Maintenant que Guren a atteint son premier but, reste à se faire la main avec. Et ça ne va pas être très simple.
Bonne lecture ^^
Quelque temps plus tard, les filles reprirent connaissance.
« Tout le monde va bien ? » demanda Miyuki.
« Euh oui … ça va même très bien. » s'étonna Sayuri.
« Je me sens en très grande forme, c'est étrange. » ajouta Shigure en regardant ses mains.
« Moi aussi, je n'ai même jamais eu une telle pêche. Ah ! Guren ! » reprit Miyuki.
Elle se précipita vers son frère, toujours inconscient. Eisaku patientait assis sur une roche.
« Il va très bien. C'est un des effets du sang. Comme il en a pris bien plus que vous, il lui faudra environ un mois pour qu'il reprenne ses esprits. » informa le prêtre.
« Tant que ça ? » fit Miyuki.
« Et où est passée la Contradiction ? » interrogea Sayuri.
« Là-dedans. » répondit Eisaku en montrant sa tête du doigt.
Ou plus précisément dans celle de l'adolescent. Le prêtre prit ensuite Guren sur son dos et entreprit de les faire sortir. Il les raccompagna même jusqu'à leur hôtel. Eisaku leur proposa leur aide pour porter le jeune le jour de leur départ. Mais Miyuki déclina, annonçant qu'elle ferait appel à des gens de leur maison. Sitôt Eisaku parti, elle appela chez elle. Ce fut son père qui décrocha. L'apprentie prêtresse l'informa de la situation, et le rassura sur l'état de son fils. Sakae annonça qu'il envoyait le père de Shigure, Samidare.
Un mois plus tard, Guren ouvrit enfin les yeux. L'environnement lui parut curieusement plus coloré que d'habitude. Il perçut soudain un grattement. Tournant la tête, Guren ne vit tout d'abord rien. Mais en se concentrant sur le bruit, sa vision parut réaliser un zoom qui lui montra une punaise grimpant sur un mur. La sensation fut déstabilisante, et il se redressa d'un coup. La tête lui tourna.
« Oh doucement gamin. Tu ferais mieux d'y aller en douceur. » entendit-il en son for intérieur.
Guren se figea. La voix qu'il venait d'entendre était féminine.
« Qui … qui est là ? » questionna-t-il.
« Qui veux-tu que ce soit ? T'as déjà oublié ce que tu as fait y'a un mois ? La plongée dans une grotte et un certain contrat ? »
« ?! Démétriel ? »
« Elle-même. Tu peux m'appeler Démi au passage. Et parle-moi en pensées, ça t'évitera de passer pour un fou. »
Guren se rallongea, une main sur le front.
« Attends, t'as bien dit y'a un mois ? » reprit-il.
« Exact. C'est le temps qu'il faut pour se remettre après absorption de mon sang. Alors vas-y doucement. »
Guren se remit en position assise. Il se sentait étrange. Bien, mais étrange. Comme si … l'environnement autour de lui était différent. Pourtant, il reconnaissait sa chambre. Alors pourquoi lui apparaissait-elle presque étrangère ? Il interrogea son locataire.
« C'est dû à tes sens. Ils sont beaucoup plus aiguisés qu'auparavant. Ainsi, tu perçois plus de nuances de couleur, l'humidité de l'air, les bruits d'ordinaires inaudibles etc. Il te faudra quelques jours pour t'y habituer. » expliqua Démétriel.
La porte de la chambre de Guren s'ouvrit soudain, dévoilant Sayuri.
« Ah ! Il est réveillé ! Miyuki-sama votre frère a repris conscience ! » clama-t-elle dans le couloir.
Guren entendit une cavalcade. Mais sa sœur ne parut qu'un instant plus tard. Le jeune entendit alors les battements du cœur de Miyuki. Étonnant. La jeune fille vint s'asseoir auprès de lui.
« Alors comment tu te sens ? » interrogea-t-elle.
« Très bien, mais aussi très différent. » avoua Guren.
Il tourna la tête en entendant quelqu'un d'autre arriver. C'était Shigure. Miyuki remarqua aussitôt le changement.
« Tu l'as entendue venir ? » questionna-t-elle
Shigure se déplaçait assez silencieusement, et Guren n'aurait dû la percevoir qu'en même temps que tous les autres.
« Oui. D'après Démétriel avec qui je peux communiquer, mes sens se sont développés. Je t'ai entendu courir, et j'entends même vos cœurs battre. »
Chacune haussa les sourcils un instant. Guren se leva. Il sortit de la chambre. Une foule de bruits assaillit alors ses oreilles. Des gens qui s'entraînaient au combat, des bruits de pages tournées, des conversations … c'était vraiment perturbant.
« Tout ira bien ne t'en fais pas. Dans peu de temps, tu apprendras à utiliser tes nouveaux sens sur commande. Pour le moment, tâche de te détendre. Si tu paniques cela va empirer. » conseilla la Contradiction.
Guren prit plusieurs inspirations. La maîtrise de soi était partie prenante de son entraînement, aussi parvint-il à se calmer. Les bruits refoulèrent. Miyuki le suivait et posa une main sur son épaule.
« Tout va bien ? » demanda-t-elle à nouveau.
« Il faut que je m'habitue. Il va me falloir quelques jours. » répondit Guren.
Le jeune alla voir son père. Il voulait l'informer lui-même de ce qu'il ressentait. Sakae l'attendait dans la salle du conseil. Il fut soulagé de revoir son fils debout. Guren observa les rayons de soleil qui filtraient. Il put y voir de minuscules grains de poussière y danser. En regardant le coussin devant lui, il découvrit les fils entremêlés comme grossis à la loupe.
« Ta sœur m'a déjà raconté que tu avais trouvé votre fameuse créature. Tu as donc acquis une nouvelle puissance. » commença le paternel.
« En effet. Je commence petit à petit à la ressentir, comme une marée montante. En attendant, j'expérimente des sens exacerbés. » informa Guren en prenant place.
Sakae le dévisagea un instant.
« Ta sœur et tes serviteurs disent que leur force a augmenté également. J'ai vu quelques essais de Miyuki et j'avoue que c'est impressionnant. Je ne suis pas sûr qu'aucune de nos prêtresses n'aie eu un jour tant de puissance. Que doit-il en être de toi. »
« Nous verrons bien. Je n'ai hélas que peu de temps avant mon entrée à Shibuya, deux semaines à tout casser. »
Sakae plissa les yeux.
« Tu devras faire profil bas là-bas mon fils. Sinon, il y aura des représailles sur nous tous. » conseilla Sakae.
« Qu'ils essaient un peu pour voir. » intervint Démétriel.
« Ne vous en faites pas père. Je nous protègerais efficacement. Le temps de la délivrance approche. Je ne ferais pas, ni plus profil bas. Et si les Hiiragi ne sont pas contents … alors ce sera la guerre. » répondit Guren avec un sourire carnassier.
Sakae arrondit les yeux avec crainte. Guren ne lui laissa pas le temps d'en rajouter. Il voulait découvrir ce qu'il était désormais capable d'accomplir. Il se sentait de plus en plus en forme. Il retrouva donc Miyuki et ses servantes hors de la salle. Il leur annonça qu'il sortait expérimenter un peu ses nouveaux dons.
« J'ai déjà testé les miens. Mes flèches de prêtresse dépassent celles de mon mentor, et je ne parle pas de la rapidité de mes réflexes. Pareil pour Sayuri et Shigure : même un serpent est lent à côté d'elles. » informa Miyuki.
« Parfait. Nous aurons besoin de toute cette force pour notre ordre. Les Hiiragi ne se doutent pas de ce qui va leur tomber dessus. »
Une fois dehors, Miyuki lui rappela leur marché : si Guren possédait la Contradiction, elle l'accompagnerait à Shibuya. Elle avait déjà demandé à Démétriel de lui faire une petite place. Guren soupira. Bon, si elle était plus forte pourquoi pas. Place aux essais maintenant. Guren décida de commencer par son sabre. Il le tira donc de son fourreau … pour constater que la lame était désormais en verre.
« Euh … » dit-il sans savoir que faire.
Miyuki se pencha.
« En effet, nos ennemis ne savent pas qu'ils vont affronter une lame en verre. J'en tremble pour eux. » dit-elle.
Guren passa un doigt sur le fil de la lame, découvrant qu'elle n'était même pas aiguisée.
« Démi ? Une petite explication s'il te plaît ? » lança Guren.
« Déjà, apprends à me parler dans tes pensées. Ensuite, oui ton arme n'est plus la même, mais crois-moi elle est beaucoup plus puissante. Un conseil : vise le ciel si tu ne veux pas raser la forêt que je vois à travers tes yeux. » fit l'hybride.
« Bon mais comment je m'en sers ? » reprit Guren mentalement.
« Il suffit de le vouloir, et d'avoir envie de se battre. »
Guren prit une inspiration, s'imaginant en séance de combat. Aussitôt, des flammes embrasèrent la lame en verre. Elles brillaient d'un tel éclat qu'elles faisaient mal au yeux pour qui les regardait trop longtemps. Suivant les conseils de l'hybride, Guren la leva au ciel dans un geste vif. De puissants éclairs surgirent montant haut dans les airs et sur les côtés. L'air autour devint oppressant, comme s'il se resserrait autour des personnes. Seul Guren ne parut pas affecté. Il décrivit ensuite un arc de cercle. Une ligne recourbée fila vers les cieux jusqu'à disparaître.
« Impressionnant. » commenta Guren.
« Et encore, attends de t'en servir pour de bon. » lança Démétriel.
« Je retire ce que j'ai dit. Ça va vraiment barder pour leur matricule. » dit Miyuki, raide.
Guren entendit venir à eux, et aperçut au loin ses aides ainsi que son père. D'autres gens des Mikado no Tsuki étaient sortis, et le jeune les entendait s'alarmer sur ce qui venait de se passer.
« Guren, Miyuki ! Vous n'avez rien ? » demanda Sakae.
« Tout va très bien père. Guren refait juste la déco du domaine. » informa Miyuki en désignant son frère du pouce.
« Quoi ? C'était toi ces éclairs ? » s'étonna Sakae.
« Tout juste. » fit l'adolescent en rengainant.
Le patriarche eut l'air d'en perdre ses bras. Il se pourrait bien en définitive, que son fils puisse parvenir à ses fins. Plus ou moins rassuré, le chef de la famille retourna rassurer ses disciples.
« Et maintenant ? » questionna Miyuki.
Guren haussa les épaules. La Contradiction lui proposa alors de tester le vol. Guren approuva, et sentit soudain quelque chose éclater dans son dos.
« Tu peux voler ? » s'exclama Miyuki en découvrant la majestueuse paire d'ailes qui venait de pousser.
Tournant la tête, Guren vit des plumes d'un blanc immaculé d'un côté, de la peau noire de l'autre.
« Oh steuplait emmènes-moi ! » supplia sa sœur.
« Attends, faut déjà que j'apprenne à m'en servir. Ensuite, oui. »
Guren voulut connaître l'envergure de ses ailes. Il les déploya mais trop rapidement, et celle en plumes percuta Miyuki qui tomba à la renverse. Guren s'excusa et se précipita pour l'aider à se relever.
« Je confirme : tu dois apprendre à les maîtriser. » dit-elle.
À présent, le brun commença à les ouvrir et les fermer, puis à effectuer des battements. D'abord tout doucement pour s'habituer au mouvement, puis plus vite. Ces ailes étaient puissantes, et l'adolescent décolla d'un bond. Surpris, il ne pensa pas à continuer de battre des ailes et retomba à plat ventre un peu plus loin.
« Aouch ! »
« Guren ! » appela Miyuki.
« A va. » répondit le concerné en se redressant.
Il se secoua la tête puis se remit sur pied. Bon, deuxième essai. Guren fléchit les genoux, et donna une impulsion à ses ailes mais moins forte. Hélas, il avait oublié un détail crucial : vérifier que l'espace au-dessus de soi était dégagé. Ainsi, il percuta une branche qui manqua de l'assommer. Retour au plancher des vaches dans une émouvante étreinte.
« Marrant ça, aucun de mes hôtes n'est parvenu à s'envoler du premier coup. » constata Démétriel.
« C'est parce qu'on n'est pas fait avec des ailes contrairement à toi. » répliqua Guren en se remettant debout.
« Il m'a fallu attendre mes quinze ans avant de m'en servir je te rappelle. Et je ne me suis jamais cognée. »
Guren s'éloigna de l'arbre. Pas d'obstacle au-dessus de sa tête, il avait trouvé la bonne impulsion pour ne pas perdre le contrôle, il pouvait repartir. Seulement, la trajectoire ce n'était pas encore ça. Pensant s'envoler plus facilement, Guren sauta. Mauvaise idée, car le saut qui le fit se pencher combiné au battement fléchi sa trajectoire, et le jeune alla droit dans le feuillage d'un arbre dans lequel il s'empêtra.
« Tu le fais exprès ou quoi ? Rétracte tes ailes gamin ! »
Guren dévala quelques branches après, se retenant par les genoux à l'une d'elles. Finalement, il se remit dans le bon sens et descendit. En tout cas, il n'aurait pas cru que voler soit si compliqué. Déterminé à apprendre, l'adolescent se plaça dans une clairière. Les ailes ressortirent, d'une belle envergure d'environ sept mètres. Guren ferma les yeux, concentré. Puis une fois prêt il décolla. Il monta à six mètres, et tenta de se stabiliser. Démétriel l'encouragea, et Guren parvint à se mettre à l'horizontale. Ceci fait, il commença à avancer. En bas, Miyuki le suivait. Son frère prit un peu plus d'altitude.
« Regarde où tu vas ! » s'exclama l'hybride.
« Waaaah ! »
Le temple ! Vite il redressa, mais pas assez. L'aile en peau heurta un petit toit du temple et il se retrouva à faire un tonneau. Revenu à la verticale, Guren courut sur le toit emporté par son élan. Battant des ailes, il s'envola à nouveau. Cependant, il lui fallut ensuite éviter les arbres. Il opéra ainsi un petit tour au-dessus de sa maison, apprenant à planer. Parfois un courant d'air le soulevait plus haut.
« C'est un courant ascendant. C'est utile pour prendre de l'altitude rapidement. Tu apprendras à les sentir au fur et à mesure. En attendant tu débrouilles mieux. Comment te sens-tu ? » expliqua la Contradiction.
« C'est incroyable ! Je vole, je vole vraiment ! » s'extasia Guren.
Au bout d'une heure de vol, il s'enhardit et décrivit un looping, quelques piqués. Se sentant suffisamment maître de ses ailes, il revint vers sa sœur. L'atterrissage fut un peu compliqué, et il se retrouva à courir et manqua de trébucher. Guren approcha alors de Miyuki et l'invita à un baptême de l'air.
« Bon, je crois que tu contrôles ton vol, ça devrait aller. » dit-elle après réflexion.
Il passa derrière sa sœur et mit ses bras autour de sa taille. Les grandes ailes s'agitèrent, et ils décollèrent d'un coup. Très vite, ils surplombèrent le domaine. Guren battit des ailes et ils avancèrent.
« WOUHOU ! » s'écria Miyuki.
Ils sortirent rapidement d'Aichi, suivant une rivière. Puis ce fut la ville. Guren prit encore de l'altitude. Miyuki ferma les yeux en sentant le vent et une sensation de liberté. Guren aussi appréciait de voler. Il décrivit un grand cercle, fermant les yeux lui aussi. Les jumeaux volèrent un moment, profitant de cette expérience incroyable.
« J'arrive pas à croire qu'on vole. » commenta Miyuki.
« Moi, je n'arrive pas à croire que j'ai fusionné avec une créature mythique. En tout cas c'est grâce à toi. J'ai enfin toute la force dont je rêvais. » dit son frère.
« Alors … tu vas pouvoir réclamer Mahiru ? »
« J'y compte bien. Je sais que cela fait dix ans qu'on ne s'est pas vus. Peut-être est-elle passée à autre chose. Je verrais bien. Une chose est sûre : je tenterais le coup. Je n'étais pas sûr jusqu'à récemment, mais là … je sens que je peux. »
Miyuki sourit. Elle était heureuse d'avoir réussi. Des batailles se profilaient mais elle était confiante. En attendant, Guren fit demi-tour. Quelques instants plus tard ils se posaient dans la cour du domaine. L'ado sentit les ailes rentrer dans son dos.
« Au fait, est-ce que ça fait mal ? » demanda sa sœur.
« Non, mais c'est curieux comme sensation. On dirait qu'une bulle éclate. »
« Ew. »
La jeune fille demanda ensuite à quoi servaient les deux autres paires. Démétriel répondit par l'intermédiaire de son hôte que la seconde pouvait s'utiliser comme des pinces ou des pics. La troisième servait pour la magie.
« Attends, ça veut dire qu'à chaque fois elles vont me pousser hors de la tête ? » interrogea Guren.
« Je n'avais pas terminé. Seulement pour les sorts les plus dévastateurs. Ou pour modifier des souvenirs. »
« Bon alors ça va. »
Démétriel l'informa qu'elle prendrait les commandes de temps à autre, ayant plus d'expérience que lui dans le maniement de sa force. L'essai suivant se porta sur une arme qu'il pouvait utiliser aussi couramment que son épée, peut-être même avant : des chaînes comme celles qui l'avaient entraîné au fond de l'eau lors de leur rencontre. Elle lui expliqua la marche à suivre : visualiser les chaînes dans son esprit, puis une cible. Les chaînes dorées jaillirent droit devant lui, un total de six. Dorées avec une vapeur qui s'en échappaient, leur longueur était variable. Par contre la cible …
« Oh mon temple espèce de baka ! » s'exclama Miyuki.
Les chaînes venaient en effet de s'enfoncer dans le mur, et deux autres autour d'une colonne de pierre.
« Zut comment on les enlève ? »
Mais celles autour de la colonne se resserrèrent, finissant par la rompre. Lorsque Guren parvint à ramener les quatre autres, ce fut avec des morceaux de murs ronds en prime.
« Ah c'est malin ! Regarde-moi ce travail ! » fit sa jumelle.
Guren ôta les chaînes à la main. Leur extrémité comprenait une lame triangulaire. La Contradiction lui apprit qu'elles pouvaient disparaître à volonté. Ce que le jeune constata quand elles partirent en fumée.
« Et comment on va expliquer les dégâts ? » questionna Miyuki.
Démétriel leur demanda de ramener les morceaux ronds à leur place. Mais les pierres étaient trop lourdes pour eux. Guren usa alors à nouveau des chaînes d'or, et put toutes les soulever à la fois. Il se rapprocha du temple avec précaution.
« Remets-les dans leur trou. » fit Démétriel.
BOUM !
« Doucement. Prend ton temps. Vois-les comme des mains supplémentaires. »
Guren tâcha d'éviter de cogner le reste du mur intact. Lorsque les morceaux furent à leur place, une lumière dorée s'en échappa, soudant la pierre au mur et effaçant la moindre race.
« Oooh ? Mais voilà qui est pratique ! » sourit Guren.
Il s'avança ensuite jusqu'à la colonne en miettes, sur laquelle son locataire demanda de poser une main. Auréolée de lumière la colonne se reconstitua.
« Génial ! » fit Miyuki.
« Hé, je ne fais pas que détruire. » dit Démi.
Juste à temps, car alertée par le raffut la prêtresse en chef arriva. Elle trouva Guren la main sur la colonne.
« Qu'êtes-vous encore en train de faire chenapans ? » demanda-t-elle.
« On … nous … » commença Miyuki.
« Nous discutions de choses et d'autres. Rien d'alarmant. » répondit Guren.
L'adulte ne parut pas convaincue. Mais ne voyant rien de dégradé il lui fallut bien les croire. Elle s'en retourna à l'intérieur. Miyuki poussa un soupir de soulagement. Si elle était venue voir au moment où son frère cassait tout, ils auraient été beaux.
« Sincèrement je me demande comment tu peux supporter cette vieille carne. » lança Guren.
« Question d'habitude. Bon, je crois que t'en as assez fait pour aujourd'hui. » répondit sa sœur.
Guren la suivit jusqu'à leur maison. Il se demandait encore ce qu'il était capable de faire d'autre. Pour le moment, il avait découvert quelques tours pratiques, mais qu'en était-il de ses capacités au combat ? Bon, au moins il savait qu'il possédait une arme de choix, sans parler de ses ailes et des chaînes. Du reste, s'il tentait quoi que ce soit ici, les dégâts seraient sans doute lourds. Donc il ne pourrait certainement tester sa force que plus tard. Comme … à l'école par exemple. À ce sujet, il lui fallait continuer de rassembler ses affaires pour la rentrée.
Au fil des jours, Guren apprit à maîtriser ses sens. Il pouvait désormais les augmenter lorsqu'il le désirait ce qui lui apporta un certain calme. Car tout entendre de jour comme de nuit, avoir la vue qui zoomait sans prévenir ou être envahi d'odeurs constamment finissait par lui taper sérieusement sur les nerfs. Il en était devenu agressif et renfermé. Car mine de rien, son entraînement ne lui avait pas permis de supporter un changement à ce niveau-là. Parallèlement à cela, Démétriel possédait des connaissances inédites qu'elle lui distilla au fur et à mesure, pour éviter une surchauffe cérébrale. Guren en testait quelques-unes ensuite en extérieur.
Miyuki et les deux aides avaient elles aussi testé leur niveau. Guren leur apprenait ce qu'il savait, enrichissant leur savoir. Constatant le changement, la secte des Mikado no Tsuki bruissait de rumeurs. Certains pensaient que les jeunes maîtres menaient une expérience humaine, d'autres que Guren avait pactisé avec une entité quelconque. Si bien que les concernés songèrent à s'expliquer devant tout le monde. Sakae fut d'accord, ces rumeurs pouvaient leur nuire. Bon nombre des disciples présents au domaine se rendirent dans la salle du conseil. Guren et sa sœur parurent sur l'estrade.
« Chers disciples ! Nous avons entendu votre interrogation, et sommes là pour y répondre. Il y a effectivement du changement. » commença Miyuki.
« Grâce à des recherches menées par ma sœur, j'ai pu mettre la main sur une source de pouvoir incomparable, que j'ai commencé à tester ces jours-ci. » annonça Guren.
Il sortit alors son épée, qui s'enflamma, répandant une grande clarté dans la salle. Des oooh d'émerveillements se firent entendre. La puissance de l'adolescent rayonnait dans la salle.
« Avec ceci, mes amis, nous allons montrer à une certaine famille ce qu'il en coûte de nous traiter comme de la raclure d'égout. » reprit Guren.
« Nous entrons bientôt à Shibuya, et nous allons leur faire comprendre que nous les attendons de pied ferme. Mais soyez assurés que nous vous protègerons. À la moindre tentative de leur part d'envahir notre domaine, au premier doigt de pied posé sur notre sol … » continua Miyuki.
Un silence plana.
« Ce sera la guerre. » annoncèrent les jumeaux.
Chacun put mesurer la force qui émanait du futur chef de la famille Ichinose. Oui, avec cela ce devait être possible. Il y parviendrait, il les libérerait. Un premier vivat retentit, suivi par un autre et finalement de tous. Guren rengaina. Les jumeaux laissèrent la joie de leurs disciples se poursuivre un instant, puis se retirèrent. Sayuri et Shigure les rejoignirent.
« Vous pensiez réellement ce que vous disiez, à propos d'une guerre ? » interrogea Sayuri.
« Et comment ! » répondit Miyuki.
« Mais … mais … »
« Ne t'en fais pas Sayuri. Nous sommes plus forts à présent, surtout Guren-sama. Et nous le ferons comprendre aux Hiiragi. De toute manière, notre liberté passera forcément par un affrontement. » répondit Shigure.
« Et pour les autres familles ? » reprit Sayuri.
« J'anéantirais tous ceux qui se mêleront de nous vouloir nous asservir. » lança Guren, implacable.
Le temps de la soumission était bel et bien terminé.
Les jours suivants furent plus paisibles. Guren avait décidé de patienter, et préférait augmenter ses connaissances en lisant des livres de sortilèges rares. Miyuki rassembla des livres recensant le savoir des prêtresses de sa famille. Puis elle prit un livre vierge et entreprit de noter les sorts que son frère lui avait appris. Et enfin … arriva la veille de la rentrée. Cette fois encore, les jumeaux partagèrent leur chambre.
« Tu es prêt ? » demanda Miyuki.
« Oh oui. Avant ma rencontre avec la Contradiction je dois avouer que je redoutais un peu cette rentrée. À présent, je suis plutôt impatient. » répondit Guren.
« Comment comptes-tu procéder au juste ? Tu ne vas pas tout raser dès le premier jour si ? »
« Très honnêtement, je pourrais si je le voulais. Mais … je veux qu'ils prennent la mesure de qui les attends. Qu'ils en tremblent et qu'ils n'en dorment plus. »
Miyuki afficha un sourire. Ce serait donc progressif. Pourquoi pas. Comme ça, même les neuf autres familles sauraient de quoi il retourne.
« En tout cas, je ne te remercierais jamais assez. Rien n'aurait été possible sans toi. » reprit Guren en la regardant.
« Pas de souci frangin. Je ne supportais pas l'idée que tu ailles te faire maltraiter pendant trois ans, et que tu ne sois la tête que la famille que pour être un esclave. » fit doucement sa jumelle.
« Mais malgré cela, veille à me suivre comme mon ombre à l'école que je puisse te protéger correctement, d'accord ? »
« Pas de souci. Nous serons dans la même classe de toute façon. »
Guren pensa à ses deux aides. Elles devront se débrouiller seules … heureusement qu'elles avaient augmenté leur niveau. Cependant, la probabilité qu'il y ait plus fort qu'elles là-bas existait.
« Démi ? »
« Hm ? »
« Est-ce que je suis capable de protéger quelqu'un à distance ? » interrogea Guren.
« Tu peux, mais cela va te demander de te déconnecter. Autrement dit, tu seras vulnérable. Donc ne fais pas ça n'importe comment. » répondit-elle.
« Je ne peux donc pas être à deux endroits à la fois. » en déduisit Guren.
« Toi non, moi oui. C'est dû au fait que ton corps est toujours celui d'un mortel. Je le préserve ainsi, autrement tu disparaîtrais. Ah un dernier détail : attention à la façon dont tu te sers de tes pouvoirs. Si tu en utilise trop d'un coup tu seras vite épuisé. » avertit Démétriel.
Guren acquiesça
