Petite découverte pour les un et les autres.

Bonne lecture ^^


Le lendemain, Shinya était sur pied. Revêtu du kimono qu'on lui avait apporté, il marchait dans le jardin aux côtés de Mahiru. L'adolescente lui expliquait que Guren avait dévoré ses démons, dont un qu'elle possédait depuis sa naissance. Depuis qu'elle était ici la jeune fille se sentait renaître.

« C'est si calme par ici. Loin de tous les conflits de pouvoir, des luttes en classes. » confia-t-elle.

« C'est vrai que c'est tranquille, ça nous change. Voilà donc l'endroit où les jumeaux ont grandi. Les veinards. » répondit Shinya en observant le paysage.

Ils arrivèrent près d'un bassin. Mahiru sortit un sac contenant des graines qu'elle lança dans l'eau.

« Guren t'a-t-il dit que ce qui lui était arrivé ? Je veux dire où a-t-il déniché tant de force ? » questionna Shinya.

« Rien du tout. Et je n'arrive pas à comprendre de quoi il retourne. À Ueno, l'arme que je lui ai présentée aurait dû le posséder, et même déverser du poison démoniaque en lui. Au lieu de ça, Guren est resté aussi stoïque qu'une pierre. Enfin tu l'as vu comme moi. » répondit Mahiru.

« Mouais. Si tu avais vu la raclée qu'ils ont infligée à Kureto nii-san ce n'était pas triste non plus. »

« Comment ? » s'étonna Mahiru en se retournant.

« J'espère que je ne fais pas une gaffe en te le racontant. Mais c'est arrivé après l'attaque d'avril. »

Shinya lui raconta que Kureto avait profité de ce que les jumeaux n'avaient pas été correctement évalués pour tester leurs capacités. Il n'avait du reste, pas été déçu du voyage. L'adolescent ne cacha aucun détail à sa fiancée.

« Ils auraient fait pire tu dis ? Qu'est-ce qu'il faut comprendre ? » releva Mahiru, un doigt sur le menton.

« Rien de plus, rien de moins j'en ai peur. » répondit Shinya en croisant les bras.

Pensive, Mahiru continua de jeter des graines. Mais elle croyait réellement que Guren et Miyuki avaient été honnêtes en affirmant cela. Son petit sac vide, Mahiru se releva et invita Shinya à poursuivre leur discussion sur les jumeaux. Elle sut ainsi comment s'était passé la rentrée, la réaction des élèves qui avait changé au fil des jours. Mahiru s'en étonna : cela ne ressemblait pas au Guren qu'elle avait connu. Au bout de quelques minutes, Shinya se résolut à poser la question de leur avenir commun à Mahiru.

« Je vais être franche avec toi Shinya : je n'ai pas changé d'avis. J'aime toujours Guren et je ne désire qu'une chose : être avec lui. J'en suis désolée pour toi. » dit-elle.

« Je m'en doutais à vrai dire. Mais je crois qu'il faut malgré tout qu'on en discute. Je vais être franc moi aussi, ça me perturbe un peu tout ça. J'ai été entraîné ma vie durant pour te convenir, et je me suis aperçu qu'au final, tout ça n'avait servi à rien. Si je n'ai plus de but, alors que dois-je faire ? »

« N'y a-t-il donc personne d'autre qui a pu gagner ton cœur ? Si ce n'est pas le cas, ne t'inquiètes pas. Tu es encore jeune, tu as le temps. » répondit Mahiru.

Quelqu'un d'autre … en fait, il y avait peut-être une personne en effet. Quand Shinya y pensa, ses joues prirent de la couleur. Détail qui n'échappa pas à Mahiru. Elle s'arrêta, et plaça une main sur son bras pour qu'il stoppe lui aussi.

« Shinya … mais tu rougis ! »

« Non non pas du tout ! » protesta le jeune en rougissant davantage.

« Siiii ! C'est donc qu'il y a une personne qui compte pour toi. » sourit Mahiru.

Shinya détourna le regard. Il entendit sa comparse ricaner.

« Pas la peine de nier ton visage parle pour toi. » insista-t-elle.

Shinya finit par pousser un soupir de capitulation.

« D'accord je l'admets. Je crois bien que je suis amoureux. »

« Yaaayyy ! Je suis trop contente pour toi ! Alors c'est qui ? » s'exclama Mahiru ravie.


Pendant ce temps-là à Shibuya, les jumeaux faisaient de nouveau face à Kureto. Ce dernier ne put s'empêcher de constater une fois encore, leur tranquille assurance. Ils avaient pris place sur un canapé sans se faire prier cette fois. Ils savaient très certainement pourquoi ils étaient là, et ne manifestaient aucune émotion à ce sujet.

« Je commence à penser que c'est ce qu'ils attendaient. » se dit Kureto.

Les deux Ichinose sirotaient leur thé aussi sereinement que s'ils étaient dans leur jardin.

« J'ai ici le rapport mentionnant l'attaque du démon. Il y est fait mention de votre participation et du résultat obtenu. » annonça le jeune homme.

« Fort bien. » commenta Miyuki.

Kureto les dévisagea un instant. Décidément leur attitude le déconcertait. Jusqu'à présent, tout ceux qui étaient venus dans son bureau avaient toujours démontré de la nervosité quand ils n'étaient pas verts de peur. Au lieu de cela, c'était Kureto qui avait l'impression d'être reçu par les jumeaux.

« Je n'ai pas ajouté que Guren avait tué Seishirou. » révéla-t-il.

Cette fois, Guren releva son regard violet vers lui. Il le fixa un instant avant de terminer paisiblement son thé. Kureto manqua de rouler des yeux.

« Y aurait-il une raison particulière à cela ? Ou serait-ce que tu nous aimes bien ? » dit-il en reposant sa tasse.

Et puis quoi encore ? Il espérait que Kureto lui demande un autographe aussi ?

« Vous m'avez tout de même sauvé la vie ce jour-là. Sans compter votre clémence lors de notre duel. » dit-il.

« Ah ! Mais tu ne pourras pas cacher cela. Il y a des témoins. Tu serais accusé de trahison. Nous n'avions nul besoin de te tuer le jour de notre évaluation. » lança Guren avec un sourire.

« Tu voulais voir ce que nous étions capables de faire, eh bien nous avons répondu à ta demande. Et puis tout à fait entre nous, même si tu as le sens de l'honneur tu restes un Hiiragi. Être vaincu par des Ichinose doit être insupportable. Avec cet incident, tu as de quoi déclencher de sérieuses représailles. » continua Miyuki.

« Mais tu choisis de tenter d'arrondir les angles malgré tout. Je crois plutôt que … si des représailles étaient lancées, tu sais très bien que le résultat ne sera pas celui escompté. En conséquence, ce n'est pas nous que tu veux épargner Kureto. Mais les tiens. » conclut Guren.

Kureto laissa la main tenant le rapport retomber. Ils avaient raison : il cherchait à limiter la casse. Ils l'avaient aussitôt percé à jour ces gosses.

« Va, rectifie ton rapport et ne te soucie plus de rien. Nous ferons ce qui doit être fait. L'orgueil… doit être puni. » reprit Guren.

Kureto plissa les yeux.

« Hm ! Très bien, puisque vous le demandez. Mais ma dette est payée. » indiqua Kureto en rouvrant le dossier.

Miyuki afficha un sourire sarcastique.

« Ce n'est pas au débiteur d'en juger, j'en ai peur. Mais nous n'avons pas besoin de toi quoi qu'il en soit. Une âme comme la tienne peut rester se complaire dans sa solitude tout son saoul. »

Le concerné, qui venait d'enlever une feuille pour la remettre à la correction, suspendit ton geste.

« Je te demande pardon Miyuki ? »

« Tu m'as parfaitement bien compris. Tu es un solitaire n'est-ce pas ? Comme les autres. En vérité vous n'êtes qu'une illusion de famille. Quand au juste as-tu fait quelque chose pour toi et non pas ce qu'on attendait de toi ? Quels choix as-tu fait librement, et non en fonction de ton statut ? Aucuns j'en ai bien peur. Pour moi tu es une marionnette, une coquille vide. Je pense qu'en définitive, nous sommes mieux lotis que toi : nous au moins nous avons connu une famille aimante. » développa Miyuki.

« C'est vrai. C'est à faire pitié en vérité. Tu n'as donc jamais rêvé d'être normal ? Je sais que tu cherches le pouvoir, et je me demande si ce n'est pas pour compenser ce que tu n'as jamais eu de la part des tiens. De l'affection.» continua Guren.

« Je ne vous permets pas … de me juger de la sorte. » fit Kureto entre ses dents.

« Ha ! Comme si vous autres Hiiragi vous vous gêniez ! Nous te plaignons, franchement. L'être humain n'est pas fait pour être seul trop longtemps. L'amour fait partie de nous quoi qu'on en pense, il nous construit. » rétorqua Miyuki.

Les jumeaux décidèrent qu'il était temps pour eux de partir. Guren avait une autre tâche à effectuer. Ils saluèrent Kureto et le laissèrent seul avec son rapport. Ce dernier claqua son dossier avec colère. Très bien, puisque c'est qu'ils voulaient alors il dirait tout. Il s'assit à son bureau.

« Quand as-tu fait quelque chose pour toi et non ce qu'on attendait de toi ? »

Kureto leva son stylo un instant.

« Non mais qu'est-ce qu'ils croient ? Quand on possède un statut on a des devoirs, des obligations. » dit-il.

« Quels choix as-tu fait librement et non en fonction de ton statut ? »

Il secoua la tête et continua à écrire. De son côté, Guren arriva en vue d'un petit appartement. Mahiru lui avait indiqué que sa sœur Shinoa y vivait, la plupart du temps seule.


« Ils laissent une enfant de huit ans vivre toute seule ? Ils sont vraiment graves dans cette famille. » fit Miyuki en sonnant.

Pas de réponse. Guren posa la main sur la serrure. Un instant d'après, un déclic se fit entendre et il ouvrit. Il fit quelques pas dans l'entrée. L'endroit était bien tenu. Soudain, il perçut un danger. Un objet vola dans sa direction. Guren se pencha légèrement, puis saisit un couteau entre deux doigts.

« Bonjour Shinoa. » dit-il en jetant le couteau par-dessus son épaule.

« Qui êtes-vous ? » demanda l'enfant.

« Guren et Miyuki Ichinose. C'est ta sœur Mahiru qui nous envoie pour te ramener à elle. J'imagine que tu n'as plus de nouvelles d'elle depuis longtemps. » se présenta Miyuki.

Shinoa les observa, et plus particulièrement Guren.

« Comment êtes-vous entrés ? Je doute que ma sœur vous ai fourni une clé. » reprit Shinoa.

« Je n'ai nul besoin de clé pour entrer où je le désire. » répondit Guren.

« Pourquoi je vous suivrai ? Qui me dit que vous êtes qui vous prétendez être ? » continua l'enfant.

« Eh bien regarde le badge sur notre col. » fit Miyuki.

« Hmmm … en effet vous êtes des Ichinose. Mais ma sœur ne m'a jamais dit qu'un jour elle vous enverrait. » insista Shinoa.

« C'est parce qu'elle ne pouvait pas prévoir que ses plans seraient rendus inutiles. Bien, je vais te prouver nos dires. » fit Guren.

Il composa le numéro du domaine, sur un autre téléphone qui n'était pas sur écoute. Il obtint un disciple, auquel il demanda d'aller chercher Mahiru. Quelques minutes plus tard, Guren entendit sa voix. Il lui expliqua qu'il se trouvait chez Shinoa, puis passa le téléphone à l'enfant. Mahiru attesta le fait qu'elle pouvait faire confiance aux jumeaux et les suivre. Shinoa raccrocha.

« Je dois faire ma valise. » dit-elle.

« Veux-tu de l'aide ? » proposa Miyuki.

« Oui pourquoi pas. »

La brunette suivit l'enfant dans sa chambre, et l'aida à rassembler le maximum de vêtements. Ceci fait, les jumeaux quittèrent l'appartement de Shinoa avec elle. En passant près de l'école, ils aperçurent plus loin les cheveux roux de Mito. Miyuki poussa Shinoa dans un coin et lui demanda d'attendre. La rouquine aperçut les jumeaux, appela quelqu'un puis courut vers eux accompagnée de Goshi.

« Vous voilà ! Alors, comment ça s'est passé avec Kureto-sama ? » s'inquiéta-t-elle.

« Comme cela devait. Il ne voulait pas mentionner dans son rapport que j'étais responsable de la mort de Seishirou. Nous lui avons cependant souligné qu'il ne pourrait pas le cacher. » répondit Guren.

« Lorsque sa famille saura, il y aura des représailles. En conséquence, nous les attendrons de pied ferme à notre domaine. Nous ne reviendrons pas en cours. » ajouta Miyuki.

« Mais … c'est injuste ! Vous n'aviez pas le choix il aurait décimé toute l'école ! » protesta Mito.

« C'est vrai ! Il suffisait de laisser Kureto rendre son rapport sans parler de vous et puis voilà ! Pourquoi lui avoir demandé le contraire ? » s'étonna Goshi.

« Parce que nous sommes des Ichinose. Rien ne pourra contenter les Hiiragi. Ils ne verront que ça, même si on sauve la vie d'un des leurs. » rappela Miyuki.

« On doit pouvoir faire quelque chose. » reprit Mito.

« Surtout pas. Vous deviendrez des traîtres, des renégats. » fit Guren.

« Mais … mais vous nous avez sauvé. » s'entêta Mito d'une petite voix.

« Alors profitez de cette vie. » lui dit Miyuki.

Les jumeaux leur tournèrent le dos et s'en allèrent, récupérant Shinoa à un angle là où ils l'avaient laissée.


« Bon à nous deux. Où en étions-nous ? » fit Mahiru en retrouvant Shinya.

« Tu étais appelée pour un coup de fil. Pas de problème au moins ? » éluda l'adolescent.

Ils étaient à l'intérieur de la maison familiale.

« Non, et ne change pas de conversation. Je veux savoir qui a réussi à capturer ton cœur. »

« Bon bon, mais pas ici il y a trop de monde. »

Les deux adolescents cherchèrent un endroit calme, et finirent par monter un escalier en désespoir de cause. Ça pullulait de serviteurs ici. Une fois en haut, Mahiru reposa sa question à Shinya qui leva la tête au ciel. Une groupie ne ferait pas mieux, sérieux. Elle l'entraîna loin dans la maison qu'elle semblait bien connaître.

« Mais garde-le pour toi d'accord ! Ce n'est pas simple pour moi. » fit Shinya.

« Ah et pourquoi cela ? » s'étonna Mahiru.

Être ou ne pas être amoureux, il n'y avait rien de plus simple selon elle.

« Parce que j'ai été entraîné pour te plaire à toi, pas à quelqu'un d'autre. Je ne sais pas si je saurais m'y prendre. »

« Oh. Mais si tu me disais qui c'est déjà, peut-être que je pourrais te conseiller. » offrit Mahiru.

« Eh bien … il … c'est … »

Mahiru pencha la tête en avant. Shinya détourna les yeux, joues rouges.

« C'est Miyuki. » avoua-t-il enfin.

« La sœur de Guren. » ajouta Mahiru.

« Oui, et j'ai bien peur que s'il s'en aperçoit il me dévisse la tête. »

« Il a pas tort le bougre. » songea Mahiru yeux en billes.

L'adolescente lui demanda ensuite des détails, comment avait-il succombé.

« Eh bien, au début je m'intéressais surtout à son frère en fait. » commença Shinya.

« EH ? »

« Pas comme ça baka ! Je m'intéressais à lui parce que je voulais savoir pourquoi tu l'avais choisi. Ce qu'il avait de plus que moi. J'étais un peu jaloux je l'avoue. Alors lors de la rentrée je l'ai attaqué pour le tester. Mais il a simplement eu l'air de recevoir un coup de vent. Ça m'a vexé je dois dire. » continua Shinya en se tournant vers une fenêtre.

Ensuite, le jeune avait tenté de lier connaissance avec lui, sans grand succès. Finalement, constatant que sa sœur était plus abordable, il avait opté pour un rapprochement envers elle afin de mieux cerner l'aîné des jumeaux. Les deux adolescents s'étaient rapidement bien entendus, si bien que Shinya en oubliait son objectif. Puis Miyuki le protégea de l'attaque des Hyakuya en avril. C'était la première fois que quelqu'un agissait de la sorte pour lui. Il lui raconta aussi comment elle l'avait soigné à deux reprises contre les frères Hiiragi. Il y avait eu ensuite Ueno, où elle l'avait encore sauvé. Miyuki avait remarqué sa tristesse intérieure et lui avait proposé de les rejoindre, arguant que son chagrin disparaîtrait. Shinya lui avait alors parlé de son passé, et la jeune fille lui avait expliqué que les Ichinose l'accueillerait en ami et non comme un pion. Il s'était senti encore plus proche d'elle après cela. Et puis, son physique était franchement plaisant. Shinya avait réalisé ses sentiments après l'avoir protégée à son tour.

« Je n'ai jamais eu quelqu'un comme Miyuki dans ma vie auparavant. Quelqu'un qui s'intéresse réellement à moi et pas à mon nom. Une personne qui me témoigne de l'affection, qui veut sincèrement m'aider, et qui me respecte. » conclut Shinya.

« Hmm je vois. Mon avis c'est que tu dois être avant tout toi-même. Personne n'aime quelqu'un qui joue un rôle, tôt ou tard ça finit par se voir. Quand on aime quelqu'un, on l'accepte tout entier, défauts et qualités. » conseilla Mahiru.

« Mais comment je vais savoir si je lui plais ? » demanda Shinya.

« Commence par la courtiser, tout simplement. Je me charge de distraire Guren. » sourit Mahiru avec un clin d'œil.

« Ce ne sera pas de refus. Merci Mahiru. » sourit Shinya.

La jeune fille sourit plus largement. Puis un mouvement attira son regard à l'extérieur. Elle découvrit alors Guren et Miyuki qui lui ramenaient sa petite sœur. Mahiru s'élança alors vers la sortie.

« Hé attends Mahiru ! Je ne connais pas la maison moi ! » s'exclama Shinya.

Mais le temps qu'il la rattrape elle avait disparu. Et zut. Dehors, Shinoa venait de reprendre connaissance. Guren l'avait plongée dans le sommeil afin qu'elle ne découvre pas ses ailes. La petite fille s'étonna de voir sa grande sœur si radieuse. Mais elle fut heureuse de la retrouver. Miyuki délaissa les jeunes filles pour se rendre dans sa chambre et se prélasser dans un bon bain.

De son côté, Shinya ouvrit une porte au hasard. Non, ce n'était pas la sortie là non plus. Mais où était ce fichu couloir menant à l'escalier déjà ?

« On dirait … une chambre féminine. C'est drôle, j'ai l'impression de connaître l'odeur qui flotte ici. » pensa Shinya.

Il entra sans réfléchir, intrigué. La décoration était simple, un ou deux cadres de paysage pas plus, une vieille peluche sur un bureau. La couleur des murs était un violet pâle, le lit comportait une moustiquaire. Shinya s'approcha du bureau. Des livres de magie y étaient rangés par ordre alphabétique. Passant la main sur le bois, il regarda autour, cherchant à deviner qui était le propriétaire de cet endroit. Sa main heurta un taille-crayon de l'autre côté du bureau. Shinya sursauta en l'entendant tomber, puis se précipita pour le ramasser. Au même moment, quelqu'un poussa la porte de la chambre et entra.

« Bizarre je croyais avoir fermé. » entendit le blond.

Shinya se crispa, puis se releva lentement. Il découvrit alors Miyuki devant son lit, qui défaisait … les boutons de la chemise de son uniforme. Sentant soudain un regard, elle se tourna. Carmin, Shinya fit tout ce qu'il put pour que ses yeux ne descendent pas en dessous du menton de la brune, notamment sur sa chemise grande ouverte. Un cri strident retentit soudain. Guren qui montait la valise de Shinoa vers sa nouvelle chambre, la lâcha en plein dans les escaliers. Mahiru retint le bagage, sans quoi sa petite sœur se serait vue redescendre avec. L'adolescent arriva ensuite sur le seuil de la chambre de sa jumelle, pour découvrir Shinya dedans face à Miyuki à moitié dévêtue.

« Toi … QU'EST-CE QUE TU FOUS DANS LA CHAMBRE DE MA PETITE SŒUR ! » tonna Guren.

Il dégaina aussitôt son épée et se rua sur Shinya.

« Mais attends ! Je savais pas que c'était la sienne ! » s'exclama Shinya en levant les mains.

Il dut néanmoins décamper pour ne pas se retrouver empalé ou privé d'un membre. Il passa sur le lit suivi de près par Guren. Il se rua ensuite vers la porte qu'il passa avec un cri.

« REVIENS ICI ESPECE DE BÂTARD ! » rugit Guren.

Mahiru plaqua sa petite sœur contre le mur pendant que les hommes passaient. Miyuki les rejoignit, avec un t-shirt mais toujours sa jupe d'étudiante. Shigure et Sayuri qui avaient gagné le domaine la veille, venaient assister la nouvelle venue et découvrirent Guren pourchasser Shinya.

« Ils étaient comme ça vos frères ? » demanda Miyuki.

« Ooooh non ! » répondirent deux voix.

« Ils n'en avaient rien à faire de nous. » ajouta Shinoa.

« Mouais, des fois je me demande si je ne préfèrerais pas. Bon Mahiru, pourrais-tu m'aider à éviter un meurtre ? » lança Miyuki.

« Je vais conduire Shinoa-chan dans sa chambre. » se proposa Sayuri.

« Et moi je vais vous aider. » indiqua Shigure.

« Dans ce cas, avec joie. » accepta Mahiru.

« Mais je veux voir, moi ! » protesta Shinoa.

« Non, ce n'est pas un spectacle. » répondit Mahiru.

Sayuri entraîna Shinoa qui boudait.


Plus loin, Shinya retrouva enfin l'escalier qu'il cherchait. Restait à ne pas le descendre cul par-dessus tête, et avec un psychopathe à ses trousses ce ne serait pas évident. Il descendit aussi vite que possible en se tenant à la rampe. Guren de son côté, sauta littéralement dans la cage de l'escalier. Shinya le vit arriver avec son épée de feu. Il sauta les dernières marches puis continua sa course. Dans la maisonnée, on se plaqua aux murs voire on se jeta au sol.

« Quelle est cette folie ?! » s'exclama Sakae en arrivant sur les lieux du drame.

Il découvrit un Shinya terrorisé proche de l'incontinence et un Guren s'étant soudain découvert des dons de geyser tant il fumait.

« As-tu perdu la tête pour agresser ainsi nos invités mon fils ? » reprit Sakae les mains sur les hanches.

« Il est entrée dans la chambre de ma sœur pendant qu'elle se déshabillait ! » répondit Guren en montrant son camarade.

« … »

Shinya vit une ombre passer sur le visage du patriarche.

« Mais c'est complètement faux ! » s'écria le malheureux.

Sakae semblait à deux doigts de donner sa bénédiction à Guren pour continuer. Ce qu'il fit qu'il garda le silence ? Son fils qui décida de s'en passer. Et on était reparti pour un tour. Un rien après, Sakae vit arriver les filles. Il tendit le doigt dans la direction prise par les garçons. Sa fille le remercia en passant. Lorsqu'enfin elles les rattrapèrent, ils se tournaient autour dans la cuisine, séparé par l'îlot central.

« Mais puisque je te dis que je ne savais pas ! » s'écria Shinya en cherchant une échappatoire.

« Te fous pas de moi ! » rétorqua Guren en bondissant sur le meuble.

Miyuki s'avança dans la pièce, décrocha une casserole d'un mur et l'envoya droit sur la tête de son frère. GONG !

« OUCH ! »

« Bon ça suffit les conneries maintenant ! » s'exclama Miyuki.

Elle et Mahiru vinrent se placer entre les garçons. Shinya nota que la sœur du brun se mettait devant lui, comme pour le protéger. Il se mordilla la lèvre et retint un sourire.

« Guren arrête. C'est de ma faute. Shinya et moi on discutait tranquillement en haut quand je vous ai vu arriver avec Shinoa. Je l'ai planté là et il a dû se perdre. Il ne connait pas l'endroit comme moi. » expliqua Mahiru en levant une main.

« Guren-sama. Je crois que vous devriez lui accorder le bénéfice du doute. Après tout, le nom de Miyuki-sama ne figure pas sur sa porte. Ce pouvait donc être n'importe quelle chambre. » ajouta Shigure avec bon sens.

« Exact. Et il ne pouvait pas non plus prévoir que je viendrais me changer. » ajouta Miyuki.

Guren retourna un regard incendiaire à son condisciple. Cependant, il lui fallut bien se rendre aux arguments des jeunes filles. Il rengaina donc son arme.

« Très bien. Bénéfice du doute accordé. Mais dorénavant je t'aurais à l'œil. » fit Guren en le menaçant de l'index.

« C'est bien noté. » répondit Shinya.

Guren quitta la pièce. Les filles poussèrent un soupir de soulagement.

« Merci beaucoup. » sourit Shinya.

« De rien. Mais je peux savoir ce que tu trafiquais dans ma chambre ? » demanda Miyuki.

« C'est exactement comme l'a dit Mahiru. Je cherchais le couloir menant à l'escalier et je me suis perdu. J'ai ouvert une porte au hasard, et je suis entré sans réfléchir. Puis j'ai fait tomber ton taille-crayon, et quand je me suis relevé après l'avoir ramassé tu étais là. Je suis vraiment désolé Miyuki, je t'assure. » raconta Shinya.

« Ben la prochaine fois, ne rentre pas dans une pièce que tu ne connais pas. Sur ce je vous laisse, j'ai mon bain qui m'attends. » répondit Miyuki.

Shigure se chargea de raccompagner les invités. Shinya et Mahiru se retrouvèrent dehors.

« Quel bazar ! » soupira Shinya en s'asseyant sur la terrasse entourant le rez-de-chaussée.

« Tu l'as dit. M'enfin, tu as eu une vue plutôt plaisante de ta dulcinée non ? » fit Mahiru.

Shinya lui retourna une expression désabusée.

« Franchement Mahiru ! En tout cas, moi qui voulais demander à être un des leurs c'est mal parti. »

« Ah ? Tu ferais mieux d'attendre de voir si tu plais à Miyuki non ? » reprit Mahiru.

« Je sais, mais je sais aussi que je serais mieux ici que chez nous. » répondit Shinya en se passant la main dans les cheveux.

« C'est sûr. Tu crois qu'ils nous accepteront moi et Shinoa aussi ? Nous ne pouvons plus rentrer. Et on n'a nulle part où aller. »

« M'étonnerais que Guren te flanque à la porte. » répondit Shinya.

Ce fut à cet instant que Shinoa arriva en compagnie de Sayuri. Mahiru la remercia, et laissa Shinoa se pelotonner contre elle, passant un bras autour d'elle. Sayuri les laissa.

« Je constate que tu es toujours vivant. » lança la fillette.

« Il s'en est pourtant fallu d'un cheveu. » répondit Shinya.

« Quelle idée d'entrer dans la chambre de la fille chez qui on se trouve. » continua l'enfant.

« Mais j'ai pas fais exprès bordel de merde ! » s'exclama-t-il exaspéré.

« Shinya ! » le réprimanda Mahiru en couvrant les oreilles de sa sœur.

« Pas la peine j'ai entendu. » informa Shinoa.

Mahiru ôta ses mains. Un silence passa, chacun le regard rivé devant lui.

« Dis … » lança Mahiru.

« Hm ? »

« Si nous restons, notre famille risque de punir les Ichinose. Ils vont croire qu'ils nous ont kidnappées moi et Shinoa. Ou en tout cas, ils useront de ce prétexte, quand bien même cela parait improbable. » fit remarquer l'adolescente.

« Aux dernières nouvelles, personne ne sait où tu es. Et si représailles il y a, j'en connais qui vont être surpris. » fit Shinya après un silence.

« Tu me fais penser que j'aimerais bien que Guren m'explique ce qui lui est arrivé. La puissance qu'il détient n'est pas de ce monde. Même du nôtre. Personne n'est capable de composer avec les démons comme il l'a fait. » reprit Mahiru.

« Il te le dira sûrement en temps et en heure. Mais je suis curieux moi aussi. »

Les jeunes gens restèrent là jusqu'à ce que Shigure vienne leur annoncer que le dîner était servi. Le trio se retrouva donc à table avec les têtes pensantes des Ichinose, à savoir Sakae et les jumeaux, mais aussi les parents de Sayuri et Shigure ainsi que les jeunes filles. Guren darda un regard acéré à Shinya, ce qui lui valut un coup de coude de sa sœur. Sakae attendit que ses invités prennent place, puis leur souhaita un bon appétit.


Après le dîner, le patriarche se réunit avec ses enfants ainsi que les trois Hiiragi. La raison était de statuer sur leur sort.

« Le jeune Shinya-sama était ici pour des raisons de santé. Les prêtresses l'ont observé et examiné, et n'ont pas trouvé à redire sur son état. » commença Sakae.

Shinya avait en effet été demandé après le dîner au temple.

« Quant aux sœurs Hiiragi … il semblerait que cela soit plus délicat. Guren m'a expliqué ce qu'il en était pour Mahiru-sama. Vous avez ensuite demandé à ce que nous accueillions votre petite sœur car elle était selon vous, en danger. »

Shinoa, assise sur les genoux de Mahiru, leva la tête vers elle.

« En effet. J'ai tenté de la protéger dans les limites de mes capacités, et j'ai réussi. Malgré cela, je ne peux la laisser aux mains de ma famille. Je ne sais que trop ce qui l'attends là-bas. » répondit Mahiru.

« Onee-san, je ne comprends pas. » intervint Shinoa.

« Ce n'est rien Shinoa, je t'expliquerais plus tard mais pas aujourd'hui. » répondit Mahiru.

« Vous êtes tout de même conscients tous les trois du risque que nous courrons en vous recueillant ici. » reprit Sakae.

« Parfaitement. Nous tenons à vous remercier pour votre bonté et votre hospitalité, Sakae-sama. Mais malgré cela, nous sollicitons un droit d'asile. Nous souhaitons sincèrement être des vôtres, et si possible plus tard bien entendu, des membres à part entière de votre famille. » répondit Shinya.

La demande parut les surprendre tous les trois.

« Rien que ça. » fit Sakae.

Il reçut deux hochements de têtes. Shinoa, comprenant qu'elle ne rentrerait pas acquiesça à son tour. C'était certainement mieux que d'être toute seule dans son grand appartement.

« Personnellement je suis d'accord. » intervint Guren.

« Moi aussi. Ils ne peuvent plus repartir. Avec cette histoire pour Seishirou, les représailles arrivent. Le grand moment est proche. » précisa Miyuki.

Sakae plissa les yeux. En effet, la guerre de libération était sur le point de commencer.

« Sans parler des Hyakuya qui doivent rechercher Mahiru. » continua Guren.

La concernée baissa la tête.

« Et tu penses que tu pourras gérer tout ce monde, Guren ? » demanda Sakae.

« Sans le moindre doute oui. Jusqu'ici, je n'ai révélé que des échantillons de mes capacités. Même si les Hyakuya et tous les Mikado no Oni s'unissent, je les anéantirais. Qu'ils nous envoient donc toutes leurs forces s'ils le veulent, ils se casseront les dents. »

« Il serait cependant plus sage de ne pas attendre. Les Hiiragi frapperont les premiers. » intervint Miyuki.

« Je sais. Mais je pense qu'ils y réfléchiront ensuite à deux fois après leur premier échec. Car je compte bien ne pas m'arrêter sur ma lancée. » avertit Guren.

« Je n'ai d'autre choix que de te laisser carte blanche mon enfant. Je n'ai pas le pouvoir de m'opposer moi-même aux Hiiragi. Très bien. Vous trois pouvez rester, mais pour le reste il faudra attendre un peu. » décida Sakae.

« Nous vous remercions infiniment, Sakae-sama. » répondit Mahiru.

La réunion s'acheva sur cette décision. Chacun gagna ensuite sa chambre.