Surprise... Je suis toujours en vie ! Et tellement désolée pour l'attente, d'ailleurs. J'ai eu énormément d'épreuves ces derniers jours et les révisions m'ont pris tout mon temps. Comme je fais passer mes études avant l'écriture, je ne peux que poster ce chapitre maintenant... Donc encore désolée et j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop aha. Je sais pas si je pourrai poster la semaine prochaine, mais d'ici deux semaines je pourrai retrouver un rythme normal et régulier, c'est sûr et certain étant donné que je serai en vacances et que je laisserai tomber complètement les cours pour quelques semaines de repos chez mon père à la campagne x)

Donc voilà, sans trop raconter ma vie, voici le sixième chapitre de cette fic qui j'espère vous plaira. Toujours un peu plus long pour me faire une nouvelle fois pardonner de l'absence prolongée, j'espère que ça suffira x)

On est déjà en décembre, ça avance petit à petit :) Je vous jure, ça me fend le cœur de devoir passer sur trois mois comme ça... Mais c'est obligé, je peux pas faire jour par jour ce serait pas humain x)

Bonne lecture !

Dans le chapitre 5 : Cours de potion avec Rogue durant lequel Harry va se faire un plaisir de répondre à toutes les questions posées. Harry tentera également de se rapprocher un peu de Ron.


CHAPITRE 6

Harry grogna en se frottant la nuque, étirant ses muscles douloureux tout en se redressant difficilement de son lit.

Bien qu'il fasse des nuits de plus en plus longues au fil des semaines, son agitation inconsciente faisait qu'il se retrouvait souvent dans des positions improbables qui lui occasionnaient des raideurs pas possibles dans tout le corps.

Harry tâtonna grossièrement sa table de chevet dans le but de trouver ses lunettes, les positionnant machinalement sur son nez une fois que ce fut fait. La vision soudain plus claire, il détailla le sapin décoré sobrement qui était apparu durant la nuit et le fixa quelques secondes, appréciant la simplicité distinguée de l'arbuste. S'il ne s'était pas souvenu de la date, la nouvelle décoration de son dortoir aurait été suffisante pour qu'il s'en rappelle : c'était le premier décembre, les fêtes approchaient à grands pas ainsi que les vacances de Noël et Harry soupira longuement en pensant à la pile de devoirs qui allait arriver avec. Il savait que ça allait être plutôt simple – en même temps, comment ça aurait pu ne pas l'être pour lui ? – mais quarante centimètres de parchemin ne s'écrivaient malheureusement pas tout seul, surtout en Métamorphose.

Harry passa la main dans ses cheveux tout en sortant de son lit, retenant une plainte face à la douleur liée à ses membres crispés. Il tira un des longs tiroirs se trouvant sous son baldaquin et attrapa une simple chemise blanche, un pantalon noir, sa robe de sorcier et sa cravate verte et argentée obligatoire à sa tenue. Il se dirigea ensuite vers la salle de bain d'un pas lent sans jeter un seul regard vers ses camarades de maison encore endormis, décidant d'aller prendre une douche pour se détendre les muscles et bien commencer la journée.

Aujourd'hui, Harry avait cours de Botanique, de Défense contre les Forces du Mal, d'Histoire de la Magie, de vol et d'Astronomie à partir de 18h – et dans cet ordre-là. On était jeudi et cette journée s'annonçait des plus basiques, ce qui n'était d'ailleurs pas pour lui déplaire. Ça faisait bien longtemps que sa vie avait beaucoup trop de surprises pour lui et cette monotonie s'étant installée au cours des dernières semaines lui faisait un bien fou.

Durant ces trois mois, la vie avait été particulièrement simple et il s'en était retrouvé éberlué au départ. Après tout, il était Harry Potter, aimant à emmerdes de 1m70 (du moins, avant) connu pour son abonnement aux situations dangereuses et gênantes mettant souvent, par la même occasion, en péril le monde sorcier et la vie de ses amis... Mais là, rien du tout. Il savait parfaitement ce qui l'attendait en fin d'année et n'avait pas besoin d'enquêter toute l'année sur Nicolas Flamel ou de mettre toute son énergie à trouver des preuves contre Rogue dans le but de lui faire porter le chapeau pour la Pierre Philosophale. Il n'aurait pas à faire des courses poursuites avec Rusard sous sa future cape d'invisibilité qu'il recevrait à Noël et n'avait eu jusque-là aucun point d'enlevé à sa maison, ce qui laissait de loin les Serpentard en tête. Non, il suivait ses cours comme tout le monde, gérait sa nouvelle vie à Poudlard comme tout le monde, vivait comme tout le monde. Même s'il était connu pour être un enfant aussi désagréable qu'intelligent, on le laissait un peu tranquille et c'était plus que bienvenue. C'était la première fois qu'il vivait une année assez normale. Il aurait pensé avoir des problèmes conséquents à cause de ses nouveaux camarades de maison, mais seul Nott avait été un peu agressif envers lui pour des raisons quelque peu obscures – or, il pouvait parfaitement gérer Nott et faire en sorte que celui-ci n'entache en rien sa tranquillité. Sa vie était donc étonnement calme et il ne pouvait qu'admettre qu'Hermione avait eu raison, avant leur entretien avec Dumbledore. Il avait cette vie paisible qu'il n'avait jamais connue avec les Gryffondor et c'était revigorant, apaisant, même si c'était très perturbant que cette tranquillité soit offerte par la maison Serpentard.

Bien qu'il n'y soit pas 100% à l'aise, il s'y sentait étonnement à sa place. Même si ça ne l'enchantait pas plus que ça de faire partie des Serpentard et d'être mis dans le même lot qu'eux, c'était l'endroit le plus adapté pour lui et ces semaines lui avaient permis de s'en rendre compte et de tout simplement accepter. Alors certes, ça signifiait qu'il ne pouvait parler à Hermione que par bribes et que Ron ne faisait plus partie de son quotidien, mais il avait accepté ça, aussi. Avec plus de difficulté, évidemment, mais c'était venu. Il s'était consolé en se disant qu'il pourrait les voir en cours et durant les pauses et que ce n'était pas une fatalité : sa maison ne dictait en rien le choix de ses amis.

En somme, Harry aimait sa vie actuelle. Il avait des notes excellentes en cours, personne ne venait l'emmerder plus que de mesure et il goûtait enfin à cette solitude tant désirée depuis quelques temps.

Ces trois mois lui avaient permis de déverser tout le superflu de magie en lui suite à pas mal d'heures dans la Salle sur Demande, lui redonnant son caractère impassible qui lui avait permis de rester en vie si longtemps en temps de guerre, et il ne faisait plus rien de stupide ou de spontané comme il avait pu le faire en début d'année avec Dumbledore ou Rogue. Il n'y avait plus de crises de colère, plus de déversements involontaires de magie. Plus de cadres volant à la moindre contrariété, plus de changements d'humeur incontrôlés. Rien ne pouvait le contrarier au point de lui faire perdre son calme légendaire – même Quirrell ne suffisait pas, alors qu'il avait connaissance du monstre que son turban abritait derrière sa tête.

De plus, remarquer que son principal problème n'en était plus un le rassurait énormément. En début d'année, sa répartition à Serpentard lui avait fait douter de la réussite de sa mission s'il venait à s'attacher à quelques-uns d'entre eux, mais la solution s'était imposée d'elle-même : il ne leur parlait tout simplement pas. Il voyait parfaitement que les autres élèves de Serpentard commençaient à tisser de réels liens entre eux, mais il n'avait pas envie d'en faire partie et c'était presque naturel qu'il reste en retrait sur un fauteuil alors que tout le monde était assis ensemble dans la salle commune ou qu'il se taise durant les conversations se déroulant à table. Le seul à qui il daignait adresser la parole était Zabini, et encore, on ne pouvait pas dire que leurs conversations soient vraiment fréquentes étant donné que les deux garçons étaient très calmes, studieux et discrets. Il y avait également Bulstrode qui entrait dans les bonnes grâces d'Harry, mais là encore, tout était dans la retenue. La jeune fille, bien que naturellement plus bavarde que son camarade, s'était retenue de jacasser devant Harry à la seconde où elle avait compris que ça l'agaçait. Au moins, elle était perspicace et le garçon appréciait ça.

Harry sortit de la salle de bain et pénétra de nouveau dans la chambre une fois habillé de son uniforme à l'effigie de sa maison. Zabini était réveillé également et le garçon à lunettes le salua d'un signe de tête, jetant la serviette qu'il frottait précédemment dans ses cheveux sur ses draps.

- Bien dormi, Harry ?

Sa voix n'était qu'un murmure, certainement dans le but de ne pas réveiller les autres. Harry acquiesça de nouveau et Zabini lui fit un demi-sourire avant de se diriger vers la salle de bain ses affaires en main. C'était une petite routine matinale qu'ils avaient instaurée inconsciemment.

Le garçon jeta un coup d'œil à son réveil distraitement : 6h55. Plus que 5 minutes et la Grande Salle serait ouverte pour le petit-déjeuner. Harry fit un geste de la main que les endormis ne purent voir dans le but de faire magiquement son lit et plier la serviette, et partit de la chambre les mains dans les poches après avoir passé sa baguette dans sa ceinture. Il aurait bien le temps pour revenir prendre son sac : les cours ne commençaient qu'à 9h à Poudlard et il avait une marge énorme. Étant donné qu'il mettait environ une trentaine de minutes pour prendre son petit-déjeuner et faire acte de présence dans la Grande Salle, il serait de retour vers 7h40 dans sa salle commune et pourrait finir ses devoirs durant l'heure lui restant avec Zabini. C'était toute une organisation.

Harry fut un des premiers assis dans le réfectoire, quelques élèves de sixième et septième années de diverses maisons également présents pour réviser un peu ou finir des devoirs en mangeant pour ne pas perdre de temps. Il se servit du chocolat chaud et se coupa une part de cheesecake distraitement, observant les petits groupes d'élèves matinaux entrer au fur et à mesure dans la salle. Tracey Davis fut la deuxième Serpentard de première année à leur table, et Zabini les rejoignit bien assez vite une vingtaine de minutes plus tard pour se placer en face d'Harry, ignorant totalement Davis. Le garçon lui fit un nouveau signe de tête.

- Tu manges au parc aujourd'hui ? Demanda-t-il en prenant un pain au chocolat d'une pince juste après s'être assis.

Et quand il disait parc, il entendait bien évidemment par-là « avec les Gryffondor ».

- Non, je mange ici.

- Pourquoi ça ?

- J'ai pas envie de trop d'agitation aujourd'hui.

Zabini arqua un sourcil interrogateur, comme s'il voulait en savoir plus sur cet argument qui ne tenait pas vraiment la route.

- Puis, je vois parfaitement que je les gêne un peu, conclut-il finalement.

- Ah ?

Harry fit un demi-sourire en haussant des épaules, comme si ce qu'il disait relevait d'une évidence irréfutable.

- On ne peut pas dire que je sois de la plus agréable des compagnies.

- Ils te l'auraient dit depuis bien longtemps si tu les gênais réellement.

- Ils font des efforts étant donné que je suis l'ami de Ron et Hermione, c'est tout.

- Il s'agit des Gryffondor et ils n'ont aucun tact, tout le monde sait ça. Je t'assure qu'ils te l'auraient dit.

- Ils ne veulent pas blesser Ron et Hermione, répéta Harry plus durement.

Zabini haussa à son tour des épaules et Harry soupira longuement. Il mangeait maintenant lentement son cheesecake tout en observant les visages des personnes présentes tour à tour autour de lui, ne sachant pas vraiment quoi dire après avoir mis si brutalement fin à cette conversation. Le basané semblait réfléchir tout en tournant sa cuillère dans son chocolat chaud, le fixant jusqu'au point de mettre Harry mal à l'aise, et trouva visiblement la réponse à ses questionnements au moment où son regard rencontra le front du Survivant.

- Peut-être que tu les gênes, en effet, concéda-t-il finalement, mais le fait que tu sois Harry Potter change tout pour eux.

- Merci beaucoup, c'est absolument ce que j'avais besoin d'entendre.

- Pas mal d'entre eux sont de réels moutons, continua Zabini sans faire attention à la réflexion ironique d'Harry. Pas tous, mais pas mal quand même. Désolé de te dire ça, mais ça fait toujours bien pour un Gryffondor d'avoir Celui-Qui-A-Survécu dans ses amis.

Harry lui jeta un regard noir mais ne répondit pas à la réplique du garçon. Avant, ce genre de réflexion aurait plus eu tendance à l'énerver qu'autre chose étant donné que c'était de ses amis dont on parlait, mais Harry savait parfaitement que c'était la vérité et il garda le silence pour cette raison. Il n'avait rien à dire pour la défense des camarades de son ancienne maison et ne voulait pas les enfoncer encore plus.

Après tout, quand il avait proclamé le retour de Voldemort en cinquième année, seuls Ron, Hermione et Luna avaient été de son côté sans jamais faillir. Pour les autres, ils avaient tous douté de lui à un moment ou à un autre, remettant en question une amitié de cinq ans pour une opinion publique et le torchon qu'était La Gazette du Sorcier. Quand le monde sorcier n'avait plus cru en Harry Potter, ses 'amis' non plus et c'était toujours resté en travers de la gorge d'Harry, même si ça s'était rapidement arrangé avec la création l'AD.

Il haussa des épaules.

- Ouais. C'est triste.

Zabini l'observa quelques secondes, sa tasse en l'air avant de la porter à ses lèvres.

- Mais, jusque-là, leur comportement ne t'a pas dérangé, alors pourquoi maintenant c'est un obstacle entre toi et tes amis ?

- Ce n'est pas un obstacle, mais tu sais pertinemment que le bavardage inutile et incessant m'énerve pas mal. J'ai juste la flemme de faire moi aussi des efforts aujourd'hui. Ça va épargner tout le monde.

- Et pour Weasley et Granger ?

- Je les verrai à un autre moment, c'est pas grave.

- Si tu le dis.

Et ils se turent après ça, finissant leur petit-déjeuner dans un silence paisible alors que la Grande Salle se remplissait peu à peu.


Harry se dirigeait vers le réfectoire en compagnie de ses deux amis, Hermione récitant frénétiquement les ingrédients de la potion d'Amortentia sur laquelle Slughorn allait les interroger aujourd'hui et Ron comptant une chose inconnue sur ses doigts. Ils étaient en train de descendre les derniers escaliers du château pour aller prendre leur petit-déjeuner, Hermione les ayant réveillés plus tôt pour pouvoir réviser les contrôles qui allaient arriver dans la semaine à la bibliothèque.

- Il reste 17 jours avant les vacances, déclara finalement Ron froidement en laissant retomber ses mains.

Harry soupira longuement en tournant la tête vers son meilleur ami, ne pouvant s'empêcher de faire référence à l'événement que chaque vacances amenait depuis maintenant un an :

- Vous pensez que quels Serpentard recevront la marque cette fois-ci ?

- On peut supprimer Malfoy déjà, ricana Ron.

- Pourquoi ça ?

- Les vacances de Noël ne durent que deux semaines... Tu crois que c'est assez pour contenir la fête que va organiser sa famille en l'honneur de leur Mangemort de fils ?

- Un mois complet ne serait pas suffisant pour le célébrer, concéda-t-il.

Hermione se concentra enfin sur la conversation de ses deux amis et leur lança un regard plus que noir suite à ça, serrant la bandoulière de son sac en pinçant ses lèvres.

- Nous n'avons pas à rire de ce genre de chose.

- C'est bon Hermione.

- Non, ce n'est pas bon. C'est une véritable catastrophe.

- On s'en fou. Ce n'est pas comme s'ils allaient avoir de l'importance dans la guerre qui se prépare.

- Ils sont tous inutiles et complètement stupides, renchérit Ron en acquiesçant.

- C'est faux ! Chaque personne est importante. Qui nous dit que ce n'est pas l'un d'entre eux qui va faire basculer la balance de leur côté ? De plus, certains ne sont absolument pas stupides. Vous croyez vraiment que Malfoy est débile ? Il est toujours deuxième et me dépasse même dans certaines matières. Même si c'est un véritable gamin imbu de lui-même, on ne peut pas lui enlever ça. Zabini, lui, est juste complètement désintéressé des cours mais est réellement intelligent, c'est flagrant. C'est un stratège, il faut juste voir sa facilité en Défense contre les Forces du Mal sans qu'il ne fasse rien pour ça. Sans oublier Parkinson, qui a une réelle facilité pour l'Astronomie.

- Tous les autres sont quand même idiots. Et Parkinson sait juste réciter le nom des étoiles, il n'y a rien de fou là-dedans.

- Ron.

- Ma question restait néanmoins sérieuse, interrompit Harry avant que son ami n'ait pu riposter. Vous pensez que quels Serpentard seront marqués ?

Hermione scruta un point fixe dans la salle tandis que Ron haussait des épaules, marchant toujours vers leur partie vide du banc. Il n'y avait pas grand monde dans la Grande Salle étant donné qu'il était encore assez tôt et que personne de la maison rouge et or n'avait eu l'idée de venir à cette heure-ci. Hermione inspira profondément et tous s'assirent en même temps autour de la table déjà garnie.

- Goyle, si ce n'est pas déjà fait, et Nott. J'ai entendu dire par Tonks que la famille Nott prévoyait un véritable regroupement à leur maison, répondit la jeune femme.

- Ils n'ont même plus honte de se montrer...

- Porter la marque est devenu tendance apparemment, grommela Ron tout en se servant du chocolat chaud.

- Je ne dirais pas tendance, non... mais c'est devenu une fierté. Les gens sont fiers de suivre Voldemort et c'est catastrophique. Regarde Millicent Bulstrode, par exemple. Elle est pire que Parkinson depuis qu'elle est marquée.

- Je ne comprendrai jamais pourquoi Voldemort s'est encombré de cette fille, répondit Harry. Elle n'est ni intelligente, ni particulièrement douée.

- Elle est docile et justement, un peu bête. C'est parfait pour Voldemort, elle est influençable et pourra influencer d'autres personnes également.

Tous restèrent silencieux le temps de quelques secondes suite aux paroles de Ron. Harry en profita pour enlever ses lunettes et se frotter les yeux, tentant de se réveiller par la même occasion. Il était épuisé par tout ça.

- Puis, reprit Hermione, il ne faut pas oublier que ça en fait une en moins dans notre camp. La majorité numérique compte dans certains cas.

- Bulstrode n'est pas une énorme perte.

- Mais c'est une perte quand même.

- Elle fera sans doute partie des premières victimes, de toute façon. Voldemort ne risquerait pas de sacrifier ses plus fervents et anciens serviteurs pour sauver la nouvelle génération, surtout s'il n'y a que le genre de Bulstrode ou Goyle dans ses rangs.

- Je ne sais pas. Peut-être qu'il souhaite offrir une jeunesse nouvelle à ses Mangemorts ?

- Les gars, marmonna Ron en faisant les gros yeux.

Harry se retint de rajouter quoi que ce soit et observa Ron quelques secondes avant de comprendre qu'il était censé tourner la tête pour voir ce que le roux scrutait avec tant d'insistance. Il avala difficilement son morceau de tarte aux pommes en se rendant compte que Zabini s'approchait de leur table les mains dans les poches, un air plus qu'agacé sur le visage, et tourna ensuite les yeux vers Hermione assise à côté de lui qui fermait les yeux d'un air las. Peut-être qu'ils n'avaient pas parlé plus fort que ça, mais dans une salle quasiment vide, il était aisé de se faire entendre.

- Excusez-moi ?

Zabini venait d'arriver à leur table et les dominait de toute sa hauteur, les regardant comme s'ils n'étaient que de misérables insectes. D'apparence plutôt dure, il conservait tout de même une voix calme et mesurée qui ne mettait absolument pas les gens à l'aise.

- Qu'est-ce que tu veux, Zabini ?

- Vous voyez, étant le plus pacifiste des Serpentard, je me suis dit que je pourrais peut-être vous fa...

- Nous faire chier de bon matin avec du babillage inutile ? Viens en aux faits, qu'est-ce que tu veux vraiment ? Appuya de nouveau Ron en coupant le garçon.

Zabini ne releva pas, se contentant de faire un sourire forcé qui n'atteignit pas ses yeux. Harry jeta un coup d'œil derrière lui et remarqua que les sœurs Carrow, Tracey Davis, Theodore Nott et Vincent Crabbe étaient eux aussi attablés pour le petit-déjeuner et observaient ce qui se déroulait en face d'eux avec attention.

- Que vous arrêtiez de parler de ma petite-amie ainsi. Elle ne vous a rien fait personnellement et ses choix politiques ne vous regardent en rien, elle fait absolument ce qu'elle veut.

- Si elle a le droit de se la jouer petite Mangemort tranquillement, on peut aussi avoir une conversation en paix.

- Si vous voulez parler d'elle, évitez quand même de le faire aussi fort et devant son copain. C'est connu que les Gryffondor n'ont aucun savoir vivre, mais essayez de ne pas tomber dans le ridicule.

- Nous ne faisons qu'énoncer des faits, argumenta Hermione en ouvrant la bouche pour la première fois. Nous ne critiquons pas, nous discutons simplement. Si c'est si insupportable pour vous six, vous pouvez avoir vos propres conversations et ne pas écouter celles des autres.

- Vous parlez tellement fort que toutes les personnes présentes sont obligées de savoir de quoi vous discutez, si c'est le terme que vous voulez employer. Or, votre sujet étant Millicent, j'aimerais que vous arrêtiez immédiatement.

- Et bien, désolé pour Millicent, se moqua Harry en parlant également pour la première fois, mais elle a fait ses choix et elle n'a qu'à assumer maintenant. Tu as fait le tiens de sortir avec, tu assumes également, ce n'est pas bien compliqué.

- Vous êtes de véritables cons. Vous n'avez aucune éducation.

- De la part d'un Mangemort en herbe, c'est assez ironique.

Zabini fixa Harry durement le temps de quelques secondes, avant de simplement se détourner et sortir de la Grande Salle en laissant ses amis derrière lui. Nott se dépêcha de se lever de son banc et de courir après Zabini sans oublier de prendre quelques mini-viennoiseries dans une serviette, tandis que les trois autres Serpentard de sixième année fixaient d'un œil mauvais les trois Gryffondor qui le leur rendaient bien.


Le cours d'Histoire de la Magie venait de prendre fin et le professeur Binns avait finalement quitté la salle par le mur blanc dès que la sonnerie avait retenti. Les élèves de Serdaigle et Serpentard qui avaient partagé ce cours se dirigeaient maintenant vers le parc de Poudlard pour assister aux leçons de vol de Madame Bibine, marchant d'un pas rapide étant donné qu'absolument tout le monde attendait toujours le vol avec impatience. Sans attendre les deux autres maisons qui avaient certainement cours dans une salle plus élevée du château, le petit groupe se dirigea vers les vestiaires différents et chaque élève enfila sa tenue de sport à l'effigie de sa maison. Le local à balais pour prendre les Brossdur 5 fournis par l'école à la classe des premières années fut leur prochaine destination et Harry fut le premier à se trouver sur le terrain de Quidditch, attendant patiemment que Madame Bibine fasse son apparition.

Aujourd'hui était la première fois qu'ils allaient jouer à une véritable partie de Quidditch et Harry en était plus qu'excité. Finie la théorie, finis les petits exercices ridicules pour être certain qu'ils ne tomberaient pas de leur balai une fois dans le jeu : ils allaient enfin voler et c'était une chose plus que magique pour Harry. Il n'avait pas réellement volé depuis des mois maintenant et il mentirait en affirmant que ça ne lui manquait pas. Ce frisson dès qu'il quittait le sol, cette excitation durant un match, cette adrénaline quand il effectuait des figures dangereuses, cette satisfaction quand il voyait le Vif d'Or et réussissait à l'attraper... Oui, ça lui manquait vraiment.

Son intégration à l'équipe de Gryffondor n'avait toujours été due qu'à son interaction avec Malfoy et étant donné que celle-ci n'avait jamais eu lieu cette année (Harry avait tout simplement ramassé le Rapeltout et l'avait mis dans sa poche avant que Malfoy ne l'ait touché), il n'avait pas eu la chance de faire ses preuves au cours des petits exercices de base que donnait leur professeur de vol. Puis, même si cette interaction avait eu lieu, qui aurait dit qu'il se retrouverait pris dans l'équipe de sa maison ? En le voyant, on se doutait qu'il avait certaines facilités, mais pas au point de le faire intégrer une équipe dès sa première année et il n'avait pas la prétention de demander une place. De plus, jouer pour les Serpentard était une chose qui ne l'enchantait pas plus que ça, même s'il savait qu'il n'aurait pas vraiment le choix quand il passerait les tests d'intégration l'année suivante.

Harry posa sagement son balai devant lui et laissa les autres élèves s'installer dans un léger brouhaha à ses côtés. Tout le monde arriva rapidement par la suite et Madame Bibine fut présente dès que la sonnerie eut résonné une nouvelle fois, son éternel sifflet autour du cou. Ses yeux jaunes les scrutèrent tous un par un et Harry se balança d'une jambe à l'autre, toujours mis aussi mal à l'aise par ce regard perçant.

- Bonjour les enfants. Comme vous le savez tous, il s'agit aujourd'hui de votre premier match de Quidditch et j'espère sincèrement que ça se passera dans la plus grande des maturités. Vous n'êtes plus des bébés et si je vous fais jouer aujourd'hui, c'est pour vous récompenser de votre comportement exemplaire tout au long de l'année... alors ne gâchez pas cette image que j'ai de vous durant le jeu, ou vous resterez à terre jusqu'à la fin de votre scolarité si c'est le cas. Clair ?

Tous hochèrent la tête rapidement et se placèrent naturellement du côté droit de leur balai pour pouvoir le faire venir en main d'un « Debout ! » ridicule sur lequel ils s'entraînaient depuis le début de l'année.

Harry n'avait jamais vécu ce match de Quidditch avec tous les autres (tout simplement parce que de son temps, l'interaction entre Malfoy et lui en début d'année avait été suffisante pour qu'ils ne soient jamais « récompensés pour leur bonne conduite ») et avait hâte de voir ce que ça allait donner.

- Mais avant tout, reprit la voix claire de la vieille dame, est-ce que quelqu'un peut me rappeler combien y a-t-il de balles au Quidditch ? Ernie, à toi.

- Quatre, Madame.

- Quelqu'un d'autre pour me citer leur nom ? Oui, Susan ?

- Il y a le Souaffle, les Cognards et le Vif d'Or.

- Bien. Un ou une volontaire pour me rappeler le rôle de chaque joueur dans une équipe ? Seamus, je t'en prie.

- Les deux batteurs sont là pour contrôler les Cognards, dans le but que ceux-ci n'entrent pas en collision avec d'autres joueurs. Il y a également trois poursuiveurs, qui sont là pour rentrer le Souaffle dans les anneaux, le gardien, pour protéger nos buts, et l'attrapeur, qui met fin au match en attrapant le Vif d'Or.

- Très bien Seamus, tu n'as pas oublié le gardien cette fois. Il me faut maintenant trois personnes pour me citer au moins une règle fondamentale du Quidditch. Terry, à ton tour. Ce sera ensuite Justin, puis Padma.

Terry Boot releva la tête et fronça des sourcils, comme s'il essayait de se rappeler des fameuses règles au fin fond de sa mémoire. Un coup d'œil à ses côtés indiqua que le reste des Serpentard était indigné par le manque de considération des doigts levés chez eux et Harry inspira profondément.

- Alors, chaque but vaut dix points et la prise du Vif d'Or vaut cent cinquante points.

- En effet, rit la femme aux yeux jaunes, c'est ce qu'il y a de plus fondamental ! Mais quelque chose d'autre, s'il te plaît ?

- Le respect de l'adversaire et du règlement est une chose très importante, gagner sans aucun honneur n'est pas une réelle victoire et... je crois que c'est tout.

- Bon, on va se contenter de ça... Justin, à ton tour.

- A Poudlard, faire tomber manuellement quelqu'un de son balai revient à l'exclusion de la personne responsable pour le reste du match, voire plus si la victime a des blessures graves.

- Qu'entends-tu par manuellement ?

- Et bien, si on pousse la personne de son balai. Les Cognards envoyés ne comptent pas, par contre.

- Parfait, à toi Padma.

« Elle se rappelle qu'on existe cette cruche ou il faut qu'on lui fasse un signe pour lui rendre la mémoire ? » Entendit Harry de la part de Tracey Davis à ses côtés. Il haussa des épaules tout en écoutant la réponse de la sœur de Parvatil.

- Faire tomber le Souaffle par terre ou le faire sortir du terrain est une faute et l'équipe adverse aura le droit de faire tirer un de ses trois poursuiveurs contre le gardien.

- Très bien. A ceux qui ont répondu, je vous rajoute cinq points chacun.

Il entendit quelques soufflements agacés de la part de ses camarades de maison.

- Voici la liste de la répartition des équipes pour aujourd'hui. Préparez-vous, dans dix minutes, chaque équipe affrontera celle que je lui aurai désigné et vous devrez être prêts en haut. Pour l'équipe gagnante de chaque match, trente points seront ajoutés à sa maison.

Les voix des élèves s'élevèrent dès que Madame Bibine commença à distribuer les fiches, et Harry croisa les bras en attendant que la liste des Serpentard soit donnée à une personne de sa maison, restant sagement positionné avec son balai à la main. Il était excité par ce futur match, mais ne laissait rien paraître en conservant un visage impassible et une position qui laissait penser qu'il était totalement indifférent à ce qui se déroulait autour de lui. C'était le seul moyen pour que personne ne pense pouvoir venir s'enthousiasmer avec lui.

Harry vit Hestia Carrow parcourir la feuille des yeux en fronçant des sourcils, ce qui eut le don d'intriguer le garçon toujours immobile. Sa voix s'éleva après quelques secondes.

- C'est une blague là.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda Bulstrode en amorçant un mouvement pour lire la liste par-dessus l'épaule de la jeune Carrow.

- Écoutez ça : pour la première équipe qui va jouer, Crabbe sera l'attrapeur, Pa...

- Hein ? Vincent est l'attrapeur ?

Même Goyle en était étonné.

- Ce n'est pas le pire, attends.

Hestia avala difficilement sa salive et continua sa lecture, tous les Serpentard pendus à ses lèvres.

- Donc Crabbe est l'attrapeur, Zabini, Bulstrode et Goyle seront les poursuiveurs. Parkinson et moi sommes les batteuses et Davis est la gardienne.

Harry fronça ses sourcils à l'entente des noms assignés aux différents postes. Ça n'allait pas du tout.

- Pour la deuxième équipe, Potter, Malfoy et Nott, vous êtes les poursuiveurs. Flora est l'attrapeuse. Zabini et Davis les batteurs et Bulstrode est la gardienne.

Un silence suivit sa déclaration. Tout le monde assimilait les informations données et se rendait compte du degré prononcé de la mauvaise constitution de ces équipes.

- Non mais c'est quoi cette répartition minable ?

C'était Malfoy qui venait de parler et pour une fois, Harry ne trouva rien à rajouter pour le contredire. Aucun n'avait la stature pour le rôle lui ayant été attribué, sauf Millicent qui avait été placée pour la première équipe en poursuiveuse. Mais à quel moment Crabbe avait la morphologie d'un attrapeur ? A quel moment on mettait une fille aux buts ou en batteuse, la faisant jouer deux matchs d'affilés en plus de ça ? Goyle en poursuiveur ? C'était du grand n'importe quoi et Harry savait que Madame Bibine était trop douée en Quidditch pour s'être trompée à ce point dans son jugement. Ça avait été fait exprès et c'était tout. Il en avait la gorge nouée. Décidément, elle ne voulait absolument pas donner de points à cette maison.

- C'est simple, on est les Serpentard. T'as bien remarqué qu'elle a interrogé tout le monde sauf nous juste pour ne pas nous donner de points, répliqua Tracey Davis en levant les yeux au ciel, faisant étrangement écho à ses pensées.

- On s'en fou, on n'a pas besoin des points des cours de vol pour être les premiers pour la coupe, dit Goyle en soupirant.

- Mais c'est totalement injuste quand même, riposta Parkinson en criant un peu. Elle sait parfaitement qu'aucun de nous n'est bon pour le poste qu'elle nous a attribué, elle le fait clairement exprès et c'est dégueulasse.

- Qu'est-ce que tu veux, c'est comme ça. Va falloir qu'on s'habitue, ça va être ainsi pendant sept ans.

La réflexion de Zabini avait jeté un froid sur les Serpentard et tous firent une petite moue, y compris Harry qui trouvait cette histoire bien triste et enfantine. Il n'avait jamais vraiment trop remarqué cette dévalorisation dont étaient victimes les Serpentard avant d'en faire partie, bien trop obnubilé par celle que Rogue exerçait sur les Gryffondor, mais maintenant c'était totalement différent. Bien que le fait qu'il soit Harry Potter et qu'il ait un niveau plus élevé que les autres fassent qu'il soit souvent interrogé, il avait remarqué dès la première semaine de classe que les professeurs favorisaient sans cesse les autres maisons. Par exemple, quand un élève de Poufsouffle et un de Serpentard levaient la main pour une même réponse, ce serait toujours le Poufsouffle qui se ferait interrogé, c'était comme ça et pas autrement et personne ne se posait la moindre question sur l'injustice de cet acte. Quand il y avait trop de bruit en classe, c'était vers les Serpentard que les professeurs se tournaient en premier en sachant pourtant pertinemment qu'ils n'étaient pas du genre à parler en cours. Personne ne remarquait jamais ça mais aujourd'hui, c'était difficile d'y faire abstraction.

Acceptant cependant leur sort, les Serpentard jouant dans la deuxième équipe étaient partis s'installer dans les gradins, balais sous leurs bras et petite mine sur le visage, ne disant un mot pour briser le silence. Flora Carrow, Nott, Malfoy et Harry étaient tendus au possible lorsque le match commença et qu'ils virent leur équipe se faire écraser par celle des Serdaigle, clairement mieux constituée que la leur. 30 à 190, ça faisait très mal. Leur honneur était particulièrement touché et Harry ne pouvait s'empêcher de ressentir une réelle colère envers Madame Bibine, qu'il avait pourtant toujours admiré durant ses années d'étude.

D'un coup d'œil, Harry remarqua que l'équipe des Gryffondor avait gagné contre les Poufsouffle, ce qui signifiait que les Serpentard et les Poufsouffle joueraient ensemble au prochain match. Ça allait être comique, Harry ne savait absolument pas ce qu'il valait en Poursuiveur, et, étonnement, n'avait pas envie de le savoir.

Leur tour arriva rapidement et ils s'envolèrent directement depuis les tribunes, ne faisant attention aux réprimandes de leur professeur de vol qui regardait d'un œil désapprobateur leur envolé. Il savait que Malfoy était à l'aise en volant, mais il fut étonné de voir que Nott était aussi capable de tenir sereinement aussi haut sur son balai. Chacun se positionna à la place initiale qu'imposait leur rôle, et Harry observa Susan Bones, la poursuiveuse de l'équipe adverse, se mettre en face de lui. Il se contenta de la regarder jusqu'à ce que leur professeur siffle le début de match, et commença son avancée vers les Poufsouffle qui avaient étonnement attrapé le Souaffle arrivé totalement hasardeusement dans leurs mains.

Malfoy réussit cependant à rattraper le Souaffle des mains de Finch-Fletchey, et l'envoya directement à Nott alors qu'il commençait à se faire suivre par les poursuiveurs adverses, permettant au Serpentard de se diriger vers les buts rapidement. Harry suivit la trajectoire des yeux, estimant que ça ne servait à rien qu'il suive Nott pour une quelconque passe étant donné que celui-ci était seul, et observa le garçon rater monumentalement son but sans raison apparente. Le gardien de Poufsouffle n'avait pas touché la balle, il était bien trop nul pour empêcher la moindre balle de passer, mais c'était clair que Nott ne savait absolument pas viser ou qu'il avait besoin de lunettes. « Génial » ne put s'empêcher de souffler de façon lasse Harry alors qu'il dirigeait son balai vers Bones qui avait fait la remise en jeu précédemment. Il réussit à la rattraper rapidement, et intercepta une passe avec Finch-Fletchey avant d'esquiver chaque joueur avec aisance, arrivant jusqu'à l'anneau le plus haut dans lequel il envoya le Souaffle. Le but passa évidemment et il offrit les dix premiers points du match à sa maison.

Même s'il n'avait plus ses bras musclés de ses 17 ans qui lui auraient permis de marquer un but puissant de loin, il lui restait son agilité et sa précision d'attrapeur qui ne lui firent rater aucun coup durant le match.

Du moins, quand il avait le Souaffle.

Il ne savait pas pourquoi, mais Nott s'obstinait à jouer seul, ignorant parfaitement Malfoy et lui-même qui étaient pourtant parfois très bien démarqués. Dès qu'un des deux avait le malheur de lui envoyer le Souaffle, il ne le lâchait pas à un seul instant, et ça même s'il était encerclé et qu'il n'avait aucune chance de pouvoir avancer plus sur le terrain. Il préférait perdre la balle que de travailler en équipe et Harry ne comprenait absolument pas cet acharnement. Voulait-il prouver quelque chose ? Se rattraper de son premier coup minable ? En tout cas, c'était incroyablement raté : il était encore plus ridicule qu'en début de match. Faire mine de les ignorer était un comportement tellement enfantin que Harry ne savait absolument pas comment réagir face à ça.

Malheureusement, même s'ils avaient réussi à prendre de l'avance avec les coups parfaits de Malfoy et lui-même, Macmillan, l'attrapeur adverse, avait récupéré le Vif d'Or avant Flora Carrow et avait marqué la fin du match par ce geste. Ils étaient rapidement redescendus au sol et Harry intercepta le regard noir menaçant que lançait Malfoy à leur coéquipier. Il se doutait que ce ne serait pas commode pour la suite.

Un silence pesant était présent dans les vestiaires des garçons de Serpentard et tous se changèrent rapidement pour fuir cette ambiance lourde qu'avait laissé leur défaite. Harry et Zabini furent les premiers à retrouver la tranquillité de la salle commune, et se posèrent sur les chaises pour ouvrir leurs livres en préparation du cours d'Astronomie qui aurait lieu un peu plus tard, à la tombée de la nuit. Quelques élèves de troisième et cinquième années se trouvaient également dans la salle mais le silence était presque parfait, seulement interrompu par les bruits de pages de manuels ou de toussotements.

- Je ne comprends pas, dit Zabini à voix basse. Quelle est la différence entre un système géocentrique et héliocentrique ?

- C'est pas bien compliqué, juste une histoire de noms complexes pour nous embrouiller. En fait, l'héliocentrisme, c'est le Soleil au centre de notre système. Le géocentrisme, c'est la Terre immobile avec tout tournant autour de nous.

- Oh, tout simplement.

Oui, tout simplement, pensa Harry en soupirant longuement alors qu'il replongeait la tête dans son bouquin pour se rappeler ses cours de première année. Décidément, tout était beaucoup trop simple et ça l'agaçait quelque peu. Il savait que c'était les cours les plus complets que l'école puisse donner à des enfants de onze ans, mais il s'ennuyait tellement... Même s'il appréciait avoir à en faire moins qu'auparavant et réussir beaucoup plus, il avait envie de sauter tous ces chapitres évidents pour passer aux choses un peu plus sérieuses. Tout le monde se fichait pas mal que la théorie du Soleil au centre du système se nomme l'héliocentrisme, ce n'était absolument pas intéressant. En fait, rien dans l'Astronomie n'était intéressant pour lui, il n'était pas vraiment intrigué par tout ça et devait avouer qu'il faisait preuve d'une légère mauvaise foi, même s'il y avait clairement matière à râler.

Il ne s'était toujours pas vraiment fait à sa nouvelle situation et espérait toujours inutilement trouver quelque chose pouvant accélérer le temps pour sauter toutes ces années inutiles, même s'il savait au fond de lui que c'était chose impossible. Il n'était pas stupide – pas aussi intelligent qu'Hermione pouvait l'être, mais il était loin d'être stupide. Il connaissait tous les enjeux de ce voyage dans le temps et savait également qu'il ne pourrait jamais revenir en arrière (enfin, dans le futur) pour régler le rituel étant donné que dès sa répartition à Serpentard, sa réelle lignée du temps s'était effacée. A défaut d'avoir épluché tous les bouquins qu'ils avaient sous la main, il fallait seulement un peu de bon sens pour comprendre qu'ils étaient bloqués ici et devaient faire le moins de dégâts possibles pour ne pas changer trop le futur. Ils n'avaient qu'à attendre et lire des livres pour ne pas littéralement se laisser mourir...

Toutes ces histoires avaient tendance à lui donner mal à la tête et il préférait ne pas y penser, laissant Hermione faire les principales recherches sur le sujet, d'ailleurs.

Zabini se leva en disant « Je repars me doucher, je sens encore un peu la transpiration » et Harry acquiesça sans dire un mot. C'était vrai que le basané avait dû jouer deux matchs à la suite et qu'il avait tout donné dans chacun des deux.

Zabini... Il était une des choses quand même positives dans ce voyage. Avant, même s'il n'avait rien de particulier contre le garçon, il le méprisait violemment étant donné qu'il avait été réparti à Serpentard et qu'il faisait partie des proches amis de Malfoy, mais maintenant c'était totalement différent. Il n'était pas son ami, loin de là, mais il était ce qui ressemblait le plus à un allier pour lui et il devait avouer qu'il en avait bien besoin.

Harry resta une seule petite minute seul avant que les autres Serpentard n'arrivent dans la salle commune, apportant avec eux la tension que Harry avait voulu quitter au plus vite en se sauvant des vestiaires rapidement, et la majorité d'entre eux se placèrent dans les canapés noirs pour discuter à voix basse de choses diverses sur lesquelles Harry ne s'attarda pas. Du moment qu'ils n'étaient pas dérangeants, il pouvait s'accommoder de leur présence.

Nott arriva quelques secondes plus tard dans la salle commune pour se diriger vers la salle de bain et Harry, sans lever la tête de son bouquin, dit :

- Zabini est déjà à l'intérieur.

Nott s'arrêta dans son élan et pivota vers lui.

- Pourquoi tu me parles, toi ?

Harry ne répondit pas au garçon en face de lui, ne daignant même pas lever la tête pour lui signifier qu'il prenait réellement en considération sa présence. Cependant, il pinça ses lippes pour retenir un soupir las. L'agression claire du jeune garçon n'affecta en rien Harry, qui, même si elle était inintéressante pour lui, lisait avec attention sa leçon qui resterait, quoi qu'il arrive, toujours plus intéressante que ce que pouvait avoir à lui dire le garçon.

- Tu as raison, ignore-moi et étudie. Rapporter des points à notre maison est ce que tu fais de mieux.

- Et je suppose que tu te sens incroyablement intelligent en disant ça, Nott, n'est-ce pas ?

Cette fois-ci, Harry releva la tête en entendant la voix traînante de Malfoy prendre part à « l'échange ». Le blond était jusque-là assis sur le canapé d'en face avec Pansy Parkinson et était en pleine conversation avec elle, du moins jusqu'à l'arrivée de Nott qui lui avait accaparé son attention.

Cela faisait plus d'un mois que Theodore Nott prenait bien trop confiance en lui et personne ne faisait grand-chose pour le faire redescendre de ses grands chevaux, le garçon n'ayant pas été plus agressif que ça jusque-là... Mais aujourd'hui, c'était la goutte de trop. Avec le comportement qu'il avait eu toute la journée, il ne pouvait se permettre de tenter de rabaisser quiconque et surtout pas sa victime favorite : Harry – qui n'avait vraiment rien demandé. D'une étrange façon que personne ne semblait réussir à expliquer, Nott avait pris Harry en grippe et l'attaquait de cette façon gamine propre aux enfants qui agaçait sincèrement le garçon et la totalité des autres Serpentard. Il avait passé l'âge de se faire traiter d'intello et ses camarades étaient bien d'accord avec ça.

- D'ailleurs, c'était quoi ce que tu nous as fait sur le terrain, Nott ? Dit Malfoy d'une voix tranchante alors que Nott le regardait de façon méprisante.

Malfoy avait visiblement pris le silence de Nott comme une ouverture sur le sujet du match précédent et Harry ne dit rien pour l'en empêcher. Mine de rien, il voulait aussi connaître les motivations du petit héritier. Le brun perturbateur fixait d'une détestable expression le blond, ce qui fit arquer un sourcil à Malfoy qui se leva de son fauteuil et se rapprocha de lui d'une démarche presque dangereuse. Les autres Serpentard (qu'ils soient de première année ou non, d'ailleurs) avaient désormais les têtes tournées vers eux et Harry se recula un peu pour pouvoir appuyer son dos sur le dossier de la chaise, sa main toujours sur son livre.

- Parce que jusqu'à preuve du contraire, ce n'était pas du Quidditch que tu as fait là, continua Malfoy.

- C'est bon, Draco, tenta Parkinson en le tirant un peu vers l'arrière.

- Non, ce n'est pas bon justement. Que tu sois nul est une chose Nott, pas tout le monde n'a la chance de savoir jouer correctement, mais que tu te comportes de la sorte sur le terrain ? Tu es qui, au juste, pour oser faire ça ? Tu es qui, pour oser te comporter de la sorte avec un Malfoy, avec un Potter ?

Harry tilta. Son regard jusque-là rivé sur Nott se déplaça jusqu'au visage de Malfoy, évidemment impassible. Aucune expression n'était visible sur son faciès, seules ses paroles trahissaient son énervement et Harry se dit avec ironie que les trois premières années seraient les seules où il pourrait parfaitement déchiffrer Draco Malfoy étant donné que celui-ci apprendrait vite à ne se trahir sous aucun prétexte.

Les seules conversations restantes se turent dans la salle commune et tous attendirent la réponse de Théodore Nott.

- Je suis de la lignée Nott, très certainement la plus riche famille de Sa...

- Ne t'avance pas sur ce terrain-là avec moi, Nott. Quoi que ta famille soit, sache que la mienne l'est une dizaine de fois plus et que toutes les personnes ici présentes pourraient te le confirmer.

Nott serra les poings et Harry leur envoya un regard noir à tous les deux, ne pouvant s'empêcher de contrôler la vague d'agacement qui prenait une grande place en lui. Évidemment, aucun ne sembla le remarquer et ils continuèrent à s'observer en chien de faïence.

- Quel est le rapport avec le match d'aujourd'hui ?

- Le rapport est qu'aujourd'hui est le fruit de ton comportement de ces derniers mois. Tu te crois tout permis, mais tu dois te rentrer dans le crâne que tu n'es qu'une vermine, un parasite aimé par absolument personne.

- Je te demande pardon ? Répète ça pour voir ?

- Tu es un imposteur Nott et tu fais honte à la maison Serpentard. Tu as osé nous mettre plus bas que nous ne l'étions déjà en faisant passer ta petite personne en priorité.

- Ose me dire que ce n'est pas ce que nous faisons tous ici. On est les Serpentard, c'est le but.

- Tu n'as décidément rien compris aux Serpentard. Bien évidemment que nous essaierons toujours de briller plus que les autres, la détermination est et restera à jamais le trait principal de cette maison, mais lorsque nous ne savons pas faire une chose, on travaille en équipe pour, encore une fois, être meilleurs que les autres. En agissant de la sorte, tu n'as fait que profondément marquer ton incapacité à jouer correctement et tu nous as tous entraînés dans ta chute. Tu aurais dû te contenter de nous envoyer le Souaffle lorsque tu l'avais, pas de t'obstiner dans ta nullité. Tu t'es ridiculisé et tu as ridiculisé notre maison également. Tu ne crois pas qu'on se fait déjà assez discriminé depuis le début de l'année ? Non, tu veux leur donner de réelles raisons pour qu'ils le fassent ? Tu es profondément stupide, Nott. Peu importe ce que tu pourras dire, tu es stupide.

- Ne me parle pas comme ça, il ne s'agit que d'un match de Quidditch et nous savons tous que ce que tu dis est faux.

Et elle était là, la raison pour laquelle Malfoy était définitivement le Prince des Serpentard et pas Nott. Contrairement aux autres gamins de son âge, Malfoy avait une répartie tranchante qui inspirait forcément le respect d'autrui. Il savait parler, il savait garder son calme alors qu'il disait des mots aussi puissants que des coups et c'était forcément impressionnant. Étant donné que tous les gamins avaient toujours besoin d'un meneur, ça avait été comme évident que ce soit Draco Malfoy qui ait ce rôle. Il passait, aux yeux de tous les enfants présents, pour le défenseur des Serpentard, l'orateur capable de mettre minable un adversaire et remettre les autres à leur place quand ils prenaient trop confiance en eux. Il était la parfaite personne à suivre pour ce groupe d'enfants dociles.

Mais cela entraînait quelques questionnements chez Harry. Cette affirmation du rôle de Malfoy était survenue suite au match catastrophique où Nott avait été beaucoup trop loin avec eux tous, mais dans sa réalité à lui, ce match n'avait jamais eu lieu et Malfoy avait été le leader incontesté dès le premier soir. Alors qu'est ce qui avait pu bien être différent ?

La réponse lui vint presque instantanément : lui, il avait été différent. Il avait évité son altercation avec le blond dans les escaliers et n'avait pas décliné son offre informulée d'amitié lorsqu'ils s'étaient retrouvés à table, lors du banquet de bienvenue. Dès le premier soir de l'autre réalité, Malfoy s'était imposé comme le rival de Harry Potter et s'était fait connaître grâce à ça – dans cette réalité-ci, ça n'avait pas été le cas. Malfoy, bien qu'adoré par les autres Serpentard, ne s'affirmait que maintenant qu'il s'était opposé clairement à quelqu'un et même si ce n'était que Nott, il était aujourd'hui la tare de la maison Serpentard et la personne s'opposant à lui devenait forcément la personne à suivre.

- Malfoy a raison, Nott, commença Goyle en croisant les bras sur son torse. Tu as joué au con aujourd'hui.

- Ça fait trois mois que tu te comportes comme un parfait abruti et nous n'avons strictement rien dit jusque-là, mais c'est fini aujourd'hui, continua Davis en se plaçant à côté de Goyle.

- Vous allez redescendre sur Terre vous tous, je n'ai strictement aucun compte à vo...

- Non, tu vas redescendre sur Terre toi-même tout d'abord, commença Parkinson en s'approchant de lui. C'est toi qui t'acharnes sur tout le monde depuis quelques temps. Tu t'acharnes même sur Harry Potter ! T'as pas honte ?

- OH !

C'était Harry qui venait de crier pour remettre de l'ordre au sein du petit groupe de première année et cela fut plus qu'efficace. C'était la deuxième mention de son nom qui l'avait fait réagir et il s'était approché de la petite foule en fronçant des sourcils après s'être levé. Ses mains étaient levées elles aussi et il fixa ses camarades d'un air dur.

- Nott est un véritable con mais ça ne sert à rien de s'acharner sur lui, Malfoy l'a déjà enterré plus bas que terre et c'est suffisant. Il va se faire discret dès maintenant parce que c'est désormais à moi qu'il aura à faire s'il tente la moindre chose contre l'un de nous. Vous allez donc tous vous calmer, prendre un bon bol d'air frais et aller vous préparer pour le cours d'Astronomie. On a des points à rattraper et vous avez intérêt à cartonner.

- Tu me menaces, Potter ? Entendit-il dire, ce qui le fit lever les yeux au ciel.

- Effectivement. Je n'ai pas l'intention de me faire plus emmerder par un gamin prétentieux de onze ans.

- Et tu as quel âge toi peut-être ?

- Nott, quand on n'a pas de répartie on se la ferme, coupa Malfoy une bonne fois pour toute. C'est pitoyable.

Et Nott ne trouva pas quoi dire, sachant pertinemment que tout ce qu'il avait pu dire jusque-là ne valait pas le quart de ce qui avait été prononcé contre lui. Ce n'était pas qu'il avait moins de répartie qu'un autre enfant de son âge, mais face à un jeune adulte de 17 ans et à Draco Malfoy, en effet, il ne faisait clairement pas le poids. Harry aurait pu avoir de la peine pour lui, mais il n'arrivait décidément pas à ressentir un soupçon de compassion pour cet enfant.

Le cours d'Astronomie venait de prendre fin et Harry desserra sa cravate aux couleurs de sa maison d'une main en sortant de la salle, étirant par la même occasion ses jambes qui étaient douloureuses. Il était l'heure de manger et le garçon allait accueillir ce repas avec un grand plaisir, affamé par la longue journée et le sport qu'il avait pu faire. Même si son corps n'était pas bien grand, il était techniquement en pleine croissance et avait besoin d'énergie et d'un apport calorique bien spécifique pour ne pas être plus petit qu'il l'était avant.

Il arriva très vite à la Grande Salle en compagnie de Bulstrode et Zabini, et se plaça à sa table tout en posant son sac sous le banc. Par la même occasion, il fit un signe de main à Hermione et Ron qui le regardaient en souriant, et finit par se retourner vers la table en succombant à l'appel de son ventre pour se servir des haricots verts, un steak haché et des pommes de terre sautées. Zabini était en pleine conversation avec Bulstrode et Davis et Harry faisait parfois des petits bruits pour signifier qu'il suivait quand même un minimum, hochant même parfois la tête pour ne pas avoir à répondre. Il écoutait d'une oreille distraite les conversations qu'il pouvait y avoir à sa table, certes, mais était beaucoup plus concentré sur Dumbledore qu'il gardait à l'œil, le vieil homme ayant une mine bien mauvaise pour un premier décembre. Harry avait appris qu'il fallait toujours se méfier de l'homme lorsqu'il possédait cet air sévère sur son visage et il était bien décidé à découvrir ce qui tracassait le directeur.

L'heure réglementaire du dîner passa très lentement et ennuyé, il se leva de son banc, salua ses camarades d'un signe de tête et partit d'un pas déterminé vers les cachots dans le but de lire quelque chose pour au moins se divertir, ignorant le dessert qui apparaissait seulement sur les tables.

Bien vite en pyjama, Harry se retrouva à fixer le plafond allongé sur son lit, pensant à la journée qui venait de se dérouler et à toutes celles qui allaient suivre avant qu'il ne puisse faire quoi que ce soit de concret vis à vis de Malfoy. Bon Dieu, que ça allait être ennuyant.


Et voilà pour ce sixième chapitre, j'espère que vous l'avez apprécié !

Malfoy s'affirme enfin comme le chef... On l'attendait x)

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !

Bisous, à la prochaine !