« Embarquement porte 34 pour les passagers à destination de Dakar ». Arizona jeta un regard perdu au gsm dans sa main qui sonnait à nouveau. Elle savait que c'était sa dernière chance de lui parler, de lui expliquer. Ses mains tremblaient et elle sentait que son corps entier se réveillait à l'idée de l'entendre. Elle pressa le petit téléphone vert en tremblant et approcha l'appareil de son oreille.
-Je t'en supplie, ne pars pas ! Je t'aime...
Arizona: Calliope... Je suis désolée... mais je dois partir... Je ne peux rien faire pour Tim mais je peux améliorer les choses là-bas, je peux sauver pleins de «Tim ». Je serai utile. J'ai besoin de faire mon deuil, de me reconstruire... Je t'aime mais ça ne va pas être beau à voir, j'ai du mal à me reconnaitre parfois et je ne veux pas t'imposer ça. J'ai déjà suffisamment chamboulé ta vie comme ça et je ne peux pas te demander de m'attendre...
Callie: Arizona, je t'en supplie ne fais pas ça...
Arizona: Je suis désolée mais c'est ce qu'il y a de mieux à faire... Sa voix hésita un instant avant de reprendre d'un air convaincu. Oublie moi et sois heureuse, tu le mérite...
Avant que Callie ait pu répliquer quoi que ce soit, elle avait raccroché. Arizona nota rapidement le numéro de ses parents, d'Alex et de Teddy. Son bic resta en équilibre dans sa main quand le numéro de Callie s'afficha... Elle secoua la tête d'un air résigné et jeta son gsm dans la poubelle la plus proche.
« Dernier appel pour les passagers à destination de Dakar » Arizona saisit sa valise et se dirigea d'un pas pressé vers la porte d'embarquement. Elle jeta un regard nerveux à son billet d'avion et laissa échapper quelques larmes en le tendant à l'hôtesse. Elle quittait la ville où elle avait connu sa plus grande perte mais aussi l'endroit où elle avait vécu ses plus beaux moments...
L'idée lui était venue à l'enterrement de Tim. La jolie blonde avait rapidement comprit que si elle voulait se reconstruire et faire son deuil convenablement, elle devait s'éloigner un temps de ces gens, de cette ville où tout lui rappelait son frère... Arizona était rentrée à son appartement en courant et avait fait une rapide recherche internet pour découvrir qu'une association cherchait de jeunes médecins volontaires pour aider dans un dispensaire près de Dakar au Sénégal. Elle avait immédiatement téléphoné au responsable et organisé son départ 2 jours plus tard. La jolie blonde avait pris soin d'éviter de l'annoncer directement à Callie. Une part d'elle voulait certainement repoussé cet instant au plus loin car elle savait que c'était la seule personne qui pourrait la convaincre de renoncer à cette idée. Elle avait donc foncer faire les vaccins obligatoires, mettre en ordre tous ses papiers et annoncer la nouvelle à ses parents qui s'étaient montrés très compréhensifs. Cependant, lorsqu'il était arrivé le moment de l'annoncer à Callie, Arizona s'était ravisé et n'avait pu se résigner à lui dire la vérité. Elle avait voulut préserver encore un temps le coeur de sa belle latino. Elle s'était donc contentée de l'embrasser intensément la veille et de déposer une lettre à son appartement avant de se rendre à l'aéroport.
Arizona sentait les larmes couler davantage tandis qu'elle ré-entendait la voix suppliante de Callie au téléphone. Elle sortit de son porte-feuille la seule photo qu'elle avait encore d'elles deux et sentit son coeur se serrer à la vue de leurs sourires complices et du bras qu'elle avait passé autour du cou de Callie. Une larme s'écrasa sur la photo qu'Arizona se dépêcha de ranger à l'abri. Installée dans l'avion, elle emprunta le gsm d'un voisin pour envoyer un sms à Alex: « Je t'en supplie, veille sur Callie pendant mon absence, j'aimerais qu'elle soit heureuse... Je pense à toi ! Bisous ». L'hôtesse lui demanda de couper son gsm et alors qu'elle jetait un dernier regard à Baltimore, l'avion quitta le sol américain, l'emmenant vers d'autres contrées.
Callie regardait fixement son gsm. Elle était partie. Les larmes coulaient sans qu'elle puisse le contrôler le long de ses joues.
La latino regardait son plafond d'un air perdu. Son appartement ne lui avait jamais semblé aussi vide... Elle soupira longuement et glissa son nez dans le t-shirt qu'elle portait, c'était un de ceux qu'Arizona avait oublié dans sa chambre avant son départ... Arizona... Elle sentit son coeur se serrer à sa pensée. La plaie profonde qu'Arizona avait ouvert dans sa poitrine en partant était encore fraîche et douloureuse. La brune avait la sensation d'être brisée... Le T-shirt commençait déjà à perdre son odeur. Callie inspira longuement le tissus pour essayer de se rappeler de sa présence. Cet habit était un des seuls témoins de leur amour, Callie le conservait comme une sorte de relique pour se rappeler que tout ça avait réellement existé. Arizona avait débarqué dans sa vie et en quelques semaines, elle l'avait entièrement chamboulée. Maintenant, elle était partie et Callie n'était pas sure de pouvoir reprendre sa vie comme avant. Elle avait l'impression d'avoir tellement ressentis et éprouvé que sa perspective d'avenir semblait vraiment fade à côté de ces quelques mois aux côtés de son élève... Un bruit brisa le silence de ce grand appartement et Callie se leva mollement pour aller ouvrir à Mark qui tambourinait à sa porte.
Mark: Bon allez, fini de déprimer ! Tu vas te lever, t'habiller et on sort d'ici.
Callie: Je sais pas Mark, je ne suis pas au top en ce moment, je suis crevée...
Mark: Je m'en fou je ne partirai pas d'ici tant que tu ne te seras pas habillée. On sort, crois moi ça te fera du bien !
Callie lui jeta un regard lasse avant de se diriger mollement vers sa chambre.
Mark: Et va te laver, tu pues Torres !
Elle se retourna pour lui tirer la langue avant de se diriger vers la douche. Elle laissa l'eau couler sur son visage et ses pensées vagabonder. La perte d'Arizona avait au moins permit quelque chose, elle savait maintenant avec certitude qu'elle pouvait compter sur ses deux amis. Addison et Mark avaient été présent tout le long. Biensûr, ça l'avait parfois énervé de les voir s'imposer alors que tout ce qu'elle voulait s'était rester seule dans ses pensées, mais elle réalisait avec le recul que leur soutien la maintenait debout. Elle n'était pas sure d'être capable de se relever sans eux. Lorsqu'elle fut lavée et habillée d'un bête jeans et d'un gros pull, elle rejoignit son salon où Mark était occupé à fouiller dans le frigo.
Mark: C'est dingue comme les femmes aussi peuvent être crades ! J'ai lancé un lave-vaisselle et ouvert tes fenêtres parce que ça pue le rat mort ici.
Callie: Merci, c'est sympa... Puis voyant qu'il continuait à fouiller dans tous ses tiroirs. Je peux savoir ce que tu fou ?
Mark: Je cherche de quoi nous faire un petit dej'. Mais ton frigo n'a pas l'air de vouloir me facilité la tâche. Mark finit par se tourner d'un air contrit vers la latino. Je suppose que ce paquet de fromage est là depuis des années ?
Callie: Deux semaines et trois jours pour être exactes...
Mark la dévisagea tristement en comprenant à quoi son amie faisait référence : Comment tu le vis ?
Callie: Boh... J'ai jamais été fan de fromage !
Mark éclata d'un grand rire avant de refermer le frigo et de s'asseoir derrière le bar, à côté de Callie: Non sérieusement ? Je m'inquiète pour toi...
Callie: Je ne sais pas quoi te dire... Je... Callie sentit sa voix trembler et Mark la serra directement dans ses bras.
Mark: C'est bon... Ca va aller... On est pas obligé d'en parler tout de suite ...
Callie frotta ses yeux d'un geste nerveux et prit un air faussement enjoué.
Callie: Bon alors, tu m'as promis un petit-dej' si je ne me trompe pas !
Mark: Juste ! Mais je pense que si on veut éviter l'intoxication alimentaire, on va aller en ville. Allez viens, je te l'offre !
Callie monta dans la voiture de son ami en silence. Elle se laissa bercer par la musique tout le long du trajet, ce n'est que lorsqu'ils passèrent devant l'hôpital de Baltimore que Mark la poussa à rompre son mutisme en lui demandant:
Mark: Alors finalement, tu ne m'as pas dis comment c'était passé ton entretien d'embauche ?
Callie: J'ai été prise...
Mark: Ca veut dire que ton père va enfin repartir ?
Callie en lui souriant timidement: Il est repartit hier... Il était temps, je n'en pouvais plus de l'avoir sur le dos.
Mark: Et il sait pour A...
Callie le coupa avant même qu'il finisse sa phrase: Non. Webber m'a promit de garder mon secret et il a tenu sa promesse. Il sait juste que j'ai eu une aventure avec un étudiant... Il ignore son sexe ou son identité, et c'est très bien comme ça !
Mark reprit la parole lentement, en pesant chaque mot afin de ne pas braquer son amie: Et tu n'as pas envisagé de lui dire la vérité ? Après tout, il n'y a aucun mal...
Callie: T'es complètement fou ! Il ne doit jamais savoir ! C'est arrivé une fois, il n'y a aucune raison que ça se reproduise et que je lui en parle. Je ne sais même pas si je suis vraiment attirée par les filles, je sais juste que j'étais attirée par Arizona... Elle se fit violence pour contrôler les sentiments qui l'assaillaient en prononçant ce nom. Mon père est très « veille école »... Il n'est pas vraiment ce qu'on peut qualifier d'homophobe mais il fait partie de ces gens qui trouve ça génial tant que ça reste chez les autres et hors de leur vue...
Mark: Je comprends... Mais...
Callie le coupa à nouveau: Bon Mark, je croyais qu'on sortait pour me changer les idées ?
Mark: Oui, c'est vrai...
Le silence reprit sa place dans l'habitacle jusqu'à ce que Mark enchaîne en racontant les potins universitaires. Callie l'écoutait distraitement, le regard vague, elle se demandait ce que pouvait bien faire Arizona...
Callie engloutit sa bière en un temps record alors que la tablée discutait joyeusement. Elle regarda Addison, Henri, Lexie et Mark papoter joyeusement. Elle ressentit une bouffée d'affection pour le petit groupe. Même si elle ne participait pas activement à l'ambiance, elle appréciait de pouvoir en profiter, de voir que la vie continuait. Elle se dirigea vers le bar pour commander la prochaine tournée quand elle aperçut Alex Karev, assis au comptoir. Elle hésita un instant puis se résigna et s'installa à côté. Ce dernier lui jeta un regard distrait avant de se reprendre la contemplation de son verre.
Alex: Vous lui manquez terriblement.
La phrase était tombée comme ça, tout simplement mais elle ne fit que briser davantage le coeur de la latino. Callie sentait déjà les larmes menacer, elle s'abstint donc de toute réponse.
Alex continua: Je pense qu'elle croit vraiment avoir fait le meilleur choix pour tout le monde... S'exiler, ça lui permet de faire son deuil sans nous imposer sa douleur... Elle veut nous préserver... Si elle savait... Puis il se tourna vers elle et plongea son regard dans le sien. Elle m'a demandé de prendre soin de vous, vous le saviez ? Callie hocha la tête lentement, elle était incapable de sortir le moindre mot. Alex la regarda encore quelques secondes avant de replonger dans la contemplation de son verre. J'aimerais tenir ma promesse mais je ne vois pas comment je pourrais vous aidez alors que j'arrive déjà à peine à m'occuper de moi... Et puis, c'est pas comme si on était amis !
Il se tût pour laisser le silence s'installer entres eux. Etonament, sa présence l'apaisait. Il n'avait pas besoin de parler, elle savait qu'ils vivaient tous les deux la même perte. Alex Karev était son meilleur ami, il pouvait comprendre sa douleur, son manque... Elle posa une main sur son épaule en signe d'encouragement et répondit en murmurant:
Callie: Elle me manque aussi...
Alex leva des yeux brillant vers elle, menaçant de laisser s'échapper quelques larmes: J'ai parfois l'impression que ce sont mes deux meilleurs amis qui sont morts ce jour-là...
Callie acquiesça doucement, elle comprenait tout à fait. Elle même avait parfois la sensation de porter un deuil. Elle demanda à Joe de leurs servir deux tequilas.
Elle leva son verre dans un geste solennel et lança: A la fin des deuils, parce qu'après la pluie vient forcément le beau temps.
Alex la dévisagea perplexe: C'est bien ringard ça comme citation !
Callie: Je sais mais j'ai rien trouver de mieux...
Alex lui sourit et ils burent tous les deux leurs verres d'un trait. Callie grimaça, elle n'avait plus l'habitude des téquilas...
Alex: Je ne vais pas vous demander comment ça va parce que je crois que je peux imaginer la réponse mais est-ce que vous pourriez au moins me dire si vous avez réussi à retrouver un boulot ?
Callie: Oui, j'ai retrouvé un job, je travaille à l'hôpital de Baltimore...
Alex: Tant mieux, vous le méritez...
Callie se leva pour partir mais se ravisa finalement et s'approcha d'Alex pour croiser son regard.
Callie: Considère que tu as tenu ta promesse, je vais aller bien. Je ne dis pas que tout sera rose mais je crois que je parviendrai à me relever... Et... tu te relèveras aussi... Je sais qu'on est pas proche mais on vit une perte tous les deux donc si un jour t'as besoin, n'hésite pas...
Alex lui sourit timidement et regarda la latino rejoindre la table composée de ses anciens collègues et amis. La vie reprenait doucement son cours...
L'alcool continuait à couler à flot pour cette soirée improvisée avec Mark et Addison. Callie ne se sentait pas très bien. Elle ne voyait pas net et elle se sentait complètement vaseuse. Alors qu'elle quittait la piste de danse pour aller s'asseoir et récupérer un peu, un homme la retint par la main. La latino fut surprise par ce contact. Callie le regarda fixement, elle ne connaissait pas ce type mais se souvenait avoir dansé avec lui plus tôt dans la soirée. Il n'était pas désagréable et semblait plutôt gentil... Il attrapa la jeune femme pour danser. Celle-ci se laissa guider par ses pas. C'était agréable d'avoir un corps contre le sien, même si ce n'était pas celui qu'elle désirait. Callie se surprit à fermer les yeux pour essayer d'imaginer que c'était Arizona qui la menait dans ses danses. Elle avait besoin de se sentir proche de sa blonde. Elle resserra son étreinte et sentit des lèvres se poser sur les siennes. Ce n'était surement pas Arizona, elle était beaucoup plus douce et son coeur s'emballait dès que c'était elle qui la touchait ou l'effleurait, mais c'était mieux que rien. La brune sentit les larmes couler le long de ses joues. Elle voulait du contact, elle avait besoin de combler le grand vide qui la composait à présent. Peut-être que se rapprocher physiquement de ce corps pourrait, au moins un temps, atténuer le manque. Callie lui rendit son baiser et se laissa guider jusqu'à sa voiture...
Callie regarda nerveusement la languette. Qu'est-ce qui lui avait pris deux mois plus tôt ! Elle sentit le stress l'envahir complètement lorsque le test de grossesse livra sa réponse. Il était définitivement temps de tourner la page et de se lancer dans sa nouvelle vie.
