Lorsque Rumplestiltskin avait contracté la Malédiction, il croyait qu'il n'y avait qu'un seul moyen d'y échapper. Celui que Zoso lui avait révélé. Et ce moyen n'était pas des plus attrayants. Mais, depuis, pas mal de choses étaient venues contredire ses croyances les plus profondes. Alors, quand il en avait eu l'occasion, il avait cherché une échappatoire pour que Belle puisse redevenir la seule à décider de son destin.

Il avait prévu de consacrer son temps à investiguer et comptait bien explorer la moindre piste qui lui permettrait de trouver le moyen d'y parvenir. Retranché dans la remise, il avait surtout planché sur une solution à long terme. Écartant d'entrée de jeu l'hypothèse du baiser d'amour véritable.

Il n'aurait jamais cru possible que la Ténébreuse lui accorde assez de confiance pour lui révéler le secret de l'emplacement de la dague diabolique. Mais sa princesse avait su combattre le Mal et prendre le pas sur Lacey. Au plus grand désespoir de cette dernière.

Le fait que Belle lui permette de se charger de récupérer l'objet sacré qui constituait la plus grande menace pour elle-même, le touchait au-delà des mots. Il ne connaissait que trop bien l'épouvante des conséquences potentielles d'une telle action.

Il aurait pu abuser de ce privilège et l'utiliser à son seul avantage. La contraignant à faire ses quatre volontés.

Un frisson lui parcourut l'échine aux souvenirs de la manière dont Zelena avait tiré profit de sa plus grande faiblesse. Dans un effort pour chasser ces moments de tortures abominables de son esprit, il replongea le nez dans le texte ancien qu'il avait sous les yeux.

L'écriture était dans une langue morte d'un coin de l'Orient du Monde des Contes. Belle - grâce, notamment, à la magie d'internet - avait décodé l'alphabet utilisé et réussi à en déchiffrer quelques extraits, ce qui leur donnait une idée approximative du sens du parchemin vieux de plusieurs millénaires.

Avec sa femme comme équipière, la tâche était bien plus plaisante. Ainsi que le fait de ne plus se retrouver au froid mordant du hangar reconverti en pièce de vie, mais de faire leurs recherches depuis le petit bureau, pelotonnés l'un contre l'autre sur le sofa, face à la cheminée, où crépitaient joyeusement les bûches de bois que Dove avait entassées sur la terrasse, protégées de la neige qui s'était remise à tomber à gros flocons par une bâche.

Depuis trois jours, maintenant, les époux épluchaient tous les tomes en leur possession à la cabane, afin de trouver une parade pour délivrer Belle des bracelets de cuir qui l'isolaient de la magie.

C'était la seule possibilité pour que leur baiser d'amour véritable puisse fonctionner et la libérer de la Malédiction.

Les Ténèbres, dont les forces étaient augmentées par la proximité de la dague ne cessaient de répandre leur poison dans le sang et la tête de la jeune femme.

Jusque-là, elle résistait farouchement, avec l'aide de son mari.

Leur rapprochement physique et émotionnel lui permettait de tenir bon.

À chaque fois qu'elle sentait qu'elle perdait pied, le simple fait de lui prendre de la main ou de l'embrasser la ramenait vers la princesse qu'elle était.

Sans omettre que les nuits passées à ses côtés - en tout bien, tout honneur, ils se l'étaient promis et n'avaient aucune intention de déroger à la règle qu'ils avaient décidé de s'imposer – lui permettaient de s'ancrer à lui lorsque la tentation devenait plus forte.

Quand les ombres de la Noirceur s'étendaient comme des tentacules autour de son c?ur. La voix de Lacey grondant comme le tonnerre, tentant par tous les moyens de forger le doute en elle et de remettre en cause les motifs de son mari.

Après tous ces affreux moments de questionnement sur les raisons qui pouvaient pousser un homme aussi merveilleux que lui à s'encombrer d'une personne aussi repoussante que ce qu'elle était devenue, elle imaginait sans encombre combien il avait été facile pour le Malin de convaincre Rumple qu'il n'était rien sans magie et que personne – personne – ne pourrait jamais l'aimer pour lui-même.

Si elle n'avait pas grandie en tant que Princesse, choyée et entourée de l'affection de ses parents, considérée avec déférence – au moins en apparence - par tous les intendants et les nobles bourgeois qui passaient les portes du château d'Avonlea, elle n'aurait pas tenu longtemps. Heureusement pour elle, il était bien plus compliqué de lui faire douter de sa valeur qu'à un pauvre bouseux qui n'avait jamais eu droit à un minimum de respect, ni de dignité, de toute sa vie.

- Merci de m'épauler, dit-elle en posant une de ses mains sur celle de l'homme en question.

Les engelures de ses orteils et de ses doigts se résorbaient bien. Archie et Victor étaient repassés pour une visite de routine l'avant-veille et tout semblait s'orienter dans le bon sens de la guérison. Les pansements n'étaient plus de rigueur et l'aloé vera faisait des merveilles et atténuait les démangeaisons de la peau qui cicatrisait.

- Quand je pense que tu as traversé ça seul... Sans toi... Si tu n'étais pas là..., ajouta-t-elle en fixant leurs phalanges superposées.

- Mais, je suis là. Je suis là et j'ai bien l'intention de rester. Je n'irai nulle part, promit-il.

- Je sais, dit-elle émue par sa dévotion.

Deux coups frappés à la porte d'entrée attira leur attention depuis la pièce du fond et Rumple se leva pour aller accueillir leur visiteur, tandis que Belle faisait rapidement disparaître les preuves de leur délit de la table basse.

On était samedi, ce qui impliquait la livraison des vivres et autres denrées non alimentaires par Robin ou un de ses joyeux compagnons. Fidèle à leur rituel, la jeune femme avait nettoyé les pièces le matin même, refusant qu'il ne lève le petit doigt, prétextant qu'il était toujours convalescent.

Quand le panneau de bois tourna sur ses gonds, Rumplestiltskin fut tellement surpris qu'il marqua un temps d'arrêt.

- Henry ! s'exclama gaiement son épouse qui arrivait du bureau, l'innocence même peinte sur ses traits argentés dans la lumière du soleil qui se reflétait sur la neige depuis le pas de la porte.

Le gamin s'immobilisa un instant à son tour, ébahi à la vue de la Ténébreuse.

Non pas qu'il n'ait pas été au courant mais, dans la confusion générale, il n'avait pas vraiment eu le temps de voir correctement ce que Belle était devenue sous la Malédiction. Et lorsqu'elle avait écumé les rues de Storybrooke, il n'avait jamais eu l'occasion de croiser son chemin.

L'enthousiasme de cette dernière retomba immédiatement devant l'attitude circonspecte de l'adolescent.

Vivre en vase clos avec Rumple avait tendance à lui faire oublier les changements physiques opérés par le sortilège. Il ne la regardait pas différemment et elle était bien plus dérangée par les aspects internes que par sa peau bleue irisée. Même s'il lui tardait de ne plus ressembler à la Schtroumpfette !

- Je... heu, livraison ! clama le gamin, reportant son regard sur son grand-père en levant le cageot contenant des fruits et légumes frais qu'il avait transporté depuis le pick-up de Robin.

Ce dernier arrivait avec deux sachets renfermant des produits de droguerie.

- Gold, salua-t-il en se positionnant derrière son beau-fils.

L'antiquaire sortit de sa torpeur pour adresser un signe de tête au voleur au grand c?ur, toujours perturbé par le fait de voir son petit-fils sur le pas de la porte de son chalet.

Regina et Emma avaient parlé d'un soi-disant désir du gamin de nouer des liens avec lui, mais il était loin d'être convaincu de la véracité de leurs propos. Encore moins des motifs poussant le jeune homme à venir fouiner dans le coin, alors que Belle et lui avaient intensifié leurs dissections des volumes traitants de la magie blanche que Dove leur avait fait parvenir avec la semi-complicité d'Ariel.

L'ancien Sorcier croisa les doigts pour qu'elle n'ait pas été moucharder les titres que le géant taiseux avait empruntés à la bibliothèque dernièrement. Cela pourrait être une des raisons de la présence d'Henry au cabanon.

Il avait craint un débarquement de toute la clique des Héros qui ne s'était pas produit, quand son employé était revenu les bras chargés de livres. Certains provenant de sa cachette secrète dans la cave de la maison victorienne - qui avait été presque entièrement pillée par les dit-Héros – d'autres, d'une sélection ésotérique privée, constituée par Belle ces dernières années et entreposée dans la pièce qui servait de réserve au bâtiment publique sous l'horloge de la ville.

Maquiller un livre par un autre en intervertissant leurs couvertures était un jeu d'enfant, mais passer outre la vigilance de la nouvelle bibliothécaire était chose moins aisée.

Néanmoins, si elle s'était rendue compte de la supercherie, Ariel n'en n'avait pas montrer le moindre signe.

Par contre, il était possible qu'elle se soit simplement garder de le faire remarquer pour ensuite courir alerter les autorités de Storybrooke.