Bien le bonjour adorables lecteurs !
Je me suis réellement battue avec mon ordinateur, ma connexion internet et le gars de Numericable au bout du fil pour pouvoir finalement poster ce chapitre. J'ai cru que j'allais m'arracher les cheveux avec tout ça mais finalement, j'ai de nouveau accès à tout ce dont j'ai besoin pour redevenir active et j'espère que l'attente n'aura pas été trop trop longue, quand même. Le chapitre était déjà fini dimanche dernier et ne pouvoir le poster que samedi me rend dingue. Ne m'en voulez pas, ça n'arrivera plus (j'espère du moins, là ça ne dépend pas vraiment de moi!)
Bref, je vous laisse découvrir ce chapitre qui est – une nouvelle fois – un peu plus long pour – une nouvelle fois – me faire pardonner du retard. Il y a beaucoup de dialogues dedans et j'espère que ça vous plaira.
Bonne lecture !
Dans le chapitre 3 : La cérémonie de répartition se termine et Harry découvre le dortoir des Serpentard, ainsi que la vraie personnalité de ses nouveaux camarades. Malgré le fait qu'ils ne soient pas aussi terribles et insupportables qu'il ne l'aurait pensé, Harry veut aller demander à Dumbledore qu'on le change de maison pour ne pas modifier trop de choses dans le passé. Tout le long du chapitre, on a également des flash-backs qui montrent la mort de Draco Malfoy, tué par Harry après un kidnapping dans les règles de l'art.
CHAPITRE 4
Sans surprise, Harry avait eu une nuit plus qu'agitée et s'était retrouvé le lendemain matin plus fatigué qu'en allant se coucher. Par chance, aucun de ses nouveaux camarades n'avait semblé s'être réveillé à cause de lui ou du moins, n'avait fait la moindre réflexion là-dessus. Harry avait apprécié leur discrétion.
Le petit-déjeuner et le déjeuner s'étaient déroulés comme la veille, paisiblement et dans le plus grand des calmes dans les rangs de leur maison. Aucun regard intrigué de la part des Serpentard ne lui avait été lancé, aucune question indiscrète et idiote quant à sa cicatrice et ce fameux soir à Godric's Hollow ne lui avait été posée, aucun gloussement hystérique ou nerveux n'avait échappé aux jeunes filles en sa présence, rien du tout. Harry en était encore une fois surpris. Toutes ces choses désagréables étaient en revanche venues des autres maisons – les regards et les gloussements, du moins, personne n'avait osé s'approcher et parler à Harry-Serpentard-Et-Glacial-Potter, le garçon ayant survécu et ayant acquis la faculté, par la même occasion, de vous foudroyer d'un simple regard lorsque vous aviez le malheur de le déranger dans ses pensées.
Les souvenirs de sa première journée chez les Gryffondor étaient encore bien trop présents pour qu'il puisse s'en détacher du jour au lendemain. Tout ce qu'il se déroulait ne pouvait s'empêcher d'être comparé automatiquement dans son esprit et ça l'agaçait plus qu'il ne le montrait. Les Gryffondor avaient été excités, impatients de rencontrer le si célèbre Harry Potter, de lui parler, de devenir son ami et d'envoyer du courrier à leurs parents pour clamer qu'ils connaissaient en personne le Survivant et qu'ils allaient le côtoyer pendant 7 années. Les Serpentard, eux, avaient à peine montré un intérêt lorsqu'il était venu s'asseoir à leur table, lors de la Cérémonie de Répartition la veille. Ses camarades de chambre lui avaient parlé comme à une personne des plus normales et ils avaient à peine jeté un coup d'œil à sa cicatrice. Les Serpentard quoi, avait pensé Harry durant le déjeuner en remarquant que personne ne parlait réellement à leur table.
Ensuite, il avait passé le reste de son dimanche à lire des livres de la bibliothèque de sa salle commune, découvrant de nouveaux ouvrages jamais vus jusqu'alors. Même si certains l'avaient clairement dégoûté et ne lui avaient absolument pas donné envie de s'y consacrer – exemple : Sang-Pur : familles et histoires à travers les générations – Harry avait réussi à trouver quelques bouquins intéressants sur les potions et la botanique, des livres qui semblaient avoir des dizaines d'années et qui n'étaient plus d'usage aujourd'hui. Alors certes, il s'agissait de manuels pour des premières années, mais quitte à tout recommencer, autant tenter de s'améliorer dans ses bien connus points faibles en reprenant du tout départ.
Il avait également envoyé une lettre à Hermione dans la matinée, lui donnant de ses nouvelles quant à sa nouvelle maison et lui indiquant par la même occasion qu'ils devraient se rendre dans le bureau du directeur le soir même pour lui exposer la situation. Il avait reçu une réponse positive de la brune une trentaine de minutes plus tard et Harry avait commencé à lire après ça, se détendant clairement inconsciemment.
Ni Malfoy, Nott ou les autres garçons de Serpentard ne lui avaient adressé la parole en le voyant occupé dans la salle commune et les filles semblaient bien trop occupées dans leur dortoir pour en sortir. Zabini, en revanche, était venu s'installer à côté de lui et avait commencé à lire les livres qu'Harry avait sélectionné un peu plus tôt, n'ouvrant pas la bouche pour lui demander quoi que ce soit. Contrairement à ce qu'il aurait pensé, Harry ne s'en senti pas irrité et ne fut absolument pas dérangé par la présence de Zabini. Ça pouvait paraître incroyable mais il aimait bien le basané, il le trouvait discret et se sentait à l'aise en sa présence.
En fin d'après-midi, vers 17h, Malfoy, Bulstrode, Nott et Parkinson avaient brisé leur silence en leur demandant s'ils voulaient les accompagner visiter un peu mieux Poudlard pour ne pas se perdre dès le lendemain. Harry trouva que c'était une bonne idée, même s'il n'en avait clairement pas besoin. Il avait trouvé là sa bonne occasion de se faire passer pour monsieur tout le monde qui découvrait le monde magique en même temps que sa génération et avait sauté sur l'occasion. Il avait alors accepté sans réelle hésitation et fut surpris lorsque Zabini déclina. Malgré les quelques protestations de ses camarades, le garçon n'avait pas cédé et avait proclamé être vraiment fatigué et vouloir se reposer avant le début des cours le lendemain. Ils n'avaient pas insisté plus et étaient partis arpenter les couloirs de l'école.
Harry en était là dans le déroulement de sa nouvelle vie. Il se baladait avec la bande de Serpentard dans Poudlard, observait avec agacement Theodore Nott se pavaner comme s'il était le roi du monde – « Son père a reçu un gros paquet il y a peu, il ne se sent plus pisser. » lui avait amusement glissé Bulstrode en voyant son air médusé –, restait très discret quant à sa participation dans leur conversation et observait sa montre de temps à autre pour ne pas rater l'heure de son rendez-vous avec Hermione.
Draco Malfoy avait tenté plusieurs fois de lui parler mais Harry n'avait toujours répondu qu'à demi-voix, acquiesçant par moment pour ne pas avoir à tenir une conversation avec lui. Même s'il avait pris conscience de l'innocence encore présente chez ces enfants la veille, il n'arrivait pas à trouver de bonnes raisons pour sympathiser avec eux. Même s'il ne les haïssait pas, il ressentait toujours de la rancœur au fond de lui et avait beaucoup trop d'images en tête pour pouvoir juste oublier et passer à autre chose. Harry savait qu'ils n'étaient encore que des gamins inconscients de ce qui se tramait au-dessus de leur tête, mais il ne pouvait pas se laisser aller avec eux comme il l'aurait pu avec un inconnu dont il ignorait tout. Ils avaient un passé commun trop lourd, une histoire trop difficile à porter pour la laisser simplement de côté. Puis, même, s'il devenait leur ami, que se passerait-il ensuite ? Ils se lieraient au côté du bien, faisant capoter toute la mission pour laquelle Hermione et lui avaient été envoyés ici ? Ou, du moins, même en restant Mangemort, Malfoy croirait-il en Voldemort au point d'être le Gardien de son Secret en ayant été l'ami d'Harry avant ? Avant sa répartition chez les Serpentard, Harry aurait proclamé que oui sans la moindre hésitation, jusqu'alors persuadé que tous les Serpentard avaient un réel fond méchant. Mais depuis hier soir, il savait que ce n'était pas le cas. Si ces enfants avaient été manipulés du mauvais côté, ils pouvaient aussi l'être par le bon et c'était une chose qu'Harry devait éviter à tout prix.
- Je dois aller aux toilettes, dit finalement Harry en coupant Bulstrode dans sa réplique.
Un coup d'œil vers sa montre lui avait indiqué 17h53 et Harry avait dit la première chose passant par son esprit pour pouvoir s'éclipser. Il avait rendez-vous à 18h devant la gargouille du bureau directorial et n'avait pas remarqué immédiatement que leurs pas les menaient à l'aile opposée de l'école.
- D'accord, on t'accompagne, avait répondu nonchalamment Nott en commençant à rebrousser chemin.
- Ce n'est pas nécessaire, la Préfète a indiqué où ça se trouvait hier soir et je pense pouvoir m'en sortir seul.
- Et comment comptes-tu nous retrouver après ça ?
Il allait descendre d'un ton, le Nott ? Son comportement hautain commençait sincèrement à l'irriter.
- Je retournerai dans la salle commune. Je suis un peu fatigué et je dois finir mon bouquin en plus de ça.
Malfoy haussa des épaules sans dire mot tandis que Parkinson lissait sa jupe distraitement, que Bulstrode recommençait à marcher vers leur précédente destination et que Nott arquait un sourcil amusé en l'entendant. Un sourire narquois naquit sur ses lèvres et le Survivant s'en agaça. Harry savait qu'il n'était absolument pas subtil et que son comportement hurlait au « Lâchez-moi ! », mais tous avaient eu la décence de ne faire la moindre réflexion mis à part Nott qui le fixait avec cet air amusé et limite provocateur sur le visage.
Gosse débile, pensa fortement Harry en ne pouvant s'empêcher de mépriser cet enfant de 11 ans qui avait déjà un comportement très particulier. Le gamin qui se tenait en face de lui semblait avoir une confiance démesurée en lui et avait un comportement qui laissait supposer qu'il serait le futur chef de la petite bande de Serpentard. Pourtant et étrangement, Harry ne se souvenait pas d'un Theodore Nott particulièrement encombrant ou influant durant sa scolarité. Il savait tout simplement qu'il serait le parfait toutou de Malfoy d'ici la deuxième année et qu'il gagnerait en popularité seulement en s'écrasant devant le blond – oui, il ne pouvait clairement pas parler d'amitié ici étant donné qu'il n'avait jamais vu l'un faire quoi que ce soit pour l'autre. Malfoy serait le véritable Prince des Serpentard – c'était comme ça que les élèves avaient l'habitude de l'appeler, ne lui demandez pas pourquoi – et Harry était assez surpris de découvrir que ce 'titre' n'avait pas été si évident à acquérir pour le blond. D'ailleurs, celui-ci était véritablement discret quant à sa famille et sa place dans la société et le garçon ne s'en rendit compte que maintenant. Même au sein du groupe des Serpentard et malgré le fait qu'il parle souvent, Malfoy gardait une certaine... pudeur. Oui, Harry ne saurait comment décrire le comportement du petit garçon autrement. Rien dans son attitude n'indiquait qu'il était un petit con arrogant et malsain au possible et Harry s'en retrouvait perdu.
Harry revint à la situation actuelle et fixa à son tour Nott, le défiant clairement de dire quoi que ce soit qui aurait pu le contrarier. Il était réellement agacé et même si le garçon n'avait rien fait de spécial contre lui pour l'énerver à ce point, Harry ne pouvait pas se contrôler quand l'irritation arrivait et il devenait généralement plus qu'exécrable. Avec la guerre, la colère et l'agacement étaient les seuls sentiments auxquels il réagissait et l'absence de tous les autres ne les rendait que plus vifs à chaque fois. Il était comme qui dirait « à fleur de peau » avec la rage remplaçant la tristesse. C'était très perturbant, lui qui était toujours impassible à tout.
Il avait suffi d'un enfant vantard et provocateur pour lui faire perdre son éternel sang-froid, n'était-il pas beau le héros de guerre ?
Le Serpentard sembla recevoir le message, car il se contenta à son tour d'hausser des épaules au bout de quelques secondes avant de se retourner vers ses camarades qui avaient déjà recommencé leur exploration un peu plus loin. Harry soupira longuement. « Il est vraiment bizarre ce type » entendit-il de la voix de Nott alors qu'ils tournaient dans l'angle du couloir.
Il jeta un dernier regard au blond de la bande, curieux, et tourna enfin les talons pour rejoindre le bureau de Dumbledore, activant son allure pour éviter d'arriver trop en retard à son rendez-vous. Hermione détestait les retards et lui détestait la contrarier.
Son esprit revint finalement entièrement vers son amie lorsqu'il vit sa silhouette devant la gargouille du bureau du directeur, et il ne put s'empêcher de se sentir plus détendu à sa vue. La proximité d'Hermione lui rappelait sans cesse qu'il n'était pas tout seul dans cette histoire et ce soutien était plus que bienvenue étant donné qu'il se sentait dépassé par absolument tout.
Elle ne semblait pas attendre depuis bien longtemps, mais elle était déjà nonchalamment appuyée contre le mur de pierre et son pied tapait frénétiquement le sol dans un rythme lui étant propre. Elle avait relevé ses cheveux et portait des vêtements moldus de saison, n'ayant même pas pris la peine de mettre la cravate aux couleurs de sa maison. La jeune fille semblait plongée dans ses pensées. Il se rapprocha rapidement de sa meilleure amie les mains dans les poches et lui fit un demi-sourire qu'elle lui rendit en remarquant sa présence.
- Ah, tu es là, dit-elle simplement alors qu'il se plaçait à sa hauteur.
- Excuse-moi pour le retard.
- C'est bon. Un retard de trois minutes n'en est pas vraiment un.
- Ouais, désolé quand même. Je suis content de te voir.
La jeune femme fit un bref mouvement des épaules en souriant en coin avant de remettre une mèche folle derrière son oreille, ne répondant pas étant donné que ce n'était pas nécessaire. Ensuite, l'analyse de son visage fit qu'elle le regardait désormais en fronçant légèrement ses sourcils. Elle soupira et passa une main sur la joue pâle et rebondie du jeune garçon.
- Tu n'as pas dormi cette nuit, n'est-ce pas ?
- Pas plus que durant ce dernier mois, répondit-il avec honnêteté.
- Tu as une mine terrible.
- Je sais, ouais.
- Tu devrais prendre une potion « sommeil sans rêves ». C'est ce que je fais.
- Je n'ai pas eu le temps de m'en procurer, je n'ai pas le talent nécessaire ou les ingrédients pour en faire et honnêtement, je me voyais pas spécialement en demander à Hagrid...
- Je t'en donne demain, j'en ai fait un véritable stock pendant les vacances.
- Tes parents n'ont rien dit ?
Ils avaient tous les deux grimacé en entendant ce terme et Hermione fit un léger non de sa tête.
S'ils avaient sacrifié beaucoup durant la guerre, le pire des sacrifices avait été celui de la famille. Hermione avait enlevé les souvenirs d'elle à ses parents pour qu'ils puissent échapper à une quelconque prise d'otage de Voldemort, pour qu'ils n'aient plus de poids sur elle et qu'ils deviennent inutiles au tyran. Ron, lui, avait vu périr quatre de ses proches durant les nombreuses batailles dans lesquelles ils avaient pris part, abandonnant par la même occasion l'espoir qu'un jour, la famille Weasley puisse se relever d'un tel traumatisme. Harry, pour son cas qui était connu de toute la communauté magique, avait perdu ses parents durant la Première Guerre Sorcière et son parrain au début de la deuxième. Ils avaient tous fait une croix sur leur famille et Hermione était celle qui en pâtissait désormais, maintenant qu'ils étaient là de nouveau. Harry ne pourrait comprendre sa douleur qu'une fois que Sirius serait revenu dans sa vie, et encore, il aurait largement eu le temps de se faire à l'idée d'ici là. De là et quand ils étaient, Harry ne pouvait que compatir avec sa meilleure amie.
- Sinon, cette première journée chez les Serpentard ?
- Étonnement, ce n'est pas si terrible que ça. Nott est un véritable gamin prétentieux mais sinon ça va.
- Nott ? Pas Malfoy ?
- Ouais, Nott. Malfoy est plutôt dans le genre... discret. Non, pas discret en fait. Je sais pas, je trouve rien pour définir ce qu'il est réellement. Il parle, il s'intègre, il observe, mais on ne sent pas un besoin irrépressible de reconnaissance comme on pouvait le ressentir avant.
- C'est plutôt un bon point non ? Au moins, tu n'as pas envie de le tuer.
- Sur. Par contre je sens que je vais me faire Nott.
Hermione pouffa quelques secondes en regardant son meilleur ami fulminer. Elle avait toujours trouvé ça assez drôle lorsqu'Harry s'énervait pour rien et voir le héros de la Seconde Guerre Sorcière enrager contre un enfant était plus que risible.
- Du calme, Harry. Ils ont 11 ans. Et souviens toi que Nott aboie plus qu'il ne mord, la preuve étant qu'on n'ait jamais entendu réellement parler de lui en 7 ans de collège. On prononçait juste son nom par le biais de celui de Malfoy.
Harry ne répondit pas, regardant ses chaussures.
- Qu'est-ce qu'il a bien pu te faire pour que tu sois si énervé contre lui ?
- Rien de spécial, il essaie juste d'affirmer son autorité auprès de moi en me prenant de haut et ça me gave.
La jeune femme rit de nouveau et Harry la regarda avec ennuie.
- Oh, Harry, si c'est juste ça je pense que tu vas pouvoir t'en remettre non ? Je sais que tu as beaucoup de mal à contrôler ta mauvaise humeur, mais tu pourrais relativiser et te dire que tu as un fœtus en face de toi !
- Tu peux pas me soutenir comme une meilleure amie normale au lieu de te foutre de ma gueule ?
- Non ! D'ailleurs, même si je plaisante, ce que je dis reste vrai et tu devrais m'écouter. Rappelle-toi que je suis là pour te ramener à la raison, c'est mon job. En revanche, si tu veux quelqu'un pour alimenter stupidement ta colère, tu peux aller en parler à Ron, je suis certaine qu'il sera heureux de t'épauler dans ta haine serpentarde. Il s'est senti complètement démuni en te voyant à Serpentard et savoir que tu en détestes au moins un autant que lui le rassurera. Il vous voyait déjà meilleurs amis.
Harry arrêta alors instantanément de fulminer contre son camarade de maison et observa la petite brune qui se trouvait en face de lui. Entendre que Ron doutait de lui et de son amitié – ce qui était normal, ils ne s'étaient côtoyé que durant quelques heures – lui faisait l'effet d'un électrochoc. Il n'avait même pas pensé à la conséquence de la Répartition sur son amitié avec le roux et il s'en voulait terriblement d'avoir été si... négligeant.
- Ron pense que je ne vais plus lui parler ?
- Ron ne pense d'ailleurs qu'à ça.
Elle avait dit ça sur un ton amusé, mais Harry remarqua une brève lueur de pure tristesse passer dans ses yeux et pensa seulement maintenant au fait qu'elle souffrait très certainement le martyr en présence de son ancien fiancé. Harry n'avait pas spécialement pensé à la questionner là-dessus et maintenant il s'en voulait un peu. Hermione lui posait toujours des questions pour savoir comment il allait, où il en était dans sa tête et dans sa vie, alors que lui, rien du tout. Il avait actuellement l'impression d'être un mauvais ami et c'était terrible pour lui, qui n'avait toujours pu compter que sur ses amis dans la vie. Il voulait qu'ils sachent qu'il serait toujours là pour eux comme eux l'avaient toujours été pour lui, c'était important, voire même essentiel, et maintenant il se sentait un peu nul – carrément nul – vis-à-vis d'Hermione. Et de Ron. Et de tout le monde, en fait.
- Tu vas bien, toi ?
C'était maladroit, dit sur un ton peu certain, mais Hermione ne sembla pas y prêter attention. Elle avait l'habitude avec lui.
- Pas vraiment. J'ai l'impression d'être dans une autre dimension.
- Mauvaise expression.
- Ah ouais. Merde. J'ai pas encore l'habitude, finit finalement Hermione en souriant légèrement.
- Tu sais que tu peux me parler, Hermione. Les confessions ne vont pas que dans un sens dans une amitié.
- Je sais bien... Mais c'est difficile.
La jeune femme laissa échapper un rire ironique et triste et Harry se demanda ce qu'il devait faire en paniquant légèrement. La prendre dans ses bras ? Lui dire que tout irait bien ? Non, tout n'irait pas bien et les deux le savaient aussi bien l'un que l'autre, le proclamer reviendrait à faire l'hypocrite et ils détestaient ça aussi bien l'un que l'autre. Bon dieu, il était vraiment nul pour consoler les gens et les faire relativiser sur leur situation. Il comprenait pourquoi il ne le faisait pas plus souvent si les gens en ressortaient plus défaits qu'avant son intervention.
Finalement, Hermione reprit la parole en le soulageant d'un grand poids et Harry crut qu'elle allait se mettre à pleurer en voyant ses yeux brillants et en entendant son ton halluciné. Il paniqua un peu plus en le remarquant. La guerre, il savait comment la faire. Consoler une peine de cœur ? Impossible. Son cerveau faisait tout, sauf l'aider.
- Tu t'imagines ? Ron est un enfant. Un enfant. Je ne sais absolument pas comment réagir face à ça.
- Je me doute que ça doit être assez bizarre...
Aller Harry, trouve un « Mais » ! Les connecteurs logiques, t'as fait ça en primaire, tu sais les utiliser ! Un contre argument, c'est facile non ?
- Mais... dis-toi qu'il est en vie et tranquille pour encore quelques années, acheva-t-il en hésitant un peu. C'est l'essentiel, non ?
Hermione lui offrit un petit sourire de remerciement, remarquant et prenant en compte l'effort incroyable que fournissait son ami pour tenter de gérer un peu la situation. Elle lui en était reconnaissante même si ça ne marchait pas vraiment et que ça avait plus pour effet d'enfoncer un peu plus profond le clou dérangeant.
- Non, pas pour moi. Par pour nous. Mais c'est gentil d'essayer...
- Ron est avec toi, je trouve ça déjà bien ! Vous pouvez reconstruire votre relation !
- Il ne m'aime pas, Harry, et putain c'est vraiment plus douloureux que je ne l'aurais pensé. Il me regarde à peine. Il parle de moi comme la simple fille capable de réparer des lunettes... Et moi, je ne peux pas m'empêcher d'avoir l'impression d'être une saleté de pédophile face à lui étant donné que j'en suis toujours amoureuse. C'est terrible.
- Mais ça va pas ou quoi ? Cette situation est unique, aucun terme si péjoratif ne peut te qualifier.
- Je veux reconstruire notre relation, comme tu dis, continua Hermione sans faire attention à ce qu'il disait. Mais il a 11 ans ! Je suis censée faire quoi, moi ? Embrasser un môme ? Je suis majeure, c'est impossible, aussi bien légalement que pour ma propre morale.
- Je... Euh... Bordel.
Du calme Harry.
- Tu peux attendre, sinon. Lorsqu'il sera assez mature pour que tu ne ressentes plus toute cette culpabilité, tu pourras tenter quelque chose, peut-être ?
- Si tu le dis. Et puis, ce serait tellement plus facile si tu étais avec nous... C'est un peu grâce à toi qu'on était réellement amis avant...
- Je sais. Je suis désolé pour ça. J'aimerais être avec toi, avec vous.
- Qu'est-ce que le Choixpeau t'a dit, en parlant de ça ?
Elle semblait vouloir changer le sujet de la conversation et Harry ne fit rien pour l'en empêcher. Elle lui parlerait plus en détail lorsqu'elle se sentirait prête et pour le moment, ce n'était visiblement pas le cas. Et, lui aussi, mine de rien, avait besoin de se préparer à ce genre de conversation. Ce n'était clairement pas dans ses habitudes et il savait qu'il devrait être un peu plus efficace la prochaine fois.
- Rien. Absolument rien.
- Mais tu ne m'avais pas dit avoir eu une conversation avec, lors de ta première Répartition ?
- Si, mais ça s'est déroulé différemment cette fois-ci.
- Honnêtement je me doutais un peu que tu finirais à Serpentard, mais je ne pensais pas que le choix serait aussi... rapide et évident.
- Et bien apparemment il l'a été.
Hermione réfléchit quelques instants, c'était tellement flagrant qu'Harry pouvait voir les rouages de son cerveau s'enclencher au-dessus de sa tête. Elle observait le visage enfantin à l'expression grave de son ami et finit par hausser des épaules. Elle aimait bien faire ça et Harry avait toujours eu l'habitude de gentiment s'en moquer.
- Ça a de son sens, quand on y réfléchit un peu plus. Le Choixpeau penchait déjà vers Serpentard pour toi il y a quelques années mais avec la guerre, les trahisons, la pression que tu as dû endurer et toutes les pertes qu'il y a eu, c'était évident au final. Tu ne pouvais pas rester Gryffondor.
- Et toi alors ? C'était exactement le même cas pour toi.
- J'ai vécu la guerre différemment et tu le sais.
- Tu as plus souffert que nous tous.
La jeune femme balaya sa réflexion d'un geste désabusé de la main et le regarda dans les yeux, le brusquant presque.
- Tout est relatif. Moi, on ne m'a pas écrasée sous des responsabilités dictées par une prophétie. Je n'avais pas le monde sorcier derrière mon dos qui critiquait chacun de mes actes et n'était pas reconnaissant pour un sou. Je ne faisais que suivre tes ordres, je ne prenais aucune décision au contraire de toi.
Harry la regarda quelques secondes sans rien dire, allant du pli soucieux entre ses sourcils à sa bouche légèrement pincée qui lui donnait un air incontestablement sévère. Son expression froide n'allait pas vraiment sur le visage d'une enfant, mais Harry reconnaissait bien sa Hermione par là et il fit donc à peine attention à ce détail. Elle avait toujours été scandalisée par le comportement du monde sorcier envers Harry, par le peu de reconnaissance dont il faisait preuve alors qu'Harry avait littéralement tout abandonné et perdu dans sa lutte contre les forces du mal. « Tant qu'ils ne sont pas en danger, ils te crachent à la gueule en disant que tout est de ta faute et que tu mens constamment, mais quand ça a besoin d'aide, tu es le premier qu'on appelle et si tu as le malheur de refuser quoi que ce soit, tu es la honte de la société ! » C'était son discours habituel. Harry était reconnaissant envers elle de toujours prendre sa défense, que ce soient des interventions privées, publiques ou même dans les journaux. Même s'il n'avait jamais voulu qu'elle s'attire elle aussi les critiques de la foule, ça avait été impossible de la contenir et on l'avait appelée pendant des mois « La Catin de Potter » pour ça.
Voyant qu'Harry ne répondait pas, Hermione reprit la parole sur un ton nettement plus doux et l'air soucieux de son visage sembla s'effacer progressivement.
- Puis, j'ai trouvé l'amour, Harry, et il se trouvait aussi à Gryffondor, acheva-t-elle comme si c'était l'élément le plus évident.
Harry lui fit un léger sourire en réponse. Il savait que c'était une chose déterminante pour la Hermione de la guerre et comprenait mieux.
- Je vais quand même en parler avec Dumbledore. J'aimerais retourner chez les Gryffondor.
- Pourquoi cela ? Si le Choixpeau t'a envoyé à Serpentard, c'est que c'est la maison dans laquelle tu seras le mieux durant les prochaines années.
- Peut-être que je suis tranquille et transparent là-bas, mais c'est mieux pour tout le monde si je reste à Gryffondor.
- Je ne te comprends pas. Tu voudrais te priver de ta tranquillité parce que Ron et moi sommes à Gryffondor ?
- Il y a énormément de ça, oui, ma...
- Harry, tu t'es assez sacrifié !
- ...mais il y a également le fait qu'être dans le même dortoir que la nouvelle génération de Mangemorts ne m'enchante pas plus que ça. Puis, Hermione, aller chez les Gryffondor est de très loin un sacrifice. Vous êtes ma famille.
- Je sais que nous sommes ta famille, mais je ne pense pas que cette maison aille désormais avec ton nouveau tempérament ! Tout ce que tu veux c'est ta tranquillité et tu sais pertinemment que Gryffondor est de très loin la maison qui respecte le moins ce concept. Tu mérites d'avoir ce que tu veux pour une fois dans ta vie, tu ne veux pas te faciliter un peu les choses et profiter du repos que l'on t'offre ?
- Certes, mais ça n'empêche pas le fait que je vais devoir fermer les yeux sur ce qu'il se passe chez les Serpentard. Je suis censé sauver des vies, moi, pas les laisser se gâcher en attendant de pouvoir agir en temps voulus. Je me vois mal gérer ça. Je ne me vois pas rester des années avec eux sans faire la moindre chose pour les aider à s'en sortir, à ne pas devenir des monstres.
- Harry, regarde-toi, tu en serais capable et tu le sais aussi bien que moi.
- Oui, j'en serais parfaitement capable maintenant étant donné que je me fiche d'eux et que je suis encore touché par la guerre et les atrocités causées par leurs mains, mais qu'est-ce qu'il en sera dans trois ou quatre ans ? Je peux faire beaucoup de chose, mais pas tenir aussi longtemps. Regarde, je ne m'implique absolument pas dans les conversations et essaie toujours de rester loin du groupe, mais je commence déjà à apprécier l'un d'entre eux ! Et ça ne fait qu'un seul jour ! Même si Zabini était neutre durant la guerre, je sais que je ne pourrai pas partager mon quotidien avec des gens sans les supporter un minimum et vouloir les aider à un moment ou à un autre.
- Je comprends... Mais...
- Hermione. Mon confort passe après la mission et la guerre, ça a toujours été comme ça. Ce serait catastrophique si je changeais trop les choses, Malfoy n'aurait jamais le secret et tout ça n'aurait servi strictement à rien car nous serons toujours dans la même merde, un Voldemort immortel sur les bras.
- Je sais.
- C'est pour ça que je dois changer le plus rapidement possible de maison.
- Je crois en toi Harry, mais si toi tu n'y crois pas... Il serait peut-être préférable que tu quittes les Serpentard en effet.
- Et autant que je retourne avec mes meilleurs amis, n'est-ce pas ?
- Oui...
Elle semblait sceptique.
- On devrait peut-être y aller maintenant, avant que le banquet ne commence.
Harry acquiesça finalement à la suggestion de sa meilleure amie, se retournant alors vers l'entrée du bureau directorial machinalement.
Énoncer tout ça à voix haute lui avait fait extrêmement de bien, il se sentait beaucoup plus libéré et compris. Hermione était avec lui, elle allait appuyer ses arguments pour que Dumbledore lui accorde son changement de maison et c'était un avantage majeur à prendre en considération.
Ne connaissant pas l'actuel mot de passe de Dumbledore et ne sachant pas comment entrer autrement, Hermione murmura quelques mots en latin en brandissant sa baguette devant elle et Harry l'observa faire dans un silence curieux. Il ne savait pas ce qu'elle faisait mais avait confiance en elle malgré tout. Ça devait certainement être un de ses sorts personnels, d'ailleurs. La gargouille se tourna après quelques instants et des escaliers apparurent en face d'eux alors qu'Hermione faisait un petit sourire de satisfaction. Harry lui demanda ce qu'elle avait fait pour réussir à déjouer un sort de Dumbledore, et elle ne répondit qu'une fois qu'ils furent à l'intérieur et qu'ils commencèrent à s'élever. Grâce à leur petite corpulence, ils n'eurent aucun mal à entrer à deux sans se sentir serrés.
- Chaque entrée à sa propre fréquence magique, il suffit de savoir comment la manier en réglant au niveau pour lequel la magie se déclenche. Ron et moi avons fait ça quand on a su pour le rituel, deux mois avant notre départ. Tu ne t'es jamais demandé comment nous avions fait pour entrer dans la Chambre des Secrets, de façon à prendre des écailles de Basilic qui étaient l'ingrédient essentiel à la création de la craie du dessin pendant que toi, tu étais sur un champ de bataille ?
- Non, je ne me suis jamais demandé. C'est brillant, je n'y aurais jamais pensé.
Rapidement, ils se retrouvèrent dans le bureau directorial et se dirigèrent à grands pas déterminés vers le meuble en bois vernis noir du vieil homme. Revenir ici faisait incroyablement mal à Harry, qui ne pouvait empêcher les images de revenir hanter son esprit. La mort de Ron, la mort de Dumbledore, le rituel catastrophique, les rires exagérés des Mangemorts ainsi que tous les autres événements qui s'y étaient déroulés les années précédentes et qui avaient marqué la vie d'Harry. Tout refaisait surface et la scène se rejouait devant ses yeux dans le décor même.
Le peu de calme qu'il avait réussi à retrouver en voyant Hermione était désormais reparti et le garçon tourna brièvement la tête pour voir celle de son amie. Elle n'était pas dans un meilleur état que lui et fixait Dumbledore devant elle sans s'attarder sur la pièce.
Celui-ci était assis sur son siège et les observait d'un air médusé, la bouche légèrement ouverte sous l'effet de la surprise. Il ne devait visiblement pas avoir l'habitude de voir son bureau forcé par deux élèves de première année aux airs si graves, Harry était même persuadé que c'était la première fois que ça lui arrivait.
Mais Dumbledore restant Dumbledore, il retrouva son air amusé qui ne l'avait jamais quitté à cette époque, et attrapa un bonbon au citron qu'il ouvrit de ses longs doigts fins tout en fixant d'un œil pétillant les deux jeunes gens devant lui. Cet air beaucoup trop joyeux contraria Harry et il ne savait même pas vraiment pourquoi. Peut-être qu'il en voulait à Dumbledore pour ne pas avoir empêché le Lord Noir de se manifester une première fois cette année-là, empêchant alors une série de malheur et finalement une guerre ? Peut-être ne supportait-il tout simplement plus le bonheur des autres alors que lui n'arrivait pas à éprouver une once de véritable joie ?
- Mr Potter, Miss Granger, que puis-je faire pour vous ?
- Nous avons à vous parler, commença immédiatement Harry en regardant l'homme dans les yeux.
- Je me doute. Que se passe-t-il ? Vous avez un problème avec vos chambres ?
- Non, pas du tout. Nous aimerions simplement nous entretenir avec vous au sujet de quelque chose d'assez… personnel.
- Personnel dites-vous ?
- Oui. Je demande à tous les tableaux de se retirer immédiatement, nous aurons besoin d'intimité.
Et presque instantanément, les personnages des tableaux se mirent à rire et Harry contracta la mâchoire sous l'agacement, essayant de rester un minimum tranquille. Il détestait quand on défiait son autorité. Il détestait qu'on ne le prenne pas au sérieux. Alors certes, il n'avait pas vraiment d'allure dans son petit corps de 11 ans, mais tout le monde aurait dû voir qu'il était plus que sérieux actuellement. Hermione attrapa son poignet pour tenter de le calmer un peu, et ce geste n'échappa pas au vieillard qui sourit de façon curieuse. Le fait qu'il prenne ce geste pour ce qu'il n'était pas énerva encore plus Harry, dont la colère était déjà alimentée par les rires des peintures et les souvenirs terribles qui refaisaient violemment surface. Est-ce qu'on était vraiment en train de se taper un fou-rire sur ce qu'il venait de dire ?
Une incroyable tension était en lui et il sentait qu'il ne suffirait que de quelques secondes pour qu'il explose. Il se sentait menacé dans ce bureau, mal à l'aise, et cette humiliation ne faisait que renforcer tous ces sentiments négatifs en lui.
- Et bien, en voilà une requête, lui répondit Dumbledore en se moquant légèrement de lui.
- Professeur, enchaîna Hermione, c'est très sérieux. Vous devez nous croire, nous ne serions pas venus jusqu'ici si ce n'était pas le cas.
- Et comment êtes-vous parvenus jusqu'ici, d'ailleurs, Miss ?
- Mais on s'en contre-fiche de ça, reprit Harry avec véhémence.
- J'ai bien peur que non, ce bureau doit rester sécurisé sous n'importe quelle circonstance. Alors je réitère ma question : comment êtes-vous entrés ?
- On vous dit qu'on n'est pas là po…
- Savez-vous, l'interrompit Dumbledore, tous les papiers et dossiers importants et confidentiels qui se trouvent ici ?
Hermione hocha la tête en jetant un coup d'œil inquiet à Harry. Celui-ci semblait sur le point de perdre le contrôle de lui-même et Dieu seul savait à quel point il pouvait être à fleur de peau lorsqu'il n'avait pas l'occasion de se vider de toute la magie en lui.
- Nous en avons conscience Professeur, mais nous avons vraiment quelque chose d'important à vous dire alors ça devra attendre.
- J'ai bien peur que n…
Harry vit rouge, et ne put s'empêcher d'interrompre le vieillard :
- On est là, on doit vous parler et vous allez nous écouter attentivement. ALORS VOUS, VOUS DEGAGEZ !
Pour cette dernière phrase, il s'était adressé aux tableaux qui se foutaient toujours de lui et avait tellement hurlé contre eux que sa puissance magique s'en retrouva automatiquement déversée. Tous les cadres étaient tombés d'un seul coup et des cris surpris et apeurés étaient parvenus de certains d'entre eux. Bon Dieu, ça faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas fait de véritable magie que celle-ci avait finalement décidé de se manifester maintenant. Il avait ressenti beaucoup de contrariété durant les dernières vingt minutes et le coup des tableaux se tapant une barre sur lui avait fini par l'achever. Il n'avait plus rien contrôlé et Dumbledore le fixait désormais avec de grands yeux.
Bizarrement, il se sentait beaucoup mieux maintenant. Il en déduisit que garder plusieurs semaines une magie beaucoup trop forte et puissante en lui était une mauvaise idée et rendait son comportement nerveux et susceptible. Il nota cette constatation dans un coin de sa tête et tourna la tête vers Hermione, qui le regardait d'un air las et désabusé. Elle était habituée aux crises de nerf d'Harry, et même si celle-ci était particulièrement violente, elle n'eut aucune autre réaction que ce regard avant de se retourner vers Dumbledore. Elle était visiblement arrivée à la même conclusion que lui en justifiant ce débordement par l'abstinence des semaines précédentes.
- C'est mieux, Harry, mais encore quelques instants et ils seraient partis d'eux-mêmes tu sais.
Hermione avait parlé en observant le bazar autour d'elle. Dumbledore était toujours muet et les observait avec une curiosité teintée d'une incompréhension la plus totale. Même s'il ne comprenait pas grand-chose à la situation, il faisait quelques constatations qui étaient bien curieuses. Par exemple, les deux jeunes gens en face de lui se connaissaient depuis beaucoup de temps, peut-être même des années. Ils étaient dans une incroyable harmonie et étaient beaucoup trop familiers entre eux pour ne se connaître que depuis la veille. De plus, la jeune femme n'avait pas semblé étonnée par la magie plus que puissante du garçon, et avait même semblé... Habituée, lassée ? Oui, Albus Dumbledore était véritablement intrigué. Surtout par ce garçon, en réalité. Harry Potter, son petit protégé... Qui n'avait rien de bien petit au fond de lui. C'était presque effrayant.
- Professeur, êtes-vous enclin à nous écouter maintenant ?
- Oui monsieur Potter. Je vous écoute.
Etrangement, il n'avait plus vraiment envie d'insister sur la faille de sécurité évidente du bureau directorial.
- Super, murmura Hermione tout en prenant place sur le siège en cuir en face du bureau de Dumbledore.
Harry la suivit presque instantanément.
- Déjà, je suis désolé pour... ça. Ça fait longtemps que je n'ai pas fait de magie et j'ai l'impression que ça a une influence sur mon comportement... Enfin, là n'est pas la question. Excusez-moi pour les cadres.
- Professeur, continua Hermione, je sais que ce que nous allons vous dire prochainement pourra vous paraître dingue, voire tiré par les cheveux, mais vous devez absolument nous croire.
- Je suis ouvert à absolument tout après ce que je viens de voir, Miss Granger.
- D'accord. Parfait. Harry, je te laisse expliquer...
- Très bien, alors autant y aller directement. Nous sommes des voyageurs dans le temps.
Aucune réaction de la part de Dumbledore, Harry supposa donc qu'il pouvait continuer.
- Nous sommes ici… pour sauver le monde sorcier. Ça fait pompeux et arrogant, mais c'est la pure vérité. Nous venons de mai 1998. Dans notre temps, Voldemort est en train de gagner la Seconde Guerre Sorcière et nous avions une seule chance de changer les choses et de le vaincre : retourner dans le passé. Sauf que ça ne s'est pas passé exactement comme prévu, nous devions être envoyés en septembre 1997 mais nous nous retrouvons... Maintenant.
Dumbledore resta une nouvelle fois muet le temps de quelques instants, assimilant ce qu'Harry venait de lui dire. Hermione se retint de justesse de demander à son ami d'y aller plus doucement pour ne pas que le vieil homme ne fasse un infarctus, mais elle se contenta de garder le silence en prolongeant celui déjà pesant qui s'était installé dans la pièce.
- Voldemort est revenu ?
Sa voix était basse, il ne semblait pas y revenir. Déjà qu'entendre ce nom de la bouche de quelqu'un d'autre que lui-même avait semblé le surprendre, ce qu'il en avait été dit l'avait d'autant plus surpris et tétanisé. Il savait que Voldemort n'était pas bien loin et qu'il reviendrait forcément à un moment ou à un autre, mais il avait pensé être capable de gérer ça d'une façon ou d'une autre et de l'arrêter avant qu'il ne fasse trop de mal autour de lui. Apparemment, ça n'avait pas été le cas et Albus Dumbledore était déçu de lui-même. Il avait, encore une fois, apparemment, laissé la communauté sorcière se faire dominer par ce sang-mêlé complètement taré.
- Oui.
- Et vous avez... (il s'arrêta une petite seconde pour faire le calcul) 18 ans ?
- J'ai 17 ans et Hermione en a 18, en effet.
Son regard se perdit sur le visage des deux enfants et il dut s'appuyer contre le dossier de sa chaise pour se remettre de ses émotions. Il lia ses doigts et les tapota à une vitesse folle, qui devait également être celle à laquelle ses pensées défilaient. Harry sut à son expression que le sorcier essayait de remettre les choses dans l'ordre et d'en deviner d'autres, et qu'il allait très prochainement demander des renseignements supplémentaires pour finir son puzzle mental.
- Dites m'en plus.
- Voldemort est invincible et nous ne savons pas pourquoi, engagea Harry. Nous n'avons absolument rien trouvé qui puisse le justifier.
- Comment pouvez-vous être certain qu'il l'est ?
- J'ai réussi à l'atteindre de l'Avada Kedavra à plusieurs reprises mais ça ne faisait que le ralentir, et à peine.
Dumbledore fit abstraction du fait que ce petit garçon de 11 ans – ou 17 ans, ce n'était pas si éloigné – avait réussi à atteindre plusieurs fois le grand Mage Noir du sortilège de la mort.
- Et en quoi revenir dans le passé pouvait changer cet état de fait ?
- Il y a quelques mois, j'ai eu une vision de Voldemort et il s'avère que celui-ci possède un Gardien des Secrets pour pouvoir le garder à jamais, enfin, vous savez comme ça fonctionne. Ce Gardien s'appelle Draco Malfoy, il est dans la même année que nous. Notre mission était de revenir au début de notre septième année pour qu'on puisse gagner sa confiance au fur et à mesure jusqu'à ce qu'il nous confie le secret, mais le rituel s'est détraqué.
- Était-ce le rituel de l'Alibi ?
- En effet.
- C'est un très puissant sortilège, pour ne pas dire le plus dangereux.
- C'est vous, professeur, qui nous avez donné l'idée de le faire et qui avez mené à 'bien' la mission.
- Ce doit être une catastrophe dans votre temps pour que j'ai recours à une telle chose.
- Comme on vous l'a expliqué, commença Hermione, c'est très loin d'être joyeux. Voldemort est en train de gagner et l'Ordre du Phénix s'est fait anéantir. Les élèves de Poudlard se sont fait terrasser, la plupart des Serpentard ont rejoint les Mangemorts et il n'y a quasiment aucune faille dans leurs rangs.
C'était tellement étrange de voir des enfants de 11 ans parler aussi gravement.
- Et si nous ne faisons rien... Notre futur sera ainsi. N'est-ce pas ?
- Oui, répondirent en chœur les deux élèves.
Le vieil homme observa ces deux jeunes gens bien curieusement. Au fond de lui, il avait su en les voyant qu'ils n'étaient pas comme les autres. Il avait vu un regard trop usé et une expression trop froide et calculatrice sur chacun des deux visages, il s'était d'ailleurs demandé si la famille Dursley avait battu Harry sous le nez de Mrs Figgs sans qu'elle ne s'en aperçoive, s'était renseigné sur la famille Granger pour savoir si ils étaient particuliers eux aussi... Mais il n'avait rien trouvé et Arabella Figgs avait certifié qu'il ne se passait pas une telle chose chez les Dursley. Albus l'avait cru et n'y avait plus pensé.
- D'accord. Avez-vous autre chose à me dire ? Le banquet va bientôt commencer et je me dois d'être présent à l'heure.
- En effet, professeur, j'aimerais vous parler du choix de ma maison. Je dois être transféré à Gryffondor.
Harry avait annoncé ça de but en blanc, ne voyant pas pourquoi il aurait tourné autour du pot plus longtemps. Il avait un objectif et était bien décidé à l'atteindre. Dumbledore lui fit un petit sourire en coin et le regarda fixement à travers ses lunettes en demi-lune.
- Je crois bien que ça va être impossible, mon cher.
- Ne soyez pas ridicule, vous êtes le directeur. Vous pouvez tout faire.
- Ce serait aller à l'encontre des lois de l'école.
- On s'en fiche.
Dumbledore inspira longuement.
- Non, monsieur Potter, on ne s'en fiche pas. Que se passerait-il si vous veniez à changer de maison ? Des élèves de Poufsouffle viendraient me voir pour une maison ayant 'plus de caractère', vu que tout le monde critique cette maison injustement. Certains Serpentard viendraient me voir parce qu'ils ne veulent pas que leur famille les renie à cause des stéréotypes qu'il y a sur celle-ci. Des Serdaigle viendraient me voir en proclamant « Mais je suis courageux, mettez-moi à Gryffondor ! ». Et l'équilibre entre les maisons se retrouverait complètement anéanti avec des élèves n'ayant rien à faire dans certaines. La Cérémonie de Répartition n'aurait plus aucune valeur.
- Vous n'aurez qu'à refuser, ce n'est pas un problème.
- Je ne peux pas accepter pour une personne et le refuser pour d'autres.
- Si, vous le pouvez quand un voyageur dans le temps vous dit que ça pourrait être catastrophique s'il n'y était pas.
- Et pourquoi voulez-vous aller dans cette maison, monsieur Potter ?
- Parce que c'était ma précédente et que j'ai passé 7 ans là-bas.
- Et on voit très bien où ça vous a emmené. Une guerre. Ne voulez-vous pas changer cela ?
- Je veux détruire Voldemort une bonne fois pour toute et je ne...
- Faites-le depuis Serpentard. Vous y arriverez sans aucun problème, si je vous ai envoyé tous les deux ici c'est que vous devez être mes meilleurs atouts.
- Nous ne sommes pas vos atouts, professeur, réagit Hermione. Vous n'êtes pas le commandant de cette guerre, Harry l'est. S'il vous demande quelque chose, vous le faites. C'est comme ça.
- Miss Granger, je ne suis peut-être pas encore le commandant d'une guerre encore inexistante mais en attendant, je suis le directeur d'une école et tout ceci n'ayant pas encore eu lieu, je me dois d'agir en conséquence. Votre changement de maison est refusé. Et je vais vous demander de quitter mon bureau et de retourner dans vos salles communes avant le banquet.
Harry était furieux en quittant le pièce et Hermione le savait. Elle aussi été énervée. Elle n'avait jamais réellement porté Dumbledore dans son cœur, le voyant simplement comme un directeur un peu trop influant sur Harry, et le voir agir aussi stupidement l'agaçait. Même si elle était du même avis que lui et pensait qu'Harry pourrait très bien réussir la mission depuis les Serpentard, il y avait des façons plus appropriées de parler à deux personnes sortant tout juste d'une guerre et voulant changer les choses. Il ne pouvait pas juste balancer une excuse d'ordre administratif pour justifier de mettre en péril leur mission, c'était stupide.
- Calme-toi, Harry, un peu plus et on pourrait voir ta magie crépiter autour de toi.
- Ce gars n'a jamais été aussi con !
- Je sais. Mais je pense comme lui dans le fond. Tu peux y arriver, je te soutiendrai.
Harry ne répondit pas et se contenta de marcher en direction des cachots, sans faire attention à Hermione qui devait prendre le couloir opposé pour pouvoir monter à la Tour Gryffondor. Ils ne se saluèrent pas et Hermione resta quelques secondes à observer le garçon marcher pour finalement voir sa silhouette disparaître dans une intersection. Elle soupira. Elle ne savait pas comment allaient se dérouler les prochaines années, mais tout ce qu'elle savait était que ça n'allait pas être de tout repos.
Et voilà la fin du chapitre 4, j'espère qu'il vous aura plu. En tout cas, moi je me suis bien amusée à l'écrire x)
Dans ce chapitre, on a un Harry plus nerveux que d'habitude mais il faut le comprendre, conserver une magie aussi puissante dans un si petit corps peut rendre dingue :P
Même si dans le fond il y a très peu d'action dans ce chapitre, c'était LE chapitre qui allait débloquer l'histoire. Maintenant, on va pouvoir en finir rapidement avec la première année. Peut-être encore 3 chapitres. Ou 4, ça dépendra. Ce chapitre était indispensable pour qu'on approfondisse un peu plus le personnage d'Hermione (qui a une foi incroyable en Harry), qu'on découvre un peu Theodore, même Malfoy qui est pourtant quasiment inexistant dans ce chapitre x) Bref, maintenant on sait qu'Harry restera à Serpentard durant sa scolarité, qu'il va devoir se la jouer froid avec ses camarades et qu'il va souvent péter des plombs à cause du manque de contrôle qu'il a sur sa magie. J'adore ça.
Je n'ai pas encore eu l'occasion de répondre aux reviews du chapitre précédent – problème internet, tout ça tout ça quoi – et j'en suis désolée, mais sachez qu'elles m'ont toute fait énormément plaisir. Donc merci du fond du cœur !
Love x
