Lacey refusait de donner satisfaction à ses geôliers. Elle ne doutait pas un instant qu'ils se gaussaient de ses supplications répétées lorsqu'elle était sujette à ses crises de panique aiguë.
Ce qui leur donnait toujours l'excuse parfaite pour la sédater et la rendre impuissante à mettre son plan pour sortir d'ici en action. Elle errait alors dans les limbes un temps indéterminé, transformée en loque humaine.
Aucune chance qu'elle puisse fomenter un plan pour sortir de là et donner cours à ses envies de vengeance quand elle pouvait à peine, se remémorer depuis combien de temps elle était là.
Son cerveau était incapable de produire une pensée cohérente. Quant à son corps, il ne lui appartenait plus. La majorité du temps, elle gisait, à demi inconsciente sur la paillasse qui lui servait de lit.
À chaque fois que Belle réussissait à rassembler assez de lucidité, elle plongeait dans des crises de panique abyssales qui l'empêchaient de respirer et se terminaient généralement par des pleurs et une l'intervention de l'infirmière de garde qui finissait par lui provoquer une perte de conscience artificielle, si elle ne venait pas naturellement.
Parfois, par miracle, comme maintenant, elle ne sombrait pas dans le néant, s'appliquant à reproduire les techniques de relaxation enseignées par l'ancien criquet devenu psychiatre, peu après sa sortie de cet horrible endroit pour la toute première fois.
Dans ces moments-là, même Lacey reconnaissait que c'était plus qu'utile si cela pouvait empêcher le gavage systématique de médicament pour réussir à surmonter l'angoisse qui s'emparait de leur corps à chaque fois qu'une d'elle émergeait.
Cette dernière avait bien essayé de lutter, se raccrochant à ses intentions de revanche, mais perdait la bataille contre les anxiolytiques de tous ordres à chaque fois. La panacée était loin, mais le but était d'atteindre un niveau d'anxiété suffisamment bas que pour être capable de déjouer la non vigilance du membre du personnel en faction et profiter de l'effet de surprise pour l'envoyer au tapis.
Belle savait comment se battre et Lacey n'avait pas peur de donner des coups, ni d'en prendre. Tout ce qui permettrait de s'échapper était plus qu'encouragé par les Ténèbres qui lorgnaient dans l'ombre, rongeant leur frein et attendant le moment où elles pourraient enfin recouvrer leurs pouvoirs.
Jusqu'ici, chaque tentative s'était soldée invariablement par l'injection de benzodiazépines qui l'envoyaient directement dans un trou noir.
Elle avait besoin de mettre au point un plan plus complexe que le passage en force, mais ses neurones saturés de drogues étaient dans l'incapacité de fonctionner correctement et à chaque fois qu'elle parvenait à remettre son cerveau en fonction, son esprit dérivait immanquablement vers des interrogations que l'inquiétaient tout autant, bien que situées à un autre niveau d'appréhension.
Elle ignorait tout de la situation médicale de Rumple. La dernière chose qu'elle se remémorait sans grande netteté, c'était qu'il était toujours inconscient suite à sa prise en charge par Victor après l'attaque de Hook. Elle n'osait même pas imaginer ce qu'il était advenu de lui ou ce qu'il devait penser des circonstances présentes s'il était toujours ...
Elle tenta de rester maîtresse de sa respiration et de ses organes. S'appliquant à inspirer et expirer lentement, comme elle l'avait pratiqué ces derniers jours. Prétextant être endormie.
Bien sûr qu'il était toujours en vie. Elle refusait de considérer toutes autres éventualités.
Le bruit de la trappe coulissant dans la porte fit l'effet d'une bombe dans le corps de Belle.
Malgré toute sa volonté, comme le chien de Pavlov salivant au son de la clochette qui tintinnabulait, elle ne pouvait réprimer un sentiment de peur primale lorsque le métal frottait sur lui-même dans les encoches prévues à cet effet, résonnant à ses tympans aussi sûrement qu'une alarme incendie.
S'empêcher de trembler réquisitionnait toutes ses forces. Déjà, elle sentait ses réflexes primitifs prendre le pas sur sa raison et la démence gagner du terrain.
De l'autre côté de la paroi métallique, Rumple observait sa bien-aimée. Son coeur saignait dans sa poitrine à la vue de sa Belle, transformée en Ténébreuse.
Ses cheveux châtain couvraient en grande partie son visage en une masse de boucles informes et retombaient mollement sur ses épaules. Manifestement aucune personne du staff de la clinique n'avait pris la peine de les laver ou de les attacher pour leur donner un semblant de discipline.
La peau indigo de ses avant-bras - ou ce qu'il pouvait en distinguer, à la lueur de la faible lumière du jour entrant par le soupirail étroit, situé tout contre le plafond de la pièce, hors de portée de la prisonnière - semblait irisée et lui conférait des reflets de lune d'argent.
Pressé par le temps, il inséra la clef dans la serrure et relâcha un soupir de soulagement qu'il ignorait retenir quand il entendit le « clic » distinctif indiquant qu'elle ouvrait bien la porte de la cellule.
Il pénétra dans la pièce d'un pas un peu chancelant.
Son coeur tambourinait de plus en plus rapidement dans sa cage thoracique.
Il s'approcha prudemment du corps inerte de son épouse.
Les yeux de Belle s'ouvrirent d'eux-mêmes et elle se redressa instantanément, bondissant sur son ennemi comme un chat sauvage.
Complètement prit au dépourvu, Rumplestiltskin, tituba et perdit l'équilibre, s'effondrant sur le sol.
La guerrière en elle leva le poing instinctivement, s'apprêtant à rendre la personne inconsciente pour pouvoir courir et être enfin libérée, mais son bras resta suspendu dans les airs.
- Rumple, chuchota-t-elle au comble de l'étonnement.
Le coeur de la jeune femme bondit presque hors sa poitrine à la vue de l'homme de sa vie et le soulagement qui l'envahit en cet instant ne fut pas uniquement pour elle.
Certes, être emmurée à nouveau dans cette cellule capitonnée la conduisait sans nul doute un peu plus chaque jour à la folie mais un sentiment indescriptible l'assaillit, de le voir là, devant elle, lui ôtant même toutes peurs momentanément.
Le pronostic de Whale avait été plus qu'incertain, ce qui avait déclenché la fureur de la Ténébreuse et provoquer un véritable raz-de-marée de panique par les habitants de la petite bourgade dans un rayonnement de deux kilomètres autour de l'hôpital.
Au moins, il était conscient et il était venu jusqu'ici, ce qui signifiait qu'il se remettrait de l'attaque de Hook.
- Belle.
La manière dont il prononça son prénom résonna comme une mélodie aux oreilles de la brunette.
Cependant, son visage était tordu par la douleur et ses pupilles marron reflétaient l'incompréhension, l'inquiétude et la fatigue.
Elle se dépêcha de se dégager et se mettant sur ses pieds, lui tendit la main pour l'aider à se relever.
Il l'agrippa et se remit péniblement debout à son tour.
Le temps semblait tout à coup suspendu tandis qu'ils s'observaient en silence.
