Carry me to the shoreline
Transporte-moi jusqu'au rivage
Bury me in the sand
Enterre-moi dans le sable
Walk me across the water
Promène-moi à travers l'eau
And maybe you'll understand
Et peut-être que tu comprendras
Chapitre Cinq : Tu ne portes pas mes chaînes.
- Tu as perdu ton sang-froid, Drago. C'était parfaitement indigne de ton statut.
Lucius Malefoy se tenait dans la cellule de son fils, le dominant de toute sa hauteur. Il ferma les poings et contracta tous ses muscles pour ne laisser paraître aucun tremblement.
- Vois où cela t'a mené. Penses-tu vraiment que c'est ce que nous attendons de toi ?
Le garçon ne répondit pas. Il fixait le mur à sa droite avec insistance et rien dans son attitude ne pouvait laisser penser qu'il était en présence de quelqu'un, exceptée sa mâchoire serrée à l'extrême.
- Regarde-moi quand je m'adresse à toi, siffla Lucius d'un ton glacial.
Les yeux de Drago se plantèrent dans ceux du Mangemort, chargés de colère. Il se maudit d'avoir accédé à la demande de son père si vite, de lui avoir obéi sans plus de résistance que lorsqu'il était enfant. La preuve même des vieux réflexes ancrés au fer rouge dans le corps et l'esprit.
- Ta mère va faire en sorte que tu puisses terminer ta dernière année à Poudlard en sortant d'ici, alors tu tâcheras de la remercier comme il se doit. Il y a... Quelques petites choses dont nous parlerons au Manoir, je ne peux rien te dire pour l'instant.
Le plus jeune Malefoy accentua la pression qu'il exerçait sur sa mâchoire. D'un mouvement rapide, son père lui saisit le bras gauche pour le relever de force.
- Ne t'imagine pas un seul instant que tu pourras agir comme si elle n'était pas là, déclara-t-il en resserrant ses doigts à l'endroit où la Marque des Ténèbres était gravée.
Après un regard chargé de menaces, Lucius repoussa son fils et quitta la cellule. Drago fixa froidement l'endroit où il avait disparu et amorça un geste du poing en direction du mur, mais il sentit sa rage le quitter lorsqu'un Détraqueur revint se poster devant la porte. Secoué de tremblements violents, il retomba assis au même endroit avec la douloureuse sensation de hurler à l'intérieur. Les souvenirs du Seigneur des Ténèbres lui faisant face l'assaillaient et il chercha le mur à sa droite pour trouver un appui. Sa main retomba au sol sans force et buta contre un objet. Un cube avec une multitude de carrés de différentes couleurs. Drago le rapprocha de son visage et se concentra dessus.
Jaune. Le visage défait de son père à Azkaban après l'humiliation du Ministère. Vert. Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom gravant à tout jamais la Marque des Ténèbres sur son avant-bras. Blanc. La peur constante. Tu dois le tuer, Drago. Ne me déçois pas, sinon c'est ta vie que je prendrais... Ou peut-être celle de ta chère mère. La voix sifflante résonnant dans son esprit. Bleu. L'oiseau mort dans l'Armoire à Disparaître. Orange. Sa baguette pointée sur Dumbledore en haut de la Tour d'Astronomie. Le souffle chaud de Greyback sur sa nuque. Rouge. Nagini rampant sur la table du Manoir et dévorant sauvagement le Professeur Burbage.
Drago tourna une rangée de carrés au hasard avant d'être assailli par le souvenir de la mort de Crabbe. Dans un effort monumental, il reporta son attention sur le cube et se concentra.
Harry reconnaissait parfaitement l'endroit. Il traversa plusieurs couloirs, poussant des portes sombres avec de lourds battants au hasard parmi la multitude de possibilités qui s'offraient à lui dans l'immense demeure. Il finit par trouver la sortie du Manoir après avoir déambulé pendant plusieurs minutes. Une fois à l'extérieur, il constata que le jardin était aussi vaste et la végétation aussi noire que le reste de la propriété. L'atmosphère l'oppressait et, lorsqu'il tourna la tête, il sentit un étau se resserrer dans tout son corps. Quelqu'un était là, une femme qui lui tournait le dos. Elle était parfaitement immobile, seule sa longue chevelure rousse ondulait avec le vent. La tête baissée en direction du sol, elle semblait contempler une large plaque de marbre noire. Harry s'approcha prudemment.
- Ginny... ?
Arrivé à sa hauteur, il fut littéralement attiré par le nom gravé sur la pierre tombale.
GINEVRA MOLLY WEASLEY
1981 - 1999
Frappé d'horreur, Harry leva lentement les yeux vers la personne qui se tenait à côté de lui.
- Harry !
Dans un sursaut, le jeune garçon se réveilla, haletant de peur. Arthur Weasley était accroupi à côté de lui et le fixait avec inquiétude. Harry inspira plus profondément pour tenter de calmer sa respiration et se passa une main sur le visage. Mr. Weasley l'avait sorti de son cauchemar avant qu'il ne puisse voir le visage de celle qui contemplait la tombe de Ginny.
- C'est la nuit qu'il faut dormir mon garçon, pas l'après-midi en pleine chaleur, ça ne te réussit pas trop visiblement...
- C'était un simple rêve, je...
- Tu remuais beaucoup, comme si tu te débattais. Harry, reprit Arthur d'un ton sérieux, avec tout ce qui s'est passé récemment ce ne serait pas très prudent de prendre tes angoisses à la légère.
A contrecoeur, le Gryffondor lui raconta son cauchemar en omettant de préciser qu'il s'agissait du nom de sa fille sur la pierre tombale. Mr. Weasley resta un moment silencieux, puis le regarda gravement.
- Est-ce-que ta cicatrice t'as fait mal ?
- Non, répondit Harry en plissant les yeux pour essayer de se rappeler tout ce qu'il avait vu. Mais tout avait l'air tellement réel, comme dans les cauchemars que je faisais avant...
Arthur hocha la tête.
- La Guerre nous a tous marqués profondément, toi certainement plus que tout autre. Le principal c'est que ta cicatrice ne se manifeste pas. Si jamais ça devient le cas, s'il te plaît, ne garde pas ça pour toi, Harry.
Le garçon acquiesça sans dire un mot. Il n'arrivait pas à se sentir rassuré. Dans un moment pareil, Sirius et Lupin lui manquaient cruellement et une vague de crainte mêlée à un sentiment d'injustice déferla dans son esprit. Quand l'image de son filleül Teddy s'insinua dans ses pensées, il se leva brusquement, à la recherche de quelque chose à faire pour s'empêcher de trop réfléchir à la peur qu'il ressentait. Celle de ne pas être capable de protéger les gens qu'il aimait.
- Orchideus.
Un bouquet de fleurs blanches jaillirent de la baguette magique de Luna et se déposèrent délicatement sur la tombe de Dobby. Elle pencha la tête sur le côté et contempla encore quelques instants la pierre, bercée par le bruit des vagues aux alentours.
Le tintement des coquillages à l'entrée de la chaumière lui fit relever le visage. Fleur venait de franchir le seuil de la maison pour la rejoindre.
- C'est gentil d'être passée.
Luna lui sourit, l'air absente.
- Je pense que je reviendrais pendant les vacances de Noël. C'est ici que je les entends le mieux.
En voyant son air interrogateur, la Serdaigle désigna un petit groupe d'oiseaux qui volaient en décrivant des cercles au dessus de la mer.
- Mellisuga Helenae... chuchota Fleur. On les étudie beaucoup à Beauxbâtons.
- Je ferais mieux d'y aller. Je ne sais pas si ce sont eux ou bien les Joncheruines, mais je commence à avoir l'esprit embrouillé.
- Dis-moi, l'interpella-t-elle, en fronçant les sourcils, avant que la jeune fille ne parte, ils t'ont murmuré quelque chose ?
Luna leva le visage vers le ciel.
- Ils ne sont pas très bavards ces temps-ci. Mais quand je ferme les yeux, je vois un endroit que je ne connais pas. Et parfois, il y a une fille qui ne parle pas beaucoup. C'est bizarre, non ?
Fleur acquiesça et regarda à son tour le ciel avec inquiétude. Quand elle baissa les yeux, Luna avait déjà transplané, et, un à un, les oiseaux se dispersèrent.
Lisa Lewellyn inspira profondément. Elle sortit fébrilement sa baguette magique par mesure de sécurité et tenta de se rassurer. La maison était protégée par le sortilège Fidelitas, pourquoi sa Gardienne du Secret l'aurait-elle trahie ?
Elle descendit lentement les escaliers qui menaient à la cuisine, là où elle avait crû percevoir un bruissement de cape. Quelqu'un était effectivement assis, face à la table. Lisa pointa sa baguette sur l'intrus par réflexe, puis l'abaissa à moitié en reconnaissant Narcissa Malefoy.
- Ca fait longtemps, n'est-ce pas ? demanda celle-ci.
- Qu'est-ce-que tu fais là ? répondit prudemment Lisa.
- Quatorze ans pour être précise, poursuivit Narcissa. Ce qui doit t'en faire trente-deux. Tu n'as pas beaucoup changé.
- Pourquoi es-tu venue ?
- Ta fille, en revanche, doit être méconnaissable. Je me rappelle très bien du jour où je vous ai emmenées ici toutes les deux pour vous cacher. Eryne avait un an. Je ne suis jamais revenue pour ne pas éveiller de soupçons, mais je n'ai jamais oublié que tu avais une dette envers moi. Aujourd'hui, il est temps de la payer.
Lisa sentit un frisson parcourir son échine et fixa Mrs. Malefoy en essayant de ne laisser paraître aucune trace de peur sur son visage.
- Je veux que tu te débrouilles pour que mon fils retourne à Poudlard le plus rapidement possible. La Directrice recherche toujours un professeur de Défense Contre les Forces du Mal et nous savons toutes les deux que tu es qualifiée pour ce poste,lança-t-elle avec un air entendu.
- La Directrice ?
- Minerva McGonagall. J'ai appris que tu avais un lien avec elle.
Narcissa guetta la réaction de son interlocutrice. L'expression de Lisa passa de la surprise à l'écoeurement, puis elle afficha une froideur impressionnante.
- Un lien de sang sans aucune valeur. C'est la soeur de mon père.
- Quoi qu'il en soit, tout ce que tu dois faire c'est te débrouiller pour que Drago revienne à Poudlard. Ai-je été assez claire ?
La jeune femme hocha brièvement la tête, les bras figés le long du corps. Narcissa se leva et se dirigea vers la porte d'entrée. Lisa esquissa un mouvement dans sa direction et ouvrit la bouche comme pour poser une question, mais se ravisa au dernier moment. Elle attendit que Mrs. Malefoy ait transplané, une fois à l'extérieur, pour faire apparaître un Patronus.
- J'ai besoin de Madame Maxime, dit-elle simplement.
Lisa regarda l'oiseau argenté s'envoler par la fenêtre et disparaître parmi les nuages noirs qui s'entassaient, promesse d'orage à venir.
Paroles de chanson : Hollow Years, Dream Theater
Titre : Boston, Augustana
