(Couvre les chapitres 6-8 de Fire and Ice)
Vanilla Sex and Chocolate Love
Chapitre Deux : CM Punk's Kittens
Voilà. Avant ça, toute ma vie avait été… limpide, parfaitement claire.
Et puis le doute que mon psychopathe de chef se tapât John Cena dans les vestiaires m'effleura.
Ce doute était assez obsédant en soi. Je veux dire, c'était pas comme si le chef était juste homo – ce qui était déjà un choc –, ou qu'il trompait juste sa femme. C'était que là… J'étais juste en train de me demander si le chef ne trompait pas sa femme (adorée, chérie, merveilleuse, magnifique… On avait eu droit à tout, et pourtant il n'était pas bavard)… pour une relation homo. Attendez, attendez… c'est pas fini… - Je m'imaginai au milieu d'un bar en train de raconter ça au roster de Monday Night Raw - Pour une relation homo avec… John Cena ! Evidemment le Randy imaginaire venait me défigurer à ce moment-là. C'était complètement impossible, get a life Teddy, comme me disait souvent Cody. Oui voilà, j'allais m'acheter une vie, ou au moins oublier ça. Après tout, ils se détestaient tous les deux, le boss et Cena. Je revécus rapidement la première fois que j'avais entendu parler du Champ. Ça avait été par le jeune Randy il y avait des années de ça, on n'avait été alors que des gosses.
- Eh Teddy, je t'ai pas raconté le meilleur… J'ai fait mon premier match hier. Ouais, avait-il rajouté en voyant mon air impressionné, enfin j'ai dû jobber contre ce John, là… Un assez bon catcheur, mais dans quelques mois je l'aurais dépassé. On a fait le pari tous les deux de savoir qui serait repéré le premier à quitter la fédé de développement pour aller à la WWE. Je vais l'ex-plo-ser, fais-moi confiance. Et même son joli p'tit cul ne le sauvera pas de…
- Son… quoi ?
- Façon de parler.
Ce qui m'avait apparu comme une phrase banale se révélait aujourd'hui comme un indice potentiel et je restai comme pétrifié un instant. Enfin tout ça pour dire que je psychotais comme Père devant la finale de Superball, et que ça m'aurait valu pas mal de problèmes si je n'avais pas eu Cody pour m'arrêter la veille au soir.
- Ted ! Chuchota-t-il. T'es malade ?
Et tout de suite.
Je m'arrêtai de nouveau comme le voleur que j'étais - décidément -, puis me retournai pour voir le jeune Rhodes avec sa valise et ses lunettes de soleil déjà sur le visage. Nous venions juste de sortir de notre chambre… Et c'était tellement tentant d'aller voir si le boss était rentré…
- Faut qu'on sorte de là, reprit-il en s'avançant vers moi pour me prendre par le poignet, je te rappelle qu'il croit qu'on est à l'hôtel, s'il nous croise on est morts, comment tu veux lui expliquer qu'on n'y est pas ?
En sentant l'irritation dans la voix de Cody, je répliquai avec un demi-sourire taquin :
- Oh je sais pas, avec la vérité ? « Patron, Cody a utilisé l'argent de la chambre pour sa précommande de l'édition limitée d'une figurine de jeu vidéo… »
En imaginant la réaction du Legend Killer si ce scénario se produisait, Cody pâlit à vue d'œil.
- Bon, bon, ok, admit-il, c'est moi qui me ferais tuer, mais s'il te plaît Ted, amène-toi, sortons de là avant qu'il nous entende…
Je lançai un regard vers la porte fermée du boss, tentant de trouver une excuse plausible pour y entrer, puis détournai les yeux lorsque Cody lâcha précipitamment mon poignet qu'il avait toujours maintenu entre ses doigts. J'acquiesçai puis le suivis silencieusement. Je trouverai bien un moyen de soulager ma conscience à un autre moment.
L'après-midi à Los Angeles se révéla très agréable : Cody et moi avions pris à manger pour finir sur un banc à l'ombre devant la mer. Lunettes de soleil, shorts et marcels… Le top du sexy on devait l'avouer, assortis à la température ambiante de l'été grimpant et aux shorts très mini des filles de Los Angeles. Nous ne nous mêlâmes pas aux autres catcheurs ; ils semblaient avoir… comment dire… hé hé, une certaine rancœur à notre égard. Ou contre le boss. Quoi que contre nous aussi certainement, à bien y réfléchir, notai-je en voyant Cody rire bien haut du short de Santino. Bah… Pourquoi aurais-je changé de camp ? Le son du rire gouailleur de Cody n'était-il pas la preuve que tout cela n'était rien de moins qu'innocent ?
En descendant du bus qui nous ramena à l'arène où nous avions été jusqu'alors, je ne pensais déjà presque plus aux agissements bizarres du patron. Nous traversâmes les couloirs avec les autres du roster, nous rapprochant de la salle principale. Après tout, je devais avoir été parano, me disais-je. Comment pouvais-je rien qu'imaginer que le boss couche avec Cena ? Je devais sérieusement penser à traîner avec moins d'hommes au boulot, ça me montait au cerveau. Ouais, le chef n'était pas de ce genre, il n'était –
Et c'est à ce moment bien précis, ce moment de rationalisation prudente et forcée, que, bien évidemment, CM Punk ouvrit en grand les portes de la salle et donna à tous les lutteurs une vue panoramique sur le ring. Vous connaissez l'histoire. J'aurais bien voulu la connaître en même temps que vous, ça m'aurait évité de cracher mon cœur par la gorge lorsqu'au travers des bras écartés de CM Punk je devinai un Cena entièrement nu sur le ring et mon propre mentor danser tout près la danse de la colère vêtu uniquement de son slip de combat.
Là, le doute n'était plus permis. N'est-ce pas ? Ca n'avait à ce stade plus rien à voir avec un esprit mal tourné.
Tout à coup, dans un même mouvement de panique Philip Brooks - CM Punk - s'arrêta et fit volte-face vers les catcheurs qui discutaient entre eux et produisaient un brouhaha assez important pour cacher les cris du boss.
- Je donne des chats ! S'écria le lutteur à l'encontre des autres.
Un grand sourire ornait ses lèvres et il capta l'attention de l'assemblée par le grand signe de joie qu'il fit en écartant ses bras. C'était débile. Et ça cachait ce qu'il se passait dix mètres plus bas.
- Ma chatte a eu une portée de petits la semaine dernière, continua-t-il à crier en s'assurant que tout le monde le regardait, et je dois trouver un foyer chaleureux à ces petites bestioles ! Des angoras ! Ils sont adorables !
Mon regard se projetait jusqu'au ring, paralysé par le choc. Un télescopage de mon cerveau avec le sang propulsé à mille mililitres seconde par ma poitrine me fit ouvrir la bouche d'un air hébété et me fit redouter aussitôt en voyant l'excuse et le regret des gestes de Cena qui essayait de rattraper le boss, oui, me fit redouter que quelqu'un n'apprenne et ne découvre ce qu'il se passait entre eux.
- Tu penses que je pourrais aller lui en demander un…? Souffla Cody près de mon oreille.
- Hein ?
Je le regardai avec un air d'incompréhension. Cody n'avait pas vu. Orton et Cena sur un ring, nus. C'était juste là sous nos yeux. Bon sang, ouvrez les yeux. Mon coeur cognait fortement contre ma poitrine. Le visage soucieux de Cody, la demande dans ses yeux bleus, ses traits droits. Le patron. John Cena. Cody n'avait pas vu. Cody parlait de…
- Un chaton, tu penses que…
Il parlait d'un chat.
- Oh, oui ! Balbutiai-je dans une exclamation précipitée, de soulagement.
Et mon regard mouvant et instable entraîna celui de Cody qui souffla un air étonné entre ses lèvres lorsqu'il aperçut le Legend Killer ayant un début de crise comportementale.
- Il a des ennuis ! M'écriai-je par désespoir avant de me précipiter vers le ring.
Cena – pantaloné – passa à côté du chef, le visage douloureux. Ses yeux étrangement doux s'abaissèrent aux mots inaudibles du boss. Qui explosait de rancœur. Dangereux. Orton repoussa Cody lorsqu'il l'atteignit, mauvais. Les autres arrivèrent. Bagarre générale. Maintenant, il fallait prouver sa loyauté sans poser de questions, sans remarquer que, loin derrière, il hissait de douleur, de colère et de déshonneur l'homme qui avait une relation avec un homme. Cette pensée me pinça le ventre.
- Et dire que cette journée avait si bien commencé…
Je souris en entendant le faux soupir las de Cody, puis enlevai mon pull noir d'un geste fluide, révélant mon torse aux silencieux yeux bleus du lutteur, puis me mis à mon tour sur mon lit. Lui était sur sa couette, tourné vers moi.
- Que veux-tu… Rétorquai-je avec un rire jaune, c'est notre quotidien.
- C'est pas pour ça que c'est une belle journée.
- Ah ?
Je haussai les sourcils avec un demi-sourire. Cody haussa les sourcils à son tour.
- C'est pas des belles journées avec moi alors ? Finis-je.
Ricanement. Et il s'allongea en plaçant ses bras aux muscles ciselés derrière sa tête. Mes yeux tombèrent dessus un instant, notant la finesse de sa musculature, et donc, de son entraînement.
- T'es ingrat, fils de Rhodes. Lançai-je en imitant sa position. Dire que je t'ai payé une glace.
Un souffle nasal amusé, peut-être un soupir. Cody éteignit la lumière en déclarant :
- C'est pas ce que je voulais dire.
Et j'eus beau tourner la tête, je ne vis pas son expression dans l'obscurité. Je souris un peu. Le silence se fit, me laissant me plonger dans mes pensées et faisant accélérer mon cœur au souvenir de ce que je venais de découvrir. Par Zeus… Qu'est-ce que c'était que ce... ? Si j'étais franc, rien que la mécanique du sexe entre hommes me faisait frissonner. Est-ce que cela durait depuis longtemps entre eux, sans que personne ne le sache ? J'avais le pressentiment que non. Ça devait être récent, vu comme le boss n'arrivait pas à gérer. Vu à quel point il semblait déstabilisé. Nous étions rentrés à nos loges après la bagarre qui avait tourné en notre défaveur. « Un complot contre la Legacy. On est bien meilleur qu'eux ! » avait persifflé Cody entre ses dents, une main sur son épaule endolorie. En parlant de ça…
- Ton épaule ?
- Ca va Ted, au bout de huit fois je te dispense de me demander…
- C'est juste que…
Ma voix s'éteignit doucement. Le scénario de la soirée qui occupait mon esprit continua. Le boss s'était engouffré dans sa chambre dès que nous étions arrivés, boitillant, furieux. La porte avait claqué brutalement. Et plus de nouvelles depuis. Nous avions entendu un fracas dingue toute la soirée, puisque nous avions le ô combien privilège d'avoir la chambre attenante à celle du patron, une porte nous séparant, ô joie en tant que larbins on pourrait aller lui passer tous ses petits caprices. Mais bon, c'était rare les moments où je me plaignais de ma vie. Orton nous avait tout appris. Et maintenant… Je repensais à la sensation éprouvée en voyant la mimique coupable dans les yeux baissés de Cena. Cette sensation… Elle me prenait au cœur…
Elle me prendrait au cœur plus tard, quand ce seraient mes propres yeux dans le miroir qui auraient cette expression.
- T'as pas remarqué que le boss avait du mal à marcher tout à l'heure ? Demanda Cody, sa voix aux intonations d'homme coupant le silence avec douceur.
Il continua :
- Il avait l'air crevé et épuisé. Eh Teddy, tu t'es pas demandé pourquoi Cena ne l'avait pas attaqué ? Avant qu'on arrive. Il partait. Le boss n'était pas en danger à vrai dire avant qu'on intervienne.
Ma respiration s'accéléra. Et si Cody était sur la piste ? Cette sensation que j'avais éprouvée plus tôt… Celle qui me disait de ne rien dire à personne sur ce qu'il se passait entre eux. Pourquoi ? C'était pourtant pas tellement la pétoche de la réaction du boss s'il apprenait que ça venait de moi…
- Moi, poursuivit Cody, tu sais ce que je crois ? Je crois que Cenaze est tombé sur un truc qu'il n'aurait pas dû apprendre. Ted…
J'entendis la couverture bouger : Cody se tourner vers moi. Mes yeux s'étaient habitués à l'obscurité, et maintenant je pouvais distinguer nettement sa silhouette, et ses sourcils bruns. Un peu ses lèvres en relief et pincées. Je restai silencieux, curieux. Ma respiration s'était calmée lorsque j'avais vu qu'il s'était éloigné du sujet, et j'attendis la suite. Il tiqua un peu, et sa voix chuchota, teintée d'un rire jaune dont la raison m'était inconnue :
- … Tu vas me prendre pour un dingue, mais je crois que le boss se tape quelqu'un.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Répliquai-je aussitôt avec un sourire et un peu trop de zèle. C'est n'importe quoi.
Je me rendis compte trop tard que mes paroles avaient sonné faux, une mélodie creuse d'instruments sans âme. J'esquissai une mimique fautive cachée par l'ombre de la nuit. Pendant une seconde, je me mis à espérer que Cody n'ait rien compris, mais le tranchant de sa voix brisa ma chair et mes pensées comme si les paroles m'eurent été adressées :
- … Et tu sais quoi ? J'ai pas l'impression que ce soit le seul qui se tape quelqu'un d'autre que sa femme ici.
Cody se retourna. Il avait amené sa couette au-dessus de sa tête dans son mouvement, et j'eus tout le loisir de garder des yeux écarquillés et un visage ébahi pendant de longues minutes. « Hein ? » mimai-je de mes lèvres en fronçant les sourcils d'incompréhension. Un « what the hell. » fut lancé de la même manière, car Cody ne répondit plus à aucune de mes questions.
Le lendemain matin, le cri numéro vingt-trois fut lancé :
- Cody ! CODY ! - Aïe, putain de - CODY !
- Il ne pourrait pas juste frapper à la porte ? Murmura ce dernier d'une voix étouffée et enrouée de sommeil.
Il se releva dans son lit et frotta d'une main son œil bleu entrouvert. L'autre était clos aussi, et le drap avait été poussé jusqu'à ses cuisses, si bien que l'érection matinale qui se dessinait d'un naturel obligeant sur son caleçon m'apparut et tout son ensemble lorsque j'ouvris des yeux alertes. Me prenez pas pour un pervers, je suis un homme, j'avais eu le même problème en me réveillant vingt minutes avant, donc c'était vraiment pas le genre de choses qui allaient m'obséder. Mes yeux remontèrent jusqu'à Cody et, sans un mot, je me levai, proposant au jeune mec d'y aller à sa place - il n'aurait qu'à se rendormir jusqu'à ce que je vienne le réveiller.
Ronflement.
- "Merci frère, t'es un vrai pote on peut compter sur toi". Traduisis-je d'une voix de fillette en ouvrant la porte communicante qui menait à celle du chef. "Tu es teeellement gentil Teddy… Et en plus tu ne trompes pas ta" -
- Ça me fait un mal de chien. Tu peux me mettre de la crème, je ne peux plus bouger.
J'acquiesçai en souriant sans regarder le boss, puis attrapai le pot et m'assis à côté de lui. Lorsque je dus étaler la crème sur ses jambes étendues, je ne pus m'empêcher de remarquer les énormes hématomes qui couvraient l'intérieur de ses cuisses et je retins tout bruit de surprise, me doutant que ce dernier serait mal venu, et, qu'au vu de la crainte farouche qui le saisirait à ce moment en pensant que je serais en train de deviner ce dont j'avais déjà la preuve… il me porterait un RKO. Sur le rebord de sa table de chevet même, s'il voulait me punir sévèrement. Ne pas faire de gestes brusques Ted. Ta survie en - Le boss sursauta légèrement lorsque mes mains massèrent plus lentement ses cuisses pour faire pénétrer la crème, et je relevai les yeux vers son visage par réflexe. En une seconde, j'eus le temps d'être pétrifié sur place par tout le désir et la rage qui fusaient des paupières étroitement closes d'Orton, et de ses lèvres pincées dans une mimique honteuse. Cette colère, que j'avais par instinct attribué à une maladresse de ma part, m'apparut plutôt comme l'effet que Cena provoquait chez lui, et je saisis l'opportunité qui s'offrait à moi pour aborder le sujet :
- Tu veux qu'on en parle ? Demandai-je d'une voix calme.
J'avais reporté mes yeux sur son corps pour ne pas qu'il voie un quelconque jugement dans ma proposition. S'il avait besoin d'en parler à quelqu'un, j'étais là. Avant de m'intéresser au fait qu'il était infidèle à ses vœux de mariage – quand j'y étais moi tellement fidèle, d'où ce sentiment d'offense aux insinuations de Cody –, je devais avant tout être là pour le boss en tant qu'ami. Il rétorqua d'un air mauvais :
- Je ne pensais pas à toi, idiot !
Je retins un sourire. Ouais, il ne manquerait plus que ça.
- Je le sais. Me contentai-je de répondre en m'attaquant maintenant à son torse bleui, gris, jaune, rouge, bien moins qu'hier mais tout de même impressionnant.
Nom de nom, Cena devait être une bête au lit.
- Qu'est-ce qui se passe avec Cena ? Continuai-je, franc.
- Ca ne te regarde absolument pas.
Bingo. Je roulai des yeux railleurs vers lui. Il s'aperçut aussitôt qu'il venait de se vendre et, dans une technique très Viper, il plaça ses mains derrière sa tête et ferma les yeux pour échapper à mon regard.
- Je suis le seul à l'avoir remarqué, ne t'inquiète pas. Précisai-je pour devancer ses craintes. J'ai bien vu que tu étais bizarre dès qu'il passait, je dirais presque fasciné mais j'ai trop peur que tu me fasses passer par la fenêtre.
Un ricanement d'approbation sortit de la gorge du chef. Il souleva une paupière et me fis un signe de tête pour que je continue mon travail. Je me permis un sourire en voyant combien les circonstances ne changeaient pas Orton : il ne crachait rien, gardait sa fierté d'aristocrate. Il était comme ça depuis quelques années… Ca n'avait pas toujours été le cas. Je l'entendis soupirer profondément, réfléchissant sans doute :
- Vas-y. Se contenta-t-il de dire.
Après tout… Je pouvais tenter ma chance, il n'avait pas encore fondu de boulon à l'idée que je savais. Un, deux, trois…
- Tu as couché avec lui ?
Un instinct primaire m'ordonna de fuir pour échapper à la mort, mais je me contraignis à rester immobile. Je mis à profit ma grande expérience dans le domaine du regard assassin en détaillant le visage et les yeux du chef. Sa moue surprise et la brusque accélération de son cœur sous mes doigts m'encouragèrent à continuer et expliquer :
- Je l'ai su dès que je vous ai vu dans le couloir. Il y avait beaucoup de tension entre vous deux, et je sentais que l'un de vous allait sauter sur l'autre. Puis, je me suis approché le plus près de toi possible et j'ai vu qu'il était fou de rage.
Je marquai une pause une seconde pour jauger le taux de satisfaction involontaire qu'il laissait apercevoir. Puis, je jetai un coup d'œil à sa hanche. Ouh, gourmand le catcheur.
- Et, en même temps, je suis en train de masser un suçon que tu n'avais pas avant-hier, alors heureusement que j'ai dit à Cody que je venais à sa place.
Il suivit mes paroles du regard sous mon sourire en coin. Bon, j'étais venu à la place de Cody surtout parce que franchement, avec son tact de cachalot il se serait retrouvé avec la marque des semelles de Randy dans son beau visage jusqu'au Wrestlemania d'après. J'étais plus costaud que lui après tout. Et ça l'aurait conforté dans son idée que Randy trompait Samantha avec quelqu'un.
- Fou de rage ? Releva-t-il alors, avec une voix des plus intéressée.
- Oh oui, répondis-je avec intensité en me souvenant de l'impression écrasante que j'avais ressentie, et qui m'avait troublée, je crois que je venais de casser ses projets de t'emmener dans la salle la plus proche pour…
- Stop.
Un regard hautain me ramena à ma place et je m'empressai de continuer le massage, ne voyant pas au bout d'une minute combien le visage de Randy s'était assombri. En vue périphérique, je l'aperçus secouer énergiquement la tête avec irritation, et j'affirmai alors, pour l'apaiser :
- Tu n'es pas gay. Tu n'es pas gay, sinon, te connaissant, tu te serais déjà enflammé quand j'ai caressé ton torse. C'était juste à un moment où il ne fallait pas.
J'essayais de représenter la voix la plus raisonnable du merdier dans lequel il s'était fourré, puisqu'il semblait être totalement repentant de ses actes. Je ne m'expliquais pas pourquoi c'était arrivé, mais c'était arrivé.
- Trois. Rectifia-t-il.
Hein ?
- Trois moments, enfin deux.
Oh. Je me forçai à reprendre mon massage, mais ne pus empêcher de réfléchir. Trois fois ! Ce n'était plus de l'ordre du hasard… Ou de… je sais pas… une poussée d'hormones… Pour le faire trois fois avec un autre mec, il faut vraiment, vraiment avoir apprécié les deux premières. Et puis, le Legend Killer sait se défendre, même contre Cena. Par contre, notai-je sans grande surprise, ça ne me dérangeait toujours pas de toucher le chef alors que je savais ce qu'il avait fait. Ce qui ne serait pas le cas de Cody à ma place, pensai-je furtivement.
- … Et je le hais ! S'écria-t-il soudain entre ses dents. C'est un vrai connard ! On dirait pas comme ça… Ah oui, il est gentil Cena, il est beau, c'est le héros de la nation !
- Il est… « beau » ? Relevai-je, non sans un souvenir nostalgique de ses premières paroles envers John Cena il y avait des années de cela.
- Oui !
Puis, se martelant la tête contre l'oreiller :
- NON ! C'est un enculé de première qui me prend pour sa petite femme fragile. J'ai déjà une femme… Dit-t-il, cassant le rythme de ses paroles pour les imprégner de culpabilité, et une fille.
Un soupir. Mes mains restèrent posées sur son torse des secondes tandis que j'observais la lutte naissante de ce qui mutilerait la vie de Randy des semaines plus tard. Il contracta sa mâchoire.
- C'est bon pour la crème. Déclara-t-il. Si tu parles de ça à Cody…
- T'inquiète, m'empressai-je de répondre, tant par peur de la menace que de l'absurdité du propos, je peux te demander quelque chose ?
Son visage inhumain devint soupçonneux en voyant mes yeux déjà pétiller de malice et ma voix devenir hilare alors que je me relevais pour reculer lentement.
- Ça fait quoi de se faire…
Je protégeai mon visage de mon bras juste à temps pour éviter la lampe de chevet qu'Orton venait de me balancer avec hargne en pleine figure. Il tenta de se relever mais tiqua horriblement en sentant la probable douleur qu'il devait ressentir à un endroit non-explicitable dans un texte de ce nom, et c'est hilare que je sortis en trombe de la chambre. Après l'avoir regardé à la dérobée, avec cette crainte, cette admiration qu'il provoquait chez moi.
- Alors ?
Je repris mon souffle en étouffant quelques rires, rouge et à moitié dessapé par ma brusque sortie de la chambre d'un Randy au bord de l'apoplexie par humiliation. Il me fallut quelques secondes pour regarder Cody et défaire mon grand sourire. Je ne fis pas de suite attention à ce regard froid qu'il me lançait, ni au sérieux mortuaire de son visage, qui, avouons-le, devait rendre folles les filles.
- Alors quoi ? Demandai-je bêtement en me dirigeant l'air de rien vers ma valise pour la préparer.
Dans l'après-midi, nous retournions chacun dans nos familles pour le week-end. Ma petite femme m'attendait à la maison, et mon cœur se gonflait à cette pensée.
- Ça avait l'air d'être marrant à l'intérieur…
Hein ? Je fronçai les sourcils en sentant la présence de Cody derrière moi, immobile. Si j'avais tenté de l'ignorer, c'était pour l'éloigner du secret que je partageais maintenant avec Randy. Mais apparemment on ne devait pas être sur la même longueur d'ondes, je ne voyais vraiment pas ce que me reprochait Cody. Je me relevai soudain, et me tournai pour lui faire face. Nous nous retrouvâmes alors très proches vu que j'étais acculé contre mon lit, et je dus baisser les yeux pour entrer en contact avec les siens. Il ne recula pas, et je vis dans sa frimousse froncée quelque chose d'inédit qui me retourna l'estomac de surprise.
- Tu es jaloux ? Demandai-je, un air taquin dans la voix.
Un grand sourire se peignit sur mon visage lorsque Cody se renfrogna et plissa par la même le nez en fronçant ses lèvres. Non… Pas possible ! Cody était jaloux de ma complicité avec le chef… Je ris intérieurement. Il feignit un air dégoûté qui ne marcha pas avec moi, me jaugea du visage au torse, puis répliqua avec fierté et une sorte d'écœurement à prononcer le mot :
- Je ne suis pas « jaloux »…
- Bon alors, fis-je doucement avec un air de vainqueur et des yeux pétillants, ça ne te pose pas de problème ce qu'il se passe avec Randy…
En voyant la mine une seconde choquée de Cody à la mention du prénom du chef, je me félicitai et me détournai pour gagner la salle de bain. En profitant pour mordre ma lèvre et retenir un pouffement. Cody resta coi plusieurs heures, passant de l'hébétement au choc, du choc à quelque chose d'un peu moins compréhensible, et plus agressif. C'était plutôt, comment je pourrais dire ça ? « Mignon » ? Être jaloux que son ami ait de la complicité avec un autre ami… Je pouffai sous cape.
- … Oui, j'arrive, là, oui tout de suite chérie, je suis devant la maison ! Je sais, « pas de portable au volant », ouvre le garage s'il te plaît…
Je raccrochai, rentrai la voiture au garage, pris mon sac, embrassai Kristen, lui fis l'amour sur le canapé.
Cette fin de semaine avait été pour le moins mouvementée. J'avais toujours les images successives de Cena nu et du suçon sur la hanche de Randy, c'était assez… perturbant, comme pensées. Pas dans le sens « Oh, et si je devenais homo ? » hein, dans le sens… traumatisant. Pourquoi cela était-il tout simplement arrivé ? Est-ce que ça durerait entre eux ? Avaient-ils eu des attractions envers des hommes par le passé ? Plus tard dans la soirée, quand avec ma femme nous étions au lit à nous câliner, je reçus un message anodin de Cody.
- Encore lui… Soupira Kristen avec une pointe d'amusement.
- Toujours. Répondis-je, demi-sourire aux lèvres et pianotant une réponse sur mon portable.
- Je vais finir par croire que c'est avec lui que tu es marié !
Je souris de bon cœur en reposant mon portable. La brève pensée de nos aux revoir après son silence comique me revint.
- Allez Codes, à lundi !
J'avais attiré à moi l'homme sans lui laisser le temps de répondre, une main portant mon sac, une dans son dos. Sa bouche bavarde plaquée contre mon épaule, comme ça il ne râlerait pas du surnom, avais-je souri. Il était resté rigide et silencieux.
- Roh allez ! Cody ! M'étais-je exclamé en baissant les yeux.
J'avais tenté de le regarder, mais il m'avait soudainement repoussé sans me laisser l'occasion de voir son visage.
- Me touche pas, sale pédé…
- Je te demande pardon ? Cody ! Attends ! Att - Merde.
J'avais sorti de ma poche mon portable qui s'était mis à sonner. Mes yeux avaient fait le va-et-vient entre l'appareil et mon ami, jusqu'à ce que j'avais décidé de stopper ma progression pour me concentrer sur mon hébétude. C'était une insulte inhabituelle chez Cody, il l'utilisait seulement pour insulter des personnes réellement homosexuelles qu'il n'appréciait pas. Il devait vraiment être furax, pour ne pas m'avoir rendu mon accolade et avoir essayé de me faire mal en me repoussant. J'arrangerai ça lundi matin, m'étais-je dis en haussant les épaules.
- C'est vrai que si c'était légal… Commençai-je avec un soupir amusé vers elle, je serais sûrement marié à vous deux…
Kristen laissa échapper un rire. Combien cette idée était-elle ridicule !
Ridicule…
