Si ça s'arrange pour certains, pour d'autres ça empire. Vraiment.
Merci à ceux qui suivent et bonne lecture ^^
Aichi, domaine des Ichinose.
Mahiru ouvrit les yeux. Le paysage demeura flou, le temps que sa vue se stabilise. Elle referma les yeux, puis les rouvrit. Elle distingua clairement ce qui l'entourait. Ses yeux noisette tombèrent soudain sur une personne familière.
« Guren ? »
« Bonjour Mahiru. Bon retour parmi nous. » dit le brun, adossé à un mur de sa chambre.
La jeune fille cligna des yeux, cherchant à reconnaître l'endroit. Une perfusion était reliée à son bras, un rideau gris la séparait du reste du monde. Cela ressemblait à une chambre d'hôpital. Mais pourquoi diable aurait-elle eu besoin d'aller à l'hôpital ?
« Mais où suis-je ? » demanda-t-elle.
« Avant de te répondre, j'aimerais que tu me dises ce dont tu te souviens. » répondit Guren.
Mahiru prit le temps de la réflexion. Les souvenirs affluèrent. Elle se remémora le zoo, le Cavalier de L'Apocalypse expérimental, et puis Guren et son groupe. Elle revit l'épée qu'elle lui tendit, le désintérêt dont il avait fait preuve. Pire, il avait même avalé le démon qui s'y trouvait. Ensuite, ce fut les chaînes en or. Et … et … la fumée d'argent qui entrait en elle, l'explosion et puis plus rien. Mahiru parlait au fur et à mesure qu'elle se rappelait.
« Le fait est que tes démons ont été retirés de ton corps. Dévorés pour être exact, par quelque chose d'éminemment plus fort. » expliqua Guren.
« Dévorés ? » répéta Mahiru.
« Si tu ne me crois pas, tend l'oreille. Écoute en toi et dis-moi si tu les perçois. »
Mahiru écouta. Rien. D'ordinaire elle entendait la voix du démon en permanence. Mais là silence. Elle arrondit les yeux. Elle se concentra davantage, cherchant à atteindre l'une des deux créatures obscures. Toujours rien. La jeune fille pensa à alors à son plus cher désir, qui au passage se trouvait dans cette pièce. Son cœur se contenta de battre plus rapidement, signe normal lorsqu'on était amoureuse. Il n'y avait plus rien. D'habitude son désir était dévorant, mettant son être au supplice. Et là rien. Que dalle, nada, que couic. Mais alors … elle était libre !
« Je … » dit-elle.
Les larmes de joie affluèrent à ses yeux.
« Je suis libre … »
Mahiru était redevenue normale, aussi normale qu'un Hiiragi puisse l'être. Plus de démon, plus de solitude, plus de combat. L'adolescente fondit en larmes. Guren la regarda un instant, avant d'approcher et de lui tendre un mouchoir.
« Tu m'as sauvée … tu as réussi tu m'as sauvée ! » gémit-elle.
Mahiru se jeta à son cou, pleurant de plus belle. Elle le serra fort contre elle, à genoux sur son lit. Guren passa ses bras autour d'elle, attendant qu'elle se calme.
« Pardon. Mais comment as-tu fait ? » demanda-t-elle en essuyant ses yeux.
« Avant de te répondre, j'ai besoin de savoir si je peux te faire confiance Mahiru. » répondit Guren en s'écartant.
Elle le regarda un instant.
« Ah oui, bien sûr je comprends. Je vais tout te dire. Après tout, je n'ai plus besoin de me battre. Mais … qu'est-ce que je vais devenir ensuite ? » questionna-t-elle.
« Tu resteras cachée ici. »
« Avec toi ? »
« Moi je serais à l'école. Ils ne savent pas encore que tu as trahi, si tu le souhaite tu pourras y retourner. » répondit Guren.
Mahiru pondéra cette solution. Sa famille ne savait pas, mais cela ne saurait tarder. Et alors …
« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Mais Guren, il faudra aller chercher ma petite sœur Shinoa. » informa Mahiru.
« Parce que ? »
« Sa naissance est la même que la mienne. Le second démon … c'était le sien. Je l'avais absorbé pour la protéger. Mais si les miens se rendent compte que je n'en ai plus, ils se tourneront vers elle. Je ne veux pas qu'elle soit un cobaye de laboratoire. Alors Guren s'il te plaît, sauve-la. » expliqua Mahiru.
Le jeune se contenta de plisser les yeux.
« Je te dirais tout ce que je sais. Je vais même commencer maintenant, si tu me promets d'aider Shinoa. Peu importe que tu me fasses confiance ou pas, je veux qu'elle soit à l'abri. » continua Mahiru.
Guren la considéra un instant. Démétriel fit savoir qu'elle était gonflée de lui extorquer une promesse après ce qu'il avait fait. Certainement ses confessions n'allaient pas être agréables. Guren acquiesça mentalement.
« Sache une chose Mahiru : je possède un moyen sûr et fiable de connaître toute la vérité. Cela s'appelle les Yeux du Juge. Avec ce pouvoir je peux lire dans ton âme, et l'âme ne peut rien cacher pas même tes plus noirs secrets. » avertit le jeune.
Il laissa passer un silence.
« Mais je te laisse une chance de me prouver que je peux croire en toi. Alors je t'écoute. »
Mahiru baissa les yeux. En toute honnêteté elle craignait sa réaction. Ses plans étaient mine de rien particulièrement sanglants, et il en était partie prenante. Il pourrait croire qu'elle n'avait souhaité que le manipuler. Ce qui n'était pas entièrement faux. Cependant, que Guren ne lui fasse pas confiance était vraiment blessant. Et s'il ne voulait plus d'elle à cause de ça ? Voilà qui l'effrayait. Pourtant, si elle n'avouait pas tout maintenant, il pourrait s'éloigner d'elle. La rendre à sa famille. Mahiru déglutit. Elle leva les yeux vers Guren.
« Ça ne va pas être facile. J'agissais surtout sous l'impulsion de mon démon. Je voulais … je voulais que l'on soit ensemble toi et moi. Je haïssais ma famille plus que tout pour m'empêcher d'être heureuse, pour m'avoir fait naître avec un démon et n'être que le résultat d'une expérience. Je voulais me rebeller contre eux. Les briser, les anéantir peut-être. Alors … j'ai déclenché une guerre avec les Hyakuya, les seuls capables de tenir tête à ma famille. » commença Mahiru.
Elle lui parla ensuite des recherches que la secte avait obtenues par son biais, leur objet, les expériences menées, ce qu'elle avait prévu pour l'école et lui-même. En fait, c'était franchement terrifiant. Mahiru était prête à tous les sacrifices, à tout abandonner. Elle avait tout planifié dans les moindres détails et sur du long terme. Guren écouta tout sans l'interrompre, le visage lisse. Une demi-heure plus tard, l'adolescente termina son récit. Elle fixa son interlocuteur avec appréhension. Guren ferma les yeux, prenant plusieurs inspirations. Puis il se leva, et posa une main sur sa tête. Mahiru sentit la magie se déverser en elle.
« Ceci est une alarme. Si tu tentes quoi que ce soit contre les gens d'ici … elle te neutralisera. Tu es libre d'aller et venir à ta guise sur le domaine, sauf là où on t'interdira une entrée. Au passage tu te trouves chez moi. Je dois retourner à Shibuya, réfléchir à tout ce que tu viens de me dire. » dit-il en baissant le bras.
Guren quitta ensuite la pièce sans un regard. Mahiru entrouvrit la bouche puis se ravisa. Il n'y avait rien d'étonnant dans son attitude, et au moins l'avait-il écoutée calmement.
Guren retourna dans l'appartement qu'il occupait avec sa sœur et ses gardes trois jours plus tard. Là, il les informa que Mahiru avait repris connaissance mais également de ce qu'elle avait confessé.
« Ah ouais. » fit Miyuki à la fin.
« C'est vraiment affreux ! » commenta Sayuri.
« Terrifiant en effet. Mais à quoi s'attendre d'autre lorsqu'on est possédé. » ajouta Shigure.
« Shigure dit vrai. Je me souviens d'elle au temps de son innocence. Ses expressions étaient sincères comparées à maintenant. Tout ce que Mahiru souhaite c'est être avec toi. Et comme sa famille l'en empêchait elle a pris son destin en main. Enfin c'est une des raisons, n'oublions pas la manière dont elle a été conçue, sans parler du fait qu'elle a dû avoir une enfance aussi rude que la nôtre. Plus même, je doute que les Hiiragi accorde grande affection à leurs enfants. » compléta Miyuki.
Guren garda le silence. Même s'il avait subi un strict entrainement depuis son plus jeune âge, leur père lui avait donné tout l'amour nécessaire. Et il avait toujours su pourquoi il devait s'entraîner de la sorte : pour succéder à son père. Mahiru avait été son soleil comme il avait été le sien. Il se souvint de la correction qu'il avait reçue lorsque les gens des Hiiragi étaient venu la chercher. Cela avait dû traumatiser Mahiru. Elle lui avait également parlé de sa mère, tuée par les Hiiragi. Guren avait dû être la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase, sans parler de Shinoa.
Comment ne pas perdre la tête avec tout ça ? Il s'étira, puis bascula la tête en arrière. Miyuki décréta le conseil de famille terminé. Le reste du week-end s'écoula paisiblement. De retour en cours, Guren méditait toujours les paroles de Mahiru. Il s'adressa à Démétriel.
« Je crois que tu devrais te focaliser sur ce qui va se passer maintenant. Ce qu'elle a lancé va se produire, mais tu as les moyens de tout changer. Mahiru est libérée de ses pulsions démoniaques et peut changer de route. Grâce à toi. Elle est enfin celle qu'elle aurait dû être. Vous avez désormais un futur ensemble. Ce qui aurait été impossible avant. » dit la créature.
« Hmm, tu as sans doute raison. Si Mahiru avait été aussi loin qu'elle l'avait prévu, je n'aurais pas pu la sauver. » concéda Guren.
Promenant les yeux sur la classe, il remarqua Shinya bavardant avec sa sœur. Miyuki lui avait parlé de l'accueillir dans le cercle familial. C'était une idée. Après tout, si Guren réglait son compte aux Hiiragi, Shinya n'aurait plus nulle raison de vivre. Mahiru l'avait clairement rejeté lors de leur première rencontre, il l'avait vu en examinant son âme. Il avait vu aussi la déception chez l'enfant : il avait subi tout son entraînement pour rien. Par la suite, on ne pouvait pas dire que sa vie avait été joyeuse : même fiancé à Mahiru et promit à la tête de la famille avec elle, il n'avait toujours pas eu droit à la moindre considération en tant que personne. Ses frères adoptifs le classaient en-dessous d'eux, comme un outil juste bon à assurer la pérennité de leur sang.
Démétriel avait raison, il était temps que cela change. Guren avait déjà démontré aux Hiiragi du cru et à leurs partisans qu'ils allaient devoir compter avec lui désormais. Et que les siens avaient la puissance nécessaire pour leur claquer le beignet. Par qui ou quoi allait-il continuer à présent ?
« Tu n'as pas oublié ton rêve de cette nuit ? » lança Démétriel.
« Non. J'en ai parlé à Kureto en arrivant ici. J'espère qu'il règlera le cas de son frère avant qu'il ne passe à l'action. »
La récréation arriva. Guren décida d'aller se dégourdir les jambes, et accessoirement voir où en était le président du conseil. Il marcha donc dans les couloirs d'un pas tranquille. Il approchait de celui menant au bureau du jeune homme, quand soudain une onde maléfique le stoppa. Guren se précipita à une fenêtre. Dehors, les élèves se retournèrent et pointèrent quelque chose. Une ombre noire de grande taille avançait dans la cour. Elle commençait à attraper des élèves.
« Merde ! » pesta Guren.
Il courut vers la sortie. Kureto n'avait rien pu faire. Où était-il d'ailleurs ? À l'extérieur il retrouva sa sœur.
« Guren ! Toi et les autres vous protégez les élèves ! Moi je m'occupe du démon ! » lança Miyuki en prenant son arc.
« Très bien. Vous l'avez entendue alors exécution. » ordonna Guren.
« Quoi ? Tu la laisses affronter cette chose toute seule ?!» s'exclama Shinya en désignant le monstre.
« Sceller et purifier les démons sont le travail d'une prêtresse. Alors bougez-vous. » reprit le brun d'un ton ferme mais calme.
Shinya le regarda, puis tourna la tête vers Miyuki tandis que les autres se dispersaient. Ainsi, Seishirou avait invoqué un démon. N'ayant pu supporter son humiliation d'abord infligée par les jumeaux, puis par une de leur servante et voyant que même son frère pliait, il avait décidé que son heure de gloire était venue. Mais il lui fallait gagner en force d'abord pour vaincre tous ses ennemis et revendiquer la place de l'héritier. Shinya poussa un soupir : le pouvoir rongeait décidément trop cette famille. Le jeune aperçut Kureto rouler au sol. Le démon lança un pic vers le brun.
Kureto n'eut que le temps de le voir arriver. Cette saloperie lui avait déjà transpercé un avant-bras, éraflé une jambe … Il saisit son sabre, prêt à la riposte. Une silhouette se dressa devant lui. Miyuki intercepta l'attaque avec son arc. Lançant ensuite un talisman, elle profita de la diversion pour saisir le bras valide de Kureto qui s'était relevé et l'entraîner avec elle. Elle le poussa ensuite derrière un pilier avant de décocher une flèche. Touché, le démon émit un râle.
« Résumé ? » demanda Miyuki en armant de nouveau.
« Comme l'a demandé Guren je suis allé voir Seishirou, mais trop tard. Il avait déjà invoqué le démon et l'a aussitôt lancé contre moi. » répondit Kureto.
Une flèche fusa. Mais la créature l'intercepta et la brisa. Miyuki siffla.
« Va rejoindre mon frère et fais-toi soigner. » dit-elle.
« Non, je dois combattre il en va de ma responsabilité. » répliqua Kureto.
« Tu n'es pas en état. Alors décampe ou je te carre une flèche au derche. »
Shinya arriva à ce moment-là. Il fit partir Kureto en le poussant, en dépit des protestations de ce dernier. Miyuki roula pour éviter une attaque et décocha une nouvelle flèche que le démon balaya. Elle entendit soudain le rire de Seishirou.
« Inutile gamine ! Mon démon est trop fort pour toi ! Il va me permettre de vous écraser, et de prendre la tête de cette école ! » lança Seishirou, le regard fou.
Miyuki bondit. Mais la chose l'attrapa au vol et la plaqua au sol avec brutalité. La voyant en difficulté, Shinya se précipita. Il lança une première attaque qui distraya le démon un instant. Puis un talisman lui permit de libérer la jeune fille. La créature arma deux pics pour les abattre sur eux. Miyuki se libéra et fut saisie à la taille par Shinya. Ils roulèrent sur le sol. Le blond vit alors arriver une sorte de lame noire recourbée droit sur la brune. Le jeune se releva et s'interposa.
« SHINYA ! » s'écria Miyuki.
Il l'avait prise dans une épaule. Miyuki sortit un kunai et libéra son camarade qui tomba un genou à terre. Le soulevant par son épaule intacte, la jeune fille l'aida à s'éloigner.
« Cette fois … c'est moi qui t'ai protégée. » articula le blond, le visage tordu par la douleur.
Une fois à l'abri, il perdit connaissance. Miyuki tourna un regard orageux vers le démon. Sortant des talismans élémentaux, elle se rua à grande vitesse sur la créature. Tournant autour, elle lui lança le feu, les éclairs, la terre, la tornade et les lames d'eau. La bête émit des râles tant de douleur que de colère. Utilisant ensuite des kunais qu'elle planta autour en décrivant un pentacle, Miyuki l'enferma. Un dôme s'éleva, emprisonnant la créature.
« NON ! Sale petite peste ! » s'écria Seishirou.
Il s'élança vers elle, épée au clair. Miyuki serra les dents. Très bien, il était temps de s'expliquer avec ce merdeux. Elle glissa sur le côté pour éviter son attaque. Ce faisant, elle lui retourna un coup de genou dans les côtes. Seishirou riposta par un coup de coude qui l'atteignit à la tempe. Il voulut ensuite lui infliger un revers qui l'aurait envoyée par terre. Mais Miyuki intercepta et lui tordit le bras avant de lui retourner un coup de pied. Seishirou revint alors à la charge avec son sabre.
Plus loin, Guren auscultait Shinya. Il referma la blessure, mais sentit du poison démoniaque circuler dans son corps. Il jeta un œil vers sa sœur. Pour le moment, elle s'en sortait bien. Le démon était enfermé, et frappait sa prison. Pourvu qu'elle tienne.
« Montre tes blessures. » dit-il à Kureto.
« Ça va je supporte. Tu ferais mieux d'aller aider ta sœur. » répondit le jeune homme.
« Elle s'en sortira. Fais évacuer l'école par précaution. »
« Bonne idée. »
Il requit l'aide des enseignants et procéda à l'évacuation. Guren se leva, et avança de quelques pas. La prison créée par sa sœur était certes solide, mais dans une durée limitée. Si elle ne se hâtait pas de régler le problème le démon finirait par en sortir. Le combat contre Seishirou allait épuiser ses forces. Guren avança donc vers eux. Il avait l'intention de distraire un instant l'opposant de sa sœur pour qu'elle ait une opportunité. Mais Miyuki ne se laissait pas impressionner.
La jeune fille invoqua un tigre des glaces qui enferma son adversaire. Juste à temps, le dôme du démon commençait à se fissurer. Miyuki tâcha de reprendre haleine. Elle se dirigea vers la créature. Là, concentrant tout son pouvoir dans une flèche elle arma son arc et visa. Miyuki attendit. La barrière magique craquela de plus en plus, et finit par se briser avec un son de verre. La flèche partit une seconde avant. Elle traversa la main griffue du démon puis alla se planter pile entre les deux yeux. Le démon lança alors un cri épouvantable, puis disparut. Miyuki retomba sur un genou, à bout de souffle et de forces.
De son côté, Seishirou parvint à se libérer de sa prison. Remarquant la disparition de sa créature, il poussa un cri de rage. Il se rua vers l'adolescente avec l'intention de la tuer. Guren fonça à son tour. Il atteignit l'adolescent avec une rapidité incroyable. La seconde d'après, la tête de Seishirou voltigea dans les airs. Son corps emporté par son élan fit quelques pas de plus avant de s'écrouler à un mètre à peine de Miyuki. Guren remarqua soudain la présence de Kureto. Il regarda le corps de son frère.
« C'était mon rôle de le punir, non le tien. » signala-t-il.
« Alors tu aurais dû être plus rapide. » répondit Guren de sa voix suave.
Kureto plissa les yeux. Il avait vu l'endroit où se tenait l'adolescent. Il avait réduit la distance qui le séparait de sa cible plus vite qu'aucun des sorts connus ne le permettait. Sans plus tenir compte de son aîné, Guren vint aider sa sœur à se relever.
« Comment va Shinya ? » demanda-t-elle.
« Bien. J'ai guéri sa blessure mais il a reçu du poison. » informa Guren.
« Alors amène-le à notre temple. Je le soignerais mieux là-bas. »
« Oi Guren ! » appela Kureto.
Ce dernier tourna la tête.
« Tu es conscient que je vais devoir rapporter l'incident ? »
« Et ? »
Visiblement les conséquences ne l'inquiétaient pas. Guren savait pertinemment que les Hiiragi ne lui pardonneraient pas la mort d'un des leurs, fut-il possédé. Le brun avança soutenant sa jumelle. Il retrouva Shinya dehors, allongé sur un banc et surveillé par Mito et Goshi.
« Guren ! Miyuki ! Vous avez réussi ? » demanda la rousse.
« Oui Miyuki a détruit le démon. » informa Guren en relâchant la brune.
« Wow. Et Seishirou ? » demanda Goshi.
« Mort de ma main. »
Ses amis le fixèrent incrédules.
« Tu … tu as un tué un Hiiragi. » souffla Mito.
« Tu sais ce que cela signifie ? Ils vont réclamer ta tête. » fit Goshi.
« Et j'aurais les leurs à la place. » rétorqua Guren.
Kureto ordonna à tout le monde de retourner à l'école. Guren fit signe à ses amis d'y aller. Lorsque plus personne à part lui et Miyuki ne fut présent, il fit apparaître ses ailes.
« Tu peux nous porter tous les deux ? » interrogea la jeune fille.
« Oui sans problème. Tiens, tu logeras entre les ailes plus petites. » dit-il.
Guren prit Shinya, décolla un peu du sol puis forma un hamac en rapprochant sa seconde paire d'ailes, dans lesquelles sa sœur s'assit. Le brun prit ensuite très vite de l'altitude.
« Guren mon fils … je suis bien conscient que tu veuilles aider tes amis, néanmoins je me dois de te rappeler que nous n'avons pas vocation à devenir un hôpital public. » lança Sakae au temple.
Le jeune afficha un sourire. Il laissa ensuite les prêtresses et Miyuki s'occuper de Shinya. Il s'en alla en compagnie de son paternel.
« Comment va Mahiru ? » demanda-t-il.
« Oh très bien. Elle donne l'impression d'être au paradis. J'étais un peu inquiet, mais elle me parait être très bien. Elle propose toujours son aide et ne se vexe jamais qu'on la lui refuse. Elle arpente le jardin et les alentours toute la journée, cueille des fleurs, nourrit les poissons et les cygnes et autres canards … bref elle est heureuse. » raconta Sakae.
Guren s'avoua content. D'ailleurs, il entendit sa voix qui l'appelait. Vêtue d'un kimono à fleurs, Mahiru s'élança vers lui le visage empreint de joie.
« Tu es revenu ! » s'exclama-t-elle ravie.
« Temporairement Mahiru. Juste le temps de déposer Shinya au temple. » informa-t-il.
« Shinya ? »
« Oui, l'école a été attaquée par un démon. »
Mahiru s'afficha surprise. Guren expliqua que le responsable en était son frère adoptif Seishirou, et surtout comme cela s'était terminé. Sakae fit volte-face.
« Guren ! Mais qu'est-ce que tu as fait ?! » s'exclama-t-il.
« J'ai sauvé ma sœur ainsi que le reste de l'école, au cas où ce menu détail vous aurait échappé père. Si les Hiiragi viennent jusqu'ici, ils trouveront à qui parler. Faites-moi enfin confiance. » répondit Guren d'un ton posé.
Sakae déglutit. Et se frotta le visage. Il décida de rentrer afin de préparer ses gens à une visite.
« Tu sais, je comprends ton père. Il a vécu tellement longtemps dans la crainte de ma famille qu'il a encore du mal à croire qu'on puisse les vaincre. » fit Mahiru.
« Je sais. Il comprendra lorsqu'il verra. Mahiru, je te confie Shinya. Il devra rester ici un certain temps pour observation par les prêtresses. » informa Guren.
« Très bien. » acquiesça la jeune fille.
« Alors comment trouves-tu mon chez moi ? » demanda-t-il.
« Oh c'est merveilleux. Tout est si calme, si paisible. Tout le monde est gentil avec moi, même s'ils savent qui je suis. Le premier jour ce n'était pas facile, mais ton père leur a dit que si Guren m'avait amenée ici, c'est que j'étais digne de confiance. Cela m'a beaucoup touchée de sa part. » répondit Mahiru.
Guren sourit. Ils marchèrent côte à côté en silence durant un moment. Il eut l'impression d'être revenu au temps béni de leur insouciance, et c'était peut-être le cas. Mahiru semblait partager cette pensée : en l'examinant Guren lui découvrit le visage le plus détendu qu'elle ait jamais eu. Lors de leurs brèves rencontres durant l'école, elle avait eu un air sombre, froid, comme signe de ce qu'elle traversait.
« Hm Guren ? »
« Quoi donc ? »
« Je me demandais … je sais que c'est encore tôt mais … maintenant, maintenant que je ne suis plus sous emprise démoniaque … est-ce que … est-ce que tu crois que toi et moi … on pourra être comme avant ? Est-ce qu'on pourra enfin être ensemble ? » demanda Mahiru.
Guren haussa un instant les sourcils. Le beau visage de la jeune fille était empreint d'inquiétude, craignant sans doute qu'il n'ait plus de sentiments pour elle.
« Tu as donc toujours de l'affection pour moi ? » interrogea-t-il avec un sourire.
« Bien sûr ! Je n'ai jamais cessé d'en avoir. J'agissais pour réaliser ton vœu, t'octroyer plus de pouvoir. J'espérais tant que tu me sauverais. Et tu l'as fait. » avoua Mahiru, le rouge aux joues.
Guren se rapprocha d'elle et passa un bras autour de ses épaules. L'adolescente rougit davantage. Puis elle sourit et posa sa tête contre son épaule. Le brun ne répondit pas à sa question, mais ce geste était encourageant. Ils continuèrent ainsi leur promenade, paisiblement.
Pendant ce temps-là au temple, Shinya reprit connaissance. Allongé sur un futon, il ouvrit doucement les yeux.
« Où suis-je ? » demanda-t-il d'une voix faible.
« Au temple Ichinose. »
« Le temple … Ichinose ? »
Shinya voulut se redresser quand une main se plaça sur son torse et le repoussa doucement en arrière.
« Repose-toi. »
Shinya tourna la tête, et découvrit Miyuki à côté, vêtue d'un haut blanc large et d'un pantalon rouge.
« Miyuki ? »
« Tout va bien. Tu as été blessé par le démon à Shibuya. Guren t'as ramené ici afin que l'on puisse te soigner. Nous avons éradiqué le poison dans ton corps, mais tu as besoin de reprendre des forces. » expliqua-t-elle.
« Et toi tu n'as rien ? » s'enquit-il.
« Non je vais très bien. Je te remercie d'avoir voulu me protéger. Tu vas rester ici un moment, les prêtresses veulent s'assurer qu'il n'y a pas d'effets secondaires à ton empoisonnement. » annonça la brunette.
Shinya acquiesça. Miyuki lui tendit ensuite une coupelle d'eau à laquelle il se désaltéra. Elle lui demanda ensuite s'il désirait autre chose. Le jeune avoua qu'il avait un petit creux. Miyuki avait prévu un petit encas qu'elle lui servit. Shinya porta la main à son épaule. Il ne sentit pas la moindre trace de blessure. Il voulut se redresser mais la tête lui tourna. Miyuki piocha du riz dans un bol et approcha les baguettes de sa bouche. Shinya la regarda interloqué.
« Allez fais pas de chichis. Tu n'es pas en état de manger correctement tout seul. » dit-elle.
Shinya ouvrit la bouche et la laissa y déposer le riz. Miyuki le fit déjeuner ainsi. Un instant plus tard, Guren arriva en compagnie de Mahiru.
« Alors comment vas-tu ? » lança Guren.
« Bien. Mahiru ça alors je ne savais pas que tu étais ici. » s'étonna Shinya.
« Si fait. Je suis arrivée ici pour la même raison que toi : pour des soins. » sourit la jeune fille.
Elle était vêtue d'un kimono, mais Shinya remarqua surtout la joie qui illuminait ses traits. Miyuki termina de donner la becquée à son camarade, puis débarrassa le plateau.
« Nous devons retourner à Shibuya. Nous nous verrons je ne sais quand. » informa Guren.
« Bien, bon courage. » répondit Mahiru.
Guren lui retourna un sourire et quitta le temple en compagnie de sa sœur. Mahiru vint s'agenouiller aux côtés de Shinya, puis lui demanda des nouvelles de l'institution. Le jeune lui raconta l'attaque dont ils avaient récemment fait l'objet. Mahiru le renseigna sur le dénouement qu'elle avait appris de Guren.
« Mais … mais c'est dangereux qu'elle … qu'ils retournent là-bas. » fit Shinya.
Mahiru avait bien noté le elle, mais elle ne releva pas.
« Je sais. Je l'ai dit à Guren mais il m'a répondu qu'il s'en occuperait. »
Shinya soupira. Une prêtresse vint le voir, apportant un kimono bleu ciel. L'adolescent la remercia. Mahiru s'éloigna le temps qu'il puisse se changer.
