All around me are familiar faces
Des visages tout autour de moi me sont familiers
Worn out places, worn out faces
Des endroits usés, des visages épuisés
Bright and early for their daily races
Lumineux et matinal pour leurs courses quotidiennes
Going nowhere, going nowhere
Sans aller nulle part, sans aller nulle part
Their tears are filling up their glasses
Leurs larmes remplissent leurs lunettes
No expression, no expression
Aucune expression, aucune expression
Hide my head I want to drown my sorrow
Je cache ma tête pour étouffer mon chagrin
No tomorrow, no tomorrow
Aucun lendemain, aucun lendemain
Chapitre Trois : Elle trouve de la couleur dans les endroits les plus sombres
Les flammes vertes perdirent de leur éclat et Harry toussa bruyamment, expulsant des cendres un peu partout hors de la cheminée. Il sortit de l'âtre en époussetant ses vêtements et scruta la pièce dans laquelle il venait d'arriver. La boutiqueFarces pour Sorciers Facétieux ne fermait jamais et était, par conséquent, toujours fréquentée par une foule de monde non négligeable. Harry se souvint des difficultés qu'il avait eu à avancer à l'intérieur du magasin les dernières fois qu'il était venu à cause de la surpopulation et éprouva un sentiment curieusement désagréable en voyant les mêmes lieux complètement vides. Aucun objet magique ne bougeait à l'étage et la pièce n'avait jamais été aussi peu lumineuse.
- Tu peux monter Harry, je suis là.
Le jeune homme gravit les escaliers qui faisaient face à la cheminée avec prudence, sans savoir ce qu'il redoutait exactement.
George Weasley était penché sur un parchemin qu'il parcourait de sa baguette, l'air concentré. Sa jambe gauche s'agitait nerveusement.
- Comment tu as su que c'était moi ? lui demanda Harry en se tenant à distance.
George ne lui répondit pas immédiatement. Il continua de tracer des lignes invisibles et tordues sur le parchemin pendant un instant, puis se rejeta sur le dossier de sa chaise en soupirant et se retourna. Son visage portait les traits d'une fatigue inhabituelle mais son sourire était toujours le même.
- Grâce à ça.
Il sortit de sa poche un parchemin anormalement petit et le tendit à Harry. Celui-ci s'en empara et étouffa une exclamation de surprise. Tous les étages du magasin étaient représentés sous forme de carte et leurs deux noms étaient inscrits à l'endroit où ils se tenaient.
- Attends, tu... Tu as créé une espèce de carte des Maraudeurs pour la boutique ?
- Tu comprends vite Potter, répliqua George en lui faisant un clin d'oeil.
- Et ça... reprit Harry en désignant le parchemin sur la table.
- J'essaye de cartographier le Chemin de Traverse. Tu ne peux pas savoir comme c'est compliqué avec tous les sortilèges de protection autour de Gringotts par exemple. Il n'y aura qu'un seul exemplaire, ne prends pas cet air affolé, poursuivit-il en s'apercevant de l'expression inquiète de Harry. J'ai fini la carte de Pré-au-Lard la semaine dernière. On l'avait commencé ensemble, ajouta-t-il plus bas. C'était notre défi du moment. Mais bon, seul ça me prend plus de temps comme tu t'en doutes. C'est pour ça que la boutique est fermée aujourd'hui.
Il s'éclaircit la gorge et se retourna précipitamment vers le bureau comme pour vérifier un détail de la plus haute importance sur le parchemin.
- Tu... Mais si tu ne les vends pas, à quoi elles vont te servir ? bafouilla Harry.
- Cadeau pour la famille et les amis ! Il n'y a pas de raisons à ce que tu sois le seul privilégié à détenir une carte magique Potter, répondit George en lui faisant à nouveau face, un large sourire sur le visage. Et puis je voudrais qu'ils aient tous quelque chose en souvenir de Fred, bref, se dépêcha-t-il d'ajouter en insistant sur le dernier mot, qu'est-ce-qui t'amène ?
- Oh, euh... Ron n'est pas rentré au Terrier hier soir et il devait passer ici.
- Il est venu en coup de vent, oui, mais il ne m'a rien dit de particulier. Peut-être qu'il est simplement allé...
- George ? lança une voix depuis l'étage inférieur.
- Montez les filles, répondit-il après un bref coup d'oeil sur sa carte.
Harry n'avait pas besoin du parchemin pour savoir à qui appartenait la voix. En quelques secondes, ils furent rejoints par Ginny, accompagnée de Luna.
- Bonjour Harry, déclara cette dernière avec un sourire paisible.
- Salut.
- Tu tombes bien, je voulais te donner quelque chose. Suis moi, lança George à Luna après un silence de plomb.
Il ouvrit une porte qui donnait sur une autre volée d'escaliers et, rapidement, Ginny et Harry se firent face.
Ils restèrent un certain temps immobiles, à fixer l'autre sans savoir réellement quoi penser et sans dire un mot. Non pas parce qu'ils ne savaient pas quoi dire, mais parce qu'à ce moment précis, le silence avait sa place. C'était un de ceux que l'on ressent physiquement dans la poitrine, qui se resserre comme un étau autour de la cage thoracique et qui donne l'impression de tomber quelque part, très loin, au fond de soi-même. Un silence qui agissait comme un regard en arrière sur les événements passés. Un silence où les fantômes et les regrets s'entassaient jusqu'à leur obscurcir la vue.
Ce fut Ginny qui bougea la première. Elle fit quelques pas en direction de Harry, leva la main vers son torse et la déposa à l'endroit où elle pouvait sentir son coeur battre, puis elle ferma les yeux. Pourtant, après la bataille de Poudlard, il était venu vivre au Terrier, ils s'étaient croisés souvent, ils avaient parlé et, même si ça n'avait été qu'au sujet de banalités, elle avait eu de nombreuses occasions de s'assurer qu'Harry était bien vivant et qu'ils étaient débarrassés de toute contrainte les empêchant d'être ensemble. Mais rien qu'en contemplant son front plissé, comme si elle priait derrière ses paupières closes, il aurait pu dire mot pour mot ce à quoi Ginny pensait. Faites qu'il soit encore là quand j'ouvrirais les yeux. S'il vous plaît, faites que tout ça soit bien réel.
Luna avait pour habitude de toujours dévorer des yeux les alentours lorsqu'elle marchait. Elle notait toujours une quantité considérables de détails qui fourmillaient ensuite dans son esprit toute la journée. Alors qu'elle s'approchait de l'Allée des Embrumes, son regard fut attiré par un enfant qui était plaqué de tout son corps face au mur d'entrée du sinistre endroit. Captivée par cet étrange spectacle, Luna continua d'avancer dans sa direction et s'aperçut que le garçon n'était pas totalement immobile, ses lèvres remuaient sans marquer le moindre arrêt. Lorsqu'elle fut juste à côté de lui, elle s'accroupit à sa hauteur. Il murmurait des paroles totalement incompréhensibles au mur.
- Est-ce-qu'il te répond ?
L'enfant arrêta immédiatement sa litanie et tourna lentement la tête vers Luna. Il semblait la voir de très loin, comme si ses yeux et son cerveau étaient situés à des kilomètres l'un de l'autre. Son regard n'avait rien de méchant, il était à la fois vide et empli d'un éclat qui mêlait la folie et le stade ultime de la peur, comme s'il avait vu des choses qu'un esprit humain ne serait pas en mesure de supporter.
- Tu n'es pas obligé de continuer à lui parler s'il ne répond pas. Et si tu n'en as pas envie, rien ne t'y oblige non plus,poursuivit-elle d'une voix très calme.
Le garçon fut secoué d'un spasme. Il s'approcha de l'oreille de Luna et parla à voix basse.
- J'ai besoin de murmurer. Il faut que je murmure, tu comprends, sinon personne ne le fera.
La jeune fille acquiesça et sortit sa baguette magique.
- Avis !
Une poignée de minuscules oiseaux jaillirent et se mirent à voleter autour de l'enfant. La plupart des moineaux finirent par prendre leur envol dans le ciel, mais deux d'entre eux restèrent près de lui.
- Les oiseaux murmurent eux aussi, tu verras.
Elle se redressa et franchit le seuil qui menait à l'Allée des Embrumes avec légèreté. Le petit garçon ne la vit même pas s'en aller. Pour la première fois depuis des années, il ne murmurait plus, il écoutait.
- Qu'est-ce-que tu attends Ronald ?
C'était impossible. Ca ne pouvait pas être lui. Ron fit un pas en avant et tendit le bras vers le jeune homme qui lui faisait face.
- Fred... ? Non ça peut pas être toi... George arrête, c'est pas drôle...
Le garçon eut un rictus mauvais qui ne ressemblait à aucun des frères Weasley. Il tapota la paume de sa main avec une batte de Quidditch.
- Et en plus de ça, tu ne me reconnais même pas... Et bien tu m'as vite oublié, petit frère... Je peux savoir ce que tu attends pour me venger ? Je ne pense pas que George t'ait donné ça pour que tu puisses pleurnicher dessus, répliqua-t-il durement en désignant la batte du menton. Allez Ronald, c'est l'heure...
Fred se mit alors à tourner autour de Ron, en répétant inlassablement la dernière phrase.
- RONALD WEASLEY !
Il ouvrit précipitamment les yeux et se redressa, haletant. Il mit du temps à se souvenir qu'il avait atterri dans l'Allée des Embrumes en se laissant porter par ses jambes. Il se rappelait avoir été incapable de réfléchir, après que George lui ait offert la batte de Quidditch de Fred. Il fixa ensuite longuement la fille qui se tenait accroupie en face de lui et qui venait de le sortir de son cauchemar.
- Tu te sens bien ? demanda-t-elle.
- Qu'est-ce-que tu fous ici Luna ? répliqua-t-il, sur la défensive.
Cette dernière se contenta de le regarder avec intérêt.
- Quoi ?
Elle se leva et lui tendit une main.
- On ferait mieux de ne pas trop traîner ici, tu ne crois pas ?
- J'peux me lever tout seul, c'est bon, grommela Ron en s'appuyant sur le mur pour se redresser. Comment tu m'as trouvé ? Les Joncheruines t'ont envoyé un hibou pour te prévenir, j'imagine ?
Luna eut un sourire radieux tandis qu'ils se dirigeaient vers le Chemin de Traverse, côte à côte.
- Ce sont les oiseaux.
Ron leva les yeux au ciel, agacé.
- Quoi les oiseaux, qu'est-ce-qu'ils ont ?
- Ils me l'ont murmuré.
Paroles de chanson : Mad World, Gary Jules
Titre : Walk Away, The Script
