Ce chapitre. C'est. N'importe. Quoi.

Et je poste en milieu de nuit maintenant, c'est nouveau.

Rien à ajouter, je suis trop crevée pour répondre aux reviews, mais je promets de faire plus propre au prochain chapitre, juré. (si toutefois celui-ci en mérite orz) Allez vous coucher si vous venez seulement d'arriver, je vous vois !

Bonne lecture oserais-je vous dire ?


Tout semblait très facile. Et ça l'était. Francis respectait son engagement avec Arthur, comme quoi il n'allait le forcer en rien, et serait juste patient. Car en plus d'être trop bon, il avait une parole en or. Mais qu'est ce que ce jeune n'avait pas ? La perversion, le malheur ? Rien ne semblait l'atteindre, à l'instar de son petit protégé, qui lui de toutes évidences se réfugiait désormais sous ce même parapluie de joie quotidienne. « Joie », le mot est un peu fort. Il était plutôt question de paix, comme un break éternel dans l'ex-vie douteuse et dépendante de l'anglais. Il dépendait toujours, mais il se lavait petit à petit de ces manières noires, baignant doucement dans la chaleur du monde opposé au sien. Rien ne pressait, ça se faisait tranquillement. Un jour allait venir où Arthur allait pouvoir tout reprendre à zéro, sage et l'esprit blanc.

Mis à part la progression du britannique, la vie de Francis aussi bougeait de temps en temps. Après s'être libéré de ses dernières affaires, Jeanne reprit contact. Le nouvel emploi du temps d'Arthur, son stage personnalisé avec Ivan, leur permettait de se voir et de parler du bon vieux temps tout les jours. La complicité, étincelante comme depuis toujours, les faisait sourire, rire, blaguer, et renforçait toujours un peu plus ce lien à priori incassable. Il jonglait peut-être entre vie sociale et travail, mais la vie lui souriait de façon éblouissante. On en vomirait des trucs colorés et brillants.

Mais personne n'était malade et ça aurait sans doute été mieux que la jalousie qu'Arthur ne parvenait plus à maîtriser au fil des jours.

Bien qu'il n'avait rien à voir avec la vie privée de son hôte, il intervenait régulièrement dans celle-ci, le coupant parfois lors de ses conversations téléphoniques ou faisant carrément office de « cockblock » entre les deux, le peu de fois où le britannique les voyait ensemble. Il savait bien évidemment avec qui Francis traînait lorsqu'il était en compagnie d'Ivan, et le simple fait de se savoir absent dans ces moments-là l'irritait. Un comportement que Francis ne parvenait pas à résoudre. La seule conclusion à laquelle il en vint était que le jeunot a toujours été habitué aux petits soins du français, dont l'attention était concentrée sur lui, tout le temps. Aïe. C'était ce qu'il redoutait : que finalement, Arthur était toujours dépendant de quelque chose.

Et la crainte du latin était que, sans cette dépendance innocente, il en vienne à retomber dans l'ancienne. Il devait trouver une solution avant qu'il ne penche définitivement d'un côté de la balance, et vite. Peut-être que l'échappatoire était de trouver un nouveau cercle d'amis au britannique, mais là encore c'était risqué. Francis ne connaissait pas vraiment d'adolescents qui pourraient l'aider à s'intégrer dans une bande et il avait même peur que les influences, d'un sens ou dans un autre, soient mauvaises. Mais s'il le gardait avec lui, ça n'allait pas arranger ses affaires non plus...

Il pria pour que le stage personnalisé d'Ivan réponde à ces attentes. La bonne nouvelle, c'était qu'Arthur semblait y prendre beaucoup de plaisir. À chaque fois qu'il venait le récupérer, c'était comme s'il était papa d'un petit garçon qui venait de découvrir les joies des gommettes à son tout premier jour d'école. Sauf qu'il avait dix-huit ans. Mais il avait le regard qui pétillait comme s'il en avait cinq. Dans tout les cas, ça amusait l'artiste, et il s'en délectait secrètement. Par auto-satisfaction bien sûr; voir que son plan pour ramener Arthur dans la lumière fonctionnait le rendait de plus en plus heureux. Comme quoi, même les petites choses lambdas avaient leur utilité.

Francis se garda de raconter à Jeanne la partie « jalousie » qu'il avait deviné. À la place, il lui demanda conseil – puisqu'elle était finalement dans la confidence qu'Arthur était bien un garçon qu'il avait recueilli, sans citer la prostitution cependant – et voici ce qu'elle lui répondit :

- S'il a besoin de s'ouvrir, peut-être qu'un cercle un petit peu plus proche de son univers l'aidera ? Tu n'as pas des amis qui ont des frères et sœurs plus jeunes ? Je ne sais pas trop comment s'amusent les adolescents d'aujourd'hui...

Même si bon, ni lui ni Jeanne n'étaient si vieux.

La seule personne qu'il connaissait et qui avait l'âge d'Arthur, c'était sa petite sœur, Charlotte. Et là encore il hésitait. Le britannique était peut-être devenu plus sage, mais il craignait un peu l'idée de laisser sa petite princesse seule avec un garçon tout droit tiré de l'Enfer. Après, Arthur n'avait rien d'un pervers : dans son ancienne « fonction », il était plus une victime qu'un profiteur. Et plus le temps passait, plus il semblait évident qu'il ne ferait pas de mal à une mouche. Francis remercia donc Jeanne, qui elle, lui offrit un de ses habituels sourires qui promettaient que tout allait bien se passer.


Tout les deux face à face à une table qui accueillait difficilement de quoi faire un petit-déjeuner, Arthur et Francis émergeaient doucement dans le silence et les rayons du soleil. Difficile de croire qu'il y a quelques jours plus tôt, le britannique était encore un jeune qui avait complètement mal tourné. Quoique, s'il était là et plus ou moins docile, c'était qu'il n'avait pas été détourné autant que ça. Francis le regarda longuement, discrètement, sans que le jeunot ne leva les yeux une seule fois du vide qu'il fixait – sans doute était-il plongé dans une réflexion qui rendait l'artiste curieux. Tant qu'il ne pensait pas à s'enfuir de ce cocon...

Un bruit vibrant résonna dans la pièce et le protégé sursauta, lui n'ayant jamais entendu de visiteur venir voir Francis. Ce dernier se leva en souriant, abandonnant son café, et décrocha le combiné de l'interphone placé à côté de la porte. Il sortit un « Oui oui, je t'ouvre ! » jovial et appuya sur un bouton avant de tout remettre en place et de revenir s'asseoir. Le voir poser le menton sur ses mains jointes et les coudes sur la table intrigua l'anglais, qui haussa un sourcil.

- Quelqu'un vient ?

- Oui, affirma-t-il avec un ton joueur.

- Avec ce bordel... ?

- Elle a l'habitude.

« Elle » ?

- Jeanne ?

Quoique non, les deux français avaient pour habitude de se voir tout les jours où Arthur s'absentait en allant voir Ivan, ça ne pouvait pas être ça – à noter quand même cette amertume qu'il a utilisé en prononçant son nom. On sonna et Francis amorça un geste pour aller ouvrir... mais il s'abstint.

- Tiens, et si tu y allais ?

- Euh, moi ? Mais je...

Il fit un petit geste encourageant de la main pour l'inviter à prendre l'initiative; et l'anglais, poussé par la curiosité, obéit. Hésitant, il défit le verrou et ouvrit la porte, rencontrant aussitôt un autre regard bleu. La personne en face de lui souriait, ou plutôt, ménageait naturellement un effort pour être agréable. Un peu plus petite que lui, sa chevelure qui hésitait entre le châtain et le blond était nouée en une tresse qu'elle laissait tomber sur l'une de ses épaules. À bien y regarder, elle...

- Enchantée, Arthur.

… ressemblait pas mal à Francis.

Il fit un pas en arrière pour regarder le visage de son hôte, qui riait intérieurement, puis compara avec celui de la demoiselle, qui pencha la tête sur le côté.

- Entre, Charlotte, entre !

Ça devait être la petite sœur dont il lui avait parlé le soir où il l'avait accueilli. Un peu décontenancé par cette rencontre, Arthur recula pour la laisser passer et eut le réflexe de refermer la porte ensuite. Tiens, il s'ignorait ce comportement gentleman. La dénommée Charlotte zigzagua sans difficulté entre tout ce qui était éparpillé par terre sans faire attention – vu le niveau capharnaüm qui régnait ici, en effet, elle avait vachement l'habitude de s'y trouver – et vint se ruer dans les bras de son frère.

- Je croyais que tu ne voulais plus m'inviter parce que tu ne pouvais pas t'occuper de moi !

- Je croyais que tu ne voulais plus venir parce que tu avais peur de découvrir ce qu'il y avait réellement sur le sol !

Elle s'écarta et lui offrit un sourire malin avant de se tourner vers l'anglophone qui était resté près de la porte.

- Tu vois, il n'y a pas que moi qui ait peur !

- Oh, lui, ricana Francis. Il n'a peur de rien.

Avec une moue, Arthur revint sur ses pas. Les mains sur les épaules de Charlotte, Francis reprit :

- Arthur, voici Charlotte. Ma petite sœur. Et Charlotte, voici Arthur dont je t'ai parlé. Vous avez le même âge tout les deux, et comme tu le sais Charlotte – ce que je vais te dire maintenant Arthur – vous allez prendre l'air ensemble, tout les deux !

- Quoi ?

Le mot lui avait échappé et ne manqua pas de surprendre les deux français. L'aîné moins que la cadette. Enfin, il l'avait prévenu de son caractère à humeur changeante. Mais elle allait géré, il la connaissait après tout. Sauf que ce n'était pas une raison non plus pour laisser le jeune homme s'exprimer trop loin. Mais Jeanne n'avait pas tort : si Arthur se permettait de montrer son mécontentement et de ne pas faire preuve de politesse devant sa sœur qu'il n'avait jamais vu, contrairement à Ivan, ça voulait bien dire qu'il allait instinctivement s'ouvrir à cette dernière. La jeunesse était encore si mystérieuse.

- Oui, Arthur, assura Francis en souriant. Tu passes tes journées à la maison ou enfermé dans un bureau. Et je t'aurais volontiers emmené te promener ailleurs, mais comme tu le vois, je n'ai pas le temps. Alors c'est Charlotte qui va passer un peu de temps avec toi. Et d'une paire deux coups, vous pourriez devenir amis !

« Vous allez devenir amis » était la signification juste.

- Comment tu peux décider ça... grimaça le jeune homme.

- Arthur, allons, ça te changera les idées ! Et même si tu n'as rien à dire, tel que je te connais, Charlotte a de la conversation ! Je suis persuadé que vous allez vous entendre ! Et... même si tu restais grognon, sache qu'elle a de la détermination à revendre.

À ces mots, les deux Bonnefoy ricanèrent sur un ton entendu... ça faisait presque peur. Arthur se sentit même déglutir et, silencieux, s'avoua piégé par ce sang chaud latin qui parcourait dans leurs veines. Il n'avait aucune idée des plans de Francis à le coller à une fille qu'il ne connaissait de nulle part – au moins c'était juste sa sœur – mais le regard bourré d'assurance de la demoiselle acheva son dernier espoir d'échapper à une promenade dans laquelle Francis ne serait pas. Car jusqu'ici, il a toujours été là. Toujours le maître qui promène son nouveau chat errant, avec cependant une laisse autour du cou – un harnais plutôt, qui a inventé cette merde pour un CHAT.

Il fut donc mit d'accord qu'Arthur allait se retrouver entre les bons soins de Charlotte, qui avait prévu de faire un petit tour de ville afin d'occuper la journée entière. Francis, lui, allait bien évidemment rester dans le studio travailler. Tout ce qu'il cherchait, c'était de faire un peu violence au confort d'Arthur pour qu'il puisse s'habituer à autre présence que la sienne. Qu'il reprenne appui grâce à lui était une chose, qu'il reste agrippé en était une autre. Même si le britannique allait le bouder, que ça allait éventuellement amener quelques disputes, que des tensions allait se créer, il n'y avait pas meilleure solution.

En voyant Arthur et Charlotte sortirent ensemble de la pièce, il se remémora la conversation téléphonique qu'il avait eu avec sa sœur, la veille, pendant qu'Arthur était en train de se doucher.

- Je vois de quoi il a l'air Francis... Mais tu ne veux vraiment pas me dire ce que fait un garçon de mon âge chez toi ?

- C'est un secret, soeurette, et je sais que je peux compter sur toi pour le garder et pour ne pas me poser de questions~

Charlotte était d'une certaine candeur, mais aussi d'un sérieux implacable.

- J'espère que tu ne mets pas le nez dans des affaires louches...

- Allons, c'est un jeune garçon tout droit sortit du lycée. Que veux-tu que je cache ?

- Toi, rien, mais lui... Il n'a pas sa famille, tu dis ?

- Je ne sais pas en fait. Il ne m'en parle jamais, et je ne parviens pas à lui tirer les vers du nez. Mais il n'a promis de tout me dire un jour. Il a conscience qu'il fait un peu n'importe quoi – pas trop, je te rassure – mais tu vois ce que je veux dire... C'est pour ça que j'aimerais que tu l'aides à s'ouvrir un peu au reste du monde plutôt qu'au mien seulement.

Car étant trop habitué à Francis, Arthur pouvait très bien trouver la méthode qui lui permettrait d'échapper à son « redressement ». Et devenu trop protecteur vis-à-vis de lui, Francis serait capable de craquer un peu et de lâcher la bride. Puis encore un peu. Encore un peu, et ce jusqu'à ce qu'il perde le contrôle et son but. Il lui fallait quelqu'un de nouveau et de neutre. Intervint alors la cadette.

- J'accepte, comme je te l'ai dis, mais qu'est ce que je suis censée faire ?

- Invite-le à passer la journée dehors. Va dans les quartiers loin du centre-ville, il connaît déjà le reste. Et appelle tes amis aussi, si tu peux.

- Francis...

- Il a besoin de s'ouvrir, je ne te demande pas de l'intégrer à ton groupe. Il doit reprendre goût à la sociabilisation, et rester ici entre nos quatre murs ne va pas l'y aider. Pardon de ne pas accorder trop de temps à toi ou à papa et maman, mais je ne suis pas capable de lui donner tout ce dont il manque... Tu veux bien m'aider, Charlotte ?

Un silence répondit avant qu'elle ne répète leur accord : elle allait emmener Arthur vivre un peu loin de Francis, et son grand frère lui promettait de délaisser son travail le lendemain du départ du britannique.

Les deux jeunes étaient partit, Francis pouvait maintenant s'atteler à son travail.

En fouillant dans ses commandes les plus récentes, il trouva le bon d'une femme qui avait demandé à reproduire un caractère japonais sur une toile en tissu blanc. Il tiqua un peu. Il n'avait que rarement pratiqué sur du synthétique, et la taille demandée lui faisait un peu peur. Mais se lancer tel défi et le remporter ensuite pourrait le rendre fier, alors il fouilla dans sa commode monstrueusement bordélique et en sortit un drap propre qui n'a jamais servi depuis qu'il l'avait acheté. C'était pour couvrir un éventuel lit qu'il aurait acheté, chose qu'il n'a jamais fait. Par manque d'argent ? Non, de place.

Et parlant de place, Francis dégagea justement la majeure partie de son foutoir de bons coups de pied. Ainsi, la moitié du bazar s'entassa dans un petit coin du studio, et il put étaler au maximum le drap par terre. Tâche ardue qu'était de l'étirer sans y laisser de pli. Il songea la seconde d'après que le sol ne devait pas être propre, et pria pour que ce drap tout neuf et bien blanc ne s'en retrouve pas trop sale. Il se débrouilla pour rejoindre la peinture noire qu'il avait laissé avec le tas sans le vouloir, et perdit vingt minutes à chercher le pinceau qui en faisait également partit. Puis il le trouva.

Non, trop petit.

Au suivant. Quinze minutes plus tard, c'était celui qui était trop gros.

Il tomba ensuite sur un kit de pinceaux tout fins. Pas ça non plus.

Les ciseaux, l'encre, les aiguilles et les instruments de mesure n'allaient pas servir non plus.

… Qu'est ce qu'il faisait avec un pied de biche ? Et c'est là depuis quand ?

Francis reporta la question et l'objet à plus tard, il avait du pain sur la planche.

Il lui fallut vraiment une putain d'heure – enfin presque, 57 minutes – pour être fin prêt à badigeonner ce draps. Debout et en équilibre dessus pour ne pas tomber et ne rien froisser, il tenait dans sa main le fameux pinceau qu'il cherchait depuis des plombes, et avisa l'énorme pot de peinture noir ouvert sur le côté. Il inspira et sourit, déterminé et inspiré pour cette commande plutôt égoïste, mais qui représentait un bon challenge.

Où était le papier avec le caractère, putain.


À 21h, il était encore dessus. Si bien qu'il ne voyait pas le temps passer, ni la nuit tomber. De la peinture sur les mains, les genoux – pourquoi il s'est pas mit en short, l'idiot – et un peu sur le coude, il se releva en se faisant doucement mal aux muscles, le tracé trop grand lui ayant demandé de faire de la gymnastique pour faire ça bien sans rien abîmer. Plus qu'un quart et il avait fini. Vraiment, ça lui demandait une précision incroyable pour user beaucoup de matériel. En plus, le tissu était un support capricieux. Avec le temps, il pouvait se déformer pour un rien et gâcherait tout le dessin. Des fois il maudissait vraiment tout ceux qui dispersaient ces échos comme quoi c'était un petit génie et qu'il maîtrisait mille techniques époustouflantes.

Il sursauta lorsque retentit sa sonnerie de téléphone. En créant ce vide dans la pièce pour son travail, elle faisait écho et ne manqua pas de tirer Francis de son univers – celui éloigné du temps et de l'espace. Oh merde... Il est déjà si tard ? Charlotte devait l'appeler pour lui dire qu'ils allaient rentrer... Et il allait leur servir à manger – enfin, des assiettes vides – dans un bazar pareil ? Il devait vraiment apprendre à gérer son temps... Il fit quelques bonds pour laisser son œuvre inachevée telle qu'elle, faisant attention à ne rien écraser de ses affaires, en allant chercher son téléphone posé... il ne savait plus où.

La sonnerie le guida et il s'avéra qu'il avait vu juste : le nom de Charlotte figurait sur l'écran. Il décrocha.

- Oui, petite sœur, je-

- Francis ! C-C'est... ! Pardon !

Il fronça les sourcils en entendant la voix essoufflée de sa cadette et prit un autre ton.

- Charlotte, qu'est ce qui se passe ?

- Il... ! Il s'est enfui ! Je... C'est de ma faute, on s'est un peu disputé, je lui ai dis de m'attendre le temps que j'aille acheter un truc, et lorsque je suis revenu, il avait disparu ! Pardon Francis, je... Je sais que tu comptais sur moi et que tu-

- Charlotte, Charlotte... Calme-toi. Quand est-ce arrivé ?

- I... Il y a une demi-heure... Devant la galerie marchande là où j'allais à la petite école, tu sais... Et euh... Oh mince...

- D'accord, rentre à la maison, chez nos parents, je vais m'en occuper, fit-il en attrapant sa veste de la main libre.

- Francis... Je suis vraiment désolée...

- C'est rien ma grande, tu n'y es pour rien. À bientôt...

Sur ce, il raccrocha et enfila à la va vite une paire de chaussures de ville convenable, et sortit en trombe braver le noir et le froid de la nuit. L'univers d'Arthur.

Le putain de monde glauque qui n'avait vraiment pas intérêt à engloutir de nouveau son petit protégé.

En courant jusqu'à la station de métro la plus proche, il dégaina son téléphone et composa le numéro du britannique. Aucune réponse bien sûr. Il jura sur un mélodieux « merde » qui fit tourner la tête de quelques badauds lorsqu'il rangea l'appareil tout en descendant trois à trois les marches du chemin sous-terre.

Pour la première fois depuis qu'il utilisait quotidiennement ce moyen de transport, il jura que l'engin ne venait pas assez vite. Il s'attira même les regards d'autres gens qui trouvaient que les jeunes n'avaient vraiment aucune patience – les vieux des jeunes – mais Francis ne se retourna même pas pour se justifier et ne tâcha pas de se calmer non plus.

Si Arthur avait fui et qu'il ne répondait pas non plus au téléphone, c'était pour lui synonyme de trahison.

Pourtant, tout allait bien ! Il prenait soin de lui, le nourrissait, l'habillait, ne lui demandait pas de travailler ou le moindre service pour payer sa part du loyer – même si légalement il n'était qu'un squatteur – et pourtant il osait jouer encore avec le feu ? Mais qu'est ce qui se passait dans la tête de cet avorton ? Pourquoi s'acharnait-il à désobéir, à refuser ce qu'on lui offrait, à se foutre en l'air ? Car pour Francis, c'était clair : l'anglais comptait retourné dans son horripilant statut d'homme-objet après avoir bien profité des cadeaux de l'artiste. Quel con. Mais quel con ! Enfin, qui était vraiment le con dans l'histoire ? Arthur, qui ne savait pas où il fallait s'arrêter, ou Francis, trop crédule de la pseudo docilité qu'il croyait avoir provoqué chez cet adolescent ? Aah, lequel des deux méritait la grosse claque du siècle lorsque cette histoire sera terminée ?

Car oui, déterminé à retrouver Arthur au milieu de Paris, ça on pouvait dire qu'il l'était...

Lorsqu'il l'attrapera il... il... vraiment.

Après avoir passé quelques rames, Francis s'extirpa de sous la terre et prit à nouveau son mobile pour répéter encore et encore les tentatives d'appel. L'appareil collé à l'oreille, il courait les rues en cherchant l'enseigne de l'école maternelle où allait sa petite sœur autrefois. En une demie-heure, Arthur avait le temps de filer, mais il fallait bien commencer quelque part.

Pas de réponse.

Pas de trouvaille.

Il allait vraiment le tuer.

Quoique, quelqu'un semblait faire le boulot à sa place. Car sous la lumière d'un lampadaire, il reconnut la blondeur et la tenue d'Arthur, qui faisait face à une personne un peu plus grande que lui... et dont les grands gestes ne lui disaient rien qui vaille. Un client ? Ça y'est, il était repartit pour faire marchandise de son corps ? Sauf qu'en approchant – dangereusement pour les deux – le face à face ressemblait davantage à une dispute qu'à une négociation malsaine – pendant un instant, le français croyait qu'ils allaient faire ça en pleine rue...

Puis, plus proche, il entendit leurs voix.

- Petit con ! Je vais t'en mettre une, tu vas pas t'en r'mettre !

- Putain de merde, Al', tu pourrais m'écouter ?!

- T'écouter à dire quoi, sale race ?! Tu vois pas un peu ce que tu fais ? Tu te rends compte du soucis qu'tu donnes à maman ? Tu sais à quel point papa a envie de te fracasser la tronche ? Il va être fier de moi quand il saura que je l'aurais fait à sa place !

À ces mots, le plus grand leva la main et Arthur eut le réflexe de fermer les yeux. Mais aucune baffe ne vint, puisque Francis l'avait arrêté en saisissant le poignet du jeune homme. Surpris, ce dernier cligna des yeux et s'écarta brusquement pour se libérer, échangeant ensuite un regard furieux entre les deux.

- C'est ton client d'ce soir, c'est ça ? Petite merde, j'arrive pas à croire que tu sois aussi con pour jouer au con !

- Jeune homme, commença Francis en s'assurant d'avoir prit une voix gravement adulte. Loin de moi l'idée d'être le client de ce petit con, comme vous dites. Mais bon, si vous le permettez, je vais embarquer ce petit con avec moi, histoire de lui apprendre une chose ou deux. Et ça sera très loin des activités qu'un petit con puisse faire.

Pris au dépourvu, la personne chercha ses mots avec peine, pour finalement ne rien dire. Bien sûr, il allait voir Francis comme un client bien payé qui a été engagé par Arthur pour le protéger de la dureté de la vie en échange de quelques soins... Mais non. Il aurait aimé lui dire tout ce qu'il a fait pour lui, tout les efforts mit, toute la patience dont il a fait preuve... Mais à en juger le résultat...

Le jeune homme semblait comme figé par la colère noire qui se lisait dans les yeux de Francis. Arthur allait s'en doute s'en prendre une plus belle que celle promise par l'individu.

Sur ce, il fit demi-tour en tirant derrière lui sa proie. Qui n'osait plus rien dire d'ailleurs. Alors, quelle attitude allait-il adopté, une fois plus loin ? Excuses ? Rébellion ? Indifférence ?

La réponse était « honte et peur », car il se protégea la tête en voyant Francis lever le bras.

Mais il n'allait pas le frapper, il voulait l'avertir. La bonne nouvelle, c'était que l'homme n'était visiblement pas un potentiel client, mais un frère d'Arthur sûrement, vu leur « conversation ». Mais il a dû l'intercepter pendant qu'il cherchait justement son « gagne-pain » nocturne. Et Francis remercia le hasard.

Dans un silence des plus pesants, Francis regarda l'adolescent craintif, qui n'osait même pas ouvrir les yeux pour voir s'il allait vraiment osé. Sans un mot, l'artiste lui reprit le poignet et le tira, le ramenant à son chez-lui provisoire. Que l'anglais ne vienne pas se plaindre du trop-plein d'attention après ça, car au final, ça n'était même pas assez. Une fois de retour au studio, Francis n'attendit même pas d'avoir allumé la lumière que déjà il poussa son ingrat de protégé dans la pièce et haussa le ton en refermant brusquement la porte, fou de rage. Jusqu'ici, il se retenait, mais maintenant il allait explosé.

- Putain, je peux savoir ce que tu foutais ? Tu te moques de moi, Arthur, non mais vraiment ! tonna-t-il en allumant et en tournant rageusement la clé de la porte. « Ne rien dire pour l'instant » ? « Je te dirai tout » ? Tu me prends pour un naïf, tu crois vraiment que j'ai que ça à foutre de te courir après pour t'empêcher de refaire toutes tes conneries ?! Une chance que ton frère ou je ne sais qui te soit tombé dessus en premier, j'espère que tu n'as vu personne d'autre avant lui ! Montre-moi tes poches Arthur. Tu as déjà couché ce soir ?!

- A-Arrête j'ai rien-

- Tu n'as rien fais, ça c'est toi qui le dit ! Tes poches, Arthur ! D'ailleurs tu vas te mettre nu, exécution ! Je veux voir ce que tu caches et ce que je vais trouver !

- Mais je n'ai pas-

- Sur. Le. Champ !

Au souvenir du français qui s'était déjà énervé contre lui lorsqu'il avait ramené un client dans le studio, Arthur s'empressa de lui obéir, tremblant et mort de peur à l'idée que le moindre prétexte puisse valoir une baffe. Jusqu'ici, il ne l'a encore jamais frappé, puisqu'il lui avait clairement dit que ce n'était sa méthode, mais un pétage de plombs est si vite arrivé... Il ne pensait plus à se protéger ou se défendre, mais voulait juste en finir et retourner se cacher dans ce petit placard devenu sa couche. Il n'osa pas une seule fois croiser son regard, sentant celui-ci le transpercer si fort que la honte elle-même l'empêchait de se dépêcher comme le latin le demandait. Un homme si gentil, si serviable, et qui pourtant serait capable de lui en mettre une ?

Sans doute par habitude de se montrer nu à divers hommes, Arthur ne se formalisa pas du fait que son hôte le lui avait finalement demandé aussi. Silencieux, celui-ci détailla du regard le corps de la tête aux pieds. Arthur marchait droit, et il n'avait aucune marque de suçon. Pas d'activité louche entre-temps, donc. C'était la deuxième fois qu'il pouvait voir Arthur ainsi, excepté qu'à la première, il était trop occupé à gueuler contre le client pour observer la peau blanche de son protégé.

Mais il nota toutefois la différence de corpulence, puisqu'il se souvenait de cette nudité qui montrait à quel point il était frêle. Cependant, il était aujourd'hui moins mince. Pas gros, absolument pas, mais ses hanches creusées ne l'étaient plus, ses bras semblaient un peu plus musclés, et il se tenait bien droit sans genoux abîmés.

Finalement, les soins prodigués à l'ex-prostitué lui avaient fait un bien fou, physiquement.

C'était un peu comme la drogue finalement. Ne restait plus qu'à l'empêcher de faire une rechute par envie ou tentation.

- Je n'ai rien fais... jura le plus jeune dans une petite voix.

Il le croyait maintenant.

- Mais tu allais.

- Non...

- Ne mens pas, Arthur. Pour quoi serais-tu partit, sinon. Ça t'apprendra à causer du soucis à ma petite sœur. Je fais tout pour t'aider, et c'est comme ça que tu me remercies, encore. J'ai bien voulu te faire confiance mais là...

Là, qu'est ce qu'il allait pouvoir dire de convaincant sans avoir à se répéter ? Il pensait que leur soirée au café rétro était un pas décisif dans leur nouveau départ, et pourtant... Francis soupira. Ça le fatiguait. Tant de journées passées à s'occuper de lui pour finalement... rien. Arthur regardait ses vêtements jetés par terre, honteux, craintif, pressé de pouvoir repartir. Un ange passa, plus long, plus lourd, plus embarrassant pour la confiance de l'anglais que pour la patience du français.

- Allez, au lit. Mais douche-toi avant.

Et encore une fois, Arthur obéit sans rien répondre en retour. L'artiste le regarda littéralement fuir dans la salle de bains, porte claquant et verrou se fermant. Qu'allait-il faire maintenant que sa confiance était si fragilisée ? Car oui, il avait encore fait une bêtise, mais il n'allait pas le prendre pour prétexte à le mettre dehors pour autant. Sinon à quoi tout cela aurait-il servi ? Même si justement, la réponse pour l'instant c'était « à rien », il ne perdait pas espoir, et s'interdisait formellement d'abandonner Arthur en cours de route. Situation désespérée ou non.

Il releva la tête et fixa l'horloge murale qui indiquait une heure un peu tardive pour dîner. Mais ils n'allaient pas finir la soirée le ventre vide... Tâchant d'envoyer un message à sa sœur pour la prévenir d'une main et ouvrant le frigo de l'autre, Francis se trouvait encore trop gentil pour préparer un nouveau repas pour cet avorton. Mais le visage en détresse du jeune blond avait pour effet de rappeler le côté trop protecteur de l'artiste, qui lui n'était décidément pas un homme de violence. Même très énervé, il était incapable de filer une rouste à Arthur.

Ni même de le priver de nourriture.

Ou de vêtements.

Pas même de sortie...

Francis était vraiment trop gentil. Car Arthur avait vraiment besoin d'aide. Et voir ce dernier encore tenté par les délices impurs de la nuit gonflait la détermination du latin à le tirer définitivement de l'influence de ce trou à rats. Tout en achevant sa cuisine, l'image du rouquin qui avait intercepté Arthur fusionna avec ses pensées. Il n'avait pas la preuve que c'était bien un frère ou un proche de la famille, mais la façon dont il le traitait et lui parler de parents le mettait sur la voie.

En sortant de la cuisine, plat préparé, Francis découvrit avec surprise une table dressée – enfin bon rien d'impressionnant, elle est petite, cette table – avec les couverts et assiettes prêtes à recevoir la nourriture. Sur l'une des chaises, Arthur baissait la tête, le corps enveloppé dans le coton d'un peignoir que son hôte lui prêtait depuis quelques jours. La honte lui écrasait toujours les épaules à chaque bévue ou grosse connerie, et Francis ne pouvait jamais s'empêcher de fléchir face à cela. Arthur était adorable en fait, bien qu'il sorte tout juste de l'adolescence pour entrer dans l'âge adulte. Mais il ne se comportait pas encore comme tel, ce qui faisait que le latin n'avait pas d'autre choix que de le surveiller.

Mais quand il gaffait, il le savait, et il s'en repentait. Aujourd'hui plus qu'avant. Francis ne s'était vraiment énervé ainsi que deux fois, dont ce soir. Et bien qu'il ne savait pas en quoi ça allait être le déclic, puisque ni l'un ni l'autre ne pipait mot durant le repas, il sentit le malaise du britannique qui semblait lui aussi à bout de cette situation. De la sienne et de celle qu'il apposait à Francis, le seul homme qui ait bien voulu lui tendre la main. Et lui, il comptait lui bouffer le bras ? Manger toute sa gentillesse et ses biens tout entiers ?

Non, il était temps d'arrêter de déconner.

Lorsqu'il releva la tête vers lui, Francis mangeait sans s'accommoder du moindre regard. Et Arthur décida donc de ne rien tenter et baissa à nouveau les yeux sur ses légumes.

Il avait encore tout foutu en l'air...

… mais une main française vint lui frotter les cheveux. Ce à quoi il croisa ensuite le regard bleuté de son protecteur. Ce qu'il lut dans ces orbes là n'était, à ce moment précis, ni de la colère, ni de la déception, ni du dégoût. C'était de l'inquiétude. Et Arthur lui donna pour la première fois des excuses sincères qu'il ne lui aura pas arraché.


… Voilà voilà.

À la base, c'était pas ça qu'y'avait marqué sur ma trame, mais je me rends compte que mes fanfics sont très souvent sans saveur. Les situations sont tellement plausibles que ça en est chiant.

M'enfin c'est vous les lecteurs.

Je m'excuse encore pour le gros retard, je promets de plus faire cette grosse erreur de postage yolo au pif avec les prochaines fanfics. Non mais vraiment, même moi ça me dérange, c'est dire- -pistoley-

Salutation de la main, et je vous souhaite bonne chance ! (pour quoi ? Ben je sais pas, à vous de voir)