Malfoy se tenait appuyé contre un arbre, les bras croisés sur la poitrine, observant ses hommes chercher la moindre particule paramagique restant, baguette et main levée comme des antennes.

Il était pensif. Plus que jamais, il se sentait l'âme d'un traitre.

Lorsque Corey revint vers lui, il lui annonça que la clairière n'était plus qu'un endroit calciné et parfaitement dénué d'ondes métacinétiques. Ainsi, il avait eu raison de lui conseiller de brûler l'endroit. Il n'était pas chef de l'équipe Sigma pour rien. C'était un homme intelligent, calculateur, froid, peu enclin aux sentiments. Il se fichait pas mal de devoir détruire des endroits entiers, si c'était pour le bien du monde sorcier, il n'avait pas obtenu ce poste juste parce qu'il avait eu des bonnes notes à l'école.

"Monsieur, devons-nous procéder également au niveau de la tombe ?"

C'était une bonne question. Ethan n'accepterait jamais de recommencer.

"Je m'occupe de ça, fit Malfoy en se redressant. Vous pouvez disposer."

Les hommes quittèrent les lieux, le laissant derrière eux.

A l'instar d'Ethan, Malfoy se demandait de qui était cette sépulture. La nuit dernière, les lueurs leur avaient offert un fascinant et très étrange ballet lumineux. Ces espèces de flammes bleues avaient virevolté en silence, montrant des visages aux yeux vides, sans expression. Elles n'avaient jamais cherché à leur nuire, jusqu'au moment où les gens de l'équipe Sigma avaient sorti leurs baguettes.

L'endroit avait essayé de les faire partir. Il s'était défendu.

Hagrid et les centaures savaient qu'il ne fallait pas fouler la clairière du pied. Pourquoi ce gros lourdaud n'avait-il jamais mentionné ça ? Que savait-il d'autre ? Il ne leur aurait jamais caché ce genre d'informations. Il devait juste respecter ce que respectaient les centaures. Il était trop naïf pour mentir. Il était trop gentil pour ça.

Il s'en alla, retournant vers l'école d'un pas lent, comme en promenade. A la lumière du jour, l'endroit était moins effrayant. Il n'aurait jamais aimé se balader dans la forêt interdite en pleine nuit, tout seul. La seule fois où il y était venu, il était accompagné de Neville Longbottom, Harry Potter, Hermione Granger, Hagrid et son trouillard de chien qui devait être centenaire, maintenant. Ils avaient trouvé une licorne morte. Et l'ombre de Voldemort... A sa vue, il s'était enfui en courant et en couinant comme une fille.

Il frissonna à l'évocation de ce souvenir, qu'il balaya de la main comme une mouche. Ce n'était pas le moment d'être nostalgique de son enfance. Il avait un ami à affronter, auquel il devait encore une fois demander l'impossible, et il aurait mille fois préféré aller combattre un loup-garou de Transylvanie, un deuxième jour de pleine lune.

Ethan donnait un cours, Malfoy dut aller l'attendre en salle des professeurs. Il s'assit à son bureau, faisant comme si les autres professeurs n'étaient pas là, notamment Longbottom, qui avait l'air plongé dans une correction de devoirs. Dire que ce mou du bulbe était devenu enseignant... A se demander comment il avait réussi, empoté qu'il était. Il n'avait jamais pu l'encadrer, même malgré ses actes de bravoure passés, c'était physique, il ne pouvait pas. Il ne l'intéressait pas.

Il se mit à dessiner un peu tout et n'importe quoi sur un parchemin, avec une plume qui trainait là, histoire de s'occuper un peu. Il avait bien ouvert un des livres posés là mais l'avait refermé aussitôt, pas plus intéressé que ça. Il était trop nerveux.

"Qu'est-ce que tu fais là ?"

Il sursauta. La voix de son ami était froide, inamicale.

C'était regrettable.

"J'ai besoin de toi," répondit Malfoy en se levant pour rendre sa place au professeur de Défense contre les forces du mal.

Il s'assit en face de lui, vraisemblablement à la place des élèves qu'il devait recevoir, de temps à autre.

"Je croyais t'avoir dit de te foutre tes ordres au cul, Draco."

Neville leva la tête vers eux. Il la baissa immédiatement, se replongeant dans ses corrections. Cela ne le concernait pas.

Ethan était agressif, il n'imaginait même pas que cela pouvait être une simple visite de courtoisie.

"- Jusqu'à preuve du contraire, je suis toujours ton supérieur, mon ami, dit Malfoy un peu moins légèrement.

- Tu es soit mon supérieur, soit mon ami, mais certainement pas les deux."

Cela allait devenir un peu plus difficile que prévu.

"- Ne me demande pas de choisir, fit-il en se penchant.

- Il fallait y penser avant de me demander de détruire un lieu sacré.

- Nous n'avions pas le choix, Ethan, nom de...

- Baisse d'un ton, tu veux ?"

Malfoy poussa un profond soupir, excédé.

"Tu as besoin de moi pour quoi, au juste ?" demanda Ethan malgré son envie de lancer son bureau à la tête de son ami, ou de son supérieur.

Fort bien, il savait rester professionnel.

"Utilise ton feu pour purifier l'île de la tombe."

Un lourd silence suivit la requête du chef du bureau d'investigation de la magie.

Ethan s'était accoudé à son bureau, le visage dans les mains, comme pour se laisser du temps afin d'assimiler ce qu'il venait d'entendre.

"- Tu te fous de ma gueule ? s'exclama-t-il enfin, se contenant difficilement.

- Certainement pas."

Le chasseur se leva si brusquement que sa chaise se renversa, faisant sursauter Neville et les deux autres professeurs présents. Ils choisirent d'ailleurs de quitter les lieux séance tenante, ne souhaitant pas spécialement être témoins de la tempête à venir.

"- Je t'ai dit que je ne recommencerai pas ! s'écria Ethan, les poings serrés sur son bureau.

- Il n'y a que toi qui peux le faire ! répondit Malfoy sur le même ton, faisant face à son ami.

- J'ai dit non !"

Ethan était furieux, dévasté.

"Tu n'as qu'à y faire péter un Feudeymon, comme la fois où ton pote Crabbe a foutu le feu dans la Salle sur Demande !"

Il avait dit cela en donnant un coup de poing sur son bureau, faisant craquer les jointures de ses doigts.

"Utiliser de la magie noire dans un lieu déjà corrompu, bien sûr, fit Malfoy, avec un mépris évident. Quel bon chasseur tu fais..."

Ethan, toujours penché sur son bureau et préférant ne pas regarder son ami, lui indiqua la sortie en tendant son doigt vers la porte, en silence.

"- S'il te...

- Dégage," le coupa Ethan froidement.

Conscient qu'il était allé trop loin avec sa dernière remarque, Malfoy préféra s'en aller.

Ethan ramassa sa chaise et s'y laissa tomber, incapable de comprendre. Comment osait-il lui demander de recommencer ? Ne se rendait-il pas compte combien il était difficile pour lui de devoir utiliser son pouvoir pour faire ce genre de choses ? Il venait de lui demander de purifier l'île où se dressait la stèle en mémoire de Dumbledore. Il n'avait donc pas de cœur ?

Ou bien était-ce lui qui en avait trop ?

Il ne savait plus où il en était.

Il regarda l'heure sur la petite pendule posée sur un rebord de fenêtre. La nuit tomberait d'ici deux heures. Il était encore tôt, mais suffisamment tard pour boire un petit verre ou deux, non ? Il se mit à rire nerveusement. Quelle idée stupide. Il n'allait certainement pas se saouler maintenant, et surtout pas à cause de Draco.

La porte s'ouvrit sur Neville, qui semblait l'interroger du regard.

"Tout va bien ?" demanda-t-il timidement.

Ethan s'appuya lourdement contre sa main repliée.

"- Désolé pour le spectacle de tout à l'heure, fit-il en regardant par la fenêtre. J'ai tendance à oublier où je me trouve, parfois...

- Ce qui se passe nous fatigue tous. Les élèves ont peur et nous ne savons pas quoi faire.

- Chez moi, à cette époque, on aurait fêté Oestara ou Beltane, histoire d'oublier un peu..."

Il vit Neville afficher un air déconcerté, comme s'il n'entendait rien à ce qu'il disait. Après tout c'était normal, il lui parlait de fêtes païennes que les sorciers modernes ne célébraient plus depuis des lustres. Il n'y avait que dans les recoins les plus reculés de son Irlande natale que ces traditions perduraient. Il se souvint d'Aisling qui dansait pendant la fête des lumières, l'année de ses seize ans. Il soupira.

"Vous savez, il n'a peut-être pas tort," dit Neville aussi timidement.

Ethan le regarda, surpris, puis son regard sombre redevint froid.

"- Comment ça ? fit-il sèchement.

- Personne ne repose sur l'île. C'est juste un symbole."

Comment pouvait-il dire une telle chose ? Juste un symbole ? C'était la tombe d'Albus Dumbledore, par tous les lutins des Cornouailles !

"On pourra toujours la reconstruire ailleurs."

Ethan se leva et prit une grande inspiration.

"Vous êtes tous en train de me rendre dingue, avec vos foutues suggestions inadmissibles."

Il quitta la salle des professeurs, laissant Neville se demander s'il avait eu tort ou raison de dire ce qu'il pensait. Ce n'était pourtant que la vérité, la tombe de Dumbledore n'abritait personne, ce n'était qu'une stèle de pierre. Ils pouvaient très bien en ériger une autre ailleurs, comme celle portant le nom des disparus de la bataille de Poudlard, ou ne rien ériger du tout, après tout, les morts continuaient à vivre dans le cœur des personnes qui pensent à eux, non ?

Le jeune professeur de botanique poussa un soupir déchirant. Il retourna à son bureau et se remit à corriger les parchemins de ses élèves de cinquième année. Quelle tristesse, tous ces évènements, quelle tristesse de ne rien pouvoir faire de plus pour l'école. Il se serait bien bu une petite chopine de Bièraubeurre aux Trois Balais...

Il était loin d'être le seul à vouloir se changer les idées ; ces derniers temps, tout le monde avait le cœur lourd, les idées sombres et personne ne savait vers où aller.

Dans le même état d'esprit, les filles de la chambrée d'Alice jouaient à un jeu bien stupide nommé La Vérité ou un Sort, histoire de penser à autre chose. Évidemment, le niveau volait très bas et les éclats de rire fusaient à un rythme régulier. Comme il était tard et que la nuit était tombée depuis un moment, elles avaient laissé juste assez de lumière pour poser une certaine ambiance et jouaient de la façon la plus concentrée du monde.

C'était au tour d'Alice de passer à la trappe. Lisa venait de lui demander si elle choisissait la vérité ou un sort.

"La vérité," répondit la jeune fille, tâchant d'afficher un grand sérieux, car elle savait très bien que c'était exactement ce qu'attendaient les trois autres.

Soren se mit à glousser. Elle remonta la capuche de son gilet sur sa tête et prit une pose de fantôme qu'elle jugea effrayante mais qui fit mourir de rire Rose et Alice.

"- Allez, chut, je pose ma question, fit Soren en les faisant taire d'un geste de la main.

- Vas-y, pose... fit Lisa d'une voix d'outre-tombe, imitant sa gestuelle.

- Alice... Il y a quelqu'un dont tu es amoureuse ?"

Rose pouffa de rire et passa son bras autour des épaules de son amie.

"Je peux répondre pour elle !"

Alice la regarda avec un sourire en coin. Elle pouvait toujours essayer de répondre à sa place, oui.

"Non non non, c'est à elle de répondre !" fit Soren en leva le doigt.

Alice secoua la tête d'un air navré, luttant contre l'envie de rire que ses copines provoquaient.

Elle allait répondre lorsqu'elle se figea, le regard soudain attiré par quelque chose, dehors.

"Quoi ?" s'étonna Lisa, qui la regarda se lever, la main dans son paquet de chips à la citrouille et la bouche pleine.

Comme elles se levaient toutes pour suivre Alice qui s'était approchée de la fenêtre, elles aperçurent ce que la jeune fille voyait, au loin.

Un feu.

Un gigantesque incendie s'élevait sur le lac, au loin.

"- Bin, c'est pas la tombe de Dumbie là-bas ? demanda Rose.

- Ne parle pas comme ça, lui dit Lisa en lui donnant une bourrade dans le bras.

- Pardon, pardon.

- Alice, ça va ?" s'étonna Soren.

Elle se tourna vers elle, étonnée par sa question. Comme son amie montrait son visage du doigt, elle s'aperçut qu'elle pleurait, une sensation froide étreignant son cœur.

"- Désolée... fit-elle en essuyant ses larmes d'un revers de main.

- Faudrait pas qu'on prévienne un prof ?

- C'est pas Phines, le surveillant, ce soir ? On y va ?

- Je vous rejoins," dit Alice, mal à l'aise.

Les filles enfilèrent des chaussures et des vestes un peu plus chaudes et sortirent de la chambre presque en courant. Alice resta un long moment à la fenêtre.

Lorsqu'elle sortit des cachots de la maison Serpentard, remontant le long couloir qui menait vers les parties communes de l'école, elle ne put s'empêcher d'avoir une pensée pour la personne habitant derrière la porte juste avant la salle de cours de potions. Elle sourit en se rappelant la question de Soren. Quel jeu stupide, vraiment...

Il y avait des élèves un peu partout, tous en pyjamas ou habillés à la va-vite, il y en avait jusque dans la petite cour intérieure. De là, on pouvait voir le feu briller au loin, sur le lac, en contrebas. C'était bien l'île de la tombe de Dumbledore qui en était la proie.

Elle frissonna. Il faisait frais mais elle trouvait aussi bien sordide ce qui était en train d'arriver. Elle se demanda où ses copines étaient passées. Ah, elles étaient en compagnie des garçons. La Vérité ou un Sort...

Elle vit aussi les membres de la bande d'Amon, toujours ensemble malgré l'éviction de leur leader. Selene Witmore la fixait comme si elle était la dernière des choses les plus répugnantes sur terre. Comme il y avait du monde, notamment des professeurs, elle restait sagement avec ses crétins de copains. Alice se demanda quand elle se déciderait à lui tomber dessus.

"Allons, allons, rentrez tous !" retentit la voix du professeur Phines, dont c'était bien le tour ce soir de faire office de surveillant.

Des protestations s'élevèrent de presque tous les groupes, mais ils furent assez disciplinés pour obéir tout de suite. Il y avait un couvre-feu, ils l'avaient tous dépassé, et le directeur ne plaisantait pas avec ça.

Alice en profita pour s'approcher du professeur de runes.

"- Professeur, que se passe-t-il, là-bas ? demanda-t-elle poliment, serrant son gros gilet de laine contre elle.

- Je ne sais pas, répondit sincèrement Phines. Rien de fâcheux, j'espère."

Comme elle ne bougeait pas, il toussota.

"Rentrez vous coucher, vous n'avez rien à faire dehors à cette heure."

Elle obéit docilement.

Les filles étaient toutes dans leur lit, mais discutaient de ce qui se passait.

Alice se glissa sous ses couvertures, les écoutant parler de l'incendie sans rien dire. Elles changèrent bien vite de sujet, Lisa venant de lancer une pique à Rose sur ce jeune blond de chez Poufsouffle auquel elle avait parlé ce soir. Décidément, pour elles, la soirée se passait vraiment sous le signe de la légèreté...

De son lit, elle apercevait encore les lueurs du feu, qui semblait ne pas vouloir faiblir. Elle ne se rappelait pas avoir une telle vue, d'ici. Elle n'y avait jamais vraiment fait attention. Elle avait peur. Ce qui arrivait n'était pas normal.

Elle s'assoupit, bercée par les chuchotements des filles, pour se réveiller un peu plus tard.

Elle se redressa pour regarder l'heure sur la pendule de la chambre. Il était à peine une heure du matin. Elle se leva pour aller regarder par la fenêtre. Le feu était toujours actif, il semblait toujours aussi immense. Elle revint vers son lit, enfila son gilet et sortit.

Elle eut à peine le temps de se cacher derrière une statue lorsque deux professeurs et quelques membres de l'équipe du ministère passèrent dans le couloir, devant les portes immenses de la salle à manger. Elle attendit un peu puis courut jusqu'à la cour intérieure.

Le ciel était clair, les étoiles y scintillaient comme jamais. C'était agréable d'enfin pouvoir en profiter. Les cours du mercredi soir avec le professeur Sinistra allaient peut-être enfin reprendre.

Il n'y avait personne dehors.

Comme elle n'osait pas aller plus loin, elle préféra retourner à l'intérieur. Descendant vers les cachots en faisant le moins de bruit possible, elle s'arrêta devant la porte du professeur de potions et s'en approcha jusqu'à poser la main sur le bois et fermer les yeux. Elle était persuadée qu'en attendant un peu, elle allait y poser son front et se mettre à lui parler. Elle se reprit bien vite et recula. Elle faisait n'importe quoi, vraiment.

Au moment où elle allait reprendre son chemin, la porte s'ouvrit.

"Mais..."

Il affichait un air surpris et elle recula précipitamment, glacée, prise en flagrant délit de violation de couvre-feu.

"Mais qu'est-ce que vous faites là ?"

Est-ce qu'il avait senti que quelqu'un se tenait devant sa porte, ou était-ce le fruit du hasard ?

Il avait des traces noires sur le visage et sur les mains, son col de chemise aussi était noirci, les boutons de sa veste ouverts. Peut-être venait-il de rentrer. Pourtant, le feu brillait toujours, elle l'avait vu lorsqu'elle était dans la cour.

Quitte à être là et à prendre une retenue, elle s'enhardit.

"Que s'est-il passé, sur l'île ?"

Elle n'avait rien trouvé d'autre à dire. Elle se sentait stupide, ridicule.

Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais se ravisa. Certainement voulait-il lui faire comprendre qu'elle n'avait rien à faire dans les couloirs à une heure pareille, surtout après l'instauration du nouveau couvre-feu.

A la place, il fit un pas sur le côté et la laissa entrer.

Il devait être fou.

"- Vous n'êtes pas allée là-bas, j'espère ?

- Non, on le voit très bien de la fenêtre de la chambrée... et de la cour."

Ce disant, elle frissonna violemment. Elle replia ses bras contre elle, serrant les pans de son gros gilet contre elle.

"Allez vous asseoir près du feu, fit-il. Quelle idée de se promener dehors pieds nus..."

Elle n'était pas pieds nus, elle était en chaussettes. Toutefois, elle alla s'asseoir devant la cheminée, sur le vieux canapé, se permit même de s'enrouler dans le plaid qui s'y trouvait et s'appuya contre l'accoudoir, s'autorisant à fermer les yeux un instant.

Il revint un peu plus tard.

Dirigeant son regard vers lui, elle le détourna aussitôt pour se plonger dans l'observation captivante des flammes, dans l'âtre. Comme il lui tournait le dos, elle avait aperçu les cicatrices qui y couraient, juste avant qu'il n'enfile une chemise propre, puis la veste de son costume. En combien d'exemplaires l'avait-il, cette veste, s'était-elle demandé, histoire de penser à autre chose. Elle était affreusement gênée. Après tout, il était chez lui, c'était elle l'importune.

Ainsi, ils avaient un point commun.

Alors qu'il s'approchait, il lui tendit une tasse de thé. Au lieu de s'asseoir sur le canapé, il choisit le fauteuil à côté, un peu en retrait. De la sorte, elle ne le voyait pas, sinon son profil si elle tournait la tête.

"Vous êtes bien silencieuse."

Elle se concentra sur sa tasse de thé. Elle maudissait les filles et leur jeu stupide auquel elle ne cessait de penser, depuis qu'elle était passée devant la porte du bureau de son directeur de maison.

"En fait... J'ai vu les... heu... vos..."

Incapable d'en dire plus, elle lui indiqua juste son propre dos, du doigt.

Elle l'entendit soupirer, puis le tintement d'une petite cuillère contre la porcelaine de la tasse sonna légèrement.

"C'est un souvenir de mon père," dit-il avec simplicité, comprenant qu'elle essayait de mentionner les cicatrices.

Elle seule et ce crétin de Phines les avaient vues, à ce jour. Il ne les avait jamais montrées à personne d'autre de vivant. Lucy en avait soigné quelques unes, lorsqu'elle était entrée dans sa vie et s'était mise à partager les coups donnés par Tobias Snape.

"Le sortilège que vous avez utilisé sur moi..."

Elle s'était penchée pour poser sa tasse vide par terre, près du pied du canapé, puis s'était de nouveau enroulée dans le plaid. Elle s'y sentait protégée.

"Il ne pouvait pas vous aider ?"

Il avait ramassé la tasse pour la poser sur une petite table, à côté de la cheminée.

"Je ne l'ai créé que six ans plus tard."

Ah, oui, forcément.

"Il ne m'a pas servi souvent, mais je l'ai utilisé sur votre mère et sur vous."

Il omit de mentionner Malfoy. Il se fichait éperdument de Malfoy, à l'instant. Pourtant il aurait adoré pouvoir lui en coller une, comme avait fait Ethan avec Phines, l'autre fois.

Personne n'avait rien maitrisé, ce soir, et surtout pas lui.

"- Ma mère ?

- Elle était un peu comme vous, elle avait tendance à se croire invincible.

- Je ne me crois pas invincible."

Elle était sur la défensive.

Elle tourna légèrement son regard vers lui. Il regardait vers la cheminée, la tête appuyée contre sa main, mettant un obstacle entre son visage et son regard.

"Alors pourquoi vous êtes-vous interposée entre votre fiancé et moi, l'autre jour ?"

Elle fit un petit bruit de langue pour montrer qu'elle n'appréciait pas vraiment la mention d'Amon, ni le sous-entendu.

"- J'ai pensé le raisonner, je me suis trompée, dit-elle, toujours sur la défensive.

- Vous vous pensiez invincible.

- Si ça peut vous faire plaisir...

- Sachez que cela ne me fait pas spécialement plaisir d'avoir à éponger le sang de mes élèves, mademoiselle Drake."

Elle rougit jusqu'aux oreilles. Évidemment, il avait raison, elle avait agi sur un coup de tête, pensant sincèrement pouvoir faire entendre raison à Amon. Elle l'avait chèrement payé. En fait, elle avait payé sa liberté avec son propre sang. Elle pinça les lèvres, contrariée.

"Vous n'êtes pas venue pour me parler de ça, je crois."

Il avait rompu le silence, se tirant de la contemplation du profil de la jeune fille, à peine caché par une longue mèche de ses cheveux noirs.

"- Non, mais... ce sont des histoires dont vous ne souhaitez peut-être pas parler.

- Il n'y a pas grand chose à dire. L'île de la tombe de Dumbledore brûle."

Elle se tourna vers lui, stupéfaite. Il avait l'air si détaché, si peu concerné. Comment pouvait-il dire une telle chose en restant aussi impassible ? Son regard semblait perdu dans les flammes de la cheminée. Il n'était plus avec elle.

Il s'était replongé dans les évènements de la soirée, comme si elle n'était plus là.

Il sentait encore l'insupportable morsure cuisante du feu sur lui, alors qu'il essayait de s'approcher, avec Malfoy et d'autres types de son équipe. Ils avaient tenté d'utiliser la magie pour faire faiblir les flammes, en vain, puis ils avaient mis la barque à l'eau, mais la chaleur était trop intense et le bois humide s'était enflammé à quelques mètres à peine de l'île. Ils avaient dû battre en retraite, nageant et pataugeant à moitié, regagnant la rive, de la vapeur s'élevant de leurs vêtements et de leurs cheveux.

Le feu ronflait, le vacarme de son souffle puissant était assourdissant, on aurait dit le rugissement d'un gigantesque dragon en furie. Si l'enfer avait un son, c'était certainement le même que celui-là.

Malfoy était tombé à genoux, impuissant, déchiré.

"Où est Ethan ?" avait crié Snape pour se faire entendre.

Le blond avait tourné vers lui un visage empreint d'une infinie tristesse. C'était bien le moment qu'il craque, celui-là. Puis il avait simplement tendu son index vers l'île dévorée par les flammes.

Severus avait soudain eu l'impression qu'on avait posé quelque chose de très lourd sur ses épaules. Il ne savait pas quoi dire. Il ne comprenait pas.

"Il m'avait dit qu'il ne recommencerait pas..."

Est-ce que Malfoy était en train de pleurer ?

Il avait préféré détourner son regard de lui, s'obligeant à chercher la présence d'Ethan dans les flammes. Personne ne pouvait survivre à un tel déchainement, c'était impossible. Mais il pouvait contenir son feu, il le savait, alors pourquoi ne le rappelait-il pas, comme la dernière fois dans la forêt ? Son propre feu ne pouvait pas lui faire de mal.

N'est-ce pas ?

Il voyait ce sorcier, ce Corey, penché vers Malfoy. Qu'était-il en train de lui dire ? Il n'aimait pas du tout cet homme, il l'imaginait très bien empoisonner l'esprit du gamin avec des murmures vicieux.

Malfoy s'était levé, repoussant la main qu'on lui tendait, il avait essuyé son visage d'un revers de manche. Il l'avait regardé d'un air navré et puis il était parti, sans rien dire, préférant sans doute se cacher pour continuer à pleurer son ami.

Lorsque Corey était passé derrière Severus, ce dernier l'avait empoigné par le bras et l'avait obligé à lui faire face.

"- Vous n'êtes pas habilité à me poser des questions, monsieur ! avait crié ce détestable sorcier, sanglé dans sa robe noire cintrée.

- C'est mon école, ici ! J'exige des réponses !"

Le rugissement du feu ne faiblissait pas, il s'insinuait sournoisement dans son esprit, il allait le rendre fou.

Corey avait esquissé une sorte de sourire indéfinissable.

"Les relevés sont à zéro ! Il n'y a plus rien !"

Il avait désigné l'île d'un coup de menton, tout en rabattant sa capuche sur sa tête, et il était parti, rassemblant le reste de ses hommes d'un claquement de doigts.

Severus était resté seul, ne pouvant que contempler le feu qui ronflait toujours. La chaleur commençait à rendre sa peau douloureuse, cela ne servait plus à rien de continuer à chercher d'aussi loin et y aller était trop dangereux. De la vapeur semblait s'élever de l'eau entourant l'île. Alors, il s'était détourné et était reparti vers l'école, le cœur étreint par une lourde sensation qu'il essayait de rejeter.

"Je crois qu'Ethan ne reviendra pas."

Il avait prononcé ces mots très doucement.

Elle eut un mouvement de recul, réagissant comme si elle avait pris un coup au visage. Elle avait pivoté et s'était assise sur le rebord du canapé, tenant le plaid contre elle d'une main, la gorge serrée par l'émotion qu'elle avait ressenti d'un coup. Il n'avait rien dit pendant un long moment et ces seuls mots venait de la bouleverser, profondément.

"Pourquoi dites-vous ça ? Il..."

Sa voix s'était brisée. Une grosse larme coula sur sa joue. Elle sentait un profond émoi s'emparer d'elle, lentement. La boule dans sa gorge était devenue douloureuse. Incapable de lutter plus longtemps, elle laissa la vague de chagrin la submerger. Elle baissa la tête et se mit à pleurer, gémissant de douleur. Elle cherchait son souffle, anéantie.

Elle se laissa complètement aller lorsqu'elle sentit les bras du sorcier l'entourer et l'amener contre lui. Elle attendait ce geste depuis le jour où il était venu la voir à l'infirmerie. Elle était à la merci de ses propres sentiments, elle était heureuse de ne plus subir le joug de la famille Preston-Butler, elle était brisée de savoir Ethan mort, elle était blessée à jamais par l'attaque d'Amon, elle était fragilisée par ce qu'elle ressentait pour l'homme qui était à ses pieds. C'était trop, pour elle.

Il resta comme ça, à genoux à ses pieds, la serrant doucement, jusqu'à ce que ses larmes arrêtent de couler, jusqu'à ce que la plainte dans sa voix devienne muette et sa respiration plus calme.

Elle bougea un peu pour reposer sa tête dans le creux de son épaule, tenant un coin du plaid serré dans son poing, le regard rivé sur le contour flou d'une jarre posée sur un meuble, qui devait contenir des herbes ou quelque chose comme ça. Les sourcils froncés par la contrariété et par le chagrin qu'elle ressentait toujours, elle se forçait à inspirer profondément pour ne pas céder à nouveau.

Il recula un peu, l'obligeant à quitter son havre de paix.

"Regardez-moi," dit-il doucement.

Elle secoua la tête. Elle savait de quoi elle avait l'air quand elle avait pleuré. Elle était très bien, cachée par ses cheveux qui retombaient devant son visage. Et puis, elle était sûre qu'elle allait recommencer. Elle n'arrivait pas ôter ses mots horribles de sa tête.

Il l'obligea à lui faire face, relevant son visage d'une main et repoussant ses cheveux de l'autre.

"Regardez-moi," répéta-t-il aussi doucement.

Elle obtempéra, alors qu'elle s'obstinait à regarder sur le côté, fuyante.

"Ethan était un sorcier très particulier, il a toujours pensé aux autres avant de penser à lui, il a..."

Il se tut. Il ne savait pas si c'était à cause des yeux brillants de larmes de la gamine ou l'image bien présente du feu dans sa tête, mais les mots lui manquaient.

"Il a fait ce qu'il fallait."

Comme elle affichait toujours cette mine déconfite, semblant inconsolable, il s'assit, posant la tête sur ses genoux et passant les bras autour d'elle. Il était incapable de lui dire quoi que ce soit de réconfortant ou de chaleureux, il n'avait aucune explication concernant l'acte insensé dont Ethan avait fait preuve. Il n'avait même pas vu, lui, dans quel état mental il se trouvait, au point d'aller tout seul sur l'île pour commettre l'irréparable. Pourquoi n'avait-il pas pu empêcher cela ?

Elle s'était mise à passer les doigts sur ses cheveux, comme la dernière fois dans la resserre. Elle ne put s'empêcher de se dire qu'il était différent, depuis qu'il avait bu la potion Délie-Sang. Il avait l'air tellement plus jeune. C'était troublant.

Elle le laissa prendre sa main libre et la ramener vers lui. Elle trouvait aussi troublant le fait qu'il garde les yeux mi-clos et qu'elle n'arrive pas à détourner les siens de son profil.

Alors qu'il tenait sa main dans la sienne, il vit la partie d'une des cicatrices qui couraient le long de son bras, s'échappant de sa manche ; elle venait mourir sur son poignet, à l'orée de la paume. Elle ressemblait aux siennes. Il l'approcha un peu plus et y posa les lèvres, puis il ferma enfin les yeux.

Tant pis pour l'avertissement de Dumbledore. S'il devait payer encore, qu'il paie. Au point où ils en étaient, tous...

"Vous voulez bien... me parler de ma mère ?"

Elle avait parlé presque à son oreille, hésitante.

Il s'était redressé, surpris. Elle avait l'air d'être tellement désemparée.

Lâchant sa main à regret, il s'était détourné pour s'asseoir contre le canapé, les jambes étendues vers la cheminée. Elle s'était allongée derrière lui, contre ses épaules, se pelotonnant sous le plaid, une mèche de ses cheveux enroulée autour de ses doigts, qu'elle caressait du pouce.

Alors, il se mit à lui parler de sa mère, depuis le jour où elle était arrivée dans sa vie, jusqu'au moment où elle l'avait quitté définitivement. Alice ponctua le récit de ses interventions, rit parfois, doucement, posa des tas de questions, notamment à propos de son père, pourquoi avoir de nouveau épousé une sorcière, si ça le répugnait à ce point ? Il répondit qu'il devait sûrement être imbu de lui-même au point de recommencer les mêmes erreurs, c'était forcément la faute des autres si ça n'allait pas. Elle n'aborda pas le sujet des cicatrices.

Lucy avait toujours été là pour lui, avant qu'elle ne suive son fanatique de mari sur la route de l'enfer. Un jour, il soigna ses blessures comme elle avait pansé les siennes lorsqu'il était enfant. Il avait essayé de lui faire entendre raison, mais elle était trop aveuglée par son amour pour William. Le Mangemort avait réussi à lui faire avaler ses sombres histoires de vampire éternel et de magie indestructible, et lorsque Voldemort fut détruit pour la deuxième fois, elle continua à le suivre, jusqu'à...

Il s'était tu. Il ne pouvait pas lui parler de cette fois où elle était devenue elle aussi une créature au sang dormant. Il lui raconta simplement qu'elle était tombée gravement malade et que sa mère avait failli mourir d'inquiétude. Après cela et parce qu'elle avait peur pour elle, elle l'avait amenée chez lui et il s'était définitivement éloigné d'elle. C'était la dernière fois que Lucy voyait sa fille.

Alice poussa un gros soupir derrière lui. Elle était triste. Elle connaissait cette partie de l'histoire, c'était la sienne.

"Dans une pensée de ma mère, je vous ai vus tous les deux... dit-elle dans un souffle. Vous parliez de quelqu'un que Voldemort a tué."

Fichue pensée. Il se demandait encore comment elle avait pu entrer en sa possession.

"- Comment l'avez-vous eue ?

- Un jour, quelqu'un du ministère m'a envoyé un coffret, à n'ouvrir que le jour de mes seize ans, répondit-elle. Je n'en ai regardé qu'une, c'était celle-ci... Je l'ai toujours gardée, après ça.

- Pourquoi ?

- Elle vous montrait vulnérable."

Évidemment, si c'était celle dans laquelle Lucy venait le voir après la mort de Lily... Curieux qu'elle ait voulu se libérer de ce souvenir au point d'en faire une pensine. Curieux que quelqu'un du ministère les conserve et les confie à sa fille... Il ne put s'empêcher de se rappeler qu'Albus avait mentionné un gardien du secret.

"Qui était cette personne ?"

Pourquoi insistait-elle ? Il avait clos ce chapitre. L'apparence de son patronus le prouvait. Il n'avait plus envie d'en parler. Surtout pas avec elle. L'ancienne Alice lui avait déjà fait aborder le sujet. Elle était curieuse. Ce trait de personnalité aussi restait immuable.

"Lucy est venue chez moi pour me dire ce qu'elle pensait, elle trouvait inadmissible que je me terre comme un couard pour pleurer la mort de la femme que j'aimais."

Alice poussa un soupir très lourd de sens, qui se termina dans un petit bruit de gorge qui semblait traduire une sorte de déception.

Il sentit qu'elle avait lâché la mèche de ses cheveux et qu'elle s'était éloignée de lui. Il dut faire un effort pour ne pas se retourner, mais il était sûr de la trouver roulée en boule contre le dossier du canapé, boudeuse.

"Ma mère... Vous l'aimiez, elle aussi ?"

Il sourit pour lui-même. Quelle question. Ils avaient grandi comme frère et sœur pendant des années. Il l'avait aimée, oui, cette idiote colérique et fragile, ils avaient partagé beaucoup de choses, bonnes comme mauvaises, ils s'étaient soutenus de façon indéfectible et puis ils s'étaient haïs avec la même ferveur.

"Bien sûr, répondit-il avec évidence, un moment plus tard. Mais pas comme... elle."

Il ne pourrait jamais prononcer son nom. Il en avait perdu le droit, des années auparavant.

"Et pas comme vous, non plus."

Un épais silence accueillit cette révélation.

Cette fois, il se retourna, certain de la trouver furieuse, ou endormie. C'était bien la peine qu'il lui livre une pensée aussi personnelle...

Au lieu de cela, elle le regardait, mais pas roulée en boule comme il l'avait imaginée. Elle s'était redressée sur son coude, dans le geste de s'approcher de lui. Un léger sourire étirait ses lèvres et son regard était lumineux, malgré les marques de fatigue qu'avaient laissé toutes les larmes versées.

Elle ne dormait pas du tout, n'était pas furieuse et elle avait parfaitement entendu.

"Vous avez changé," dit-elle, incapable de bouger, maintenant qu'il la regardait.

Elle faisait écho au fantôme de Diggory.

"Vous m'avez fait changer," répondit-il, lui faisant écho à son tour.

Il n'alla pas plus loin. C'était déjà bien assez surprenant qu'il ait pu en arriver là, malgré ce qui s'était passé ce soir, sur l'île de la tombe. Il n'avait pas franchement planifié de tels moments de confidences. Il avait plutôt prévu de passer la nuit à ruminer ses pensées les plus sombres et à s'en vouloir pour la mort d'Ethan. Au lieu de quoi la lueur dans la nuit s'était matérialisée devant sa porte et il l'avait laissée entrer.

Alors qu'il tendait la main vers elle et qu'elle allait répondre, des coups furent donnés contre la porte.

D'un geste, il lui fit signe de rester silencieuse et de ne surtout pas se montrer. Elle hocha la tête. Elle était de toute façon bien trop à fleur de peau pour désobéir. Elle se redressa toutefois pour regarder par dessus le dossier du canapé. Elle le vit allumer quelques bougies d'un geste ample de baguette, puis elle s'aplatit à l'abri lorsqu'il posa la main sur la poignée de la porte.

"Bonsoir, monsieur le directeur."

Elle ne connaissait pas cette voix. C'était celle d'un homme d'un certain âge, elle était profonde et chaleureuse.

"Kingsley ? Mais..."

Elle se raidit sous le plaid, ouvrant des yeux surpris. Kingsley ? Kingsley Shacklebolt ? Le ministre de la magie ? Ici, en personne ? S'il se déplaçait à une heure aussi indue, préférant venir plutôt qu'envoyer un courrier par hibou, c'est que les choses n'allaient pas bien du tout.

"- Que me vaut l'honneur ? s'enquit la voix de Snape, après une courte pause.

- Je n'ai pas trop de temps à perdre en mondanités et je vais devoir être assez direct, Severus," répondit Shacklebolt.

Il y eut un bruit de chaises qu'on déplace ; ils venaient certainement de s'asseoir autour du bureau de bois massif du maitre des potions.

"Vous êtes un bon directeur et vous avez pris de bonnes décisions, depuis la disparition d'Albus, reprit la voix chaude du ministre. Il y en a malheureusement une que nous allons devoir appliquer dans les meilleurs délais."

Alice sentait son cœur battre trop vite. Elle avait du mal à respirer. A quoi était-elle en train d'assister, à l'instant ? Elle se dégagea du plaid, elle avait besoin d'air.

"Avec ce qui est arrivé ce soir, les élèves ne sont plus en sécurité ici, il va falloir les transférer dans les autres écoles européennes afin que nous puissions... nettoyer les lieux. Nous ne laisserons que quelques professeurs volontaires pour aider."

Elle étouffa son cri de surprise dans sa main, fermant les yeux très fort en espérant ne pas avoir été entendue. Elle avait de nouveau envie de pleurer. Quitter l'école ? Finir son année ailleurs ? Où ? Loin d'ici ? Non !

"- Quand devrons-nous procéder ? demanda Snape avec un certain détachement.

- D'ici la fin de la semaine.

- Fort bien."

Il y eut un silence.

"J'ai une question, Kingsley."

Cette fois, un bruit de porcelaine sonna un peu plus loin, apparemment, on préparait du thé.

"- Pourquoi êtes-vous venu en personne et à une heure aussi tardive ?

- Oh, il n'est que trois heures du matin, vous savez."

Le ministre émit un rire aussi chaleureux que sa voix. Comment arrivait-il à rire alors qu'il était porteur de nouvelles aussi désastreuses ?

"- Je suis venu moi-même car le chef du bureau d'investigation ne répond plus à mes courriers depuis des heures, et l'unité Sigma m'a fait un compte-rendu plus qu'alarmant sur l'utilisation des pouvoirs de monsieur Lhiannan-Sidhe. Je dois ramener Malfoy à Londres.

- Je vois.

- De plus, je crois que je vais avoir une oraison funèbre à prononcer."

Le bruit d'une petite cuillère qui tombe sur le sol fit sursauter Alice.

"Vous voulez prononcer l'oraison funèbre d'Ethan sans avoir vérifié s'il était toujours en vie ou non ?"

Inflexions de colère froide.

"Severus, les rapports de l'unité Sigma de cette nuit sont formels, il ne reste plus rien sur l'île. Le feu brûle encore sans faiblir alors qu'il a été déclenché il y a..."

Silence.

"Cinq heures."

Alice sentit les larmes poindre. Non, surtout pas, surtout pas, surtout pas.

"Nous en reparlerons plus tard."

Il y eut ce bruit de chaise qu'on pousse quand on se lève.

"- Je suis navré pour vous, cette histoire de hantise nous touche tous, dit la voix du ministre.

- Oui. Bien sûr...

- Bonne nuit, Severus, tâchez de dormir un peu, la journée qui s'annonce ne sera pas facile."

Il ne répondit pas.

Elle entendit la porte se refermer, puis le directeur lâcha un juron un instant plus tard. Elle choisit d'émerger alors qu'il faisait les cent pas, nerveux, furieux. N'osant rien dire, elle s'appuya sur le dossier du canapé, les bras repliés sous son menton. Elle le suivait du regard. Son cœur se remit à battre trop fort, si fort qu'il résonnait dans ses oreilles. Elle refusait de croire qu'ils allaient tous devoir partir loin d'ici. Elle refusait d'être déracinée, encore une fois.

Puis il sembla s'apercevoir qu'elle était là. Il se rappela qu'elle avait tout entendu. Quelle soirée formidable.

"- Ne me renvoyez pas, dit-elle alors, d'une petite voix.

- Je n'ai pas vraiment le choix, répondit-il avec lassitude, sa main retombant contre sa cuisse dans un geste d'impuissance.

- Je ne veux pas partir...

- Ne faites pas l'enfant, enfin, n'avez-vous pas entendu ce qu'il a dit ? Les élèves ne sont plus en sécurité ici."

Que pouvait-il dire de plus ? Il ne pouvait pas aller à l'encontre des ordres du ministre de la magie. Il n'était qu'un simple sorcier auquel on avait confié une école, contre son propre gré.

"Nous ne l'étions pas plus avant qu'il le dise ! Et nous sommes restés !"

Elle s'était remise à pleurer, elle serrait les poings. Elle aussi était révoltée.

"Alice, les parents des élèves vont être d'accord avec cette mesure, je suis obligé de m'y plier, c'est... moi qui l'ai proposée lorsque Sean Wright est mort."

Elle lui tourna le dos et se laissa retomber dans le creux du canapé.

"Mais moi, je n'ai plus de parents ! Je n'ai même plus d'endroit où aller ! Je ne peux pas partir !"

Oui, elle ressemblait à sa mère. Elle arrivait à se mettre en colère, usant de prétextes égoïstes. Elle était impossible. Mais elle avait raison. Elle n'avait plus d'endroit où aller et elle ne pouvait pas partir.

Il vint s'asseoir sur le canapé et tendit la main vers elle. Elle le regarda de travers avec toute la force de sa colère, puis céda et vint se blottir contre lui.

"Comment est-ce qu'on en est arrivé là ?" dit-elle en essuyant ses larmes avec sa manche.

Oh, il avait bien des réponses, mais il lui était impossible de les exposer.

"- Les centaures diraient que c'est écrit dans les astres et nous n'aurions plus qu'à demander à la planète Mars, fit-il, désabusé.

- N'importe quoi...

- Et vous vous demandez encore pourquoi vous avez été renvoyée du cours de divination ?"

Elle grogna quelque chose d'inintelligible, le faisant sourire malgré tout.

"- Vous croyez vraiment que le prof de Défense est mort ?

- Je le crains, oui.

- Mais... si on part, on va le laisser tout seul ici..."

Elle allait lui refaire le coup de Fumseck.

"Il n'est pas tout seul... dit-il en appuyant son front contre le bout de ses doigts. Il est avec Dumbledore."

Elle étouffa un sanglot. Avec des paroles comme celles-ci, elle n'arriverait jamais à s'arrêter de pleurer. Et depuis quand faisait-il des figures de style ? Elle était épuisée, elle n'arrivait plus à réfléchir, elle ne chercha même pas à lui répondre.

Elle finit par s'endormir, la tête lourde d'avoir trop pleuré, comme fiévreuse.

Lui, en revanche, ne put trouver le sommeil. D'une part, parce que la gamine était blottie contre lui et l'empêchait de bouger, et d'autre part, il avait du mal à assimiler les paroles du ministre de la magie et ce qui était arrivé sur l'île.

Se déplacer en personne pour annoncer qu'il fallait retirer les élèves de l'école, c'était un peu gros. Il avait du mal à y croire. Il avait dit vouloir ramener Malfoy à Londres. N'aurait-il pas pu envoyer son subordonné, pour s'en charger ? Il n'aimait pas cela, il était méfiant. Quelque chose n'allait pas, dans tout ça. Deux incendies et le ministre qui prétendait se déplacer pour ramener Malfoy en personne ? C'était complètement absurde. Et puis, Ethan...

Il ne pouvait se résoudre à penser que le chasseur s'était laissé piéger par sa propre magie. Il le voyait mal se sacrifier juste pour prouver qu'il valait mieux qu'un simple exécutant affilié au ministère. Il n'avait pas pu faire cela simplement pour contrer Malfoy et lui faire comprendre qu'il n'obéirait plus aux ordres qu'il jugeait transgressifs.

Pourquoi Ethan avait-il choisi de revenir sur sa parole ? Il savait très bien qu'il n'aurait jamais exécuté cet ordre qui allait à l'encontre de ce pourquoi il travaillait. Détruire les choses malfaisantes, oui, mais détruire ce qui ne cherche pas à nuire... Ethan avait du cœur, c'était pour cette raison qu'il avait choisi son métier. Il cachait beaucoup de choses à son sujet, mais personne ne pouvait le lui reprocher. Ils avaient tous une part d'ombre tapie au fond d'eux. Avait-il utilisé le feu parce qu'il avait lui aussi été attaqué par cette imitation grossière de Dumbledore, dès qu'il avait mis le pied sur l'île, comme lui ? C'était probable, mais personne ne le saurait jamais.

Il était fatigué, maintenant.

Alice bougea. Elle s'était mise à parler dans son sommeil. D'un coup, elle sursauta et se réveilla en prenant une grande inspiration, comme si elle cherchait l'air qui lui manquait. Elle pleurait. Elle avait du mal à reprendre son souffle. Lorsqu'il toucha son épaule, elle cria de surprise et se réfugia à l'autre bout du canapé, réellement effrayée. Puis elle se retourna lentement en regardant autour d'elle, cherchant un point de repère, sanglotante. Quand elle s'aperçut qu'il était là, elle sembla ne pas comprendre.

"Je... J'ai fait un rêve horrible..."

Elle lui donnait l'impression d'être complètement perdue, la main sur son cœur qui devait battre trop vite.

"Racontez-moi, ça l'éloignera."

Elle secoua la tête.

"Vous allez me prendre pour une folle si je vous en parle."

Il pencha la tête sur le côté, comme si elle venait de dire la chose la plus absurde du monde. Elle soupira, le souffle tremblant. Elle avait vraiment eu peur.

"Engel Sheller..."

Cette fois, le visage du maitre des potions s'assombrit. Il ne dit rien, toutefois.

"Il a... Il m'a..."

Elle se tut. Elle ne savait pas par quoi commencer.

"Une fois, à Pré-au-Lard, j'ai croisé le prof de Défense, on s'est touché, et j'ai vu des choses... reprit-elle, en parlant doucement comme si elle espérait qu'il la croirait. C'était comme une sorte de flash... C'est arrivé deux fois en peu de temps. Depuis, je fais des rêves mais ça ressemble à des choses tellement réelles..."

Elle le regarda, désemparée. Il avait repris un air neutre mais quelque chose dans son attitude laissait penser qu'il comprenait très bien de quoi elle parlait.

"Depuis ce jour aussi, mon intuition me disait que je devais aller vers vous."

Elle joignit le geste à la parole en revenant se reposer contre lui, la tête appuyée sur son épaule. Ainsi, elle avait l'impression qu'elle pourrait lui raconter ce rêve qu'elle venait de faire. Uniquement si elle ne le regardait pas.

"- Il connaissait mes parents ?

- Sheller ? Oui, c'était un ancien Mangemort.

- C'est pour ça que dans mes rêves, il est là et qu'il... me fait du mal ?

- Comment ça, du mal ?"

Il se dit qu'il n'allait pas du tout aimer cette histoire.

"A chaque fois, il est très violent... Une fois, il m'a attaquée pour me mordre comme un vampire, et là il me tue après m'avoir..."

Sa voix s'étrangla dans sa gorge.

Severus serra les dents. En même temps que sa haine profonde pour ce salopard de Sheller prenait de l'ampleur, une onde glacée envahissait tout son corps. Il ne pensait pas que ce serait possible, il le haïssait déjà depuis si longtemps. Il arrivait donc à le haïr encore plus ? Dommage qu'il soit déjà mort, sinon il l'aurait tué dans l'instant, exactement comme Ethan s'était dit qu'il le tuerait, après l'avoir vu violer Alice dans sa vision.

"Pourquoi il me fait ça ? Qu'est-ce que je suis pour lui ?"

C'était dangereux.

Il ne pouvait pas lui dire. Et puis... Elle cherchait à évoquer quelque chose qu'elle avait vécu mais dont il ne savait rien, et cela ne lui plaisait pas du tout.

"Je ne sais pas," répondit-il, s'obligeant à être évasif.

Elle se redressa, sur les genoux.

"Vous ne savez pas, ou vous vous en foutez ?"

Il tourna vivement la tête vers elle, affichant un visage clairement furieux. Elle recula, surprise. Il se déplaça vers elle, se penchant et prenant appui sur sa main.

"- Ne me parlez pas de cette façon, dit-il sur ce ton qu'elle lui connaissait bien.

- Mais... il y a des choses que vous savez mais dont vous refusez de parler !

- Je n'en ai pas le droit, j'ai fait une promesse.

- Une promesse ? Ça vous va bien de vous cacher derrière cette excuse, à chaque fois."

Au lieu de répondre à cette attaque, il se pencha encore et leva la main juste devant son visage, pour lui montrer la cicatrice qui en traversait la paume. Ses yeux brillaient de la colère qu'il avait du mal à contenir. Comment osait-elle douter de lui ?

"Ceci est la signature du pacte qui me lie à cette promesse et que je n'ai pas le droit d'enfreindre, sous peine de provoquer un je ne sais quoi cataclysmique temporel. Si vous n'êtes pas capable de comprendre, alors je me suis trompé sur vos capacités."

Il avait conscience d'être déjà allé trop loin avec cette seule révélation.

Elle soutenait son regard, semblant être elle aussi à une once de céder à la colère.

"Donc personne n'est en mesure de me dire pourquoi je fais ces rêves qui me semblent si réels, depuis que j'ai touché le prof de Défense ? Pourquoi je suis attaquée par un... vampire qui me viole et qui me tue toutes les nuits ?"

Sa voix s'était de nouveau brisée, comme lorsqu'elle avait déjà tenté de parler de cela, mais elle ne pleura pas. Pourtant, elle luttait contre les larmes, il le voyait très bien.

"Ne prononcez pas ces mots," dit-il sourdement.

Son regard étincelait de haine. C'était comme si elle en était traversée.

"Je vous l'interdis."

Comme si ces mots allaient effacer ce qui était arrivé... Il refusait d'admettre que ce malade vampirique ait pu lui faire une chose pareille. Sa pure, douce et délicate Alice, violée par ce monstre ? En plus d'avoir été mordue... et tuée. Quand avait-il osé ? Pas chez Hagrid... Alors, à Noireterre ?

Il étouffa un juron et se détourna d'elle. Il se demanda un instant si Ethan avait vu la même chose qu'elle. Il devait forcément l'avoir vu. Alors, il savait, et il n'avait rien dit. A quoi bon, de toute façon ? C'était fait. Si elle avait vécu normalement, sans l'intervention du sortilège de Dumbledore, elle l'aurait fait avec ce souvenir gravé dans sa mémoire. Dumbledore avait donné sa vie pour alimenter la force nécessaire permettant de bouleverser le temps, effaçant sa mémoire, purifiant son sang corrompu, la rendant humaine à nouveau, et elle continuait à subir la violence de Sheller dans ses rêves. Tout ça pour rien. Quel gâchis.

"J'ai vécu tout ça ? C'est ça ?"

Il se leva, se réfugiant près de la cheminée. Il ne pouvait pas rester près d'elle. Il allait finir par commettre l'irréparable.

"C'est... une vie antérieure ?"

Presque. Une vie antérieure remontant à quelques mois. Une vie parallèle.

Elle s'était levée aussi. Sa réaction lui faisait peur. Il semblait irradier de haine. Elle ne l'imaginait pourtant pas perdre son flegme et se laisser submerger par une quelconque émotion. Pour elle, il n'était rien qu'une personne détestant le reste du monde plus que quiconque. Il n'aimait pas les gens. Il les fuyait. Il était distant, froid, incapable de s'exprimer autrement que par la méchanceté ou l'indifférence. Il se drapait dedans. Elle le savait, elle avait subi son indifférence pendant des années. Pourtant, maintenant, il n'y avait qu'en sa présence qu'il avait l'air de pouvoir laisser échapper quelques bouffées d'humanité. Il n'y avait qu'en sa présence qu'il ôtait son masque. Elle se plaisait à le croire, du moins.

"Répondez-moi, je vous en prie..."

Elle leva la main pour toucher son dos. Elle sentit ses muscles se contracter. Il ne la laisserait plus approcher. Il crevait d'envie de la prendre dans ses bras, encore, mais il craignait que tout cela n'aille trop loin.

"Rentrez vous coucher."

Sa main retomba. Elle recula, décomposée.

"J'ai... besoin de rester seul."

Elle sentit les larmes remonter à ses yeux. Elle avait l'impression d'avoir brisé quelque chose. Peut-être n'aurait-elle pas dû raconter ce rêve. Peut-être la trouvait-il indigne, maintenant. Pourquoi la laisser se confier, si c'était pour la renvoyer par la suite ?

"Je suis désolée, je ne voulais pas vous ennuyer..."

Elle renifla.

"Ni vous dégoûter..."

Elle esquissa un mouvement pour partir mais il se retourna et s'approcha d'elle en quelques pas. Il leva la main pour la poser sur son cou et l'attirer à lui, puis se pencha pour poser les lèvres sur son front. Il entoura ses épaules de ses bras et regretta sa faiblesse.

"Vous ne m'ennuyez pas, et vous ne me dégoûtez pas, dit-il en l'étreignant doucement. J'ai simplement besoin de rester seul. Trop de choses... sont arrivées ce soir."

Elle avait fermé les yeux et se laissait bercer par le bruit des battements de son cœur contre son oreille.

"Je vous promets de trouver une explication à vos rêves, reprit-il, utilisant ses révélations comme un tremplin. Maintenant, il faut que vous alliez dormir un peu, le ministre l'a dit, la journée ne sera pas facile."

Il la laissa partir, s'obligeant à la fuir, sans quoi il ne pourrait jamais s'en détacher, puis il se laissa tomber sur le canapé, épuisé. Il ne s'était pas imaginé être aussi faible. Il s'assoupit presque aussitôt, malgré son envie d'aller chercher le cadavre de Sheller pour le réduire en poussière, en proie à un violent courant de sentiments contradictoires qu'il était bien incapable de contenir.

Alice rentra dans sa chambrée, rompue de fatigue et emplie de doutes. Elle fut surprise de trouver Soren bien éveillée, assise sur le rebord de la fenêtre, le regard rivé à l'incendie au loin. Voyant son visage fatigué et ses yeux gonflés d'avoir trop pleuré, elle lui tendit la main, qu'elle vint prendre dans la sienne.

"Où étais-tu passée ? J'ai eu peur en te ne trouvant pas dans ton lit..."

Elle était sincère. Alice l'aimait énormément. Elle lui donnait l'impression de la comprendre sans que rien ne soit dit.

"Tu étais avec ton amoureux ?"

Alice laissa un sourire fugace passer sur son visage. Jouait-on encore à la Vérité ou un Sort ? Si seulement la soirée s'était terminée sur une note aussi joyeuse qu'elle avait commencé...

"Soren..." murmura-t-elle, sentant sa voix se mettre à trembler.

La jeune fille la regarda, étonnée, touchée par la nervosité de son amie.

"Le prof de Défense est mort et nous allons tous devoir quitter l'école."

Soren s'appuya alors contre elle. Alice l'entoura de ses bras lorsqu'elle se mit à pleurer doucement.

Elle ne lui demanda pas comment elle savait tout ça, où elle avait passé tout ce temps, ni avec qui. Elle aussi avait eu peur, elle avait juste profité de la soirée pour penser à autre chose qu'à cet incendie, et maintenant qu'Alice venait de lui dire que le pire restait à venir, elle laissait enfin cette peur l'envahir entièrement.

Le ministre de la magie l'avait dit, la journée ne serait pas facile.