Rumple parcourut la distance qui le séparait de la porte menant à la partie privée du bâtiment publique le plus rapidement qu'il put sans avoir l'air de se presser. Puis grimpa les marches pour se rendre à l'appartement, petit mais chaleureux et bien entretenu, qui était redevenu le logis de Belle depuis le moment où elle l'avait banni de la ville.
Cette dernière lui avait demandé pardon une bonne centaine de fois, au moins, pour son incartade avec le valet du Pays de Merveilles. Il lui avait assuré qu'il ne lui en tenait pas rigueur. Elle avait tous les droits de chercher le bonheur auprès d'un autre après la trahison dont il était lui-même coupable, dans le cadre de sa demande en mariage. Il avait néanmoins caché son profond soulagement d'apprendre qu'elle s'était contenté de ses bras et avait ignoré ses draps. Son c?ur et son ego tuméfiés avaient connu bien pire et il se réjouissait trop qu'elle soit toujours disposée à lui accorder une autre chance – encore une – pour mettre en péril leur relation renaissante.
Son épouse avait cependant tenu à lui expliquer clairement - afin qu'il n'ait pas le moindre doute - qu'elle n'avait jamais été amoureuse ou éprouvé le moindre sentiment au-delà d'une amitié sincère avec une personne qui avait connu les mêmes aléas qu'elle sur la route du bonheur auprès de la personne qui détenait son c?ur. Quelques baisers chastes et la nouvelle de son retour avaient suffi à faire éclater l'illusion dans laquelle elle vivait depuis son départ forcé.
Les premiers jours de son absence, elle s'était réinstallée dans l'appartement où elle se sentait moins oppressée. Dans la maison rose – saumon – tout criait son nom et où qu'elle pose ses prunelles, elle ne voyait que lui et ses mensonges. Elle avait eu besoin de déménager avant de devenir folle de chagrin pour l'acte atroce qu'elle avait commis mais qu'elle ne pouvait s'accorder à regretter sans perdre le respect d'elle-même, à cette époque.
Le plus dur avait été d'affronté le regard d'autrui où brillait le « on t'avait prévenue » en lettres de néon rouge et de les voir se réjouir d'être enfin débarrasser d'une nuisance. C'est ainsi, qu'elle avait rencontré Will, compagnon de tabouret au Rabbit Hole avant de devenir son compagnon tout court.
Rumple avait été horrifié d'apprendre qu'elle était retournée dans ce bouge et que les soi-disant Héros n'avaient même pas pris la peine de l'inclure dans leur groupe, une fois libérée de son association avec son mari et de l'emprise qu'il avait sur elle.
Rassemblant quelques babioles, qu'il jeta pêle-mêle dans un grand sac à provision qui pouvait également contenir un objet d'une trentaine de centimètres de long et d'une dizaine de large sans attirer l'attention, il quitta prestement le studio et escalada les escaliers qui montaient à l'étage supérieur de la tour, où se trouvait la grande horloge.
Sa cheville protestait à chaque pas mais il n'avait pas le temps de ralentir le cadence. Il s'évertua à détacher l'artefact rapidement et dévala les marches dans l'autre sens, sans se préoccuper de la douleur qui irradiait dans son mollet et son pied.
Repassant par les diverses sections de rangées de livres bien organisés sur les étagères, il ajouta ceux qu'Ariel avaient préparés durant son absence derrière la porte portant la mention « privé » en lettre de laiton.
Quelques échanges de banalités avec la Petite Sirène en guise d'au revoir et il se retrouva sur le pavé devant la bibliothèque.
- Gold ! l'apostropha l'ancien berger, venant à sa rencontre sur le trottoir depuis son magasin.
Show Time !
- Votre Altesse, le salua-t-il avec un grand geste de la main, imitant presque une révérence.
David roula des yeux au ciel devant les simagrées moqueuses de Rumplestiltskin.
- Je croyais t'avoir dit de ne pas te balader hors de ta boutique sans Leroy et Tinny.
- Mes gardes du corps, ironisa l'ancien Ténébreux. J'ai pensé qu'une petite pause syndicale était réglementaire. Dove les a emmené prendre un café chez Granny pendant mon examen médical. Il était inutile qu'ils fassent le planton dans le couloir pendant que je me déshabillais dans la cabine. Je n'allais pas courir nu dans les rues, au risque d'effrayer les enfants et les âmes sensibles.
- Ta scintigraphie s'est terminée il y a environ trois heures, affirma le Prince devenu Roi qui ne partageait pas l'humour caustique de l'antiquaire.
Il était contre l'idée de le laisser vagabonder dans sa caverne d'Ali Baba et avait pris soin de la faire nettoyer de toutes traces de magie – la poussière accumulée, il n'en n'avait que faire – par Regina, puis par la Mère Supérieure pour faire bonne mesure.
- Je vois que vous êtes bien renseigné, Votre Altesse. Je suis honoré de faire l'objet de tant d'attention de votre part. Dans l'intervalle, j'ai fait un peu de lèche-vitrine. Comme négocié préalablement, je me suis rendu dans mon magasin qui, hélasse, ça me peine de le dire, tombe en décrépitude, babilla-t-il de manière affectée.
- Trêve de plaisanterie, Gold, s'agaça Charmant.
- Oh ! Mais, si tu ne me crois pas, Berger, tu peux demander au shérif de la ville. Ta fille et Madame le Maire témoigneront de ma présence derrière mon comptoir. Elles voulaient m'entretenir d'une affaire familiale.
David plissa les yeux. Elles n'allaient tout de même pas abonder dans le sens d'Henry et lui permettre de voir son autre grand-père, comme l'avait suggéré Jiminy, tout de même ?
- Qu'est-ce que tu as dans ton sac ? pointa-t-il, refusant de suivre Rumplestiltskin sur ce terrain, qui risquait de lui faire perdre son sang-froid, au milieu de la rue.
- Oh ! Ça ! feignit ce dernier avec indifférence.
- Oui. Ça ! appuya le berger devenu prince suite à l'intervention du Ténébreux dans sa vie.
- Comme je viens de te le dire, j'ai fait du lèche-vitrine et j'ai décidé de profiter de ma petite excursion en ville pour ramener quelques babioles personnelles au chalet. Le temps peut paraître horriblement long là-bas, sans toutes les allées et venues importunes auxquelles ta famille m'avait habituées.
- Vide ton sac, aboya le shérif-adjoint.
- Inutile d'être mufle, se vexa faussement Gold, ouvrant grand son sachet pour une inspection en règle.
Après avoir farfouillé parmi les objets hétéroclites contenus dans la poche de plastique épaisse, il releva la tête pour sonder le roi des fourberies.
- Quelque chose d'illicite ? demanda ce dernier de son ton le plus innocent et le plus insultant à la fois.
David ne comprenait pas comment il parvenait à un tel résultat avec si peu de mots.
- Non, reconnut-il à contrec?ur.
Il était persuadé que celui qui incarnait un farfadet tyrannique dans les livres de contes du Pays Sans Magie et le Sorcier le plus puissant du Monde Enchanté, il y a peu, n'était pas net. Cependant, impossible de mettre le doigt dessus ou de trouver quoi que ce soit qui l'incriminerait.
- Bien ! Dans ce cas, je vais retourner à ma vie en exil, indiqua Rumple.
Il souleva le sac empli de bibelots et s'apprêta à rejoindre les « hommes en noirs » chez Granny quand Robin arriva à grands pas.
Regina devait l'avoir envoyé en reconnaissance.
- Attend ! cria-t-il à Charmant. Il peut très bien avoir dissimulé quelque chose sur lui.
Rumplestiltskin grinça des dents. Le voleur était plus intelligent que le berger !
- Est-ce que je vais aussi avoir droit à une fouille corporelle en règle, maintenant ? s'impatienta-t-il.
Le petit jeu avait assez duré à son goût.
- Oui, rétorqua Charmant, en commençant à le peloter le long du torse pour vérifier s'il ne cachait rien sous la veste de son blaser noir.
Gold avait revêtu un de ses costumes Armani - qui pendaient maintenant dans son armoire avec peu d'espoir de revoir la lumière du jour - et portait une cravate rouge sombre sur une chemise anthracite. Impeccablement tiré à quatre épingles, comme toujours.
- Hé ! On a pas gardé les cochons ensembles, hissa Rumple en se dégageant des mains baladeuses du shérif-adjoint.
Il avait toujours vécu les contacts humains avec appréhension, excepté ceux de Bae. Jusqu'à Belle. Et encore aujourd'hui, il n'était pas quelqu'un qu'on pouvait qualifier de tactile. Seules les personnes assez proches de lui pour mériter sa confiance avaient le droit de le toucher ou de bénéficier de ses caresses et autres gestes affectueux. Ce qui limitait le nombre à quatre personnes exactement, dans l'étendue de tous les Royaumes qu'il avait eu l'opportunité de visiter. On n'était jamais à l'abri d'une erreur !
