Zelena s'effondra comme une poupée de chiffon et la Ténébreuse exhala un soupir de satisfaction.
Voilà qui rembourserait le prix de la magie ! Et qui comblait son désir de vengeance !
Estimant qu'un peu de répit s'imposait, sans quoi, elle ne donnait pas cher de la peau de la Sorcière de l'ouest, elle retourna à la cabane.
Le plus inconfortable avec la malédiction, c'était le temps.
Le temps à tuer !
Ne ressentant plus le besoin de se nourrir ou de dormir, les jours paressaient incroyablement longs et barbants.
La veille, elle était tombée dans un semi-coma, suite à l'ingestion de quantités d'alcool assez impressionnantes, même pour les standards de Lacey. Ce qui avait permis à Emma de remonter sa piste.
Bien entendu, elle pouvait toujours lire.
Cependant, ce passe-temps était plutôt celui de la gentille jumelle et lui rappelait trop les soirées passées au Château des Ténèbres, en compagnie de Rumplestiltskin.
De plus, cela avait tendance à aider Belle à reparaître sur le devant de la scène.
Et cela signifiait systématiquement mélancolie.
Le rouet de Rumple trônait dans un coin de la pièce principale. Témoin de son passage, il n'y a pas si longtemps. Elle n'ignorait pas qu'il s'était installé dans la bâtisse au milieu des bois, à son retour à Storybrooke avec les Reines des Ténèbres.
Même après que toute la ville ait été informée de son retour, il était resté là. Jusqu'à ce qu'il soit purgé de la Noirceur qui lui enserrait le cœur. Celle-là même qui assiégeait celui de la jeune femme.
Après qu'il ait vaincu Merida, transformée en ours gigantesque par Emma, il avait confié à Belle que c'était l'endroit où il se sentait le plus à sa place,
Elle pouvait garder la maison ou rester dans l'appartement au-dessus de la bibliothèque, comme il lui plaisait.
Pour sa part, la cabane ferait très bien l'affaire. Le Rumplestiltskin d'avant la malédiction, l'homme, le père de Bae, était un paysan et avait été habitué à la vie rustre de la campagne, avait-il souligné en souriant maladroitement. À des années lumières de la Princesse qu'elle était dans la Forêt Enchantée. Il n'aurait même pas été autorisé à lever les yeux sur elle. Encore moins à croiser son regard ou à lui parler, sans que cela entraîne une sanction des plus sévères.
La maison de rondin au milieu des bois était ce qui se rapprochait le plus de son chez lui. Le chez lui d'avant, quand il vivait frugalement avec Bae. Leur vie était faite de dur labeur et de menus plaisirs, qu'ils pouvaient rarement s'offrir. Neal avait conté son enfance avec émotion et nostalgie, après que son père se soit sacrifié afin d'empêcher Malcolm de recréer son petit paradis personnel – enfer pour les autres – à Storybrooke.
Avant qu'ils ne le libèrent du caveau originel.
Un sourire passa sur les lèvres sèches et craquelées de la jeune femme. C'était ce passage qui avait donné le coup de grâce à Rumplestiltskin. Lui, qui n'avait toujours eu qu'une idée en tête : retrouver son fils pour s'excuser, avait enfin atteint son but.
Il s'était retrouvé assailli de toutes parts par les âmes tourmentées des anciens hôtes et en était ressorti fortement diminué sur le plan métaphysique.
Après ça, ça avait été du gâteau !
Il avait suffi d'un petit chapeau magique pour lui faire miroiter la fin de son calvaire. La culpabilité qui l'étouffait n'avait fait que contribuer à la nécessité de se débarrasser de l'essence maléfique qui avait pris racine en lui depuis trois siècles.
L'occasion avait été trop belle pour que le Ténébreux la rate.
Enfin, après avoir été libéré du joug de Zelena, s'entend !
Au début, avec Bae en plus dans l'hôte, c'était un joyeux bordel. Aucun d'eux ne s'entendait penser. Ou plutôt, ils s'entendaient tous penser en permanence et c'était le cafouillage complet.
Ensuite, l'homme était resté prostré. Cloîtré dans sa douleur. Ne sortant de sa torpeur que lorsque la rousse flamboyante venait s'amuser avec eux, à leurs dépens.
Le Ténébreux enrageait d'être l'esclave de cette sorcière, mais tout ce que faisait Rumple, s'était de se raccrocher à l'image de Belle pour ne pas sombrer dans la folie de la perte de son précieux fils.
Après toutes ces semaines de restriction forcée, d'obéissance, pendant lesquelles le Mal avait dû subir les pires brimades et humiliations, quel sentiment de jouissance il avait ressenti, lorsqu'il avait poussé le pauvre homme aux abois à plonger sa dague – leur dague – dans la poitrine de la sorcière impuissante.
Il l'avait sous-estimée, mais finalement c'était tant mieux. Cela lui donnait l'occasion de se délecter de la souffrance de cette dernière, à présent. C'était à son tour d'administrer les sévices corporels et de lui infliger les pires tourments.
Et à ce jeu-là, la petite dévergondée avait une imagination débordante.
- STOP ! hurla Belle depuis sa prison, tentant de reprendre le contrôle.
Elle se démenait sans relâche depuis près de sept jours, mais les Ténèbres qui s'étaient engouffrées en elle avaient été les plus fortes jusqu'ici.
Elle comprenait à présent ce que son mari avait vécu. Elle n'osait imaginer subir ces attaques et cette pression incessante pendant tout ce temps où il avait réussi à garder la main, dans une moindre mesure et se demandait par quel miracle il avait tenu si longtemps, avant d'être consumé entièrement.
C'était quelque chose de sournois et de vil. Le Mal se servait de vos sentiments les moins purs pour tourner vos intentions en quelque chose d'abjecte. Il vous murmurait sans cesse les fantasmes les plus choquants et vous invitait à les réaliser.
Vous donnait le goût du pouvoir suprême, celui qui vous rendait invulnérable et vous rapprochait de lui, si proche que vous ne faisiez plus qu'un seul.
Il était difficile de déceler où il commençait et où vous finissiez. La lutte était de tous les instants et ne faisait que s'intensifier au fil des heures et des jours. Vous écrasant sous le poids de chaque nouvelle mauvaise action.
Cependant, c'était si délicieux de rendre la monnaie de sa pièce au Shérif de la forêt de Sherwood - entre autre - en lui subtilisant autre chose que sa langue. Une idée de génie de son double maléfique.
Quant à Zelena, sa torture était pure délectation après la manière dont elle avait traité Rumple.
Dans ces instants-là, Belle n'avait même pas réellement la volonté de contrecarrer les plans de la Ténébreuse Lacey, même si elle savait que son attitude était infâme.
La Princesse d'Avonlea se laissait corrompre et attendait que la sorcière s'évanouisse, avant d'élever la voix à nouveau pour tenter de se faire entendre.
C'était dans les moments de quiétude qu'il lui était le plus aisé d'arriver à refaire surface.
Quand la lassitude s'emparait de sa mauvaise moitié. Celle qu'elle n'avait même jamais soupçonnée consciemment, avant que Regina ne lui subtilise ses souvenirs pour les remplacer par d'autres, préfabriqués.
Une vie de frustrations et de privations qui était totalement étrangère à la fille du Seigneur Maurice. Une vie bercée d'humiliation et d'envie de revanche, qui avait donné naissance à une jeune fille intelligente, pleine de ressources, mais dénuée de sens moral, qu'était celle du fleuriste de Storybrooke.
Une jeune fille, qui savait combien le pouvoir était important dans une société impitoyable. Une jeune fille, qui n'avait pas hésité à apprécier les côtés les plus noirs de l'homme que Belle aimait de tout son cœur.
C'est cet amour pour Rumplestiltskin qui empêchait un désaccord total entre les deux entités qui cohabitaient à présent derrière ce plus-si-joli minois.
C'est aussi cet amour qui permettait à Belle de gagner du terrain et de réussir à s'opposer aux Ténèbres par moment.
Lacey renifla. Il fallait vraiment qu'elle trouve un moyen de vaincre cette sale petite peste. Elle avait le don de s'insinuer à la surface quand elle s'y attendait le moins. Chaque fois que la Ténébreuse baissait sa garde, la princesse héroïque en profitait pour tenter de reprendre le contrôle.
Le problème, c'était que cette dernière tirait sa force de son amour pour Rumple. Et que Lacey avait aussi été attirée par Gold, même si ce n'était pas pour les mêmes raisons.
Difficile, dans ses conditions de réussir à contenir les sentiments des deux facettes de la personnalité de le jeune fille. Sans compter que la Noirceur était également une part de l'homme à cette époque. Ce qui rendait la situation des plus bizarroïdes.
Une tasse de thé lui ferait du bien, décida la jeune femme, même si ce n'était pas sa boisson préférée. Pas assez alcoolisée pour ça. Mais, au moins, ça lui permettrait de se concentrer sur son prochain plan.
Il était indéniable que les pseudos héros ne tarderaient pas à venir la débusquer. Et il était hors de question qu'elle reste là, les bras ballants, à attendre que ça se passe.
