Le bruit feutré des bûches s'effondrant dans l'âtre la réveilla en sursaut.
La première chose à laquelle elle pensa fut l'endroit où elle se trouvait. Elle ne se souvenait pas de s'être endormie sur le canapé, le visage enfoncé dans ce coussin moelleux qu'elle serrait dans ses bras, la couverture remontée jusqu'aux oreilles. Quand l'avait-il installée là ? Quand était-il parti ?
Elle se redressa sur les avant-bras et jeta un coup d'œil autour d'elle.
Personne.
Il faisait encore nuit, seule la faible lueur de la lune filtrait à travers les vitres des hautes fenêtres.
Elle se leva, chercha ses chaussures qu'il avait eu la gentillesse de lui enlever, puis contourna le canapé pour partir. Elle passa près de la table de travail et s'arrêta près du chaudron, dans lequel il avait finalement réussi à créer la formule finale.
Grâce à elle.
Elle posa une main dessus, à des lieues de se douter du temps qu'il avait pu passer à essayer toutes les combinaisons possibles, rognant les heures de sommeil qui s'amenuisaient à chaque nuit passée. Elle remarqua qu'il avait laissé sa baguette magique à côté du chaudron. Passant d'abord le bout de ses doigts dessus, elle ne put s'empêcher de s'en saisir. Elle était fine, courte, nerveuse, souple, faite d'ébène, d'une apparence presque métallique. Il y avait des sortes d'entrelacs celtiques finement sculptés sur le manche. Elle trouva qu'elle était comme lui, froide et raffinée. Elle sentit la chair de poule envahir sa peau. Cette baguette avait servi à tuer.
Elle la reposa en se disant qu'elle n'aurait jamais dû y toucher, de toute façon. Pour elle, personne ne devrait toucher la baguette d'un autre sorcier, c'était un objet tellement personnel, c'était comme fouiller dans ses affaires ou lire son journal intime, si on n'y était pas obligé, il ne fallait pas le faire.
S'il avait laissé sa baguette, c'est qu'il était là.
Il fallait qu'elle parte. Il s'était passé trop de choses qu'elle n'avait pas su maitriser. Elle avait peur. En lui permettant de l'aider, il l'avait laissée entrer dans son monde et elle avait baissé sa garde, encore une fois. Si quelqu'un apprenait ce qui s'était passé, que ce soit quelques heures auparavant ou la dernière fois dans la resserre, qui sait ce qui pourrait arriver. Elle avait fait un choix, mais elle était prise entre deux feux. Brûler un parchemin de confidences lui paraissait trop peu pour alléger son esprit. Elle ne pourrait jamais en parler à qui que ce soit. A part peut-être... à Cedric.
Elle quitta l'antre de son professeur de potions et partit en courant en direction de la tour de la maison Serdaigle, au lieu de rejoindre sa chambre. Peu importait l'heure tardive, peu importait qu'elle tombe sur quelqu'un. Elle grimpa jusqu'aux combles, qu'elle connaissait bien, poussa la lourde trappe et fit de la lumière avec sa baguette.
"Cedric ?" appela-t-elle sans se soucier d'être entendue par d'autres.
Il se matérialisa au fond de la grande salle poussiéreuse et avança vers elle doucement. Un sourire semblait étirer ses lèvres. Il était content de la voir.
"Il est tard, tu ne devrais pas être ici," dit-il malgré tout.
Elle sourit. Il avait raison.
"J'avais envie de te voir, j'ai besoin de te parler," répondit-elle.
Elle alla s'asseoir au pied du même pilier qu'à l'accoutumée ; de là, un défaut du toit permettait de voir le ciel.
Cedric s'assit à ses côtés. Il était heureux qu'elle revienne le voir. Avec tout ce qui s'était passé à l'école l'an passé, elle n'était presque plus venue, et lorsqu'elle l'avait fait, il l'avait trouvée changée. Elle était différente.
Tous les fantômes de l'école avaient pleuré la mort d'Albus Dumbledore, mais lui n'y avait pas cru jusqu'au jour où il était allé errer du côté du bureau du doyen, y découvrant son portrait. Cela confirmait la rumeur folle sur la disparition du sorcier. Il n'avait plus jamais remis les pieds dans son bureau et n'était plus jamais sorti de ses combles non plus, dormant entre deux murs. La première fois qu'Alice était revenue, c'était pour exprimer sa colère et son incompréhension ; elle s'était assise là et elle s'était mise à parler toute seule, tenant des propos assez virulents à l'encontre du professeur Trelawney et du professeur Snape. Il s'était approché d'elle, comme avant, et avait découvert qu'elle portait les armoiries de la maison Serpentard. Sans y faire allusion, il s'était présenté à elle et avait... noué amitié.
Lorsqu'elle était revenue, un peu plus tard, son visage était abîmé. Ellle lui avait raconté ce qui s'était passé entre elle et son fiancé. Puis Snape était arrivé et Cedric avait préféré partir.
Elle avait clairement oublié qui elle était et tout ce qu'elle avait traversé. Quelqu'un avait fait en sorte d'effacer ses souvenirs, quelqu'un de puissant. Elle avait l'air d'aller tellement mieux qu'il n'avait jamais osé lui en parler. Peut-être était-ce pour son bien qu'on l'avait changée en une autre, et il n'était alors pas nécessaire de l'évoquer.
"- Tu sais quelque chose à propos de ce qu'a dit la prof de divination l'autre soir ? commença Alice sans préambule, jouant avec sa baguette.
- Le chasseur est venu poser des questions à tous les fantômes, mais pas à moi, répondit Cedric. Je ne sais pas ce qu'elle a voulu dire par là. C'était très violent, tu n'as pas eu peur ?
- Si, mais j'étais prête à aider s'il l'avait fallu... On a tous eu peur, même les profs n'en menaient pas large.
- Le Baron Sanglant dit que Snape était personnellement visé."
Elle arrêta de jouer avec sa baguette. Levant le visage vers le toit, elle passa la main sur son visage, comme pour en enlever quelque chose.
"Tu sais..." dit-elle, se taisant aussitôt.
Elle regarda Cedric, se donnant du temps pour chercher ses mots.
"Je pense que je lui ai sauvé la vie..." murmura-t-elle alors.
Il sourit.
"Ce n'est pas la première fois," lui répondit-il en touchant sa joue.
Elle frissonna. Il était glacé. Bien sûr qu'il était glacé, c'était un fantôme.
"Comment ça ?" fit-elle, déconcertée.
Elle pivota pour lui faire face, à genoux, les mains posées sur le sol. Elle ne s'attendait pas à une telle réponse.
Il regretta ses paroles. Il ne savait plus comment se comporter. Personne ne lui avait dit que beaucoup de choses avaient changé depuis l'été dernier. Elle avait oublié les liens qu'ils avaient tissés, Snape et elle.
"Je suis désolé, Alice, je dois m'en aller."
Il disparut, tout simplement.
Alice se releva d'un bond. Elle eut beau l'appeler, il ne revint pas. Pourquoi avait-il fui ? Que signifiaient ses mots ?
Mortifiée, elle redescendit et rejoignit la salle commune de sa maison. Au lieu d'aller se coucher, elle s'assit devant la grande cheminée, dans laquelle un feu infatigable ronflait chaudement. Ramenant ses jambes contre elle, elle les entoura de ses bras et posa son menton sur ses genoux, laissant son regard se perdre dans les flammes gourmandes.
Le comportement de Cedric l'avait troublée. Trop de choses la troublaient. Trop de choses la dépassaient. Pourquoi le professeur de potions s'était-il soudain mis à s'intéresser à elle, lorsque Culs-de-Bouteille l'avait virée de sa classe ? Durant six ans, il ne lui avait jamais témoigné autre chose qu'une froide indifférence, ne lui adressant que rarement la parole et uniquement lorsque cela concernait les cours. Où avait-elle trouvé la force d'envoyer paitre la famille Preston-Butler et son tortionnaire ? Et surtout, pourquoi maintenant ? Elle était majeure depuis des mois, elle subissait depuis des années. Qu'est-ce qui l'avait poussée à laisser Snape se comporter comme ça avec elle ? Qu'est-ce qui la poussait à aller vers lui ? Pourquoi n'avait-elle jamais eu d'amies avant sa septième année ? Cette seule réflexion de Cedric la plongeait dans un profond désarroi.
Elle se posa toutes ces questions sans réponse jusqu'au lever du soleil, remontant dans sa chambrée avant que quelqu'un ne la voit ici, perdue dans ses pensées. Elle sortit de la douche au moment où Soren émergeait du sommeil.
"- Hé, fit cette dernière en guise de bonjour.
- Hé," répondit Alice en souriant.
Soren s'étira longuement en faisant un bruit tellement idiot qu'elles se mirent à rire toutes les deux. Cela réveilla les deux autres et bientôt, la chambre ne fut plus qu'un concert de babillages de filles.
Alice, assise sur son lit, occupée à démêler sa longue chevelure, ne pouvait s'empêcher de se demander encore une fois pourquoi leur amitié était si récente. C'était impossible qu'elle n'ait pu nouer de liens avec ces filles avant, elles étaient accessibles, gentilles, prévenantes, l'une toujours à raconter des trucs stupides qui les faisaient rire, l'autre maniant bien l'art de la langue de vipère acérée, et la dernière étant plus réservée, mais très solidaire de ses copines. Si c'était à cause d'Amon, alors c'était encore plus compliqué à expliquer. De quel droit s'était-il permis de l'empêcher d'avoir une vie ? En dehors du foyer familial, elle aurait très bien pu évoluer avec d'autres personnes sans lui porter préjudice, quand même. Elle l'avait d'ailleurs assez montré, elle était irréprochable. Elle savait se tenir, elle n'était pas une personne vulgaire, elle était plutôt secrète, elle ne disait jamais de mal de personne, elle n'évoquait jamais aucun sujet fâcheux. Elle ne comprenait pas.
"Tu viens ?" dit Soren en la tirant de son introspection.
Le petit déjeuner se passa dans la bonne humeur, Rose passant son temps à faire des remarques sur le charmant professeur de runes. Le pauvre petit avait l'air tellement malheureux, son air pensif le rendant encore plus charmant à ses yeux ; elle poussait soupir énamouré sur soupir énamouré. Les autres n'arrêtaient pas de lui dire qu'elle ferait bien mieux de réviser ses runes plutôt que la cartographie faciale du prof.
Alice ne remarqua pas qu'Amon n'avait d'yeux que pour elle et que dans ces yeux, la flamme de sa haine brûlait plus fort encore.
Cette petite garce ne perdait rien pour attendre. Il trouvait qu'elle avait assez profité, maintenant. En bonne espionne obéissante, Selene Witmore lui avait rapporté bien des choses intéressantes sur son compte. Entre autres, elle se serait levée la nuit dernière pour se rendre on ne sait où, et une autre fois, elle aurait mis un peu trop de temps à rentrer d'une retenue que lui avait collé le professeur Phines. Amon savait très bien qu'Alice respectait toujours scrupuleusement le règlement, elle n'aurait jamais trainé en chemin ni n'aurait découché sans raison. Cela ne lui ressemblait pas. De plus, Selene confirmait qu'elle passait de bons moments pendant qu'elle jouait aux potions avec les petites classes. Ajouté à cela le fait qu'elle l'évitait depuis des mois et qu'elle avait demandé à ne plus rentrer pour les vacances, cela commençait à faire beaucoup. Elle cherchait clairement à se détacher de lui. Il avait perdu son ascendance sur elle. Elle semblait même se moquer de l'avertissement qu'il lui avait donné, à Pré-au-Lard. Il allait devoir rectifier tout ça. Elle était sa chose, c'était lui son maitre, lui et personne d'autre.
"Amon, tu fais peur, là."
Qui avait parlé ? Il secoua la tête, l'air hébété, et regarda devant lui, arrêtant de creuser la table avec les dents de sa fourchette. C'était son vieux pote Owen Miller, le fils de l'opticien pour sorciers le plus riche et le plus célèbre de tout le Royaume-Uni. Il avait toujours eu cette tête d'illuminé ? Il avait envie de lui jeter le contenu de son assiette au visage et de lui arracher ses lunettes ridicules pour les lui faire manger. En fait, il avait même envie de monter sur la table et de tout envoyer voler à grands coups de pieds, pour sauter sur celle de ces foutus profs, allant jusqu'à pisser dans l'assiette de Snape.
Ce sale traitre de Snape. Où était-il, d'ailleurs, celui-là ? Monsieur le directeur se sentait tellement au dessus des autres, qu'il ne daignait par partager le petit déjeuner avec eux ?
Son père lui avait envoyé un courrier lui expliquant qu'ils avaient échangé quelques missives concernant la petite garce. Comme elle était majeure, elle pouvait décider si oui ou non elle souhaitait continuer à être pupille de leur prestigieuse famille. Bien qu'elle n'ait jamais évoqué la possibilité de prendre son indépendance à l'âge de dix-sept ans, elle pourrait l'envisager si elle était bien conseillée, aussi les Preston-Butler perdraient l'héritage des Drake et lui, son jouet.
A cause de ce vieux bâtard de traitre de Snape.
Un éclair de folie traversa son esprit furieux.
"Ah, j'en ai marre ! s'exclama-t-il en plantant sa fourchette dans la table. Je me casse."
Il joignit le geste à la parole et s'en alla sans rien ajouter de plus.
Selene le regarda s'éloigner, affligée. Bien que la Drake ait quitté la chambrée qu'elles partageaient depuis des années, il l'avait obligée à continuer à surveiller ses moindres faits et gestes, et depuis quelques temps, il n'avait plus qu'une seule idée en tête : se venger d'elle. Il avait même laissé tomber le Quidditch et son remplaçant se démarquait si peu que la coupe était déjà perdue d'avance pour les Serpentard. Il ne venait plus la voir, ils ne faisaient plus rien tous les deux, plus rien du tout. Elle ne pouvait même pas s'en prendre à Alice car si elle le faisait, il le lui ferait payer au centuple, et elle savait combien il pouvait être cruel. Ses poignets s'en souvenaient encore, ils avaient gardé les traces de leur dernière entrevue. Il lui avait interdit de les effacer par la magie, il disait que c'était son sceau, il n'aurait jamais toléré qu'elle lui désobéisse.
"C'est quoi son problème ? fit Alistair Kumar, l'intellectuel de la bande.
- J'en sais rien, il doit les avoir bien pleines... répondit Hugh O'Brien, un rouquin au visage ingrat.
- Tu es dégueulasse, Hugh, fit Selene avec une grimace, repoussant son assiette.
- T'es bien placée pour le savoir, non ? renchérit Hugh avec un sourire salace, son doigt jouant avec la confiture étalée dans son assiette.
- Ferme-la, espèce de crapaud !
- Mettez-la en sourdine, je n'ai pas envie d'avoir des histoires," les interrompit Alistair, jetant un coup d'œil vers la table des professeurs, plus loin.
Les autres lui firent comprendre qu'il pouvait bien aller se faire voir, s'il le souhaitait. Cela dit, ils la mirent en sourdine quand même, ne tenant pas vraiment à se faire remarquer, déjà qu'Amon avait bien abimé la table.
Tout le monde la mit en sourdine jusqu'au rare et bel après-midi ensoleillé que leur offrit dame Nature ce même jour, jusqu'à ce qu'un élève de quatrième année de Poufsouffle en trouve un autre, pendu par les pieds dans le vide, flottant au dessus de la petite cour intérieure du château.
Ethan et Hagrid furent les premiers à arriver sur les lieux, et ce ne fut que pour constater que cet élève était mort.
Tous les élèves furent renvoyés dans les salles communes, avec l'interdiction pour tout le monde de sortir du corps de bâtiment, hormis les professeurs.
La réunion de crise eut lieu en salle des professeurs, dès qu'Ethan fut revenu de l'infirmerie, où lui et Hagrid avaient transporté le corps du malheureux élève. Sean Wright, cinquième année appartenant à la maison Serdaigle, fut recouvert d'un drap blanc et madame Pomfrey pleura, vaincue.
Phines était bien sûr dans tous ses états.
"- Mais où est le directeur ? fulminait-il, faisant les cent pas dans la grande travée de leur salle. Personne ne l'a vu depuis ce matin ?
- Non, mais... tenta Flitwick.
- Peut-être est-il malade, murmura Sybill timidement. Vous avez vu comme il n'avait pas l'air bien, ces derniers temps ?
- Malade ? Cet usurpateur... En voilà assez, je vais le chercher !"
Envoyant bouler Flitwick, le professeur de runes courroucé alla chercher le professeur de potions directement chez lui.
Personne ne l'avait vu depuis la veille, mais personne ne s'était réellement inquiété de son absence, pas même Ethan qui s'en voulut un peu.
Tout en tambourinant comme un furieux contre la porte du bureau de Snape, Phines se jura qu'il lui cracherait ses quatre vérités à la figure, assez de faux-semblants, assez de complots, assez de cachotteries ! Tant pis pour ce qu'il semblait endurer avec sa malédiction, cet exécrable personnage n'avait rien à faire à la tête de la prestigieuse école de Poudlard. Il était temps pour lui de quitter les lieux, emmenant avec lui son cortège de réminiscences funestes.
Le Severus Snape qui lui ouvrit après un long concerto de coups de poing contre la porte, semblait fraichement sorti du sommeil. Il était en chemise et en pantalon, pieds nus, avec cet air d'avoir dormi tout habillé parce qu'il n'avait pas eu le choix. Nullement étonné par la présence furibonde de ce pincé de Phines, il le laissa entrer et referma la porte derrière lui.
"- Que se passe-t-il ? fit-il en réprimant un bâillement.
- Que se passe-t-il ?! explosa Phines en serrant les poings. Un élève a été trouvé mort il y a une heure ! Où étiez-vous passé jusqu'à présent ?!"
Severus ouvrit des yeux surpris. Il était dans ses appartements, quelle question, il venait de l'y trouver. Et puis, qu'est-ce que cette espèce d'olibrius était en train de lui chanter ? Et pourquoi avait-il autant dormi ? Est-ce qu'il avait manqué ses cours ? Quel jour était-on ? Où était Alice ? Il avait un peu faim.
"De quoi parlez-vous ?" fit-il, reprenant ses esprits aussi vite que possible, car il lui semblait que le pincé avait fait mention d'un élève mort.
Phines le saisit par le col de la chemise de ses deux poings, collant presque son nez au sien.
"Je vais vous faire destituer, espèce de sale imposteur !" lui cria-t-il en plein visage.
Severus ferma les yeux un instant, peu désireux de recevoir autant de postillons dans la figure dès le réveil. Il posa les mains sur les poignets de Phines pour le faire reculer.
"Sale imposteur ? Moi ?" répliqua-t-il sans réagir à ces propos, repoussant son agresseur un peu plus loin.
Il ne comprenait pas bien ce qui lui arrivait. Pourquoi Phines le pincé débarquait-il chez lui de la sorte, en colère et la bouche pleine d'ignominies ?
"Vous vous moquez éperdument de ce qui arrive à l'école ! Rien ne vous intéresse, ni les élèves, ni les professeurs ! Vous ne pensez qu'à vous ! Ce qui est arrivé pendant Halloween est de votre faute ! Vous êtes un... un Mangemort ! Ces marques sur votre corps prouvent que vous n'êtes qu'un sale démon ! Tout ça, c'est à cause de vous !"
Phines se jeta de nouveau sur Severus, pour l'attraper par le bras et remonter la manche de sa chemise pour révéler ce qu'elle cachait.
Il le lâcha et recula aussitôt, les yeux écarquillés, un doigt accusateur pointé vers son directeur.
"C'est impossible..." murmura-t-il, sa fureur complètement occultée par la stupeur.
Intrigué, Severus baissa les yeux sur son avant-bras. Il s'aperçut avec une surprise non dissimulée que les graphèmes qui s'y trouvaient encore la veille avaient disparu. Sous sa chemise, plus rien non plus. Il sourit, passant le bout de ses doigts sur les lignes si fines mais encore apparentes de la marque des ténèbres.
"Cette situation vous fait sourire ?"
Phines commençait à le fatiguer. Il ne lui prêta alors plus aucune attention et lui tourna le dos pour se diriger vers ses appartements, reparaissant quelques instants après, tout en boutonnant sa veste d'une main, une pomme dans l'autre. Au passage, il ramassa sa baguette sur la table de travail. Ensuite, il ouvrit la porte et sortit de son bureau, ignorant complètement Phines qui se lança à sa poursuite en vitupérant, infatigable. Il l'agonit de ses paroles fielleuses jusqu'à la salle des professeurs, dans laquelle il entra alors que le groupe discutait à bâtons rompus.
Il resta un peu à l'écart, finissant sa pomme, puis s'approcha d'eux, laissant toutefois une certaine distance entre le groupe et lui.
"Je vous prie de m'excuser, je dormais jusqu'à maintenant, dit-il alors en guise d'introduction, très direct. Comme vous le savez, ces derniers temps, j'étais à bout de force, j'ai malheureusement subi le contrecoup d'un puissant antidote, donc..."
Il s'adressait essentiellement à Ethan, qui comprit immédiatement.
Le maitre des potions croisa les bras sur sa poitrine et regarda tout le monde. Ethan le trouva tellement reposé qu'il en avait presque l'air plus jeune. C'était infime, mais déconcertant. Il avait donc enfin trouvé la formule pour sa potion. Il se demanda ce qu'il serait advenu de lui, si la malédiction avait continué à le ronger. Il fallait qu'il trouve un moment pour en parler avec lui.
"- Le professeur Phines a eu l'extrême obligeance de m'expliquer ce qui s'est passé, reprit Severus en ignorant le regard haineux de ce dernier. Je vais prévenir le ministère.
- Tout est en train de recommencer, comme l'an dernier ? demanda Aurora Sinistra, mal à l'aise.
- Non, tout n'est pas en train de recommencer. C'est différent, cette fois. Je vais faire mon possible pour qu'il n'arrive rien aux élèves.
- C'est bien parti, tiens..." balança Phines, incapable de se taire plus longtemps.
Avant que quiconque ait pu dire ou faire quoi que ce soit, Ethan se planta devant lui et lui mit une bonne droite, l'envoyant s'écraser aux pieds du petit professeur Flitwick, qui sursauta en poussant un cri de surprise. Cela lui démangeait depuis si longtemps qu'il n'avait pu se retenir.
Cela dit, personne ne releva ni ne protesta, et Phines alla s'asseoir dans un coin, silencieux, vexé, se frottant la joue. Ce foutu Mangemort et ce fayot de chasseur ne perdaient rien pour attendre. Il enverrait un courrier bien senti à qui de droit, dès que possible.
"Ethan, vous vous occuperez de rassembler les élèves pour leur expliquer la situation, dit Severus. Quant à vous autres, j'ai certaines choses à vous dire."
Il avait déplié les bras et avait glissé les mains dans les poches de sa veste. Il allait devoir parler longtemps, il allait devoir parler de lui, il détestait ça.
"Le professeur Phines est venu chez moi et a tenu des propos sur ce qui semble le déranger, à mon sujet, dit-il avec ces inflexions particulières dans la voix. Vous connaissez tous mon passé, s'il vous froisse encore ou vous répugne, sachez que je le regrette mais ce qui est fait est fait. Je pense toutefois ne plus avoir grand chose à vous prouver. De plus, je vous le répète, je n'ai jamais souhaité prendre la place de... hem... prendre la place d'Albus Dumbledore."
Il s'éclaircit la gorge avant de poursuivre.
"Comme vous, j'aimerais qu'il soit encore là et j'aimerais n'être resté que le professeur de potions que je suis depuis des années."
Il se tut et et vit hocher certaines têtes. Il ne demandait pas leur approbation, il vidait juste un peu son sac.
"Cela dit, ce qui arrive à l'école en ce moment me dépasse autant que vous, mais je n'en suis pas la source."
Il se tut de nouveau et glissa un regard acéré vers Phines, qui s'obstinait à regarder le bout de ses pieds, sagement assis, les mains posés sur ses cuisses, comme un gosse puni.
"Si je vous ai paru dédaigneux, si je n'ai pas fait attention à ce qui a pu vous arriver, si j'ai manqué certains moments, je le regrette aussi, j'étais trop occupé à essayer de me débarrasser d'une malédiction qui m'aurait tôt ou tard poussé à vous nuire."
Un murmure parcourut l'assemblée.
Ethan ne disait rien, stupéfait par le discours du directeur. Il ne l'avait jamais entendu parler de la sorte, et il semblait s'exprimer avec sincérité. Le connaissant, cela devait être difficile pour lui, que les relations humaines répugnaient tant.
"Si j'en suis maintenant délié, ce n'est pas le cas de notre école. Je ne sais pas ce qui se passe, je ne sais pas quelles forces ou quels pouvoirs ont été réveillés, mais nous devons faire en sorte que nos élèves restent sains et saufs, quitte à les envoyer dans d'autres écoles."
Il vit des têtes opiner, encore une fois. Il vit aussi que Neville essuyait une larme d'un coin de mouchoir. Il leva les yeux au ciel.
"- S'il le faut, je prendrai les mesures nécessaires, le temps que l'on nettoie les lieux. Ce qui a parlé par Sybill est dangereux. Ça a tué deux élèves.
- Deux ? l'interrompit Filius Flitwick.
- Rebecca Sheller a été ensorcelée ou possédée, selon sa mère, répondit Severus.
- Selon sa mère ? intervint Phines avec aigreur.
- Je pense que madame Sheller connaissait sa fille mieux que quiconque, professeur Phines, elle nous a affirmé qu'elle n'était pas du genre à se suicider.
- Elle vous a affirmé ? Avec ce genre d'arguments irrecevables, nous voilà bien avancés...
- Vous voulez que je vous refasse l'autre côté de la tronche, Phines ? gronda Ethan en le regardant de biais.
- Si vous recommencez, je porte plainte contre vous, couina l'autre.
- Oh mais je vous en prie, faites-vous plaisir, espèce de petite couille m...
- Assez !"
La voix de Severus avait retenti, tranchante.
"Maintenant, je vais être très clair. Nous devons faire en sorte d'effectuer un travail d'équipe irréprochable, je ne veux pas de désordre dans l'école, mais si vous voulez vous battre, faites-le pendant vos heures de loisir ou organisez une classe de duel. Le prochain qui agit comme ça en public sera réprimandé."
Phines acquiesça en pinçant les lèvres et tourna la tête pour regarder ailleurs, boudeur.
"Je vous prierais aussi de bien vouloir surveiller votre langage," ajouta froidement Severus.
Ethan alla s'asseoir un peu plus loin, histoire de mettre du monde entre lui et cet abruti de Phines, auquel il aurait continué à refaire le portrait volontiers et en parlant poliment, si possible.
"Ai-je été assez clair ?" demanda Severus.
Tout le monde secoua la tête dans l'affirmative, puis la réunion se termina dans le calme, chacun se retrouvant avec de nouvelles tâches à faire. Un nouveau couvre-feu bien plus drastique fut instauré, un professeur se retrouva assigné en tant que second de chaque directeur de maison et l'usage de la magie pour se défendre fut autorisé aux élèves à partir de la troisième année, "mais uniquement pour se défendre, sous peine de lourde sanction" avait bien insisté le directeur.
Neville vint le trouver à son bureau, un peu plus tard, alors qu'il était en train d'écrire une missive pour le ministère, dans laquelle il rendait compte de la mort de l'élève survenue dans l'après-midi et des nouvelles directives prises pour le bien de l'école, suite aux évènements.
"Ce que vous avez dit tout à l'heure... ça nous a fait du bien," dit le jeune professeur de botanique sans sourciller.
Le maitre des potions haussa les épaules. Ce n'était pas que ça lui était égal, mais il ne savait pas quoi répondre. Les effusions le mettaient toujours mal à l'aise. Il n'avait pas besoin d'être remercié. Il pensait avoir agi comme aurait agi Dumbledore.
"Je ne suis pas venu que pour ça."
Severus posa sa plume. Il savait très bien pourquoi Neville était là. Il l'invita à s'asseoir. Si on lui avait dit qu'un jour, il serait en train de discuter avec ce gosse, qu'il avait mêlé à une de ses histoires les plus personnelles... Il avait bien changé, depuis le début de l'année. Il s'était affirmé, il semblait ne plus avoir peur de lui, il lui avait prouvé qu'il pouvait avoir confiance en lui.
"- Toutes ces missions que vous m'avez faites faire, c'était pour... votre malédiction ?
- Oui.
- Mais depuis combien de temps étiez-vous sous cette influence ?
- Des mois.
- Et quand vous disiez que vous auriez pu nous nuire..."
Severus soupira. Il n'avait pas besoin d'y mettre les formes, après tout.
"Il serait fatalement arrivé un moment où je vous aurais arraché le cou pour y boire du sang, oui."
Neville blêmit. Son interlocuteur était sérieux.
"- Est-ce que cela a un rapport avec ce qui arrive à l'école ?
- Pas directement. J'ai été infecté par une attaque de vampire l'année dernière, quand Ethan essayait de résoudre l'affaire Bathory."
Il lui raconta à peu près la même chose qu'à Alice. Cette version était pratique, elle restait proche de la réalité, si jamais il avait besoin de s'expliquer encore, il pourrait l'utiliser, encore. Neville sembla s'en contenter. Il ressentait une certaine fierté à avoir été ainsi mis dans la confidence par ce personnage qu'il abhorrait tant, étant élève. C'était quelqu'un digne de confiance, il n'avait en effet rien à prouver. Ce n'était peut-être pas Dumbledore, mais il était clair qu'il ne ferait jamais passer ses intérêts personnels avant ceux de l'école, bien qu'il ait exposé le contraire un peu plus tôt. Le professeur abject avait laissé la place à un homme tourmenté qui essayait de faire son possible.
C'était comme cela que devait commencer le travail d'équipe irréprochable.
Un matin, Draco Malfoy débarqua sans prévenir, avec une poignée de sorciers encapuchonnés et tout de noir vêtus. Il demanda à être introduit dans le bureau de feu Albus Dumbledore, sans aucune autre forme de procès.
Personne de vivant n'y avait remis les pieds, depuis sa disparition.
Severus l'y accompagna et il eut du mal à y entrer. Il avait passé beaucoup de temps à discuter avec le doyen, ici. Il s'y était confié maintes fois. Cette grande pièce avait été le témoin du massacre de Minerva McGonagall. En entrant, il se demanda pour la première fois ce que Fumseck avait pu devenir ; le phénix était peut-être tout simplement parti, son maitre étant mort. Il se souvint de la réaction qu'Alice avait eue face à la souffrance de l'oiseau, elle qui n'avait pas compris qu'après la mort d'une telle créature suivait toujours sa renaissance.
"Pourquoi êtes-vous là ? Pourquoi ne pas m'avoir prévenu ? Qui sont ces gens ?"
Il avait abordé Malfoy en aparté, alors que les hommes en noir investissaient les lieux, baguette à la main, semblant chercher quelque chose partout.
"- Nous sommes là pour vous filer un coup de main, monsieur le directeur, répondit Malfoy avec son accent trainant. Je ne vous ai pas prévenu car je n'ai pas eu le temps, ces gens, c'est l'unité Sigma et dans le jargon du bureau, ils sont appelés capteurs.
- Des... capteurs ? Je n'ai jamais entendu parler de ça.
- Vous pensiez peut-être que j'allais tout vous dévoiler sur mon travail ? Surtout que vous avez omis de me parler de deux ou trois détails vous concernant..."
Severus encaissa la remarque sans mot dire. Il se demanda seulement comment Malfoy pouvait savoir, ce n'était quand même pas Ethan qui le lui avait dit, la discrétion était une qualité chez lui.
Malfoy s'éloigna de lui et se dirigea directement devant un portrait en particulier. Severus s'approcha à son tour, curieux. Il sentit son cœur se pincer en découvrant que c'était le portrait d'Albus Dumbledore. Il se demanda alors pourquoi Minerva n'était pas là, elle était pourtant directrice, lorsqu'elle avait perdu la vie.
"- On dirait qu'il dort, dit-il en réfrénant l'envie de le toucher.
- Mon ami, ce dont il nous a gratifié a foutu un beau bordel..." murmura Malfoy pour ne pas être entendu par les autres.
Severus eut un mouvement de recul. Il ne savait pas trop si c'était à cause du terme "ami" employé par Malfoy, ou à cause de l'allusion sur le sortilège puissant que Dumbledore avait jeté sur eux.
"- Le portrait ne devrait pas dormir, ajouta Malfoy en y posant la main, avec respect. Quelque chose l'empêche de vivre normalement.
- De vivre ? fit Severus avec sarcasme.
- Vous avez très bien compris, ne jouez pas sur les mots.
- Monsieur, il nous faut aller explorer le reste de l'école, intervint un des sorciers en noir, qui s'avérait être une femme. A nous six cela risque de prendre du temps, et nous avons besoin de nous concentrer sur deux points particuliers. Il faut que Corey nous rejoigne.
- Faites venir le reste de l'équipe, mais pas de vagues, n'allons pas faire peur aux élèves," répondit Malfoy.
Il se tourna vers Severus.
"Je pense qu'il va falloir expliquer notre présence à vos gens, monsieur le directeur."
Ainsi fut fait.
Le soir, lors du repas, le directeur de l'école annonça la venue de Malfoy et de ses "capteurs". Il le laissa leur expliquer qui ils étaient : des sorciers spécialisés dans la recherche d'ondes spécifiques à ce qu'ils appelaient métapsychorragie métacinétique, nom barbare et technique qualifiant des esprits malins particulièrement agressifs, qui poussaient les gens à agir contre leur volonté, ou qui souillaient des lieux par leur simple présence. Cela donnait naissance à des phénomènes d'une rare violence dans les deux cas. Comme certains élèves avaient dû le voir en cours de Défense, ces manifestations étaient la conséquence d'actes très violents, eux aussi, comme l'utilisation d'une magie interdite pour tuer, par exemple, ou simplement le fait de donner la mort dans d'horribles conditions.
Les esprits s'étant manifestés pendant la soirée d'Halloween deux mois avant, Snape était tout de même étonné de constater que Malfoy et son équipe n'interviennent que maintenant. Il se garda bien d'en dire mot, Malfoy ne lui répondrait probablement pas, de toute façon.
Cela dit, lorsque Ethan évoqua les lueurs étranges dans la forêt interdite, un peu plus tard, quatre de ces sorciers s'y rendirent dans l'immédiat, accompagnés par Hagrid. Ils étaient indépendants et ne prenaient contact avec Malfoy que pour lui rendre compte. Outre ce détail, ils avaient l'autorisation d'user de la magie pour détruire ou tuer, s'il le fallait, école ou pas école. Cela faisait partie de leur travail. Les élèves n'avaient de fait pas le droit de les approcher.
Bien entendu, leur présence donnait une nouvelle occasion à Phines de se plaindre et de proférer d'autres paroles acides à l'encontre de son directeur. Mais plus personne ne l'écoutait, pas même la patiente Violette Hawthorne, qui avait remplacé Minerva dans sa matière. Elle lui avait même conseillé d'arrêter de se comporter comme un enfant et d'utiliser plutôt cette énergie pour aider l'école. Il sembla que cela lui rabatte le caquet une bonne fois pour toute, ou alors c'était le calme avant la tempête.
Severus se rendit dans le bureau de Dumbledore, un matin, seul. Il avait besoin de parler. Le vieil homme lui manquait. Il avait l'impression qu'il ne pourrait jamais se pardonner sa mort. Il regrettait infiniment que tout ait dû se passer ainsi, oubliant que même sans Alice, Albus Dumbledore aurait fini par mourir, comme il l'avait dit.
Il posa une multitude de questions au portrait endormi de l'ancien directeur. Tout ce qui le taraudait, tout ce qui lui faisait mal, il lui en parla. Il fut question d'Alice, il fut question de ce qui lui était arrivé, il fut question de la possession de Sybill et de ce qui sévissait dans l'école. Il y passa des heures. Il finit par lui demander pardon, humblement, en posant son front contre le cadre du portrait, comme s'il attendait que son père spirituel pose sa main sur lui pour le lui accorder.
Il ne quitta les lieux qu'après avoir prononcé un sort qu'il n'avait entendu qu'une fois dans sa vie, et qui donna naissance à une petite flamme. Il l'enferma dans une sorte de sphère de verre, dans laquelle elle brûlerait sans faiblir, et la déposa devant le portrait, où elle se mit à flotter. Elle resterait là aussi longtemps qu'il vivrait, en mémoire du plus grand mage blanc que la terre ait jamais porté.
Il sortit du bâtiment et passa par la petite cour intérieure, croisant quelques élèves qui se rendaient en cours. Il pleuvait, comme c'était de nouveau le cas depuis quelques jours. Il aperçut Alice et la suivit du regard alors qu'elle venait vers lui, sans s'apercevoir que quelqu'un l'observait des coursives. Il était en train de se dire qu'ils n'avaient jamais pu reparler de la nuit où il avait enfin réussi à mettre au point sa potion, lorsqu'on l'apostropha vertement devant tout le monde.
"Hé ! Toi, sale traitre !"
Surpris, il se retourna, se demandant qui se permettait de parler ainsi en sa présence. Il s'aperçut que c'était bien à lui qu'on s'adressait.
Devant lui se tenait Amon Preston-Butler, baguette en main, débraillé, la cravate de travers, ses longs cheveux bouclés pendant devant son visage. Quelque chose de fou mettait une lueur inquiétante dans son regard.
Derrière lui s'élevèrent des cris de surprise ou de peur d'élèves assistant à la scène.
Il leva la main vers Amon, préférant que cela se passe dans le calme.
"- Baissez cette baguette, voulez-vous ? dit-il en espérant que le gamin allait écouter.
- Que dalle ! répliqua l'autre, les dents serrées, le regard vraiment fou et pas vraiment prêt à écouter. Je vais te crever !"
Il ferma les yeux un instant, histoire de rassembler quelques miettes de sérénité.
"- Ne m'obligez pas à me servir de la mienne.
- Mais vas-y, essaie ! Donne-moi une autre bonne raison de te filer une branlée !"
Cette fois, c'en était trop. Élève ou pas élève, il n'avait pas à s'adresser à lui de cette manière et il allait devoir répondre de ses paroles. Ça commençait à suffire, les gens irrespectueux.
Le maitre des potions sortit sa baguette de sa manche.
Il n'eut pas le plaisir de s'en servir tout de suite.
Quelqu'un s'était dressé entre lui et ce fou de Preston-Butler.
Severus frémit.
"Amon ! Arrête !"
C'était Alice. Elle lui tournait le dos, les mains levées en direction d'Amon, dans un geste se voulant apaisant.
Au moment où il ouvrit la bouche pour lui ordonner de s'en aller, Severus la vit faire un pas en avant. Mais qu'attendait-il pour neutraliser ce jeune impudent, alors qu'elle se mettait en danger de façon irréfléchie ? Il pensait que l'autre n'oserait pas aller jusqu'au bout.
"- Dégage de là, toi ! lui cria Amon, pointant maintenant sa baguette sur elle.
- Lâche ta baguette et reviens à toi, dit Alice d'une voix forte. Tu ne vas pas attaquer un prof, quand même !
- Mais de quel droit tu oses me parler ? Tu n'es qu'une traitresse toi aussi ! Pourquoi tu protèges ce bâtard, hein, espèce de pute ?
- Arrête ! Reprends tes esprits !"
Elle fit un pas de plus vers lui, restant d'un calme olympien face aux insultes et aux allusions de son ennemi d'enfance.
"Tenecem !"
Le sort claqua dans l'air comme un coup de fouet.
"Petrificus totalus !" lança Severus dans la demi-seconde.
Tout le monde vit le sang jaillir des profondes blessures que le maléfice d'Amon venait d'infliger à Alice, éclaboussant tout ce qui se trouvait alentour. Tout le monde la vit s'effondrer alors qu'Amon basculait en arrière d'un seul bloc, comme une bûche, pieds et poings liés, figé, incapable de parler mais bien conscient.
Dans la foule amassée dans les coursives, il y eut des cris de surprise ou de dégoût, et Rose empêcha Soren de se jeter au secours de son amie.
Se désintéressant totalement du sort de ce jeune imbécile, Severus tomba à genoux près d'Alice et passa un bras sous ses épaules pour la soulever et l'amener à lui. Sa tête bascula lourdement en arrière. Elle avait perdu connaissance, probablement dès l'instant du choc. Il y avait du sang partout sur elle. Il fleurissait sur son uniforme au fur et à mesure qu'il quittait son corps, suivant les entailles profondes et imbibant ses vêtements.
"Reste avec moi..." disait-il sans cesse, la main sur son visage, caressant sa joue de son pouce comme pour en effacer les gouttes écarlates.
Il repoussa brusquement la main qui venait de se poser sur son épaule.
"Ne me touchez pas !"
Il se fichait pas mal de qui c'était. Il ne voyait plus rien, la foule autour d'eux n'existait plus, il ne restait que des bruits confus et l'angoisse sourde qui l'étreignait.
"- Allez chercher madame Pomfrey ! cria quelqu'un, un peu plus loin derrière lui.
- Non !" répliqua-t-il.
Il n'avait pas besoin de madame Pomfrey. Il devait juste rassembler ses esprits, il savait ce qu'il fallait faire.
Le sang qui s'écoulait sous Alice commençait à former de longues trainées écarlates sur le sol dallé de la cour, se mêlant à la pluie, s'immisçant entre les pierres. Il en avait sur les mains, il sentait qu'il en avait jusque sur son visage. Il sentait la pluie tomber et ruisseler sur lui comme des larmes qu'il était incapable de laisser couler.
Il ferma les yeux un instant et inspira profondément, puis il expira lentement et posa sa baguette sur elle, suivant chacune des profondes coupures que ce maléfice inconnu mais néanmoins impardonnable avait infligé à la jeune fille, répétant inlassablement et méthodiquement les mêmes mots, jusqu'à ce que le sang arrête de couler, jusqu'à ce que les blessures se referment et qu'elles disparaissent.
Trois fois par blessure, il murmura ces paroles salvatrices, l'incantation résonnant comme un chant.
Vulnera sanentur.
Lorsqu'il fut assuré que les plaies s'étaient bien refermées, il emporta Alice dans ses bras et courut jusqu'à l'infirmerie, sourd aux chuchotements, aveugle aux regards qu'on portait sur lui. Il se moquait bien de tout le reste ou de ce qu'on pouvait penser. Il voulait juste sauver une vie.
Il débarqua à l'infirmerie en appelant Poppy Pomfrey d'une voix forte. Elle accourut aussitôt, alarmée. En le voyant, elle se figea, la main sur le cœur. Mais qu'était-il arrivé, encore ? Elle lui indiqua le lit le plus proche.
Il y déposa la jeune fille avec tant de délicatesse que madame Pomfrey tressaillit et comprit immédiatement.
"Mais enfin que s'est-il passé ? Les esprits dont vous avez parlé...
- Non, elle a été attaquée par un élève.
- Oh."
Elle regarda Alice, puis elle reporta son regard sur Severus. Elle n'avait pas envie d'être dure avec lui, mais l'heure n'était plus aux sentiments et elle allait avoir du travail.
"Je vais devoir vous demander de partir."
Il la regarda avec autant d'incompréhension qu'il était permis. Il allait répliquer lorsqu'elle leva une main autoritaire pour lui intimer le silence.
"Il faut que vous compreniez que je ne peux pas vous autoriser à rester. Vous devriez aller vous rafraichir, vous aussi."
Ce disant, elle referma les rideaux dans un grand bruit sec.
Il resta un moment sans rien dire, abasourdi. Pourquoi aller se rafraichir ? Il était glacé. Perdu, il regarda à ses pieds : une flaque rosâtre s'était formée sur le carrelage, mêlant pluie et sang. Il regarda ses mains, l'une d'elle tenant toujours sa baguette : elles étaient couvertes de sang. Il en avait des pieds à la tête, à vrai dire. Il étouffa la plainte qui venait de naitre dans sa gorge et se détourna, luttant contre le besoin de retourner au chevet d'Alice.
Au lieu de suivre le conseil que la douce Poppy lui avait donné, il ne sortit de l'infirmerie que pour se laisser tomber sur un des bancs de pierre qui se trouvaient dans le couloir, les coudes aux genoux et la tête entre les mains.
Ce fut ainsi que le trouva Ethan, qui n'osait pas l'aborder. Il l'avait repoussé lorsqu'il avait voulu l'aider, plus tôt. Qui savait dans quel état moral il se trouvait, à l'instant ? Il ne l'avait vu que deux fois laisser exploser sa colère en sa présence, lorsque Sheller avait attaqué Alice chez Hagrid et devant Albus, juste avant qu'il n'applique son sortilège sur eux pour sauver Alice.
Toutes les personnes présentes lors de l'attaque d'Amon avaient vu ce dernier perdre les pédales et s'adresser au directeur d'une façon plus qu'irrévérencieuse, puis Alice s'était interposée et elle avait reçu de plein fouet un maléfice destiné à blesser profondément, ou à tuer. Personne ne savait si Snape lui avait sauvé la vie mais il avait réagi suffisamment rapidement, envoyant simplement l'agresseur au tapis sans chercher à faire justice.
Ethan, aidé par deux sorciers de Malfoy qui se trouvaient là, avait relevé Amon et l'avait mis en isolement, après l'avoir libéré du sortilège du saucisson. Il ne lui avait pas parlé, il avait simplement fermé la porte à double tour après lui avait retiré sa baguette. Il était curieux de savoir d'où le jeune sorcier tenait sa connaissance d'un tel sort. L'incantation sentait un peu trop la magie interdite, pour lui. C'était ennuyeux.
Maintenant, il ne savait pas trop comment s'adresser à Severus. Son apparence était à faire peur. Il était mouillé de pluie et couvert de sang, il en avait jusque dans les cheveux, et de grosses gouttes mêlées d'eau en coulaient lourdement.
"Professeur ?" osa-t-il doucement, s'approchant avec précaution.
L'intéressé leva le visage vers lui, laissant retomber ses mains, et le dévisagea d'un air hagard. Il était livide. Il n'avait toujours pas lâché sa baguette.
"Professeur... murmura Ethan. J'ai mis Preston-Butler en isolement."
Il le vit froncer les sourcils, comme s'il cherchait à comprendre ce qu'il était en train de lui dire.
"Est-ce que vous allez bien ?" demanda-t-il, inquiet.
D'un geste lent, le maitre des potions rangea sa baguette dans sa manche de veste. Il regarda ses mains et, penchant la tête sur le côté d'un air étonné, il se mit à les frotter l'une contre l'autre, comme pour en enlever les traces qui les maculaient.
"Vous devriez rentrer chez vous."
Severus hocha la tête. Il se leva, regarda Ethan, fit un pas pour partir, regarda de nouveau Ethan, puis se tourna vers lui.
"- Faites venir le père de ce déchet, dit-il d'une voix sourde. Je veux qu'il soit renvoyé. L'école de Poudlard n'est pas un endroit pour les assassins.
- Bien sûr, mais...
- Demain, mettez en place un conseil de discipline. Il faut qu'un membre du département de la justice soit présent. Alice Drake doit être retirée de cette famille.
- Très bien."
Il le regarda s'en aller, la mort dans l'âme. La détresse de cet homme irradiait de lui comme une aura. La réaction qu'il avait eue avant de sauver la vie d'Alice lui avait fait beaucoup de peine. Tout le monde l'avait vu se briser, comme il tombait à genoux à ses côtés. Il se remémora encore la scène devant la cabane de Hagrid, puis son face à face avec Dumbledore. Depuis combien de temps se cachait-il comme cela ? Qu'allait-il décider, concernant tous les témoins présents dans la cour ? Et cet abruti de Phines, s'il avait assisté à la scène, n'allait-il pas encore s'en servir contre lui ? Peut-être allait-il devoir lui rendre une petite visite, histoire de mettre les choses bien au clair.
Pour l'instant, il fallait qu'il voit Draco.
Il le trouva dehors, sous la pluie, dans la cour où Amon avait attaqué Snape et Alice, en train d'effacer les traces de sang sur le sol détrempé.
"Ce n'est pas un travail pour un chef de division, ça," fit-il en le rejoignant.
Malfoy haussa les épaules.
"- Mes hommes en font toujours plus que moi, ça ne me tuera pas, répondit-il en faisant un dernier geste de baguette.
- Ils sont toujours dans la forêt interdite ?
- Oui, depuis deux jours. De ce que je sais, les centaures les ont bien accueillis grâce à Hagrid, et le travail avance gentiment. Tu aurais pu demander mon aide, avant que je n'apprenne les choses autrement.
- Je pensais pouvoir m'en sortir tout seul.
- Oui, comme d'habitude... Le maléfice utilisé par le gosse, ça te parle ?"
Ils s'étaient mis à l'abri sous les coursives. Il n'y avait plus personne, les élèves étaient retournés en cours ou en étude.
"- Pas du tout, mais ça ressemble bien à de la magie antique, répondit Ethan en mettant ses mains dans ses poches.
- Donc, même si tu as réduit Sheller à l'état de cendres, il reste des initiés.
- C'est impossible. Mais certaines familles gardent toujours des artefacts un peu interdits..."
Malfoy se souvint de la fois où, en sixième année, son ennemi juré Harry Potter avait utilisé contre lui un sortilège qu'il avait découvert par hasard dans un simple manuel de potions, sans même savoir quelles conséquences cela aurait pu avoir. C'était un peu la même chose, la formule changeait mais le résultat était identique. D'ailleurs, Snape lui avait sauvé la vie de la même manière. Il se demanda s'il saurait utiliser ce contre-sort, si jamais l'occasion se présentait, la formule était simple à retenir.
"- Une petite perquisition chez les Preston-Butler s'impose, alors, dit-il en faisant craquer les jointures de ses doigts. Je vais envoyer quelqu'un.
- A ce propos, le directeur veut que le gosse soit renvoyé, avec un conseil de discipline pour faire bonne figure, répondit Ethan. Il faut convoquer son père et faire venir une personne du département de la justice.
- Qu'il en soit ainsi."
Et Malfoy s'éloigna, son fume-cigarette coincé entre les dents. Il avait un ou deux courriers à envoyer.
Ethan décida de retourner voir le prisonnier.
Il le trouva assis sur son banc, l'air plutôt serein malgré les charges qui pesaient contre lui.
"Vous venez en tant que larbin du bâtard des cachots, ou en tant que chasseur de démons ?"
Et il trouvait le moyen de la ramener, encore.
"- Je viens en tant que professeur, répondit Ethan, sa propre sérénité mise à mal par le comportement du garçon.
- Larbin, donc, fit Amon avec un sourire en coin.
- Si ça peut te faire plaisir."
Il attrapa une chaise et la ramena vers lui, la retournant afin de pouvoir s'accouder sur le dossier, faisant face au provocant jeune homme.
"Ton maléfice, tu le connais d'où ?"
Amon sourit, appuyé contre le mur de pierres froides de sa cellule, dans une pose nonchalante.
"- Pas mal, hein ? Je ne voulais pas l'utiliser contre elle, mais elle s'est interposée entre le bâtard et moi, tant pis pour elle, enfin, comme je voulais lui régler son compte à elle aussi...
- Je me fous de tes motivations, je veux savoir d'où tu connais ce maléfice.
- Ca ne vous regarde pas. Vous ne me faites pas peur.
- Non ? Ca pourrait changer.
- Oh, et vous allez me faire quoi ? Je ne suis pas un vampire, ni un fantôme, vous ne pouvez pas me toucher."
Ethan soupira, regardant le plafond tendu de toiles d'araignées balayées par les courants d'air. Il sortit une cigarette et l'alluma à l'aide du feu qu'il pouvait générer à l'envi dans le creux de sa main, tranquillement, prenant le temps de bien exhaler la fumée de sa première bouffée. Il regarda Amon de biais. Ce dernier s'était redressé, un peu inquiet de voir que le chasseur pouvait créer du feu comme ça.
"Non, en effet, je ne peux rien te faire, mais je peux aider à te faire envoyer dans un endroit où tu regretteras d'avoir mis les pieds, pendant tout le reste de ta misérable vie."
Il sourit d'un air malsain, ajoutant sciemment un peu de noirceur au tableau.
"Vu ce que tu as fait et la magie dont tu t'es servi, tu n'en sortiras jamais."
Il prit tout le temps nécessaire pour terminer sa cigarette, puis d'une chiquenaude il envoya ce qu'il en restait s'écraser contre le mur, à quelques centimètres de la tête d'Amon. Ce dernier ne broncha pas. S'il avait compris de quel endroit on lui parlait, il n'en montrait rien pour le moment. Il ne devait certainement pas y croire, pensant que ce n'était qu'une menace en l'air, pour l'impressionner, ou pour le faire parler. Son père le sortirait de là.
"- Je me demande ce que tu comptais faire, après avoir attaqué le prof de potions, ajouta-t-il en se levant. Tu pensais t'enfuir ?
- Qu'est-ce que ça peut vous foutre ? fit l'autre en haussant les épaules.
- Oh, pas grand chose. C'est toi qui es dans la merde maintenant, pas moi."
Sur ces derniers mots, il s'en alla, refermant la porte et y appliquant un sortilège empêchant quiconque de l'ouvrir, sauf lui. Il se rendit ensuite en salle des professeurs. Vu l'heure, Phines devait certainement s'y trouver, et il avait deux mots à lui dire.
Il fut très content de le croiser sur le chemin, seul dans un couloir, un livre sous le bras, alors qu'il revenait certainement de la classe de Sybill Trelawney. Ce dernier fit mine de l'éviter en bifurquant brusquement dans un autre couloir, apparemment peu désireux d'avoir une conversation avec lui. Bien sûr, Ethan ne l'entendit pas de cette oreille. Il le rejoignit en quelques enjambées et se mit à marcher à côté de lui, à son rythme.
"- Professeur Phines ! dit-il gaiement, mettant l'autre mal à l'aise avec une certaine délectation.
- Que me voulez-vous ? Je n'ai rien à vous dire.
- Moi, oui.
- A quel sujet ?"
Sa voix tremblait un peu. Il n'était pas rassuré. Il n'avait pas envie de ramasser un nouveau coup de poing. Toutefois, il pouvait toujours se défendre s'il était un peu préparé, alors il passa la main sous sa robe de sorcier et attrapa sa baguette, prêt à la dégainer si besoin.
"- Ce qui s'est passé tout à l'heure, dans la cour...
- Oui, quel incident fâcheux, cet élève qui a voulu attaquer le directeur.
- Je ne parle pas de ça, Phines.
- Je ne comprends pas...
- Vous allez avoir une occasion de porter plainte contre moi, je crois."
Ce disant, il tendit vivement la main et la plaqua sur son visage, pour le coller contre le mur sans ménagement, posant sa baguette contre sa joue. L'autre avait lâché baguette et livre.
"Vous n'êtes qu'une petite langue de pute, Phines, à chaque fois que vous ouvrez la bouche en dehors de vos cours, c'est pour dire du mal de tout et tout le monde, notamment du directeur, dit Ethan entre ses dents. Pourquoi ? Il ne vous a rien fait, il me semble."
L'autre ferma les yeux en gémissant.
"- C'est un Mangemort...
- C'était un Mangemort. Comme osez-vous vous servir de ça contre lui ? Il a assez payé pour son passé. Vous l'avez vu vous-même !
- Mais, il...
- Ne me mettez pas en colère, voulez-vous ? Et regardez-moi quand je vous parle."
Phines ouvrit les yeux et regarda Ethan du mieux qu'il pouvait, de côté. Il ne savait pas trop s'il allait pleurer ou se mettre à couiner, ou mouiller son pantalon.
"- Si j'apprends que vous vous êtes amusé à déformer ce qui s'est passé cet après-midi, je vous jure que je vous démonte.
- Oh, je vois... Vous craignez que l'image de votre cher directeur soit égratignée à cause de la proximité dont il a fait preuve avec la gamine."
Phines souriait, malgré le fait que la main d'Ethan appuyait un peu plus fort sur le côté de sa face.
"- Vous auriez préféré qu'il la laisse mourir ?
- Vous avez très bien vu comment il a touché son visage, ce porc !"
Stupéfait, Ethan le lâcha et recula de quelques pas. Étrange comment la faculté de perception des gens pouvait changer selon ce qu'ils ressentaient, selon ce qu'ils avaient envie de voir. Lui, il avait juste vu un homme désespéré réagir tout à fait naturellement face à la peur de perdre un être cher. Il se foutait pas mal des apparences. Phines était un homme répugnant qui tenait des propos orduriers. C'était un rat hypocrite, un rigoriste malsain.
Il lui colla la gauche qu'il lui avait promis, un jour.
Phines tomba sur les genoux. Il porta la main à son autre joue douloureuse et leva les yeux vers Ethan, le menaçant de son doigt tendu.
"- Je vais...
- Oh, non, non non. Tu ne vas rien faire du tout."
Il baissa sa baguette vers ce rebut, qui reconnut le mouvement qu'il était en train d'amorcer.
"Oubliettes !"
Il aurait voulu ne jamais en arriver là, mais c'était peine perdue que de vouloir faire entendre raison à cet abruti au cœur sec. Au moins, comme ça, il arrêterait de répandre son venin partout. Il se baissa pour ramasser son livre et sa baguette, qu'il lui tendit, et le laissa sans aucun regret, assis par terre. Rayne Phines allait garder longtemps cet air absent typique de ceux qui ont reçu un sort d'altération de la mémoire. Il y gagnerait d'autres groupies.
Maintenant, il avait un compte-rendu à faire à son directeur. Il avait pris des décisions sous le feu de l'action et espérait qu'il ne se ferait pas réprimander. Il n'en était pas à son premier acte de violence contre Phines et il se souvenait très bien de la mise en garde de Snape, à ce sujet. Cela dit, il ne l'avait pas attrapé en public.
Il allait devoir se forcer à reprendre son sang-froid, pour les jours à venir. Il n'avait pas spécialement envie de se faire renvoyer, que ce soit de l'école comme du ministère. Sa vie recommençait à devenir intéressante et il s'était promis de garder la tête froide.
