D'une main tremblante, la jeune femme brune effleura les échardes de porcelaine de Chine, disséminées au sol.
Un peu de magie et voilà la tasse ébréchée, reconstituée.
Rumplestiltskin lui avait avoué l'avoir brisée, comme une confession. Si bas qu'elle avait peiné à comprendre ses mots et n'était pas certaine de les avoir réellement entendus.
- Je sais que tu l'as jetée, mais elle a toujours une grande valeur sentimentale pour moi, avait-il murmuré tout bas, sans la regarder, après être allé récupérer les débris au campement de Merida, où il avait été séquestré sur les ordres d'Emma.
Les regrets de Belle se teintèrent de la colère de Lacey.
Regret d'avoir si mal jugé l'homme à qui elle avait offert son amour et son cœur. Maintenant qu'elle connaissait son supplice continuel, elle ne pouvait que se fustiger de ne pas l'avoir écouté. De ne pas avoir été plus attentive aux signes qu'elle avait ignorés dès le début de leur mariage.
Elle aurait dû voir, comprendre, que quelque chose n'allait pas. Personne ne pouvait vivre comme un animal pendant des semaines, des mois, et en sortir indemne. Personne ne pouvait subir les assauts du Mal constamment sans finir par perdre la raison.
Regret d'avoir baissé les bras et perdu foi en leur amour. D'avoir jeté le symbole de cet amour, quand il l'avait gardé précieusement. Le chérissant pendant plus de trente ans, même quand il en avait oublié la signification.
Regret d'avoir trahi leur union. Après l'avoir banni, elle avait cherché la solution à sa souffrance en se consolant auprès d'un autre. Même si c'était plus une amitié sincère qu'autre chose. La douleur partagée de deux êtres qui ont vécu des histoires similaires avec les êtres qu'ils aimaient. Et bien que cela n'ait pas dépassé le stade de quelques baisers chastes, Belle savait à quel point ça avait dû faire souffrir Rumple. Parce qu'elle imaginait sans peine ce qu'elle éprouverait si la situation était inversée.
D'ailleurs Regina ne s'y était pas trompée lorsqu'elle avait dérobé son cœur. L'ancienne Reine savait parfaitement comme l'utiliser pour atteindre l'homme qui l'aimait, et n'avait jamais cessé de l'aimer, même étouffé par les Ténèbres.
Colère à l'encontre de Regina et de tous les pseudos Héros pour l'avoir utilisée comme un outil dans leur quête pour sauver Emma.
Mais, pas seulement.
Si Belle était toujours prête à pardonner et à voir le bon en eux, Lacey était bien moins conciliante avec toute la clique des supposés Héros qui n'acceptaient d'aider que leurs semblables.
Colère à l'encontre de tous ces moralisateurs imposteurs, qui jugeaient et méprisaient Rumplestiltskin, mais courraient le voir pour qu'il résolve leurs problèmes à la moindre occasion, et sans la moindre notion de remord pour la manière dont il l'avait traité la veille.
Non, Lacey n'aurait jamais toléré, ni encouragé, Gold à les aider, quand ils étaient prêts à le laisser croupir dans une cage, ou se faire massacrer pour épargner leur précieuse Sauveuse.
Celle-là même, qui n'avait pas hésité à condamner la ville au chaos, littéralement, pour sauver la vie de celui qu'elle aimait.
Sans l'intervention de Rumplestiltskin, Storybrooke serait l'antichambre de l'Enfer, à l'heure actuelle. C'était lui le vrai héros. Il était son héros, quoi qu'ils en disent.
Elle le comprenait d'autant mieux, qu'aujourd'hui, elle savait par quoi il était passé.
Bien entendu, les Ténèbres en elle ne pouvaient que déplorer cette opportunité perdue. Emma avait été si facile à manipuler, et Hook si prompt à se laisser corrompre. Il s'en était fallu de si peu pour que la victoire soi totale.
Une soudaine explosion fit sursauter la Ténébreuse.
Cette petite dinde de Belle avait réussi à prendre le dessus et s'était laissée piéger pendant sa contemplation inutile !
En une seconde, la Noirceur passa à l'attaque et la refoula à sa place. Tout au bas de l'échelle.
Mais il était trop tard. Déjà, Regina et Emma envahissaient la cuisine, drapées de leurs magies blanches. Elles avaient réussi à passer outre les défenses installées autour de la cabane.
Lacey puisa dans ses ressources, mais elle était encore trop inexpérimentée pour se mesurer aux deux à la fois. D'autant que la Princesse en elle refusait de s'avouer vaincue.
La traîtresse avait dû sentir venir le danger et avait tout fait pour ne pas qu'elle soit alertée. La laissant se noyer dans ses propres récriminations.
Une décharge électrique et une boule de feu pour se défendre ne suffirent pas et bientôt, les bracelets de cuir furent passés à ses poignets.
Les Ténèbres feulaient, grondaient, hurlaient, mais elles étaient à présent celles qui étaient impuissantes.
Avant même que Belle n'ait pu articuler un son, Blanche Neige et son Prince Charmant étaient là pour donner les directives.
- Enfermez là dans la cellule capitonnée, tonna la voix de l'ancien berger.
Le cœur de Belle s'affola soudainement. N'avaient-ils pas compris qu'elle faisait tout ce qu'elle pouvait pour maîtriser le Mal ?
Le rire moqueur de Lacey résonna à ses propres oreilles. Bien sûr que non, qu'ils ne le comprenaient pas. Et quand bien même, croyait-elle que les Héros la traiteraient en amie de la famille ?
Elle n'aurait pas dû être étonnée du choix de la prison. Zelena, aussi, avait été enfermée dans son ancienne « chambre », au sous-sol de l'hôpital.
- Non, attendez, s'écria la Princesse d'Avonlea.
Vous ne pouvez pas me renvoyer là-bas, aurait-elle voulu ajouter.
Lacey tempêta de son mieux pour faire entendre sa voix. Se débattant comme la diablesse qu'elle était. Refusant de s'avouer vaincue. Belle avait appris à se battre dans sa quête d'aventure au sein du Royaume Enchanté et se défendit de son mieux. Envoyant un coup de pied dans les côtes à l'ancien berger et réussissant également à la toucher au visage.
Malgré ça, à quatre contre une, ils eurent tôt fait de la maîtriser physiquement, mais pas sans y laisser quelques cheveux et autres lambeaux de chair au passage.
Belle était prise à son propre piège.
Sans crier gare, le sang pulsa dans ses veines. D'un seul coup, d'un seul, sa tension artérielle augmenta en flèche. Son cœur se mit à cogner comme un fou dans sa poitrine, tandis que ses poumons refusaient soudain d'assimiler l'air qui était censé y entrer. Des gouttes de sueurs se formèrent sur son front écailleux et dans sa nuque, qui roulèrent le long de son échine. Sa vue s'obscurcit, son ouïe s'obstrua. Ses paumes cobalt devinrent moites. Ses ongles couleur corbeau griffèrent à l'aveuglette, rencontrant un obstacle indéterminé.
La Ténébreuse tenta vainement de se débattre et de briser ses chaînes, telle une furie, un animal sauvage acculé dans un coin, mais la magie que renfermait les bracelets était trop puissante. Elle se réfugia tout au fond de l'esprit de la jeune femme.
Chacun de ses membres se mit à trembler violemment et ses jambes refusèrent de la porter. Son corps entier s'écroula en une masse informe, gisant au sol, secoué de spasmes.
