Belle frémit. Son échine se hérissa d'épines imaginaires à la sensation désagréable qui s'emparait de tous ses sens simultanément.
Comme si une main géante s'abattait tout à coup sur elle et se refermait sur sa gorge, l'empêchant de respirer.
Ce n'était pas une attaque de panique, comme celle qu'elle avait expérimentée lorsque les héros avaient ordonné son transfert dans le sous-sol de la clinique.
Non, c'était quelque chose de bien plus pernicieux.
Quelque chose qui la dépossédait de son libre-arbitre et la rendait esclave de l'individu qui venait de s'emparer de la dague et en enserrait le manche dans sa paume.
C'était comme si un collier étrangleur venait d'être installé autour de son cou et que la sonde électrique était directement relié à son c?ur et à tous ses organes vitaux. Pour que la décharge qui viendrait - sans le moindre doute - soit envoyée immédiatement dans chacune de ses cellules et irradie chacun de ses nerfs, grillant irrémédiablement son cerveau en moins d'une seconde et propageant une douleur atroce qui vibrerait en elle à l'infini.
Rumplestiltskin détenait à présent sa plus grande faiblesse entre ses phalanges contusionnées par les engelures.
Comment avait-t-elle pu être aussi sotte ?!
Lui faire confiance !
Alors qu'il l'avait trahi avec les promesses qu'il avait prononcées au pied du puits de leur union.
Il avait rompu le serment fait à son propre fils.
Il avait abandonné Bae à son triste sort, lui préférant le pouvoir.
Il obtenait toujours la meilleur part du marché.
Elle aurait dû lire les petits caractères.
Tout prévoir.
Au lieu de ça, elle s'était laissé grugée, abusée.
Et tout ça, par amour.
L'amour était une faiblesse.
Maintenant, elle en paierait le prix.
Elle serait enchaînée comme du bétail. Utilisée comme une bête de somme.
Comment pouvait-elle être aussi gourde ?
Combien de fois devrait-il lui briser le c?ur pour qu'elle retienne la leçon ?
Elle était pathétique !
Cependant, aucun choc ne vint déclencher ses souffrances.
Au lieu de ça, elle sentit la pression sur sa glotte disparaître comme elle était venue.
Rumple avait reposé l'arme tranchante, engravée de son prénom.
Les cinq lettres luisaient sur la lame de métal hors du commun. Forgée à partir du Saint Graal et de la flamme de Prométhée. Le seul artefact assez puissant pour contraindre les Ténèbres à obéir aux ordres de son détenteur.
Il replia les pans de tissu sur la dague et la glissa dans la poche intérieure de sa veste Armani.
Il espérait de tout son c?ur qu'il avait pris la bonne décision et que ce n'était pas le fruit des Ténèbres qui avaient orchestré un guet-apens pour obtenir sa pleine coopération. Il était persuadé que c'était Belle qui s'exprimait quand elle lui avait révéler son plan. Ça lui avait paru réaliste quand elle l'avait énoncé. Mais, maintenant, il doutait de sa capacité à distinguer Lacey de la femme qu'il aimait.
La Noirceur faisait partie intégrante de l'hôte, à présent et il aimait Belle avec toutes les facettes qui constituaient dorénavant son être. Cependant, il savait que la jeune femme elle-même ne pouvait accepter ce côté sombre et cohabiter avec le Mal au quotidien.
Sa princesse courageuse était bien trop pure pour se laisser corrompre et fusionner avec le Démon comme il l'avait fait lui-même. Il avait rapidement abandonné la lutte, en lâche qu'il était. Ne conservant son humanité que pour le bien de son fils. Et quand il avait perdu Bae, quand le vortex s'était refermé, le laissant plus seul que jamais avec ses regrets, il avait pactisé avec le Diable. Acceptant de le laisser à la barre du navire en échange de la promesse du Malin de trouver un moyen de rejoindre le seul être qui comptait dans sa vie.
Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est qu'une princesse effrontée vienne raviver l'âme de l'homme qui s'était effacé pour tenir sa part du marché. Les Ténèbres étaient si sûres d'elles-mêmes, qu'elles avaient négligé l'éventualité que le c?ur du pauvre hère qui vivotait à peine dans le vaisseau de chair, puisse jamais se mettre à battre pour une autre personne.
- Et depuis tout ce temps, vous n'avez aimé personne et personne ne vous a aimé ? avait demandé la jeune impudente, ignorant les forces qu'elle réveillait.
Le tisserand n'avait jamais cru en la destinée mais les yeux de la Princesse d'Avonlea étaient si pleins de vie. Étincelante, elle avait ouvert une brèche dans la muraille derrière laquelle il s'était retranché et la lumière s'infiltrait à présent jusqu'au tréfonds de l'abîme qui lui servait de cachette, faisant naître un espoir qui n'avait jamais eu l'occasion de croître mais qui fleurissait contre toute attente. Surprenant le pauvre homme en tout premier lieu.
Déboussolé dans un premier temps, il avait d'abord timidement relevé la tête, se tordant le cou pour entrapercevoir la petite flamme qui vacillait vaillamment au milieu de la nuit d'ébène dans laquelle il était plongé depuis si longtemps. Se surprenant de plus en plus régulièrement à prendre son c?ur en défaut, à oser espérer que, peut-être, la vie lui octroyait finalement une chance d'être apprécié par la jeune femme qui ne correspondait pas du tout à ce qu'il connaissait des nobles, cruels et tyranniques qu'il avait jamais pu croiser durant son existence de sous-homme.
Le Malin riait aux éclats, se bidonnant à n'en plus finir de la sottise du moins que rien qui fantasmait sur une pierre précieuse tellement hors de sa portée. Mais quand il faillit trépasser sous l'assaut du baiser d'amour véritable, la plaisanterie avait assez durée et il hurla au scandale de toutes ses forces contre l'outrage pour préserver sa vie.
Boitillant sur la terrasse de bois, Rumplestiltskin prit une grande inspiration avant de pénétrer dans la pièce principale du chalet par la porte-fenêtre.
À la seconde où il passa le seuil, il put distinguer la frayeur dans les prunelles céruléennes de son épouse. Ses phalanges cobalt se tordaient d'angoisse et ses lèvres parme étaient malmenées par des morsures de stress.
La matinée avait dû lui paraître interminable.
Sans attendre, il s'avança au-devant d'elle et sortit la précieuse cargaison qu'il avait ramenée au prix de son amour-propre.
Les yeux de Belle se mirent à briller avec une telle intensité qu'il questionna un instant la sanité de son esprit et reconsidéra encore une fois les chances de réussite de leur projet. Leur marge de man?uvre était pour le moins restreinte.
Il connaissait l'appel de la dague. Il avait expérimenté l'attraction qu'elle exerçait sur les Ténèbres. Cette envie de la posséder pour ne plus jamais être déposséder de quoi que ce soit.
Rester libre et maître de son destin.
C'était un point commun que la Noirceur comptabilisait avec la Princesse d'Avonlea.
La jeune femme sentait sa raison s'évaporer un peu plus de seconde en seconde. La démence envahissait ses synapses. Les Forces Maléfiques qui s'emparaient de son esprit aveuglaient ses sens et supplantaient toutes ses émotions.
La dague était à sa portée. Si près qu'elle pourrait s'en saisir. Juste là, devant elle. L'objet de tous ses supplices. Elle pouvait s'en emparer afin de s'assurer que plus personne ne détienne sur elle, le pouvoir absolu.
Celui qui l'obligeait à obéir aux ordres, quels qu'ils soient.
Il lui suffisait de tendre la main. Rumple ne serait pas un obstacle. Il était affaibli par l'hypothermie dont il avait été victime. Et même sans ça, il n'était pas un homme à la stature imposante. Et son handicape en faisait une cible facile. Un coup de pied dans la canne qui lui servait de béquille et il se retrouverait plaqué au sol. A sa merci
Cependant, elle était prête à parier qu'il ne lui opposerait même pas de résistance. Elle en était pratiquement certaine. Après tout, il était allé chercher l'objet sacré et l'avait ramené pour elle. Il était amoureux d'elle. Il ferait n'importe quoi pour elle.
Non. Pas pour elle... Pour Belle.
La Noirceur, il serait plus qu'heureux de s'en débarrasser à tout jamais. De l'envoyer dans le néant. Là, d'où elle ne pourrait plus jamais refaire surface.
C'était le plan qu'ils avaient fomenté ! se révolta-t-elle à l'infâme trahison.
S'affranchir et la supprimer. Ni plus, ni moins.
Ils pensaient être plus intelligents, plus forts, plus malicieux que les Ténèbres elles-mêmes !
Ils étaient si ridicules. Ces petits humains méprisables qui se prenaient pour des Dieux. Êtres de chair et de sang, si fragiles. Aussi inconséquents que des fourmis minuscules. Pataugeant dans la boue, les yeux tournés vers le ciel. Espérant, contre toutes probabilités, trouver le bonheur au sein de l'amour.
Avec un grand A, s'il-vous-plaît !
Qu'ils étaient sots ! Assumant pouvoir décider de leur existence quand elle se résumait à la fatalité. C'en était si pathétique que si elle avait pu exprimer le moindre sentiment, elle en aurait pleuré.
Oui, elle en pleurerait presque. À chaudes larmes. Des larmes de joie. Ça allait sans dire.
Ils étaient si futiles et inutiles. Si faibles et si crédules.
Elle pourrait se saisir de la lame et trancher la gorge de son hôte antérieur – Le tisserand qui lui avait donné du fil à retordre durant plus de trois siècles. Le sale ingrat ! - avant même qu'il n'ait le temps de réagir.
Belle en deviendrait folle de chagrin et de culpabilité et elle aurait enfin les coudées franches pour agir à sa guise. Elle pourrait lui faire faire ses quatre volontés.
Belle ne serait plus qu'une poupée de chiffon entre ses mains démoniaques.
