N'ayant pu faire plier les jumeaux, Kureto se décide donc à en faire des alliés et leur confie une petite mission. Une mission qui marquera un tournant pour beaucoup.

Bonne lecture


Le jour suivant, les Ichinose furent accueillis à l'école par un silence de mort. Tout le monde les regarda passer, personne ne songea une seconde à se moquer d'eux. Car ils savaient. Cela n'avait pas traîné du reste. Oui, tous à Shibuya avaient appris que Kureto Hiiragi avait été vaincu par les jumeaux Ichinose. Un troisième année, aussi fort que lui de surcroit, battu par deux première année, en combat singulier. Le quatuor avança dans la cour, indifférent comme toujours. Plus tôt, Guren avait appelé chez lui. Son père avait paru horrifié mais en même temps impressionné de savoir que ses enfants avaient vaincu des Hiiragi. Guren l'avait rassuré en disant qu'il n'était pas parti comme un voleur. Son père comprit de quoi il retournait : ses enfants avaient en effet apposé de puissantes protections magiques tout autour de leur terre.

Si quiconque usait de représailles, ils seraient surpris. Plus loin, Shinya attendait le groupe avec Mito et Goshi.

« Alors vous, on peut dire que vous faites sensation. » commenta Goshi.

« Bonjour. » fit simplement Guren.

Les deux autres le saluèrent ainsi que les autres, puis ils firent route vers leur classe.

« Quel contraste avec la rentrée. » pensa Shinya, devant les élèves qui brusquement s'écartaient d'eux.

Plus de commentaires moqueurs, plus de cannettes de soda qui volaient, plus rien. Le jeune prit place entre les jumeaux. L'enseignante arriva, salua et commença son cours. Il ne se passa plus rien de spécial durant cette journée, ni même les suivantes. Puis quelques jours plus tard durant la récréation, une fille que Shinya reconnut comme étant Aoi Sanguu vint annoncer que Kureto réclamait les jumeaux et leurs trois condisciples. L'adolescent se demanda ce qu'il pouvait bien leur vouloir maintenant. Guren et Miyuki fixèrent un instant Aoi, avant d'acquiescer. Miyuki précisa qu'ils viendraient à la pause déjeuner. La jeune fille prit note, et s'en alla.

« Comment vont tes dents Shinya ? » fit soudain Miyuki en approchant.

« Hein ? Oh très bien, je n'ai plus souffert depuis tes soins, je te remercie. » fit le blond avec un sourire.

Miyuki hocha la tête et regagna sa place. Les cours reprirent. Midi venu, une fois leur repas avalé en compagnie de leurs trois autres camarades, les jeunes gens se rendirent chez Kureto. Shigure et Sayuri avaient été également convoquées, ainsi qu'ils le constatèrent en arrivent devant sa porte. Ce dernier les fit entrer, puis demanda à son assistante de préparer du thé.

« Asseyez-vous. » dit-il en désignant les canapés devant son bureau.

Si les autres obtempérèrent, les Ichinose ne bougèrent pas, restant à le regarder visage neutre.

« Un problème ? » s'enquit Kureto.

« Que voulez-vous ? » demanda Miyuki de sa voix douce.

« Droit au but à ce que je vois. Fort bien. Le fait est que j'ai une petite tâche à vous confier.» commença Kureto.

« Oh ? Avez-vous déjà oublié que nous ne sommes pas à vos ordres ma sœur et moi ? » dit Guren.

Aoi revint à cet instant, porteuse de tasses de thé. Elle en déposa une devant Kureto puis deux autres aux adolescents, sur la table basse entre les divans. Kureto les vit plisser les yeux. Leurs prunelles allèrent de la tasse de thé à lui. Le jeune homme comprit à l'éclat froid de leur regard qu'ils jugeaient impoli qu'Aoi l'aie servi en premier. Conscient que cela risquait de compromettre sa demande, il se tourna vers son assistante.

« Aoi, la prochaine fois sert les invités en premier. » lança Kureto.

« Oui monsieur. Mes excuses. » dit-elle.

Guren et Miyuki prirent alors chacun leur tasse, observèrent un instant le contenu puis burent d'un mouvement synchronisé. Ce geste démontra la hiérarchie présente, car les autres ne burent qu'après eux. Kureto serra un instant les dents et but en même temps que le reste du groupe. Les jumeaux décidèrent finalement de s'asseoir, exactement en même temps mais sur l'autre divan. Ils s'exécutèrent avec une grâce qui n'échappa à personne, donnant l'impression que le bureau leur appartenait.

« Fort bien, nous vous écoutons. » lança Guren.

Kureto prit une inspiration, puis demanda à Aoi de leur donner des dossiers. La blondinette tendit le premier à Guren, le second à Miyuki puis à leurs aides, et enfin au trois autres. Le président du conseil nota que personne des trois familles nobles ne s'offusqua de passer après les serviteurs des Ichinose.

« Ueno. Le zoo qui a été faussement empoisonné. » lança Miyuki.

« Faussement empoisonné dis-tu. » fit Kureto.

« Pourquoi serions-nous là sinon. » répondit-elle simplement.

Kureto eut un léger sourire en coin.

« Très bien, nous irons. Cela nous intéresse. » décida Guren en refermant son dossier.

« Je ne vous ai encore rien dit. » souligna Kureto.

« Inutile. Nous prévoyions d'y aller de toute manière. Tout ce que nous devons savoir est dans le dossier, n'est-ce que pas ? » reprit Miyuki.

« Oui, mais … » répondit Kureto.

« Je suppose qu'avant de nous appeler vous avez enquêté par vous-même. Un échec. Les personnes sont-elles revenues vivantes ? » continua Guren.

Kureto secoua la tête.

« Eeeeh ? Mais on va servir de sacrifices alors ? » lança Goshi.

« Ne dis pas de bêtises. Personne ne mourra, nous y veillerons. » répondit Miyuki de son ton soyeux.

Voilà qui parut réconforter les autres.

« Donc vous acceptez. » résuma Kureto.

Aucune réponse cette fois. Voilà qui confirma ce que Shinya lui en avait dit : pas de réponse à une parole jugée inutile. Les jumeaux considérèrent l'entretien clos. Ils reposèrent leur tasse de thé, puis se levèrent et quittèrent le bureau après un bref salut. Les autres se hâtèrent de les suivre.

« Quelle arrogance. » lança Aoi, une fois la porte close.

« En aucune manière. Ils sont directs, comme le sont ceux qui détiennent le pouvoir. Ils savent parfaitement bien et moi aussi, que je ne peux les forcer. En tout état de cause, ils ont été plutôt accommodants. » répondit Kureto.

Il soupira. Cela lui paraissait décidément étrange de se sentir en position d'infériorité par rapport à des jeunes.


« Bon, que faisons-nous ? Nous y allons maintenant ou pas ? » demanda Shinya.

« Pas sans établir un plan. Allons dehors, tout le monde étant en classe, nous ne serons pas dérangés. » informa Guren.

Ils se rendirent donc dans la cour. Là, ils s'assirent dans l'herbe. Miyuki déposa son dossier ouvert au milieu.

« Bien. De ce qu'il est écrit là-dedans, Ueno a été un endroit d'expérimentation pour la secte Hyakuya, qui s'est plaisamment invitée ici il y a un peu plus d'un mois. Le motif officiel c'est un empoisonnement massif. Les Mikado no Oni ont envoyé des troupes, 17 visiblement, et personne ne s'en est sorti. » commença-t-elle.

« Mais vu qu'ils sont envoyés par les Hiiragis, ils ont dû être spécialement entrainés pour résister à du poison. Peut-être pas tous, mais malgré ça il est possible qu'ils aient découvert quelque chose. » avança Mito.

« En effet, mais nous devrons y aller malgré tout. Nous entrerons par le côté sud, c'est le point faible du zoo. Cela étant, nous connaissons vos capacités à chacun. Mito est la plus rapide, Shinya le plus sournois … »

« C'est rude comme mot. » sourit le blond.

« Mais réaliste. Et pratique en combat. » fit Miyuki.

« Ensuite, Goshi d'après ce que je sais, tu es doué pour les sortilèges et les illusions. » reprit Guren.

« Oui c'est ça. » répondit le concerné.

« Une compétence particulièrement utile pour une infiltration. Tu permettras également aux autres d'accélérer leur vitesse. Des questions ? » reprit Guren.

Des non de la tête lui répondirent. Un instant plus tard, Aoi vint à leur rencontre, annonçant qu'elle leur apportait des uniformes spéciaux : chargés avec de la magie ils résistaient à un éventail de sorts.

« Je doute que vous et votre sœur en ayez l'utilité, mais si vous le souhaitez je vous en apporte. » dit-elle.

« Je vais en prendre un, histoire ne de pas me démarquer des autres et me faire repérer. » concéda Guren.

Miyuki acquiesça.

« Kureto-sama vous fait savoir qu'il mettra à votre disposition le moyen de transport de votre choix. » reprit Aoi.

« Nous prendrons deux voitures, garées devant l'école. Nous arriverons là-bas quinze minutes avant le début de notre mission. Dites aux chauffeurs qu'ils devront s'arrêter un kilomètre avant. » annonça Miyuki.

« Immédiatement. »

Guren demanda à ses camarades d'apporter des habits ordinaires. Ils se changeraient une fois sur place pour ne pas éveiller l'attention avant. Chacun obtempéra. Puis le groupe se retrouva devant l'entrée de l'école, et ils prirent place dans les voitures. Les véhicules s'arrêtèrent au point convenu. Une fois les adolescents sortis, ils séparèrent pour trouver un endroit où se changer dans le parc bordant le zoo.

« Le premier qui mate je l'encastre ! » avertit Mito en s'éloignant.

« Bien dit ! » approuva Miyuki.

Les garçons furent prêts rapidement. Ils en profitèrent pour examiner leur environnement. L'endroit était agréable, comme n'importe quel parc. Par contre, ce qui les interpella fut l'étrange et anormal silence qui régnait. On n'en entendait même pas un seul oiseau.

« L'un de vous est-il déjà venu ici ? » interrogea Goshi.

« Du tout. » répondit Shinya.

Guren ne répondit pas. Il n'aimait pas ça. Miyuki fut la première des filles à arriver, son arc et un carquois dans le dos. La brunette s'arrêta près de son frère, visiblement aux aguets. L'uniforme féminin était noir tout comme celui des garçons. Il se composait d'une veste et d'une jupe, séparée par une ceinture. La veste était ornée de boutons et d'épaulettes.

« Hé, ça lui va vraiment bien. » songea Shinya.

Il parcourut sa silhouette du regard. Sayuri, Mito et Shigure arrivèrent enfin.


« Désolée pour l'attente. Oh, l'uniforme vous va à ravir Guren-sama. » lança Sayuri.

Elle en tout cas, paraissait ravie de sa tenue. Mito tâchait de paraître détendue, mais on la sentait un peu nerveuse. La jeune fille ne cessait de jeter des coups d'œil à Guren. Maintenant que tout le monde était prêt, la mission pouvait débuter. Ils filèrent donc en direction du zoo, escalèrent la clôture et retombèrent de l'autre côté.

« Miyuki ? Ça ne va pas ? » demanda Shinya.

La jeune fille paraissait pétrifiée. L'adolescent se tourna alors vers son frère pour de l'aide, quand il le vit dans la même attitude. Même les gardes étaient tendues. Puis soudain, les jumeaux se secouèrent.

« Il y a une présence démoniaque ici. Cet endroit empeste la mort. » annonça Miyuki.

« Une … présence démoniaque ? » répéta Mito.

« Oui. Visiblement cet endroit a bien servi de laboratoire. Je doute que nous trouvions le moindre animal encore vivant. » répondit Guren.

« D'après les photos dans le dossier, il y a un cratère là où l'explosion a eu lieu. Nous devrions y aller. » suggéra Shinya en levant l'index.

Guren acquiesça. Miyuki plaça une flèche dans son arc, pendant que Shigure sortait ses kunais. Les autres avaient la main sur la poignée de leur sabre tandis qu'ils avançait. Comme l'avait pensé Guren, plus aucun animal n'était présent dans ce zoo. Cependant, ce qui chiffonna le groupe était qu'il n'y avait aucun corps. Ce que l'adolescent trouvait vraiment suspect : qui avait pris la peine de nettoyer ? Le groupe progressa aux aguets dans le zoo.

« La présence maléfique augmente. » annona Miyuki, comme une mise en garde pour tout le monde.

Les jeunes gens atteignirent le cratère. Tandis qu'ils se demandaient ce qui avait bien pu le creuser, ils s'aperçurent qu'un animal se trouvait à l'intérieur. Un tigre. Exceptionnellement gros, les dents teintées de sang. Miyuki banda son arc, tandis que Guren sortait son épée.

« Euh … vous prévoyez réellement d'attaquer un tigre ? » s'étonna Goshi.

« Regarde-le bien. Surtout ses yeux. » répondit Miyuki.

Goshi tourna la tête. Les yeux du tigre … étaient morts. Blancs, sans vie. Pourtant la bête ouvrit la gueule, langue pendante. Puis quelque chose fusa en direction du groupe. Calmement, Guren leva son épée enflammée devant Mito, à hauteur de son cou. Un crissement retentit quand une espèce de pic, qu'ils avaient pris pour la langue du tigre, heurta la lame du brun. La flèche de Miyuki fila droit sur la tête du tigre. L'action purificatrice lui causa visiblement de la douleur, et la bête secoua la tête pour ôter son dard.

« Bien. Suis-moi Shinya. Les autres, vous nous couvrez. » lança Guren.

« Ok. »

Tous deux s'élancèrent vers la bête. Un kunai de Shigure arriva droit sur un œil du tigre. La bête ne l'évita pas. Rugissant toujours, le tigre leva une patte vers Guren. Ce dernier n'y prêta qu'une brève attention, car un talisman jeté par Shinya atterrit sur la patte. Ce dernier explosa au commandement de Shinya. Guren de son côté, trancha la tête du tigre.

« Pas une goutte de sang. Je sens que c'est là qu'on va rire. » se dit Guren.

Le jeune avait raison. Une autre bête sortait du corps du tigre. Sa peau était blanche et possédait l'aspect du plastique, munie de multiples pattes et cinq fois plus grosse que le tigre. Un sifflement retentit. Guren vit un bouquet de flèches de lumière se planter dans le corps du monstre. Gesticulant, ce dernier s'approcha des garçons et lança une patte pointue comme une lame. Grâce à sa vitesse procurée par sa locataire, Guren put éviter l'impact au contraire de Shinya. Ce dernier vola avant de rouler sur le sol. Il s'arrêta sur le dos, juste pour voir la bête lever une autre patte et la lancer sur lui.

Des talismans furent jetés dessus par Sayuri. Miyuki profita de l'explosion pour saisir Shinya sous les bras et le traîner plus loin. L'adolescent se releva, pendant que la brune plaçait son arc devant elle. Plus loin, Guren fila vers Mito qui venait de jeter elle aussi ses talismans sur le monstre. Mais la bête bougea, et les papiers manquèrent leur cible. Le brun faucha la rouquine à la taille juste quand la patte retomba, et l'emporta hors du cratère. Goshi préparait son illusion. Une énorme main jaillit du côté de Miyuki et s'abattit sur le monstre. Elle le repoussa tout au bout du cratère et l'écrasa contre la paroi avec un boum des plus sonore mêlé à des craquements. Guren décrivit un geste circulaire avec son épée. Un arc de lumière fonça sur la créature et la trancha en deux.

« Je crois que c'est réglé. » fit Miyuki en baissant son arc.

« Je te remercie Miyuki, tu m'as sauvé la vie. » lança Shinya.

« Rien du tout, c'est Sayuri qui a lancé les talismans. » répondit la brune.

Rangeant son arc, elle entreprit de rejoindre son frère, Mito et Goshi. Sayuri et Shigure arrivaient derrière elle. Goshi lança une illusion par précaution, dans l'éventualité où une autre créature surgirait, ou ses créateurs. Guren ordonna le départ. Il prévoyait d'aller prélever un échantillon pour recherches.


« Oh vous partez déjà ? » fit une voix féminine.

Soudain, Mito, Goshi ainsi que Shigure et Sayuri tombèrent au sol, victime d'une attaque surprise. Shinya sentit soudain une pression sur son cou. Mahiru Hiiragi entourait sa gorge de ses deux mains.

« Lâche-le Mahiru. » répondit calmement Miyuki, une flèche presque collée à la tempe de Mahiru.

« Ah là Miyuki ! Si tu ne veux pas que je l'étrangle éloigne cette pointe tout de suite. » répondit gaiement la jeune fille en resserrant sa prise.

« Tu crois que tu auras le temps ? » rétorqua la brune.

Mahiru considéra son interlocutrice. Son regard était déterminé. Mais avant qu'elle ne puisse répondre, Guren s'avança et saisit les poignets de Mahiru. Les écartant brusquement, il libéra Shinya et repoussa la jeune fille avant de la lâcher.

« Woh Guren ! J'avais justement envie de te voir tu sais. J'ai des choses à te dire, que j'aurais dû te dire lors de nos retrouvailles. Par exemple, la fin du monde aura lieu cette année le jour de Noël. Mais tu étais bizarre … que t'est-il arrivé ? » fit Mahiru.

« Une chose d'importance. La fin du monde dis-tu ? J'ai déjà entendu ça. Mais la question Mahiru, va être de te soigner à présent. » répondit Guren.

« Et je t'ai déjà dit que c'était impossible. » sourit l'adolescente.

« Tout comme tu devais croire impossible qu'on puisse tuer la bestiole là-bas derrière ? » lança Miyuki.

Mahiru cilla. En effet, ils n'auraient pas dû être assez forts pour s'en débarrasser.

« Eh bien, dire que j'étais venue avec un cadeau pour toi Guren. De quoi augmenter ta force, regarde. » annonça Mahiru en montrant une épée qu'elle portait à la taille.

Guren baissa les yeux sur son présent, sentant l'énergie démoniaque de l'objet. Il la prit, au grand contentement de Mahiru et la sortit du fourreau pour l'examiner. Mahiru regardait avec intérêt, guettant une réaction qu'elle savait devoir se produire. Mais Guren rengaina et balança l'épée par-dessus son épaule. Le visage de Mahiru arbora une expression de choc.

« Non merci Mahiru, je n'ai pas besoin de cette épée, elle est nettement moins puissante que la mienne. » déclara Guren.

« Que … mais … » bégaya Mahiru.

L'épée démoniaque aurait dû tenter de le posséder ! Il aurait dû succomber à son attraction ! Au lieu de ça, il l'avait traité comme de la camelote et jetée comme un vieux trognon de pomme.

« Comment … mais quoi … » reprit Mahiru.

« Aaah ! Tu pensais peut-être que ce machin démoniaque allait me posséder ? Navré très chère, mais cette épée manque de force. Jamais elle ne pourra me corrompre. » annonça Guren.

« En attendant, si tu pouvais éviter de la laisser traîner dans le coin, des fois qu'un couillon mettrait la main dessus. » lança Miyuki.

« Tu as raison, où ai-je la tête. » répondit Guren en se tournant.

Il alla ramasser l'épée.

« Hé. »

« Qu'y a-t-il ? »

« Même si c'est fait avec du démon bas de gamme, je ne suis pas contre un encas. Tu veux bien mettre cette lame entre tes dents s'il te plaît ? » demanda Démétriel.

Ce qu'elle ne lui faisait pas faire ! Mais Guren accéda à sa requête, c'était le moins qu'il pouvait faire pour elle. Il sortit donc la lame noir corbeau et mordit. Il sentit l'énergie démoniaque entrer dans son corps, sans toutefois avoir un quelconque effet. De plus en plus choquée, Mahiru le vit aspirer le démon contenu dans l'arme. Une fois l'épée débarrassée de son occupant, Guren revint vers elle.

« À nous deux Mahiru. Il est temps de régler ton cas. » dit-il.

Comme lors de l'attaque, la jeune fille recula. Devinant qu'elle prendrait la fuite, Guren lança ses chaînes qui l'emprisonnèrent.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? » s'exclama-t-elle.

« Je te libère. À toi de jouer Démi. »

« Yep. Je te quitte un instant, mais tu as l'épée pour te défendre. À tout de suite. »

Guren ouvrit la bouche, et une très grosse fumée argentée en sortit. Mahiru vit les contours d'une créature lui foncer dessus, entrant par sa bouche. Ce fut ensuite comme une explosion. Sans qu'elle ne puisse comprendre ni réagir, Mahiru perdit connaissance et chuta.

« Bien. Dès que cela sera terminé je la mettrais en lieu sûr. Occupez-vous des autres. » dit-il.

Miyuki hocha la tête et tourna aussitôt le dos. Shinya suivit avec plus d'hésitation. Il ne comprenait pas ce qui se passait, mais il pressentit que Guren avait la situation en main. Ses yeux tombèrent sur la personne qui le précédait. Voilà deux fois aujourd'hui qu'elle lui venait en aide. Miyuki l'avait défendu contre Seishirou aussi. La jeune fille se pencha vers Sayuri qui reprenait connaissance.


Pendant ce temps, Guren s'était assis aux côtés de Mahiru. Grâce à son sang, il pouvait suivre la progression de Démétriel. Il la sentait pourchasser les démons dans le corps de l'adolescente, et elle s'en réjouissait. Quelques instants après, le brun devina que la Contradiction venait d'en capturer un. Elle se remit ensuite en chasse.

« On y es presque Mahiru. Tu seras bientôt libre. » pensa Guren.

Trois minutes de plus s'écoulèrent. Mahiru était parfaitement paisible. Les traits détendus, respiration lente mais régulière. Rien ne laissait présager de la bataille qui faisait en ce moment rage à l'intérieur. Finalement, la fumée argentée ressortit entre les lèvres de Mahiru. Elle prit la forme de Démétriel, une forme solide.

« Voilà ! Un sandwich de démon comme je les aime. » annonça la Contradiction.

« Donc c'est bon ? Elle est définitivement libérée ? » demanda Guren.

« Exact. Mais je dois te dire, que le premier enfin le plus ancien, semblait lié à sa nature profonde. Ce qui signifie qu'elle est née d'un démon. J'ai donc dû combler le vide laissé par la disparition démoniaque, sans quoi elle n'aurait pas survécu. » annonça Démétriel.

Guren ouvrit la bouche. Née d'un démon … qu'est-ce qu'ils avaient fichu ces Hiiragi ?

« Et par quoi l'as-tu remplacé ? »

« De l'énergie angélique bien sûr. Hors de question d'injecter à nouveau du jus de démon. Bref, comme ce n'est que de l'énergie cela n'aura pas de conséquences importantes, d'autant que c'est bénéfique. Tout au plus vivra-t-elle plus longtemps. Mission accomplie donc, je rentre au bercail. » reprit l'hybride.

Elle reprit un aspect gazeux.

« Ah j'allais oublier. Il lui faudra du temps avant de reprendre connaissance. Un bon mois tout comme toi. »

La fumée retourna dans le corps de Guren. Ce dernier retourna auprès du monstre. Le reste du groupe avait quitté le zoo. Guren coupa une patte, puis retourna près de la belle au démon mourant. Il libéra Mahiru, puis la prit dans ses bras. Ses ailes jaillirent dans son dos, et il décolla. Il savait que Démétriel volait particulièrement vite. Il pourrait donc gagner sa destination rapidement. Guren arriva au domaine Aichi en fin de journée. Il franchit les barrières magiques et se posa. Des disciples le virent et allèrent annoncer sa venue à Sakae.

« Guren ? Qu'est-ce que tu … »

Il s'interrompit en le voyant porter une jeune fille dans ses bras. Sakae fronça les sourcils.

« Bonsoir père. J'amène une réfugiée. Elle est sous ma protection désormais. Son nom est Mahiru Hiiragi, et avant que vous ne protestiez laissez-moi vous raconter son histoire. »

Cheminant vers l'aile médicale, Guren expliqua ce qu'il savait de la jeune fille. Sakae écouta avec attention. Il l'aida ensuite à coucher Mahiru dans son lit, et ordonna qu'on la mette sous perfusion.

« Je vois. C'est donc une traîtresse aux yeux de sa famille, même s'ils ne le savent pas encore. J'imagine que tu es conscient des risques, mais que tu seras également à même de les gérer. » dit Sakae.

« Tout à fait. Notre terre est le dernier endroit où ils penseraient à la chercher. De plus, j'ai comme je vous l'ai dit posé des alarmes magiques à cinq kilomètres à la ronde après nos frontières. Si jamais il y a le moindre problème, j'interviendrais immédiatement. Vous serez également averti de l'intrusion. » rappela Guren.

« Entendu mon fils. Je me doutais que tu finirais par nous l'amener. Mais es-tu certain que tu n'as pas introduit le ver dans le fruit ? » reprit son paternel.

« Elle vient justement d'être vermifugée. Il lui faudra un mois pour récupérer, je reviendrais la voir d'ici là pour en juger. » répondit Guren.

Sakae hocha la tête. Son fils informa qu'il lui fallait s'en retourner à Shibuya. Avant cela, il déposa le morceau du monstre chez leurs chercheurs, leur recommandant la plus grande prudence. Il jugea utile d'apposer une alarme magique dans le laboratoire, ce qui rassura ses gens également. Puis il retourna auprès de son père. Celui-ci le regarda décoller comme un bouchon de champagne dans la cour et disparaître en un clin d'œil.

Le jour suivant, Guren fut de retour en classe. Shinya avait fait son rapport à Kureto, qui lui demanda de transmettre ses remerciements aux jumeaux.

« J'ose espérer qu'il ne croit pas que nous sommes à son service. » dit Miyuki quand Shinya lui transmit le message en classe.

« Si c'est le cas, j'imagine que vous lui ferez une piqûre de rappel. » sourit Shinya.

« Je penchais plutôt pour un suppositoire. » sourit la brune.

« Hahaha ! »

Shinya afficha une mine coupable quand il vit qu'il avait attiré l'attention de la prof en riant. Il s'excusa et se concentra. Un rien après, Miyuki lui demanda s'il avait parlé de Mahiru. Shinya secoua la tête.

« Ça n'a pas dû être simple pour toi jusqu'à présent non ? »

« Que veux-tu dire ? » s'étonna Shinya.

« Ton regard. Il est triste en permanence. »

Le blond arrondit les yeux. Elle avait donc remarqué. Malgré qu'il soit toujours souriant, sa tristesse intérieure n'avait pas échappé à la jeune prêtresse.

« Non, en effet. » admit-il.

« Eh bien, si tu demandes à Guren je pense qu'on peut t'accueillir parmi nous. » lança Miyuki.

« Hein ? »

« Tu peux être placé sous notre protection si tu es du clan. Je ne te parle pas de prendre carrément notre nom, mais plutôt une alliance. L'avantage, c'est que tu ne devrais plus être triste.» précisa Miyuki.

Elle acheva de noter une partie du cours. Shinya la regardait avec étonnement. En voilà une drôle de proposition. Pourtant … il se sentit touché. Le cours s'acheva, laissant place à des heures d'étude libre. Miyuki se rendit donc à la bibliothèque de l'école, suivie par Guren ainsi que Shinya. Le jeune s'assit à leur table, en face de Shigure qui s'y trouvait déjà. Il s'attela à un devoir, les mains supportant sa tête, agitant son stylo.

« Tu ne serais plus triste. »

Les paroles de Miyuki tournèrent en boucle, l'empêchant de se concentrer. Il se leva et alla chercher un livre. Là, il croisa la jeune fille dans un rayonnage désert. Shinya s'avança et chercha son ouvrage.

« Miyuki ? »

« Hm ? »

« Tu étais sérieuse en cours ? » demanda-t-il.

« Oui. »

Shinya sortit un livre en se mordillant la lèvre. Il resta les yeux dans le vague un instant.

« Une fois tu as dit que Guren m'avait jugé digne de confiance. Mais comment peut-il en être sûr ? » reprit l'adolescent.

« Il l'a vu en toi. Tu as sans doute remarqué l'aspect spécifique de ses yeux à ce moment-là ? » dit-elle en sortant un autre livre.

La prunelle cerclée d'or, la pupille dorée. Comment l'oublier.

« Il a lu ton âme. Ton passé notamment. »

« Quoi ? » s'exclama-t-il un peu fort.

« Ne t'inquiètes pas, il ne m'en a rien dit par égard pour toi. Tu admettras qu'avec le nom que tu portes et ton envie de rébellion il y avait de quoi se méfier. Guren a simplement usé d'un moyen à sa portée pour savoir concrètement si tu étais sérieux. Maintenant, si tu veux me parler de ton passé ou non, libre à toi. » expliqua Miyuki en revenant vers lui.

Shinya croisa les bras sur son livre.

« Lire dans mon âme … je ne savais même pas que c'était possible. » dit-il à mi-voix.

L'adolescent leva ensuite les yeux vers Miyuki qui l'observait. Et puis finalement, il lui raconta.

« Je me disais aussi que tu portais bien ton prénom. » fit la brunette à la fin de son récit.

« Ah bon ? » s'étonna Shinya.

C'était la première fois qu'on lui disait cela.

« Oui. Il fait nuit dans tes yeux. »

(Ndla : Shinya signifie nuit ou minuit). Le concerné plissa les yeux.

« Enfin. Maintenant Guren et toi savez que je peux être un allié. » dit-il en commençant à s'éloigner.

« Un allié ? » reprit Miyuki.

« Oui … c'est bien pour cela que Guren a sondé mon âme non ? »

« Tu crois réellement qu'avec la force dont on dispose nous avons besoin d'un allié ? Guren à lui tout seul peut parfaitement se charger de tous nos ennemis. Je t'ai proposé d'être des nôtres en tant qu'ami. Parce que tu en as besoin. Il a vu ta solitude. Ton nom et ton statut nous importe peu. Nous t'acceptons en tant que personne. » reprit Miyuki en approchant.

Shinya arrondit les yeux, et en resta coi. Il ne put que regarder la jeune fille s'éloigner, ses paroles tourbillonnant en lui. Il avait du mal à appréhender ce que cela signifiait. D'un côté, il se sentait dépouillé de son identité, puisque son nom et son statut importait peu, alors que toute sa vie il avait été entraîné pour être le meilleur. Mais de l'autre … justement, on le voulait s'il pouvait dire, pour autre chose. Pour lui en tant qu'être singulier, unique, tel qu'il était sans rien apporter d'autre, pas besoin de capacités hors normes, d'être le meilleur. Sans avoir à prouver quoi que ce soit.

« Tout de même, ça m'étonne de Guren. Il est si … si … ah je sais pas. Ou plutôt si : il est compliqué. » songea Shinya en revenant lentement.

Son regard se posa sur les jumeaux, assis l'un en face de l'autre dans une pose identique. Shinya s'assit lentement à sa place. De ce qu'il avait vu, Guren n'était pas méchant, bien au contraire. Il voyait parfaitement bien l'affection qu'il portait à sa sœur, et même à ses gardes. Il impressionnait, mais c'était tout. Les yeux bleus passèrent à Miyuki. Plus attentionnée, d'un abord moins renfermé, elle avait agi envers lui sans jamais rien attendre en retour, même un merci. Shinya s'avoua que ces actions désintéressées le déroutaient, lui qui n'avait jamais connu cela. Et en plus, elle stipulait clairement qu'elle voyait au-delà de sa renommée.

« Elle me voit moi, elle me voit réellement sans aucun de mes masques. » se dit-il.

Cela l'effraya un peu, il eut soudain la sensation d'être nu. Finalement, le jeune tâcha de se concentrer sur son travail.