S'évertuant à faire passer les minuscules disques de nacre dans les boutonnières de sa chemise bleu nuit, Belle se concentra sur les conseils donnés par les deux médecins pour s'éloigner des pensées qui menaçaient d'envahir tout son être.
Elle l'aida ensuite à délester ses épaules de son cardigan et du tissu imbibé de neige fondue simultanément, prenant soin de ne pas trop le brusquer.
Sa masse musculaire avait réagi au froid et était encore sous le choc de l'hypothermie, rendant tous ses membres rigides et difficiles à mouvoir, chaque geste réveillant des courbatures.
Avec effort, il leva les bras afin qu'elle puisse lui ôter le maillot de corps à manches longues qu'il avait enfilé la veille en guise de sous-vêtement.
Belle ne put s'empêcher de laisser ses mains caresser ses épaules et le haut de son torse dans un mouvement qu'elle camoufla comme étant une simple vérification médicale à la recherche d'éventuelles brûlures dues au gel ou aux manipulations dont il avait fait l'objet précédemment.
Rumplestiltskin retint à peine un gémissement de plaisir au contact de ses doigts chauds, réconfortants et apaisants sur son derme abrasé par le changement de température entre ses guenilles mouillées et l'air ambiant de la pièce.
Ariel avait pris soin de brancher le radiateur électrique, disposé non loin du rouet qui trônait devant la fenêtre avec vue sur le lac, lorsqu'elle était venue dans la chambre pour récupérer le plaid.
Le tisserand ferma les paupières quand les phalanges de son épouse glissèrent sur son abdomen pour s'insinuer sous la ceinture de son Denim, afin d'atteindre la boucle de métal et de l'ouvrir.
Pour juste quelques millièmes de seconde, il s'accorda l'illusion que d'autres circonstances étaient à l'origine de la volonté de Belle de lui enlever son pantalon.
Ça faisait si longtemps que ça n'était pas arrivé et il était incapable de compter le nombre de fois où il l'avait imaginée depuis le dernier moment intime qu'ils avaient partagé.
- Il va falloir que tu te lèves.
La voix de Belle le ramena à ses douleurs physiques et mentales. Elle bataillait avec la longe de cuir humide passée dans les lichettes de son jeans.
- Tu n'es pas obligée de faire ça, l'interrompit-il de ses phalanges blessées, la réalité reprenant ses droits.
Elle se mordit la langue pour ne pas lui administrer une tape afin de les chasser, gardant à l'esprit les conséquences des heures qu'il avait passées sous la poudreuse.
- Hors de question que tu gardes ça sur toi, le prévint-elle en désignant le Diesel définitivement ruiné.
- Je pourrais appeler Dove, proposa-t-il du bout de ses lèvres gercées, splittées par endroits.
Il avait déjà dû se résoudre à avoir recours aux services de son employé pour changer ses bandages et l'accompagner prendre sa douche, au début de l'emménagement de sa femme dans la chaumière. Le plus dur avait été d'ignorer sa honte et sa gêne pour faire le premier pas. L'homme à la carrure impressionnante n'avait manifesté aucun signe de dégoût et il lui serait éternellement reconnaissant de lui avoir épargné le fond de sa pensée.
Tête de mule ! s'agaça Belle silencieusement.
Malgré l'urgence de la situation, il tentait de la tenir à distance.
- Et passer ainsi, encore plusieurs heures dans des vêtements imprégnés de neige fondue et aggraver ta condition ou attraper la mort ? le gourmanda-t-elle un peu rudement.
S'il avait été en meilleur condition – comme elle le disait si bien – il aurait sans doute contre-argumenté.
Cependant, bien que ce soit extrêmement égoïste, il appréciait secrètement être celui dont on prenait soin. Personne ne l'avait jamais fait depuis les s?urs fileuses, quand il était enfant. À part Belle, lorsqu'il l'avait asservie pour qu'elle vienne vivre avec lui dans son château. Il ne l'avait pas réellement menacée de mort, mais c'était tout comme. Ce n'était pas comme si elle avait vraiment eu le choix. Identiquement à leur arrangement actuel, raisonna-t-il.
Néanmoins, pour l'instant, il était celui qui n'avait pas le luxe de choisir.
Sans compter que c'était une des rares occasions qui s'offrait à lui d'être aussi proche de la femme qu'il aimait. Ce qui ne se présenterait certainement plus jamais.
Refoulant un sentiment de culpabilité à profiter encore une fois de la bonté de Belle, il s'exécuta lentement, avec son assistance, grimaçant quelque peu aux tiraillements induits dans ses nerfs par la simple action de se mettre debout.
Elle tira légèrement les couches de tissus humidifiés vers le bas pour libérer son bassin, l'exposant complètement, et le fit pivoter d'un quart de tour afin qu'il puisse se laisser retomber sur le matelas sans trop de heurt. Puis, entreprit de les faire glisser méthodiquement le long de ses jambes et de lui ôter ses chaussettes.
- Je suis désolé, s'excusa-t-il en baissant les yeux.
- Désolé de quoi ? s'enquit-elle.
- De t'obliger à t'occuper de moi comme d'un enfant, murmura-t-il sans oser la regarder.
Il détestait être faible, mais avec la meilleure volonté du monde, il était incapable de se dévêtir seul. De plus, il imaginait combien la vue de sa carcasse délabrée devait la rebuter. Quand la Noirceur l'habitait, elle l'encourageait à prendre ce qu'il voulait sans rien prendre d'autre en considération. Il ne s'était jamais fait d'illusions quant à son apparence chétive et repoussante. C'était aussi une des raisons qui l'avait encouragé à ne pas enjoliver son apparence de Ténébreux. Avec ou sans la Malédiction, il était loin d'être un régal pour les yeux. Cependant, le tisserand malingre, déficient et insignifiant, n'avait jamais été aussi conscient des antonymes qui existaient entre la beauté de son épouse et sa laideur.
- Et moi, je suis désolée de ne pas m'être rendue compte plus tôt que tu n'étais pas rentré, opposa-t-elle, toujours en colère contre elle-même.
Elle agrippa un de ses boxers dans un tiroir et son pyjama de flanelle le plus épais dans sa commode et en enfila le bas en même temps que le sous-vêtement autour de ses chevilles, remarquant au passage que ses orteils souffraient de gelures, également.
Whale avait dit que les premiers soins à y apporter étaient le réchauffement de la partie meurtrie, idéalement dans de l'eau chaude à quarante degrés, avec un peu d'antiseptiques, par séances d'une demi-heure et que l'application d'une pommade à l'aloe vera était vivement recommandée pour les formes superficielles.
Il faudrait qu'elle s'occupe de ça, avant qu'elle ne le borde, même si elle était certaine que se pelotonner sous la couette était la chose dont il avait le plus envie en cet instant.
- Je ne m'attendais pas à ce que tu le fasses, remarqua-t-il. Tu n'as pas à te sentir coupable. Je t'ai dit, il y a plusieurs mois, de vivre comme si je n'étais pas là.
- Mais, tu es là, pointa-t-elle, avant de se rendre compte que cela sonnait horriblement.
Elle l'aida à se remettre debout et remonta la première moitié du pyjama jusqu'à sa taille avant de tenir la chemise pour qu'il puisse faire passer ses bras dans les manches et s'attela à refermer soigneusement chaque bouton.
- Je ne voulais pas être un fardeau, se lamenta-t-il misérablement.
- Tu n'en es pas un, lui assura-t-elle, tout en accompagnant son mouvement pour reprendre sa place sur la chaise alors qu'elle retenait son poids du mieux qu'elle le pouvait pour atténuer la collision avec la planchette de bois brut. Il faut soigner tes engelures avant qu'elles ne prennent de l'ampleur et ne provoquent des lésions permanentes.
Comme si elle avait écouté à la porte, la louve frappa trois fois avant d'apparaître en compagnie de la sirène, chacune portant un bassin rempli d'eau saturée d'antiseptiques, à la bonne température.
Belle les remercia d'un hochement de tête et disposa un des récipients en plastique, s'évaporant légèrement, sur le sol. Puis elle s'empara doucement des pieds de Rumple pour les plonger dans le liquide délicieusement chaud. Tandis que Ruby étalait une serviette sur ses genoux pour qu'Ariel y dépose l'autre bassinet afin qu'il puisse y faire tremper ses doigts aux articulations douloureuses.
Sans un mot, les deux compères se retirèrent avec un sourire de connivence.
