Rumple poussa un grognement d'agacement et reposa sa fourchette sur le plateau, à côté de son assiette.
Cette supposée nourriture était encore plus infâme que la tambouille servie sur le champ de bataille durant la guerre de ogres !
Sans compter que tout était totalement froid, vu le temps qu'avait pris cette stupide aide-soignante pour terminer de découper chaque moreau de « viande » et de « légume » en petites portions, car il était toujours incapable de couper lui-même ses aliments !
Il repoussa l'assiette avec une moue de dégoût.
Trois jours !
Trois jours, avait dit cet olibrius à la chevelure peroxydée.
Et cela en ferait sept dans un peu moins d'une heure.
Il soupçonnait Victor de vouloir le retenir à la clinique pour faire augmenter la facture.
Le comportement de Whale était devenu plus que suspect depuis quelques jours. - Quoi qu'a bien y penser, il avait toujours un comportement suspect. - Cet abruti avait refusé, encore une fois, de lui donner le feu vert pour rentrer chez lui.
D'accord, il n'était pas encore tout à fait autonome et il se refusait à embaucher une infirmière à domicile.
Bien entendu, son entêtement et refus catégorique à engager une personne qui aurait la charge de prendre soin de lui n'avait rien à voir avec le souvenir d'une belle brune aux yeux bleus magnifiques et à l'accent inoubliable ayant accepté un accord similaire, il était une fois, dans un pays enchanté.
Non !
C'était juste qu'il était un homme appréciant son intimité.
Encore plus, maintenant qu'il n'avait plus de pouvoir magique. Il n'était pas prêt de laisser quiconque s'introduire dans sa demeure, au risque que cette personne farfouille dans ses effets personnels et de se retrouver en position de faiblesse. Ce qui serait indéniablement le cas, dans le contexte actuel.
Personne ne mettrait un orteil chez lui !
Il ne serait pas étonné que Regina soit derrière tout ça.
Sans doute un moyen pour les Charmant et leur fille de le garder sous surveillance.
Deux petits coups à la porte lui annoncèrent un visiteur.
Quand on parle du loup !
Il aurait dû se douter que Madame le Maire ne résisterait pas à la tentation de venir le voir affaibli sur un lit d'hôpital.
À sa grande surprise, ce ne fut pas son ancienne apprentie, mais Moe French qui franchit le seuil de sa chambre.
L'homme semblait désemparé. Ses traits étaient tirés et les poches sous ses yeux rougeauds témoignaient de son manque de sommeil.
Belle !
Son cœur s'arrêta.
Belle était la seule et unique raison qui pouvait amener le Seigneur Maurice d'Avonlea à son chevet.
- Est-ce qu'elle va bien ? demanda-t-il, la gorge serrée.
L'ancien Régent dansa d'un pied sur l'autre, cherchant ses mots. Aucun doute, c'était un homme aux abois.
- Comment va Belle ? martela Rumplestiltskin, le plus fermement qu'il put, malgré sa trachée devenu aussi sèche qu'un reg en plein cagnard.
Le père de la jeune femme se contenta de secouer la tête de droite et de gauche. Ce qui augmenta l'angoisse de Gold.
Si jamais, il lui était arrivé quelque chose... Là, dehors, toute seule...
Il savait que l'homme avait refusé de quitter la ville avec sa fille. Il était parmi les habitants rassemblés devant la bibliothèque, le soir où il avait tenté de combattre Hook.
Et pourquoi ne l'avait-il pas accompagnée ?
Quel genre de père laissait sa fille partir seule dans un monde inconnu ?
Ou avec la plus terrifiante des Bêtes !
C'était sa faute. Il n'aurait jamais dû lui enjoindre de quitter la ville.
Il voulait la protéger, mais il n'avait fait que l'envoyer au devant d'un péril encore plus grand. Dans un monde encore plus dangereux. Il savait pourtant combien on pouvait se trouver démuni et désemparé, de l'autre côté de la frontière de Storybrooke.
Son cerveau fut soudain assailli par des images et des scénarios, tous plus horribles et insupportables les uns que les autres.
- Maurice ! cria-t-il finalement, au comble de la frayeur.
C'eut le don de faire sortir le père de Belle de sa torpeur.
- Ils l'ont enfermée, déclara-t-il, fixant Rumplestiltskin.
Ce dernier put lire le désarroi et l'impuissance dans le regard du Seigneur d'Avonlea.
- Enfermée ? Comment ça enfermée ? Qui ? Où ? Ils veulent une rançon ?
Si c'était un kidnapping... Si c'était une question d'argent... Il donnerait tout ce qu'il avait jusqu'au dernier centime. Peu lui importait le confort promis par Regina, à présent. Même si c'était la seule chose qui lui conférait encore un tant soit peu de pouvoir dans cette ville. Et en dehors. Il vivrait dans un carton sur les trottoirs de New-York, mendiant et suppliant pour survivre, comme il s'était juré de ne plus jamais avoir à le faire, si seulement ça pouvait mettre à l'abri la femme qu'il aimait.
- Charmant et les autres, révéla Maurice. Ils l'ont amenée ici. Dans cette horrible cellule.
Des larmes silencieuses coulaient maintenant sur les joues de l'homme, qui triturait une casquette de base-ball dans ses grandes mains jamais vraiment complètement délestées de tous terreaux, levant sur lui un regard éploré et implorant.
- Belle est ici ? À Storybrooke ? interrogea Rumple.
Il ne comprenait rien à rien.
Néanmoins, il avait la désagréable sensation que ça n'allait pas lui plaire. Et ce, malgré le soulagement qu'il commençait à éprouver vis-à-vis de l'intuition qu'elle n'était pas en danger imminent.
Le fleuriste de Storybrooke acquiesça d'un mouvement de tête.
- Elle est devenue la Bête, articula-t-il.
Rumplestiltskin eut l'impression de recevoir un coup de poing dans l'estomac. Sa bile remonta le long de son œsophage.
- La Bête ?
- Ils ont tenté de retrouver la dague, mais elle l'a cachée.
Belle était devenue la Ténébreuse ?
Comment ?
Pourquoi ?
- Elle était complètement impossible à contrôler. Je sais. Je l'ai vue. Mais, ils ne peuvent pas la laisser enfermer dans ce sous-sol.
- Le sous-sol de cette clinique ? interrogea Gold.
Un nouveau sentiment d'effroi le glaça soudainement.
Une fois de plus, Maurice hocha la tête.
