- Donne-lui un peu de temps, conseilla Archie.

La jeune femme acquiesça tout en continuant à observer l'homme de sa vie.

Rumplestiltskin avait ouvert les yeux, mais il était confus et sa respiration était rapide et saccadée.

Les deux médecins trouvaient ça normal et elle n'avait d'autre choix que de les croire sur parole.

- Belle, articula finalement Rumple du bout des lèvres.

Il avait récupéré ses esprits, mais son corps, c'était autre chose.

Même parler lui demandait un effort. Aucun de ses muscles n'acceptait de répondre aux injonctions de son cerveau.

- Je suis là. Je suis là, répondit-elle précipitamment, agrippant ses phalanges un peu plus fortement.

Il grimaça et elle relâcha sa prise immédiatement, songeant aux engelures dont avait parlé Whale.

Précautionneusement, elle caressa sa tempe de son autre main, lui souriant à travers ses larmes.

Lentement, elle laissa aller son front contre le sien et il savoura le contact de la peau chaude de la femme qu'il aimait contre la sienne, glacée.

- Tu es en hypothermie, l'informa-t-elle, des sanglots dans la voix.

Maintenant qu'elle en parlait, il pouvait sentir le sang dans ses veines qui lui glaçait les os.

- J'ai froid, reconnut-il.

- Tu étais enseveli sous la neige depuis je ne sais combien de temps, quand j'ai réalisé que tu n'étais pas rentré, pleura-t-elle. Pardon, pardon, je suis désolée.

- Ce n'est pas de ta faute, articula-t-il lentement. J'ai glissé et je suis tombé. Je crois que j'ai perdu connaissance aussitôt, car je ne me souviens que de la chute.

Une si longue phrase lui coûtait une énergie énorme et il ferma les paupières pour mieux reprendre son souffle.

- Il a besoin de repos, indiqua Whale. Mais, maintenant qu'il est conscient, ce serait bien de le dévêtir et de lui permettre de passer quelque chose de sec. Ainsi que de soigner les engelures de ses mains avant qu'elles ne dégénèrent et ne provoquent des lésions plus sévères et permanentes.

Rumple émit un grognement maussade à cette simple idée. Il arrivait à peine à remuer le petit doigt et à parler et ce gugusse attendait de lui qu'il se lève et se déshabille ?!

Il n'aurait pas demander mieux que de se débarrasser de ce qui ne devait plus qu'être des guenilles mouillées, mais c'était trop d'efforts présentement.

- J'imagine bien que vous devez vous sentir exténué et vidé de toute énergie. Il est fréquent que l'hypothermie provoque une faiblesse motrice pouvant gêner les activités courantes telles que la marche, et des sensations de raideur dans tous les muscles du corps, parfois même des troubles de la phonation et de la déglutition.

- Nous allons vous aidez, renchérit Archie, tout en détachant aussi délicatement que possible la canule qui avait permis les transfusions de soluté chauffé de son avant-bras.

Immédiatement, Belle le délesta de la couverture chauffante qui avait remplacée le plaid de laine qu'Ariel avait amenée depuis la chambre.

- Doucement, conseilla Victor en empoignant le patient sous une aisselle le moins douloureusement possible, pour l'aider à s'asseoir dans un premier temps.

Lentement, les deux médecins, assistèrent Rumplestiltskin jusqu'à ce qu'il soit debout sur ses deux pieds. Sa cheville mutilée n'aidait bien évidemment pas à la man?uvre, mais les trois hommes progressèrent au rythme du malade, jusqu'à ce qu'il soit finalement assis sur la chaise qui jouxtait son lit.

- Je prends le relais, commanda Belle d'une voix qui ne souffrait pas la contradiction.

Les deux praticiens se gardèrent bien de contrarier la Ténébreuse et quittèrent la pièce pour la laisser s'acquitter de sa tâche.

- Nous serons à côté, au cas où, ne put tout de même s'empêcher de préciser l'ancien criquet, avant de refermer la porte pour leur garantir un peu d'intimité.

La jeune femme s'agenouilla devant son époux et commença à déboutonner sa chemise détrempée.

Depuis leur incarcération, il ne portait plus de costume trois pièces. Néanmoins, elle ne l'avait jamais vu dans autre chose qu'une chemise, qu'il accordait généralement avec un cardigan, et portait désormais avec des jeans.

Gold n'en possédait aucun mais, le tisserand avait chargé Dove de lui fournir quelques uns de ses pantalons qui semblaient si confortables et quasiment inusables, à la fois. Il avait pu constater que le tissu était également épais et que les fibres de coton tissées avaient une propriété thermique non négligeable lorsqu'il filait dans la remise exposée aux caprices d'Éole et à l'humidité du lac.

Des années d'expérience ne pouvaient être balayées d'un revers de main. Pendant tous ces siècles, Rumplestiltskin avait toujours accordé un intérêt particulier à sa façon de se vêtir. Il avait les compétences requises pour apprécier les techniques de nouage et les procédés de fabrication des produits, ainsi que la qualité des matières.

L'antiquaire se délectait des costumes bien coupés, taillés sur mesure, qui le plaçait au-dessus de la mêlée des habitants de Storybrooke – Hormis Madame le Maire - sans aucun goût aucun pour ce qui aurait dû être classifié comme un art. Il reconnaissait intérieurement que certains des grands couturiers de ce monde méritaient leur titre et estimait qu'ils auraient sans nul doute été des émissaires royaux dignes de ce nom à la cour, au Moyen Âge. Période qui correspondait le plus à celle d'où il était originaire, sans en avoir conscience.

Le Ténébreux arborait des couleurs flamboyantes. Il raffolait de la soie, duveteuse, dans laquelle il était si aisé de faire ressortir l'éclat de la teinture, si agréable à porter comparée au jute rugueux qui composait en grand majorité les frusques du pauvre manant, tel qu'il était né. C'était également un des aspects qui lui avait fait autant apprécier le rouet des s?urs fileuses qui l'avaient recueilli. L'opportunité de fabriquer un produit raffiné et sophistiqué, résultant de la transformation de matières brutes. Adolescent, il se prenait parfois à rêvasser, s'imaginant dessiner et assembler des étoffes destinées à parer les princes et les princesses.

Sous la Malédiction, Rumplestiltskin aimait également le cuir, qu'il portait comme une seconde peau. Un des matériaux les plus beaux et résistant, un des plus onéreux aussi, du Monde Enchanté. Le petit homme en lui en était réconforté, cela lui procurait un sentiment de puissance et de richesse, choses qu'il n'avait jamais eues l'occasion de goûter en tant que gueux. Jusqu'à son ascension magique à un rang équivalent, sinon supérieur, à celui des Grands Seigneurs. Car, qui pouvaient réellement entrer en compétition avec le sorcier le plus puissant de tous les royaumes réunis ? Il avait une affection particulière pour tout ce qui était rare et précieux. C'était tout naturellement qu'il avait mis à profit ses qualités de tailleur pour confectionner magicalement plusieurs pièces de sa garde-robe, comme la veste en peau de dragon qui était une de ses préférées de sa collection hors norme.

En récupérant sa personnalité d'antan, le spécialiste des fibres n'avait pas perdu son goût pour les textures et les couleurs, bien que celles-ci soient désormais plus sobres, sans l'exaltation de la magie qui le poussait à monopoliser le devant de la scène comme si il était en représentation théâtrale permanente.

Il aimait toujours porter des vêtements de qualité et bien coupés et avait tout simplement adapté sa garde-robe en fonction de ses activités quotidiennes, sans prétention aucune. Il était loin de se douter que sa manière de les porter émoustillait son épouse à un degré frisant la démence.

Belle n'aurait jamais imaginé qu'une attitude aussi informelle et nonchalante dans l'apparence de son mari puisse avoir un tel impact sur elle. Elle trouvait Rumple tout aussi sexy, sinon plus, en Diesel qu'en Armani.

Mais, là encore, elle avait du mal à savoir si c'était la luxure de Lacey qui transparaissait à travers son attirance pour l'homme dont elles appréciaient les formes moulées dans le Denim ou sa propre libido, lorsqu'elle se surprenait à lancer des coups d'?il à la dérobée à son postérieur ou autres parties de son anatomie.

- Reprend-toi ! se sermonna-t-elle intérieurement.

Ce n'était certes pas le moment de laisser son imagination vaguer en des territoires aussi dangereux que les sables mouvants qui menaçaient toujours de l'enliser lorsqu'elle s'aventurait dans les contrées les plus fantasmagoriques de son cerveau.