Guren poursuit sa vengeance, en passant au cran supérieur. Saura-t-il gérer l'après ?
Bonne lecture ^^
C'était l'apocalypse. Ses soldats étaient tombés comme des mouches, et il n'avait pu que fuir. Le chef de famille des Rikudo, envoyé pour détruire les Ichinose, pensait avoir enfin semé la créature ailée. Épuisé, il avait regagné son domaine. Comment allait-il annoncer sa défaire à Tenri Hiiragi ? Il serait déshonoré. Sa famille perdrait du prestige. Alors que l'homme tentait de se détendre dans un fauteuil, attendant qu'un serviteur lui apporte un remontant, une explosion retentit. Des cris s'ensuivirent. Rikudo se leva d'un bond et accourut. Une servante cria qu'ils étaient attaqués par un monstre. Son maître se figea. Un monstre ? Ce ne serait quand même pas …
Mais si. La chose l'avait suivi. Guren laissa tomber le corps inanimé d'un disciple. Lui et Rikudo se dévisagèrent un instant. Puis le chef de famille lança une série de puissants sortilèges. Les murs et le sol se fissurèrent sous l'impact. Cependant, Guren avait bondit au plafond, dos au sol. Il avança vers son adversaire tandis que la magie fusait. Là, il lança une de ses pinces. Son opposant l'évita, la chose ne lui éraflant que l'épaule. En revanche, le sabre qui jaillit trancha l'appendice. Guren retomba sur le sol, accroupi.
« Aïe. » dit-il d'un ton ennuyé.
Rikudo vit alors l'appendice repousser. Guren s'élança ensuite vers son adversaire, épée au clair. L'autre le bloqua, mais glissa un peu en arrière. Ils échangèrent quelques coups de lames. Finalement, d'autres membres de la famille se précipitèrent. Guren flanqua un coup de pied à son adversaire, puis se tourna vers les autres : une série d'éclairs les frappa. Durant de longues minutes, ce fut le chaos dans la maison. Le sol fut vite inondé de sang. L'épée de feu supprima nombre de vies.
« Sale vermine ! » s'écria le patriarche de la famille.
CLANG !
« Comment oses-tu te rebeller contre nous, espèce de rat pestiféré ! » s'écria l'homme.
« Précisément parce vous et les vôtres avaient quotidiennement humilié ma famille pendant cinq cents ans. Eh bien c'est terminé. » répondit Guren.
Ses pics jaillirent, tels des pattes de mante religieuse. Il les referma dans le vide. Mais une de ses grandes ailes heurta brutalement l'homme qui vola. Les ailes sur la tête de l'hybride s'auréolèrent. Une onde de choc se répandit dans le couloir. Les murs autour s'écroulèrent.
« À toi famille indigne qui a méprisé les miens durant un demi-millénaire, qui nous a traîné dans la boue, violentés et moqués, je passe mon jugement. Venus pour nous détruire tous même les innocents, reçois la monnaie de la ta pièce. »
Les ailes crâniennes luirent à nouveau, puis les grandes également. Elles se refermèrent autour de lui. Rikudo se redressa à cet instant. Les grandes ailes dissemblables se rouvrirent brutalement. Tout devint blanc autour. Une douleur intense, insupportable se répandit dans le corps du chef de famille. Lorsque la lumière disparut, il ne restait rien. Pas un mur debout, pas un corps, rien. Juste les traces indiquant qu'une maison se dressait là. Guren retomba à genoux, à bout de souffle. Ses ailes et bras supplémentaires disparurent. Le jeune était épuisé. Il finit par s'allonger sur le sol.
« Wouah ! » souffla-t-il.
« Tout va bien. Tu viens d'utiliser une quantité d'énergie considérable. Tu as besoin de repos. » informa Démétriel.
Du reste, Guren sentit le sommeil l'envahir. Il ne voulait pas s'endormir ici à même le sol, mais ce fut plus fort que lui. Ses paupières se fermèrent sur l'image de désolation du domaine Rikudo. Lorsqu'il reprit connaissance, la nuit tombait. Guren se redressa. Tout était silencieux autour de lui. Il plissa les yeux. Il venait de réduire à néant toute une famille. Tous, sans exception. Il ne sut quoi en penser.
« Hmmm ? On a des remords ? » questionna Démétriel.
« Un peu, je crois. D'un côté, ils étaient envoyés pour nous faire subir la même chose. Parce que moi et Miyuki nous sommes rebellés à l'école, parce que j'ai tué un des leurs. De l'autre, nous n'avons jamais été que des esclaves pour eux. Des boucs émissaires, des jouets, des défouloirs. » répondit Guren en croisant les bras.
« Rien d'étonnant à ce que vous en ayez marre au bout d'un moment. Ils auraient dû s'y attendre. D'autant que ça ne date pas d'aujourd'hui. » continua Démétriel.
« Je sais. J'avais envie de leur faire payer nos humiliations, je le voulais vraiment. Mais là … je ne sais pas. Pourrais-je encore me regarder dans une glace à l'avenir ? » reprit Guren.
« Si cela peut te consoler, ton âme est intacte même avec tous ces crimes. Les péchés sont à ma charge, effacés par le côté ange, remis au côté démon. Et entre nous, c'était toi ou eux. Pour libérer les tiens des griffes des Hiiragi, tu n'auras je le crains d'autre choix que de faire couler le sang, ne serait-ce que pour te défendre. Car eux, ils ne se gêneront pas. » continua la Contradiction.
« Mais c'est surtout après la famille principale que j'en ai. Les autres ont suivi simplement pour garder leur position. » continua Guren.
« Tu es trop gentil. Il n'y en a pas un qui a pris votre défense lors cette histoire entre vos ancêtres. Ils ont tous obéi comme des moutons, sur les dires d'un seul d'entre eux. Franchement, ils ne méritent pas ta clémence. »
Guren soupira. Il finit par se relever, regarda une dernière fois son œuvre puis sortit ses ailes pour rentrer au manoir.
Le matin suivant, Miyuki remarqua immédiatement le regard vide de son jumeau. Elle attendit la fin du petit-déjeuner pour l'inviter à lui confier ce qui n'allait pas. Ainsi, il se retrouvèrent sur le toit du temple, leur endroit de prédilection pour les confidences. L'endroit offrait de plus une belle vue sur le domaine et la forêt l'entourant. Là, Guren raconta ce qu'il avait fait la veille.
« Je vois. Toute une famille, il est vrai que cela fait beaucoup. Peut-être devrais-tu envisager autre chose alors. » répondit Miyuki, les yeux au ciel.
« Je sais et pourtant … tous, les neuf familles nous ont traités comme des paillassons. J'ai enfin les moyens de leur faire payer, je ne devrais pas hésiter. Malgré toute la puissance que j'ai, je continue donc à être faible ? » répondit Guren, un peu en colère contre lui.
« C'est donc être faible que d'éprouver de la pitié pour autrui, de la clémence ? Si c'est cela alors moi je l'accepte et je le revendique. Ce que tu ressens indique que tu es un humain Guren. Et mieux encore, que tu ne te laisses pas consumer par le pouvoir. C'est extrêmement important. Au moins tu n'es pas comme nos ennemis. » répondit la jeune fille.
Guren considéra ses paroles. Il est vrai que le pouvoir rongeait les Hiiragi, au point de les amener à mener des expériences sur leurs propres enfants. Il sentit un frisson. Non, il ne voulait pas être comme ça.
« Dans ce cas, je vais m'attaquer directement à la tête. Soit les huit familles restantes plient, soit elles m'attaquent. » décida-t-il.
« En ce cas elles auront choisi leur destin. » ajouta Miyuki.
Guren soupira. Il se sentit un peu mieux. Par contre, il n'aurait pas la moindre pitié pour les Hyakuya. Eux, ce qu'ils accomplissaient était tout simplement atroce. Les jumeaux se perdirent dans la contemplation du ciel.
« Hé vous deux ! » entendirent-ils.
« Shinya ? » firent deux voix.
Le jeune grimpa à son tour, puis entreprit de les rejoindre avec précaution.
« Devinez quoi : en passant hier en ville avec Sayuri et Shigure j'ai vu qu'il y avait un festival demain soir. Si on y allait tous ensemble ? » demanda-t-il en s'asseyant à côté de Miyuki.
« Pourquoi pas, c'est une bonne idée. » répondit Miyuki.
« Oui, on sortira un peu du domaine. Ça nous changera les idées. » ajouta Guren.
« Ooohhhéééé du toit ! »
Les jumeaux se redressèrent. Mahiru se tenait en bas avec Shinoa.
« Vous venez jouer à cache-cache avec nous ? » demanda l'enfant.
« On arrive ! » répondit Shinya.
Le trio prit le chemin de la descente. Shinya informa Mahiru qu'ils pourraient se rendre au festival. La jeune fille en fut ravie. Guren la considéra un instant. Il avait au moins accompli quelque chose de positif avec elle. Même pour Shinya d'ailleurs … ces deux-là donnaient l'impression d'être au paradis. Mahiru l'appela pour qu'il se dépêche, la partie allait commencer. Ils passèrent ainsi deux heures à jouer comme si rien d'autre importait.
Lorsque le jeu fut terminé, Shinoa aperçut son grand frère à travers la fenêtre. Il venait de se choisir un livre. La fillette fixa la vitre, puis trottina vers elle. Là, elle y jeta des petits cailloux, étant encore trop petite pour y toquer. Kureto ouvrit, l'air étonné.
« Ah c'est toi Shinoa. » dit-il.
« Oui. Comment vas-tu ? » demanda la fillette.
« Pas trop mal à vrai dire. Je suis bien logé, la nourriture est bonne et j'ai de l'occupation et de la visite. » admit Kureto.
« Demain soir y'a un festival. Tu voudrais venir ? » proposa Shinoa.
« Moi ? »
« Non je parlais à la fenêtre. »
« Au cas où cela t'aurait échappé chère petite sœur, je suis un prisonnier ici. On n'invite pas les prisonniers à une fête. » répondit Kureto.
« Mais si on demande aux jumeaux je suis sûre qu'ils voudront bien. Ce sera une sortie en famille. » continua Shinoa.
En famille … Kureto plissa les yeux, observant le visage de l'enfant.
« Alors ? »
« Je ne crois pas que cela soit possible Shinoa. Et puis je ne pense pas avoir envie de venir pour commencer. » répondit le jeune homme.
« Bon sang mais tu peux pas faire un effort ? On n'a jamais été une famille, et c'est que maintenant que je sais ce que c'est d'avoir une grande sœur ! Eh bien c'est beaucoup mieux comme ça ! Ici y'a toujours quelqu'un pour s'occuper de moi, je peux jouer quand je veux et je suis pas obligée d'aller m'entraîner, je mange bien et on m'aime bien ! Y'avait pas tout ça chez nous je te rappelle. Moi je suis sûre que si tu étais plus gentil, tu serais heureux comme nous ! » clama Shinoa.
« Est-ce que tu réfléchis un peu à ce que tu dis ? Tu me demandes ni plus ni moins que de trahir les nôtres pour faire allégeance aux Ichinose ? » rétorqua Kureto.
« Mais non ! Ni Guren ni Miyuki ni Shinya ne me donnent d'ordre. Je sais bien qu'il y a une hiérarchie et qu'il ne faut pas faire de bêtise, mais malgré ça j'ai vraiment l'impression qu'on est une famille. Et puis franchement, la nôtre elle est juste pourrie ! » s'entêta la petite fille.
« Ça suffit. » décida Kureto en refermant la fenêtre.
« T'es vraiment trop bête ! » s'exclama l'enfant.
Kureto roula des yeux. Sans doute était-elle trop jeune pour comprendre.
Pendant ce temps, Tenri se demanda pourquoi il n'avait pas de nouvelles de Rikudo. Pressentant que quelque chose avait mal tourné, il ordonna à un des siens d'aller vérifier. Un hélicoptère fut mis à disposition du serviteur. En attendant, il devait encore une fois se réunir avec ses cadres.
« A-t-on des nouvelles des Rikudo ? » demanda la tête des Hakke.
« Non aucune, je viens de dépêcher quelqu'un. »
« Curieux. » fit le représentant des Shijin.
Sentiment partagé par le reste des nobles familles. Normalement, l'affaire aurait dû être rondement menée. Pourquoi Rikudo restait-il silencieux ? En attendant Tenri passa à l'ordre du jour, à savoir les recherches sur le Kiju et le mystérieux assaillant des Hyakuya. Les recherches piétinaient, notamment après le vol de leurs données en avril dernier. La bonne nouvelle était que leur grand rival ne progressait pas non plus, grâce aux attaques qu'il avait subies. Soudain, le téléphone du patriarche sonna. Tenri décrocha et mis le haut-parleur :
« Alors, qu'est-ce qu'il fabrique ? » demanda-t-il.
« T … Tenri-sama ! Le domaine … les Rikudo … »
« Eh bien quoi ? »
« Il n'y a plus rien ! »
Silence puis murmures de stupéfaction.
« Comment ça plus rien ? Où est Rikudo ? » interrogea Tenri.
« Je ne sais pas ! Mais la propriété, la maison … il ne reste absolument plus rien, pas une pierre ! Tout a disparu. Je … je vais mener des recherches pour retrouver un survivant mais … oh c'est affreux ! » reprit le disciple.
« Qu'y a-t-il encore ? »
« Je vois des traces de corps. Des silhouettes sur le sol. Là, un homme avec un sabre… seigneur c'est le sabre de Rikudo ! Le motif de la poignée s'est imprimé sur le sol ! Mais alors il est mort, et toute sa famille avec ! »
Le disciple des Mikado no Oni parcourait ce qui avait été le domaine Rikudo. Il ne restait que les silhouettes des corps, sinistre photo du drame. Aucun doute possible : personne n'avait survécu.
« Est-ce que vous êtes en train de me dire … que les Rikudo ont été désintégrés par les Ichinose ? » s'exclama Tenri qui se sentait bouillir.
« Je vous envoie des photos, vous jugerez par vous-même Tenri-sama. Mais je crois bien que oui. Leur héritier avait en plus perdu la vie lors de l'assaut à Shibuya. Autant dire que cette famille s'est éteinte. »
Les huit autres chefs de famille se regardèrent, hallucinés. Ils furent choqués quand Tenri ouvrit le mail qu'il venait de recevoir directement sur son ordinateur. Il avait allumé le rétroprojecteur pour sa réunion et l'y avait branché. Et lui-même sursauta en découvrant l'ampleur des dégâts. C'était comme s'il y avait eu une explosion. Il reconnut en effet le motif si particulier de l'arme ancestrale des Rikudo.
« Impossible … » souffla le chef des Goshi.
« Mais … comment ont-ils fait ça ? » ajouta celui des Shichikai.
« Ils doivent posséder une arme redoutable. » mentionna la tête des Jujo.
« Alors comment ont-ils pu la dissimuler tout ce temps ? » s'exclama le représentant des Kuki.
Tenri serra les poings. Ces parasites ! Mais pour qui se prenaient-ils ? Il lui fallait leur rappeler qui était le maître ! Dans sa colère, Tenri ordonna l'envoi d'une vingtaine de troupes, avec l'ordre de ramener leur chef et ses rejetons vivants. Il écraserait lui-même ces misérables punaises sous son talon. Ses cadres en attendant, se demandaient mentalement si c'était une bonne idée. Kureto y était allé avec cinq unités, et aucune n'en était revenue. Rikudo avec le double, et il venait d'être complètement rayé de la surface de la Terre et toute sa maison avec lui. Tenri n'allait-il pas connaître semblable échec ? Le reste de la réunion se poursuivit dans un état d'esprit troublé.
Le jour du festival arriva. Shinoa avait fait part de son idée d'inviter Kureto à venir avec eux à sa grande sœur. Mahiru fut surprise, puis donna réponse similaire à celle que lui avait fait le jeune homme. Mais surtout, elle lui demanda ce qui avait motivé cette idée.
« Ben … je ne sais pas trop. Je me dis que si Guren ne l'a pas tué tout de suite, c'est peut-être qu'il veut lui accorder une seconde chance. Et puis, il me fait un peu de la peine à être là tout seul pendant que nous on s'amuse. J'aimerais bien qu'on forme enfin une vraie famille. » expliqua Shinoa.
« C'est adorable de ta part, Shinoa-chan. Je vais en parler aux jumeaux, ça ne coûte rien de demander. » décida Mahiru.
Miyuki était comme à son habitude au temple, en compagnie de Shinya qui apprenait le tir à l'arc. Mahiru sourit : son ami tâchait d'être le plus possible en compagnie de la brunette, qui visiblement ne le repoussait pas. La jeune fille se présenta, puis déclina la raison de sa visite. Shinya la regarda les yeux ronds, tandis que Miyuki rata le cœur de sa cible.
« Mahiru, tu veilleras à diminuer les doses de sucre de Shinoa. » dit-elle.
« Haha ! D'un côté je pense que ce n'est pas une si mauvaise idée que ça. Au moins aura-t-il une chance de voir que la famille c'est important. Et il se comporte bien jusqu'à présent. » reprit Mahiru.
« Parce qu'il n'a pas le choix. » reprit Miyuki en se tournant vers elle.
« Moi qui vais le voir de temps à autre, je peux t'assurer qu'il fait contre mauvaise fortune bon cœur. Il ne me repousse pas, il ne m'insulte pas et reste calme. Je le vois dans ses yeux. Seishirou n'aurait certainement pas réagi comme ça. »
Miyuki plissa les yeux, puis envoya une autre flèche en plein dans le mille.
« Bien. Nous en discuterons. »
Mahiru la remercia. Une heure avant le festival, Kureto vit arriver Guren dans sa chambre porteur d'un paquet. Il déposa un kimono sur son lit.
« Tes sœurs ont sollicité ta présence avec nous ce soir. » dit-il en réponse à sa muette interrogation.
« Hein ? »
« Je sais. Tu as une heure pour te décider. »
Guren s'en alla sans lui laisser le temps de réagir. Kureto fixa la porte fermée, puis le kimono sur son lit. Il était vert foncé. Les paroles de Shinoa lui revinrent en mémoire, de même que celles de Mahiru sur la nature des Hiiragi. Et puis, ce que les jumeaux lui avaient dit, sur sa solitude. Il vit ses sœurs rirent et s'amuser dehors, il se rappela l'absence de lien avec Seishirou.
À l'heure dite, Guren revint pour le trouver vêtu du kimono. Lui-même en portait un noir agrémenté de trois papillons d'argent sur le bas de la jambe gauche. Il s'approcha de Kureto tout en sortant une chaîne d'or. Un anneau fut créé au bout qu'il referma sur le poignet de son captif.
« Je comprends ton intention, mais tu ne crains pas que l'on se fasse remarquer ? » fit Kureto en levant le poignet entravé.
« Non. »
La chaîne devint aussitôt invisible. Guren amena ensuite Kureto qui s'étonna de pouvoir passer la porte. Les autres attendaient près de la porte, tous habillés de kimonos. Shinya arrondit les yeux en le voyant, pendant que ses sœurs lui sourirent. Shinoa alla vers lui et lui prit la main. Et … Kureto ne sut pas pourquoi, mais cette petite main lui fit chaud au cœur et l'émut.
« On y va ! » lança Miyuki.
« Amusez-vous bien ! » répondit Sakae depuis une autre pièce.
Le groupe de jeunes gens quitta le domaine et monta dans des voitures. Sur place, il y avait déjà foule. La plupart des gens étaient en habits traditionnels. Les jeunes déambulèrent dans une allée. Mahiru se tenait au bras de Guren, suivie ensuite par Shinya et Miyuki, Sayuri et Shigure et Shinoa qui tenait Kureto par la main.
« Au fait, t'ai-je dit que je te trouvais vraiment ravissante ? » glissa doucement Shinya à Miyuki.
La jeune fille portait un kimono orange avec une fleur de lotus blanche. Ses cheveux légèrement ondulés comportaient une barrette sur le côté droit, en forme de fleur. Miyuki rougit.
« Merci Shinya. Cet habit te va très bien à toi aussi. »
Le jeune rougit à son tour. Le groupe s'arrêta à un premier stand, qui proposait de pêcher des petits ballons colorés en caoutchouc, rattaché à un élastique que l'on pouvait faire rebondir contre sa main. Les garçons furent invités à en attraper avec une canne pour les filles, puis ce furent leur tour d'en offrir un. Shinoa montra fièrement le sien à son grand-frère qui le prit avec un sourire. Chacun muni de son petit ballon, ils continuèrent leur visite. Miyuki et Shinya partagèrent un sachet de bonbons avec des regards expressifs. Les voyant faire, Guren sentit un nerf battre à sa tempe.
« Non mais … c'est qu'il drague ma p'tite sœur ce bouffon ! » siffla-t-il.
« Oh allons Guren ! Moi je trouve qu'ils forment un beau couple. » tempéra Mahiru.
« Mais elle est trop jeune pour fréquenter un homme ! » répliqua l'adolescent.
Mahiru éclata de rire.
« De qui tu te moques ? Vous avez le même âge je te rappelle ! Alors si elle est trop jeune, tu es aussi trop jeune pour sortir avec une fille. » souligna Mahiru.
« Ah mais non, c'est pas pareil moi je suis l'aîné je suis plus âgé. » fit Guren incertain.
« Ben voyons. Et puis tu connais Shinya, tu sais que c'est quelqu'un de bien. Ta sœur a le droit d'être heureuse et lui aussi. C'est mieux comme ça, sauf si tu préfères qu'il me coure après. Nous étions fiancés après tout. Miyuki est le soleil de Shinya tout comme tu es le mien. Tu sais mieux que quiconque ce que cela signifie. »
Guren soupira. Elle n'avait pas tort. Il finit par hausser les épaules et piocher un bonbon. Le groupe reprit ensuite sa marche, s'arrêtant de temps à autre à un stand. Shinya osa prendre la main de Miyuki, qui referma la sienne. Mahiru glissa aussi ses doigts entre ceux de Guren.
« Hm, pas étonnant qu'ils aient voulu rester. » songea Kureto en les voyant faire.
Pour sa part, il s'avoua ne pas être mécontent d'être venu. Ce festival était bien sympathique, et Shinoa était contente d'être avec son grand-frère. De temps à autre quelqu'un lui proposait une friandise, et il prenait l'air. Un peu plus tard, Mahiru vint le voir.
« Alors comment ça se passe ? » questionna-t-elle.
« Très bien ma foi. »
« J'avoue que je ne pensais pas que tu viendrais. Mais je suis contente. »
« Ah. » fit simplement Kureto.
Le feu d'artifice allant bientôt commencer, le groupe se choisit un emplacement. Kureto hissa Shinoa sur un pilier de pierre. Les couples se blottirent l'un contre l'autre quand une première fusée jaillit dans le ciel. Une heure plus tard, tout le monde était de retour au bercail. Guren raccompagna Kureto dans sa chambre et ôta la chaîne de son poignet. Ce dernier s'étonna de l'avoir oubliée.
« Merci. » dit-il.
Guren lui retourna un sourire et s'en alla. En haut, Shinya souhaita tendrement une bonne nuit à Miyuki, qui lui répondit par un petit baiser sur les lèvres, ce qui le laissa avec un air idiot sur le visage. Mahiru retrouva Guren et l'enlaça.
« C'était vraiment super. Je n'avais imaginé ces moments qu'en rêve et voilà que je les vis aujourd'hui. » confia-t-elle à mi-voix.
« Pour être franc moi aussi. Et je suis heureux que tout ça soit enfin réel. Et nous aurons encore bien d'autres occasions. » dit-il.
Mahiru sourit avant de l'embrasser. Guren lui souhaita de beaux rêves avant de gagner sa chambre.
« Oh on se réveille. »
« Hein ? » geignit Guren.
« Les alarmes autour du domaine. Tu as de la visite. » avertit Démétriel.
« À cette heure-ci ? Ils vont se prendre mon pied au cul tous autant qu'ils sont ! » s'exclama Guren en avisant son réveil.
C'est vrai quoi, quelle idée de se pointer à trois heures du matin ! Guren ne prit même pas le temps de s'habiller. Du reste, vu qu'il changeait d'apparence ce n'était guère utile. Que dire ensuite ? Réveiller quelqu'un en pleine nuit pour le faire chier, ou lui cogner dessus c'était s'exposer à sa mauvaise humeur. Eh bien voilà, Guren-Contradiction était de mauvaise humeur ainsi que le constatèrent les troupes. Au menu, spécialités maison : salade de marrons en entrée, distribution de pains frais et autres châtaignes, diverses grillades et brochettes accompagnées de leurs patates sauce sang, en dessert pêches à volonté. Que du bio et de l'artisanal, qualité label rouge. Très rouge même.
S'ensuivirent bien entendu quelques tours de manège après le repas, avec les chaînes d'or en folie qui garantissaient à tous des sensations fortes, un salon de beauté avec une bonne coupe de tête, des piercings à la barbare pour les vrais hommes, avec l'outil de leur choix : pics ou épée. Voici pour le programme nocturne, réservé aux professionnels. Guren regarda les soldats tombés au sol devant lui. Des soldats à la solde des Hiiragi uniquement, aucun signe qu'ils appartenaient à d'autres familles.
« Tu sais, les cadavres font un bon engrais. » annonça Démétriel.
« -_-. »
Une lueur attira son attention. Le soleil se levait.
« Super. J'ai passé la nuit à me battre. Il va m'entendre ce cochon de patriarche. »
Guren retourna au manoir. Il vit l'heure sur une pendule : six heures du matin. Yay. Les serviteurs commençaient leur service. Miyuki ayant l'habitude d'être sur pieds à cinq heures et demie, attendait son frère au salon, devant un livre de sorts.
« Ben où t'étais ? » questionna-t-elle.
« Je jouais à cache-cache dans les bois avec des soldats Hiiragi. » annonça Guren en se laissant choir sur un fauteuil.
« Ah. Et ils ont perdu c'est ça ? »
« Ouip. Ces bois commencent de plus en plus à ressembler à un charnier. »
« Bref, ils nous polluent quoi. » dit Miyuki.
« C'est pas nouveau, si je puis dire. »
Guren se reposa cinq minutes, puis lui et Miyuki se rendirent chacun à leur entraînement. La jeune fille avait bientôt sa cérémonie de confirmation, et se consacrait aux préparatifs. Pour Guren, l'entraînement était devenu un sport. Il repensa au chemin parcouru quelques mois plus tôt. La découverte de la Contradiction avait véritablement tout changé. Il n'avait pas eu à subir les humiliations de ses condisciples à Shibuya, avait sauvé Mahiru et débuté la libération de son organisation, les Mikado no Tsuki. Tout se déroulait à merveille.
« J'aimerais quand bien voir la tête de Tenri quand il va apprendre son nouvel échec. » murmura-t-il.
Il sourit en y pensant. Son tour serait pour bientôt. En attendant, il prévoyait d'aller rendre visite aux Hyakuya. Il y avait un orphelinat pas très loin de Shibuya, qui fournissait des cobayes d'expérimentation humains. Des enfants, plus ou moins de l'âge de Shinoa. Sans le détruire car les petits seraient à la rue, il prévoyait de les soigner avant de s'expliquer avec les dirigeants de l'institution. Le jeune veillerait ensuite à ce que les siens prennent la direction de l'établissement.
