La vie d'Alice avait repris son fil, et rien n'avait changé.
Le premier cours auquel elle devait assister ce jour était un cours de potions. Elle n'avait pas vraiment envie de subir les sarcasmes du professeur pénible, mais c'était ainsi.
Curieusement, l'élève à côté duquel elle était assise se montra très courtois avec elle, de même que la jeune fille à sa droite. Elle attribua cela au fait qu'ils avaient tous dû croire que le vampire l'avait attaquée et qu'elle avait survécu. Cela la fit sourire, quelle bande d'hypocrites.
« Tu es quand même plus jolie lorsque tu souris… »
Avait-elle bien entendu ces fadaises ? Elle tourna légèrement la tête vers son voisin de gauche et le fixa d'un drôle d'air, incrédule.
« - Je peux savoir pourquoi tu as dit ça ? fit-elle sèchement, sur la défensive.
- C'est parce que je le pense, ajouta l'autre.
- Ah oui ? Et il t'a fallu tout ce temps, pour t'en rendre compte.
- Ce n'est pas ça, mais tu ne donnes pas vraiment envie qu'on s'adresse à toi…
- Et bien, ne t'adresse pas à moi, dans ce cas.
- Les deux du fond, ce que je dis ne vous intéresse pas ? »
La voix sarcastique du professeur Snape avait tranché clairement afin que tous l'entendent, et tous s'étaient tournés d'un seul corps vers les deux élèves visés.
« Si, si ! » démentirent-ils en chœur, se faisant tous les deux très petits.
Snape les gratifia d'un de ses sourires de circonstance, mauvais signe avant-coureur d'une catastrophe. Ils ne savaient pas dans quel état de courroux se trouvait leur professeur, donc ils ne se doutaient pas de ce qui les attendait.
« Monsieur Gabriel Waters, veuillez répéter ce que je disais, avant que votre babil certainement passionnant ne prenne le pas sur mon cours. »
Le dit Gabriel Waters ne savait pas du tout ce qu'avait dit le professeur.
« - Je ne sais pas, répondit-il franchement.
- Evidemment, fit Snape avec une certaine satisfaction. Passons à votre voisine. Êtes-vous en mesure de me répéter ce que j'ai dit ? »
Avait-il fait exprès, de ne pas l'appeler par son nom ? Alice s'en trouva vexée. C'était à elle d'avoir honte de lui, pas l'inverse.
Elle le regarda en face et imita son voisin.
« Non, professeur, je ne sais pas, » répondit-elle avec la même franchise.
Le sourire de circonstance se courba encore plus.
« Bien, » fit Snape en s'asseyant à son bureau.
Il s'empara d'une plume et notant soigneusement quelques mots sur son parchemin.
« Vos camarades vont pouvoir vous remercier, continua-t-il sans regarder la classe. Vous faites perdre cinq points chacun à votre maison et vous avez gagné l'opportunité d'honorer une retenue, ce soir. Vous viendrez me voir, à la fin du cours. »
Les deux élèves ne purent qu'accepter la sentence. Ils ne s'adressèrent plus la parole jusqu'à la fin du cours, par crainte de se faire admonester une nouvelle fois. Les colères du noiraud étaient les pires de toutes. En plus, les autres Serdaigle avaient l'air un peu mécontent d'avoir déjà perdu des points en début d'année, les princesses ajoutèrent donc ce grief dans leur sac anti-Alice déjà bien lourd.
Pendant qu'ils quittaient tous le cachot, eux deux rejoignirent Snape qui les attendait de pied ferme, toujours assis à son bureau.
« Je vais prévenir monsieur Filch que vous êtes en retenue, fit-il. Il saura vous trouver quelque chose à faire qui calmera vos crises de parlote. Soyez à huit heures devant la salle à manger, après le repas. Je ne tolèrerai aucun manquement. Vous pouvez disposer. »
Comme les deux condamnés s'en allaient, Snape rappela Alice. Gabriel lui fit un petit sourire qui semblait vouloir dire « courage », ou « à tout à l'heure », ou bien encore « dommage » ou les trois à la fois.
Elle resta donc face au professeur, qui fit durer le silence suffisamment longtemps pour qu'elle commence à s'inquiéter. Qu'est-ce qu'il lui voulait ? Elle était en train de se demander pourquoi il ne parlait pas et allait ouvrir la bouche, lorsqu'il prit enfin la parole, lâchant sa plume et son parchemin.
« Vous comprenez que je ne cherche pas à vous mettre en porte-à-faux, par rapport aux autres. »
Ce n'était pas une question, c'était une affirmation. Elle n'en croyait pas ses oreilles. Il devait s'imaginer qu'elle allait le remercier de l'avoir mise en retenue.
« - C'est certain, dit-elle comme ça.
- Tout ce que vous récoltez, c'est ce que vous méritez, » reprit Snape.
Mais qu'est-ce qu'il lui faisait, là ? Il avait dû boire une de ses potions, elle devait être éventée et maintenant, il délirait. Autant se taper sur les doigts avec un marteau.
« - Heu, oui, je sais cela, professeur, dit-elle, sa curiosité éveillée.
- De cette façon, vous ne viendrez plus me harceler avec vos doléances ridicules. »
Ah, voilà qui lui ressemblait plus.
« - Mes doléances ridicules ? insista-t-elle.
- Que les choses soient claires : je ne vous gratifierai d'aucun favoritisme.
- Mais j'espère bien. Je ne crois pas vous avoir demandé quoi que ce soit. C'est vous qui me dites toutes ces choses sans queue ni tête, là.
- Je n'ai pas envie que l'on m'accuse d'être la cause de vos soucis, et je vous prierais de baisser d'un ton. A qui croyez-vous vous adresser ? »
Elle n'y comprenait rien. Mais s'il voulait qu'elle se comporte comme tous les autres et bien, elle le ferait. Jusqu'à ce qu'elle ait à nouveau les quatre princesses sur le dos.
« Vous êtes vraiment bizarre, laissa-t-elle tomber sans méchanceté. Je ne suis qu'une simple élève, je ne vois pas pourquoi tout ce tapage autour de moi. Soit, je resterai à ma place, j'essaierai d'éviter de provoquer mes camarades en ne faisant rien, je ne chercherai pas plus à briller qu'avant et puis, j'honorerai ma retenue de ce soir avec discrétion. »
Mais elle se moquait de lui, cette petite impertinente !
« Puis-je m'en aller, maintenant ? »
Il lui donna congé, d'un seul regard.
Lorsqu'elle arriva sur le seuil, il la rappela. Elle leva les yeux au ciel et se retourna, le visage fermé. Ce qu'il était pénible, celui-là, quand il s'y mettait !
« Qui sont ces élèves qui ont saboté votre potion, la dernière fois ? »
Allons bon, un nouveau virement de bord. Quel rôle jouait-il maintenant ? Le protecteur caché ?
« - C'était il y a longtemps et cela n'a aucun intérêt, répondit-elle. Je ne vois pas ce que ça peut vous faire.
- C'est juste que je n'aime pas que l'on gâche mes ingrédients. J'ai assez de mal à me les procurer. »
Elle dut s'en contenter car il n'ajouta rien de plus.
Une fois dehors, elle fut harponnée par son nouveau compagnon d'infortune, ce Gabriel. Il l'avait attendue, comme si de rien n'était. Elle voulait être tranquille, mais c'était manifestement raté.
« - Tu en as mis du temps ! dit-il gaiement. Qu'est-ce qu'il t'a raconté, le vieux ?
- Il m'a mise en garde, mentit Alice. Pourquoi tu me suis ?
- Bin… Je me disais que… Je peux un peu rester avec toi, aujourd'hui ? »
Ravalant ses mauvaises pensées, elle le regarda d'un air amusé. Il avait l'air gentil. Elle avait pris l'habitude d'éviter la compagnie des garçons, parce qu'elle gardait un très mauvais souvenir de sa dernière histoire. Soit, s'il n'était pas tordu comme les autres, elle pouvait bien accepter qu'il l'accompagne, entre les cours, et même à l'étude ou la bibliothèque, s'il le voulait.
Elle sourit.
« Si tu restes à ta place, c'est d'accord, » dit-elle.
C'était comme si elle lui avait annoncé la plus belle nouvelle de tous les temps.
« - Alors, on pourrait peut-être en profiter pour rattraper tes cours, non ? proposa-t-il avec sérieux.
- C'est une bonne idée. »
Elle avait presque oublié qu'elle avait manqué quatre jours de classe, et elle avait plein de cours à revoir en totalité. Ce Gabriel était vraiment très agréable, il savait être très sérieux et complètement idiot l'instant d'après, il la faisait rire. Peut-être que sa présence allait repousser les attaques des princesses. Elle le souhaita ardemment parce que, comme l'avait justement souligné le directeur, elle n'avait pas d'amis.
Un peu plus loin dans la cour, quatre paires d'yeux brillants de jalousie les regardaient passer, eux qui parlaient si librement ; Rebecca Sheller se jura, en les voyant, que cette misérable Sang-de-Bourbe ne s'en tirerait pas comme ça.
A vingt heures et cinq minutes tapantes, les deux élèves en retenue se retrouvèrent dans la salle des trophées de Poudlard, au garde-à-vous devant Filch, qui en était encore à se demander pourquoi on ne remettait pas les salles de tortures en fonction, plutôt qu'assigner les élèves à des tâches si ridicules. Il aurait bien aimé en suspendre quelques uns par les pouces, un peu...
Comme il était interdit de sortir de l'école, il était obligé de leur donner une punition à l'intérieur. Ainsi, il les laissa l'une à un coin de la grande salle, l'autre au coin opposé, un chiffon à la main.
« Et que ça brille. Je reviens dans une heure, je veux que ça soit comme neuf. »
Ils frottèrent, lustrèrent, briquèrent sans échanger un mot, une heure durant. La fatigue aidant, ils n'avaient pas le cœur à converser, mais de temps en temps, Gabriel jetait un petit coup d'œil à sa camarade qui, lorsqu'elle le surprenait, faisait mine de lui lancer une coupe ou un trophée à la tête.
Quand Filch revint, il ne trouva rien à redire. Déjà qu'il estimait que cette retenue était stupide, il n'allait pas s'éterniser ici.
« Allez vous coucher, fit-il en grattant la tête de Mrs Norris. Directement. J'ai pas envie de vous retrouver morts cette nuit, moi. »
Ils ne se firent pas prier.
Alice avait réellement envie de rentrer, mais Gabriel ne semblait pas de cet avis. Comme il insistait, elle fit mine de se mettre en colère. Si elle appréciait sa compagnie, ils ne pouvaient pas se permettre de se créer d'autres ennuis ; de plus, elle n'avait pas franchement l'intention d'aller plus loin. Il faudrait qu'elle le lui dise, elle ne voulait pas qu'un malentendu s'installe entre eux.
Dans la salle commune vide, il lui fit promettre de l'accompagner pour la fête d'Halloween. Il y avait un repas et il voulait qu'elle mange à côté de lui, il voulait aussi être son cavalier à la soirée.
« - Je te dirai ça demain, d'accord ?
- Toujours méfiante, Alice au pays des merveilles, hein ?
- Ne m'appelle pas comme ça. Va-t-en ou ça va barder.
- Ma réponse !
- Demain ! »
Elle se sauva vers son dortoir sans rien ajouter de plus. Ce n'était pas qu'elle le fuyait, parce qu'elle savait bien ce qu'il avait derrière la tête, celui-là, mais elle avait remarqué que le ciel était d'une incroyable clarté, cette nuit. Il n'y avait pas de lune, pas de nuages, c'était idéal pour rattraper son cours d'astronomie et une chance, vu la saison. Tant pis pour l'interdiction de circuler de nuit tout seul dans l'école et oui, elle évinçait le jeune homme pour travailler.
Il n'était que vingt et une heures passées et tout le monde était déjà couché. Comme la fête d'Halloween se déroulait un samedi soir, tous les élèves avaient permission de plus de minuit, sauf les première année – minuit seulement – et ils en profitaient tous pour se reposer ce soir. Ils savaient se montrer obéissants, lorsqu'il s'agissait de faire la fête.
C'était vraiment le meilleur moment pour se sauver.
Alice avait attendu que s'écoule une heure, lisant sagement assise sur son lit, rideaux tirés, puis une fois que les filles de sa chambrée s'étaient assoupies, elle s'était changée. Elle avait enfilé un pantalon, un T-shirt et un pull, et passé sa robe de sorcier par-dessus. Pour être libre dans ses mouvements, elle roula ses cheveux en un chignon qu'elle piqua de sa baguette magique. Elle prit deux livres et sortit, tout en discrétion, pour revenir sur ses pas, fouiller sous son lit et en dénicher un petit sachet noir, qu'elle passa autour de son cou sous son pull.
Maintenant parée, elle pouvait enfin sortir. Elle avait du travail en retard, elle devait se dépêcher, pour finir sans se faire attraper - comme le professeur Sinistra ne donnait pas de cours cette nuit-là, c'était parfait.
Il faisait quand même froid dans cette tour, mine de rien. Elle songea qu'elle aurait peut-être dû prendre son manteau et une écharpe au lieu de sa robe de sorcier, dont elle rabattit la capuche sur sa tête, histoire de garder un peu de chaleur.
Négligeant le magnifique astrolabe trônant sur la plateforme, elle s'était assise sur le rebord qui donnait sur le vide et avait ouvert ses livres, qu'elle avait posé à côté d'elle. D'une main, elle prenait des notes sur ce qu'elle voyait au dessus d'elle, de l'autre elle désignait chaque astre, qu'il soit étoile ou planète. Le ciel était vraiment magnifique.
En prenant conscience de ce qu'elle était en train de regarder, elle baissa le bras et se mit à fixer la voûte céleste. C'était bien ce ciel qui la réconfortait tant, lorsqu'elle était mélancolique. Ce ciel d'une si infinie beauté, empreint d'un calme éternel, comme si lui et seulement lui pouvait lui apporter la paix.
Brusquement, elle sursauta, traversée littéralement par une vague de froid.
« Alice, il y a quelqu'un... » lui dit-on à l'oreille.
Elle pivota sur ses fesses et se leva d'un bond, faisant tomber livres, carnet et parchemin sur le sol.
« Cedric ? »
Elle avait beau regarder autour d'elle, pas l'ombre d'un fantôme. Il devait se cacher et pourtant, ce n'était pas son genre. Avait-il peur de ce qui arrivait ? Il l'avait traversée pour la prévenir, il faudrait qu'elle lui dise de ne plus recommencer, c'était une sensation particulièrement désagréable.
Elle rassembla ses affaires et se mit à courir, descendant les marches quatre à quatre, au risque de tomber et de se rompre le cou. Le souffle court, elle n'arrivait pas à faire le vide dans son esprit, ni à savoir si elle était suivie, si quelqu'un l'avait vue ou si elle se jetait droit dans la gueule du loup.
Arrivée dans le couloir commun qui menait à la maison Serdaigle, elle ralentit le pas. Elle devait se faire la plus discrète possible.
Son cœur battait très fort, elle l'entendait cogner dans ses oreilles. Elle avait l'impression d'être observée. Elle se colla au mur, comme si celui-ci pouvait l'avaler et la soustraire aux regards. Elle ne se souvenait pas avoir déjà eu si peur. Si un professeur la surprenait, ou n'importe qui d'autre, elle savait qu'elle hurlerait. C'était tellement oppressant qu'elle serait incapable de se contenir.
Soudain, elle sentit qu'une main l'attrapait pour la tirer en arrière, dans l'ombre. Cette même main se plaqua sur sa bouche pour lui interdire le moindre son, et un bras lui enserra fortement les épaules, l'empêchant de bouger, lui barrant la poitrine et bloquant ses bras. Ainsi tapie dans l'ombre, bien malgré elle, elle vit passer quelque chose d'affreux, d'indiciblement affreux, dont elle détourna le regard, épouvantée.
Comprenant ce qu'était cette chose, elle eut la présence d'esprit de se demander pourquoi elle ne l'avait pas attaquée. Cedric l'avait mise en garde contre quelqu'un, mais était-il question de ce monstre ou de la personne qui la tenait prisonnière ? Pourquoi cette odeur de pin, autour d'elle ? Ce n'était pas son talisman de protection, elle l'avait fait à base de cèdre. Qui était derrière elle ?
Elle ne le sut que bien des minutes plus tard, une fois que la sensation d'oppression se fut estompée, puis eut disparu. A ce moment, et seulement à ce moment, les mains la lâchèrent et la repoussèrent dans le couloir, sans ménagement. Elle vola un peu plus loin et se retourna, mécontente, prête à vivement expliquer ce qu'elle pensait de ce comportement.
Son cœur manqua un coup ou deux lorsque le professeur Snape se détacha de l'ombre et s'avança vers elle, aussi menaçant qu'elle avait été salvatrice. La jeune fille allait en prendre pour son grade, elle le voyait arriver comme un orage sur la plaine.
« Cela ne vous a pas suffi, un mort ? Vous voulez que ce truc vous ajoute à sa liste ? »
Il ne comprit pas pourquoi sa remarque tranchante fit sourire cette jeune effrontée.
« - Bien sûr, ça vous amuse ! s'exclama-t-il, faisant fi du silence nocturne.
- Non, ce n'est pas ça, mais vous avez dit truc, répondit Alice. C'est drôle de vous entendre dire truc. »
Il l'aurait brûlée vive, s'il l'avait pu. Elle osait faire de l'humour alors qu'elle aurait pu être tuée. Mais qu'avait-elle dans la tête, enfin ?
« Petite idiote ! Avez-vous conscience de ce à quoi vous avez échappé, au moins ? »
Comme si elle avait attendu d'entendre ces paroles, elle subit le contrecoup à cet instant : ses jambes lui firent défaut. Elle tomba sur les genoux, sans que Snape ait esquissé le moindre mouvement pour la retenir. Elle avait couru comme une dératée puis avait éprouvé une grosse frayeur. Elle venait de se remémorer le monstre qui les avait frôlés. Maintenant c'était comme si ses forces l'avaient abandonnée. Ses livres lui avaient échappé et avaient glissé sur le sol avec elle, entre elle et les pieds du professeur.
Voyant cela, il posa un genou à terre et ramassa les livres.
« - Mais... qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-il, stupéfait.
- Des livres, répondit Alice, étonnée par l'absurdité de la question.
- Je vois bien que ce sont des livres ! Ne jouez pas au plus fin avec moi. Ne me dites pas que vous êtes sortie pour réviser ?
- J'ai voulu profiter du ciel pour rattraper mon retard en astronomie, professeur. »
Alors celle-là, c'était la meilleure. Il fallait être folle pour aller à l'encontre d'une interdiction très claire, uniquement dans le but de rattraper un cours. Elle était folle cette gamine, folle à lier. Et puis, cette odeur de cèdre…
Il se pencha un peu vers elle, pour flairer son parfum. Elle avait l'air de trouver ça bizarre, mais elle ne protesta pas, comprenant même ce qu'il cherchait, elle lui facilita la tâche en tirant sur la cordelette qu'elle avait autour du cou, et au bout de laquelle pendait un petit sac de velours noir.
« - C'est ça qui vous gêne ? demanda-t-elle en l'agitant sous son nez.
- Qui vous a donné cela ? »
Il savait ce que c'était, il en avait aussi un autour du cou, sous la veste de son costume. Ce genre de talisman permettait à son porteur de le faire disparaitre momentanément, troublant les sens des créatures maléfiques grâce au mélange des ingrédients. Qu'il en ait un, c'était normal mais elle, c'était une élève, que diable.
« Personne, dit-elle. Je l'ai fait moi-même. »
De mieux en mieux.
« Comment avez-vous eu accès à de tels sortilèges ? »
Elle lui sourit, sans malice.
« Vous oubliez d'où je viens. Là-bas, on a accès à toutes sortes de choses très intéressantes. Je connais par cœur la formule de ce talisman, sauf que moi je préfère le cèdre au pin, contrairement à vous. »
Ainsi, elle savait. Et elle se vantait de connaître quelques formules obscures, en plus. C'était intéressant, comme elle le disait si bien.
« - Quand avez-vous fait ce talisman ? ne put-il s'empêcher de demander, curieux.
- Vous n'avez pas peur que votre truc ne repasse par ici ? »
Il allait ouvrir la bouche pour lui expliquer la vie, mais se ravisa. Elle avait raison, le monstre des murs pouvait très bien repasser, alors qu'ils devisaient bien gentiment au beau milieu du couloir.
Il se releva et épousseta machinalement sa robe de sorcier.
« - Rentrez vous coucher, fit-il. Comme vous en avez été quitte pour une belle frayeur, je fermerai les yeux sur votre présence ici, à minuit, alors que c'est interdit.
- Heu… J'aurais besoin d'un peu d'aide… murmura-t-elle, gênée. Je n'arrive pas à me relever. »
Cela lui était bien égal, qu'elle soit clouée au sol comme un vulgaire insecte. Mais si elle restait coincée là, elle pouvait se faire attraper par Filch ou bien par le « truc » du professeur Bathory. Ah pourtant, il l'aurait volontiers laissée sur place, elle aurait encore fait perdre des points à Serdaigle, voilà tout.
De mauvaise grâce, il lui tendit la main pour l'aider. Elle la saisit franchement et se hissa, puis fit une ou deux flexions de genoux, agitant les pieds pour faire circuler le sang correctement.
« - Bon, vous avez fini ?
- Oh ! Pardon ! »
Elle ne s'était pas rendue compte qu'elle continuait à se servir de lui comme appui, pendant qu'elle relançait la circulation du sang de ses jambes. Elle lâcha cette main comme si elle l'avait brûlée, ou comme si elle était une chose immonde appartenant à quelqu'un ou quelque chose d'immonde. Elle n'y avait pas fait attention du tout.
Lui, rangea cette main dans la manche de sa robe, comme pour la dissimuler, comme si elle était sale, maintenant. Pensez donc, toucher un élève, quelle horreur.
« J'espère pour vous que les seules choses interdites que vous faites sont de vous balader la nuit et de fabriquer des amulettes, » fit-il en guise de bonsoir, puisqu'il commençait à s'éloigner.
Elle soupira. Etait-il vraiment humain, celui-là ? Elle le vit donner un peu de lumière avec sa baguette, puis il disparut au détour d'un couloir, emportant le halo lumineux avec lui.
« Peut-être… » murmura-t-elle, avant de s'en retourner dans la chaleur sécurisante de la maison Serdaigle.
Il était temps de se coucher. Les émotions de la nuit et sa course dans les escaliers l'avaient épuisée. Avant de s'endormir, complètement submergée par le sommeil, elle songea qu'elle devait absolument remercier Cedric, pour l'avoir prévenue du danger. Le remercier, parce que…
Parce que…
