégié sur le passé et la vie quotidienne de Francis, lui qui n'a aucun sombre secret à cacher. Évidemment, ce dernier ne fut en aucun cas récompensé avec les quelques détails qu'il aimerait connaître de son protégé. Sans doute par peur qu'il essaye de faire bouger des choses auxquelles il préfère qu'on ne touche pas.

Mais le but de Francis était autre : lui accorder le droit de vivre comme il l'entend. Et avant, le remettre dans le droit chemin. Il voulait le réconcilier avec le monde du jour avant de l'y relâcher, libre de ses droits. Le plus dur allait être de laver ses pensées, voulant être sûr qu'il ira volé de ses propres ailes sans faire de... « rechute ». Qu'il retombe du jour au lendemain dans la perverse façon de vivre de la nuit serait regrettable.

Durant ces deux semaines, en plus de se connaître davantage, le rebelle se faisait doucement chouchouter par son nouveau garant.

D'abord, chose primordiale, il lui avait acheté des vêtements. Des vrais, des chauds et des corrects pour l'hiver, dignes de ce nom. Il avait enfin jeté ces bouts de cuir pour les troquer contre des habits plus doux, en laine ou en coton, qui recouvraient bien ses bras et ses jambes. Ce qui n'avait pas étonné Francis, c'était qu'il avait choisi un style bien propre à son caractère. Encore du cuir, mais pas pour attirer les regards sur sa personne cette fois. Il avait, semble-t-il, opté pour le punk, avec des foulards, des bracelets à clous, des t-shirt rappelant ses origines, bref, la panoplie du petit méchant qui vole son sac à mémé. À l'exception qu'Arthur pouvait se révéler doux comme un agneau, quand on s'en occupe comme tel. Et puis, ça lui faisait tellement plaisir, l'artiste n'avait pas résisté à l'idée de le gâter un peu en voyant ce regard pétillant dans le magasin.

Arthur prenait également goût à la cuisine du français. Les sandwichs clubs et les pastabox, ça allait bien cinq minutes et c'était sans doute plus que ce qu'Arthur pouvait mangé avant, mais il s'est avéré que ça ne suffisait plus. Qu'à cela ne tienne, ça tuait un peu son temps de travail, mais Francis acceptait volontiers d'occuper la cuisine pour en ressortir une heure plus tard avec des plats plus raffinés et faits maison. Et ça lui plaisait énormément. C'était un pas de plus dans le confort que le destin lui refusait. Encore une fois, le latin était ravi de ces changements qu'il pouvait lui apporter. Il ignorait combien de temps encore il allait devoir agir de la sorte pour le faire basculer du côté clair de la Force, mais en attendant, sa petite bouille émue par les sensations du palais était drôle à voir.

Pour résumer, tout se passait tranquillement. Trop tranquillement hélas. Francis ne se voyait pas s'occuper encore trop longtemps de ce jeune rebelle et il devait le motiver à bouger un peu.

Deux semaines que Francis restait ou sortait rien que pour travailler. Arthur, lui, demeurait sage et patient. En tout cas, il piquait rarement des crises lorsque son hôte s'absentait jusqu'au soir. Sans doute avait-il sous-estimé le comportement possiblement adulte de ce mioche. Là, l'artiste revoyait ses factures. D'eau, de gaz, d'électricité. Sans compter les fiches de payes qu'il recevait pour preuve que son métier ne lui rapportait pas que du plaisir pour son talent.

- C'est cher payé, commenta l'anglais.

- Plutôt, oui.

- Et avec tout ça tu n'achètes pas plus grand pour vivre ?

- C'est l'argent qui me sert à payer mon loyer, mes factures, mon frigo et surtout mon matériel. Pour faire du travail de qualité, il faut le matériel de qualité. Et pour ça, il faut y mettre le prix.

- C'est un peu comme tourner en rond...

- Je sais, mais cette façon de vivre me convient parfaitement, conclu-t-il dans un sourire épanoui.

Arthur avait intérêt de comprendre que l'argent n'était pas la chose qui pouvait acheter toute une vie. Même si techniquement, on allait pas se le cacher, ça pouvait nous apporter le minimum nécessaire. Mais ne vivre que dans les choses matérielles... ça semblait pitoyablement triste. Un court silence suivit cet échange avant qu'il ne range la paperasse dans une chemise en carton.

- Dis-moi Arthur... Qu'est ce que tu veux faire ?

- Ce que je veux faire ?

- Plus tard. Pour ton avenir.

Il s'attendait à l'expression de surprise puis embarrassée que le britannique lui renvoya.

- Je ne sais pas si je peux vraiment... enfin...

- Dans ce cas je vais reformuler ma question : qu'est ce que tu aurais aimé faire ?

Nouveau silence. Une hésitation, puis il avoua avec une légère rougeur aux joues :

- Journaliste.

Les yeux bleus se levèrent vers lui, accompagnés d'un sourire sincère.

- C'est très ambitieux.

- Mais impossible.

- Pourquoi « impossible » ?

- J'ai loupé mon bac, je ne vais ni en fac, ni sur un quelconque lieu de travail. Je ne cherche pas de petit job, et je ne vais plus chez moi. Si j'étais vraiment ambitieux, j'aurais fait plus d'efforts et de progrès...

Cette andouille ne voyait pas qu'avoir quitté la prostitution et réalisé son erreur était déjà un gros progrès.

- Tu es encore jeune Arthur. Tu peux toujours te rattraper. Et maintenant que tu remontes la pente...

- Je ne la remonte pas, on me tire vers le haut, coupa-t-il en fixant son interlocuteur. Si tu ne m'avais pas trouvé Francis, je n'en serais pas là, et je n'aurais rien obtenu... pour ne pas dire qu'en fait, je ne possède rien.

La lucidité du garçon l'étonna. Il comprenait parfaitement qu'Arthur n'était ni plus ni moins qu'un squatteur dans son salon, et que même s'il avait compris dans quel pétrin il s'était fourré, ça n'allait pas lui suffire pour reprendre sa vie en mains. Mais alors, si l'anglais savait déjà tout cela, s'il n'était pas aussi inconscient qu'il ne l'aurait cru, s'il jouait avec le feu tout en sachant très bien qu'il risquait de se brûler, pourquoi avoir continué ? Habitué à ne pas pouvoir obtenir les réponses à ses questions, Francis décida cependant de ne pas l'interroger encore là-dessus. Si Arthur était autant au courant, alors il allait le lui dire de son gré un jour. Il allait gagner le reste de sa confiance, le mettre à l'aise dans son univers, et un jour, celui où il ne craindra plus rien, il lui dira tout. L'artiste était patient, il n'allait pas forcer les choses.

Quand bien même, il allait les faire bouger un peu.

Et bien sûr, en échange de son hospitalité, Arthur lui devait obéissance.


La semaine suivante, première fois que Francis sort en compagnie du jeune homme.

Car bien évidemment, le jeune adulte - dit le gamin – n'avait pas revu l'extérieur depuis que l'artiste l'avait recueilli. Il restait toute la journée dans ce studio, qu'il avait vite adopté comme sa propre chambre. Avec le respect nécessaire parce qu'après tout, ce n'était pas son véritable chez lui. Mais il était évident qu'il s'y croyait déjà, ce dont Francis se réjouissait. C'était un pas de plus vers l'ouverture de son cœur. En attendant, ils étaient là, à la sortie du métro, achevant de monter les escaliers pour rejoindre la rue. Visiblement, l'anglais n'avait pas visité les alentours de la ville depuis ses douteuses activités, puisqu'il regardait partout comme un parfait touriste. En le voyant agir ainsi, Francis se mit en tête de lui demander un jour comment une famille anglaise s'est retrouvé dans la capitale française. Les deux traversèrent la route, rejoignant l'entrée d'une galerie marchande.

- Je vais te présenter un ami à moi. Je lui ai donné un coup de fil l'autre jour et... il est d'accord, termine-t-il avec un sourire.

- D'accord ? D'accord pour quoi ?

L'hôte resta silencieux, soulevant l'intrigue de son protégé, qui ne pouvait plus que le suivre sans rien demander d'autre. Quelques mètres plus loin, après la traversée d'un passage piéton et être passé à côté d'un panneau décoré d'une signature très professionnelle, sur laquelle l'oeil d'Arthur lorgna quelques secondes, ce dernier s'exclama :

- On va dans une maison de presse... ?

Toujours le silence. Juste l'accentuation d'un sourire un peu plus satisfait de sa surprise.

Dans le hall d'entrée d'un bâtiment assez impressionnant, une ambiance digne des bureaux classiques – celui qui contient toutes les fortes têtes – les accueillit, sans compter un homme plus grand que Francis, dont le visage s'ornait facilement d'un autre sourire naturellement plus enjoué. Celui-ci tendit la main au français, non sans oublier de jeter un regard chaleureux à l'anglais.

- Privet, Francis. Ça faisait longtemps.

- Salut, Ivan. J'appelle moins souvent tout le monde en ce moment, c'est vrai... Mais bon, tu me comprends, hein ? Voici Arthur, dont je t'ai déjà parlé au téléphone.

À ces mots, il tapota gentiment l'épaule de ce dernier.

- Toujours d'accord hein ?

- Bien sûr ! fit-il en regardant à nouveau le concerné. Aussi longtemps qu'il le voudra.

Sans comprendre grand chose, le jeune rebelle leva les yeux vers son tuteur.

- Arthur, je te présente Ivan Braginsky. Il travaille dans la presse écrite depuis trois ans. Ça paraît court comme ça, mais en fait, il est très assidu et connaisseur dans le métier. Nous nous sommes entendus et, selon son planning maintenant, tu passeras un petit stage personnalisé avec lui, où il t'enseignera tout ce qu'il sait, en tant que journaliste... Si tu es d'accord bien sûr.

S'il était d'accord ? C'était déjà dur pour Arthur d'imaginer Francis lui concocter une petite surprise du genre, lui qui avait abandonné son rêve de pouvoir travailler dans cette branche, et il lui demande si ça ne le dérangeait pas d'en savoir plus ? Il ne s'en rendait pas compte, mais l'adorable bouille émerveillée du jeune adulte fit rire les deux autres, avant qu'il ne se reprenne, car trop gêné par cette attitude qu'il n'a pas su maîtriser. Pour l'embêter, l'artiste peintre le décoiffa affectueusement, ce à quoi il reçut une ribambelle de protestations enfantines en retour. Devant ce petite spectacle, le journaliste ria sous cape, ou plutôt sous écharpe, un objet fétiche dont il avait visiblement du mal à se séparer. Un petit souvenir familial, qu'il lui avait dit autour d'un verre, une fois.

- Voilà ce que je te propose Arthur... fit-il. Sur six mois, je te montrerai les étapes au bureau, sur la réception d'infos, la communication, l'organisation d'un article et d'un numéro, et je te présenterai à quelque collègues. Ensuite, au printemps, nous ferons quelques déplacements pour des enquêtes sur le terrain, avec interviews, rencontres... Je prévois bien sûr une période à la fin où je te laisserai un peu de liberté : tu seras sans doute familier avec le reste d'ici là et, qui sait, je pourrai bien te réserver une petite place dans nos locaux pour plus tard...

Arthur écoutait attentivement, sous les yeux ravis de Francis. C'était le regard épanoui d'un adolescent qui quittait l'enfance pour entrer dans la vie active. Qui rêverait de faire des études. De se débrouiller avec un petit boulot, des cours, une petite cafétéria pour se reposer entre les deux... Francis ne pourra pas lui offrir tout ça. En revanche, une vie nouvelle, un nouveau départ stable bien que bâclé au niveau scolaire, ça il le peut. Il suffisait de patience, d'un peu d'argent et d'énormément de volonté. Francis le voyait : l'anglais en était capable. Il devait reprendre confiance en lui, en ses capacités, et en la vie. Il allait déterrer cette seconde chance que personne n'a voulut lui donner, et lui en faire cadeau. Sans remerciement en retour, car après tout, sa récompense, ça ne sera que l'accomplissement d'un jeune homme heureux.

Francis tapota malicieusement la petite tête blonde en souriant au russe.

- Je lui donnerai ton numéro de téléphone.

- Hé, arrête ça !

- Arrête quoi ?

- Ça là.

- Je te touche les cheveux.

- Tu me traites comme un gosse.

- Tu es un gosse.

- Est ce que je te tire les cheveux, moi ?

- Surtout pas, j'y suis sensible.

- Vous êtes amusants, tout les deux.

Ivan ria doucement de cette complicité. Enfin, cette immaturité partagée. C'était adorable à voir. Arthur répliqua, Francis fit de même. L'un ne voulait pas laisser raison à l'autre, mais ils ne se disputaient pas pour autant. Vivre enfermé dans un petit studio avec un adolescent dur de la feuille, même avec un commencement déplorable, ça entraînait à tester une nouvelle sociabilité. Et Arthur avait accepté de nouer le lien avec Francis.

Lorsque les deux saluèrent le journaliste après quelques formalités, ils reprirent une marche visiblement à nouveau but dans la ville. Arthur n'était de toutes évidences plus habitué à faire son shopping, puisque plus habitué à avoir de l'argent, des vêtements propres et chauds, de la compagnie agréable et surtout, une bonne fin de journée sans avoir à penser quoi manger et où dormir. C'est en jetant un regard intrigué à Francis, soulevant ainsi la question, qu'il comprit.

Un contact avec le monde du jour, c'était la prochaine étape.


Francis occupa le reste de l'après-midi en emmenant Arthur faire de nouvelles courses. Ils avaient d'abord besoin de remplir leur frigo, et les petits muscles du britannique furent mit à l'épreuve lorsqu'il dût porter les sacs qui contenaient plus de matériels artistique – que Francis prenait à chaque fois « en plus » alors qu'à la base, ils venaient chercher trois paquets de pâtes et un gigot – que de vivres pour la semaine. Lui qui d'ailleurs semblait pouvoir vivre de peinture et d'eau fraîche – pour ses pinceaux, l'eau, pas pour la boire – faisait plus attention au choix des dits objets plutôt qu'à ce qui allait se retrouver dans leurs assiettes. Et lorsque Arthur lui fit cette remarque, l'artiste en ria avant de répondre que de toutes façons, il vivait autant de dessins que de nourriture – si si, il parlait bien de l'argent qui achetait la nourriture.

Les provisions – et le matériel – achetés, Francis traîna Arthur jusqu'à une autre rue commerçante. Un peu loin, mais prétexte à « muscler ces petits bras » de son protégé qui se plaignait de devoir porter les sacs comme ça sur tout le trajet. Arthur ne comprenait pas ce qu'ils allaient faire dans une boutique téléphonique, chargés de commissions.

Un peu plus tard, Arthur se retrouvait avec un téléphone à lui entre les mains.

C'était vraisemblablement une nouvelle preuve de la confiance que Francis lui accordait. Et cette fois, plutôt que de gaffer comme en laissant entrer de parfaits inconnus parce que la porte n'était pas fermée à clé, le britannique n'allait pas en profiter pour passer des coups de fil étranges. Il n'en revenait pas. Laisser autant de terrain libre à un garçon qui aurait pu lui attirer des ennuis. Le type de l'autre fois aurait pu revenir pour essayer de terminer ce qu'ils avaient commencé. Donné l'adresse à d'autres profiteurs pour qu'ils se réunissent tous là-bas et finir par virer le propriétaire.

Toutes les sales choses qui auraient pu se produire par la faute d'Arthur, dans la vie d'un homme aussi bon.

L'anglais se sentit idiot en regardant ce cadeau électronique, nouvelle clé de cette confiance presque aveugle qu'il lui donnait. Si fort que le « merci » qui lui échappa du bout des lèvres était honteux, triste de ses bêtises passées, mais tellement reconnaissant...

- Il te servira plus qu'il ne te gâtera. De cette manière, tu pourras me dire si tu as un soucis, quand je serai au travail.

Alors qu'Arthur se considérait encore comme le problème de Francis.

Cet artiste était décidément trop gentil. Dans le monde d'Arthur, celui de la nuit, ce genre de neuneu finissait mal; ou bien dépouillé de son argent, ou bien assommé et presque mort dans un caniveau. Il ne traînait autrefois certes que dans la prostitution, mais il en a vu d'autres. Seuls des habitants de la nuit peuvent voir ce qui se passe, et à qui. Il avait déjà rencontré une autre prostituée qui baignait non seulement dans l'argent sale, mais en plus dans une histoire de « glauque règlement de compte ». Inutile de dire qu'elle n'y a pas réchappé. Arthur ne l'a plus jamais revu, mais il avait bien reconnu sa tête dans les faits divers, en passant devant un kiosque.

Et lui, pauvre fou qu'il a été de trahir la confiance de Francis une première fois, était en vie.

En parfaite santé.

Chouchouté, dorloté, et en plus on surveillait sa santé.

Si avec ça, Arthur osait encore se plaindre.

Perdu dans cette réflexion, la main de Francis qui vint se poser sur son épaule le ramena à la réalité. L'anglais cligna des yeux, puis en regardant ailleurs, remercia encore son hôte. Celui-ci, conscient qu'il y avait encore du chemin à faire au niveau du décoincement, sourit simplement sans rien ajouter de plus. Juste avant qu'ils ne reprennent la route, Francis enleva l'appareil de ses mains avant d'y faire quelques manipulations, puis de lui rendre. Après vérification du britannique, il constata qu'il venait d'ajouter trois numéros : le fixe de la maison, le portable de Francis, et celui d'Ivan. À peine il leva à nouveau les yeux vers lui que le latin s'était déjà éloigné, encourageant Arthur qui, en rebaissant le regard, découvrit une nouvelle fois les sac de commissions à ses pieds.


La fin d'après-midi s'était révélé chargée en marche. Francis venait de traîner son jeune protégé un peu partout en ville, lui montrant des boutiques et des coins de rues qu'il connaissait sans doute déjà. Mais il ignorait jusqu'où Arthur allait dans le monde de la nuit. Et sans argent, il était probable qu'il n'allait jamais bien loin. Il devait avoir son petit territoire, là où il était sûr de trouver des clients suffisamment « généreux » qui acceptaient de l'accueillir. Uniquement en échange de certains soins, évidemment... Comment pouvait-on être égoïste à ce point ? Ces types étaient-ils trop aveugles pour voir qu'il avait surtout besoin d'aide ? Nan... C'est juste que ça devait être des gros dégueulasses. Et encore, il pesait ses mots. Lorsque le soleil eut fini d'éclairer les rues, Francis acheva leur journée – et leur randonnée improvisée – dans un petit café rétro qui tapait bien dans l'oeil du jeune protégé. Ça s'accordait bien à son style, en tout cas. Francis sourit à l'idée d'avoir pu saisir aussi vite les goûts du jeune homme, à moins que ça ne soit l'habitude du cuir qui l'ait mené à apprécier cette mode... ?

Du moment qu'il ne tortillait plus du cul...

Déjà à son aise, Francis invita le sourcilleux à prendre les siennes lorsqu'ils s'assirent à une petite table assez éloignée, collée à la fenêtre. Fenêtre qui donnait vue sur une modeste rue partagée entre l'univers du jour et de la nuit : lorsque les jeunes filles sortent en boîte, ou qu'un particulier rentre péniblement de son boulot. Allait bientôt s'en suivre un moment de silence et, quelques heures plus tard, l'ouverture fatidique sur le monde anciennement terrain de jeux d'Arthur. Celui-ci attarda justement son regard dessus, reconnaissant sans doute les brimes de son ancien quotidien. L'artiste-peintre en profita pour le fixer, l'analyser du regard, et surtout, l'attitude de ses yeux.

Il priait pour que ceux-ci n'aient pas le signe d'une impatience mal dissimulée. Ou d'un vice caché. Si ça se trouve, Arthur mentait très bien et avait un bon jeu d'acteur, suffisamment fort pour jouer les têtes d'ange avant de se faire la malle au moment où Francis s'y attendrait le moins et... il repartirait dans ce monde lugubre comme un animal sauvage récemment arraché de son état naturel. Mais Arthur était plus malin qu'un ours ou qu'un cheval. Il ressemblait plutôt à un chat.

Un chat de gouttière qui n'accepte le contact que pour être nourri, avant de repartir vagabonder.

Mais il savait – ou du moins il espérait – que toute l'attention qu'il lui donnait le changeait. Lentement mais sûrement. Il était presque sûr de l'avoir enfin détaché de ces malsaines habitudes, ne restait plus qu'à le mettre en confiance dans son propre monde. Et lorsque ceci sera fait, il pourra le laisser repartir reconstruire sa vie sur de nouvelles bases. Ça ne semblait pas trop compliqué, comme plan.

- J'aime bien l'endroit... souffla le protégé.

Un sourire qui signifiait « tu m'en vois ravi » éclaira le visage de son tuteur, et celui-ci posa le menton sur ses mains jointes, coudes posés.

- C'est un peu loin de la maison, mais c'est sympa, hein ?

- Tu as fait exprès de me faire courir dans toute la ville alors, n'est-ce pas ?

- Qui sait.

Haha non. En fait, c'était du bluff. Francis était malin, mais il jouait les malins. Il ne s'était jamais occupé d'un adolescent à la limite de la majorité jusqu'à maintenant. La bonne chose était qu'au moins, Arthur n'avait pas besoin d'attention toutes les cinq minutes. Si on avait demandé au français de s'occuper d'un garçonnet en bas-âge, il s'en serait arraché les cheveux avant la fin de la première semaine. Dieu merci, le jeune rebelle était plus sage que cela, lorsqu'il s'en donnait la peine. Dans un cas général en fait, Arthur était blasé. Sans doute parce qu'il avait quitté deux vies : celle où il vivait encore avec sa famille, et celle des rues. De ce fait, il ne savait plus vers où s'orienter, et trouver une occupation opposée à celles qu'il « pratiquait » ne le motivait pas forcément. Ça aussi, c'était une part du boulot du latin.

Mais au moins, il y arrivait.

Peu après que l'unique serveuse – comme quoi le café était vraiment petit – soit passé pour prendre leur commande, Francis se frotta les mains tout en scrutant l'anglais de la tête aux pieds – ou plutôt de la tête au ventre, la table cachant le reste. Celui-ci, un peu mal à l'aise au milieu de ce petit monde détendu par la fatigue du soir, cherchait discrètement une position sur sa chaise. L'autre s'en amusa en riant doucement.

- Calme-toi. On vient juste prendre un truc à boire et puis on rentre.

- Oui, oui...

- Tu donnes l'impression d'être menacé par tout ceux qui t'entourent Arthur... Relaxe.

- Je suis relaxé... ! C'est juste... eux... qui me regardent...

- C'est parce que tu te trémousses comme si tu voulais aller te soulager. Détend-toi.

Il fit une moue suite à cette comparaison, et enfin, trouva l'aisance de s'asseoir correctement. Un court silence s'en suivit, calmant définitivement le britannique. Ce premier temps passé, la serveuse revint, servant deux tisanes – le café, les choses sucrés comme le chocolat chaud et le thé étant exclus, autrement ni l'un ni l'autre n'allait pouvoir dormir. Le britannique s'empressa d'en boire déjà la moitié, pressé justement de se sentir plus à l'aise. Ce à quoi Francis en profita pour reprendre son observation. L'un s'était habitué à la présence de l'autre, mais le mystère autour du plus jeune demeurait entier. Il espérait qu'Arthur allait bien finir par s'ouvrir à lui, autrement on allait jamais sortir de cette histoire. Surtout que l'artiste, lui, savait pertinemment qu'il n'allait pas pouvoir le soutenir d de façon permanente. Il pouvait s'occuper de lui, de sa santé, de ses repas, de ses occupations quotidiennes. De lui tenir compagnie, de le gâter un peu socialement, de le chouchouter de temps en temps... Mais ça s'arrêtait là.

Malgré tout le secours qu'il voulait lui porter, Francis était conscient du fait qu'il ne pouvait pas prendre entièrement la charge de ce garçon. Ce dernier allait devoir faire demi-tour pour cesser de montrer son dos à tout ceux qui l'attendent. Sa famille. Sa maison. Sa vie. Sa vraie vie, pas celle que Francis est en train de lui emprunter. Bien sûr, il prévoyait de lui offrir un nouveau départ, mais il se sentait trop responsable pour le laisser absolument faire ce qu'il voulait. Il était encore jeune, il était tout juste adulte – malgré le fait qu'il était encore gamin – il ne pouvait pas couper tout de suite les ponts avec le reste. Arthur n'était pas tout à fait libre de tout ce qu'il a cherché à fuir.

Sauf qu'on en était encore loin. Et que pour l'instant, tout ne reposait que sur la patience. Patience. Patience... et patience.

- Qu'est ce qu'il y a ? demanda le jeunot en remarquant son regard insistant.

- Tu ne veux pas qu'on parle un peu ?

- Pourquoi parler ici, on le fait bien à la maison...

« Ce n'est pas ta maison » allait corrigé Francis, mais il se retint à temps.

- Personne ne te veut du mal, ici, Arthur. Regarde : les gens sont biens, là. Ils ne font même plus attention à toi. Il faut que tu arrêtes de paranoïer en croyant que tout le monde surveille le moindre de tes faits et gestes. Tu avais peut-être peur dans ton ancien « monde », mais ici on s'occupe plus de sa pomme plutôt que de celle des autres. Encore moins celle d'inconnus.

- Hm...

Pas très convaincu aux premiers abords, mais sa petite moue fit comprendre que le message était passé.

- Tu veux parler de quoi ?

- De tout et de rien. Et de toi.

- De tout et de rien surtout.

Bien sûr, il restait fermé sur le sujet. Mais cette fois, Francis s'autorisa à forcer une porte.

- Je me demandais si ta paranoïa était naturelle.

Comment demander s'il avait déjà eu des problèmes dans sa « fonction » tout en finesse. Évidemment, il était grillé. Car Arthur resta silencieux. Et lorsque le français insista gentiment du regard, et qu'il reçut une expression agacée en échange, il regretta presque d'avoir posé la question. Mais avant qu'il ne puisse s'excuser, le garçon répondit :

- Il y a des clients barbares.

L'ouverture d'un sujet sensible.

- Il y en a aussi qui ne se gênent pas pour suivre les prostitués partout où ces derniers pensent être tranquille...

- J-J'aurais dû-

- Mais les pires sont sans doute ceux qui ne respectent pas un minimum les dites personnes.

Car certains de ces gens, vendeurs de leurs corps, devaient être vraiment au bord du gouffre pour en arriver là. Ils n'étaient pas forcément mauvais ou juste avides de choses malsaines. Mais à voir l'évolution d'Arthur avec lui, il était persuadé d'une chose : que c'était son dernier recours. Intrigué par le silence qui suivit la conversation, le latin leva les yeux de sa tasse vers l'anglais, dont ce dernier avait justement plongé le regard dans la sienne. À l'évidence, il était tombé sur quelque chose. La tristesse qui tirait doucement le visage de son petit protégé le foudroya d'une vérité cruelle mais possible. Et plus il y pensait, plus ça lui semblait vrai.

- Arthur... L'un d'eux t'a-t-il déjà fait du mal... ?

Il faillit ne pas voir le très léger hochement de tête qui confirma ses doutes. Pas besoin de détails, il voyait parfaitement de quoi il était question.

Un client plus idiot que les autres avait violé Arthur, et même s'il se laissait prendre pour de l'argent, il n'y avait aucune raison pour que l'acte soit aussi traumatisant. Il voulut s'excuser, d'avoir amené le sujet ou bien de cette horrible expérience, mais le jeune blond devait déjà se sentir assez mal pour qu'on le prenne davantage en victime. Il devait l'encourager à sortir de ce trou, pas l'enfoncer dans l'idée que rien dans la société n'allait le sauver.

Ainsi, Arthur avait du mal à se confier. Et les choses allaient si lentement, de manière si brouillonne ! Ça n'allait peut-être avoir aucun sens, mais Francis se sentit obligé de sortir quelques mots de beau parleur, mais qu'il pensait réellement.

- Arthur, à moi, tu peux me faire confiance. Je ne te trahirai jamais de la sorte. Je ne te chouchoute pas exprès pour que tu ne retombes aussi bas. Je sais que nos vies sont complètement opposées, et je ne pourrai jamais comprendre la tienne; encore moins tout ce que tu as dû ressentir en ces temps-là... Mais je ferai mon maximum pour tout effacer. Tu connais déjà mes intentions et je vais te les répéter encore mais... Tu n'as pas à avoir peur de moi, ou de mes questions. Tu auras beau te sentir trop coupable, trop sale ou trop englué à cet ancien toi, je ne te jugerai pas là-dessus. Si je te demande tant de choses, c'est parce que je veux comprendre. Je veux savoir qu'est ce qui te manques, qu'est ce qui te ferait plaisir. On ne pourra pas avancer si tu restes enchaîné aux mêmes choses et que tu- hmmmf !

Arthur l'avait coupé dans son discours en posant une main sur ses lèvres. Son regard avait perdu de cette tristesse maladive et s'était illuminé d'une détermination à moitié dissimulée.

- Tu me fatigues. Moi aussi je sais parler.

Il resta dans cette position en s'assurant que Francis le regardait dans les yeux.

- Je le sais, ça, j'avais compris. Et c'est sûr : t'es loin d'être dans ma tête. Mais si tu y étais, tu aurais su que je ne veux rien te dire pour l'instant. Pour l'instant. Là, en ce moment, je veux profiter un peu du reste. Tu m'offres un toit, de la nourriture, des vêtements, un téléphone... même un appui pour mon avenir. Et tu veux gâcher tout ça avec de vieilles histoires qui pourraient déteindre sur tout ces cadeaux ?

L'interlocuteur cligna des yeux, toujours muet.

- Je te dirai tout Francis. C'est promis. Mais pas maintenant, conclut-il en se rasseyant, ôtant sa main. Tu veux attendre que je sois prêt, n'est-ce pas ? Ben je ne le suis pas encore... Mais je te le dirai. Je te le jure, je... quand je serai sûr de posséder pleinement tout ce que tu m'offres...

Silence.

Francis ignorait s'il devait trouver sa réponse touchante, ou juste lui sourire pour se mettre d'accord avec ses propos. Dans tout les cas, il ne pouvait s'empêcher de trouver cette première initiative adorable. Ah si, quand même, c'était adorable ça. De jouer les vrais grands et de promettre des choses dont il n'est même pas sûr de pouvoir les réaliser.

Plus sérieusement, Francis lui accorda un peu plus de confiance. Si Arthur a su se décoincer pour lui dire ça, c'est qu'il vient de faire un nouveau pas en avant. Plus loin, assuré, plus prometteur. Il allait s'en réjouir. Pour toute réponse, l'artiste lui ébouriffa les cheveux. Ce à quoi s'en suivit, cassant l'ambiance digne des plus clichés des films hollywoodiens, une légère crise d'adolescente du gamin.

Il se sentait approché du but en même temps qu'Arthur devait s'éloigner de son ancien crevard de monde.


Seigneur dieu tout puissant, je dois vraiment m'échauffer pour les fins de chapitre.

Peu de choses dans celui-ci, mais le prochain promet d'être un peu plus riche en contenu et en avancement. Là, il s'agissait surtout du plantage final du décor et de la relation entre Francis et Arthur. Maintenant, ça, c'est fait, vous pouvez souffler, et poser vos matraques !

Plus sérieusement, je n'assure pas le prochain postage plus rapide, vu que je suis davantage bouffée par le rp (eux-même en retard, c'est dire) et par d'autres projets qui nécessitent Open Office. En espérant vous revoir au tournant, tout de même !

Salut de la main !