I searched my world but I can't find you
Je cherche mon monde mais je n'arrive pas à te trouver
You're standing there but I can't touch you
Tu es plantée là, mais je ne peux pas te toucher
Try to talk but the words are just not there
J'essaye de parler mais les mots ne sortent pas
I can feel a sense of danger
Je ressens le danger
You stare at me like I'm a stranger
Tu me fixes comme si tu ne me connaissais pas
Paralyzed and you don't seem to care
Paralysée et tu n'accordes pas d'importance
The demons in my dreams
Aux démons dans mes rêves

Chapitre Quatre : Bonsoir Obscurité, ma vieille amie. Je suis revenue discuter avec toi.

Le corbeau étendit ses ailes dans toute son envergure et survola les chaumières qui s'éclairaient une à une. Le soleil se couchait sur Pré-au-Lard et les rues pavées se vidaient progressivement, seuls les quelques pubs du village demeuraient raisonnablement remplis. L'oiseau amorça lentement sa descente et se posa sans bruit sur le rebord de la fenêtre ouverte de l'une des tavernes. L'endroit paraissait aussi sombre que son plumage et un silence presque absolu s'était installé entre les deux seules personnes qui se trouvaient à l'intérieur. L'une d'elle, une femme, était assise et tapotait nerveusement la table du bout des doigts. Quant à l'autre, un homme, il se tenait debout près du bar et essuyait deux verres avec des gestes brusques. Dans un tintement, il les déposa devant la femme et les remplit d'un liquide brun-doré avant de s'asseoir.

- De l'hydromel vieilli en fût, constata-t-elle à mi-voix.
- Je serais étonné de vous voir ici simplement pour discuter de boisson, Professeur McGonagall.
- Minerva, répliqua l'intéressée d'un ton cinglant, en s'arrachant à sa contemplation.

L'homme eût un geste vague de la main pour balayer le détail.

- Je ne suis pas aussi solitaire que vous, Abelforth.
- Vous seriez allée aux Trois Balais s'il s'agissait simplement d'avoir de la compagnie, répliqua l'homme. A moins que... Ah oui. C'est à cause de ma ressemblance avec lui, n'est-ce pas ?

Ils se fixèrent intensément pendant quelques minutes, puis le professeur McGonagall cilla et but une gorgée d'hydromel.

- Il s'occupait de tout bien mieux que moi. Je n'ai trouvé personne pour enseigner la Défense contre les Forces du Mal,reprit-elle, sans prêter attention au grognement d'Abelforth qui avait ponctué sa phrase précédente.
- Vous n'êtes quand même pas en train de me proposer un emploi ?
- Non ! Quoique... répondit la directrice en reprenant une gorgée d'hydromel. J'en suis plutôt à l'idée d'abandonner la matière.
- Ne soyez pas stupide Minerva. Vous savez parfaitement qu'il est nécessaire d'apprendre aux enfants à se protéger de la Magie Noire. Voldemort est fini mais ça ne veut pas dire que nous vivons dans un monde peuplé de sorciers uniquement bienveillants.

Abelforth vida la moitié de son verre et soupira bruyamment.

- Il viendra de lui-même, lança-t-il très vite.
- Pardon ?
- Le professeur de Défense contre les Forces du Mal. Il viendra de lui-même.

Il tourna la tête en direction d'une autre table du pub.

- C'est toujours comme ça avec ce poste. Si l'idée de nommer quelqu'un en particulier ne se présente pas à vous, ce quelqu'un le fera lui-même. Toujours. C'est lui qui m'en avait parlé, ajouta Abelforth en voyant le regard étonné de celle qui lui faisait face.
- Un peu difficile à croire, déclara le professeur McGonagall, décontenancée.
- J'étais le dernier à accorder du crédit à ce qu'il disait, vous savez, mais il se trouve que mon cher frère avait souvent, et, de manière parfaitement agaçante, raison. C'est d'ailleurs pour ça que vous aviez l'habitude de lui faire confiance aveuglément, non ?

Minerva ne répondit pas, elle se contenta de regarder la bouteille d'hydromel posée devant elle, sans la voir vraiment. Le silence s'éternisa et d'une seule traite, ils finirent le contenu de leurs verres simultanément.

- Attendez, vous verrez bien, conclut Abelforth en les remplissant à nouveau.

Dans le coin de la fenêtre, alors que le ciel de Pré-au-Lard s'obscurcissait davantage, le corbeau attendait, lui aussi.


« Vulnera Samento, pour refermer les plaies sanglantes et profondes. »

- Déjà en train de réviser ?

Hermione leva la tête et referma son manuel de Sortilèges et Enchantements Niveau 7, mettant fin à sa lecture silencieuse. Ron s'assit à l'autre bout du lit.

- On est censés passer les A.S.P.I.C à la fin de l'année, au cas où tu aurais oublié, répondit-elle d'un ton neutre.

Elle déposa le livre sur la table de chevet et se tourna pour lui faire face.

- Ta mère s'est beaucoup inquiétée, tu ne devrais pas disparaître comme ça.
- C'est bon Hermione, je suis un grand garçon. Elle s'inquiète pour rien, rétorqua Ron d'un air renfrogné.
- C'est compréhensible, non ? Je veux dire, elle n'a pas besoin de perdre un deuxième fils...

La voix tremblante de la Gryffondor termina de l'insupporter et il se leva avec colère.

- Ca ne veut pas dire que j'ai besoin d'une deuxième mère.
- Ron ! appela Hermione d'une voix désespérée alors qu'il s'apprêtait à quitter la chambre. Arrête de réagir comme ça, je t'en supplie, dis quelque chose, je suis avec toi, dis quelque chose...

Le garçon fixa le sol avec un regard dur.

- Je voulais pas que la fin des vacances soit pénible, mais si tu y tiens tellement... lâcha-t-il d'une voix froide. J'ai pas envie de parler justement. J'ai pas envie parce que quoi que tu puisses me répondre, je veux pas l'entendre. Pas toi en particulier, tout le monde en général. Ca changera rien. J'ai pas envie d'être entouré, de m'amuser, de faire toutes les choses que je faisais avant comme si rien ne s'était passé parce qu'il ne s'est PAS rien passé. J'ai pas envie que tu sois avec moi, ni d'être avec qui que ce soit d'autre. Ca va, tu te sens mieux maintenant que j'ai dit quelque chose ?

Il sortit de la pièce précipitamment et bouscula Molly en haut des escaliers.

- Pardon, grogna-t-il en se retournant à moitié.

Avec douceur, Mrs. Weasley rejoignit Hermione, s'accroupit en face d'elle et posa ses mains sur les genoux de celle-ci. Paralysée, elle regardait toujours l'embrasure de la porte où Ron s'était tenu quelques instants plus tôt.

- Ce n'est pas de ta faute, dit-elle simplement. Ce n'est pas de ta faute.

Hermione secoua la tête négativement et laissa échapper quelques sanglots. Elle inspira profondément, passa brièvement sa main sur son visage et tourna la tête vers Molly.

- Ni de la votre, chuchota-t-elle.

Mrs Weasley eût un sourire contrit et se redressa.

- Viens avec moi, l'enjoignit-elle avec une voix rassurante, Arthur a ramené du chocolat de chez Honeydukes l'autre jour, je pense qu'un ou deux fondants ne nous feront pas de mal à toutes les deux.

Hermione acquiesça poliment et se leva. Avant de passer la porte de la chambre, elle se ravisa et fit quelques pas en direction de la table de chevet. Elle saisit le Déluminateur, posé à côté de son manuel et l'actionna. Aussitôt, la lumière qui éclairait la chambre fusa vers l'objet. La Gryffondor le reposa à sa place en poussant un soupir à peine audible et rejoignit la mère de Ron, qui, depuis le seuil de la porte, la regardait avec un air affligé.


D'un mouvement las du poignet, Minerva McGonagall ouvrit la fenêtre de ses appartements et laissa sa baguette magique rouler de sa main à sa table de chevet. Elle se sentait fatiguée, préoccupée et la chaleur étouffante en cette fin de mois d'Août finissait de l'étourdir de sommeil. Bien que l'hydromel vieilli en fût n'y soit pas pour rien non plus, songea-t-elle en s'allongeant sur son lit. Alors que ses paupières se fermaient, elle pensa que l'hydromel était une boisson relativement funeste si l'on considérait que sur les trois hommes avec qui il lui était arrivé d'en boire, deux étaient morts. La directrice soupira et s'endormit presque aussitôt.

Dans un imperceptible bruissement d'ailes, le corbeau s'engouffra par la fenêtre et atterrit sur la commode. Il se laissa tomber au sol, et, avant que ses pattes ne touchent la surface, il disparut dans un tourbillon noir, laissant place à Narcissa Malefoy. A pas lents, elle se déplaça vers le bas du lit et remarqua que la baguette du professeur McGonagall était hors de la portée de celle-ci. Si vulnérable, pensa-t-elle en posant son regard sur la directrice. Ce sont les chats qui mangent les oiseaux d'habitude, pourtant je pourrais te tuer avec tellement de facilité que ça en serait même insolent, seulement tu ne me servirais plus à rien. Narcissa sortit sa baguette magique de sa cape d'un mouvement fluide et la pointa sur le professeur McGonagall.

- Legilimens.

Minerva dansait avec un homme. Albus Dumbledore, d'abord, puis il changea d'apparence pour un sorcier que Narcissa ne connaissait pas, qui finit par se transformer en un troisième homme portant des vêtements moldus. Mrs. Malefoy détourna les yeux avec dégoût et promena son regard autour d'elle. L'endroit était flou mais le professeur McGonagall et son cavalier étaient encerclés de Tentaculas Vénéneuses. Ces dernières prirent soudainement feu et l'homme disparut, laissant une Minerva en panique au milieu des flammes. Des pleurs d'enfant retentirent et une petite fille brune rejoignit la directrice, traversant les flammes sans difficulté.

- Tu as promis, disait-elle à travers ses larmes, tu as promis je l'ai vu. Elle est morte et pas toi, ils sont tous morts sauf toi !

Interdite, Narcissa contempla la fillette sangloter devant le professeur McGonagall avant que le rêve ne s'évapore. Le décor changea peu à peu alors qu'une voix au loin semblait crier un prénom. Minerva était à présent dans un bureau spacieux, faisant face à une femme d'une taille démesurée.

- Je regrette que Dambleudore ne soit pas venu, disait la femme avec un accent français excessivement prononcé.
- Je cherche juste quelque chose que j'ai perdu, répondait l'Ecossaise.

Mrs. Malefoy leva les yeux au plafond, exaspérée par l'incohérence du rêve. Un cheval ailé venu de nulle part atterit alors dans la pièce, chevauché par une adolescente.

- Elisabeth ? hoquetait le professeur McGonagall.

Narcissa s'approcha lentement. La fille avait les mêmes yeux que l'enfant du premier rêve mais elle avait beaucoup changé et... Oh... Les lèvres de Mrs. Malfoy s'étirèrent en un sourire curieux.

- Lisa, répliquait l'adolescente d'un ton cinglant, tandis que le décor s'évanouissait à nouveau.

Narcissa s'échappa de l'esprit de la directrice de Poudlard et, de retour dans la réalité, recula vers la fenêtre de ses appartements, légèrement étourdie. Tu caches plus de choses que tu n'en as l'air, pensa-t-elle avec un air satisfait, tandis que Minerva tressautait dans son sommeil. Mrs. Malefoy retrouva sa forme de corbeau après le même tourbillon noir qu'un peu plus tôt dans la nuit et s'envola par la fenêtre. Elle se savait loin d'avoir compris tout ce qu'elle venait d'observer, mais elle avait tout de même un point de départ, elle allait toucher une corde forcément sensible, quelle qu'en soit la nature.

Elle étendit ses ailes, réjouie pour la première fois depuis plus d'un an et s'autorisa à planer au dessus du parc de Poudlard en décrivant des cercles. Elle reprit son vol en contemplant les alentours et arriva au niveau de la Forêt Interdite, se remémorant inévitablement des souvenirs auxquels elle ne voulait pas penser. Narcissa s'apprêtait à accélérer lorsque sa vue, aiguisée par sa forme d'oiseau, fut attirée par un éclat de lumière très bref entre les arbres. Poussée par un irrésistible appel, elle plongea droit sur la Forêt et se posa dans la clairière où elle avait perçu un signe. Redevenue humaine, elle se laissa guider par la force mystérieuse qui pulsait dans l'atmosphère et se pencha pour ramasser la chose dont elle sentait émaner une puissante magie. C'était une pierre noire, de petite taille. Narcissa frissonna à son contact glacé et ferma instinctivement les yeux en resserrant sa paume autour. Quand elle les rouvrit, sa bouche s'agrandit avec stupeur.

- Bonsoir Cissy.

Bellatrix Lestrange, plus opaque qu'un fantôme et plus translucide qu'un être vivant, lui faisait face.

- Je vais te raconter une histoire très étrange, reprit-elle en s'approchant de sa soeur, incapable de bouger.

Elle se pencha vers l'oreille de Narcissa.

- Il était une fois, susurra Bellatrix en détachant chaque syllabe, trois frères qui voyageaient au crépuscule, le long d'une route tortueuse et solitaire...


Paroles de chanson : Demons, Brian McFadden

Titre : The Sound of Silence, Simon and Garfunkel