Nous sommes en fin de matinée, et le chapitre cinq sort. Le peuple a intérêt d'être content.
Plus sérieusement, bonjour ! Deux bonnes nouvelles ! -bruit de vent en fond- La première, c'est que vous avez le nouveau chapitre sous les yeux ! -toussotement en fond- La seconde, je vais l'expliquer après deux lignes d'excuses ! J'ai encore foutu un craquage dans ce que vous allez lire, avec l'empressement de terminer tout ça. Décidément, faut vraiment que j'apprenne à gérer. Je crois que la pression de vouloir ne pas être trop en retard m'y force, alors que je fais un effort pour ne pas trop bâcler... Mais le soucis est là : je fais des fics trop plates et plausibles, je dois vraiment rajouter un peu d'originalité. Et c'est pour ça que j'ai justement une prochaine fanfic en court qui verra le jour après la fin de celle-ci, ahem, D'AILLEURS.
L'autre « nouvelle », c'est que j'ai un compte Twitter ! … Ok, on s'en fout, mais puisque j'en ai un, il faut bien qu'il me serve à, je ne sais pas, tenir au courant les potentiels lecteurs ? Sur les avancées de chapitre, les retards, les anecdotes de merde, ect ect. Si me suivre là-dessus vous intéresse, le lien est affiché dans mon profil – il ne fait pas trois kilomètres de long, donc n'ayez pas peur – et... bisous.
Mauvaise lecture !
Maintenant, Arthur était sage. Ce dernier l'avait promit, et Francis le croyait.
Le lendemain de cette sale histoire, Francis accompagnait dans la brise semi-printanière l'anglais qui était une nouvelle fois motivé pour une journée de stage avec Ivan. À pieds, sans passer par le métro, et donc en partant tôt, les deux colocataires riaient bêtement d'anecdotes sur tout et rien – sur rien surtout. Autant dire que, malgré leurs différences, ces deux-là se connaissaient maintenant bien assez. Ça faisait quoi, deux-trois mois qu'Arthur était chez lui... ? L'anglais avait perdu la notion du temps depuis ses débuts sur le trottoir et Francis était tellement occupé chaque jour qu'il ne s'y retrouvait plus s'il n'avait pas de rendez-vous et déjeuners d'affaires pour lui rappeler la date et l'heure.
Francis restait égal à lui-même, mais le changement d'Arthur se remarquait de plus en plus. Il avait pleinement prit l'habitude de ne plus montrer le moindre bout de chair, et ses vêtements – neufs, et toujours dans un style punk – étaient de moins en moins provocants. Francis lui avait bien proposé un peu plus de sobriété, mais il avait échoué face aux moues de son protégé. Qu'à cela ne tienne, les goûts et les couleurs. Le britannique était également plus docile, et plus obéissant.
Un instant où il laissait le blondinet avancer plus vite que lui en traversant un passage clouté, l'artiste l'observa et compara sa silhouette à celle du jeune qu'il avait vu pour la première fois dans le métro, la nuit tombé. Oui, le changement était flagrant. Il sourit à cette pensée, ravi de la patience qui fut souvent mise à l'épreuve, mais de la récompense qu'elle a rapporté. Il sortit de ces songes lorsque le jeune homme remarqua son absence et l'interpella.
Arrivés à destination, Francis s'arrêta avant la porte principale pour le laisser s'en aller. Par habitude, Ivan ne venait plus le chercher mais attendait patiemment que son stagiaire entre et le rejoigne de lui-même. Ainsi, ce dernier salua comme toujours son tuteur.
- Même heure, même endroit.
- Comme d'habitude.
- Tu vas faire quoi, du coup ?
- Jeanne m'a invité dans un café qui vient d'ouvrir, on y retournera ensemble s'il est bon !
La mine d'Arthur, même dépourvue de sourire il y a une seconde, sembla s'assombrir un peu plus.
- Tout les deux... ?
- Tout les trois.
Le britannique se pinça les lèvres et fit dos ensuite. Il inspira pour lui dire « à ce soir » ou encore « à tout à l'heure », mais s'arrêta et entra dans le bâtiment.
Nouvelle pique de jalousie que cette fois, Francis trouva alarmante.
- … À ce soir... ?
La boîte et le dit café n'étant pas séparés au point de donner du boulot au métro, Francis se donna plutôt la pleine de marcher jusqu'au lieu du rendez-vous. Lui et Jeanne se voyaient régulièrement en ce moment, mais la jeune femme semblait étrangement sérieuse lorsqu'elle avait noté leur entrevue pour aujourd'hui. Il pria pour qu'aucun problème ne vienne s'immiscer dans son petit quotidien tranquille – si l'on peut dire – puisqu'il avait déjà pas mal à faire avec les excès égoïstes de son protégé. Arthur mûrissait en même temps qu'il s'accrochait trop, et ça c'était problématique. Il avait bien compris qu'il était jaloux de son amie d'enfance, et ce parce qu'elle monopolisait son temps lorsqu'il n'était pas là. Mais n'était-ce pas normal de passer du temps avec des proches après une si longue période à vivre loin d'eux ? Il n'en avait pas parlé avec Arthur, parce qu'il allait de toutes façons nier, et il n'en avait pas parlé avec Jeanne, car ça mettrait la jeune femme mal à l'aise. Consulter une quelconque autre personne, professionnelle ou non, allait compliquer et... très franchement, il n'avait pas le temps pour ça.
Chassant ces pensées, Francis chercha du regard la demoiselle qui l'attendait patiemment à une table sur la terrasse du nouveau café qui avait ouvert deux semaines plus tôt. Celle-ci, jambes croisées et mains jointes sur ses cuisses, tirait un peu de temps en temps les pans de sa robe. Il lui reconnaissait ce tic : elle était anxieuse. Francis en vint finalement à la conclusion que ce rendez-vous n'était pas forcément qu'amical. Néanmoins, il cacha son appréhension d'un sourire comme il sait les faire et s'avança avant de s'asseoir en face d'elle, la faisant sursauter.
- Bonjour Jeanne.
- Oh, Francis... Prévient avant... ! J'étais perdue dans mes pensées...
- J'ai remarqué, ria-t-il.
Mais elle ne semblait pas se détendre pour autant.
- Tu vas bien ? demanda-t-il comme si de rien n'était.
- Oui... Et toi ? Comment va Arthur ?
- On va bien, tout les deux. Il est à son stage avec Ivan, comme presque tout les jours. Il a fait une grosse moue lorsque je lui ai dis qu'on allait au nouveau café du coin, je pense qu'il aurait adoré venir !
Mensonge, car il cherchait à rapprocher les deux personnes les plus présentes actuellement dans sa vie. Francis ne voulait vraiment pas se retrouver objet de convoitise entre les deux.
- Une prochaine fois...
- Oui. D'ailleurs, si on s'organisait un petit resto dans la semaine ? Le soir, lorsqu'il aura terminé avec Ivan, et que je-
- Non, pas de prochaine fois en fait...
Il haussa un sourcil. Visiblement elle ne l'écoutait pas. Un silence étrange s'installa, et Francis attendit une éventuelle explication de son amie de la campagne. Sauf que celle-ci demeura silencieuse, et, après un instant de réflexion, se mit à rougir en balbutiant :
- Excuse-moi, j'aurais dû me préparer avant de me lancer... Je crois que j'ai besoin d'un petit remontant avant... Garçon ?
Elle interpella le premier serveur qui passait près de leur table, et Francis n'y fit pas attention. Il regardait Jeanne, interloqué mais aussi surpris de la rougeur qui teintait ses joues. Il n'eut pas le temps de se concentrer là-dessus que...
… un poing fulgurant vint s'abattre sur sa figure.
Francis manqua de quitter sa chaise, mais il n'eut que le réflexe de s'agripper à celle-ci d'une main, l'autre se pressant sur sa lèvre qui commençait à saigner. Alarmés, les autres clients crièrent de surprise et se levèrent. D'autant plus que le coupable n'était autre que le serveur que Jeanne venait d'appeler. Un juron échappa à celui-ci et l'artiste reconnu immédiatement sa voix. Un coup d'oeil vers son agresseur lui confirma le doute.
Le rouquin d'hier soir.
Dans sa tenue de travail, les dents serrés, il semblait avoir oublié en un quart de seconde qu'il était encore en service. C'est qu'il devait vraiment être fou de rage pour risquer autant son poste et de tout foutre en l'air.
- Allister !
- T'es fou, qu'est ce qui te prend ?!
- C'est un client, lâche-le !
Les collègues du serveur interpellé se précipitèrent vers ce dernier, qui s'était énervé un peu plus en empoignant le col de sa cible. Perdu, Francis constatait la rage du jeune homme qui semblait avoir mal digéré les événements de la veille. Et c'était compréhensible : à ses yeux, l'artiste devait être un client important de l'ex-prostitué. Jeanne, qui regrettait d'avoir visiblement fait une bêtise, essayait de calmer les choses; sans effet, dû à sa candeur naturelle. Fort heureusement, le rouquin semblait malgré tout plus intelligent que son poing, et restait là à le regarder même après l'avoir frappé.
- On va discuter calmement... Tout va bien, assura le français.
Doucement, les gens se détendaient, le service reprenait, et les deux hommes disparurent dans une pièce réservée au personnel.
- Où est Arthur ?
Les bras croisés, le plus jeune ne perdait pas de temps. On entendait dans sa voix l'impatience et la colère.
- Il va bien.
- Ça répond pas à la question.
- Il va bien et ira toujours bien si vous ne venez pas le violenter comme hier.
- Ça vous va bien de dire ça.
Il se ramassa un nouveau regard froid.
- Je ne suis pas son client, soupira-t-il. Je suis... son tuteur.
- Son tuteur...
Il l'avait répété avec un ton digne des plus grands sarcasmes comme « Mec, tu te fous de ma gueule ? ».
- Je sais, je sais...
- Non, vous savez pas. Arthur a-
- Arthur a profité d'une activité très... Enfin... Nous savons. Mais il-
- Non, vous savez rien.
Francis soupira à nouveau, intérieurement cette fois-ci. Lui et ce gamin - plus âgé qu'Arthur mais plus jeune que lui - n'allaient jamais finir par s'entendre. Si encore il pouvait le laisser en placer une ! Mais non, le roux semblait plus têtu que son cadet - s'il était toutefois bien de sa famille. Tout les deux se disputèrent pendant encore plusieurs minutes sans que l'un ne puisse finir ou se faire entendre de l'autre. Il est vrai qu'Arthur avait beaucoup de tort, à avoir vendu son corps non sans s'amuser parfois d'un jeu de séduction à l'arrache. Car après tout, s'il avait agit de la sorte par le passé, c'est bien parce qu'il avait conscience de sa situation et de son comportement. Et qu'il soit majeur ne pardonne rien.
Après s'être tout les deux perdus en confrontations verbales inutiles, le serveur souffla en s'appuyant contre des cartons; sans doute des piles d'assiettes récemment commandées. Un ange passa et Francis se massa le visage avant de le regarder.
- Tu t'appelles Kirkland ?
Une hésitation maladroite.
- Allister Kirkland.
- Tu es son frère ?
- L'aîné d'une fratrie de cinq. Et Arthur est le troisième.
Des détails que son protégé ne lui aurait jamais dit de lui-même. C'est seulement maintenant que Francis se rendit compte qu'il était curieux quant à la vie privée de ce dernier. Après, interroger son grand frère, ce n'était peut-être pas une méthode totalement sauve. Allister se tourna à nouveau vers lui.
- Où est-il ?
- À l'abri et à l'entrée d'une nouvelle vie. Il dort et mange correctement, promit l'artiste avec un sourire rassurant.
- Et le reste ?
- Plus rien. La nuit, il reste avec moi.
- Et vous faites quoi... ?
Manifestement il ne lui faisait toujours pas confiance avec ses sous-entendus.
- On ne fait rien. Je le surveille et le protège.
- C'est pourquoi je suis tombé sur lui hier...
- Il faut bien baser notre relation sur un lien de confiance... Arthur était encore farouche et dépendant de son penchant lorsque j'ai décidé de le ramener. Mais depuis... il a changé. Il s'épanouit, même si au fond, il reste une teigne... conclu-t-il en riant doucement. Hier, j'ai fais une erreur, donc forcément, ça a un peu dérapé.
Car si Arthur n'était plus dépendant de son penchant, il l'était à lui.
- Quel petit con... jura Allister. Dire que je parviens encore à l'avoir dans les pattes après ça...
Francis haussa un sourcil, pas sûr encore de la signification de ces mots.
- Si tu veux revoir Arthur-
- Je veux pas le revoir.
- Je disais... soupira-t-il. Si tu veux revoir Arthur, tu n'auras qu'à m'appeler. Je ne compte pas le priver de sa famille. Il a besoin de renouer contact avec son entourage. Il vaut mieux effacer les erreurs encore excusables, tu ne crois pas ?
Puis sans qu'il ne puisse protester, Allister se retrouva avec un numéro de téléphone en tête, que Francis aura répété trois fois pour être sûr qu'il l'écoute, qu'il le retienne, et qu'il promette de lui envoyer un message pour que l'artiste possède le sien. Tout en évitant l'égorgement, Francis salua donc le rouquin et quitta la pièce pour retrouver Jeanne, non sans croiser le regard des autres clients inquiétés par le tapage. Lorsqu'il reprit place, un autre serveur vint même lui présenter des excuses, qu'il jugea inutiles tout net mais avec le sourire.
- Francis... s'enquit la jeune femme. Tout va bien... ?
- À merveille. Excuse-moi de ce petit contre-temps.
- Tu connais ce garçon ?
- Plus ou moins. Nous avions un différent à régler, et il a le sang chaud, fit-il pour la rassurer.
La française ne sembla pas complètement convaincue et ne put s'empêcher de lorgner sur le visage de son ami d'enfance.
- Tu as un bleu...
- Oh ? Il frappe fort.
- Tu dois avoir mal...
- Ne t'inquiète pas, je vais bien.
Oui, vraiment, il allait bien. Mais Jeanne avait toujours cette habitude à s'inquiéter de ses proches, même s'ils lui assuraient qu'ils étaient en parfaite santé. En même temps, elle venait d'assister à l'attaque d'un serveur inconnu qui s'est littéralement jeté sur un ami de longue date. Quand on a ni le contexte, ni les détails de sa résolution, il y a de quoi paranoïer un peu. Face à son inquiétude, Francis lui promit encore plusieurs fois qu'il n'y avait plus de problèmes, et que ce garçon n'allait pas revenir l'embêter de sitôt. En tout cas, lui-même ne le savait pas. Allister intriguait Francis tout comme Arthur le faisait quotidiennement. Les deux frères, enfouis dans une relation tendue, semblaient avoir des choses à se dire, et l'artiste pensa qu'il s'agissait d'une nouvelle étape à faire franchir à son protégé. Qui n'allait pas être aussi simple que les précédentes; après tout, là, il, marchait carrément sur un autre terrain, dans lequel il ne devait pas avoir accès. La vie privée d'Arthur... était la chose la plus secrète de l'histoire. Il ignorait encore tout de sa famille, hormis que son frère aîné avait un sale caractère et qu'il n'était pas prêt à pardonner les agissements du jeune blond.
Francis sentit son téléphone vibrer, dont l'écran indiquait la réception d'un message, venu d'un numéro inconnu de son répertoire. Finalement, il n'est pas si bougre que ça... pensa-t-il en renommant le dit numéro par le nom d'Allister. Tout les deux étaient bien des Kikrland : caresser dans le sens du poil fonctionnait, du moment qu'ils se calmaient à la fin pour laisser la raison les gagner ensuite.
- Francis.
Lorsqu'il entendit à nouveau la voix soucieuse de Jeanne, l'interpellé eut pour réflexe de relever la tête en répondant tout de suite avec un « je t'assure que ça va », mais il perdit son sourire en découvrant le sérieux sur le visage de son amie. Un silence s'en suivit, durant lequel la jeune femme sembla chercher ses mots le temps de le convaincre qu'elle n'était pas là que pour parler chiffon.
- Oui ?
- Si je t'ai donné rendez-vous je... c'est pour... parler de quelque chose.
Il haussa un sourcil. Il l'avait rarement vu comme ça, pour ne pas dire presque jamais.
- Je t'écoute ?
Puis Jeanne parla, les joues légèrement roses.
La fin de l'après-midi annonçait à Francis qu'il était temps d'aller chercher son protégé sur son lieu de « travail ». À nouveau seul, l'artiste avançait dans la rue, le pas tranquille et les mains dans les poches. Ses pensées étaient presque toutes tournées vers la discussion qu'il venait d'avoir avec Jeanne, et quelque fois, celle-ci lui faisait oublier le passage piéton par lequel il devait passer.
Francis avait toujours vu Jeanne comme une amie très proche, ou même une sœur. Rien de plus, rien de moins. Et pourtant, voilà que le destin lui demandait de remettre cette relation en question. Était-ce parce qu'il avait perdu l'habitude d'être souvent entouré et à l'extérieur qu'il n'avait rien remarqué ? Le plus étonnant restait la française qui, même tout ce temps passé loin de lui, semblait toujours chérir ces sentiments sur lesquels elle lui a demandé de réfléchir... Sortir avec Jeanne ? C'était un truc sur lequel il butait, et qu'il devait tourner et retourner dans plusieurs sens pour trouver une réponse. La jeune femme s'était déclaré à lui, le plus sérieusement et calmement possible, avant de lui dire de réfléchir là-dessus...
Pour savoir s'ils allaient dépasser le stade de l'amitié donc. Sauf que Francis n'envisageait tellement pas ce genre de choses avec elle qu'il était très perdu... Jeanne quand même. Ce n'était pas n'importe qui. Jamais par le passé il n'avait songé à entretenir ce genre de relation avec elle, ni au collège, ni au lycée. Et voilà qu'elle le rattrape alors que lui, il avait d'autres chats à fouetter. Mais par respect pour sa patience et ses sentiments, il allait y réfléchir. Pour de vrai.
Arrivé dans le hall d'entrée du bâtiment, il fit comme d'habitude et s'adossa contre un mur, attendant patiemment de voir surgir la tête blonde accompagnée de son « patron ». Il n'était pas rare qu'il soit un peu en avance. Quoique là, cette histoire l'avait un peu ralentit, pourtant personne n'était encore là pour l'accueillir. Quelques collègues du russe passèrent et saluèrent poliment Francis d'un sourire ou d'un hochement de tête avant de disparaître. Les yeux rivés sur l'horloge murale, l'artiste ne pouvait que patienter.
Mais ni Ivan ni Arthur ne vint. Qu'est ce qu'ils fichaient ?
Il demanda à un autre employé qui passait s'il ne les avait pas vu, et celui-ci répondit que « Braginsky a demandé à ne pas être dérangé dans son bureau ». Le latin fronça les sourcils. Bientôt une demi-heure qu'il aurait dû lui ramener Arthur, et pourtant il prétextait avoir encore du travail avec ? Un peu désolé de mettre mal à l'aise cet homme qui s'intriguait de le voir entrer dans les locaux, Francis traversa les couloirs en espérant trouver le dit bureau. Certains le regardaient, d'autres osaient un « euh, monsieur... » et le reste chuchotait en se demandant qui Diable était ce gugus qui se permettait de se promener ici comme ça, sans badge ni autorisation. Perdu, il demanda tout de même son chemin à une femme qui répondit rapidement, surprise. Puis elle le regarda reprendre sa route, le français enfin orienté. Il finit par tomber dans un couloir presque vide, avant de s'arrêter devant une porte sur laquelle était inscrit un « Braginsky » en lettres capitales. Soucieux de ne pas les avoir croisé entre-temps, Francis manqua d'entrer avant de toquer, et répara ce manque de politesse; il n'était d'ailleurs plus à ça près.
Mais aucune réponse en retour. Il appela le russe, mais toujours rien. À gauche et à droite, deux-trois employés le fixaient sans oser intervenir. Francis toqua un peu plus fort, répétant le prénom du journaliste, mais là aussi, le blanc. Il prit la poignée en pensant que la porte devait être fermée.
Même pas. Alors il entra sans plus de cérémonies, s'apprêtant à l'appeler une troisième fois.
Puis il ouvrit les yeux de stupéfaction.
Il lui avait pourtant promit d'être sage...
Le bureau d'Ivan étant collé au mur, Francis put voir clairement le dos d'Arthur, lui qui était à genoux devant le russe, la tête en pleine activité vers le bas-ventre du journaliste. Ce dernier, pleinement conscient de l'acte, caressait d'une main dominante les cheveux auxquels il s'accrochait quelques fois. L'adolescent ne semblait ni forcé, ni coincé, puisque ses va et vient sur la verge étaient volontaires et d'une cadence à faire rapidement rougir son partenaire. Ce dernier gémissait d'une voix que Francis ne lui connaissait pas, avant que celle-ci ne vienne s'étouffer dans sa gorge; découvrant le français à l'entrée de la pièce. Français qui ne savait pas lequel interpeller en premier. Le choc était trop gros pour y réfléchir correctement. Ivan fut celui qui stoppa la chose, écartant l'anglais d'un brusque geste de la main sur l'épaule.
Prit de court, Francis ne sut qui attraper lorsqu'il s'avança sans réfléchir... Pendant une seconde, il perdit le contrôle de son corps et marqua le visage du russe d'un coup de poing, dont la chaise à roulettes bascula et fit chuter le journaliste. Stupéfait, Arthur ne pensa même pas à se relever. Francis le fit à sa place, tirant le bras d'une forte poigne avant de sortir du bureau, le pas pressé. Les employés, qui s'étaient un peu rapprochés, ne surent comment réagir lorsqu'un type blond inconnu leur passa devant avec le regard noir et le pas rageur. Descendant tout juste de son petit nuage, Arthur suivait avec maladresse son tuteur. Celui-ci devait être fou de rage, déçu, avoir une envie d'exploser si débordante qu'il allait se transformer en quelque chose d'effrayant. Si fort que plus jamais l'anglais n'oserait le regarder.
Ce n'était franchement pas loin, car la patience de Francis venait d'atteindre sa limite.
Celui-ci poussa sans ménagement son protégé dans les toilettes de l'étage, et Dieu merci elles étaient vides. Comme avec un animal, le latin l'amena à l'un des lavabos en lui donnant des ordres, le ton haut. Cette fois-ci, il l'engueulait bel et bien.
- Rince-toi la bouche tout de suite, putain.
Ça, ce n'était vraiment pas bon.
- Dépêches-toi ! tonna-t-il face au silence.
Enfin sortit de sa bêtise, les mains d'Arthur tremblèrent et il appuya maladroitement sur le robinet pour faire couler l'eau qu'il s'empressa d'absorber et de recracher, sous l'oeil perçant d'un Francis en colère. Car oui, ce pauvre fou osait le regarder dans les yeux alors qu'il avait encore la tête dans le lavabo.
- Grouille !
Apeuré, Arthur s'enquit de le satisfaire. Quoiqu'il était cette fois-ci loin de se rattraper. Comment pardonner un tel abus de confiance... Même Arthur devait savoir qu'il est allé trop loin. Francis était généreux, bon, altruiste, et il se permettait même de quelques sacrifices pour les plus parasites, puisque tout le monde avait droit à sa chance. Mais là, il n'en pouvait plus. Son protégé, à qui il avait offert tant de choses pour se reconstruire une vie, osait encore trahir ses espoirs et leurs promesses. Comment devait-il réagir ? Comment l'un comme l'autre pouvaient... ? Dès qu'Arthur eut finit, il n'attendit pas une minute de plus pour poser une main dans ses cheveux et le pousser vers la porte, l'entraînant alors vers la sortie. Sous le regard de dizaines d'employés, les deux blonds marchèrent avec tout l'empressement du monde et rentrèrent chez « eux ».
Dans le métro qui les ramenait, Francis se réfugia dans un mutisme froid, décourageant Arthur de toute tentative de réconciliation.
Une fois de retour dans le studio, ce fut bien pire. Francis claqua la porte dans un bruit sourd, de quoi faire vibrer les murs.
- Tu te fous sérieusement de moi, Arthur... commença l'artiste en faisant les cent pas dans la pièce. Combien de fois encore tu vas ruiner ma confiance ? Que je t'offre aveuglément en plus ! Tout le monde fait des erreurs, je le sais, tu n'es pas parfait, mais tu n'es pas complètement con non plus, n'est-ce pas ? Alors qu'est ce que c'est que ce foutoir ? Qu'est ce que tu fabriques Arthur ?! Est ce que tu aurais laissé Ivan te baiser si je n'étais pas intervenu ? Tu vas enfin me dire ce que tu as à te comporter comme une pute, nom de nom ?!
Il l'avait dit. En fait, tout ce qu'il se retenait de dire depuis des jours sortait de sa bouche, les mots fusant, allant et revenant dans le studio. Francis pourra s'étonner plus tard de ne recevoir aucune plainte des voisins, pour le grand bonheur de son côté sombre; car quand même, ça soulageait de montrer qu'on n'était pas qu'un gros nounours sur lequel taxer de l'argent. Arthur n'osait plus bouger, se faisant tout petit, la tête rentrée dans les épaules. Le décalage était large, entre le rebelle qui se vengeait de sa jalousie en gâtant d'une pipe un type lambda, et le jeune adulte qui ne savait plus où se cacher pour échapper aux leçons de morale qu'on lui prodiguait. Arthur n'aimait pas que Francis le considère en mal, que ce soit en l'oubliant, ou en lui criant dessus. Il voulait tout simplement être avec lui, et le savoir avec Jeanne, ça lui faisait de la peine. Peine que Francis se tuait à faire disparaître, mais rien à faire : le britannique était possessif et trop attaché à son tuteur pour penser plus intelligemment qu'en allant se taper le premier adulte venu.
Francis cria encore, avec vulgarité et force, exprimant à Arthur son immense déception et même son idée à le jeter dehors. Mais qu'est ce qu'il fichait encore là, à profiter tranquillement de son lit et de sa nourriture. Pourquoi être aussi si bon si c'est non seulement pour ne rien recevoir en retour, mais aussi pour qu'on se fiche de lui ? Pour finir sa longue tirade, Francis saisit à nouveau le bras de l'anglais et le tira jusqu'au placard dans lequel il le poussa, lui ordonnant, pour conclusion, de dormir à poings fermés et de ne pas sortir avant qu'il ne vienne le chercher lui-même. Puis il claqua violemment la porte coulissante.
Hors de lui.
Francis avait besoin de frapper sur quelque chose ou de ressortir un vieux machin qu'il aurait dû jeter depuis longtemps : un paquet de cigarettes. Caché – pour ne pas dire perdu et enfoui – depuis longtemps au fond d'un de ses tiroirs mal rangés, le paquet ne tarda pas à se retrouver dans sa main, contenant également un briquet avec un fond d'essence. Il sortit sur son balcon et s'empressa d'allumer le bâton de nicotine, rapidement calé entre les lèvres.
…
Qu'est ce qui clochait chez Francis ? Parce que si le problème ne venait pas d'Arthur, il venait probablement de lui. Sa technique n'était pas la bonne ? Il était trop doux pour s'occuper d'un rebelle comme lui ? Pourtant tout se passait si bien jusqu'ici, où était l'erreur ? Quelque part, il était bien la gêne : trop dépendant de son tuteur, Arthur ne supportait plus l'idée de partager Francis à son ancienne vie – son actuelle en fait, la sienne ! - jusqu'à aller le provoquer en retournant dans la débauche. Les enfants étaient-ils capables de se sacrifier à ce point juste pour un peu d'attention ? À ce stade, c'était carrément une maladie – hélas oui les comportements extrêmes pour attirer le regard existaient comme une pathologie... mais Arthur était déjà un cas suffisant, pitié, ne lui rajoutez pas cela en plus. Il souffla sa fumée... puis son cerveau changea totalement de sujet en voyant le filet blanc s'échapper dans l'air.
Jeanne détestait la cigarette, c'était la seule raison qui l'avait poussé à arrêter. T'es con, c'est pas le moment d'y penser... La jeune femme française était en attente d'une réponse en même temps que Francis devait gérer les humeurs dégradantes d'Arthur. Comme s'il n'était déjà pas assez occupé. Le plus beau était quand même qu'il décida de garder l'anglais avec lui le lendemain, toute la journée. Ainsi il pourra travailler et avoir un œil sur lui. De toutes façons, il ne comptait pas le ramener voir Ivan, ça c'était hors de question. Et la question sur Jeanne, dans tout ça... ? Tant pis pour elle, elle passait en dernier... sa meilleure amie d'enfance.
Arthur passait devant beaucoup de choses, ces temps-ci.
Il s'était habitué à le gâter sans retenue, du moment que ça le faisait sourire. Et l'avoir prit en flagrant délit en train de faire sa pipe à Ivan l'avait affecté, réduisant à néant ses nouveaux espoirs de faire de lui quelqu'un de stable. Car avec une jalousie aussi maladive, Francis ne pouvait décidément pas laisser le britannique refaire sa vie tout seul. Qui sait ce qu'il ferait le jour où il le laissera faire comme il veut ? Non, déjà, il refusait de lui laisser son indépendance tant qu'Arthur ne venait pas la chercher lui-même. Ce dernier ne réclamait même plus qu'on lui fiche la paix, s'attachant de plus en plus aux petits soins de Francis. Ce qui était devenu le problème principal. Et comment pouvait-il le gérer tout en continuant de le soutenir ? Devait-il finalement se résoudre à laisser le boulot à un spécialiste ? Non, il se renfermerait, et en plus s'attirerait les foudres du britannique.
Ce qu'il ne voulait pas, bien entendu. Bien qu'Arthur ne soit qu'une « passe » dans sa vie, Francis s'était également attaché à lui, aussi jeune et problématique qu'il pouvait être. Il souffla encore... La nuit venait de tomber, et l'artiste songea qu'ils n'avaient pas dîné. Vu à quel point il s'est emporté contre lui, l'anglais n'allait certainement pas se montrer de sitôt. En même temps, tu l'as enfermé comme un enfant battu avec formelle interdiction de sortir sans ton autorisation... Elle est belle, ton éducation, mon vieux. Non, en même temps, il n'avait pas tort. Les jeunes avaient besoin d'une punition marquante pour comprendre leurs erreurs, et Arthur était assez grand pour se rendre compte de l'énormité de la sienne. Sauf qu'il négligeait une étape : la réconciliation. Donner des leçons de morale, c'était bien, mais alors il fallait lui donner la résolution après. Et jusqu'ici, Francis ne l'avait jamais fait. S'excuser de l'avoir engueulé n'était pas suffisant, il fallait l'encourager.
Quelques minutes après s'être calmé en même temps que goudronné les poumons – il toussa même, par perte d'habitude – Francis écrasa son mégot sur la rambarde et retourna à l'intérieur. Après avoir refermé la baie vitrée, il s'attendit à un silence de plomb, alourdi par le dernier tonnerre de jurons qu'il avait lui-même envoyé.
Mais un hoquet fit écho à ses attentes.
Francis tourna la tête vers le placard incrusté dans le mur, imaginant un Arthur recroquevillé avec le souvenir d'un tuteur hors de lui. Lorsqu'un nouveau bruit s'ajouta au vide, il approcha avec lenteur et fit glisser tranquillement la porte.
Les épaules secouées du jeune blond révélaient bien qu'il pleurait.
Lorsqu'il entendit la porte bouger et Francis s'accroupir dans son dos, il cessa de respirer, peut-être pour cacher sa faiblesse ? Le latin ne devait pas oublier que, aussi responsable était-il, Arthur restait encore quelque part un enfant. Bachelier qui n'avait pas réussi et qui a vécu seul dans la noirceur des rues. Assis sur le parquet, en tailleur, l'artiste chercha ses mots, observant le dos de l'anglais qui se retenait de bouger sous les sanglots. Pour tenter une approche, il caressa doucement le long de sa colonne vertébrale d'un doigt, faisant frissonner l'échine.
- Arthur...
Le contact sembla le détendre, lui faisant oublier de retenir ses pleurs.
- Vient là.
Le ton doux, il lui intima de venir dans ses bras, qu'il lui tendit lorsque le jeune homme tourna la tête pour le regarder. Sans hésitation, celui-ci vint s'y réfugier; sans méfiance, et avec requête d'attention. Francis était un peu surpris de la simplicité de la chose; c'était donc bien ça qu'il fallait faire. Le jeune homme contre lui, il constata également qu'il appréciait l'étreinte, sa personne protectrice souhaitant prendre soin du réfugié, loin de tout le mal de l'extérieur. Pendant une seconde, l'idée de le garder avec lui était appréciable, pour ne pas dire carrément apaisante. Si Arthur ne pouvait plus se détacher de lui, s'il ne rentrait jamais voir sa famille... La perspective de le garder le tentait. Alors qu'il se forçait à trouver une solution pour le réconcilier avec le passé. Mais peut-être que ça n'était pas envisageable. Que si Arthur restait secret sur sa vie privée, c'était peut-être parce que c'était peine perdue. Il s'acharnait pourtant avec tellement de patience à réparer cela... Mais après avoir passé tellement de temps avec, à apprécier ce jeune adulte qui se calmait entre ses bras tendres, là, par terre...
Francis ne s'étonna même pas de lui embrasser la tempe, puis la joue, pour ramasser les larmes puériles qui avaient coulé. Heureux de ce rattrapage et de l'attention portée avec, Arthur le serra plus fort, sa respiration saccadée par la tristesse reprenant un rythme normal. Il regrettait amèrement sa bêtise, et lui jura même dans un murmure qu'il ne recommencera plus. Qu'il n'allait plus jamais trahir sa confiance, et qu'il l'adorait trop pour avoir envie de déconner au point d'être mit à la porte. Le cœur de Francis se serra au souvenir de cette menace, et il répondit en murmurant qu'il comptait le garder. Prit d'un doute, Arthur recula la tête et le regarda, les yeux larmoyants.
- Tu vas me garder... ?
- J'ai dis ça comme ça... Mais Arthur, il faut que tu rentres.
L'anglais baissa les yeux, incertain de pouvoir avouer :
- Je veux rester avec toi.
Ce qui attendrit le cœur de Francis en même temps qu'il le sentait se contracter de douleur.
- Ce n'est pas pour en arriver là que je t'ai accueilli, Arthur... fit-il en lui caressant la joue. Tu le sais, nous avons des chemins différents. Tout ceci n'est que temporaire, pas que je veux que ça s'arrête ou que j'ai hâte... J'aime beaucoup le temps que je passe avec toi. Mais ce n'est pas la vie que je t'ai promis.
- Tu ne voulais pas que je choisisse la mienne ?
Fatigué de la journée, Francis coupa court à la conversation en lui embrassant le front.
- Dînons, maintenant. Nous reprendrons cette discussion demain, quand on sera en forme. J'ai eu mon quota pour aujourd'hui.
Arthur hocha la tête, honteux de l'une des raisons qui avait gaspillé l'énergie de son tuteur.
- Pardon pour... Ivan je... je l'ai un peu forcé...
- Il est tout aussi responsable pour avoir accepté. Tu n'iras plus là-bas. Je sais que tu aimais le stage qu'il t'avait offert mais-
Le plus jeune coupa à son tour le sujet en osant un chaste baiser sur les lèvres.
Silence.
- … Demain.
Un point partout.
BON, là je crois avoir vraiment touché le fond pour les fins. Surtout qu'on est en fin de matinée, et que je n'avais aucune raison de me presser. Je crois que c'est parce que j'ai dépassé les événements de la trame et que la dernière page était de la totale improvisation. Mais comme vous, j'avais hâte qu'il se passe un truc, même un tout petit.
C'ETAIT LE RETOUR DES COUPS DE PUTE )o)
Ce chapitre marque une nouvelle étape, et je me rends compte qu'il ne reste déjà plus grand chose... pour pas dire, deux up à faire. Vous êtes donc à l'avant-avant-dernier chapitre; moi-même, je suis surprise. J'ai hâte d'écrire la suite, comme ça je bouclerai la fic et ce sera la dernière fois que je posterai un truc sans avoir la suite déjà prête sous la main, question de pratique. Je m'excuse donc d'avance pour le retard que j'aurais au sixième, haha.
A la revoyure !
