Notes d'avant-chapitre : Je suis stupidement heureuse de revoir certains d'entre vous après ces deux années ensemble il y a plus de cinq ans maintenant, et je suis très reconnaissante et débordante d'affection envers les personnes assez gentilles pour me laisser un petit message sur leurs impressions à chaque chapitre par review ou message sur les différents réseaux sociaux ! Seule ma procrastination chronique m'empêche de vous répondre immédiatement, mais j'ai toujours mis un point d'honneur à le faire et cela ne devrait pas vous empêcher de lire la suite, donc je vais plutôt continuer à publier et vous bombarder de mon amour dès que je le peux !

Les passages en italiques sont évidemment des flash-backs, ainsi que la convention fanfictionnienne le veut. Est-ce assez clair dans la narration ? (Je préfère AO3)

Si on me demande mon avis littéraire sur cette histoire, et si jamais vous éprouviez des doutes, sachez que je vous la recommande officiellement à partir du chapitre 6. (Seigneur, que va-t-il s'y passer ? Qui va-t-elle nous tuer ? SURPRISE !)

Je plaisante. Sûrement


(Couvre les chapitres 9-12 de Fire and Ice)


Vanilla Sex and Chocolate Love

Chapitre Trois : The Chavo-Hornswoggle Scale of Things

- C'est vrai que si c'était légal… Commençai-je avec un soupir amusé, je serais sûrement marié à vous deux…

Kristen laissa échapper un rire. Combien cette idée était-elle ridicule !

Ridicule…

Je ne trouvai pas le reste de la Legacy immédiatement le lundi soir qui suivit. Et bien sûr, ça tombait plutôt mal, pour les raisons que vous savez : Cody ne m'avait pas reparlé du week-end, ce qui n'était pas étonnant outre mesure vu qu'il savait très bien que je ne gardais pas mon portable en continu sur moi lorsque j'étais avec Kristen. Mais j'avais escompté arriver assez tôt pour pouvoir mettre fin à ma blague… foireuse, de toute évidence.

- Eh, toi, hélai-je à la hâte, tu n'as pas vu Cody Rhodes et Randy Orton ?

- Mr Orton vient de partir vers la salle principale, Mr DiBiase.

Rester dans mon personnage, rester un membre respecté de la Legacy, me répétai-je difficilement.

J'esquissai tout de même un bref sourire chaleureux avant de tourner les talons pour me diriger vers l'endroit indiqué. Randal n'en saurait rien. Alors, traversant un long couloir, je laissai mes pensées vagabonder. C'était fou le nombre de choses auxquelles je pensais depuis la semaine dernière, n'est-ce pas ? Quand le boss m'avait appelé ce week-end, feulant comme un tigre blessé, je n'avais pu empêcher la petite voix de dire « Il a une relation avec Cena ! Il a une relation avec Cena ! ». C'était incompréhensible. Encore une fois, ne pensez pas que j'ai un problème avec l'homosexualité. Mais, enfin allez quoi, c'est Randy Orton ! Et John Cena ! Ça ne tient pas la route ! C'est drôle de les imaginer glousser d'amour l'un pour l'autre, non ?

- Un coup des hormones, y'a que ça… Murmurai-je en fronçant les sourcils sous la réflexion.

Mais alors pourquoi est-ce que ça continuait entre eux ? Le chef avait l'air… il avait l'air tellement furieux d'infliger ça à sa famille… Est-ce que Cena le menaçait ? Oh ! Un chantage sexuel ! Avec les deux gabarits qu'ils étaient, l'idée que ça ferait « sérieux un bon film porno gay » me vint à l'esprit, et je la chassais avec un sourire. Pas le genre de Cena. Tout ça me dépassait, j'avais déjà le sentiment d'être submergé, noyé dans le Pacifique de leur désir colérique qui m'apparaissait aussi obscur que la raison de la feud entre Chavo et Hornswoggle.

Après, il y avait Cody. Qui pensait savoir que le chef trompait Sam avec quelqu'un. Et aussi que je trompais ma femme avec quelqu'un ! Puis qui était jaloux du fait que je sois un peu plus que larbin pour ledit chef. Il y avait de quoi rire. De quoi es-tu jaloux, Codes ? Que le chef et moi on devienne bestahs, et championnes par équipe ? Haha, elle est bonne ! Plus sérieusement, il aurait dû savoir que c'était lui mon coéquipier depuis le temps… Et qu'est-ce que c'était que cette histoire de tromper Kristen ?

L'annonce au micro me fit sursauter quand je reconnus la voix du patron :

- Salle 113, Cena. Maintenant.

Woh, woh, woh ! Pause ! C'est quoi ce coming-out ? Instinctivement, je m'élançai pour essayer de voir ce qu'il se passait. J'atteignis la grande salle trop tard : les deux lascars avaient de toute évidence déjà disparu. Des catcheurs se concertaient pour parler à voix basse de ce qu'il venait de se passer - Cena avait apparemment suivi Orton sans un mot. Je récoltai des informations l'air de rien au gré de mes déambulations, jusqu'à apercevoir Cody au bout de la salle. Il était assis au premier rang des ringsides, les jambes étendues contre la rembarde, téléphone à la main. Je m'immobilisai. Mes yeux concentrèrent leur attention sur sa mine fatiguée et renfrognée. J'allais me remettre à marcher lorsqu'il leva soudainement les yeux pour regarder autour de lui. Son regard tomba sur moi. Une longue seconde passa ainsi avant qu'il n'attrape hargneusement son sac de sport et ne se lève pour partir dans la direction des backstages sans un mot. Oh, come on, Codes ! Il pouvait être une de ces râleuses des fois ! Je le rattrapai en quelques enjambées.

- Hey, Cody ! Mais attends, enfin ! Pourquoi tu m'ignores ? Tu es toujours jalou-

- Je ne suis pas jaloux ! Grigna-t-il entre ses dents serrées, les yeux fixés vers le bout du couloir devant nous - il avait l'air d'un lionceau tentant de rugir, des fois.

Pour filer la métaphore, j'adoptais la technique de la maman lionne et marchai à son côté en ne perdant pas une miette de ses expressions. Je continuai d'une voix plus posée :

- Cody, on peut parler ? J'ai attendu tout le week-end pour t'expliquer ce qu'il s'était passé !

D'abord, en entendant le début de ma phrase, il avait tourné son visage vers moi, montrant des airs indéchiffrables qu'un côtoiement avec le boss lui avait prodigué, avant de redevenir agacé une fois que j'eus fini. Le ton sur lequel il répondit trancha l'air, sec, agressivement :

- Nan merci, ça va aller. Ne sois pas trop explicite. J'ai pas envie d'imaginer les détails.

Il s'arrêta d'un coup au milieu des backstages, derrière les écrans géants de la salle. Je fronçai les sourcils d'incompréhension, ce qui l'incita à finir d'un air qui mêla l'amertume, le dédain et quelque chose de plus…

- C'est pas comme si t'avais voulu me mettre dans la confidence de toute façon…

Ce sur quoi j'entrouvris la bouche pour accessoiriser mon froncement de sourcils. Dans la confidence de quoi ? Le temps s'écoula de façon embarrassante tandis que les membres du staff se pressaient dans notre périphérie afin de préparer le show. Le bruit, précipité, diffus, couvrait heureusement notre conversation. J'avançai les mains et les utilisai inconsciemment pour clarifier d'une voix calme que je me forçai à être claire :

- Cody… Ecoute, n'accorde pas trop d'importance à tout ça, d'accord ? J'veux dire - Je souris, il fallait que je la sorte, je la trouvais trop bonne -, t'as peur de quoi, que le boss et moi on devienne les prochaines championnes par équipe, hein ?

Seule la gêne se devina sur les traits de Cody lorsqu'il détourna un peu la tête par saccades avortées.

- Bon, ok, OK… Continuai-je en rejetant la tête en arrière, c'est vrai que... depuis vendredi... le boss me traite avec plus de considération…

La suite des événements rendit cet instant précis à la croisée du cocasse et de l'incommensurablement gênant.

- Cody ! TED ! Ramenez vos culs de pétasses ici avant que je ne les botte !

Avec plus de considération, rmm. Je regardai Cody une seconde. Cody m'en regarda une autre sans faire de commentaire. Je décidai de ne pas commenter le fait que j'avais l'air de passer pour la minette moche du film qui rêve de fréquenter la cheerleader la plus populaire du lycée. Il ne commenta pas non plus. Plutôt, nous nous retournâmes d'un même mouvement pour faire face au boss qui arrivait à la volée.

Je le détaillai avant qu'il ne parle. A ma surprise, il avait l'air… inexplicablement satisfait de lui-même : ses traits sculptés exultaient la suffisance et le pouvoir, presque assez pour éclipser l'habituelle aura de chaos qui l'entourait : il paraissait plus calme dans son apparent contrôle de la situation. Ensuite, je me fis la remarque de la tenue qu'il portait : chemise noire à manches longues, jean étroit et montre en or - tout cela agrémenté d'un parfum bien mâle -, mais ne l'agrémentai d'aucune réflexion. Allez juste une : il emmène Cena dans un resto français après ou… ?

- Je veux, commença-t-il avec un pétillement dans les yeux et une voix des plus calmes, diaboliquement, que vous empêchiez Cena de se ramener sur le ring quand j'y serai.

Cody hocha la tête tandis que je restai immobile à partager un regard avec le boss. Il se redressa de toute sa superbe, refusant d'y répondre, puis nous dépassa pour rejoindre l'entrée des catcheurs lorsque son thème d'entrée retentit sous l'explosion des huées des fans.

- Qu'est-ce que vous attendez ?!

Nous sursautâmes d'un même bond avant de courir nous placer. Cody s'assit ; ne parla pas. Fait assez rare pour être noté. La salle finit de se remplir et RAW par débuter.

- Ce soir, j'ai un match contre…

- …le champion du monde poids lourd… Finis-je d'une voix distordue et lente pour imiter le boss, espérant faire sourire Cody.

Mais toute son attention était tournée vers un point mobile, et le mode prédateur s'activa dans son jeune corps. Je me retournai. John Cena. Qui fusait d'un air déterminé vers l'entrée des catcheurs. Un même sourire souleva nos lèvres à Cody et à moi. Nous nous abaissâmes dans l'ombre…

- Maintenant. Chuchotai-je.

Et la puissance de nos jambes fit le reste pour lui bondir dessus juste un mètre avant qu'il ne soit visible aux fans. Sous la force de notre élan, nous roulâmes tous les trois à terre tandis que le boss continuait à interpeller Cena sous tous les procédés connus, haletant au passage dans le micro. Je n'eus pas le temps de noter autre chose que l'entièreté de la puissance brute de l'ancien Marine se déploya et je tentai tant bien que mal de me saisir d'un de ses bras aux muscles bandés avec Cody pour retenir sa progression. Nom d'un golden retriever, la force de cet homme ! Il lui avait fait quoi Orton pour le mettre dans cet état ? Cody peinait à le retenir, et je fis de mon mieux pour le ramener en arrière en haletant, sarcastique :

- Monsieur Orton a expressément demandé à ce que tu ne débarques pas comme un hystérique.

Ma phrase eut pour effet de le calmer un peu le temps d'un regard confus, et la vue de son visage me frappa à l'estomac sans que je ne le lui dévoile. Le céruléen de ses yeux dansait d'un désir tyrannique, dément, et il ne pouvait empêcher la contraction de l'ensemble des muscles de son corps pour avancer vers Randy. Ce qu'il se passait entre eux… C'était... quelque chose de complètement fou…

- Mais qu'est-ce qu'il a bon sang ? S'exclama Cody qui semblait aussi perplexe qu'effrayé.

- Lâchez-moi ! Tonna l'intéressé.

Ses yeux s'étaient reportés vers le ring, et il se figea. Animal prêt à l'attaque. Il ne fallait pas qu'il passe ! Dans un mouvement stratégique désespéré, je remontai mes doigts le long de son bras en profitant de sa distraction pour demander avec fermeté dans son oreille, et une pointe de secret précipité :

- Qu'est-ce que tu vas faire une fois là-bas ? Réfléchis !

Une seconde le temps qu'il prenne la mesure de mes paroles et… il s'immobilisa avec une moue surprise - mais concentrée. « Tu sais ? Tu es le seul ? » semblai-je lire dans son regard. Il tourna légèrement ses yeux vers Cody qui s'approchait de moi…

- Ted, qu'est-ce qu'il se passe ?

La voix était suspicieuse, mais je me contentai de lui barrer gentiment la route. Ca y était, je lui parlais.

- Repose-toi, me contentai-je de dire. Nous n'aurons aucune pitié si tu tournes mal pendant le combat.

Lorsqu'il fit demi-tour, je crus voir la mine la plus stupéfiée de l'Histoire de l'humanité sur le visage de Cody. Il me dévisagea sans arriver à parler. « Tu as de l'influence sur John Cena ! » Je fis signe de souffler sur mes ongles en signe de pouvoir, puis me dirigeai vers les backstages en bombant le torse :

- Eh oui, tout le monde n'a pas le charisme d'un Million Dollar Son…

- Non mais, sérieux, il s'est passé quoi ? Pourquoi est-ce qu'il t'a écouté ? Ted ! TED !

Je souris doucement.


Il y avait aussi les moments où tout partait de travers. Les moments où la maladie du boss devenait si acerbe et pourrie jusqu'à l'âme que j'avais des accès de colère que je gardais pour moi. C'était très rare, et ça ne durait pas… Mais - je ne sais pas. Peut-être que c'était le fait d'avoir grandi avec Cody, je veux dire… Avec lui, dans notre groupe de trois j'avais été celui qui le défendait et se mettait en équipe avec lui quand gamins nous faisions du catch illicite dans nos jardins. Peut-être que c'est ça qui fait que je me mets toujours entre les deux. Même aujourd'hui, c'est toujours un jeu… Sauf qu'il y a longtemps maintenant que Randy Orton n'est plus capable de jouer…

Je passai mes yeux sur le corps douloureux et presque-nu de Cody, réfléchissant en silence à toute la conversation qui venait de précéder. Lorsque, interrompant cette tendue quiétude, le boss ouvrit la porte pour entrer dans notre loge sans un mot d'abord, je crus revoir le jeune Randy de l'OVW passer la porte des vestiaires…

- Eh Ted ! T'es au courant ?

- Tout le monde l'est.

C'était une troisième voix derrière nous qui s'était élevée, taquine, et grave. Randy sourit avant même de relever les yeux, reconnaissant par cœur la voix du jeune John, et lui rendit sa poignée de main qui se transforma en accolade lorsque celui-ci s'approcha pour le féliciter.

- Bravo pour ton emploi à la WWE, mec ! Avait-il continué. Et avant moi, t'avais pas menti ! Viens, c'est ma tournée, on remet la soirée d'hier soir avant de nous séparer !

- Pars devant, John… Je te rejoins, je dois parler à un bon ami à moi…

Orton s'assit sur le canapé où était étendu Cody, sans un mot d'abord. Nulle trace d'une colère vindicative contre Rhodes qui s'était aussitôt inquiété de son entrée. Il faut dire que sur le ring tout à l'heure… Lorsque Cody - Lorsqu'il s'était mis à sprinter vers le ring où Cena avait été étendu et venait d'être défait par le boss... Codes avait saisi une chaise au passage… Non ! Pas ça.

« CODY ! »

D'instinct, je m'étais jeté sur le patron en voyant ses yeux s'exorbiter de rage. Ne pas nous trahir. Ne rien révéler de la peur soutenant l'adrénaline. Il s'était démené comme un diable, comme si j'étais celui qui allait l'empêcher de sauver Cena de la mort, comme s'il devait tuer Cody pour oser brandir une chaise au-dessus d'un John qui protégeait son visage d'une main en dernier recours… « NON ! CODY ! »

Mais Orton m'avait échappé d'un coup de coude. Je revis son corps partir avec la fureur du tonnerre et plonger sur Cody pour le couper en deux. Puis. L'énorme gifle qu'il lui avait administrée pour avoir osé penser à blesser John. Cody était tombé sous l'impact, et j'avais réagi de la façon la plus professionnelle qui soit - ignorant, me promettant de réparer les dégâts plus tard.

Sauf que, lorsqu'enfin « plus tard » était venu, il y a quelques minutes, je n'avais pu m'empêcher de sourire en repensant à notre conversation avec Cody, juste avant qu'il ne se fasse frapper sur le ring par le boss.

- Allez Cody, je m'excuse pour vendredi. Avais-je fait, puis, riant : On est toujours potes, alors qu'est-ce que ça peut te faire que je sois plus proche du chef maintenant ?

- La Legacy on l'a fait à trois ! Avait-il rétorqué avec un petit air colérique. C'est notre truc à tous les trois ! Qu'est-ce que je vais faire moi dans ce groupe si le boss et toi vous n'arrêtez pas de vous… bécoter ?

J'avais écarquillé les yeux. Puis précipitamment jeté un oeil alentour par peur que quelqu'un n'ait entendu, avant d'attirer Cody dans un coin plus à l'écart.

- De nous quoi ?

L'incompréhension avait dû se lire sur mon visage, agrémentée du choc de la révélation céleste, car les traits de Cody s'étaient brouillés à leur tour dans une confusion méfiante et il avait entrouvert les lèvres pour les refermer aussitôt.

- Vous… Vous ne… Avait-t-il bafouillé en tentant de mimer un geste obscène de ces mains pour remplacer les mots.

Oh.

Oh. J'avais voulu bredouiller une réponse négative en piquant un fard de dieu, mais m'étais interrompu en plein milieu d'une brusque impression, étrange, au goût méconnu, au moment même où notre entrée sur le ring avait retenti. Trop embarrassé pour ne pas saisir l'échappatoire, Cody n'avait pas perdu une seconde, et avait couru vers le ring.

Il pense que je couche avec le boss… !

Bien trop d'événements étaient survenus aujourd'hui, soupirai-je. Je n'avais même eu pas le temps de les analyser correctement que nous avions été confinés dans notre loge après être intervenus dans le match. Avant qu'Orton ne nous rejoigne, j'avais alors dévisagé Cody d'un regard empreint de doute que j'alternai avec des coups d'œil précis vers sa hanche sur laquelle j'avais appliqué une crème pour soulager son futur hématome.

- Argh, vu comment j'ai mal, je suis sûr qu'il me l'a au moins fracturée ! Avait-il gémi en se tenant la joue qu'il avait détourné pour échapper à la lourdeur de mon attention.

J'avais souri. Le silence s'était rétabli malgré les efforts du jeune lutteur qui, de toute évidence, voulait éviter de me laisser le temps de penser à notre dernière conversation. Dommage, j'étais plutôt le genre de type à penser outrageusement aux trucs étranges et comiques.

- Alors comme ça… tu croyais que le boss et moi, on…

Je n'avais pu me résoudre à dire le mot - pris d'une gêne naissante, sans doute explicable par le fait que j'avais actuellement été en train de tripoter mon meilleur ami qui pensait que je me faisais passer à la casserole par notre supérieur. C'était pour ça qu'il m'avait traité de « pédé », réalisai-je en levant les yeux au ciel. L'insulte avait été littérale. Un large sourire envahit mon visage quand je vis Cody pincer les lèvres et essayer d'échapper à cet entretien sans bouger du sofa.

- Et c'est ça qui t'a fait bouder tout le week-end ? Demandai-je avec ahurissement. T'es vraiment un homophobe de base, Codes.

- Ça n'a carrément rien à voir. Répondit-il aussitôt, presque trop vite. C'est juste…

Mes yeux s'adoucirent pour l'encourager lorsqu'il finit par me regarder. Il fronça légèrement ses sourcils noir ébène, un peu, l'air de réfléchir ou de mordre sa langue.

- Oui ? Fis-je en faisant mine de reporter mon attention sur son bassin.

- Oh rien, laisse tomber, okay, Ted ? J'ai juste cru que tu fricotais avec un mec, sans même m'en avoir parlé, que c'était le boss et qu'en plus je n'étais plus son préféré et que tu m'oubliais, ce qui sont les deux parties les plus graves si on me demande mon avis.

La vitesse de sa tirade n'avait eu d'égale que l'irritation sarcastique de sa voix. Mais même si je savais qu'en m'évoquant il avait plaisanté, j'avais relevé les yeux vers lui. Lentement, ma main avait alors pris en elle sa joue, puis sa mâchoire, sa tempe, et j'avais déclaré avec le feu brûlant de la passion :

- T'oublier ? Comment le pourrais-je ? Tu es inoubliable, Cody…

Son visage s'était immédiatement ramassé en une expression rembrunie qui avait provoqué mon délice.

- Ha. Ha. Très drôle. Vraiment, j'adore. Je ne sais même pas dans quel sens le prendre.

Cette fois, j'avais ri à gorge déployée, redoublant d'hilarité lorsqu'il avait repoussé ma main d'un air mauvais, bougonnant quelque chose comme « t'étouffer dans ton sommeil avec ta fichue crème réparatrice ».

Je passai mes yeux sur le corps douloureux et presque-nu de Cody, réfléchissant en silence à toute la conversation qui venait de précéder. Lorsque, interrompant cette tendue quiétude, le boss ouvrit la porte pour entrer dans notre loge sans un mot d'abord, je crus revoir le jeune Randy de l'OVW passer la porte des vestiaires… puis sentis Cody se tendre d'anticipation. Qu'allait-il lui faire maintenant ? Pourquoi avait-il été aussi violent avec lui alors que ce n'était « que Cena » ? Cody s'était posé toutes ces questions, et je n'avais pu y répondre, par loyauté.

Je réprimai mon envie de me mettre debout entre eux deux en voyant l'expression du chef.

Orton s'assit sur le canapé où était étendu Cody, sans un mot d'abord. Nulle trace d'une colère vindicative envers le jeune lutteur qui s'était inquiété de son entrée. Un genou à terre devant le corps étendu du meurtri à l'agonie, j'observai le calme stupéfiant qu'affichait le Legend Killer. Ses traits semblaient presque reposés, son corps, silencieux et un peu lent. Presque prudent. Il était, j'en étais sûr, en train de regretter ce qu'il avait fait. D'un regard en coin, je notai la sueur qui perlait sur son cou, et les mouvements un peu anarchiques de sa poitrine. Il venait sûrement de… Ahhh, enlevez-moi ces images ! M'écriai-je en grimaçant. Et dire que vous, vous avez le détail de leurs galipettes, moi ça me pertur-

Soudain, le regard du patron se promena sur le torse dénudé, vulnérable de Cody. Nous, on devait toujours faire gaffe à tous ses mouvements, et les interpréter : le mieux était de garder le silence. Orton bougea sa main, et, avant que j'aie pu faire un geste, il la posa sur la poitrine du brun où elle s'enfonça parmi ses poils courts. Ses sourcils s'étaient un peu froncés lorsqu'il avait annoncé d'une voix paternaliste :

- Il faudrait vraiment que tu rases ça, Cody.

Le concerné se détentit aussitôt, coudes sur le canapé. C'était le signal que tout revenait à la normale, et Cody sauta sur l'occasion pour redevenir… eh bien, Cody.

- Tu plaisantes ? S'écria-t-il avant d'esquisser un sourire odieux, insupportable, insupportablement craquant. Les filles adorent ça, c'est super viril…

Le boss haussa les sourcils avec une moue peu convaincue avant de me regarder.

- Tu trouves ça sexy toi, Ted ?

- Perso, pas tellement non. Répondis-je avec pour arme contre le rire devant voyant l'expression outrée de Cody un unique sourire. Je trouve que tu serais plus attirant imberbe.

- Tu vois. Se contenta de remarquer Orton. Viens, maintenant que notre hypocondriaque t'a appliqué toutes les crèmes possibles, tu vas pouvoir venir avec moi, je pense pouvoir faire quelque chose pour tes sourcils aussi.

Il se leva et se dirigea vers notre salle de bain. Cody et moi échangeâmes un regard surpris.

- Quoi qu'est-ce qu'ils ont mes sourcils ? Me demanda-t-il en chuchotant.

Je le dévisageai attentivement, moue concentrée sur le visage.

- Le droit m'a toujours paru un peu plus touffu que le gauche…

- Quoi, t'es sérieux ? Tu sais quoi ? Va te faire foutre, Teddy !

Il se leva brusquement pour se diriger vers la salle de bain. J'inspirai pleinement en m'asseyant sur le canapé, le cœur léger.

« Hypocondriaque ! » Entendis-je plus loin d'une silhouette venimeuse qui palpait son sourcil droit.


Le lendemain matin à la salle de musculation de l'arène, tout était redevenu parfaitement normal entre les membres de la Legacy. Oui, sous-entendu aussi que le Legend Killer était avait retrouvé son naturel lunatique. D'abord, il avait disparu ce matin pour notre grand plaisir (« Une heure de sommeil en plus ! » avait relativisé Cody), puis, une fois changé et arrivé dans la salle de muscu, il n'avait quasiment pas prononcé un mot. Un air préoccupé peignait ses yeux menaçants. Il était adossé à un appareil de musculation, vêtu d'un t-shirt bleu informe et d'un jogging, qui, malgré sa banalité, me fit me demander pendant que je soulevais des haltères si j'avais au moins l'air moitié-moins aussi classe que lui avec mon t-shirt blanc qui collait pourtant mon torse et mon propre jogging de marque. Ca ne servait à rien, j'avais sûrement juste l'air d'un minet à côté de lui.

- Et alors… quand… je lui ai dit ça… elle… elle m'a dit… « Et pourquoi on… on n'irait pas chez moi ? »… et… Tu sais Ted, c'est cette fille… que j'ai… rencontré… pendant… un jour de… congé !

Cody sur le tapis de course. Il avait terriblement l'air d'une égérie faisant la promotion d'un appareil de sport, mais ça ne l'empêchait pas de s'évertuer à s'époumoner comme une petite vieille dès qu'il ouvrait sa bouche. Je répondis vaguement, puis reportai mon attention vers le boss. Eut un raté : il était tendu, mâchoires serrées. Ses yeux semblaient rougeoyer d'une couleur furieuse ou… ou bien… Je revis le moment où je l'avais croisé avec Cena, et où les yeux de ce dernier avaient tremblé de jalousie. Je jetai un regard discret à l'arrière, curieux de savoir ce qui pourrait rendre jaloux le chef. John au portable. John Cena était juste en train de téléphoner et lui il… Mon Dieu… J'hallucinais, il n'y avait que ça !

- Pffiou… Bon moi j'arrête un peu la course, je pense que j'ai assez musclé mes supers mollets pour la journée. Non mais sérieux, est-ce que vous l'avez vue la gonzesse que j'ai allongée la semaine dernière ? Cette fille elle est trop bonne !

- C'est vrai… Dis-je un peu au hasard, plus haut, décidément beauf pour détourner l'attention du chef, mais ma femme ce week-end tu peux pas savoir ce qu'elle m'a fait !

Et là, patatrac.

- Hé, boss, on ne t'entend pas ! S'exclama Cody, déçu. D'habitude, t'es le premier à nous décrire la super pipe que te fais ta femme !

Je ne sus pas pourquoi la réaction fut tellement exagérée, mais celui-ci tourna alors lentement sa tête, révélant des yeux assassins, et Cody recula instinctivement. Cependant, il ne se laissa pas démonter et poursuivit :

- Allez ! Quoi, serait-ce la première fois que tu ne lui as pas fait l'amour du week-end ? Hé, réponds ! Insista-t-il en voyant Randy pincer les lèvres, tu n'as quand même pas privé ta Samantha chérie de trois nuits d'amour, quand même ?

Un vent glacial souffla quand Cody fut le seul à ricaner, et tout à coup, dans un mouvement brusque du menton, la Vipère reporta ses yeux vers le téléphone que tenait Cena.

Une crise comportementale. Il allait avoir une énième crise comportementale et allait saccager les tripes de tous ceux qui se trouvaient sur son chemin. John le premier. Mon estomac se noua douloureusement sans que je ne comprenne pourquoi ni ne cherche la raison et je me plaçai entre eux de façon à cacher Cena au regard du boss. Ca calmerait sûrement. Les yeux bleus s'exorbitèrent. Peut-être ? Ses dents se serrèrent en me lançant un regard furieux. Je crois. Il se mit à trembler. Soudain, une voix s'éleva derrière moi :

- Oui, je contrôle la situation, POUSSE-TOI de la galerie marchande… PHILIPP BROOKS.

Je… Qu'est-ce que… Mais c'était une vraie baltringue ce Cena ! Je restai confondu une seconde, avant de me pousser délibérément en comprenant, sentant tout à coup que je devenais insignifiant pour le boss dont le regard s'était harponné sur le Champ. Il venait de lui indiquer qui l'appelait… pour le décontracter. Ca marcha un instant, puis sans un mot le chef se mit en marche vers John, d'une grâce colérique époustouflante - que l'autre ignora parfaitement d'un sourire satisfait et accueillant qui illumina son visage. Je crus entrevoir pourquoi le boss ne lui explosa pas sa belle gueule, quand de loin je vis les yeux bleus de John briller de malice.

« Raccroche » Entendis-je, avant de retourner à mes pensées.

Ce n'était pas que des baises dans les vestiaires, réalisai-je soudain.

C'était le début d'une histoire.

- Quoi mais attends… il arrive à discuter ? Avec Cena ? Attends je suis presque sûr d'avoir juste entendu le mot « Nutella » là, on ne discute pas Nutella avec Randy Orton sans avoir été intime pendant des années avec !

J'écoutai sans commenter. Il avait trouvé quelqu'un qui était capable de l'arrêter. Le chef ne s'était jamais contenu aussi longtemps à ma connaissance. Ce n'était pas que du sexe, ces deux hommes étaient en train d'entamer une relation sans probablement en avoir conscience. Le choc que provoqua cette révélation sur moi me priva pendant quelques secondes de mes facultés mentales et je regardai dans le vide, avec comme arrière-fond la voix de Cody, et Cena qui enlevait son t-shirt. Le monde eut un vertige. Un rire retentit. Si étrange qu'il me souleva le cœur dans un papillonnement joyeux.

C'était celui de Randy, celui que nous entendions étant enfants.

- TED ! S'écria Cody en se tournant vers moi, paniqué. Tu l'as laissé et maintenant regarde-le, il a PETE UN PLOMB !

Nous nous regardâmes, complètement ahuris.

- Il est cassé… Continua Cody, des larmes de deuil dans la voix.

Orton finit par revenir vers nous. Je lançai un regard à Cena qui me fit un signe de tête discret pour que je prenne tacitement le relai. Il prenait vraiment soin de lui. J'acquiesçai, désorienté.

- Ted… Me chuchota Cody quand je passais, sérieux je crois qu'il vient juste de sourire

- Tais-toi, répliquai-je avec un faux air conspirationniste, il fait peut-être ça pour montrer ses dents et venir te mordre cette nuit.

- Mais j'ai fait ce rêve y'a au moins trois ans ! Pourquoi est-ce que tu n'arrives pas à me lâcher avec ce rêve que j'ai fait il y a trois ans ?

- Cody, coupa une voix grave et lente, tu as réservé ce soir pour le restaurant ? Il me semble que tu me dois de l'argent, vu que tu as annulé la réservation que j'avais faite pour votre chambre avec ma carte de crédit.

Ce dernier passa par toutes les nuances « lavabo » possibles. Il acquiesça rapidement tandis que je portais mon regard vers la sortie de la salle de musculation par laquelle Cena venait de sortir, rejoignant un catcheur. Ces deux-là se fréquentaient. Son sourire et ses yeux bleus, et chauds, et malicieux me revinrent en mémoire pour me faire battre le cœur une fois, vite et comme un trébuchement, sans que je n'en détecte la raison. J'avais l'étrange impression… que je les connaîtrai… C'est bête, n'est-ce pas ?

Et maintenant, c'est devant un lit d'hôpital que je comprends pourquoi.