Éveillé depuis l'aube, Rumplestiltskin étudiait minutieusement le visage de Belle qui dormait paisiblement, enroulée dans les draps. Détaillant chacune des courbes de son corps, il tentait d'en mémoriser chaque parcelle.

Maintenant que la malédiction de la Ténébreuse avait été dissoute dans le néant, pulvérisée par la force de la magie du baiser d'amour véritable, il ne savait pas trop ce qu'il allait advenir de lui.

Il s'était préparé à ne pas survivre au duel sur la frégate de Hook. Ensuite, il n'avait pas imaginé une seule seconde s'en sortir face à l'armée de Ténébreux que le pirate prévoyait d'emmener à Storybrooke et encore moins revoir la Noirceur qui avait squattée son enveloppe charnelle pendant des siècles sous les traits de Lacey.

La nuit avait été magique. Leur union plus intense et passionnée que jamais et bien au-delà de ce qu'il n'avait jamais fantasmé dans ses rêves les plus fous quand ils étaient séparés. Son épouse n'avait rien à envier à sa jumelle maléfique de ce côté là, supposait-il. Bien qu'il se soit toujours arrangé pour décliner chaque occasion qui se présentait à lui quand elle n'était pas elle-même.

Et tout le problème résidait là, ce matin.

Belle serait à nouveau elle-même quand elle ouvrirait ses grands yeux azur et il n'osait pas préjuger des dispositions que la jeune femme qu'il aimait de tout son c?ur prendrait.

Ils n'avaient pas réellement pris le temps de parler sérieusement de ce qui se passerait après le baiser d'amour véritable.

Angoissé qu'il était de voir débarquer les Héros au pire des moments, fidèles à eux-mêmes, il n'avait pas pris en compte les conséquences qu'engendrerait leur acte. Ou plutôt, il avait soigneusement évité d'y penser. Belle serait saine et sauve, et c'était tout ce qui comptait à ses yeux à ce moment-là. Le temps leur était compté, il n'y avait pas à tergiverser.

Le baiser... les baisers, se reprit-il, qui avaient permis la libération de sa princesse avaient été de plus en plus fiévreux et auraient certainement plus à Lacey. Il l'imaginait sans encombre ricaner depuis les limbes où elle devait errer.

Bonne chance, vieux fou, lui criait-elle certainement en riant.

Il aurait dû prendre sur lui d'interrompre la chose, au lieu de la laisser dégénérer à un tel point.

Mais emporté par les émois de leurs retrouvailles et ses envies charnelles, ses besoins primaires avaient dominé son cerveau.

Maintenant, il redoutait qu'elle regrette l'abandon dont elle avait fait preuve et qu'elle lui reproche de ne pas avoir recouvré la raison, dans un éclair de lucidité.

Elle aurait peut-être été choquée par son refus et même, sans doute, carrément vexée mais elle aurait aussi certainement reconnu aisément que c'était la décision la plus sage. Il avait déjà eu à affronter pareil dilemme par la passé et il avait toujours su agir en gentleman, comme elle le méritait.

Il avait tout simplement l'impression d'avoir abuser d'elle dans un instant de faiblesse. Elle était ivre de liberté et son jugement pouvait en être altéré aussi sûrement que si cela avait été les conséquence de l'abus d'alcool.

Ses émotions avaient été chamboulées par l'expérience qu'elle venait de traverser et elle ne devait pas être en état de prendre une quelconque décision. Encore moins, une aussi importante que celle qui concernait leur futur.

Il était bien placer pour savoir que les réactions engendrées par des mois de calvaires n'étaient pas les plus censées, à défaut d'être l'expression de ce qui vous tenait le plus à c?ur.

S'il n'avait pas été encore sous le choc de l'année passée sous le joug de Zelena, il n'aurait jamais menti à Belle alors même qu'il lui demandait de l'épouser

Il n'aurait peut-être même jamais eu le courage de lui faire sa demande s'il n'avait pas vécu en cage comme un animal pendant des mois. Pendant son supplice, après la mort de Bae, la seule chose qui l'aidait à tenir, c'était le souvenir des bras de sa Belle. Le réconfort qu'il pouvait y puiser, rien qu'en s'imaginant blotti tout contre elle. La vaillance dont elle avait fait preuve en franchissant le seuil du sellier pour tenter de le libérer. Elle avait braver la Méchante Sorcière de l'Ouest pour voler à son secours.

Il ne pourrait jamais regretter de lui avoir proposé de l'épouser. Mais, s'il le pouvait, il aurait tout changer pour elle. Il aurait effacé les mensonges qui avait entaché leurs noces. Avant et après lui avoir passé la bague au doigt.

Heureusement, elle lui avait pardonné l'impardonnable, il en était bien conscient. Il était d'ailleurs loin d'être aussi clément avec lui-même, maintenant que la Noirceur n'obscurcissait plus son jugement.

Il espérait de tout son c?ur que Belle n'en viendrait pas à regretter sa propre décision.

Ils avaient déjà mis beaucoup de choses à plat durant ces dernières semaines et pourtant, il n'était toujours pas sûr qu'elle souhaitait que leur relation en arrive à ce stade, à nouveau, aussi vite.

Ils s'étaient rapprochés et il ne pouvait nier la force de leur amour, capable de briser la malédiction la plus noire du Royaume Enchanté qui avait pesée sur son âme pendant plus de trois siècles.

Malgré tout, une partie de lui ne pouvait écarter les doutes qui s'amoncelaient dans un coin de son cerveau, responsable du serrement de son palpitant dans sa poitrine.

Il avait beau tenter de se raisonner, se raccrocher à tout ce qu'ils avaient vécus et partager ses dernières semaines. Une petite voix dans sa tête supplantait tout et faisait renaître la douleur sourde de l'insécurité si profondément enraciné en lui.

Bien entendu, le comportement de son épouse ne laissait place à aucune équivoque depuis son hypothermie. Mais comment départager avec certitude la partie qui était Belle et celle qui était son double diabolique quand il était question de sexe, précisément ?

Il se demandait si le Mal n'avait pas réussi son coup, finalement. Car la vie qui s'offrait désormais à lui pouvait très bien ressembler de très près à l'antichambre des Enfers.

Si Belle ne voulait pas de lui, maintenant qu'elle était libre... Si elle quittait Storybrooke pour voyager et voir le monde, comme elle en avait toujours rêvé... Il resterait probablement là, à s'éteindre en attendant que la mort ne l'emporte pour de bon.

Il aurait le confort matériel qui lui avait cruellement manqué quand le gueux qu'il était survivait à peine dans la Forêt Enchantée, mais il n'avait pas le goût de Gold pour l'argent, ni celui du Ténébreux pour le pouvoir.

Sans l'ombre de ce dernier qui planait, que ce soit à travers lui ou la femme qu'il aimait, les habitants cesseraient sans doute de le craindre et le jour viendrait où ils se rendraient compte de son impuissance. Il n'avait aucune envie de s'exposer à leur hargne .

Il pourrait, bien entendu, quitter les lieux et tout recommencer ailleurs. Comme Milah le lui avait suggéré, il y avait si longtemps. Peut-être s'installer à New-York, dans l'appartement de Bae ?

Mais non, il préférait de loin le calme de la cabane au milieu des bois à la métropole bondée.

D'une manière ou d'une autre, s'il l'un d'eux voulait passer le champ de force pour quitter l'enceinte du chalet, ils devaient prévenir Regina et toute la clique des Héros de la tournure des derniers événements.

Il était soulagé que ces derniers ne soient pas arrivé pour tout faire capoter à la dernière minute.

Peut-être son petit-fils était-il réellement sincère quand il disait vouloir simplement apprendre à connaître le tisserand, celui qui avait élevé son père dans les Basses Terres.

Belle s'étira langoureusement à ses côtés et il sentit son c?ur rater un battement.

Il tenta de déglutir pour palier à la sécheresse de l'entièreté de sa cavité buccale, mais sa glotte était paralysée dans le fond de sa gorge.

Il clôt ses paupières une fraction de seconde, avant de se tourner vers celle qui avait su ré-apprivoiser son c?ur, après tant de souffrances.

Prenant une inspiration aussi profonde que le lui permettaient ses poumons, qui brûlaient comme emplis de lave en fusion, il tenta de se draper de son armure de pierre, tout comme il se préparait à le faire depuis le lever du jour, devant l'inévitable.

- Bonjour, gazouilla-t-elle gaiement.

Un sourire s'étalait sur sa mine encore endormie.

Un bon signe !

Elle ne semblait pas lui en vouloir de se réveiller nue dans son lit.

Au contraire, elle se glissa plus près de lui et sa main chemina sur son torse tandis que ses lèvres cherchaient les siennes.

Il s'allouerait un dernier baiser voluptueux avant d'entrer dans le vif du sujet. Cette fois, il ferait montre de courage.

Mais avant qu'il ne se passe quoi que ce soit, elle fronça les sourcils et s'éloigna de lui précipitamment.

- Désolée, s'excusa-t-elle, en portant la main à sa bouche. L'haleine du matin, ce n'est pas des plus romantiques. Ne bouge pas, je reviens.

Elle avait quitté la chambre, sans même emporter ses vêtements avec elle ou mettre quelque chose sur son dos, avant même qu'il puisse bouger un muscle ou prononcer un son, trop paralysé par sa réaction fulgurante.

C'est avec un soulagement certain qu'elle referma la porte de sa propre chambre et s'accorda quelques secondes pour calmer les battements de son c?ur saisi de panique.

Avait-il des regrets à propos de ce qui s'était passé ?

Quand elle avait croisé ses iris foncés, une lueur étrange hantait son regard, mais son cerveau encore embué par le sommeil n'avait pas immédiatement enregistré cet état de fait. Il lui avait fallu plusieurs secondes pour le réaliser et se remémorer les conditions de sa présence dans son lit.

Ils n'avaient même pas abordé le sujet. Hormis le fait qu'ils s'étaient mis d'accord pour éviter tout contact de ce genre tant qu'elle était sous le coup de la Malédiction.

Cependant, à peine délivrée, emportée par son allégresse, elle lui avait sauté dessus sans prendre le temps de le laisser respirer. Elle ne l'avait pas entendu se plaindre mais elle n'avait jamais fait preuve d'autan de présomptions. Étant le plus expérimenté des deux, en général, c'était lui qui menait la danse. Mais la nuit dernière, elle avait été plus qu'entreprenante. Quasiment insatiable.

Elle était pire que Lacey !

Et cette fois, elle n'avait pas l'excuse du sortilège pour la défendre.

Elle piqua un fard en repensant aux manières débauchées de sa jumelle maléfique.

Dire que Rumple avait enduré sa présence pendant plusieurs semaines !

Elle n'oserait plus jamais le regarder en face.

Elle n'avait qu'une envie : brûler toute la garde-robe de cette dernière. À commencer par la minijupe moulante brodée de strass et le débardeur au décolleté plongeant que Lacey avait enfilés la veille.

Comment une partie d'elle-même pouvait-elle apprécier un tel accoutrement ?