Le porteur de keyblade se réveilla avec l'impression d'avoir hiberné une année entière, dans une forêt illuminée par une lumière dorée. L'inconnu vêtu d'habits de moine bleus le regardait avec préoccupation. C'était la première fois que le garçon pouvait vraiment prendre le temps de l'observer. Il s'agissait d'un jeune homme blond plutôt séduisant aux yeux bleus, à la peau blanche et au nez fin.

- Ne t'inquiète pas, sourit l'homme. Tu vas bien.

Le garçon n'était pas vraiment de cet avis : tout son corps lui semblait endormi et son épaule était comme absente, bien que ses doigts sentissent bel et bien la terre meuble du sous-bois.

- Comment tu t'appelles, au fait ? s'enquit l'inconnu.

- Euh... Sora. Enfin je crois, murmura le garçon.

La simple idée que « Sora » puisse le définir lui paraissait absurde, mais, à mesure que ses idées devenaient plus claires et sa tête moins lourde, il devint naturel pour lui que ce soit son nom.

- Non, j'en suis sûr, rectifia-t-il. Et vous, quel est votre nom ?

- Je m'appelle Sabin. Ne remue pas trop, ajouta-t-il, tu as reçu un carreau anesthésique dans l'épaule, et bien que tu n'aies aucune séquelle, tu dois rester un moment te reposer. Ne t'étonne pas si ton corps est un peu lourd.

Les idées de Sora lui revenaient peu à peu. Sa quête pour trouver et éliminer définitivement Xehanort, qui l'avait conduit dans ce monde, puis Kefka, l'empoisonnement de l'eau...

- Les habitants ! S'écria-t-il si brusquement que Sabin eut un mouvement de recul. Il faut qu'on aille les prévenir, pour l'eau, et...

Le regard sombre, Sabin fit un « non » de la tête. Sora tenta de toutes ses forces de se relever mais c'était peine perdue. Le moine fit son possible pour l'apaiser, puis s'expliqua, d'une voix très douce, pour essayer de ne pas trop choquer le garçon :

- C'est... ça fait des heures que tu as perdu connaissance. Quand bien même à nous deux nous aurions une chance d'arriver à la ville sans être tués par les soldats qui l'entourent, ce dont je doute fortement, il serait probablement trop tard pour sauver qui que ce soit...

Avec horreur, Sora se rendit compte que la couleur dorée de la lumière était due au coucher de soleil. Or, quand Kefka avait empoisonné l'eau, l'astre était au zénith...

Il cessa de se débattre et se laissa aller. Un sentiment de culpabilité montait en lui au fur et à mesure qu'il réalisait ce qui était arrivé.

Un bon moment passa, pendant lequel Sabin résuma à Sora ce qu'étaient l'Empire, les Réverseurs, et la Magitech. Il lui expliqua que dans ce monde, personne ne maîtrisait la Magie. Alors que le Soleil avait disparu derrière l'horizon, une série de cris et de bruits de combat leur parvinrent. Sora (qui depuis n'était plus sous l'effet de l'anesthésiant) courut à la suite de Sabin entre les arbres. L'orée de la forêt n'était pas loin du campement militaire. À leur grande surprise, ils aperçurent une sorte de samouraï bleu qui avait engagé un combat contre une douzaine de soldats de l'empire en uniformes marron.

Au moment où ils arrivèrent à portée du combat, un chevalier impérial vêtu d'une armure extrêmement robuste allait abattre sa hallebarde sur le samouraï. Sora lui envoya une boule de feu, et le chevalier fut projeté quelques mètres en arrière, sa lourde armure l'empêchant de se relever. Sabin saisit le samouraï au poignet et le tira hors du campement. Sora invoqua un mur de feu qui se plaça entre lui et les soldat, et un bouclier pour réduire ses chances d'être blessé à nouveau par une arbalète. Les gardes perdirent un temps précieux à contourner le mur de feu, et les trois personnages eurent le temps de s'enfuir à nouveau dans la forêt.

Sora rejoignit les deux autres en peu de temps. Le samouraï, un homme aux traits prononcés et doté d'une impressionnante barbe noire, était en train de crier sur Sabin :

- Allons, pourquoi diable faites vous ceci ? Je n'ai point requis votre assistance, morbleu !

- Vous alliez vous faire massacrer ! répliqua Sabin, exaspéré. Si nous n'étions pas intervenu vous n'aviez aucune chance !

- Je ne me soucie point de votre jugement, affirma l'autre. Vous ne savez rien de mes motivations !

- Eh bien... Expliquez les nous, répliqua Sora avec le ton d'une évidence.

- Oh, fort bien, puisque vous le prenez ainsi...

L'homme s'éclaircit la gorge puis commença :

- Mon nom est Cyan Garamonde. J'habite... Non, j'habitais dans la ville, là derrière la colline.

Sabin eut soudain un air désolé :

- Oh... La ville que ces soldats ont attaquée ?

- Ah, s'ils s'étaient contentés d'attaquer, soupira Cyan, je les aurais tous passés au fil de mon katana ! Mais les bougres ont utilisé je ne sais quelle arme maléfique pour nous vaincre.

- Du poison, expliqua Sabin. Ils ont empoisonné l'eau que vous puisiez pour boire... Vous êtes vraiment un miraculé...

- Miraculé ?! répéta Cyan d'un air choqué.

- Euh... Enfin... non, bien sûr, se rattrapa Sabin. Ce doit être terrible de perdre ses concitoyens, mais je voulais dire...

- ILS ONT TUÉ MA FEMME ET MON FILS ! cria le samouraï. JE PRENDRAI LEUR VIE COMME ILS ONT BRISÉ LA MIENNE ! À TOUS !

- Ah... comprit le moine. C'est pour ça que vous vouliez tuer à vous seul tous les soldats retranchés dans ce camp...

- Exact ! J'occirai tous ces impériaux jusqu'au dernier ! Tout comme ceux qui voudront m'en empêcher, ajouta-t-il comme une menace.

- Une minute, intervint Sora, choqué, vous ne pouvez pas tous les tuer !

- Ce n'est pas vous qui m'en empêcherez, répliqua Cyan.

- Mais ce ne sont pas les soldats les responsables, insista Sora, le responsable, c'est ce, euh... Kefka, c'est ça ?

- Oui, confirma Sabin, c'est Kefka lui-même qui a empoisonné l'eau. J'ai espionné ce camp pendant un bon moment, et je vous assure que la grande majorité des soldats étaient très réticents à le faire.

- Il y a le Général Léo, ajouta Sora. Il avait ordonné à Kefka de ne pas empoisonner votre ville, mais il s'est débrouillé pour attirer Léo ailleurs !

- Peu importe, répliqua Cyan, ils font tous partie de l'Empire, tous recevront ma lame au travers de la gorge.

Sora n'aimait pas trop la tournure que prenaient les événements. Il savait pertinemment bien ce qui se passait si quelqu'un se laissait dominer par une rage trop grande (comme Cyan ici) : il pouvait sombrer dans les Ténèbres et devenir un sans-coeur. Il chercha des mots pour raisonner Cyan. Mais c'était Riku qui était doué pour raisonner les gens. Sora se débrouillait généralement à l'instinct.

- Vous avez tort, dit-il à l'adresse du samouraï, il y des gens bons partout, même dans l'Empire... Et le Général Léo en fait partie... Attendez seulement de le voir, je suis sûr que vous en serez convaincu !

- J'exécuterai votre Général Léo avec un grand plaisir, déclara Cyan d'un ton sans réplique. Il est responsable de la mort d'Elayne et d'Owain, tout comme le reste de l'Empire...

Sora ne savait pas trop comment répondre... Comment pouvait-il le persuader ? Pour ne rien arranger, Sabin prit la parole :

- En attendant, si vous avez envie d'une revanche, je peux vous la proposer.

Le samouraï lui adressa un air interrogatif et renfrogné, comme s'il doutait sérieusement que l'offre l'intéresse.

- Je fais partie des Réverseurs, expliqua le moine. D'un côté, un combattant de plus ne serait pas de refus, et de l'autre, nous avons un moyen de contrecarrer la Magitech de l'Empire. Un moyen très sérieux.

L'attitude de Cyan changea du tout au tout. Il paraissait à présent ahuri par Sabin. Cela n'était pas vraiment étonnant : la rage telle qu'il l'éprouvait ne pouvait mener à rien. Cyan n'avait jusque là pas vraiment eu le projet sérieux de détruire l'Empire, malgré ses menaces, et la simple pensée de le faire réellement le subjuguait.

Mais il reprit très vite un air méfiant et demanda :

- Et je peux savoir ce que votre moyen a de « sérieux » ?

- Il s'agit d'une personne. Mais pas une personne comme vous et moi... Elle peut maîtriser la Magie.

Cette simple phrase chassa totalement de l'esprit de Sora la menace des Ténèbres sur le cœur de Cyan. Avant même que ce dernier ait pu répondre, il s'adressa à Sabin :

- Mais vous m'aviez dit que personne ici ne maîtrise la Magie ?!

- Oui, je voulais tenir ça secret, à vrai dire... Personne ne sait comment elle s'y prend... un vrai mystère. D'ailleurs je dois la retrouver bientôt. Cyan, vous pouvez venir avec moi et voir ça de vos propres yeux...

Peut-être était-ce quelqu'un que Sora connaissait ? Un de ses amis qui serait venu dans ce monde ? Il posa alors la question qui lui tenait à cœur :

- Et cette personne qui maîtrise la Magie, vous connaissez son nom ?

- Elle s'appelle Terra, dit Sabin.

Terra ! TERRA ?! C'était incroyable ! Terra serait libre ? Il serait ici ?

- Laissez-moi vous accompagner, supplia Sora. S'il vous plaît !

- Tu connais Terra ? s'étonna le combattant armé de griffes.

- Pas personnellement, mais... Oh, et puis vous verrez bien ! Je peux venir avec vous ?

Tout d'abord surpris, Sabin accepta. Tous les trois (Cyan était aussi du voyage) se dirigèrent alors là où ils étaient censés aller : une ville dans la montagne du nom de Narsche.