« Mais c'est pas vrai ! Donald et Dingo auraient pu me déposer ailleurs ! »
Telles étaient les pensées de Kairi lorsqu'elle vit où elle avait atterri, après être sortie du vaisseau Gummi. Elle se tenait en équilibre précaire sur un rocher arrondi, coincée entre un torrent déchaîné juste devant elle et l'imposant mur de roche humide auquel elle collait son dos. Les rochers formaient juste un minuscule chemin qui longeait le torrent, lui-même encadré par d'immenses parois de pierre vaguement polie par les éléments.
Elle, Riku et Sora avaient été séparés dans le monde d'avant, et la seule chose certaine c'était que tous les deux se trouvaient dans ce nouveau monde. Les deux acolytes de Mickey se chargeraient de chercher les deux garçons ailleurs, et elle devait explorer cette zone.
Elle marcha avec précautions sur les rochers glissants, certains abondamment arrosés, en suivant le cours de l'eau. En quelques minutes elle fut si trempée qu'elle avait l'impression de ne plus avoir de vêtements du tout.
« J'aurais dû au moins prendre un anorak », pensa-t-elle en colère contre elle-même. Puis elle se ravisa : après tout, un anorak ne l'aurait pas protégée beaucoup plus...
Elle finit par arriver à un endroit légèrement plus calme : les rochers étaient toujours humides, mais le chemin était à présent assez large pour qu'elle ne soit plus aspergée d'eau en permanence. Encore plus loin, la pente était devenue presque nulle, les parois de pierre avaient disparu, le torrent s'était changé en une rivière tranquille... Elle venait de déboucher dans une belle plaine verdoyante et tournait le dos à la montagne qu'elle avait descendue.
Il ne faisait pas spécialement froid, mais elle était tellement trempée que le moindre courant d'air la faisait frissonner. Kairi essaya, non pas de se recoiffer, mais au moins de mettre derrière sa tête les longs cheveux châtains qui pendaient devant son visage. Elle tordit ensuite un pan de sa robe rose saumon, qui lui arrivait un peu en-dessous des genoux, pour l'éponger.
Encore glacée par le froid, elle lança un sort de feu sur un arbuste à proximité et se blottit le plus près possible ce ce feu de camp improvisé.
« ça fait à peine une heure que tu as disparu, et je suis déjà en si piteux état... Oh, Sora, est-ce que toi aussi tu souffrais comme ça quand c'était toi qui me cherchais ? »
Penser simplement au visage de Sora lui fit voir la situation bien plus belle qu'elle ne la trouvait avant, et elle avait l'impression que cela la réchauffait à l'intérieur, pendant que le feu la réchauffait à l'extérieur.
Elle passa quelques instants auprès de l'arbuste en feu (à vrai dire, jusqu'à ce que les flammes se soient éteintes), un sourire aux lèvres. Elle pensait à Sora, s'imaginait déjà sa réaction quand il la verrait, éreintée mais rayonnante, lui raconter en sanglotant tout ce qu'elle avait bravé pour le retrouver elle se voyait déjà serrée dans ses bras pour être réconfortée.
Mais le sentiment soudain d'être observée brisa cette scène émouvante. Kairi se retourna si vite qu'elle eut mal au cou un instant. Face à elle se tenait une haute silhouette vêtue d'un manteau noir, comme celui de l'Organisation XIII...
- Du calme, fit une voix grave et masculine sortant du capuchon. Je veux juste t'aider... Si tu acceptes mon aide, bien sûr.
Kairi resta un instant sans voix. Ce fut finalement l'inconnu qui continua :
- Tu es une princesse de cœur. Et en plus tu manies la keyblade... Te rends-tu compte de tes capacités ? Tu peux faire bien plus de choses que tu ne le penses... Et moi je peux t'aider à les apprendre.
- Mais... Qui êtes-vous ?!
- Je ne peux pas te le révéler maintenant.
La jeune fille continua de fixer l'homme en manteau noir. Elle finit par répondre :
-Que me voulez-vous ?
Il s'agenouilla pour être à la hauteur de Kairi (qui était restée assise).
-Tu peux faire des choses incroyables... Je te l'ai dit... Je ne suis même pas sûr que Maître Yen Sid soit au courant de ton vrai potentiel. Si c'est le cas, il n'a manifestement pas souhaité t'en informer toi... Alors, Kairi, je te propose de venir avec moi. Grâce à mon savoir et à tes talents, rien ne devrait être hors de ta portée... Peut-être que nous...
L'homme mystérieux s'interrompit. Tous deux jetèrent un regard vers le fleuve. Même si l'on ne voyait rien, on entendait comme des cris très, très étouffés par le bruit du torrent qui coulait encore à quelques mètres de là.
En se retournant, Kairi eut la surprise de constater que l'inconnu avait disparu. Mais elle n'eut pas le temps de se poser trop de questions : cette fois les voix étaient plus fortes et trahissaient un sentiment de panique. Enfin un radeau jaillit du torrent pour s'échouer sur la berge, projetant à terre un enchevêtrement de figures humanoïdes.
La jeune fille fit un pas hésitant vers eux. Elle resta sur place à regarder les inconnus se relever. Il y avait un homme assez grand, vêtu d'habits verts et d'une grande cape, au visage ridé et avec des cheveux et une barbe blonds ressemblant à la crinière d'un lion (totalement imbibée d'eau, de sorte qu'il avait un air assez lamentable). Un autre homme était vêtu de riches habits bleu ciel et dorés qui ressemblaient plus à une éponge. Manifestement bien plus jeune que le premier, il avait un visage qui aurait pu être très charmeur si une masse de cheveux blonds désordonnés et lessivés par le torrent ne lui tombait pas devant les yeux.
Cette personne tendait galamment sa main vers une jeune femme aux cheveux verts ruisselants d'eau, habillée d'une longue robe rouge à motifs blancs, qui avait du mal à se relever. Celle-ci accepta son aide avec reconnaissance.
L'homme à la crinière de lion prit à peine le temps d'essorer ses habits et de jeter un regard bref à Kairi avant de se tourner vers ses deux compagnons :
- Allez, nous devons être à Narsche le plus tôt possible ! On n'a pas le temps de traîner !
- Eh... Attends Banon, supplia, essoufflée, la femme aux cheveux verts. Je n'en peux plus, de ce voyage !
- Terra a raison, approuva l'inconnu en habits bleus. Si on doit faire face à l'Empire une fois là-bas, on ne peut pas se permettre d'être trempés et épuisés !
Le dénommé Banon réfléchit un court instant, puis s'assit sur l'herbe en marmonnant une approbation . Les deux autre s'affalèrent aussitôt au sol, à bout de forces. Kairi s'approcha timidement :
- Euh... Bonjour, je peux me joindre à vous ?
Au regard suspicieux que lui lança Banon, elle sut tout de suite que la réponse était « non ». Après un moment à l'observer, celui-ci s'adressa à elle comme s'il menait un interrogatoire :
- Qui es-tu ? Que fais-tu là ? Sais-tu qui nous sommes ? Qui t'as envoyée ?
- Oh, euh... hésita la jeune fille. Je m'appelle Kairi, quant à dire d'où je viens, c'est un peu compliqué à résumer... Mais, je me suis un peu, euh... perdue dans cet endroit, et... Enfin à l'origine je cherchais quelqu'un et...
Elle commençait à s'empêtrer dans ses explications et pouvait sentir la méfiance de Banon grandir. Aussi, elle fut soulagée et surprise lorsque Terra, la femme aux cheveux verts, prit sa défense :
- Allons, Banon, remarqua-t-elle, c'est une enfant, et qui plus est perdue en rase campagne... Que veux-tu qu'elle nous fasse ?
Pour toute réponse, l'homme à crinière lui envoya un regard éloquent.
- Nous sommes certainement bien plus expérimentés qu'elle, reprit Terra avec raison, et nous sommes à trois contre une... Que veux tu qu'elle fasse ? Elle ne va tout de même pas tenter de contacter l'Empire alors qu'elle est avec nous, tu ne crois pas ?!
Banon reconnut qu'elle avait raison, mais insista sur le fait que personne ne devait raconter à Kairi leur objectif en cours.
Une demi-heure plus tard, après que le groupe se soit remis en marche, la manieuse de keyblade apprit tout de même de la part du groupe plusieurs éléments important sur ce monde. Il régnait apparemment une guerre furieuse entre l'Empire, dirigé par l'empereur Gestahl, et les Réverseurs, un groupe de résistants menés par Banon. L'Empire disposait de la Magitech, un puissant mélange de technologie et de magie, alors même que le don de maîtriser la magie avait quasiment disparu du monde (Kairi ne put que se féliciter de ne pas avoir montré ses talents magiques : cela aurait sans doute encore exacerbé les doutes de Banon). Mais, à la surprise générale, Terra s'était montrée capable de maîtriser la magie.
- Mais pourquoi toi et pas d'autres ? s'intrigua Kairi.
- C'est là que ça devient bizarre, commenta Edgar (le jeune homme qui était la dernière personne du groupe).
- Oui, approuva Terra... Je n'ai aucun souvenir de ce qui s'est passé avant que je ne me réveille dans la maison d'un sympathisant des Réverseurs. On m'a raconté que quelques heures plus tôt, j'avais été soumise de force à la volonté de l'Empire et attaqué une ville. Après quoi on m'avait retrouvée inanimée, transportée là où je me suis réveillée, et libérée du joug de l'Empire.
- Et... euh... tu as tout de suite accepté d'aider les Réverseurs à défaire l'Empire ?
- Oui, fit la femme aux cheveux verts, qui semblait elle-même surprise de sa réponse.
- Mais... Pourquoi ? s'étonna Kairi.
- Euh...
Terra hésita un instant. Elle savait très bien ce qui l'avait décidée à rejoindre les Réveseurs, mais avait du mal à l'expliquer.
- Je crois que c'est juste parce que... hésita-t-elle. Parce que je me suis attachée à certains des membres... Qui sait, si j'avais connu d'abord des sympathisants de l'Empire, ce serait peut-être différent... Oui, c'est ça. C'est peut-être égoïste et irraisonnable, mais je crois qu'au final, si je les aide, c'est pour rester avec les seuls amis que j'aie jamais eus depuis mon réveil...
Edgar fit semblant de ne pas entendre, mais baissa un peu la tête, preuve que la déclaration de Terra lui allait droit au cœur. Pour Banon, c'était beaucoup moins visible, mais sans doute était-il touché aussi.
Un groupe de gobelins apparut dans la plaine. Ce n'étaient pas des adversaires coriaces, mais il fallait tout de même s'en occuper. Les trois Réverseurs engagèrent immédiatement le combat, mais alors que Kairi allait les suivre, elle remarqua une silhouette sombre, adossée à un arbre un peu plus loin. C'était l'homme au manteau noir de tout à l'heure...
La jeune fille s'approcha de l'inconnu et remarqua qu'il tenait à la main un cercle en métal décoré, une sorte de diadème ou de couronne, sans doute.
- Eh bien, je trouve enfin un moment pour te parler seul à seule, murmura -t-il. Tu as réfléchi à ma proposition ?
À vrai dire, oui, elle y avait réfléchi. Et elle connaissait déjà sa réponse :
- Pourquoi vous refusez toujours de me dire qui vous êtes ?
- Ça a vraiment une si grande importance ? répliqua la voix grave, moitié agacée, moitié surprise.
- Pour moi, oui !
- Tu n'as vraiment pas envie de savoir ce que les Princesses de Cœur peuvent faire pour contrer les Ténèbres ?
Kairi matérialisa sa keyblade (décorée de magnifiques motifs floraux) et la brandit vers le personnage mystérieux :
- Je sais déjà comment lutter contre les Ténèbres. Peut-être que c'est le meilleur moyen qui existe, peut-être que non... Mais quoiqu'il en soit je ne compte pas quitter mes amis pour suivre un inconnu qui refuse de me révéler ne seraient-ce que son nom ou son visage !
- Tu... préfères l'amitié à la Lumière ?
- Oui. répliqua Kairi sans l'ombre d'une hésitation.
Face à cela, l'inconnu ne sut plus quoi répondre. Il finit par lancer le diadème aux pieds de kairi et une dernière réplique :
- Fort bien. J'espère que tu n'auras pas à regretter ton choix.
Sur ce, il disparut dans un couloir obscur.
La main tremblante, Kairi ramassa le diadème.
- Hé toi ! AVEC QUI ÉTAIS-TU EN TRAIN DE PARLER ?!
Oups... elle avait oublié que Banon pouvait la voir... Elle se retourna et regarda le chef des Réverseurs qui se dirigeait vers elle, tentant vainement de cacher sa keyblade et le diadème derrière son dos.
- Qu'est-ce que tu tiens ? MAIS TU... POURQUOI AS-TU ÇA ?!
Kairi tendit maladroitement la couronne devant elle, et Banon la brisa en deux après la lui avoir arrachée violemment des mains.
Après ça, il passa bien quinze minutes à interroger Kairi en l'interrompant avant même qu'elle n'ait pu bégayer un semblant de réponse, jusqu'à ce que Edgar, à juste titre, fasse remarquer que ce n'était pas comme ça que leur quête avancerait.
- Je vous interdis de nous suivre, ordonna alors Banon à la jeune fille. Nous sommes en guerre, et le moment n'est pas venu d'accepter n'importe qui dans un combat décisif qui...
- Honnêtement Banon, intervint Terra en lançant un regard plein de pitié à Kairi, tu ne crois pas que si elle était réellement une espionne impériale, elle jouerait mieux la comédie ?
- De toute façon, conclut Edgar, il est trop tard pour la renvoyer : nous sommes déjà presque là où nous devions aller.
- Oh, très bien, marmonna Banon... Dans ce cas, allons-y.
- C'était quoi ce diadème, exactement ? demanda Kairi à Terra, une fois que le groupe fut reparti vers une imposante montagne.
- Une couronne de soumission. C'est un objet fabriqué par l'Empire. Celui qui la porte perd toute volonté et exécute les ordres donnés par une personne particulière, programmée à l'avance dans la couronne. C'est comme ça que j'ai... enfin... attaqué une ville entière.
Kairi sentit son sang se glacer. Sans doute l'inconnu avait-il eu pour but de la soumettre grâce à cet objet. Elle n'était passée qu'à deux doigts de la catastrophe. Sans doute que si elle n'avait pas parlé à Terra, elle aurait accepté le marché qu'il lui proposait... Mais qui était cet homme ?
Après une forte pente, ils arrivèrent devant un petit village enneigé... Kairi sut aussitôt que c'était là que les Réverseurs devaient se rendre.
