Une autre personne découvre la force des jumeaux. L'avenir s'annonce sombre pour les Hiiragi.

Bonne lecture ^^


Les élèves avaient bénéficié d'un congé dû à l'attaque de leur école. Aujourd'hui, Shibuya rouvrait ses portes. Le quatuor Ichinose fit son entrée. Sur leur passage, des murmures mais cette fois ils n'étaient pas moqueurs. Tous les avaient vu vaincre leur adversaire, presque à plate couture. Personne, que soit élèves ou professeurs, ne s'y était attendu. Et présentement, aucun ne savait comment réagir. Toujours est-il que le quatuor marchait d'un bon pas, tête haute et droite, ignorant tout sur leur passage. Non par condescendance mais tout simplement par manque d'intérêt. Un peu plus loin, un groupe d'élèves se crut intelligent et osa aller leur chercher des poux.

« Hé les minables Ichinose ! Venez vous battre si vous l'osez, on va vous remettre à votre place ! » fit l'un d'eux.

Shigure et Sayuri s'arrêtèrent, prêtes à passer à l'attaque sur un mot de leurs maîtres. Miyuki sortit un talisman jaune et le lança. Une puissante tornade en sortit et se rua vers le groupe. Ces derniers invoquèrent un bouclier. Mais ils remarquèrent incrédules, que le vent les faisait reculer. Soudain la terre céda sous leur pas. Déséquilibrés, les élèves ne purent maintenir leur barrière protectrice et furent emportés plusieurs mètres en arrière. Miyuki récupéra ses deux talismans, puis elle reprit son chemin dans le silence qui commençait à caractériser le groupe.

« Déjà sur scène de bon matin ? » salua Shinya, appuyé contre un mur.

« Ceux-là ont démontré qu'il n'y a pas de repos pour les idiots. » répondit Miyuki, tandis que les élèves derrière se relevaient avec peine.

« Hahaha c'est bien vrai. »

Shinya se décolla du mur et vint vers eux.

« Je voulais vous voir, au sujet de ce qui s'est passé avant nos vacances forcées. » annonça-t-il.

« Hmm ? Du nouveau ? » lança Guren.

« Les Hiiragi ont identifié l'ennemi, c'est bien cette secte dont vous avez parlé. Par contre, ils ont aussi compris qu'ils n'auraient jamais pu entrer sans l'aide d'un complice ici. Ils ignorent encore que c'est Mahiru, ce qui est logique. En revanche, vous tous avez été catalogués comme suspects n°1. » raconta Shinya.

Il avait appris que les jumeaux n'accordaient leur attention qu'à ceux qui savaient être clairs et concis.

« Sans blague. Suspecter les membres de la famille qu'ils considèrent comme des paillassons, et donc ceux qui ont le meilleur mobile. Quelle impressionnante déduction. » lança Guren avec un sourire sarcastique.

Une goutte d'eau descendit le long de la tête de Shinya. L'expression de Guren en disant cela était sinistre. Et puis, les actions des jumeaux ne plaidaient vraiment pas en leur faveur.

« Les pouvoirs de Shigure et Sayuri ont été dévoilés, et une partie des nôtres. J'imagine que moi et Guren seront interrogés. » devina Miyuki.

« Oui, à ce sujet … » commença Shinya.

Soudain, Guren fit volte-face, tête levée. Il aperçut un homme, enfin étudiant au vu de son uniforme, qui le regardait depuis une fenêtre à l'étage. Miyuki suivit son regard.

« Qui c'est celui-là ? » demanda Guren.

« Aaaah … j'espérais que tu ne le regarderais pas directement. Mais c'est le président du Conseil des étudiants, Kureto Hiiragi. Lui et Mahiru sont en compétition pour la première place au sein de la famille. » annonça Shinya, embarrassé.

« Oh. Voilà donc Le Père Fouettard de Shibuya. »

Un sourire moqueur étira les lèvres de Guren. Kureto en haut, afficha une colère froide. Le gamin osait non seulement le regarder droit dans les yeux, mais également le narguer. Il avait entendu de la bouche des enseignants et de Seishirou ce qu'il avait fait.

« Il doit être bien sûr de lui pour se rebeller si ouvertement. Donc, sa puissance doit être conséquente. » songea Kureto.

Exactement comme on le lui avait annoncé. Guren lui tourna soudain le dos, dans un geste ressemblant à du mépris. Kureto serra les dents. Il ferait sûrement moins le malin dans trois jours. Pourtant … un détail le mettait mal à l'aise. Quelque chose clochait avec ce gosse. La façon dont il marchait, dont il l'avait regardé … ce n'était pas là les manières d'un perdant. Mais bel et bien celles d'un vainqueur.

En classe, les jumeaux apprirent qu'en raison de l'attaque du mois dernier, ils devraient repasser la session d'examen, de même que leurs trois camarades. Shinya risqua un œil vers Guren. Ce dernier avait pris note de la convocation, sans plus. Le blond eut un sourire désabusé : on l'aurait convié à un buffet qu'il n'aurait pas réagi différemment. Qu'allait-il montrer cette fois ? Et qui serait son malheureux adversaire ? Shinya reporta son attention sur le cours.


Trois jours plus tard, Guren et Miyuki arrivèrent au gymnase où aurait lieu leur examen. Ils n'étaient à l'heure que grâce à la jeune fille, qui avait houspillé son jumeau. Guren poussa la porte du gymnase qui s'ouvrit en grand. À l'intérieur, Kureto les regarda s'avancer vers le fond. Il fronça les sourcils. Tous deux irradiaient de confiance en eux. Et … les autres élèves se tenaient à distance. Pas par dégoût, si on en jugeait par la crainte qui passa sur leur figure. Curieux songea-t-il. Il ordonna une série de duels. De temps à autre, Kureto observa les Ichinose. Ils prêtaient autant d'attention à ce qui se déroulait devant eux que s'ils regardaient un champ de navets.

Mito et Goshi furent les suivants à passer. Ce fut la rouquine qui l'emporta, après un match particulièrement intense. Ils terminèrent sur le sol, épuisés.

« Oh les Ichinose ! » lança soudain Kureto.

« Oui ? » répondirent deux voix.

« Répondez-moi honnêtement : avez-vous quelque chose à voir avec l'attaque des Hyakuya ? »

Ils le fixèrent d'un air absent.

« Non. »

« Vraiment ? Pourtant vous avez un motif, et votre comportement des dernières semaines n'est pas pour vous disculper. » reprit Kureto.

Ce à quoi ils répondirent par un sourire cynique.

« Nous n'y sommes pour rien. Parce qu'autant être honnête, vu que cela semble être de mise, si cela avait été nous … » reprit Miyuki.

« … vous seriez tous morts à la seconde où nous avons posé le pied dans cette école, le jour de la rentrée. » ajouta Guren.

« Et l'école ne serait plus qu'un tas de poussière. » conclut Miyuki.

Kureto entrouvrit la bouche. Il avait pensé qu'ils nieraient, qu'ils se justifieraient par des excuses diverses et variées, mais pas qu'ils répondraient qu'eux auraient fait pire. Avec aplomb par-dessus le marché.

« Voyez-vous ça. Vous avez la langue bien pendue à ce que je vois, pour des Ichinose. » dit-il avec froideur.

« Nous statuons simplement un fait. » fit Miyuki, sereine.

« Et donc, vous prétendez que l'église Hyakuya ne vous a pas contacté. » poursuivit Kureto.

« Non. Nous affirmons pour commencer, et ensuite ce sont eux qui sont venus à nous. Enfin vers mon frère plutôt. » informa Miyuki.

Les yeux de Kureto brillèrent. Il regarda Guren, qui se tenait assis en tailleur la joue sur une main.

« J'ai envoyé leur messager sur les roses. Je n'ai nul besoin d'eux. » dit Guren.

« Qu'as-tu en tête ? » demanda Kureto.

Un rictus peu rassurant lui fut renvoyé comme réponse.

« Très bien. Passons aux choses sérieuses. Miyuki Ichinose, approche. » conclut Kureto.

La jeune fille se leva, et avança d'un pas tranquille vers l'espace délimité pour le combat. Elle ne cilla pas davantage lorsque Kureto lui fit face. Guren non plus d'ailleurs. Visiblement, il pensait réellement que sa sœur s'en sortirait.

« Alors comme ça, tu es la jumelle de Guren, hm ? » fit Kureto.

Aucune réponse. Le troisième année la détailla. Elle était plutôt mignonne dans son genre. Soudain, Kureto dégaina son sabre et passa à l'attaque. Miyuki ne bougea pas d'un cil tandis qu'elle le regardait venir. Au dernier moment, elle exécuta un bond sur le côté pour éviter la lame qui s'abattait sur elle. Kureto chargea à nouveau. Miyuki esquiva ses attaques avec grâce et aisance. Aussi son adversaire augmenta-t-il sa vitesse. Tout à coup, son sabre heurta une barrière. Miyuki brandissait un arc entre eux, qu'elle tenait d'une main. La lame avait rencontré le bois, mais pourtant il n'avait pas une fissure.

« Un arc de prêtresse. Intéressant. » lança Kureto.

Miyuki poussa sur son arc avec les deux mains. Kureto glissa sur plusieurs mètres. La jeune fille en face lança alors une flèche qui explosa devant lui. Un écran de fumée se dressa entre eux. Mais il ne prévoyait pas de la laisser s'échapper. Il fonça vers la fumée. Soudain, Kureto perçut une attaque. Son sabre coupa une flèche, puis une autre. Il aperçut Miyuki un peu plus loin. Au sol, des kunais plantés dans le parquet. L'instant d'après, une violente décharge parcourut le corps de Kureto. Il faillit lâcher son sabre, mais tint bon. D'autant que Miyuki lui lança des talismans. Il les coupa avec son sabre.

« Elle est douée. Elle parvient à me maintenir à distance. De plus, elle ne bouge pratiquement pas grâce à cela. Je parie qu'elle attend tranquillement que je me fatigue. » analysa Kureto.

Lui aussi décida de lui envoyer des talismans. Miyuki fit tournoyer son arc et les dispersa, les rendant inutiles. Soudain, une lumière entoura son arme. Miyuki visa comme d'habitude. Sauf que ce ne fut pas une flèche qui partit. Une main énorme jaillit, à une vitesse telle que Kureto ne put l'éviter. Il plaça son sabre devant lui, tandis que la paume de cette main composée de lumière le poussait jusqu'au mur derrière lui. Le jeune homme résista avec tout la peine du monde. Il parvint néanmoins à s'arrêter et à contenir la main. Kureto vit Miyuki à travers la main qui agita son arc. Aussitôt, la main disparut avant qu'il ne heurte le mur.

« Une Main de Bouddha. Très puissante et très difficile à maîtriser. Mais pourquoi s'est-elle arrêtée ? Elle était sur le point de gagner. » pensa Kureto.

Miyuki rangea son arc et retourna auprès de son frère. Kureto fut ulcéré par ce comportement. Elle avait décidé seule que le match était terminé. Il serra la poignée de son sabre.

« Pourtant elle a raison. Si elle n'avait pas stoppé son attaque, elle m'aurait envoyé dans les choux. Dans le meilleur des cas. Dans ce cas ... elle m'a offert un aperçu de ses capacités mais n'a pas jugé utile de me vaincre en bonne et due force. Comme pour me dire : tu vois, je sais qui de nous deux est le plus fort, mais je t'épargne une humiliation. » pensa Kureto.

Les élèves de l'autre côté étaient scotchés. Miyuki Ichinose avait failli vaincre Kureto-sama. Nul ne comprenait pourquoi elle avait arrêté. Comme si elle s'était soudain lassée. En tout cas, le président du Conseil des étudiants hésitait maintenant à s'attaquer au frère. Car d'après les dires, c'était lui le plus fort. Kureto revint au centre de l'arène. Miyuki ne lui porta plus la moindre attention. Il fixa Guren, qui le regardait tranquillement.


« Shinya, viens ici. » appela Kureto.

« Moi ? » s'étonna le blond.

« Oui toi. Et toi aussi Ichinose Guren. » reprit Kureto.

Shinya déglutit, et regarda le brun. Ce dernier s'était levé et déjà arrivé dans l'arène.

« Aaaaah pourquoi moi ? » gémit le blond.

« Parce que c'est un ordre. Ou bien tu travailles avec eux ? » claqua Kureto.

« Non pas du tout. Ils me parlent à peine. Alors me soupçonner moi. » répondit Shinya.

« Alors ramène-toi en vitesse, morveux. »

Shinya s'avança, l'air pas très rassuré. Affronter Guren ne lui disait rien. En se mettant en face de lui, il remarqua que ce dernier fixait Kureto. Il glissa un œil vers son frère adoptif, qui lui demanda ce qu'il attendait.

« Désolé Guren. Ordre du grand frère. » dit-il.

Guren le regarda, pas plus ému que ça. Shinya prit une inspiration puis s'élança. Il brandit son poing vers le visage de Guren. Mais alors qu'il s'apprêtait à l'atteindre, son poignet fut intercepté. Guren ne baissa pas un cil.

« Hé. Je peux savoir pourquoi tu y vas en douceur ? » intervint Kureto.

Il serra fortement le poignet de Shinya, dont le visage afficha la douleur. Puis Kureto le frappa à la mâchoire. Le jeune chuta, pratiquement revenu à sa place. Kureto annonça que c'était là sa punition pour l'avoir défié. Miyuki se leva et alla vers son camarade. Kureto eut à peine le temps de noter cet intérêt qu'un sifflement retentit et qu'il se retrouva soudain prisonnier. Maintenu par des chaînes. Tournant la tête vers leur provenance, il découvrit Guren qui le regardait d'un air mauvais. Les chaînes soulevèrent Kureto et l'envoyèrent percuter le sol six mètres en arrière. Le souffle de Kureto se coupa sous l'impact.

« Shinya ça va ? » s'enquit Miyuki en lui relevant la tête.

« J'ai connu mieux c'est sûr. Ouille ! » gémit le jeune.

Miyuki plaça une main sur sa bouche. Cette dernière s'éclaira, et Shinya sentit la douleur disparaître. Puis la brune plaça un mouchoir sur sa bouche pour arrêter le sang. Elle l'aida ensuite à se redresser. Ce n'est qu'une fois revenu dans le bon sens que Shinya réalisa ce qui se passait. Plusieurs boums successifs venaient de résonner. Guren avait balancé son captif à gauche, à droite et devant derrière. Kureto avait invoqué plusieurs sorts, mais aucun ne parvenait à briser ces maudites chaînes.

« Bats-toi comme un homme ! » souffla-t-il à son adversaire.

« Si c'est là ce que tu souhaites. » répondit Guren d'un ton posé.

Les chaînes revinrent à leur point de départ. Guren dégaina son épée. Kureto n'eut pas le temps de se lever qu'une déflagration le heurta. La force emplit tout son être, lui donnant soudain l'impression qu'il étouffait. Dans le même temps, un bruit semblable au tonnerre résonna dans tout le gymnase, faisant sursauter tout le monde. Kureto retrouva enfin le sol. Mais lorsqu'il ouvrit les yeux … il n'en revint pas. Une profonde tranchée partait depuis Guren jusqu'à lui. Un craquement derrière lui l'interpella. Tournant la tête, il aperçut un énorme trou dans le mur derrière lui, dont des morceaux tombaient encore. Trois personnes côte à côte pouvaient sortir par ce trou. Kureto tourna la tête vers son adversaire.

Guren tenait une épée enflammée, et n'avait pas bougé de l'endroit où il se trouvait. Il rengaina son épée dans son fourreau, puis chemina vers le jeune homme. Kureto décida d'attendre qu'il arrive à sa hauteur. Il lui lança alors un couteau, que Guren saisit entre son index et son majeur. Kureto s'élança, sabre au clair. Guren recula. Kureto lança alors des aiguilles. Guren les para avec son couteau. Kureto, une fois derrière, lança la poignée de son sabre dans le but d'assommer le brun. C'est alors qu'une chose inattendue se produisit. Un bras jaillit du dos de l'adolescent, juste au niveau du coude de son bras droit et au bord du dos. Une main saisit le poignet de Kureto pendant que Guren sursautait.

« Irk, c'était quoi ça ? » se demanda-t-il.

« Moi. » répondit Démétriel.

Guren roula des yeux. Effectivement, qui d'autre. La main qui tenait Kureto serra tellement fort qu'il ne put que lâcher son sabre.

« Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Il n'est pas humain ! Et cette main … on dirait une main féminine. Mais si ça continue il va me broyer le poignet. » pensa Kureto.

Il songeait à frapper avec sa main libre, quand celle qui le tenait le tira violemment sur le côté, le ramenant devant son adversaire. Plus loin, Shinya avança la tête.

« Est-ce que c'est … une troisième main que je vois ? » demanda-t-il.

Kureto se trouvait maintenant sur le dos, tête devant Guren.

« Bien. Je pense qu'à présent vous avez compris que si nous voulions raser l'école, il n'y aurait certainement pas eu de survivants. » commenta Guren.

Kureto cherchait à se libérer de la poigne de fer de cette main anormale.

« Ne bougez pas, voulez-vous. » lança Guren.

Il lui parlait doucement, calmement. Ignorant le regard brûlant de colère de son adversaire, Guren s'accroupit. Kureto découvrit ses yeux prendre une couleur supplémentaire. Mais qu'est-ce qu'il était ce gamin ?

« Oh ? Voilà qui est étonnant. Vous n'êtes pas complètement mauvais. En revanche, votre goût pour le pouvoir vous noircit. Vous êtes prêt à tout pour obtenir ce que vous désirez, y compris des comportements répréhensibles.» dit Guren.

« Quoi ? » fit Kureto.

« Alors ? Tu vas le tuer ou pas ? » questionna Démétriel.

« Non. Je veux qu'il porte un message à sa famille. Qu'ils sachent ce qui les attends. »

Guren se releva.

« Vous vouliez que ma sœur et moi devenions vos pions, hein ? Désolé, mais je me dois de décliner. Nous les Ichinose, ne seront plus les pions de qui que ce soit. »

Le président du conseil arrondit les yeux. Comment savait-il ? Toujours est-il que la main le libéra enfin, laissant une trace rouge et très voyante. Elle se rétracta également, seul un trou dans son uniforme rappela qu'elle existait. Guren tourna le dos à Kureto et revint auprès de sa sœur, ignorant les visages choqués des autres élèves. Miyuki se leva, et ensemble les jumeaux quittèrent le gymnase.

« Bien. Encore un Hiiragi remit à sa place et pas des moindres. Tu as vu quelque chose d'intéressant ? » demanda Miyuki.

« Ce type n'est pas mauvais, juste dominateur. En dehors de ça, j'ai remarqué autre chose : de la solitude. » répondit Guren.

Miyuki regarda un instant son frère. Mais elle n'ajouta rien de plus. Au gymnase, Kureto se releva avec peine, le regard tourné vers la porte de sortie. Il était forcé d'admettre que ces jumeaux n'étaient pour rien dans l'attaque. Avec leur puissance ils n'avaient en effet besoin de personne s'ils souhaitaient infliger des dommages. D'ailleurs, pourquoi diable l'avaient-ils épargné ? Ils tenaient une occasion en or de le supprimer, et ils auraient ainsi pu poursuivre sur leur lancée.

« N'auraient-ils donc pas encore assez de pouvoir ? Ou bien essaient-ils de nous effrayer en nous faisant mariner ? Si vraiment ils sont si forts, ils n'ont pas besoin de se presser. » pensa Kureto.

Il décida d'interroger l'enseignante des jumeaux. Sans accorder d'attention au reste des élèves, il quitta l'endroit.


Le soir venu, Saia Aiuchi frappa au bureau de Kureto. Elle pressentait que c'était à cause des Ichinose qu'elle se retrouvait convoquée. Elle les maudits un instant. La voix de Kureto lui donna la permission d'entrer.

« Aiuchi Saia. Je vous ai fait appeler car j'ai quelques questions au sujet des jumeaux Ichinose. » lança Kureto sans préambule.

Il se leva de son fauteuil et le contourna.

« Comment sont-ils en classe ? »

« Co … comment sont-ils ? Eh bien … »

« Je rêve ou c'est de la peur que je vois ? » se demanda Kureto.

La femme s'était tendue à l'évocation des jumeaux. Donc, elle avait aussi eu un aperçu de leur puissance.

« Soyez franche voulez-vous. Comme vous le savez j'ai dû procéder à leur évaluation. J'ai donc constaté de visu leurs capacités. » annonça Kureto.

Saia prit une inspiration.

« Ils … ils me font peur. Surtout Guren. Le premier jour je l'ai traité de rat et … j'ai senti une vague de magie effroyable dans la classe. Il l'a ensuite concentrée uniquement sur moi. J'ai … j'ai bien cru qu'il allait me tuer. Mais sa sœur lui a parlé et il s'est arrêté. » révéla Saia.

Kureto considéra cette réponse. Donc, ils avaient commencé très tôt leur rébellion.

« Et leurs notes ? »

« Ah ça, très bien. Leur travail est exactement ce qu'on en attend. Aucune erreur. »

« Et avec les autres ? » continua Kureto.

« Shinya-sama a été le premier à leur adresser la parole. Suite à cela, d'autres s'y sont mis, comme Jujo Mito et Goshi Norito. Lorsqu'ils ont vu que tout se passait bien, alors tout le monde s'est détendu. » continua Saia.

« Vous n'avez plus eu d'autres problèmes depuis la rentrée ? »

« Non … à vrai dire et puisque vous me demandez d'être honnête, je crois que tant qu'on le ne les insulte pas tout va bien. Ils participent rarement en cours, se contentent de lire des manuels de troisième année. Si je donne un exercice collectif, je leur indique qu'ils sont concernés et ils s'exécutent. Ils se plient également au nettoyage de la salle. Je n'ai en toute franchise rien à leur reprocher, si ce n'est de m'avoir … disons agressée dès le premier jour. »

Kureto comprit que leur soi-disant agressivité n'était qu'une réponse à un comportement irrespectueux à leur encontre. Il congédia l'enseignante. Puis il appela Shinya. Ce dernier se présenta à son frère adoptif une dizaine de minutes plus tard.

« Entre. »

Le jeune s'avança jusqu'au bureau. Kureto le fixa un instant.

« J'ai appris de la part de ta prof que tu avais été le premier à t'adresser aux Ichinose. Pour quelle raison ? » annonça Kureto.

Shinya parut un brin étonné par la question. Kureto chercherait-il à cerner leur personnalité ? Connaissant le type, mieux valait être sincère.

« Il faut savoir que je ne savais pas du tout qu'ils seraient si forts. Le jour de la rentrée, j'ai lancé une attaque pour les tester. Guren a eu l'air de prendre un courant d'air, et a poursuivi comme si de rien était. Dans la salle après, je suis arrivé en retard, et j'ai senti une intense aura agressive. Je n'avais jamais encore jamais vu ça, et j'ai eu du mal à croire que ça venait de lui. » expliqua Shinya.

« Très bien, mais tu ne réponds pas à ma question. » fit Kureto.

« Je voulais le connaître c'est tout. » répondit le jeune.

« Mais pourquoi lui ? » insista Kureto.

Comment lui dire que c'était parce que Mahiru l'aimait toujours et qu'il en était un peu jaloux ? Ce serai susciter la colère de la famille.

« J'ai entendu parler de cette famille, et je voulais former mon propre jugement. Un peu comme ce que tu es en train de faire. »

« En effet, j'essaie de comprendre qui ils sont. Car il n'est absolument pas normal qu'ils possèdent une telle force. Soit, je veux bien te croire. Qu'as-tu retenu de vos échanges ? »

Shinya répondit qu'ils ne répondaient à leurs interlocuteurs que lorsqu'ils jugeaient le propos pertinent. Ils ne s'affichaient pas en classe sauf provocation de leurs condisciples, pouvaient même être serviables si on leur demandait poliment. Il ajouta que Miyuki était plus sociable que Guren, et la seule à ne pas le craindre. Selon l'adolescent enfin, ils ne demandaient qu'une chose : qu'on leur fiche la paix. Kureto médita ces informations. Il remercia Shinya et le congédia.

Pour résumer, les Ichinose n'étaient une menace que si on les cherchait en premier. La réponse était violente mais malgré tout mesurée. Dès lors qu'on ne s'occupait pas d'eux ils étaient tranquilles. Il ne put s'empêcher de noter un parallèle avec sa propre famille. Les jumeaux étaient deux esprits brillants, tentant de se fondre malgré tout dans la masse. Aucune réelle infraction au règlement n'était constatée, et ils effectuaient volontiers les tâches imposées. Kureto ne savait que penser. Leur combat lui avait appris qu'ils ne plieraient pas. Ou plus à vrai dire.

Ils avaient eu une attitude déroutante. Kureto admit qu'ils l'avaient déstabilisé. Par leur attitude, par leurs réponses à ses questions, par leur puissance. Il se demanda ce qu'en penseraient les autres familles. Mais une chose était sûre : ceux qui allaient avoir des regrets ne seraient pas ceux qu'ils imaginent. Il le sentait. Tout comme Shinya, Kureto pressentait que les Ichinose n'avaient jusque-là que révélé la pointe de l'iceberg. Il se demanda ensuite s'il pouvait les mettre de son côté. Non plus en tant que subordonnés, Guren ayant été très clair, mais au moins des alliés. Kureto avait très bien saisi au gymnase qu'il ne pourrait pas les dominer. Et les faire chanter serait d'une stupidité sans nom.

Alors, quand on ne pouvait vaincre un ennemi il fallait savoir s'en faire un allié. Son orgueil en prenait un coup, un de plus, mais le résultat serait peut-être meilleur. En tout cas, tant que Guren et Miyuki acceptaient la collaboration. Il finit par se rasseoir pensif. Leur objectif en soi n'était pas difficile à deviner : renverser les Hiiragi. Et visiblement ils en avaient le pouvoir à présent. Que devait-il faire ? En référer à son père ? Mais s'il optait pour cette solution, est-ce que les Ichinose n'allaient pas le prendre comme une menace ? Si réellement ils possédaient la force de les vaincre, alors Kureto précipiterait la chute de sa famille.

Finalement, il opta pour la patience. Il continuerait à les observer, et tâcherait de voir de quelle manière leur puissance pourrait lui servir. Kureto bascula en arrière contre son dossier, détendant ses jambes. Mais quelle journée ! Il avait encore un peu mal au corps après ses joyeux valdingues. Il poussa un soupir, et résolut de rentrer chez lui se remettre. Aïe.