Le départ des Héros fut une brève affaire, après que Regina et Emma se soient assurées que Belle ne représentait plus aucun danger pour autrui.

Comble du comble pour Rumplestiltskin, la Fée Bleue, sans doute restée en retrait au départ par peur des représailles, s'était jointe aux Gentils pour apporter son expérience en matière d'âme maudite.

L'ancien mage en aurait ri à se pisser dessus, s'il n'avait pas été autant en colère et indigné par le toupet du parasite à la robe gélatineuse de leur contrée d'origine.

Finalement, ils quittèrent tous les lieux après quelques excuses murmurées par la Sauveuse pour les tourments qu'elle avait causés à la Princesse d'Avonlea dans sa quête pour épargner la vie du pirate au crochet, comme s'il ne s'agissait que de quelques peccadilles

Une fois seuls, la tension retomba un peu mais ne se dissipa pas totalement.

- J'ai aussi prévenu ton père et tes amies, indiqua Rumple sur un ton anodin.

Bien trop anodin !

- Ils devraient être là bientôt, ajouta-t-il après s'être éclairci la gorge.

Il ne croyait sans doute pas si bien dire car il avait à peine terminé sa phrase que d'autres coups à la porte retentissaient.

Sans attendre, il accueillit cette fois les nouveaux arrivants chaleureusement.

Ils avaient permis à Belle de ne pas se perdre totalement durant l'horrible période qu'elle venait de traverser. Il leur en serait éternellement reconnaissant.

Les cinq filles se sautèrent dans les bras, riant et sanglotant à la fois et son c?ur se gonfla d'orgueil et de soulagement pour sa princesse courageuse. Quoi qu'il arrive, elle ne serait jamais seule. Elle aurait toujours des gens bien pour veiller sur elle et prendre soin d'elle. S'ils avaient su l'épauler pendant qu'elle était sous la malédiction de la Ténébreuse, rien d'autre ne saurait les tenir à distance.

Archibald Hopper, sans grande surprise, accompagnait la petite troupe. Il félicita la jeune femme et lui proposa de continuer à avoir recours à ses services tant qu'elle en ressentirait le besoin.

Rumple ne doutait pas qu'il lui faudrait un certain temps pour se remettre de cette expérience infernale. Elle aurait certainement beaucoup de mal à se pardonner toutes ses exactions. Maintenant qu'elle n'était plus parasitée par la Noirceur, elle voudrait réparer le mal qu'elle avait fait. Il avait réussi à éradiquer le sortilège démoniaque qui rongeait le c?ur de sa Belle, mais elle ne se remettrait certainement jamais totalement de la cruauté dont elle avait fait preuve, en particulier à l'égard de Zelena. Il espérait que le psychiatre pourrait un peu tempérer les choses et lui faire accepter qu'elle n'était pas entièrement responsable de toutes ses vilenies.

Moe French, le Seigneur Maurice d'Avonlea, pleura à chaudes larmes et enlaça sa petite fille dans ses grandes pattes d'ours.

- Papa, chuchota-t-elle larmoyante, enveloppée dans son embrase protectrice.

Après de longues minutes, il desserra finalement son étreinte et se tourna vers son gendre pour le remercier profusément.

Rumplestiltskin ne réussit pas à éviter l'accolade masculine malgré ses protestations énergiques. Prétextant vouloir se rendre à son magasin, il échappa toutefois à la petite fête improvisée par Ruby et ses cons?urs. Il était cependant en accord total avec les jeunes femmes, Belle avait bien mérité une célébration après le cauchemar qu'elle venait de vivre.

Il en profita pour ramener le criquet en ville, ne répondant que par monosyllabe aux questions inquisitoires du spécialiste de la psyché. Il n'avait aucune envie de lui livrer ses états d'âme, même s'il lui était plus qu'obligé pour le soutien qu'il avait témoigné à son épouse.

A vrai dire, il était encore sous le choc de la réaction de sa Belle. Il avait cogité sur les conséquences de la nuit qu'ils avaient passée dans les bras l'un de l'autre et pouvait sans encombre imaginer que son épouse ait des objections à rejouer leur lune de miel comme si de rien n'était. Mais, il n'avait pas envisager une réaction aussi extrême de sa part. Elle avait disparue plus rapidement qu'une tornade, dévastant son c?ur au passage et laissant son ego plus meurtri que jamais. Si meurtri qu'il n'osait même plus poser les yeux sur elle.

Quel idiot il avait été de croire que le bonheur pourrait être au rendez-vous pour lui quand tout serait terminé.

Les Méchants n'avaient pas droit à une fin heureuse.

Mais, Belle, elle, faisait partie des Héros...

Finalement, il passa voir Dove à la boutique.

Ce dernier en resta bouche bée, bien qu'aucun son n'ait franchi ses lèvres. Par un fruit du hasard – Non, l'ancien mage ne croyait pas au hasard - c'était jour de collecte et après réflexion, il n'avait pas l'intention de baisser sa garde devant les habitants de Storybrooke.

Il n'avait peut-être plus de pouvoir magique, mais il avait toujours le pouvoir de relever le prix de leurs loyers et il entendait bien ne pas le leur laisser oublier, ni savoir qu'il pourrait se laisser attendrir à l'avenir s'ils savaient tirer sur la bonne corde. Autant profiter de sa réputation de Méchant tant qu'elle durerait et maintenir l'illusion le plus longtemps possible.

Il avait trop souffert du mépris d'autrui pour accepter sans broncher de redevenir le souffre-douleur du village. Avec ou sans Belle, il avait acquis un minimum de respect de lui-même que pour leur permettre de se comporter en tyrans avec lui.

De son côté, la jeune femme était ravie d'avoir pu passer du temps avec ses amies. Elle était aux anges pour Mulan et Merida. Ariel lui avait confié entre quatre yeux, qu'elle avait expressément détourné le regard quand l'employé de Mr Gold – Rumple, avait corrigé la sirène en rougissant quelque peu – avait emprunté des livres de jardinage au format peu conventionnel. Elle préférait de loin ignorer ses agissements étranges, afin de ne pas avoir à répondre aux interrogations éventuelles du shérif ou de son adjoint.

Quand Belle serait prête, elles géreraient la bibliothèque à deux. Si Madame le Maire, le permettait, bien entendu.

Belle promit également à son père de continuer à passer du temps en sa compagnie, que ce soit au magasin de fleurs ou ailleurs. Étrangement, au lieu de les éloigner comme elle l'avait imaginé, cette épreuve les avait rapprochés et elle en était plus que sincèrement heureuse.

Ruby avait proposé une célébration publique chez Granny, histoire de moucher tous ces hypocrites. Hamburger et thé glacé à volonté. Voir quelque chose de plus corsé. Mais, la fraîchement ex-Ténébreuse refusa l'idée étant donné qu'elle ne se sentait pas encore d'affronter le regard de tous ces « braves gens » de Storybrooke.

Il lui faudrait un peu de temps pour se réacclimater. Pour l'instant, c'était Rumple qui occupait ses pensées. Ce qu'elle désirait par-dessus tout, c'était pouvoir rétablir le lien de la veille entre eux.

Néanmoins, elle ne voulait surtout rien brusquer. Si Rumple préférait attendre et recommencer à zéro, elle se plierait volontiers à sa demande. Il était vrai que pas mal de questions restaient à régler. Si le choix de son mari était d'y aller lentement, elle ne s'y opposerait pas. Elle avait du mal à s'expliquer son comportement insensé. Les mois passés avec Lacey dans sa tête avaient fait renaître en elle des désirs qu'elle avait presque oubliés et ses hormones avaient guidé ses actes. Elle comprenait qu'il soit choqué par son attitude mais elle ne laisserait pas ça s'immiscer entre eux. Ils avaient combattu la Noirceur, ils pouvaient surmonter tout le reste.

Quelques mois plus tôt, elle s'était préparée à quitter la ville de peur de souffrir encore. Elle avait eu du temps pour se convaincre que c'était la meilleure option pour elle. Seulement son expérience en tant que Ténébreuse avait tout remis en question. Et principalement le fait qu'elle n'était pas prête à renoncer à lui.

L'espoir renaissait de ses cendres dans son c?ur et elle se sentait incapable de faire une croix sur leur bonheur, s'il existait encore une chance pour eux de l'obtenir.

Il lui avait prouvé qu'il la faisait passer en tout premier, avant lui-même. Il l'avait sauvée d'elle-même. C'était des preuves de sa bonne foi qu'elle ne pouvait ignorer. Il était devenu l'homme qu'elle espérait, par amour pour elle. Il avait réussi à combattre ses propres Démons intérieurs ... et les siens, également !

Elle soupesa une seconde ses options. Elle pourrait demander à son père de l'emmener en ville maintenant qu'elle était à nouveau libre de ses allées et venues. Elle ne voulait pas voir les habitants, mais elle pourrait préparer un pique-nique et passer à l'improviste au magasin, à l'heure du déjeuner.

Rumple avait dit en partant qu'il avait besoin de faire le point sur l'inventaire. Elle n'était pas dupe et savait pertinemment que ce n'était qu'une excuse pour s'éloigner d'elle. Mais, elle ne lui permettrait plus de la tenir à distance. Pas, après ce qu'ils venaient de traverser ensembles. Il avait été sa bouée de sauvetage. Sans lui, elle aurait péri dans un océan de noirceur. Il était hors de question qu'elle le perde encore.

Il avait agi de façon étrange, le matin même, faisant comme si de rien n'était après sa fuite et sa retraite dans la chambre d'amis. Elle reconnaissait aisément qu'elle avait agi sans réfléchir. Mais il n'y avait rien qui ne pouvait être arrangé. Du moins, elle l'espérait.

À la réflexion, il était difficile de savoir ce qui était étrange ou pas le concernant, maintenant qu'il n'était plus sous le coup de la Malédiction et elle non plus.

Peut-être, n'avait-il pas si bien accepté sa phase Ténébreuse, qu'il le lui avait laissé entendre.

Non, ce n'était pas le genre de Rumple de tenir des griefs à son encontre. Plutôt le sens inverse.

Et, comme il le lui avait fait remarquer, il était celui qui comprenait le mieux la situation.

Peut-être valait-il mieux l'appeler avant de débarquer à la boutique.

Il avait horreur des importuns qui s'y invitaient selon leur envie. Ou plutôt leur besoin !

Elle grommela en repensant au nombre de fois où les Charmant, ou encore Regina, avaient outrepassé le panneau censé leur assurer un peu d'intimité.

Non, il valait mieux attendre son retour si elle voulait qu'il soit dans de bonnes dispositions. Il pouvait être une vraie tête de cochon, parfois.