Finalement, elle se détacha lentement de lui. À contrec?ur. Mais certaines nécessités étaient prioritaires, maintenant que la plus grande des urgences avait été traitée.
Rumple en profita pour replacer le poignard maléfique dans son linceul et l'emporter dans un endroit connu de lui seul. À l'abri des tentations.
Une fois la dague mise en lieu sûr, loin de sa portée, Belle réussit à mieux maîtriser sa respiration, devenue saccadée à la vue de la lame où était gravé son prénom.
- Merci, bredouilla-t-elle, sans oser le regarder quand il revint dans la pièce.
- Hé ! Tu n'as pas à avoir honte. C'est la Noirceur en toi qui réagit à l'appel de son maître.
- Je peux l'entendre murmurer. C'est comme... comme un chant envoûtant. Presque ... comme si j'entrais en transe.
- Je sais, compatit-il.
- Comment est-ce possible alors que je n'ai plus accès à ma magie ?
- Le chemin est entravé, mais le sortilège n'a pas disparu pour autant. Tes pouvoirs existent toujours. Il t'est juste impossible de les atteindre. La dague est enchantée, elle fait partie intégrante de la Malédiction. Il est impossible de les dissocier. Elle est et restera liée aux Ténèbres tant que le sortilège ne sera pas rompu.
- Si tu n'avais été aussi prompt à réagir... Si tu ne m'avais pas embrassée et prise dans tes bras...
- J'adore me coller à toi. La tâche n'était donc pas une corvée trop éprouvante, ironisa-t-il avec un petit sourire goguenard.
Un mini sourire se dessina également sur les lèvres lilas de son épouse, à son trait d'humour.
Les larmes aux bords des cils, elle caressa sa tempe et passa ses phalanges dans une mèche de ses cheveux argentés.
Il l'attira à nouveau dans son embrase et elle ne se priva pas du réconfort que cela lui procurait. Elle se sentait en sécurité entre ses bras. Elle plaça à nouveau son front contre son épaule et savoura la chaleur de son corps pressé contre le sien.
Qu'avait-elle fait pour mériter un homme aussi merveilleux ?
La plupart lui aurait déjà tourné le dos. Mais pas Rumplestiltskin. Non, Rumplestiltskin avait choisi de partager sa sentence et il se tenait debout devant elle, apaisant ses craintes, lui prédisant de meilleurs lendemains, quand elle avait été à deux doigts de le trucider.
- On va trouver une solution. Je te le promets, renchérit-il. Jusqu'ici mes investigations ont été plutôt infructueuses, mais avec une professionnelle des bouquins, comme toi, ça va certainement s'accélérer.
- Tu as fait des recherches ?
Le connaissant ça n'aurait pas dû l'étonner, cependant.
- Comme tu le sais, à part filer la laine que Dove me procure, je n'avais pas grand-chose d'autre à faire dans la remise, énonça-t-il en haussant les épaules.
Une douleur vive remontant le long de son mollet droit le fit grimacer contre sa volonté.
- Tu vas bien ? voulut-elle savoir, soudain.
- C'est juste ma cheville qui fait des siennes, minimisa-t-il.
Elle se gifla intérieurement. Il devait souffrir le martyr en silence.
Elle était vraiment égocentrique.
Il avait profité de l'examen médical qu'il devait subir pour retirer la dague de sa cachette et la ramener au chalet, afin qu'ils l'aient sous la main quand ils seraient prêt. Et le questionner sur son état de santé ne lui avait même pas effleuré l'esprit. Cette maudite lame monopolisait toute son attention depuis qu'ils avaient élaboré leur stratégie, la veille.
Il avait pris tous les risques pendant qu'elle était confinée dans la masure au milieu des bois. Alors, qu'il avait échappé de peu à la mort par congélation. À peine sur pied, il était parti affronter les pseudos Héros et leur bouclier de jugement et condescendance.
- Viens t'asseoir, commanda-t-elle en l'entraînant par une main, tapotant l'édredon moelleux de l'autre.
Un peu hésitant, il la suivit malgré tout sans protester et accueillit avec ravissement le soulagement du poids de son corps sur son pied droit lorsqu'il se laissa choir sur le matelas.
Elle rassembla les oreillers pour les dresser en rempart contre la tête de lit, qu'elle occupait habituellement seule, de façon ce qu'il puisse allonger ses jambes sur la couette. Puis, elle se saisit du petit coussin qui ornait la chaise, toute proche, qu'elle avait visiblement sélectionné pour surélever sa cheville mutilée.
Elle dénoua sa cravate et attrapa le plaid de laine qui était disposé au bout du couvre-lit pour lui couvrir le buste, avant de s'atteler à le déchausser puis de rebouler le bas de son pantalon et de dénuder ses orteils.
- Tu n'as pas à faire ça, désapprouva-t-il.
Sans répondre, elle s'appliqua à masser sa malléole gonflée et douloureuse le plus légèrement et méticuleusement possible.
- Tu es resté debout trop longtemps, lui reprocha-t-elle gentillement. Victor a recommandé que tu te ménages.
- Belle..., tenta-t-il tout en réprimant de son mieux une grimace de douleur.
Les soins qu'elle lui procurait étaient à la foi un bienfait et une forme de lente torture.
Obstinément, elle évita de le regarder. Elle n'avait aucune envie de prolonger la discussion sur sa condition de Ténébreuse et les détestables conséquences que cela engendrait. Elle était passée en mode « épouse protectrice » et ça lui convenait parfaitement pour le moment.
- C'est à mon tour de prendre soin de toi, proféra-t-elle.
Plissant les yeux, Rumple décida de s'abstenir de la contrarier. Elle venait d'expérimenter la puissance de la Malédiction sous l'influence de la dague et elle avait certainement bien mérité un break. Elle pouvait être aussi entêtée qu'un bourricot quand elle avait décidé quelque chose et il n'obtiendrait aucune coopération de sa part sur ce point dans l'immédiat.
En lieu et place, il clôt les paupières et entreprit de se concentrer sur la sensation des phalanges agiles de son épouse qui dansaient sur sa peau zébrée de balafres. Passé les premières minutes, la rigidité douloureuse des muscles et tendons écorchés laissait place à un plaisant pétrissage des tissus cicatriciels.
S'il était honnête avec lui-même, il était complètement éreinté par la matinée qu'il avait passée en ville.
Être coupé du monde n'était pas si désagréable que ça. Étonnamment pour d'autres que lui, il n'était pas impatient de se retrouver dans le brouhaha de l'agglomération. Bien que Storybrooke puisse être comparée à un hameau, elle était constamment la cible de manigances complotées par des êtres tous aussi vils les uns que les autres.
D'accord, il avait souvent été à l'origine de leurs poings vengeurs, mais pas toujours. Il n'était pas responsable de la venue de la Reine des Neiges, ou d'Elsa, ni du retour de Zelena sous l'apparence de Marianne.
Néanmoins, c'était toujours vers lui que les Héros accouraient quand ils avaient besoin de quelqu'un pour leur prêter main forte. Ce qui était pour le moins ironique quand la fée bleue se trouvait à quelques lieues de là, cachée sous son voile, dans son couvent.
La disparition du Mal en lui ne l'avait pas réconcilié avec la soi-disant none. Son c?ur de père ne lui pardonnerait jamais d'avoir piégé Bae avec le haricot magique, dans le but toujours inavoué de débarrasser la Forêt Enchantée du Ténébreux.
Quoi qu'elle en dise, aucune bonne intention ne justifiait l'exploitation des espoirs d'un enfant à ses yeux. Encore moins quand il s'agissait de son précieux fils. Il avait été celui qui n'avait pas suivi l'adolescent dans le vortex, mais elle était l'instigatrice de ce guet-apens pour commencer.
- Et qu'en est-il de la scintigraphie ? interrogea tout à coup la voix de Belle, tartinant maintenant un baume légèrement rafraîchissant sur sa cheville enflée, le tirant de sa réflexion contemplative.
Il ne s'était même pas aperçu de son absence lorsqu'elle était allée chercher l'onguent dans la chambre principale.
- Whale était satisfait des résultats, donc je suppose que ça signifie que tout va bien, murmura-t-il d'une voix un peu pâteuse.
- Tu n'as pas demandé plus de précisions ? questionna-t-elle encore.
- J'étais surtout pressé de sortir de cette maudite clinique, grommela-t-il. J'avais une autre priorité en tête.
Il se garda bien de révéler qu'il avait craint qu'il ne le laisse pas revenir à elle pendant un moment.
- Ta santé est une chose essentielle, à mes yeux, le gourmanda-t-elle.
- Mais le but de ma petite visite en ville était de retirer la dague de derrière les aiguilles de la grande horloge, avant tout, argumenta-t-il en étouffant un bâillement.
Elle émit un grognement indistinct. Elle ne doutait pas que ce soit la seule chose qui l'ait poussé à se soumettre à l'examen médical.
Au moins, elle était rassurée quant à de possibles complications artérielles. Sa circulation sanguine semblait donc avoir repris sa course normale et si un caillot s'était baladé dans ses veines, il aurait été détecté par l'appareillage d'imagerie de l'hôpital.
Terminant son massage, elle recouvrit sa cheville droite d'une serviette chaude emplie de fango, la boue volcanique se révélant faire des miracles pour ses articulations sensibles et ses névralgies. Elle s'appliqua ensuite à défaire les pansements qui recouvraient les engelures de son pied, avant de retirer sa chaussure gauche et de procéder de la même façon pour y apposer un autre linge humidifié dans la cuve hydrothermale qu'Archie leur avait procurée.
Un coup d'?il à son mari lui apprit qu'il s'était assoupi, la nuque renversée vers l'arrière sur les oreillers. Le repos du guerrier bien mérité, songea-t-elle avec un sourire.
Le silence flottait dans la chambre tandis qu'elle dénouait précautionneusement les bandelettes de gaze qui encerclaient la peau de ses phalanges brûlées par le froid et les emmaillotait également dans des compresses antiseptiques thermorégulatrices.
Elle ajouta une couverture supplémentaire sur son corps et, attrapant le livre posé sur sa table de chevet, se blottit contre son torse pour terminer la lecture du dernier roman de cape et d'épée qu'Ariel avait sélectionné pour elle.
