Elle était bien, elle était au chaud. Elle entendait une voix douce qui venait lui parler très souvent et parfois, cette voix chantait. Elle la réconfortait. Elle semblait flotter dans une sorte de lumière depuis des jours, enveloppée par une odeur légère de fleurs blanches. Et puis, un jour, la lumière s'était mise à briller très fort autour d'elle, devenant inconfortable et moins chaleureuse, et la voix s'était tue. Elle avait l'impression qu'on lui disait qu'il était temps de quitter cet endroit.

La lumière l'éblouissait tant qu'elle leva la main devant ses yeux, pour se protéger. Les paupières mi-closes, elle essayait de voir quelque chose, mais rien à faire, elle ne parvenait pas à distinguer quoi que ce soit. Elle devait se forcer à s'habituer, comme si elle avait erré des heures dans la pénombre. Et si cela avait été le cas ? Non, il y avait toujours eu cette lumière douce.

Elle était assise sur ce qui semblait être un banc. Elle ferma les yeux, les mains sagement croisées sur ses genoux, décidant d'attendre un peu. Et si lorsqu'elle ouvrait de nouveau les yeux, portant le regard alentour, rien n'avait changé ? Si elle était aveugle, comment savoir où aller, comment savoir vers qui se diriger ? Et si tout le monde était mort, si tout avait disparu et qu'elle était seule ?

Au bout d'un moment qui lui parut une éternité, elle rouvrit les yeux. Doucement, comme si elle craignait d'être à nouveau aveuglée par la lumière intense.

Ce qui la surprit en premier lieu, ce fut la verdure environnante. La nature. Puis les odeurs d'herbe fraîchement coupée, l'humidité de la terre que l'on vient d'arroser, sensation qui la fit frissonner parce qu'elle venait de la mettre en confiance, comme si elle trouvait enfin des repères. Maintenant, elle était rassurée. Elle étendit les mains devant elle, comme pour s'assurer qu'elle était bien là où elle semblait être, et la vision de ses mains blanches la rendit triste, sans raison.

Elle se leva. Elle sentit le sol sous ses pieds. Elle s'accroupit pour toucher l'herbe, caressant la terre du bout des doigts.

« Je suis en vie ?... » murmura-t-elle, et son murmure résonna à ses oreilles, tout comme elle entendait le chant des oiseaux et le vent qui faisait bruire les feuilles des arbres.

Elle se releva et regarda autour d'elle.

Elle connaissait cet endroit. Elle savait parfaitement où elle était. Son cœur se serra violemment et elle plaqua la main sur sa bouche pour ravaler son cri de douleur. Elle inspira profondément, comme si elle allait entrer sur scène et qu'elle devait se donner du courage, encore une fois. Tendant la main, elle écarta doucement les branches couvertes de feuilles d'un arbre qui semblait être un saule pleureur, tel un rideau qui la cachait du reste du monde.

Devant elle, au loin, miroitait le lac de l'école de Poudlard.

Elle fit quelques pas, tremblante. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle était ici. Elle fit le tour de l'arbre et leva la tête. L'imposant château se dressait devant elle, les tuiles de son toit et de ses tours luisant au soleil, fière bâtisse dont les étendards des quatre maisons flottaient paresseusement au vent, et les élèves…

Incrédule, elle fit le reste du chemin qui la séparait de l'entrée à grands pas, comme pour s'assurer que tout ce qu'elle voyait n'allait pas disparaître si elle s'en approchait trop. Elle allait entrer dans la petite cour vide, lorsque quelqu'un l'interpella. Elle se retourna et vit Amon avancer vers elle. Il lui souriait avec sincérité, alors elle fit quelques pas pour le rejoindre.

Il leva sa baguette magique et prononça des mots impardonnables.

Elle sentit le choc du maléfice lacérer son corps et elle hurla.

Elle hurla, les yeux grand ouverts sur l'obscurité, comme paralysée, jusqu'à ce que la lueur d'une bougie attire son attention, venant vers elle dans la nuit comme madame Pomfrey accourait à son chevet.

"Calmez-vous, calmez-vous..." murmurait doucement l'infirmière, tout en lui caressant le front, qu'elle sentait glacé.

Alice pleurait à chaudes larmes, encore en proie au cauchemar affreux qu'elle venait de faire, tremblant de tout son corps.

"J'ai eu peur... sanglotait-elle, la voix brisée, incapable de s'arrêter de pleurer. J'ai eu si peur..."

Alors madame Pomfrey fit quelque chose qu'elle n'avait jamais fait auparavant, avec aucun de ses patients. Elle s'assit sur le lit à côté de la jeune fille, passa un bras autour de ses épaules et se mit à la bercer doucement, en chantonnant, comme pour l'apaiser.

Au bout d'un long moment, Alice cessa de pleurer, puis finit par se rendormir. Poppy Pomfrey la quitta, lui laissant la bougie en guise de veilleuse.

Elle ne revint la voir qu'au petit matin. Elle lui fit grand peine, comme à chaque fois qu'elle venait la visiter.

Elle était arrivée trois jours plus tôt, amenée par un Snape couvert de sang et particulièrement perturbé, elle était cruellement blessée et était restée inconsciente jusqu'à cette nuit. Lorsqu'elle l'avait déshabillée pour la laver du sang qui la couvrait et la panser, elle n'avait pu que constater qu'elle avait été touchée par un maléfice d'une rare violence. Le professeur Snape avait admirablement bien travaillé. Sans lui, elle serait morte, c'était une certitude. Malheureusement, s'il avait pu stopper l'hémorragie et refermer les blessures grâce à son sort de guérison, il n'avait pas réussi à faire complètement disparaitre les cicatrices. Poppy avait donc emmailloté sa patiente dans un bandage imbibé d'un baume à base d'essence de dictame, qui les atténuerait encore un peu. Par chance, son visage avait été épargné, mais elle garderait une longue trace sur le cou.

Alice était donc devenue la petite momie de Poppy Pomfrey, et tous les jours, elle changeait ses pansements, lui murmurant des chansons alors qu'elle était inconsciente, comme pour lui dire qu'elle n'était pas seule. L'odeur de fleurs blanches provenait du baume, et la voix douce était celle de l'infirmière.

La première chose qu'elle demanda fut un grand bol de thé bien chaud. Madame Pomfrey fut heureuse de voir qu'elle était tirée d'affaire, et même si elle restait bouleversée et épuisée par ce qui lui était arrivé, elle lui souriait.

Le lendemain, elle reçut la visite du professeur de Défense, qui fut autorisé à rester une dizaine de minutes, pas plus.

"Dommage qu'Halloween soit déjà passé, hein ?" dit-elle en essayant de sourire, levant ses mains bandées pour les lui montrer.

Ethan hocha la tête, ne sachant s'il avait le droit de plaisanter ou pas avec elle.

"- Ce qui s'est passé l'autre jour... reprit Alice, un air sombre passant sur son visage.

- Amon a été renvoyé, annonça Ethan d'emblée, sans chercher à mentir. Il y a eu un conseil, en présence de son père, d'un sorcier du département de la justice et de certains professeurs de chez nous. Je n'ai pas eu le droit d'y assister, ni le directeur."

Elle fit un mouvement de bouche semblant indiquer qu'elle comprenait, alors qu'elle souhaitait plutôt parler de pourquoi c'était arrivé.

"- Nous sommes trop impliqués, cela aurait faussé la donne, ajouta Ethan en faisant courir ses doigts sur le rebord de sa chaise.

- Oh.

- Vous devriez bientôt recevoir un courrier du ministère, vous indiquant que vous êtes désormais libre des liens qui vous retenaient à la famille Preston-Butler, et que vous êtes l'unique héritière des biens des Drake.

- Je ne suis pas sûre qu'il reste grand-chose... Tout a été saisi par le ministère quand j'étais petite, je crois.

- Peut-être, mais ça veut surtout dire que vous êtes libre."

A ces mots, elle le regarda, éperdue.

"Je n'ai plus rien à voir avec eux, alors ? Ils ne vont pas chercher à me retrouver ?"

Ethan sourit, malgré la gravité de la situation. Elle avait parfois des réactions de petite fille. C'était charmant.

"Oh, non. L'héritier est à Azkaban et le père sous surveillance étroite. Si l'un d'eux bouge le petit doigt dans le mauvais sens, il y aura des retombées et le ministère ne sera pas tendre. Si jamais on retrouve des choses un peu bizarres chez eux, cela risque aussi de se retourner contre eux."

Alice se mit à fixer le bout de ses pieds, qui saillaient sous les couvertures au bout de son lit. Elle se mit à pleurer en silence, soulagée.

"Pardonnez-moi," dit-elle de sa voix tremblante, les doigts crispés sur un pli de sa couverture.

Ethan se pencha et posa la main sur la sienne, la serrant dans un geste de réconfort. Elle sourit malgré ses larmes.

"- Ca fait un peu beaucoup d'un seul coup, pour moi, fit-elle d'un ton las.

- Je sais, je suis désolé pour ce qui est arrivé. Je vais d'ailleurs y aller, avant que madame Pomfrey ne me mette dehors, je crois que j'ai dépassé mon temps de parole."

Il se leva, remettant la chaise à sa place, près de la petite table de nuit qui portait quelques livres et un vase, dans lequel quelqu'un avait disposé des fleurs des champs.

"Professeur ?" l'appela Alice.

Il se retourna.

"Merci."

Il lui sourit et s'en alla.

Ces trois derniers jours n'avaient pas été de tout repos.

Le conseil de discipline s'était transformé en procès, dès lors que le représentant du département de la justice du ministère avait demandé la présentation de témoins. Cinq élèves choisis au hasard durent raconter ce qu'ils avaient vu, toutes les versions correspondant parfaitement avec les faits, à quelques mots près. Les trois professeurs présents furent interrogés aussi, dont Rayne Phines, qui donna la même version que les deux autres, sans jamais évoquer ce qu'il avait trouvé de si avilissant, lors de son entrevue clandestine avec Ethan. Il ne s'en souviendrait jamais, de toute façon.

Seth Preston-Butler avait fait preuve d'un calme froid, durant toute la séance. Il accusa le coup sans rien dire, même lorsqu'il lui fut annoncé que son fils serait envoyé à Azkaban. Il s'était servi d'un maléfice non répertorié cherchant à nuire à autrui, dans le but de blesser ou de tuer. La décision était sans appel. Lui-même avait été mis sous surveillance par le ministère, il avait perdu la tutelle d'Alice Drake ainsi que la gestion de ses biens, dont elle pourrait jouir pleinement dès qu'elle serait en possession des documents attestant de ses droits, que le département de la justice devait lui envoyer incessamment.

Bien entendu, tous les élèves parlèrent de cette histoire durant les trois jours suivant l'attaque d'Amon sur le directeur et cette élève de Serpentard, et ils en parlèrent bien longtemps après. Certains mettaient ça sur le compte de cette histoire d'esprits frappeurs. D'autres disaient que de toute façon, le fils Preston avait toujours eu un grain et qu'il avait simplement fini par péter un plomb, ce qui devait arriver depuis longtemps. D'autres encore racontaient qu'il avait été manipulé par son père qui n'avait jamais digéré le fait que Snape avait trahi son maitre. Les ragots allaient bon train, mais aucun n'évoqua jamais ce geste affectueux dont le directeur avait fait preuve avant de soigner Alice.

Après trois jours d'un mutisme effrayant duquel il sortit uniquement parce que Ethan était venu lui parler, longuement, chaque jour, le maitre des potions s'était enfin décidé à lui rendre visite, allant même jusqu'à demander l'autorisation à madame Pomfrey, qu'elle lui accorda. Après tout, il était le directeur, il venait juste s'informer de la bonne santé d'un des élèves de son école, n'est-ce pas ? Il avait pour consigne de ne pas la fatiguer et d'éviter de lui parler de choses éprouvantes.

Il eut du mal à franchir le rideau blanc qui le séparait d'elle. Il resta figé un court instant, se disant qu'il n'avait pas le droit d'être là. C'était sa faute si elle était ici. Il ne trouverait aucune raison de se faire pardonner sa faiblesse. Il ne trouverait pas de mots, malgré tout ce que le chasseur avait pu lui dire pour le tirer de son enfermement.

Elle avait retrouvé cette apparence fragile qu'il lui avait toujours connue, avant qu'elle ne change, la pâleur de son visage tranchant sur sa chevelure sombre, alors qu'elle était installée confortablement sur des oreillers si gros qu'elle semblait s'y enfoncer. Elle avait perdu beaucoup de sang, elle mettrait du temps à retrouver ses forces, le temps que son corps le reconstitue, et elle semblait très fatiguée. Ce qui le troublait par dessus tout, c'étaient les bandages. Ils dépassaient de sa chemise de nuit au niveau des clavicules, couvrant tout son cou, ainsi que ses bras et ses mains. Le reste de son corps devait en être recouvert. Pourquoi ? Il avait pourtant fait ce qu'il fallait.

Elle était en train de lire et lorsqu'elle s'aperçut de sa présence, elle parut surprise. Ne venait-elle pas de rougir un peu, à l'instant ? Elle posa son livre sur la table de nuit. Elle ne s'attendait manifestement pas à ce qu'il vienne la voir. Elle avait eu la visite de toutes ses copines et de quelques élèves d'autres maisons, notamment son binôme de Gryffondor et ceux des petites classes qu'elle aidait, Aurora Sinistra aussi était venue, et puis le prof de Défense. Mais lui, jamais encore.

Il s'était assis, empruntant la seule chaise présente, silencieux, distant.

"Madame Pomfrey m'a dit que vous m'aviez amenée," dit-elle, brisant le silence qui était devenu pesant, sans toutefois quitter la contemplation de ses mains.

Il fit juste "mmh mmh" en guise de réponse.

"Merci," dit-elle simplement.

Elle le regarda, enfin. Il avait l'air terriblement mal à l'aise. Elle le trouva... différent, aussi.

"- Elle m'a aussi dit qu'elle faisait de son mieux pour que les traces disparaissent, mais apparemment le maléfice était puissant, reprit-elle. L'essence de dictame n'y fait rien.

- Je suis navré, j'aurais voulu faire plus."

Il ne comprenait pas pourquoi le contre-sort n'avait pas parfaitement fonctionné. Les cicatrices auraient dû disparaitre, c'était à ça que servait la dernière incantation, on prononçait trois fois les mots pour arrêter le sang de couler, pour permettre aux plaies de se fermer et aux marques de s'effacer.

"Ce n'est pas grave, je suis en vie," dit-elle avec un sourire dans la voix.

Il répondit à son sourire, faiblement. Il n'était pas de taille à lutter contre elle. Cela ne le réconforta aucunement.

"- Nous sommes quittes, donc, reprit-elle, repartant dans la contemplation de ses mains.

- Comment cela ? s'étonna-t-il.

- La potion vous a aidé, non ? Votre sang n'est plus... maudit, n'est-ce pas ?

- Non, il ne l'est plus.

- Alors, nous sommes quittes."

Cette discussion était ridicule. Il ne savait pas vraiment pourquoi il était là, il ne savait pas quoi lui dire. Il voulait juste être avec elle. Il ne lui demanderait même pas pourquoi elle s'était interposée. Quelle idiote... Pourquoi les jeunes se sentaient-ils tous invincibles ?

"Vous avez trouvé comment faire partir les mauvais esprits de l'école ?"

Sa question était enfantine.

Il secoua la tête. Non, hélas, ce problème-là était loin d'être réglé. Les capteurs travaillaient sans compter, mais rien ne semblait vouloir se faire ni se défaire. Il n'y avait eu aucun problème à déplorer depuis Halloween, mais l'équipe de Malfoy s'y cassait les dents, malgré l'aide des centaures.

"Je ne sais pas si ça peut vous aider, mais l'autre fois j'ai discuté avec le fantôme de Cedric Diggory," dit Alice, peu sûre d'elle.

Il se souvint qu'Ethan lui avait dit qu'il n'avait rien pu tirer des fantômes, mais il n'avait pas mentionné celui de Diggory.

"Je lui ai raconté que je vous avais peut-être sauvé la vie."

Peut-être ? Sûrement était plus juste.

"Il m'a dit que ce n'était pas la première fois."

L'impression d'avoir été balayé par une vague d'eau glacée lui fit fermer les yeux un instant. C'était la vérité, mais elle l'ignorait.

"Diggory vous a dit ça ?" dit-il, se raidissant sur la chaise.

Elle acquiesça. Elle le regardait comme si elle comprenait qu'il savait de quoi il était question.

"Il m'a toujours donné l'impression de me connaitre depuis longtemps, ajouta-t-elle. La plupart du temps, il m'écoute, mais lorsqu'il me parle, c'est étrange, il évoque des choses ou des gens que je ne connais pas..."

Son cœur s'était mis à battre très fort dans sa poitrine, comme s'il prenait toute la place. Elle sentait sa respiration trembler quand elle expirait. Pourquoi avait-elle peur de lui confier ce qu'elle ressentait vis-à-vis du comportement de Cedric ? Après tout, ils avaient partagé des moments assez particuliers, alors elle pouvait bien lui parler de tout ça, non ?

"Gabriel Waters," dit-elle.

Il toussota, de plus en plus mal à l'aise.

"Tout ce que je sais de lui, c'est qu'il était élève de Serdaigle et qu'il est mort l'année dernière, reprit-elle. Pourquoi Cedric m'en parle-t-il comme on avait été très proches et que j'avais été horriblement touchée par sa mort ?"

Elle serra les dents lorsqu'il la fusilla du regard, ni plus, ni moins.

"Je ne sais pas pourquoi il tient ces propos, fit-il sèchement. C'est un fantôme. Il a vécu beaucoup de choses de son vivant et il a été tué par un Mangemort. Vous savez ce qu'on dit des gens qui meurent dans ces conditions, non ? Vous n'écoutez pas, en cours ?"

Cela lui déplaisait de devoir lui parler ainsi, mais il le fallait. Il avait un serment à respecter. Il n'avait pas le choix. Il sentait que la conversation tendait trop à glisser sur la mauvaise pente. Il allait être obligé de rencontrer Diggory pour lui expliquer certaines choses importantes.

"- Vous êtes en train de me dire qu'il ne sait pas ce qu'il dit ? dit-elle, d'un air de ne pas y croire.

- C'est un fantôme, répéta-t-il.

- Je crois plutôt que vous me cachez des choses.

- Vous vous donnez trop d'importance."

Elle sourit d'un air entendu et laissa échapper un cri de surprise.

"Bien sûr, professeur, je me donne même tellement d'importance que vous êtes venu me chercher en pleine nuit pour finir votre potion, et vous m'avez empêchée de mourir, l'autre jour."

Elle s'était penchée vers lui, s'appuyant sur son avant-bras, sans baisser les yeux.

"Je suis venu vous chercher parce que vous étiez la seule personne possédant ce dont j'avais besoin et j'aurais sauvé la vie de n'importe qui d'autre, dans les mêmes conditions."

Il lui avait répondu d'un air satisfait et s'était penché aussi, les mains posées sur ses genoux, la défiant du regard, attendant qu'elle réplique.

Au lieu de cela, elle éclata de rire, finissant par se cacher le visage dans la main.

Il se redressa, croisant les bras et les jambes dans une attitude complètement fermée qui la fit rire encore plus.

"Il se passe quoi, là ?" demanda-t-elle, entre deux éclats de rire.

Il soupira, levant les sourcils et affichant un air désabusé. Il était incapable de chercher à la remettre à sa place plus longtemps, elle faisait preuve de perspicacité, quand elle voulait. Et puis, elle était trop désarmante.

Elle finit par se calmer, essuyant les larmes qui perlaient au coin de ses yeux. Elle n'avait pas ri comme ça depuis un bon moment. Ça faisait du bien. Toutefois, elle avait besoin de retrouver son sérieux, et en plus, elle était encore bien faible, elle sentait les vertiges s'emparer d'elle.

"Il y a des choses que vous savez et dont vous ne voulez pas parler, très bien, dit-elle en luttant encore un peu contre l'envie de rire. Peut-être que quelqu'un vous a fait promettre quelque chose, je ne sais pas quoi, mais soit."

Elle s'éclaircit la gorge et joignit ses mains en entrelaçant ses doigts, jouant avec ses pouces. Elle n'avait plus du tout envie de rire, maintenant.

"N'oubliez pas que je vous ai dit que je vous faisais confiance," ajouta-t-elle d'une drôle de voix.

Il ne risquait pas de l'oublier, non.

"De tout mon cœur."

Cela non plus, il ne risquait pas de l'oublier.

"- Je suis peut-être une gamine, mais je ne pense pas être complètement idiote.

- Je n'ai jamais dit que vous étiez complètement..."

Il se tut. Bien sûr qu'il l'avait dit, et plus d'une fois.

"Si vous voulez garder vos secrets pour vous, je ferai avec, reprit Alice. J'aimerais juste que rien ne change dans... vos habitudes."

Il haussa les épaules. Qu'entendait-elle par là ?

"- C'est vous qui avez soumis l'idée de mon indépendance au département de la justice du ministère, n'est-ce pas ?

- Oui.

- Pourquoi ?"

Il l'avait fait parce qu'il ne supportait pas l'idée que ce petit vicieux d'Amon puisse continuer à avoir la main sur elle. Il l'avait fait parce que la savoir fiancée à ce dégénéré lui donnait des envies de meurtre. Il l'avait fait parce qu'elle était faite pour être libre, comme l'avait été sa mère.

"Je n'ai fait qu'aller dans votre sens," répondit-il, au lieu de dire ce qu'il pensait.

Elle sembla déçue par sa réponse.

"Pour ça aussi, je vous remercie."

Elle était très sérieuse, d'un coup. Elle était bien loin de sa crise de fou rire de tout à l'heure.

"- Votre potion... dit-elle alors, préférant changer complètement de sujet.

- Oui ?

- Vous lui avez donné un nom ?"

Elle était curieuse. Dans tous les sens du terme. Par bien des traits, elle ressemblait à l'ancienne Alice.

"Délie-sang."

Il n'avait pas donné de nom au substitut, mais il en avait donné un à cette potion dont il espérait ne plus jamais avoir besoin, ni pour lui, ni pour qui que ce soit. Il avait tout de même recopié la formule sur un parchemin qu'il avait rangé dans un livre au hasard, dans sa bibliothèque personnelle, incapable de le détruire.

"- C'est drôle, ça sonne comme délice, fit-elle avec légèreté.

- C'est pourtant loin d'être le cas."

Elle sourit.

"- Vous m'avez fait peur, ce soir-là, vous savez ? J'ai cru que je vous avais empoisonné.

- C'est l'avantage d'être toujours le premier à tester mes propres créations...

- Soyez gentil, la prochaine fois, évitez de me faire culpabiliser."

Elle avait ri doucement sur la fin de cette phrase.

Il se laissa aller à un sourire, se demandant ce qu'il allait bien pouvoir faire de toutes les pierres qu'elle avait ôté de son mur protecteur, depuis qu'il la connaissait. Si une projection de lui-même avait été en train de se regarder, il n'en aurait pas cru ses yeux. Cette gamine était vraiment une lueur dans la nuit, pour lui.

Sur cette dernière réflexion intérieure, il se leva. Il fallait qu'il s'en aille. Il ne savait pas quel genre de pointe elle serait encore capable de lui planter dans le cœur, et il ne savait pas non plus s'il serait capable d'y résister. Elle n'admettrait jamais pourquoi il faisait tout ça pour elle. Il n'était pas venu la voir pour se confier. Il devait garder le silence. Il avait fait une promesse à Dumbledore, une promesse scellée par le sang.

Comme il partait sans un mot, persuadée qu'elle avait dit quelque chose qu'elle n'aurait pas dû, elle n'osa rien ajouter. Elle n'osa pas non plus lui demander s'il pensait revenir. Il s'en alla simplement, comme il était venu, sans dire au revoir, sans se retourner. Il restait lui-même, dans cette façon d'agir.

Elle ne le revit pas jusqu'à ce que madame Pomfrey l'autorise à reprendre les cours. Elle avait passé une dizaine de jours à l'infirmerie, recouvrant ses forces au fur et à mesure que son corps épuisé renouvelait le sang perdu. Avec ses forces, elle avait retrouvé du courage. Elle n'avait plus peur de tomber sur son tortionnaire au détour d'un couloir, elle pouvait enfin vivre, elle était libre.

Ses copines, qui étaient venues la voir tous les jours pendant sa convalescence, lui avaient préparé une petite fête de retour dans leur chambrée. Elle dut leur promettre qu'elle les accompagnerait à la prochaine sortie à Pré-au-Lard, si le temps le permettait. Elle dut aussi accepter le fait qu'elles voulaient absolument lui présenter un ou deux garçons, "pour oublier ce taré d'Amon" avait dit Rose avec un air de conspiratrice. Elle n'en avait aucune envie, mais après tout, boire une Bièraubeurre avec quelqu'un n'engageait en rien. Elle avait dit oui, mais pas tout de suite.

De toute façon, les sorties étaient clairement compromises : il pleuvait toujours autant et cela n'améliorait en rien l'ambiance oppressante.

Malfoy commençait à désespérer et il en devenait irascible. Son équipe avait beau ratisser l'école et ses environs tous les jours, consciencieusement, elle essuyait les échecs successifs. Les centaures, qui continuaient à aider les humains contre toute attente, surveillaient la forêt et venaient tous les matins voir Hagrid pour lui dire qu'ils ne parvenaient pas à "attraper les lueurs".

Cherchaient-ils ce qu'il fallait ? Cherchaient-ils où il fallait ? Devaient-ils attendre qu'un autre accident survienne ? Il était pourtant hors de question qu'un nouvel élève soit retrouvé mort.

Severus avait fini par se décider à aller voir Diggory. Il avait pris suffisamment de temps pour se convaincre que quelque chose n'allait pas avec ce fantôme. Ce n'était pas normal qu'Alice sous-entende qu'il avait gardé ses souvenirs d'elle intacts, comme ils étaient avant la mort de Dumbledore. C'était impossible.

Il s'était rendu dans les combles de la tour des Serdaigle et il avait appelé le fantôme.

Celui-ci mit du temps à se montrer. Il apparut non loin de lui, paraissant sortir d'un des piliers porteurs. Il lui sembla triste, comme éteint.

"- Vous êtes venu pour me parler d'Alice, n'est-ce pas ? dit-il en guise d'introduction.

- A l'origine, je voulais surtout savoir si vous pouviez me dire quelque chose sur ce qui se passe dans l'école," répondit Severus en levant sa baguette vers le fantôme, afin d'éclairer son visage.

Cedric pencha la tête sur le côté.

"- Je ne peux hélas rien vous dire là-dessus, professeur, fit-il en prenant un air désolé. Je ne suis pas réceptif à ce genre de manifestations, comme tous les autres spectres. Même en le voulant, nous ne vous serions d'aucune utilité.

- Et bien, soit.

- Je suis navré..."

Il flotta jusqu'à un autre endroit, un peu plus loin, levant la tête pour regarder dehors par l'interstice des tuiles. La pluie tombait toujours et le fait qu'elle le traverse avait quelque chose de touchant.

"A propos d'Alice..." commença Severus.

Cedric se tourna vers lui, les mains dans les poches. Severus remarqua alors qu'il portait toujours les vêtements qu'il avait lorsqu'il concourait pour le Tournoi des Trois Sorciers, le jour où il avait trouvé la mort dans le cimetière de Little Hangleton.

"- Je me souviens d'Alice Snape, oui, le coupa le fantôme.

- Comment est-ce possible ?"

Il était sincèrement étonné et désireux de comprendre.

"Professeur, je suis un fantôme. Les manipulations du temps faites par les humains n'ont pas d'emprise sur nous. Nous sommes hors du temps."

Bien sûr. Quel idiot il faisait. Quel manque de culture générale, aussi ! Il le savait, il l'avait appris à l'école, il n'avait pourtant pas l'habitude d'oublier ce genre d'informations. Et quelle aubaine représentait ce fantôme, par les orteils de la fée Morgane. Si jamais il lâchait quelques informations, peut-être que cela n'aurait aucune conséquence...

"- Alors, sa mémoire a bien été altérée, elle ne se souvient pas de moi, murmura Cedric avec tristesse.

- Oui, je suis désolé, il s'est passé beaucoup de choses et j'étais à des lieues de me douter que vous pourriez en être affecté.

- Oh, de toute façon, je ne suis qu'un fantôme, ce n'est pas grave si on m'oublie.

- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, enfin, Diggory."

Cedric émit un petit rire, alors que l'instant d'avant il débordait de tristesse et de rancœur.

"Vous avez changé," dit-il avec évidence.

Le fantôme s'approcha, son visage translucide se tenant à quelques centimètres de celui de Severus.

"Elle vous a fait changer."

Ce disant, il recula, un sourire plissant ses yeux.

"Vous êtes amoureux d'elle."

Il vit les muscles des mâchoires de son interlocuteur se contracter, alors qu'il serrait les dents.

Cedric se disait que personne n'avait jamais dû lui parler ainsi et encore moins évoquer ses sentiments aussi directement. Toutefois, il n'avait aucune envie de se moquer de lui. Il avait pleinement conscience de ce qu'il devrait vivre. Il n'avait donc pas menti à Alice, lorsqu'elle était venue le trouver et qu'elle lui avait posé toutes ces questions sur le comportement des gens, l'an passé.

"Elle ne le sait pas et elle ne doit jamais le savoir."

Les inflexions typiques de la voix du professeur avaient résonné dans le silence.

"Ne vous inquiétez pas, votre secret est sauf avec moi," dit Cedric avec sincérité.

Il regrettait simplement de ne pas pouvoir aider les vivants. Le reste ne le concernait pas.

"Merci."

L'impassible Severus Snape remerciant un fantôme, c'était inédit.

"Avez-vous pensé à chercher du côté de la tombe du doyen ?"

Severus fronça les sourcils, tout de même bien content que le fantôme ait changé de sujet.

"- Il n'y a rien, là-bas, personne n'a rien trouvé depuis la dernière fois, répondit-il durement.

- Une fois, je suis allé dans le bureau du directeur et j'y ai vu son portrait.

- Je l'ai vu aussi, il n'y avait rien d'anormal.

- Il est endormi. Il ne devrait pas dormir. Quand on meurt, si on revient, soit on devient un fantôme, soit on devient un portrait, mais dans les deux cas, on reste... actif.

- Je ne vois pas le lien entre la tombe et le portrait, Diggory.

- Allez là-bas et regardez mieux."

Cedric s'inclina légèrement, les mains dans le dos, esquissant une petite révérence.

"Bonne nuit, professeur."

Il disparut en se fondant dans l'obscurité.

Severus resta planté là, stupéfait. Il ne chercha pas à rappeler le fantôme. Il quitta les lieux en se demandant s'il ne s'était pas un peu moqué de lui. D'abord, il prétendait ne rien savoir puis il lui disait de retourner sur la tombe et de mieux regarder. Regarder quoi ? De plus, il s'était permis de lire en lui comme dans un livre grand ouvert et il lui avait livré sa pensée, c'était presque aussi embarrassant que la fois où ce vantard de James Potter avait surpris sa façon de regarder Lily, à la différence que cette fois, il n'y avait aucun public.

Contrarié par la révélation faite par Diggory, il se mit à chercher Malfoy pour lui demander qu'il lui laisse quelques capteurs, puis il changea d'avis et se dirigea vers le lac, seul.

Même de loin, on pouvait apercevoir les flambeaux éternels et les flammes des balises mises en place par Ethan. Dans la nuit, cela conférait un aspect toujours aussi macabre à l'endroit. Tout en s'approchant de la berge, il se remémora le soir où Neville lui avait annoncé que la tombe avait été profanée. Une fois sur les lieux, il n'avait rien pu faire d'autre que constater le carnage. La pierre brisée en deux, les traces qui ressemblaient à du sang, le malaise de Sybill...

Il détacha la barque pour se rendre sur l'île.

C'était étrange de se dire que c'était là le lieu de repos d'un homme comme Dumbledore, alors qu'il ne s'y trouvait pas. Il n'y avait jamais mis les pieds lui-même, s'estimant peu digne de se présenter devant la pierre portant son nom, préférant rester sur la berge. Seul Ethan y venait, tous les jours.

Lorsque la barque toucha terre, il sauta sur le rivage et la tira au sec, pour empêcher les vagues du lac de la faire dériver.

La petite île était silencieuse et même si la vie nocturne était moins bruyante, aucun oiseau ne semblait nicher dans les arbres qui y poussaient, aucun animal, terrestre comme aquatique, ne paraissait y vivre non plus. Il s'était pourtant presque attendu à y trouver Fumseck, et pourtant il savait que c'était impossible.

Comme il s'approchait de la stèle, il se mit à se sentir inexplicablement oppressé. Il sortit sa baguette. Qu'y avait-il à craindre, ici ? Il n'y avait personne.

Maintenant qu'il y faisait face, il se trouva ridicule. La pierre blanche rendant hommage au doyen était impeccable, elle n'avait subi aucun dommage, elle resplendissait presque dans la nuit, malgré la pluie qui ruisselait sur elle. Il tendit les doigts et la toucha, en suivant la tranche avec légèreté.

Alors qu'il retirait sa main, il reçut comme une décharge électrique. Il recula vivement. Et si Diggory avait raison ?

Quelque chose attira son attention, sur sa gauche. Une sorte de lumière palpitante était en train de prendre forme au bord de l'eau, entre les arbres. Le vent se leva, semblant venir de nulle part, malmenant les flammes des flambeaux éternels et des balises de surveillance. Plus il enflait, plus il ressemblait à une sorte de plainte continue, et la forme lumineuse continuait à s'approcher.

"Montrez-vous !" cria-t-il à la tempête, levant sa baguette en direction de la lumière.

La plainte devint sifflement et le sifflement semblait prononcer son nom.

C'était parfaitement insensé. Il suffisait qu'il vienne ici pour que les phénomènes étranges se manifestent ? Les sorciers de Malfoy n'avaient rien trouvé, Ethan non plus, les centaures cherchaient inlassablement dans la forêt, et lui, il mettait le pied sur l'île portant la tombe et cela déclenchait une tempête. C'était ridicule.

"Bonsoir, Severus."

La voix désincarnée prononçait les s avec une exagération dérangeante, chuintant comme si elle était saturée, blessant les oreilles. Elle semblait arriver de partout et de nulle part.

Il n'avait pas abaissé sa baguette.

"Vous chercheriez à blesser un vieil ami ?"

Plissant les yeux, il remarqua que la forme spectrale avait le visage d'Albus Dumbledore. Il ne changea pas de posture pour autant.

"Seriez-vous assez aimable pour m'expliquer ?" dit-il toutefois.

A peine eut-il fini sa question qu'il se retrouva plaqué contre un arbre, les pieds ne touchant plus le sol. Il avait du mal à respirer, comme si on cherchait à l'étrangler.

"Aimable ? Tu ne trouves pas que je l'ai assez été, de mon vivant ?"

La voix avait cessé d'être polie.

Il baissa les yeux. La forme le tenait par le cou d'une seule main, à bout de bras. Elle était puissante et ressemblait à un humain, maintenant. Son visage était bien celui de Dumbledore, mais il était très abimé, comme corrompu par les mois de mort subis, il avait l'impression de voir les os à travers ses chairs. Les fantômes de l'école n'avaient pas cet aspect. D'ailleurs, les fantômes ne pouvaient pas toucher les vivants, ils ne pouvaient que les traverser et c'était désagréable pour tous. Qu'était-il ?

"Que me voulez-vous ?"

Le spectre sourit.

Severus eut l'impression qu'un lambeau de peau s'était détaché du haut de sa joue pour tomber au sol. C'était répugnant.

"- Je suis venu te réclamer mon dû.

- Quel dû ? Nous avons déjà payé et..."

Les doigts du spectre se serrèrent un peu plus sur son cou, lui coupant le souffle. Il exhala un peu d'air dans un râle.

"Nous ? Oh, non, c'est toi qui as choisi de prendre ma vie, mon ami, tu dois payer."

Les doigts se serrèrent encore plus.

"T'es-tu jamais soucié de moi depuis que tu m'as tué ? Sais-tu quelles souffrances j'endure ici ? Tu t'es toujours plaint du contraire mais tu n'as jamais vraiment souffert, tu as juste pleurniché pour une femme une fois dans ta vie, c'est tout. Tu ne connais pas le prix d'un sacrifice."

Le spectre était haineux. Ses yeux étaient noirs, et il lui semblait que des tourbillons de vide y évoluaient, hypnotisants, horribles, tournant comme des galaxies. A bien y regarder, cela ressemblait à des tentacules qui se tortillaient dans l'espace. C'était exactement ce qu'Alice lui avait décrit, le soir où elle était venue lui parler de ses parents, et qu'elle avait tenté de mettre fin à ses jours. Cela ne pouvait être une coïncidence.

Il serra les dents et ferma les yeux, certain qu'il ne fallait pas regarder dans ceux-là.

"Vous n'êtes pas Dumbledore..." parvint-il à dire alors qu'il suffoquait.

Il y eut un rire profond, qui se répercuta sur les arbres et sur les pierres, semblant rouler dans le lointain comme un coup de tonnerre.

"Albus Dumbledore était un homme bon et généreux, il ne serait jamais revenu sous cette forme. Il a accepté la mort comme une amie qu'il attendait depuis longtemps."

Le rire rebondit de nouveau autour de lui, plus guttural encore.

Il devait tenter de faire quelque chose, sinon il allait finir par mourir étranglé. Certain que la magie ne pourrait rien faire contre cette créature infernale, il lui fallait trouver une autre issue.

"J'étais un homme si bon et si généreux que tu as profité de moi toutes ces années, oui, tu t'es servi de moi et tu m'as jeté dans l'oubli pour garder ce que tu désirais !" siffla la voix du spectre.

Severus sentit quelque chose toucher son visage, quelque chose d'humide et de froid. Il s'obligea à garder les yeux fermés, certain que s'il regardait, il verrait que ce qui le touchait étaient ces tentacules infâmes sortis des yeux de la créature, et même si c'était autre chose, il ne voulait pas le savoir.

Le spectre mentait impunément, il ne s'était jamais servi de Dumbledore.

"Je n'ai jamais oublié Albus Dumbledore !" s'écria-t-il en levant la main qui tenait sa baguette.

Il l'abattit en avant avec force, comme un poignard, au hasard.

Il y eut une sorte de bruit mouillé de succion et le vacarme d'une explosion sourde retentit tout autour de lui.

Il se retrouva assis par terre au pied de l'arbre, cherchant désespérément à retrouver son souffle, la gorge en feu, avalant bruyamment de grandes goulées d'air douloureuses, ses doigts tremblants déboutonnant le col de sa veste et de sa chemise. S'accordant un peu de temps pour reprendre ses esprits, il ouvrit enfin les yeux.

Sa baguette était posée par terre, un peu plus loin. Une bonne partie était recouverte de ce qui semblait être une sorte d'épaisse mousse verdâtre, qui avait une apparence répugnante, pleine de petits polypes qui y gigotaient comme autant de vers sur un cadavre. Il attrapa sa baguette du bout des doigts, une grimace de dégoût lui déformant le visage, puis il l'essuya sur l'herbe jusqu'à ce que ces immondices en soient complètement retirés.

Il était temps pour lui de quitter les lieux. Il allait avoir une bonne histoire à raconter à Malfoy et Ethan. Il se demanda s'ils avaient déjà eu ce genre de visite, eux aussi. Après tout, ils étaient trois à avoir signé le pacte de leur sang.

Comme la manifestation spectrale provoquée par l'intrusion de Snape avait déclenché les alarmes d'Ethan, il prévint Malfoy et fit en sorte de les rencontrer chez Hagrid, en terrain neutre. Il ne voulait surtout pas parler de cela dans l'enceinte de l'école, qui sait quelles oreilles pouvaient y trainer. Tant pis pour l'heure tardive, après tout, la nuit était encore jeune.

Il leur raconta dans les détails ce qui lui était arrivé, sans rien omettre, avec le plus grand des sérieux.

"- Des tentacules dans les yeux ? répéta Malfoy, incrédule.

- De... la mousse qui gigote sur votre baguette ? ajouta Ethan, circonspect.

- Je crois que j'vais vomir..." gémit Hagrid, le visage dans la main.

Ils le regardaient tous avec le plus grand intérêt, les yeux écarquillés, une tasse de thé à la main, Ethan et Malfoy affichant tous deux une moue amusée, trahissant le fait qu'ils se retenaient manifestement de rire.

"Est-ce que l'un d'entre vous est familier de ce genre de... matérialisation ?" demanda Severus en faisant comme s'il ne les voyait pas en train de lutter.

Malfoy posa sa tasse sur un guéridon, puis étendit ses jambes et croisa ses mains derrière sa tête.

"- Pas vraiment, dit-il. Je n'ai jamais entendu parler de ça. Vous dites que ça avait le visage de Dumbledore ?

- Oui, mais un Dumbledore un peu...

- Moisi," finit Ethan en mimant à la perfection la posture d'un zombie.

Malfoy étouffa un rire dans un bruit de nez. Ethan n'eut pas besoin de plus pour céder à l'hilarité, bientôt suivi par son ami. Même Hagrid se laissa aller.

"Je me fais attaquer par un spectre, et eux, ils sont morts de rire..." grogna Severus en les gratifiant d'un regard bien noir, par dessus sa tasse de thé.

Ethan sourit sans malice, la larme à l'œil.

"- Excusez-nous, professeur, nous sommes tous un peu à cran ces derniers temps, je crois qu'on a besoin de décompresser, dit-il en se servant une nouvelle tasse de thé.

- En vous payant ma tête ?

- Désolé..."

Malfoy dut sortir de la cabane d'Hagrid, secoué par sa crise de fou rire inextinguible. Il se calma peu à peu et en profita pour fumer une cigarette, faisant quelques pas autour du champ de citrouilles du demi-géant. Cet endroit lui rappelait beaucoup de choses... Il était vraiment désolé de réagir ainsi à la mésaventure de Snape, mais il était plus que tendu, son équipe essuyait échec sur échec, ce n'était pas bon pour son bureau, pas bon pour lui, il aurait des comptes à rendre. Rire de cette manière évacuait tellement bien la tension accumulée, il n'allait pas s'en priver et tant pis si l'heure était grave.

Il leva la tête vers le ciel. Le firmament était superbe, cette nuit. La pluie avait subitement cessé avant que Snape n'arrive, les nuages s'étaient dissipés et le ciel offrait aux yeux une pureté incomparable. Il ne put s'empêcher de penser à sa mère. Elle aurait adoré cette vue imprenable.

"Malfoy ?"

C'était Snape.

Il le rejoignit en quelques enjambées.

"- Pardonnez-moi pour tout à l'heure, comme l'a dit Ethan, nous sommes un peu à cran, admit le blond.

- Il parait que rire fait des miracles. J'espère que ce qui m'est arrivé tout à l'heure va pouvoir vous aider.

- Peut-être, oui. Pour ma part, je ne pense pas que c'était lui."

Cela ne pouvait pas être Dumbledore.

Même s'il était mort dans des conditions plus qu'inhabituelles, il ne serait jamais revenu sous la forme d'un spectre aussi haineux, aussi débordant de ressentiment. Il ne pouvait pas être devenu quelque chose d'aussi indicible. Son cœur était trop bon. Il avait offert sa vie de son plein gré et il était parti en souriant.

"Ce n'était pas lui."

Ils partageaient le même point de vue.

"- On cherche à nous faire prendre la mauvaise direction... murmura Malfoy, le nez toujours levé vers le ciel.

- Les lueurs !"

Le maitre des potions était parti d'un coup en courant vers la forêt interdite. Malfoy aperçut lui aussi les lueurs dans le lointain ; il se mit à courir à son tour.

"Ethan !" cria-t-il en passant à côté de la cabane d'Hagrid.

Ces derniers sortirent aussitôt.

"Un peu de sport, chouette !" s'exclama le chasseur en partant à son tour à la suite des autres.

Hagrid resta figé, ne sachant quoi faire.

"- Et moi ?

- Allez chercher les Sigma !" lui cria Ethan avant de disparaitre derrière le couvert des arbres.

Loin dans la forêt, trop loin pour que les humains y viennent sans raison, il y avait une clairière parfaitement ronde, cernée par de gros champignons d'aspect étrange et luisant faiblement, ainsi que par des arbres dont les cimes étaient tellement serrées qu'elles ne devaient jamais laisser passer la lumière, ni du soleil, ni des étoiles ou de la lune.

Essoufflé, Ethan venait d'y rejoindre Snape et Malfoy, tenant chacun leur baguette.

"Qu'est-ce que..."

Le jeune chasseur se tut. Les lueurs semblaient danser autour d'eux. L'une d'elle le frôla de si près qu'il recula, de peur qu'elle ne le touche. Il n'aimait pas trop le contact de ce genre d'apparitions, il était plus à l'aise avec les choses tangibles. Il s'aperçut alors que la clairière était entourée de centaures paraissant à l'affût derrière les arbres, ou effrayés et n'osant pas mettre un sabot dans cet endroit.

"Ces choses ont... des visages ?" fit Malfoy, une moue inquiète collée sur le sien.

Aucun d'eux n'avait jamais assisté à pareil évènement, ils ignoraient si ces lueurs étaient amicales ou pas.

"- On est tellement loin que si on crie, personne ne nous entendra, dit Ethan en gardant bien ses bras plaqués le long de son corps.

- Pourquoi tu veux crier ? Tu as peur ? le piqua Malfoy.

- Dans tes rêves, fils de bourge," répondit le chasseur.

Snape grogna quelque chose derrière eux, certainement une remarque concernant leur légèreté alors qu'ils étaient dans une situation quelque peu inconfortable.

Il sortit du cercle qu'ils avaient formé et s'approcha de la forêt.

"Firenze !" appela-t-il, se doutant que l'intéressé ne se montrerait probablement pas, en l'absence d'Hagrid.

Ethan et Malfoy échangèrent un regard étonné.

"Les lueurs n'apparaissent-elles qu'ici ?" demanda toutefois Severus à la forêt, prenant grand soin de ne pas se laisser toucher par les lueurs.

Des craquements dans les fourrés, sur sa gauche, attirèrent son attention.

Le grand centaure dénommé Firenze apparut devant lui. La dernière fois qu'il l'avait vu, c'était pendant la bataille de Poudlard ; il avait aidé à repousser les Mangemorts de Voldemort hors de l'école avec les siens, et avait été gravement blessé. Son clan l'avait repris en son sein, après l'avoir banni des années à cause de sa proximité avec les humains.

Il lui donnait l'impression d'être immense. C'était une créature superbe, qui inspirait le respect. Il se sentait petit, face à lui, et même s'il était le centaure le moins inamical avec les humains, il préférait éviter de prendre des coups de sabots, ce soir.

"Elles apparaissent partout, Severus Snape, répondit le centaure, sans entrer dans la clairière. Mais nous ne parvenons jamais à les attraper."

Il le savait, Hagrid le lui avait dit.

"Cet endroit... Quel est-il ? Pourquoi n'y entrez-vous pas ?"

Firenze recula alors que Severus prononçait ces mots, choqué. Son expression courroucée donnait une allure très effrayante à son visage plat.

"C'est une sépulture, dit-il de sa voix grave, indiquant la zone d'un geste circulaire. Seuls les humains méprisent la vie au point de marcher sur les morts."

Les trois sorciers regardèrent à leurs pieds en même temps, prenant soudain conscience que les mots de Firenze les faisaient passer pour des êtres de vraiment peu de considération.

Hagrid arriva à ce moment-là, accompagnés de quatre capteurs qui entrèrent aussitôt dans la clairière, ajoutant au malaise des centaures. Le demi-géant resta en dehors. Il regarda Firenze à l'autre bout, et celui-ci inclina la tête en guise de salut, auquel il répondit avec la même déférence.

A peine les quatre sorciers du ministère eurent-ils sorti leur baguette pour sonder les lieux qu'une formidable explosion silencieuse les balaya tous, les projetant hors des limites de la clairière.

Les centaures reculèrent, certains rirent même de voir ces misérables humains être punis pour leur manque de respect.

Firenze se dirigea vers Snape et le remit sur pieds, le soulevant par la veste comme s'il ne pesait rien du tout.

"Merci," dit le sorcier en s'époussetant.

Il commençait à en avoir assez de cette nuit mouvementée.

"- Vous devriez partir, Severus Snape, répondit Firenze, neutre.

- Que s'est-il passé ? demanda Malfoy, qui les avait rejoints. Vous savez ce que sont toutes ces lumières ?

- Nous le savons.

- Pourquoi avoir dit le contraire ?"

Firenze expira bruyamment par le nez. Il n'aimait pas la façon dont ce pâle petit humain aux cheveux de paille s'adressait à lui.

"Nous avons dit ne pas pouvoir attraper les lueurs, nous n'avons jamais dit ne pas savoir ce qu'elles étaient."

Severus regarda Malfoy d'un air de dire de ne pas trop chercher à énerver le centaure.

"- Et si ça se passait sur Mars, vous seriez peut-être plus à même de partager ce que vous savez ? insista Malfoy, volontairement provoquant.

- Malfoy... fit Severus entre ses dents.

- Monsieur !" intervint alors un des capteurs.

Malfoy se détourna de Firenze, qui respirait un peu trop fort pour Severus, et un peu trop près. Il rejoignit son homme, en prenant grand soin toutefois de ne pas remettre un orteil dans la clairière.

"La concentration ici est incroyable... chuchota le sorcier. Aversa et Fearghas ont relevé la même chose sur l'île de la tombe, tout à l'heure..."

Malfoy embrassa la scène d'un regard. D'un côté, Snape et les centaures, de l'autre, Hagrid, Ethan et d'autres centaures. Près de lui, ses hommes. Que se passerait-il, s'il retournait au centre de la clairière, maintenant que les lueurs avaient disparu ?

Comme il esquissait le geste, son homme le retint par le bras.

"- Je vous le déconseille, dit-il avec un air entendu et à voix basse.

- Et que me conseillez-vous, alors, Corey ?

- Y mettre le feu et partir d'ici."

Malfoy sourit.

"- Bien sûr, nous allons mettre le feu à une partie de la forêt, en présence de centaures qui détestent les humains, fit-il en se grattant la joue du bout des doigts.

- Vous savez très bien qui peut le faire et qui peut le contenir," insista le dénommé Corey.

Ce disant, il coula un regard vers Ethan, qui avait l'air d'être en grande discussion avec Hagrid.

"Il est hors de question que je lui demande ça."

Corey Scourgeous fit un petit bruit de gorge, comme s'il se moquait de son supérieur.

"- Pourquoi est-il là, alors ?

- Il donne les cours de Défense contre les forces du mal..."

Laissant là son homme, Malfoy revint vers Severus, qui affichait un air suspicieux des plus flagrants. Il lui fit signe de le suivre, histoire de pouvoir parler loin des oreilles de Firenze, qui ne les quittait pas du regard, les bras croisés sur son large torse blanc et roux.

"- Peut-on savoir à quoi vous jouez, avec vos messes basses ?

- Mes hommes ont relevé des taux élevés ici et sur l'île, dit Malfoy aussi bas que possible. Corey, le chef de l'équipe, me conseille d'y mettre le feu."

Severus le regarda comme s'il venait de lui dire qu'il allait se mettre entièrement nu pour danser une gigue avec un tambourin, au beau milieu de la clairière.

"Vous avez perdu la tête ?"

Malfoy haussa les épaules.

"C'est une forêt, là c'est une sépulture, et nous sommes cernés par les centaures."

Le maitre des potions avait énuméré chaque chose en les montrant du doigt, comme pour bien faire comprendre à ce jeune fou que sa proposition était complètement irrecevable, insistant bien sur le mot centaures.

Ethan se demandait ce qu'ils pouvaient être en train de manigancer. Il s'excusa auprès de Hagrid et vint les rejoindre.

"- Alors ? fit-il avec légèreté.

- Malfoy veut mettre le feu à la clairière, lâcha Severus entre ses dents.

- Mais enfin Draco, tu as craqué ? s'exclama Ethan en regardant son vieil ami, scandalisé.

- Je ne veux pas mettre le feu à la clairière, je veux que tu mettes le feu à la clairière."

Ethan se laissa tomber contre le tronc d'un arbre, les bras ballants, anéanti.

Severus lança un regard à Malfoy qui semblait vouloir dire "bien joué".

"- Ce que tu me demandes... murmura le chasseur, très pâle. Je refuse.

- Et si c'est un ordre ?"

Ethan se redressa, les yeux brillants.

"Je refuse."

Des pas lourds derrière Severus le firent se retourner, peu en confiance.

Firenze était venu vers eux. Toute trace d'animosité avait quitté son visage et son regard.

"Nous partons, Severus Snape, déclara-t-il en indiquant une direction au hasard dans la forêt. Nous ne reviendrons pas et nous ne vous aiderons plus, nous avons expliqué les lueurs et les astres ont encore beaucoup à nous dire."

Severus hocha la tête.

"Merci, Firenze," dit-il humblement.

Puis il inclina la tête dans la même sorte de révérence qu'avait fait Hagrid un peu plus tôt, espérant ne pas froisser le centaure. Ce dernier lui répondit de la même façon, puis il fit volte-face et partit au galop, emmenant tous les autres avec lui. Ils s'enfoncèrent dans la forêt et disparurent dans l'obscurité.

Hagrid ne bougea pas de l'endroit où il était.

"Il a donné son accord."

Ethan tourna la tête vers le directeur, qui s'était mis à marcher vers le demi-géant.

"- Quoi ? s'étonna-t-il.

- Le percheron a donné son accord pour qu'on brûle la clairière," fit Malfoy pour éclaircir les paroles de Snape.

A peine avait-il prononcé ces mots qu'Ethan le prenait par le col de son manteau.

"- Ne l'appelle pas comme ça, lança-t-il nerveusement. Respecte-le !

- Ça va, calme-toi, ce n'était pas méchant," se dégagea Malfoy en riant.

Le chasseur frappa l'épaule de son ami du plat de la main, le regardant bien droit dans les yeux.

"Après ça, tes ordres, tu pourras te les foutre au cul."

Ethan partit retrouver Hagrid et Snape. C'était la dernière fois qu'il obéissait à son vieil ami.

"Firenze sent comment sont les gens, dit le demi-géant avec douceur, témoignant du grand respect qu'il avait pour le centaure. Il sait que vous ne blesserez pas la forêt."

Ça ne rasséréna pas vraiment Ethan.

Il répugnait à brûler une sépulture dont il ignorait tout. Il ne savait pas ce qui se trouvait sous la terre, à cet endroit. Il ne voulait pas le savoir. Il avait juste l'impression qu'il allait faire quelque chose de vraiment malheureux, et même si c'était la solution, ça le rendait très triste. Il ne voulait plus utiliser la magie antique, il estimait avoir assez bouleversé les courants en anéantissant Engel Sheller avec la sienne.

"Je vais le faire."

Il avait dit cela avec beaucoup de tristesse, résigné.

"Laissez-moi seul."

Ils quittèrent tous les lieux mais Severus Snape se retourna une dernière fois.

Le chasseur se tenait debout à l'orée de la clairière, entre les arbres et ces champignons étranges, tenant sa baguette à la main, son autre main contenant la flamme qui permettrait peut-être de purifier cette partie de la forêt interdite. Il le vit s'agenouiller et poser la main sur le sol, paume vers le bas.

Il y eut un gros craquement et ils sentirent la chaleur du feu dans leur dos, bien qu'ils soient suffisamment loin maintenant.

Hagrid gémit.

Ils pouvaient apercevoir les lueurs lointaines du foyer même en étant sortis de la forêt. Les capteurs rentrèrent dans l'enceinte de l'école ; ils reviendraient le lendemain pour vérifier les lieux. Hagrid retourna chez lui et ferma sa porte à double tour ; il ne supportait pas l'idée que la forêt soit en feu, à cause de Malfoy. Il détestait Malfoy, viscéralement, il n'avait jamais cessé depuis le procès de Buckbeak.

Severus et Malfoy restèrent un long moment à contempler le feu au fin fond des bois. Puis d'un coup, il n'y eut plus rien, comme si Ethan avait simplement éteint le foyer comme on éteint la lumière.

"Je pense que j'ai perdu un ami, ce soir..." fit le jeune sorcier en partant à son tour.

Severus soupira, puis lui emboita le pas.

Il espérait qu'il n'y ait que cette perte à déplorer, ce soir.