Impossible de savoir quoi écrire, sur le parchemin qu'il devait envoyer au ministère de la magie.
Fallait-il commencer par annoncer le suicide d'une élève qui avait laissé une vague lettre, ou par le fait qu'il faudrait placer quelqu'un à la tête de l'école au plus vite ? PS : trouver un professeur pour assurer les cours de Défense contre les forces du mal et de métamorphose, les postes sont vacants.
Il repoussa parchemin et plume d'un geste énervé, saisit sa pipe et la boîte à tabac, puis recula sa chaise pour pouvoir mettre les pieds sur son bureau. Il n'avait pas envie d'écrire pour le moment, il n'avait pas l'inspiration, il ne savait pas comment s'y prendre, ce n'était pas son boulot, que diable. Tout en prenant une première bouffée de tabac, il ferma les yeux et poussa un long soupir, comme s'il arrivait enfin à se détendre, pour la première fois de la journée. Il devait être minuit, peut-être plus, il n'avait pas encore écrit le rapport d'évènement grave pour le ministère. Il ne savait même pas par quel bout prendre l'affaire Sheller fille.
Il avait vraiment craint de trouver un autre corps à la place de celui-là, et n'avait pu se soustraire au soulagement indigne de constater que c'en était un autre. Cela, il ne l'aurait pas toléré. Mais que ce soit la fille Sheller, bon et bien, c'était comme ça. Même s'il lui avait un peu forcé la main en lui faisant subir un sort d'altération de la mémoire, elle devait être cinglée comme son père qui, semblait-il, avait dû lui faire un sacré lavage de cerveau, pour qu'elle arrive à faire dire Serdaigle au Choixpeau magique à la place de Serpentard. La gosse n'avait sûrement pas pu supporter les rumeurs sur son père ; cela ne devait pas être facile à vivre, ce genre d'histoire. Engel Sheller avait fait la une du Daily Prophet pendant tout l'été, puisqu'il avait trouvé la mort au court d'une perquisition qui avait mal tourné, et maintenant encore, le journal ne pouvait pas s'empêcher de publier des choses sur lui, sans jamais aborder la vérité, bien évidemment.
Severus le savait parce qu'il avait lu quelques vieux exemplaires du journal pendant la soirée, histoire de s'informer un peu sur ce qui s'était passé, vu qu'il lui manquait quand même deux mois à cause du sortilège de Dumbledore. Quant à la famille Sheller, maintenant, il ne devait rester que la mère et le jeune frère qui entrerait en première année en septembre prochain.
Il s'aperçut alors qu'il n'avait pas fait le nécessaire pour prévenir la famille. Laissant passer un juron étouffé, il se leva et quitta son bureau, non sans avoir balancé sa pipe sur son bureau. Au lieu d'aller trouver un autre professeur ou de se renseigner dans le cahier de marche de l'école, il grimpa directement à la volière pour y trouver sa chouette. Elle voleta gracieusement jusqu'à lui et se posa sur son poing. Elle hulula doucement à son intention et il se surprit à lui gratter la tête comme s'il avait compris que c'était ce qu'elle demandait. Elle avait dû être habituée à cela, lorsque Alice l'avait gardée avec elle quand elle logeait au Chaudron Baveur, puis chez Hagrid.
Il eut alors une autre idée. Il s'assit, prit le bout de parchemin qu'il avait glissé dans sa poche et y écrivit rapidement quelques mots, puis replia le tout et y ajouta l'adresse. Il sortit sur le palier et leva le poing pour que la chouette puisse prendre son envol.
"Allez, file," dit-il en reprenant le chemin de son bureau.
La pluie avait fini par cesser, mais le ciel restait chargé, menaçant. C'était vraiment inhabituel, cet orage. Et puis, ce suicide. Fallait-il que ce soit la fille du fou qui se donne la mort...
Il secoua la tête. Cette fois, cela ne pouvait pas être autre chose qu'une coïncidence. Il en avait soupé, des liens entre les évènements. Et ce soir, ce n'était pas une manifestation magique, de quelque ordre que ce soit, il y avait eu un orage, une élève s'était jetée par une fenêtre, voilà. Personne ne l'avait poussée, personne ne l'avait obligée à sauter, personne ne l'avait envoûtée. Il fallait vraiment qu'il arrête de voir des maléfices partout. Eswann Bathory était morte et bien morte, Engel Sheller l'avait rejointe peu de temps après, tout le monde était purifié, point à la ligne.
Il passait devant la salle des professeurs lorsqu'il se fit apostropher par monsieur Phines, le professeur de runes. Severus sursauta et se tourna vers lui aussitôt. Il détestait être surpris de cette manière alors qu'il était en pleine introspection.
"- Professeur Phines, dit-il avec un ton doucereux qui ne cachait que mal son envie de lui dire d'aller se faire téter les yeux par les murlocs.
- Je voudrais que nous parlions de cette affaire, professeur Snape, répondit Phines avec l'air de ne pas y faire attention.
- Que voulez-vous qu'il y ait à dire là-dessus ?
- C'est un suicide, quand même. Cette jeune fille..."
Severus leva la main pour faire taire le jeune professeur de runes, le si charmant professeur de runes qui faisait soupirer toutes les filles de l'école.
"Quand êtes-vous arrivé à Poudlard, déjà, professeur Phines ?"
L'autre se raidit, piqué au vif. Ah ! on voulait le faire passer pour le gentil nouveau pas très au fait de la situation, parfait.
"Je sais que vous allez me dire que cela fait qu'un an que je suis là, que je me mêle peut-être de ce qui ne me regarde pas, mais je sais ce qui est arrivé l'année dernière et cet été, dit-il avec aplomb. Or, je me permets de vous rappeler que je suis quand même professeur de cette école, et que nous devrions tous être mis au courant."
Severus le regarda avec un air indéfinissable, teinté de mépris et d'une certaine satisfaction. Il n'avait pas perdu la main, il faisait toujours froid dans le dos. Il n'avait rien à craindre de ses réactions, tant qu'il n'était pas en présence d'Alice.
"- Oui, bien sûr, professeur Phines, dit-il alors, en ne pouvant s'empêcher d'ajouter le nom de son interlocuteur à chacune de ses phrases. Par exemple, vous devez savoir qui était le père de cette jeune fille.
- Oui, un riche sorcier issu d'une grande famille de sorciers de sang pur, il travaillait au ministère et faisait des perquisitions relatives aux arts noirs.
- Ah ! Donc, vous ne savez pas qu'il a essayé de mettre notre pays à feu et à sang. Quel genre de créature croyez-vous qu'il fut ?
- Créature ?"
Severus exultait. Phines ne savait pas toute la vérité sur les Sheller. Personne ne savait. Il en oubliait lui-même que les journaux n'avaient jamais parlé de cette histoire de vampire. Malfoy, s'exprimant pour le ministère, avait uniquement mentionné le cas de possession du professeur Bathory et celui d'un fanatique anonyme qui avait voulu faire revivre la gloire du Voldemort d'antan. Fanatique qui avait tué le professeur McGonagall dans un accès de folie sanguinaire. Il avait habilement manipulé la vérité.
"C'était un vampire, un puissant vampire, qui maîtrisait manifestement la magie antique, fit innocemment le cynique professeur en tapotant son menton du bout des doigts. Il a été détruit comme il faut, par une personne assermentée. Et sa fille n'a apparemment pas supporté sa mort, ni la vérité."
Phines se demandait pourquoi son collègue lui racontait cela, en prenant cet air détaché, et pourquoi il ne sentait pas à l'aise du tout en sa présence. Il avait envie de se sauver en courant, de s'éloigner de lui le plus vite possible. Il n'avait jamais vraiment accroché à sa personnalité ambiguë et difficile à appréhender, il pensait simplement qu'avec un ami comme lui, nul besoin d'ennemis.
"Maintenant que vous savez le gros de l'histoire, voulez-vous d'autres précisions ?"
Severus avait haussé des sourcils interrogateurs.
"- N... Non, merci, fit Phines en réprimant un frisson.
- Alors permettez-moi de me retirer dans mes appartements.
- Bonsoir, professeur.
- Oui, bonsoir."
Et le sinistre maître des potions disparut dans l'obscurité du couloir.
Rayne Phines se laissa tomber contre le mur, une sueur froide coulant entre ses omoplates. Quel curieux personnage, ce Snape, vraiment ! Il avait juste voulu s'informer sur ce qu'il fallait faire vis-à-vis des élèves, qui avaient vécu un traumatisme en étant confrontés à ce suicide, pas qu'on lui fasse un topo complet sur comment, pourquoi, qui était Engel Sheller, le malade qui avait apparemment assassiné un illustre professeur de Poudlard. Phines s'inquiétait pour le bien-être des enfants de cette école, c'était tout. Il prit la décision de tenter d'éviter le sombre Snape le plus possible. Il le mettait décidément trop mal à l'aise. S'il avait été au fait de toute la vérité, il l'aurait évité encore plus.
Il referma la porte de la salle des professeurs derrière lui, histoire de retrouver son calme et de se remettre au travail, en proie à bien des questions et taraudé par le comportement bien étrange du maitre des potions.
Quant à Severus, curieusement, il trouva le sommeil très facilement, cette nuit-là, sa main valide serrant la pierre d'ambre. Il ne pensait déjà plus au rapport à envoyer au ministère, mais à la conversation qu'il aurait le lendemain après-midi avec un ami de longue date.
Au matin, quand il se rendit dans la salle à manger pour y prendre son petit-déjeuner, il fut littéralement frappé par le calme et le silence qui régnaient dans la place. Il vit d'abord le professeur Phines qui le regardait avec un air désapprobateur manifeste, puis Hagrid qui semblait avoir juste fini de pleurer, et les autres, qui avaient apparemment attendu sa venue pour se mettre à parler. Les élèves restaient tranquilles, mangeant sans un bruit, il n'y avait pas même un murmure ; ils étaient à présent tous trop occupés par la conversation animée qui s'élevait de la table des professeurs pour faire autre chose.
Cela durait depuis un bon quart d'heure, lorsque Severus n'y tint plus et se leva brusquement, plaquant ses mains sur la table, regrettant ce geste aussitôt qu'un élancement douloureux le traversa.
"Ça suffit !" s'écria-t-il avec force.
On aurait entendu une mouche voler.
Parfait.
Il poussa un soupir et fit quelques pas pour se mettre en bout de table, pour les avoir tous bien dans sa ligne de mire, ces fichus collègues tout juste bons à critiquer sans jamais rien faire. Il était presque content que cela se passe devant l'ensemble de l'école. Oui, presque content.
"Je vais être très clair, dit-il en appuyant le bout de ses doigts les uns contre les autres, tâchant de prendre une pose très détendue. Je n'ai jamais demandé à assurer l'intérim du directeur. Je n'ai pas du tout l'intention de prendre sa place. J'ai été désigné d'office à la place du professeur Flitwick, qui ne s'est pas manifesté. Que celui ou celle qui n'est pas satisfait de ma gestion des... choses se fasse connaître. Je lui offre cette place dans la minute."
Il avait prononcé ces derniers mots en ouvrant les mains devant lui, joignant le geste à la parole.
Il y eut un vague murmure, mais personne ne se leva ni ne dit mot, pas même Filius Flitwick, à qui la place aurait dû revenir de droit.
Severus se laissa aller à un sourire satisfait, après les avoir tous questionnés d'un seul coup d'œil perçant.
"Oh, tiens, personne ?"
Phines le fusilla du regard. Severus lui adressa un coup de sourcil interrogateur, penchant la tête. Phines baissa les yeux.
"Cet après-midi je dois voir quelqu'un du ministère, pour parler de cette histoire, reprit Severus. J'espère que le genre d'esclandre n'aura plus jamais lieu. Je ne suis pas votre larbin."
Sur ce, il quitta la salle à manger, sans avoir fini son thé.
Il savait parfaitement qu'il venait de jeter un gros pavé dans la mare, mais qu'en avait-il à faire, après tout ? Pourquoi s'abaisserait-il à leur cirer les bottes ? Ils le connaissaient, ils savaient tous qu'il ne voulait pas régenter l'école, il avait refusé la place, lui qui venait juste après le professeur Flitwick sur la liste grâce au privilège de l'ancienneté. Alors dans ce cas, pourquoi l'avoir assommé de questions sur l'affaire Sheller de la veille ? Pourquoi en rajouter une louche sur l'affaire Sheller senior ? Pourquoi évoquer maintenant la disparition de McGonagall et Dumbledore ? Pourquoi faire cela en public devant tous les élèves ? N'avaient-ils donc aucune pudeur ?
Il savait aussi ce qu'il avait à faire. Il aurait ses réponses en fin d'après-midi.
La journée passa aussi lentement que d'habitude, avec quand même une petite explosion colorée pendant l'heure de cours des troisième année de Poufsouffle et Serdaigle.
Puis vint l'heure fatidique où le professeur Snape enfourcha un balai et fila hors de la zone anti-transplanage, puis transplana pour le Chemin de Traverse, à Londres.
Il arriva en temps et en heure, apparaissant nonchalamment dans une petite ruelle calme. Là, il remit de l'ordre dans sa tenue et prit le chemin de son rendez-vous d'un pas décidé. Oui, il était décidé et même parfaitement décidé à demander à ce qu'on le remplace immédiatement à la tête de l'école, décidé à se renseigner sur la conduite à tenir suite à la mort d'un des élèves et résigné à vivre dans l'ombre, comme il l'avait toujours fait. Arrivé devant la Cuillère d'Argent, il prit une grande inspiration et poussa la porte.
L'endroit n'avait pas changé, ça sentait toujours bon la pâtisserie fraîchement cuite au four, et l'ambiance feutrée le rassura inexplicablement.
Il trouva son interlocuteur en train de fumer, le nez plongé dans un journal de courses de chevaux magiques.
"Par les oreilles des Shen'dralar, ce n'était donc pas une blague !" s'exclama Malfoy en posant son journal sur la table.
Severus lui adressa un sourire un rien crispé. Comme s'il était du genre à faire des blagues.
Il s'assit et commanda un Imhotep. La première fois qu'il en avait bu un, c'était ici et c'était avec Draco Malfoy. Il n'aurait jamais pensé avoir besoin de lui, aujourd'hui.
"J'ai... besoin de conseils," fit-il en s'accoudant avec raideur, sans préambule.
Malfoy le regarda d'un air franchement surpris, non sans se laisser aller à un de ses sourires en coin qui voulaient tout dire. Il se pencha en avant et appuya son menton sur ses mains croisées.
Severus remarqua qu'il avait lui aussi choisi de garder sa blessure.
"Pour le suicide, ou pour savoir comment gérer l'école ?"
Ce fut au tour de Severus d'arborer un air surpris vraiment imprenable.
"- Vous n'êtes pas sans savoir que... je sais tout, étant donné le poste que j'occupe, reprit le jeune homme en s'adossant paresseusement à sa banquette, étendant son bras sur le dossier.
- Mais qui vous informe ? demanda Severus avec une pointe d'agacement dans la voix.
- Personne, je le sais, c'est tout, les messages arrivent sur mon bureau comme par magie."
Il se mit à rire doucement, mais se tut bien vite vu la tête impassible que tirait son interlocuteur. Décidément...
"- Qu'est-ce que je dois dire à la famille Sheller ? commença le maître des potions en touillant son Imhotep d'un air absent.
- La vérité."
Il s'étouffa.
"La vérité ?"
Il but une gorgée de son breuvage.
"Madame, votre fille s'est jetée du haut de l'école et s'est écrasée au pied d'une tour sans daigner survivre à sa chute, cordialement, signé Severus Snape, simple professeur de potions ?" reprit-il en regardant son interlocuteur avec sérieux, finissant sa phrase sur un ton sinistre.
Malfoy éclata de rire, faisant se retourner les quelques consommateurs qui semblaient somnoler dans cette ambiance feutrée.
" Vous avez de l'humour, finalement. Allons, professeur, remballez votre mine renfrognée, je vais vous faire une fleur, c'est mon jour de bonté. Je vais envoyer ce courrier à madame Sheller."
Il soupira et exécuta un petit sort avec sa baguette. Une sorte de légère fumée apparut et disparut aussitôt. Rien d'autre.
"Voilà, c'est fait. Tout est réglé. Ayant déjà géré les morts dans votre école l'année dernière, je sais ce qu'il faut faire... fit-il avec une drôle de lueur dans les yeux. Bon, maintenant, que voulez-vous que je vous dise pour votre gestion de Poudlard ?"
Severus haussa les sourcils, comme s'il réfléchissait profondément à ce qu'il allait dire, puis hocha la tête pour se motiver.
"- Je ne veux pas devenir directeur, je ne veux même pas occuper ce poste pour dépanner. Mettez quelqu'un d'autre à ma place, le plus vite possible. Quelqu'un de qualifié.
- Vous estimez ne pas être qualifié ?
- J'estime ne pas être à ma place.
- Dumbledore est irremplaçable, professeur. Sa suppléante n'est plus là non plus. Flitwick n'a pas les épaules pour ça. Il ne reste que vous.
- Comme vous le dites si bien, Dumbledore est irremplaçable. Trouvez quelqu'un d'autre que moi, qui n'aura pas de scrupules à prendre la place de..."
Il se tut.
"Sa place."
Il se leva, tout en prononçant ces mots de façon à ce que Malfoy comprenne pourquoi il refusait. Pour lui, la conversation était finie. Il avait juste eu deux choses à dire, c'était fait, il pouvait rentrer à Poudlard. En espérant qu'il ne pleuve pas.
"- Mais qui ? demanda Malfoy.
- Peu m'importe, un sorcier en qui l'on peut avoir toute confiance, une personne compétente qui sera à l'écoute des élèves, pas comme moi qui n'en ai rien à faire. C'est votre travail, non ? Trouver ce genre de personnes pour l'école ?
- Je fais dans le paramagique, si l'on peut réduire mon activité à cela. Je ne peux que gérer les gens rattachés à mon département. Je ne fais pas de recrutement pour les ressources humaines, moi.
- Considérez que l'école est une activité paramagique et envoyez-y quelqu'un pour me remplacer. De toute façon..."
Il se tut de nouveau, l'air sombre.
Il semblait avoir quelque chose de difficile à dire. Il devait le dire. Il ne pouvait plus continuer ainsi.
"De toute façon, reprit-il en faisant un pas. Vous n'aurez pas d'autre choix que celui de me remplacer. Je vais démissionner. J'ai déjà envoyé ma lettre."
Il jeta un dernier regard à Draco Malfoy et s'en alla, non sans avoir payé sa consommation.
Lorsqu'il arriva à Poudlard, trempé comme une soupe à cause de l'averse qu'il avait reçue juste à la fin de son voyage, il se sentit rempli d'une lassitude incroyable. Il avait délibérément atterri loin du corps de bâtiment principal de l'école, et se tenait maintenant debout sous la pluie, contemplant le château, son balai planté dans l'herbe mouillée, le tenant de façon désinvolte comme s'il n'allait pas tarder à le lâcher pour rentrer en courant. Il ne pouvait détacher son regard des vieilles pierres de l'école, dont les étendards détrempés pendaient lamentablement le long des flèches élancées des tours, pas même mus par le vent. Il se sentait exactement comme cela, vide, sans vie. Il venait de dire qu'il allait démissionner. Il l'avait déjà dit, à Dumbledore, l'année précédente, parce que ce dernier lui avait encore demandé l'impossible.
A cause d'Alice.
Mais cette fois, il ne reviendrait pas sur sa décision. Il ne pourrait jamais rester ici et faire semblant. Jamais. Il n'avait pu réprimer les élans de son cœur alors qu'il avait travaillé à se l'arracher toute sa vie durant, il savait qu'il ne pourrait pas s'en empêcher une seconde fois. C'était trop tard, le mal était fait.
A cette pensée, il sourit.
Quel idiot il faisait, vraiment. Il avait aimé Lily mais il ne le lui avait jamais avoué, parce qu'elle n'avait jamais partagé ses sentiments. Il l'avait un jour traitée de Sang-de-Bourbe alors qu'elle voulait l'aider, et elle s'était définitivement détournée de lui, son ami d'enfance, malgré ses excuses. L'Alice de maintenant était comme Lily, elle n'en avait rien à faire de lui. Qu'il s'en aille ou qu'il soit là, quelle différence ?
Il coinça une mèche de cheveux trempée derrière son oreille et, dans un geste qu'il n'avait pas perdu, jeta son balai sur son épaule puis se mit en marche vers l'école, plongé dans ses pensées. Bien sûr que cela faisait une différence. Pour lui, cela en faisait une.
Il passa la première voûte de pierre qui menait à la petite cour intérieure de l'école, offrant un spectacle peu commun aux élèves qui se trouvaient là, et s'en moquant pas mal, d'ailleurs. Qu'est-ce que ça pouvait leur faire, à tous ? Il n'était pas du genre à pleurnicher parce qu'il était mouillé, cela ne lui faisait pas peur de sortir dans le grand dehors à dos de balai, sous la pluie, la neige, le soleil brûlant. Il en avait vu bien d'autres, et des pires. Cela leur donnerait de quoi ragoter ce soir, au coin du feu au lieu de faire leurs devoirs, oui. Il y aurait de quoi faire des théories sur pourquoi le noiraud était-il rentré tout trempé, son balai sur l'épaule. Quelle chance avaient-ils de ne pouvoir consacrer leurs soirées qu'à ce genre de futilités !
Dire qu'à leur âge, il avait déjà tant souffert...
Lorsqu'il passa la seconde voûte donnant sur la cour principale, il s'aperçut qu'il ne pleuvait presque plus et qu'on le regardait avec autant d'insistance que possible. Dans les coursives, assis sur le muret, se tenaient quelques Serpentard, dont ce bellâtre et ses sbires de la haute société, quel était son nom à celui-là, déjà ? Le maître des potions n'en aurait eu cure, si son chemin vers les cachots ne le menait pas droit sur eux. Apparemment ils semblaient soudain fort intéressés par la venue d'un autre élève. Il n'en aurait vraiment rien eu à faire, si cet élève avait été n'importe qui d'autre qu'Alice.
Il les entendit la siffler. Il sentit ses entrailles se tordre. Il eut envie de leur crier de la laisser tranquille.
Interdit.
Ses entrailles se tordirent bien plus lorsqu'il vit le bellâtre avec son nom prétentieux rejoindre Alice, et passer son bras autour de ses épaules et déposer un baiser sur son front. Elle ne le repoussa pas mais ne répondit toutefois pas à son sourire. Ils disparurent dans l'obscurité du couloir.
Le souvenir de Lily en train de danser dans les bras de James Potter refit surface.
Mais pourquoi penser de nouveau à tout cela ? Pourquoi encore les mêmes images, les mêmes scènes, avec des acteurs différents ? Pourquoi était-il toujours le spectateur incapable de rien dire ?
"Oh, professeur !"
Severus fut tiré de sa torpeur par la voix de Neville Longbottom - mais que faisait-il encore là, celui-là ?
"Oui ?" fit-il en glissant sur lui un regard de biais qui ressemblait à un avertissement avant attaque.
Longbottom fut freiné dans son élan. Il avait beau essayer d'y mettre les formes, il avait beau travailler sur lui-même, il se disait qu'il n'obtiendrait jamais le moindre égard de la part d'un homme comme Severus Snape, qui ne pouvait le souffrir depuis qu'il avait été élève ici. Ce n'était pas faute d'essayer, mais la moindre tentative se soldait toujours par un échec cuisant, alors qu'il aurait pu se comporter différemment, compte tenu de ce que son ancien professeur lui avait fait subir durant de longues années.
"- Il y a du courrier pour vous, répondit Neville avec un soupir. Je ne suis pas venu juste pour... pour vous le dire, mais cela vient du ministère.
- Merci," fit Severus en le plantant là, s'éloignant en traînant le noir nuage de ses pensées derrière lui.
Neville poussa un nouveau très long soupir de soulagement. Il aurait voulu dire à quelqu'un combien cet homme-là respirait la mort à des kilomètres.
Severus ne passa pas par son bureau. Il se rendit directement en salle des professeurs, parce qu'il savait que la lettre dont Longbottom lui avait parlé serait là. Il était prêt à parier que son contenu ne lui conviendrait aucunement. Encore trempé, il s'assit et laissa tomber son balai à côté de sa chaise.
La lettre était bien là, posée sur la table qui lui servait de bureau depuis trois jours. Elle affichait le sceau du ministère avec arrogance. Il avait envie de la déchirer et de la jeter sans la lire, mais il savait fort bien qu'elle lui reviendrait, encore et encore, jusqu'à ce qu'il la lise. Heureusement qu'elle ne possédait pas les effets d'une Beuglante. Il finit par céder, ouvrit l'enveloppe de papier parcheminé et en retira la lettre qui portait l'en-tête du bureau d'investigation de la magie. Pourquoi diable Malfoy lui écrivait-il ? Il s'était simplement attendu à un refus en bloc concernant sa démission.
Malfoy lui expliquait que la famille Sheller avait bien reçu le courrier annonçant la triste nouvelle concernant Rebecca et que les funérailles auraient lieu le samedi. Les camarades de classe de la jeune fille pouvaient s'y rendre, ainsi que ses professeurs. Cela lui faisait une belle jambe. Il devrait encore faire des manières pour une fillette n'ayant pas le courage d'affronter la vérité sur son meurtrier de père. Il irait à cet enterrement, soit.
Ensuite la lettre de Malfoy lui disait qu'il avait trouvé quelqu'un pour remplacer le professeur McGonagall, absolument personne pour le poste de Défense contre les forces du mal, et que sa démission était refusée.
Severus cessa donc de lire dès ces mots parcourus. Il reposa la lettre dans un geste sec. N'allaient-ils donc jamais lui foutre la paix ? Pourquoi était-ce le bureau de Malfoy qui lui signifiait ce refus ? Il le revoyait pourtant bien lui dire qu'il n'était pas aux ressources humaines.
Il aurait tout simplement voulu quitter l'école une bonne fois pour toutes. Retourner dans sa petite maison sise Impasse du Tisseur à Cokeworth et y finir ses jours, seul entre ces murs froids et silencieux. Il semblait pourtant que personne ne voulait qu'il abandonne les lieux aux mains d'un autre. Il n'était pourtant pas de taille à gérer l'école de Poudlard, il n'était pas Albus Dumbledore, il n'était que Severus Snape, un simple professeur de potions. Certes, Dumbledore aussi avait été professeur, mais il était d'une autre envergure, d'une autre puissance, il était un homme bon et généreux, peu importe ses erreurs passées, peu importe sa vie et ses choix.
Ruminant ces sombres idées, Severus retourna à ses appartements. Il avait envie d'un bon bain bien chaud, il avait envie de s'enrouler dans des vêtements secs, il avait envie de s'asseoir sur le vieux canapé devant la cheminée et de fumer en lisant un bon livre, histoire de penser un peu à autre chose, pendant cinq petites minutes, il se serait même laissé aller à s'endormir devant le feu.
Il poussa la porte de son antre d'un geste las et jeta son balai sur le côté avec désinvolture. Le balai tomba contre l'armoire à portes vitrées la plus proche et y brisa un panneau de verre. Il poussa un soupir déchirant et laissa tout en plan. Il était fatigué. Vraiment, littéralement.
Finalement, il en venait à se demander s'il avait choisi la bonne option, si Dumbledore ayant décidé de mourir l'avait poussé lui-même à trouver cela normal. Bien sûr qu'il n'avait pas choisi la bonne option. Il ne savait pas ce qui l'affectait le plus : la mort du doyen, la perte d'Alice, la découverte de son propre cœur bien vivant au fond de lui, le fait qu'il était devenu une créature encore plus répugnante, la somme des quatre...
Agacé par ces réflexions stériles, il s'enfonça jusqu'aux oreilles dans un bain bouillant, parfumé avec ces herbes qui apaisent l'esprit, un verre de son vin préféré posé sur une tablette du mur. Il était furieux d'être ainsi attendri par les évènements passés. Il était furieux de s'être laissé attendrir. Il avait laissé l'amour de cette fille le toucher et démolir le mur qu'il avait mis tant de temps à édifier. Il se maudissait. Il la maudissait. Il maudissait son père de l'avoir cogné pendant trop longtemps. Il maudissait sa mère de n'avoir jamais rien fait pour empêcher cela et de l'avoir abandonné. Il maudissait Lucy d'avoir mis Alice au monde. Il maudissait Dumbledore d'avoir perdu la vie.
Il avait toujours été quelqu'un de faible. S'il avait été fort, il n'aurait jamais laissé les autres le forger comme ils le voulaient, pour le rendre tel qu'il était maintenant. A cause de cette faille, il était devenu encore plus faible et l'amour qu'il ressentait le rendait fou, il refusait d'être faible de nouveau. A cause de cela il ne pourrait jamais être un bon directeur pour cette école. C'était impossible. Il ne le fallait surtout pas. Et puis, depuis le temps qu'il essayait d'apprendre quelque chose à tous ces petits imbéciles qui ne s'intéresseraient jamais à son art...
Il tendit la main pour prendre son verre et le finit d'un trait. Il était resté à végéter pendant trop longtemps. Maintenant, il avait grand besoin d'aller prendre un peu l'air, histoire de se dégriser un peu et surtout, histoire de peut-être tomber sur un élève à tancer vertement - il avait quelque peu perdu la main, ces derniers temps.
Il était tard, maintenant, la pluie tombait toujours, le ciel était d'un noir d'encre et une odeur douceâtre de terre mouillée flottait dans l'air. C'était agréable, en fait. Il se sentait chez lui, la nuit.
Il n'y avait personne, dans les couloirs. Il n'y avait pas un bruit, sinon celui du vent qui sifflait dans les hauteurs de la grande bâtisse et le bruissement feutré des fantômes.
Il laissa ses pas le guider à travers l'école, monter certains escaliers et l'amener jusqu'à la plateforme de marbre de la tour d'astronomie. L'endroit maudit où tout avait commencé. C'était ici que s'était trouvé Alice avant qu'il ne l'empêche de croiser la créature dans les couloirs, la première fois qu'il avait été confronté à elle, c'était ici que cette garce d'Eswann Bathory avait jeté ses premiers maléfices, ici qu'elle avait accompli le rituel pour devenir un monstre sanguinaire, ici que tout le monde avait cru qu'elle était la maîtresse du jeu, ici qu'ils étaient tous partis vers le néant, ici qu'il avait empêché Alice de faire comme Rebecca Sheller.
C'était ici qu'était morte cette dernière.
La pluie qui tombait avait quelque chose d'envoûtant. Des restes de magie noire flottaient peut-être encore dans l'air. Quelle véritable raison avait poussé Rebecca Sheller, très bonne élève et très bon parti, à se jeter du haut de cette tour ? Qu'avait donc cette tour, pour qu'Eswann la choisisse comme endroit sacré pour elle ? C'était le site le plus haut de l'école, et après ? En son centre, il y avait une convergence des astres. Le vent balayait toujours le marbre froid. Était-ce suffisant ? Fallait-il en interdire l'accès définitivement ? Il ne s'imaginait pas trop annoncer cela à Aurora Sinistra.
Le maître des potions alla s'appuyer sur le rebord de marbre duquel Alice avait tenté de mettre fin à ses jours, dos à l'extérieur, les mains posées de part et d'autre de ses jambes, qu'il avait nonchalamment appuyées l'une sur l'autre, s'amusant à battre la mesure de la pluie avec ses pieds. Il ne pouvait détacher son regard du centre de la vaste pièce, il ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'il adviendrait de lui, s'il retournait sur la lande des damnés. Il n'y aurait rien pour lui là-bas. Il ne savait même pas ce qu'il était advenu des restes d'Engel Sheller. Il ne savait même pas comment y retourner.
Il se remémora le combat.
Ethan avait montré quel bon duelliste il était. L'échange avec Sheller avait été spectaculaire, ils avaient tous deux usé de leurs pouvoirs dans un magnifique ballet de sortilèges très puissants. Cette démonstration de magie antique avait fasciné l'ancien mage noir. Puis Ethan avait pris le dessus et Sheller n'avait montré aucune résistance, comme s'il savait que c'était perdu d'avance, il avait pleuré comme une fillette juste avant l'estocade finale, et puis, plus rien. Son corps et sa tête avaient été brûlés, comme ceux des Drake, au même endroit.
Qu'est-ce que le sort de Dumbledore avait touché, à part le gardien du secret et les trois dernières personnes présentes et conscientes ? Ces trois fous qui avaient payé de leur sang. Ces trois fous qui avaient décidé de tuer un mage unique pour laisser vivre une simple gamine, parce que l'homme qui l'aimait l'avait exigé.
Il commença son cours, le matin même, avec ces sempiternelles questions en tête, le visage plus fermé qu'il ne l'était permis, pire qu'à l'accoutumée. Il avait très peu dormi. Il expédia les deuxième année au bout d'une heure, avec un devoir bien corsé à rendre pour le lundi suivant, et accueillit la classe suivante avec un intérêt certain. C'étaient les septième année de sa propre maison, mélangés à la maison des Gryffondor, comme d'habitude.
Assis derrière son lourd bureau de bois massif, il les considéra d'un seul regard, bras croisés, le bout de ses doigts tapotant le pli de son coude, puis décida que la configuration de la classe ne lui convenait pas. A mi-voix, il ordonna que chaque Serpentard prenne place à côté d'un Gryffondor. Il voulait surtout qu'Alice ne soit plus à côté de ce bellâtre détestable, Amon Preston-Butler.
Jalousie.
C'était presque une nouveauté pour lui. Après des années à oublier Lily et James Potter, il découvrait à nouveau cette sensation fourbe qui prend vos tripes et les tord de sa main froide, comme pour rappeler une sorte de faim, une envie que l'on ne peut assouvir pour quelque chose que l'on voit volé par un autre. Il était professeur et ne devait pas se laisser aller à de tels élans, mais là, c'était tellement plus fort que sa lucidité qu'il ne put donc s'empêcher de mettre la classe sans dessus dessous.
Dire qu'avant, il n'avait jamais fait attention à cet élève plus que cela... C'était un vantard toujours suivi de la même cour de sbires ridicules, depuis leur première année. Il avait des notes moyennes, faisait partie de l'équipe de Quidditch, mais ne sortait pas vraiment du lot à part peut-être en sortilèges, si sa mémoire était bonne. Son père occupait une très bonne place dans la société sorcière, il travaillait au ministère de la magie, où il occupait également une très bonne place. Ils étaient riches. Sans intérêt, donc. Maintenant, il ne voyait plus que lui et cela lui était insupportable, à se demander comment il avait pu tolérer l'existence de Gabriel Waters.
Il balança donc un petit devoir surprise, histoire d'être tranquille et de pouvoir surveiller la classe depuis son bureau, nerveux, électrique, prêt à bondir. Le thème : réaliser une potion assez facile, tirée au hasard.
Il ne se passa rien. Preston-Butler ne fit même pas montre de son arrogance coutumière et resta sagement en retrait de son binôme, qui semblait plus à l'aise avec l'art des potions que lui. Il avait l'air d'avoir compris que son professeur ne lui ferait pas de cadeau, au regard qu'il lui avait lancé dès qu'il avait voulu commencer à faire le paon, parce que la personne qui travaillait avec lui était une fille. Celle-ci sauva d'ailleurs leur note. Quand le jeune homme se rendit compte qu'elle avait parfaitement réussi la potion, là où d'autres essayaient de cacher une couleur traitresse ou éventaient une fumée nauséabonde du dessus de leur chaudron, il se laissa tomber sur son tabouret, avec un sourire satisfait collé sur le visage.
Severus s'en aperçut, alors qu'il déambulait entre les tables histoire de superviser un peu les dégâts. Il vint les rejoindre et se planta devant le chaudron, bras toujours croisés. Il toisa Amon de toute sa hauteur, sans parvenir à lui faire quitter son sourire satisfait. La Gryffondor semblait nerveuse. Le professeur Snape rendait tout le monde nerveux, les Gryffondor plus que les autres.
"- Quelle est la potion que vous avez élaborée, monsieur Preston-Butler ? demanda Severus, desserrant à peine les mâchoires.
- La... commença la Gryffondor.
- Vous appelez-vous Preston-Butler ? gronda le professeur en lui assénant un de ses regards les plus sombres.
- N... non, professeur.
- Alors ne répondez pas à sa place."
Tout le monde s'était déjà retourné vers eux.
Severus pouvait sentir le poids d'une vingtaine de regards hostiles sur ses épaules. Il s'en fichait éperdument. Il se devait d'entretenir la haine des élèves pour lui. Il n'était pas là pour être leur ami. Il était là pour leur apprendre l'art des potions, que cela leur plaise ou non. Il était là pour montrer que c'était lui le seul maitre à bord.
"Alors, monsieur Preston-Butler ?" reprit-il froidement.
Le jeune homme avait déjà perdu son insolent sourire de satisfaction. Il allait récolter quelques heures de colle, et il était sûr que même en donnant le nom et les ingrédients de la potion, il les prendrait quand même. Autant jouer la franchise.
"- Une potion pour réparer les os, la Génèros, répondit-il du bout des lèvres.
- Composition ?
- Je ne sais pas, c'est elle qui l'a faite," fit Amon en désignant sa camarade d'un arrogant coup de menton.
La jeune fille rougit jusqu'aux oreilles. Snape afficha alors un sourire satisfait, à son tour.
"Bien. Quelle franchise. Je ne vous collerai pas, mais la note ira à votre camarade malgré sa langue bien pendue, dit-il en décroisant les bras. En revanche, c'est la dernière fois que vous restez là à ne rien faire. Je sais très bien qui vous êtes, mais cela ne m'empêchera pas de vous juger comme vous le méritez. Est-ce clair ?"
Amon blêmit. Ce fourbe de prof ne perdait rien pour attendre. Pour qui se prenait-il, ce sale parvenu ?
Il acquiesça toutefois, histoire de ne pas s'en reprendre une volée dans la seconde qui suivait. Mais dès que Snape eut le dos tourné, il lui adressa un vulgaire doigt d'honneur indigne de son rang, mais qui lui fit un bien fou. S'il avait pu, il lui aurait envoyé un bon petit sort bien chargé, histoire de le faire valdinguer jusqu'au plafond, pour qu'il s'écrase lamentablement au sol en retombant. Juste au moment où son bras retombait, son forfait accompli, il vit Snape se retourner légèrement, pour le regarder du coin de l'œil.
C'était comme s'il l'avait vu faire.
Il en frissonna.
A la fin du cours, tout le monde quitta les lieux avec empressement, en parlant sous cape de ce qui s'était passé pendant le devoir. Ah, il aurait les oreilles en feu, aujourd'hui, le noiraud !
Une seule personne était restée. La deuxième à avoir réalisé sa potion sans aucune erreur, en silence, l'améliorant peut-être même un peu légèrement, et la seule à ranger consciencieusement ses ingrédients dans le coffret en bout de table, comme d'habitude, alors que les autres étaient partis en laissant tout en plan. Ils n'apprendraient donc jamais.
Il ne s'en aperçut pas tout de suite, occupé à noter les évènements dans le cahier de marche et à mettre une note prédéfinie devant le nom de chaque élève, qu'il maintiendrait ou non après vérification des chaudrons. Il la vit quand elle se planta devant le bureau, son sac toujours accroché à son épaule.
Il lui sembla mettre un temps infini avant de prononcer ne serait-ce qu'un mot.
"Quoi, encore ?"
Elle parut surprise par le ton sec qu'il avait employé.
"Je voulais juste m'assurer que vous n'aviez pas oublié que je reviens cet après-midi, à la place de la divination," dit-elle clairement.
Non, il n'avait pas oublié. Et puisqu'il était condamné à rester à l'école, il n'avait pas l'intention de la laisser croupir parmi les élèves d'une classe inférieure, à perdre son temps alors qu'elle excellait déjà dans cette matière. Il y avait bien pensé, une bonne partie de la journée.
"- J'ai quelque chose à vous proposer, dit-il sans quitter son air distant et froid.
- Oui ? s'étonna la jeune fille, laissant son sac glisser de son épaule pour s'appuyer contre le bureau massif.
- Pendant ces trois heures supplémentaires, j'apprécierais que vous m'assistiez."
Elle sentit ses jambes se dérober sous elle. Elle sentit le sang quitter ses joues. Elle sentit son cœur se mettre à battre plus fort après avoir raté un battement.
"- Heu... C'est à dire...
- C'est sans appel.
- Mais c'est à dire que..."
Comment lui dire ? Elle ne voulait pas passer pour ce qu'elle n'était pas. Alors tant pis.
"- Je suis tellement contente ! dit-elle en laissant un sourire éclater sur son visage.
- Vous... Quoi ?"
Ce fut au tour du professeur de sentir son cœur faire un raté. Il ne s'était pas du tout attendu à une telle réaction. Il n'avait encore jamais vu quelqu'un être content d'un ordre donné par ses soins.
"Je vous promets de ne pas vous décevoir !" continua Alice sur sa lancée, griffant le nouveau mur qu'il s'était remis à ériger autour de lui.
Il resta silencieux, stupéfait, parce qu'il ne savait pas quoi dire du tout. Il avait cru lui infliger une horrible sanction, et il découvrait qu'en fait elle était contente ; c'était très déconcertant. Il oubliait que son passé était différent, désormais. Il ne savait pas qui elle était, ni comment elle était, ni ce qu'il était pour elle.
"J'ai un cours, je dois y aller, maintenant," ajouta Alice en partant.
Il ne dit rien, là non plus.
Avant de quitter le cachot, elle se retourna et lui adressa un nouveau sourire, puis s'en alla.
Cela l'acheva.
C'était nouveau, cela aussi, pour lui. Il ne se souvenait pas l'avoir déjà vue sourire de cette façon. Il avait eu envie de tendre la main pour toucher sa joue, comme avant. Et puis il s'était rappelé l'avertissement de Dumbledore.
Il resta taciturne tout le reste de la journée, jusqu'au moment des cours qu'il devait faire avec elle. Le premier accueillait les première année de Poufsouffle et Serdaigle, le deuxième, les troisième année de Gryffondor et Serpentard. Cela promettait d'être grandiose, quand on savait que chez Gryffondor, il y avait toujours la crème de la crème des élèves les plus mauvais en potions que Poudlard ait jamais compté, à part deux, en toute objectivité.
Les élèves s'étaient déjà tous installés, prêts à commencer le cours, livres ouverts, baguette en attente et les yeux fixés sur leur professeur, qui semblait vouloir mettre le feu à la porte du cachot juste par la pensée, vu le regard enflammé qu'il dardait sur l'entrée.
Cela faisait maintenant un bon quart d'heure que le cours aurait dû commencer. Tous les cornichons étaient sagement installés, et elle n'était pas là. Comment avait-elle osé ne pas venir ? Comment avait-elle osé lui faire front de cette manière, surtout après son offre, et après sa réaction enjouée ?
Severus finit par s'apercevoir que ses élèves le regardaient comme s'il était devenu le clou d'un spectacle dont il n'avait pas encore eu vent. Il toussota et se leva doucement, déplia lentement les bras et fit bouger ses doigts comme pour les dégourdir. Sa main blessée lui faisait mal. Il eut une pensée meurtrière à l'égard d'Alice. Elle allait lui payer cette mauvaise farce. Tout en avançant entre deux rangées de table, conscient des têtes effrayées qui se retournaient sur son passage, il se mit à parler lentement, sourdement, énumérant le contenu du cours à suivre comme s'il était seul. Il donna les instructions, les ingrédients, puis retourna s'asseoir derrière son bureau.
Le reste du cours se passa dans le calme, il y eut à peine quelques murmures, mais tout se passa bien. Ils finirent par partir et être remplacés par le cours suivant. Elle ne vint pas non plus.
Il fit exactement la même chose, aussi lentement et sourdement qu'avec l'autre classe. Il était écœuré. Bouillait de colère contenue. Il n'était qu'un imbécile. Il s'était comporté comme un gamin.
Une fois le cours terminé, il resta un moment à consigner les deux heures passées dans le cahier de marche, avant de quitter la salle de classe et de se rendre en salle des professeurs. Il pleuvait toujours, c'était étonnant qu'il n'y ait aucun écho concernant d'éventuelles inondations. Avec de telles pluies, le niveau du lac avait dû monter, et les serres de Longbottom devaient être dans un sale état, mais bon, avait-il besoin de se soucier de ces choses matérielles, alors qu'il bouillonnait encore du lapin que la petite effrontée lui avait posé, deux heures auparavant ?
Alors qu'il longeait la coursive qui descendait vers la salle des professeurs et qui donnait sur la petite cour intérieure, il tomba sur le groupe de Serpentard que menait ce prétentieux fils à papa de Preston-Butler. Il était entouré de toutes ses groupies piaillant sans cesse et de sa prestigieuse clique de sang-pur, mais Alice n'était pas là. Ils stationnaient sur leur muret de prédilection, à rire grassement au lieu d'être en salle commune pour travailler sur leurs devoirs. Et Alice n'était pas là.
Severus haussa les épaules et continua son chemin vers eux, jusqu'au moment où son regard acéré croisa celui d'Amon. Le jeune homme semblait assez content du fait que leur pire professeur passe près d'eux sans leur asséner quelque chose comme "allez en salle commune, bande de crevures fainéantes !". A vrai dire, il le défiait ouvertement du regard, c'était presque s'il n'allait pas venir lui taper dans le dos en lui disant que c'était la fête, n'est-ce pas, nous ne sommes pas en train de bosser et vous ne dites rien, avouez, cher professeur, que vous n'êtes plus l'homme que vous étiez. Vous n'êtes qu'un pauvre type, un paillasson sur lequel tout le monde s'est essuyé les pieds, tout le monde sans exception, hein, sale menteur, sale fourbe, vous n'êtes rien. Votre vie entière n'est qu'une mascarade.
Le paillasson s'arrêta à leur niveau et lâcha froidement un "si vous n'êtes pas en salle commune dans deux minutes en train de faire vos devoirs, vous êtes tous en retenue pendant une semaine" entre ses dents. Cela eut un effet quasi immédiat. Les gosses débarrassèrent le plancher en quatrième vitesse, le bellâtre compris. A peine satisfait, le maître des potions put enfin se rendre en salle des professeurs. Il alla directement voir Longbottom, qui sursauta et rougit immédiatement, se sentant pris en faute comme à chaque fois que Severus s'adressait à lui - il aurait pu venir avec des fleurs ou des chocolats, cela aurait été la même chose.
"Auriez-vous vu Alice Drake ?" lui demanda-t-il sans détour.
Neville afficha un air étonné des plus sincères.
"- Non, dit-il en levant les yeux vers l'homme qui lui faisait le plus peur depuis des années.
- Non ? Mais comment cela, non ?
- Elle avait cours avec vous, je ne l'ai pas vue depuis le petit déjeuner.
- Elle n'était pas là, et..."
Severus se tut aussitôt. Il se rappelait le regard de Preston-Butler et son sourire en coin satisfait.
"- Je voudrais que vous alliez voir vers sa salle commune, demandez à quelqu'un si elle y est, et revenez me rendre compte dans... dix minutes, dit-il en partant vers la sortie.
- Mais... Et vous ?
- Je vais à l'infirmerie."
Il espéra qu'elle serait là. Qu'importait dans quel état, il voulait qu'elle soit à l'infirmerie. Quand elle disparaissait, elle se retrouvait toujours à l'infirmerie. Il oubliait encore une fois qu'elle n'était plus la même, il oubliait qu'elle n'avait peut-être pas les mêmes pensées, les mêmes réactions, il oubliait qu'elle était peut-être heureuse, maintenant, il oubliait qui elle était. Il entra dans l'infirmerie comme une furie, faisant peur à madame Pomfrey qui terminait de faire un lit, dans un coin.
Un rapide coup d'œil circulaire lui fit prendre connaissance du fait accablant que chaque lit était vide.
"Vous a-t-on amené un élève aujourd'hui ?" demanda-t-il avec raideur.
Madame Pomfrey hocha la tête négativement, surprise. Elle n'eut pas le temps de demander pourquoi qu'il était déjà parti. Décidément, cet homme-là...
Il repartit vers la salle des professeurs. Là-bas, Longbottom lui fit le même rapport négatif.
"- Voulez-vous bien aller chercher du côté du lac ? fit Severus sans trop y croire.
- B... Bien sûr, bredouilla le pauvre Longbottom, surpris qu'il le lui demande. Pensez-vous que...
- Elle peut être vers la... tombe du doyen."
Il avait eu du mal à le dire. Il aurait toujours du mal à le dire. Dumbledore était mort. Il ne reviendrait plus. Il n'était même pas dans la tombe érigée pour lui, sur cette île ruisselante de pluie. Il avait aidé à tuer le plus grand sorcier qu'il ait jamais connu. Il...
Il soupira sèchement, il fallait qu'il se reprenne, que diable ! Bientôt il irait s'inscrire au club de broderies des Sorcières au foyer, s'il continuait sur cette lancée.
"Je vais la chercher dans l'école," dit-il en se grattant la main.
Longbottom n'eut pas le temps de dire ouf que le professeur de potions était déjà parti. Il s'arma de son parapluie et sortit sous la pluie, direction le lac. Il espérait la trouver, mais il espérait aussi que ce ne serait pas une mauvaise surprise comme la petite Sheller. Il n'avait aucune envie de tomber sur une élève morte.
De son côté, Severus montait en courant les escaliers de la tour d'astronomie. Puisqu'elle n'était pas à l'infirmerie, il était sûr de la trouver là. Il était sûr qu'elle s'était réfugiée ici parce qu'elle n'avait pas pu les planter de cette manière, lui et son cours, pas après la démonstration dont elle l'avait gratifié. Il se trompait lourdement. Il n'y avait personne, ici. Seulement la pluie battante et le vent, comme la nuit dernière, quand il était venu broyer du noir ici, à l'heure où tout le monde dort du sommeil le plus profond.
Mais où pouvait-elle être, nom d'une lampe à huile ? Cet abruti de Preston-Butler ne pouvait quand même pas l'avoir séquestrée, non ? Et si elle était tout simplement dans la salle commune Serpentard et que Longbottom avait mal cherché ?
Il repartit sur ses pas, courant presque vers le cachot douillet de la maison du grand Salazar. Il prononça le mot de passe devant le mur pour que le serpent de pierre se déroule, et entra.
Décidément rien n'avait changé pour lui. Il avait toujours aimé et haï cet endroit. Il avait passé sept ans reclus ici, à souffrir et à continuer à ériger son mur protecteur. Il y avait connu la trahison et les amis. William Drake, le futur époux de Lucy... Entre autres, Avery et Mulciber, ses mauvaises fréquentations reprochées par Lily, à juste titre... Il avait été accueilli par Lucius Malfoy juste après sa répartition, et Narcissa plus tard. Qu'était-devenu madame Malfoy ? Il n'avait jamais songé à demander de ses nouvelles à son fils. Pour quoi faire, de toute façon ? Elle avait perdu la tête et ne sortait jamais plus de son manoir.
Il était à des lieues de se douter que Draco avait tué sa propre mère, pour la sauver d'Engel Sheller.
Il ressentit comme une sorte de nostalgie en s'arrêtant en haut des marches. L'endroit était toujours aussi froid et chaleureux, un bon feu flambait dans l'immense cheminée dans laquelle on aurait pu tenir debout, des élèves parlaient ça et là, assis autour de tables de bois massif ou bien dans de profonds sofas confortables, des tentures dans les tons de vert foncé les plus improbables étaient déclinés pour habiller les murs et des tapis moelleux couvraient les sols pavés de pierre de taille. Les voûtes de style gothique du plafond finissaient d'ajouter du charme à cet endroit insolite. Il n'y avait pas de fenêtres, bien sûr, puisque les cachots se trouvaient sous les rives du lac. Seules les chambres affleuraient à sa surface.
Depuis quand n'était-il plus venu en ces lieux, en tant que directeur ? Il ne s'aperçut même pas de la surprise que sa seule présence, même silencieuse, provoquait chez les quelques élèves se trouvant là. Ils s'étaient tous mis à chuchoter. Il n'y fit pas vraiment attention, il n'avait qu'une idée en tête.
"L'un de vous aurait-il vu mademoiselle Drake ?" demanda-t-il clairement mais froidement, le poing sur la hanche, du haut des larges escaliers.
Les regards se firent plus surpris encore, les chuchotements s'intensifièrent. Si le directeur de maison se déplaçait pour un élève, c'est que la raison devait être grave.
"Personne ne l'a vue depuis un moment, professeur, intervint une jeune fille blonde, élève de septième année. Elle a disparu avant le déjeuner, après votre cours."
La jeune fille s'était levée. Ce n'était pas parce qu'elle voulait rendre service, mais elle n'avait aucune envie de se retrouver collée à cause de cette petite intrigante de Drake.
"- Disparu ? Comment cela, disparu ? répéta Severus, interloqué.
- Elle était avec sa bande, comme d'habitude, et puis elle et Amon... enfin, Preston-Butler, sont partis de leur côté, continua la blonde, un peu mal à l'aise. Et... heu..."
Elle se tut. Elle avait peur de dire les choses. Elle craignait la bande d'Amon, comme presque tous les autres élèves de la maison. Il persécutait tout le monde, sauf ceux qu'il avait à sa botte. Ceux qui étaient moins riches, moins prestigieux, moins purs. Les gens comme elle.
"Mais parlez, enfin !" s'exclama Severus, qui commençait à perdre patience.
Il avait compris pourquoi elle avait du mal à parler, mais tout de même !
"Il est revenu sans elle, au déjeuner, ils étaient tous là sauf elle," finit par dire la jeune fille.
Le professeur descendit quelques marches pour s'approcher d'elle. Pendant un instant, elle crut qu'il allait lui hurler dessus et eut un vif mouvement de recul, ce qui parut surprendre l'homme, à l'expression de son visage. Elle leva les mains et bredouilla quelque chose d'inintelligible, comme des excuses, ou quelque chose dans le genre.
"Cet élève, ce Preston-Butler, exerce-t-il sur vous une quelconque pression ?" demanda Severus en s'étonnant lui-même.
La fille adopta à son tour le même masque de surprise. Severus, quant à lui, vit que d'autres élèves, pas tout à fait une dizaine, s'étaient approchés de la scène.
"- En fait... commença la fille, jetant des coups d'œil aux autres, comme pour demander leur approbation.
- Ca va, je ne vais pas aller lui répéter, fit Severus, très agacé par son hésitation. Parlez.
- On a tous peur des représailles sur nos familles, dit un garçon derrière.
- Si on fait quelque chose contre lui, il ira se plaindre à son père, il travaille au ministère, il dit tout le temps qu'il peut écraser nos familles," ajouta un élève plus jeune.
Ils n'avaient donc pas cassé le moule à fabriquer les extraits de Malfoy ? Dans un sens, c'était amusant, dans un autre, cela ne l'était pas du tout, il savait ce qu'était l'oppression, il avait vu son père jouer de sa force sur sa mère. Sa force... Quelle plaisanterie.
Ainsi donc, le petit fiston à son papa Amon Pesto-Buckler jouait les gros durs avec les autres élèves. Lui et sa petite bande de sous-fifres osaient faire la loi dans l'école. Dans sa maison. SA maison ! Il n'en avait jamais rien su, en six ans. Bien, il avait donc même réussi à rater sa vocation de directeur de maison, parfait.
"Bon ! s'exclama-t-il alors, satisfait malgré la découverte de ce nouvel échec. Nous n'avons jamais eu cette conversation. En revanche, si jamais l'un de vous a des soucis avec ce jeune homme de bonne famille, il y va de votre intérêt de venir m'en parler immédiatement. Je ne veux pas de problème de cet ordre-là dans ma maison. Est-ce clair ?"
Ils hochèrent tous la tête dans l'affirmative.
"- Est-ce clair ? insista le maître des potions, appuyant sa question d'un de ses regards noirs.
- Oui, professeur ! répondirent-ils tous en chœur.
- Bien. Si jamais vous voyez mademoiselle Drake, dites-lui qu'elle est convoquée dans mon... dans la salle des professeurs. Bonsoir."
Il avait déjà tourné les talons pour s'en aller.
La jeune fille blonde le rattrapa avant qu'il ne sorte, alors que les autres élèves avaient déjà repris leurs occupations, agrémentées de la dernière nouveauté en date, "vous avez vu, il se soucie de nous ?" ou encore "qu'est-ce qu'il a le noiraud, il est malade ?".
"Je me mêle peut-être de ce qui ne me regarde pas, dit la blonde sur le ton de la confidence. Mais avec Soren, on se demande si Amon ne s'en prend pas à Alice..."
Severus hocha la tête, tout en faisant en sorte de ne pas montrer que l'ire flambait de nouveau en lui.
"- Vous voulez dire...
- Je veux dire qu'il la frappe, professeur."
Un frisson glacé lui parcourut le dos.
Oh, très bien. Il allait écraser la tête de ce petit cafard d'Amon comme une pastèque, de ses propres mains, si cette fille disait vrai.
Il repartit sans un mot.
Intéressant, cette conversation. Il n'avait pas eu envie de rendre justice comme cela depuis un long, très long moment. Ah, l'héritier Preston-Butler faisait la loi et écrasait les autres ? Il irait lui expliquer comment se passait la vie à la maison Serpentard dès qu'il l'aurait trouvé. Et s'il avait fait du mal à Alice, il le tuerait. Il ne laisserait personne la toucher. Plus jamais.
Il errait dans les couloirs, sans but, l'esprit envahi par l'envie de démolir quiconque se mettrait en travers de sa route. Il avait abandonné sa mère, il avait abandonné Lily, il avait abandonné Dumbledore, il avait abandonné Alice. On lui offrait une nouvelle chance de se racheter ? Il ne la laisserait pas passer, cette fois.
Où pouvait-elle être ? Elle se cachait. Elle devait forcément se cacher. Où allait l'autre Alice, avant ? Sur son balcon ? Elle n'y était pas. Sur les toits ? Elle n'y était pas. Où Ethan l'avait-il découverte, la fois où...
Bien sûr ! C'était d'une évidence. Comment avait-il pu oublier ? Il n'y avait que loin de tout et du bruit du monde qu'elle pouvait être en paix, près du ciel. Elle ne pouvait pas avoir été transformée au point de ne plus aimer cet endroit.
La porte menant aux combles de la tour de Serdaigle n'était pas fermée. Elle n'était jamais fermée. N'importe qui pouvait monter les étroites marches de bois poussiéreux et se rendre là-haut. Mais personne ne le faisait, sauf elle. Elle allait toujours sous le saule, quand elle avait besoin de calme. Ici, c'était un endroit caché proche du ciel, elle pouvait y pleurer tout son soûl sans être dérangée.
Il gravit les marches un peu trop vite et se cogna la tête à la trappe qui condamnait l'accès aux combles. Il la repoussa dans une grande envolée de râles et se retrouva dans le noir le plus complet.
Il eut le temps de voir l'éclat furtif d'un fantôme disparaitre dans un doux chuintement. N'était-ce pas ici que trainait Cedric Diggory, incapable de quitter cet endroit ?
Effaçant cette pensée d'un geste, il sortit sa baguette magique et prononça un "Lumos" énervé. La lumière qui émanait de la baguette n'éclairait pas à trois mètres. Ce ne fut qu'en avançant au hasard dans la pénombre qu'il la trouva, appuyée contre un pilier de bois, au milieu de la vaste pièce vide et froide.
Il s'arrêta net à sa vue, raide comme un piquet. Que fallait-il dire ? Que devait-il faire ? Elle l'avait forcément entendu, alors pourquoi ne disait-elle rien ? Pourquoi ne bougeait-elle pas ? Était-elle...
Il avança encore et se pencha vers elle, afin d'éclairer son visage.
Elle le regardait fixement, comme si elle l'avait suivi du regard depuis son entrée. Elle ne paraissait pas du tout surprise de le voir ici.
Il s'écoula un long moment silencieux, gênant, avant qu'il ne prenne conscience de son apparence. Il la regardait sans la voir, comme s'il refusait l'évidence. Il venait de découvrir l'ecchymose, mais il ne pouvait se résoudre à concevoir que c'était son visage qui était abimé de la sorte. Il voyait la lèvre fendue, mais il était impossible qu'elle puisse être dans cet état.
Ce fut Alice qui choisit de briser le silence.
" Il a dit que si je n'arrêtais pas tout de suite, il m'en ferait passer l'envie."
Cela ne voulait rien dire.
Et ces paroles, il les avait entendues plus souvent qu'à son tour, quand il était enfant.
Elle avait eu du mal à parler. Elle avait l'air fatigué. Elle ne paraissait pas avoir pleuré. Elle devait souffrir. Il y avait ce bleu, à l'endroit où sa lèvre était fendue.
"Arrêter quoi ?"
Sa propre voix le fit sursauter. Et puis, il n'arrivait pas à bouger. Il restait planté là. Il craignait de faire quelque chose qui la ferait fuir loin et pour toujours. Comme si elle n'était qu'une apparition qui disparaîtrait à la moindre parole, au moindre geste, comme le fantôme tout à l'heure. Il se souvenait de ce que Dumbledore avait dit : il ne devait jamais forcer sa mémoire, par quelque moyen que ce soit.
Elle ne répondit pas. Elle semblait maintenant à deux doigts de se mettre à pleurer, il voyait ses yeux briller. Elle pleurait tellement souvent, avant, il l'avait vue pleurer tant de fois. Il l'avait vue blessée, le visage en sang. Il l'avait vue à l'agonie, chez Hagrid. Il l'avait vue comme morte, à Noireterre.
"Arrêter quoi ?" répéta-t-il entre ses dents.
Elle esquissa un pauvre sourire, qu'elle réprima en aspirant l'air d'un grand coup, à cause de la douleur.
"Arrêter de retourner vers vous."
Il chancela, effondré d'entendre une chose pareille. Il lâcha sa baguette, qui roula un peu plus loin, laissant la scène dans l'obscurité. Il alla la ramasser en maugréant, maudissant ce petit crétin de fils à papa et sa propre condition de chiffe molle.
Plutôt que de rester debout, plutôt que de trop s'approcher d'elle, il choisit de s'asseoir de l'autre côté du pilier sur lequel elle s'était appuyée. Il faisait frais, la pluie tombait juste au dessus de leurs tête. Cette fois encore, il comprenait pourquoi elle venait ici, comme sous le saule.
"Il n'a rien compris, reprit Alice comme s'il n'y avait pas eu d'interruption. Il est jaloux. De tout, de tout le monde. Il possède tout, mais il ne supporte pas que quelqu'un d'autre puisse s'intéresser à ce qu'il détient."
Elle lui parlait douloureusement mais librement. Elle était en train de se confier à lui. Il ferma les yeux. Il était presque heureux.
Égoïsme.
"Je lui ai dit que j'avais échangé les cours de divination avec vous, à cause de Culs-de-Bouteille. Je lui ai aussi parlé de votre offre. Il a voulu m'empêcher de venir. J'ai refusé de lui obéir, il a insisté. J'ai encore refusé, alors il m'a donné une giffle."
Évidemment.
Cela correspondait avec ce que la blonde lui avait dit, plus tôt. Elle ne s'était donc pas trompée.
"Pourquoi ?" fit Severus avec un peu plus de douceur qu'il ne l'avait voulu.
Il l'entendit bouger. Ses chaussures venaient de racler le sol, comme si elle avait ramené ses jambes contre elle, comme il l'avait fait en s'asseyant, enserrant ses genoux de ses bras, la baguette pendant au bout de ses doigts, balançant doucement la lumière artificielle.
"En fait, il considère que je suis sa chose."
Sa chose ? Oh, oui, il le tuerait.
"Depuis qu'on est gosses, je suis sa chose."
Il sourit. Lui aussi, quand il était gosse, il était la chose de quelqu'un. Il était, avec sa mère, le défouloir de son père. Un peu plus tard, deux autres défouloirs étaient venus remplacer la mère qui avait perdu la vie.
"Il n'a pas toujours été comme ça, vous savez. Un jour, ses parents ont commencé à parler fiançailles... Et à partir de là, il est devenu bizarre. En même temps, je ne pouvais rien dire, je n'ai plus de parents."
Elle soupira.
C'était étrange, elle ne pleurait pas. Elle parlait calmement, froidement, mais calmement. C'était différent.
"En fait, il vous déteste."
Severus sourit dans la nuit. Oh, vraiment ?
"- Comme s'il était le seul... fit-il.
- Il dit que c'est vous qui avez vendu mes parents et que vous avez trahi Vous-Savez-Qui, et qu'il a été détruit parce que vous avez aidé les autres en rejoignant Dumbledore.
- Il ne fait que répéter ce que ses parents racontent, comme bien des anciens Mangemorts..."
Quoi de plus facile qu'endoctriner ses enfants ? Bon, soit, pour la dernière partie, c'était la vérité.
"Il ne veut pas que je vous approche, parce que vous êtes un traitre."
Alice bougea. Elle se pencha sur le côté pour regarder son visiteur, dont l'ombre se découpait sur la faible lueur de sa baguette.
"Je sais que ce n'est pas vrai."
Severus haussa les épaules. Quelle importance, tout cela, maintenant ?
"Je sais que vous n'avez pas balancé ma mère, bien que vous ne sachiez pas quoi faire de moi..."
Cette fois, il se tourna vers elle, surpris.
"- Comment... Comment savez-vous cela ?
- J'ai peut-être un peu fouillé dans la pensine."
Elle avait dit cela sur un ton presque amusé.
Il grommela vaguement quelque chose qui semblait vouloir dire que les enfants étaient pénibles, à toujours vouloir fouiller dans la pensine des autres. Puis il se demanda comment elle avait eu accès aux pensées de Lucy, il lui semblait que toutes les possessions des Drake avaient été mises sous clef au ministère, au département des mystères, dans un endroit secret que tout le monde appelait l'Octogone. De plus, ces souvenirs devaient forcément être erronés, Dumbledore l'avait dit : son enfance serait différente.
"- En fait, elle savait qu'avec vous, je serais en sécurité. Ce qu'elle ignorait, c'est que vous alliez vous débarrasser de moi assez vite, mais c'est normal, après tout.
- Comment cela ?
- Vous avez lâché le dernier lien avec votre famille pour sauver votre peau, tout le monde aurait fait pareil, non ? Et puis de toute façon, comme vous savez, le tribunal sorcier a refusé qu'un ancien Mangemort connu du ministère prenne en charge mon éducation..."
Avec quel détachement elle lui racontait tout cela ! Et puis comment pouvait-elle savoir cela ? Elle n'avait pas pu le voir dans sa pensine, c'était impossible, cela ne concordait pas. De plus, apparemment, son cas avait été présenté devant un tribunal, qui avait refusé qu'il assure son éducation, "comme il savait". Et elle, elle lui parlait de cela comme s'ils échangeaient leurs impressions sur la qualité du pain du dernier repas du jour.
Elle savait donc qu'il avait grandi avec sa mère. Cela devait lui faire bizarre, après toutes ces années d'indifférence. Il débarquait carrément d'une autre dimension, dans laquelle elle était une autre, mais pour elle, il s'intéressait brusquement à elle alors qu'il avait sûrement dû la traiter comme une moins que rien dès son entrée à l'école. Ou peut-être pas. Dans cette version de la vie, elle savait qui il était, ce qu'il avait fait, et lui pas du tout. Comment s'était-il comporté, durant six ans ? Comment réagir, maintenant ?
"Je suis contente, vous savez."
Il toussota. Ah bon ? Elle venait de le dépeindre comme un sale égoïste qui l'avait abandonnée pour sauver sa peau, pourtant.
"C'est la première fois en plus de six ans que vous me manifestez de l'intérêt."
Ah, tant mieux, tant mieux.
"Je me demande bien pourquoi. Et cela m'a valu une belle correction..."
Elle eut un petit rire qui sonnait faux. Preston-Butler l'avait frappée à cause de lui, et elle, elle le prenait un peu trop bien.
"Il faudrait peut-être que j'aille à l'infirmerie, non ?"
Elle se leva tout en disant cela. La discussion était terminée.
Il se leva à son tour.
"- Il le faudrait, oui, acquiesça-t-il de façon bien morne. Qu'allez-vous dire à propos de cela ?
- La vérité. Et s'il recommence, je saurai lui répondre."
Sur ces derniers mots, elle se dirigea vers la trappe. Elle sortit sa baguette et demanda de la lumière, puis souleva la trappe et descendit sans se retourner. Il la rejoignit après un instant d'hésitation. Il était un peu perdu avec cette Alice. Il ne connaissait que trop bien celle d'avant, et celle-ci était bien trop difficile à cerner, elle était plus froide, plus pondérée, très différente. En venant la trouver, il s'était attendu à ce qu'elle se mette à pleurer, à crier et à l'invectiver en lui jetant ses quatre vérités en pleine face, mais il s'était trompé, cette Alice-là n'existait plus. Ou du moins, pas pour lui.
Il avait eu un mal fou à ne pas se jeter sur elle pour la serrer dans ses bras, lorsqu'elle lui était apparue, assise par terre, faisant corps avec l'obscurité. Elle l'aurait repoussé, elle l'aurait traité de sale vieux pervers, elle ne l'aimait pas, elle ne l'aurait jamais laissé faire.
Elle avait dit qu'elle saurait répondre au bellâtre avec un tel aplomb qu'il n'avait rien trouvé à redire. Elle s'était montrée cruelle par moment, quand elle était "l'autre". Il n'y avait aucun doute sur le fait qu'elle était parfaitement capable de blesser quelqu'un, surtout si elle maniait les arts obscurs avec autant de dextérité qu'avant.
Il l'accompagna en silence jusqu'à l'infirmerie.
Madame Pomfrey le regarda d'un drôle d'air, il lui répondit en haussant les épaules et en faisant un geste d'impuissance des mains, pour lui signifier qu'il n'y était pour rien. L'infirmière lui jeta un regard circonspect et emmena la jeune fille avec elle, sûrement pour lui poser quelques questions, et ensuite soigner sa blessure.
A la lumière, on voyait que son agresseur n'avait pas retenu son coup. Elle avait effectivement un beau bleu au niveau de la mâchoire, et sa lèvre était fendue et gonflée, elle avait à peine essuyé le sang qui avait coulé. Cela lui conférait un aspect effrayant. Elle avait gardé un aplomb assez déconcertant, comme si le fait d'avoir reçu ce coup pouvait lui donner un certain courage. Mais face à son agresseur, qu'en serait-il ?
"- J'aurais besoin de vous, Severus, fit Poppy Pomfrey en sortant de derrière le paravent.
- De moi ?
- Il y a ce pauvre Longbottom qui vous cherchait partout, déjà, et ensuite, il me faut un extrait de votre potion cicatrisante, je n'en ai plus et j'aimerais préparer un baume pour elle."
Il s'exécuta aussitôt. Tout d'abord, il passa voir Longbottom en salle des professeurs, pour lui expliquer laconiquement qu'il avait trouvé la fille et qu'elle était à l'infirmerie, puis repartit sans attendre que son collègue lui fasse part de quelque chose de vraiment, vraiment important, pour filer dans son bureau afin de récupérer la potion de cicatrisation et la ramener à Poppy.
Une fois chose faite, il retourna en salle des professeurs. Il se sentait épuisé. A peine assis, il se fit aborder par Longbottom qui avait l'air complètement affolé. Il le regarda avec toute l'indifférence possible et poussa un soupir déchirant.
"- Qu'y a-t-il ? dit-il en prenant sa plume.
- J'ai vu quelque chose, au bord du lac, bafouilla Longbottom en devenant immédiatement tout rouge.
- Comment cela, quelque chose ? Avec cette pluie, il doit y avoir des inondations, des animaux crevés, voilà tout.
- N... Non, non ! C'était la tombe de Dumbledore, Sev... Severus !"
Il le fusilla encore plus du regard, si c'était possible. Il osait l'appeler par son prénom, ce sale petit Gryff... Allons, allons, c'était un collègue, maintenant, un collègue compétent dans sa matière. Mais bon sang, ce qu'il pouvait l'agacer !
"- Et bien quoi, parlez ? Qu'est-ce qu'elle a, la tombe de Dumbledore ? dit-il un peu trop méchamment.
- Elle... Elle..."
Bon sang, mais il était à deux doigts de se mettre à pleurer comme une fillette, en plus.
"La pierre a été brisée..."
Cette fois, c'en était trop.
Severus se leva d'un bond, renversant sa chaise au passage, et saisit Neville par le col de son gros pull en laine fait maison. Il était si près de son visage que l'autre n'avait d'autre choix que loucher sur son nez, qu'il avait bien en face.
"Qu'avez-vous dit ?" gronda-t-il, faisant se retourner les autres professeurs présents.
Longbottom baissa le regard. Il n'en pouvait plus. Soit il le lâchait, soit il allait pleurer, ou vomir, ou les deux.
"Je vous le jure, sur sa mémoire, je le jure..."
Alors, Severus le lâcha, bougeant imperceptiblement les doigts, comme si le contact de Neville le répugnait.
Tous les professeurs présents s'étaient rassemblés autour d'eux. Il les regarda, tour à tour, intensément, glacé, le regard brillant.
"Que quelqu'un aille chercher Hagrid ! ordonna-t-il. Les autres, suivez-moi ! Je ne tolèrerai aucun... aucun désordre de ce genre dans mon école !"
Ainsi fut fait.
La pluie tombait avec toujours autant de violence. Il devait y avoir près de deux centimètres d'eau partout, la terre ne pouvait plus rien absorber et faisait un bruit de succion odieux à chaque pas, mais ce n'était rien, rien du tout, comparé à la vue de l'île saccagée.
Quelqu'un lança un sortilège de lumière dans le ciel.
On voyait très bien de la rive que la pierre tombale avait été brisée et il semblait que quelque chose comme du sang en avait coulé, laissant des traînées rougeâtres éclairées par les torches de feu éternel. Autour, le sol avait été piétiné, des arbres s'étaient couchés, les fleurs étaient noyées.
"Mon dieu..." fit Sybill Trelawney, avant de tomber dans les bras du professeur Phines, inconsciente.
Avait-elle décelé quelque chose ? Quel esprit venait de lui murmurer à l'oreille ? Et que lui avait-il dit ?
Severus ne s'en souciait guère dans l'immédiat. Le saccage qui s'étendait sous ses yeux l'anéantissait. Qui avait osé entrer sur le domaine de l'école pour perpétrer ce crime abominable ? Qui pouvait avoir fait cela ? Qui en voulait à Dumbledore au point de détruire sa dernière demeure, fut-elle uniquement symbolique ?
"Que fait-on, professeur Snape ?" demanda la voix de ce crétin de Phines, derrière lui.
Il se retourna brusquement, braquant sur lui un regard meurtrier. Mais au lieu de le démolir devant tout le monde, il passa la main sur son visage pour essuyer l'eau qui coulait sur lui et le regarda, soudain complètement perdu.
"Amenez Sybill à l'infirmerie. Je vais m'occuper de rendre compte au ministère, dit-il de façon insensiblement aimable. Rentrez dans l'école. Il n'y a rien pour nous, ici."
Il les laissa passer devant lui.
Il se retourna une dernière fois. Pourquoi ? Pourquoi Dumbledore ? Pourquoi cette pluie ? Pourquoi le suicide de la fille Sheller ? Sa main lui faisait atrocement mal. Son cœur battait trop fort. Il n'était que douleur et colère.
Vengeance, vengeance, lui soufflait son âme.
Il avait besoin de voir Ethan et Malfoy.
Immédiatement.
