Le grand moment est enfin arrivé. Règlements de comptes sont au rendez-vous. Avant-dernier chapitre.

Bonne lecture !


Quelques jours plus tard, Kureto reçut la visite de Guren dans sa chambre. L'adolescent proposa une partie d'échecs.

« J'ai appris que tu passais beaucoup de temps avec Shinoa. » commença Guren en posant un pion.

« En effet. » concéda Kureto.

« C'est une très bonne chose. Il est important d'être proche de sa famille. Je constate par là même que ton regard a changé. »

Kureto leva les yeux vers son partenaire de jeu.

« C'est-à-dire ? » interrogea-t-il.

« Il est plus clair. »

Kureto se concentra à nouveau sur le jeu. Un instant de silence passa ainsi. Le jeune homme aimerait bien demander où en était Guren dans ses plans. Il n'avait aucune nouvelle de l'extérieur. Il savait juste que cela faisait un mois qu'il était captif ici. En tout honnêteté, Kureto avouait qu'il se trouvait plutôt bien au domaine Ichinose. Il était bien logé et bien traité, et avait même gagné l'affection de ses sœurs. Et oui, y compris Mahiru. Kureto prit une inspiration. Il devait savoir.

« Guren. »

« Oui ? »

« Réponds-moi franchement : combien de temps comptes-tu me retenir ici ? »

« Encore quelque temps j'en ai peur. »

Nouveau silence. Kureto n'avait pas de réponse précise.

« Désires-tu avoir quelques nouvelles ? » questionna l'adolescent.

« S'il te plaît. »

Guren avança son cavalier. Kureto préféra laisser la partie en suspens.

« La famille Rikudo n'existe plus. Ils sont venus ici dispenser la divine punition, mais c'est eux qui l'ont reçue. J'ai suivi le chef jusque chez lui, et j'ai entièrement rasé le domaine et toutes les personnes y résidant. Il ne reste absolument rien. » commença Guren de son ton coutumier.

Kureto arrondit les yeux. Une famille entière et ses serviteurs totalement décimés. Il repensa à ce que les jumeaux lui avaient dit lors de leur évaluation/duel. Ils auraient fait pire … et en effet, Guren l'avait fait.

« J'ai aussi détruit plusieurs laboratoires des Hyakuya, parfois avec l'aide des miens. Récemment, j'ai sorti des enfants d'un de ces trous. Quelques familles disciples des Mikado no Tsuki les ont adoptés. L'orphelinat de Tokyo est sous notre direction à présent. Je ne suis plus très loin de les avoir éradiqués ces Hyakuya. Enfin, les plus voyants. Pour en revenir du côté de mon autre grand adversaire … la famille Kuki a aussi expérimenté ma force. Mais … pas aussi violemment que les Rikudo. Je leur ai simplement coupé la tête. Plus de dirigeants et plus d'héritiers. Les survivants nous ont prêtés allégeance. » raconta Guren.

Il en était de même pour les Hakke et les Nii. En tout, Guren avait soumis trois familles et annihilé une. Quatre sur neufs. Impressionnant, admit Kureto. Et tout ça réalisé par un gamin de quinze ans bientôt seize. Possédant une énorme puissance il est vrai. Kureto reporta son attention sur l'échiquier. La vengeance des Ichinose progressait tel une vague scélérate : rien ne semblait en mesure de la prévoir ou de la stopper.

« Enfin, des pourparlers sont en cours avec les Goshi et les Jujo. Ils ont de la chance que j'ai leurs rejetons à la bonne. C'est ce qui fait que je ne leur ai pas encore rendu visite. Leurs héritiers tentent de les convaincre de changer de camp. » poursuivit Guren.

Bientôt il ne resterait pratiquement plus personne pour soutenir les Hiiragi. Les cadres étaient forcés de se ranger du côté du plus fort.

« Et s'ils refusent ? » questionna Kureto.

Guren eut un petit sourire, mais ordinaire.

« Je ne sais pas, honnêtement. Je ne peux qu'espérer qu'ils auront l'intelligence de comprendre que c'est le meilleur choix. Mais cela ne saurait tarder. Ma prochaine cible … c'est ton père. » révéla Guren.

Il regarda cette fois Kureto, et droit dans les yeux avec ça. L'adolescent semblait attendre une réaction. Mais Kureto ne fit que soupirer. Il ne savait pas comment réagir. Son cœur balançait : il s'agissait tout de même de son père et de la gloire de sa famille, de leur avenir. Une fois Tenri éliminé, que deviendrait son aîné ? Serait-il exécuté à ses côtés, juste après, devant lui ? Que resterait-il à Kureto ? D'un autre côté, les paroles de Mahiru lui revenaient elles aussi en mémoire. Qu'avait donc tant fait leur père pour eux, si ce n'est des instruments ? Aucun d'eux ne connaissait l'amour fraternel, l'amour tout court avant d'arriver ici. Leur vie n'avait été que succession de combats et d'entraînements, de compétition. Entre eux, ils étaient limite des étrangers, ne partageant qu'un nom et une caricature de famille.

Tenri méritait plus le titre de géniteur que de père.

« Que veux-tu que je te dise ? Ce n'est pas comme si je pouvais m'y opposer. » finit-il par répondre.

« Non en effet. Seulement j'espère qu'ici, tu as pu trouver ce qui est réellement important. »

Kureto baissa les yeux. La partie se poursuivit et s'acheva, par une victoire du prisonnier. Guren rangea le jeu et quitta la pièce. Kureto se laissa tomber en arrière sur son lit. Ainsi, l'heure du jugement approchait. Sans doute devrait-il prendre une décision.


Dans un couloir, Guren aperçut son père Sakae. Ce dernier ne craignait à présent plus un éventuel échec de la part de son enfant. Ce qu'il avait accompli jusqu'à maintenant tenait du miracle.

« Tu reviens de la chambre du prisonnier ? » demanda le patriarche.

« En effet. » répondit Guren.

Sakae leva les yeux vers le couloir y menant. Puis il marcha au côté de son aîné.

« Que comptes-tu faire de lui mon fils ? Sera-t-il donc un prisonnier à vie ? »

« Cela dépendra de lui. Je crois qu'il a changé un peu. M'est avis vois-tu, qu'il ne cherchait le pouvoir que pour compenser ce qu'il n'a jamais eu : de l'affection. Le monde des Hiiragi est très dur, nous le savons mieux que quiconque nous autres Ichinose. » répondit Guren.

« Je ne comprends pas. Tu souhaites donc l'épargner ? Et après ? S'il rassemblait à nouveau ses disciples et tentait une contre-attaque ? » demanda Sakae.

« Que crois-tu qu'il se passera ? S'il veut sa revanche il me trouvera sur son chemin et je n'aurais plus aucune pitié. Kureto n'est pas stupide, il sait pertinemment que cela n'aboutirait qu'à que la destruction, dont la sienne. S'il est disposé à être des nôtres, dans ce cas j'aimerais lui offrir une bonne position. Disons, celle que nous avions avant la scission. » exposa Guren.

« Hmmm … tu inverserais les rôles, mais sans les punir. » comprit Sakae.

« Juste le chef de famille. Il le mérite davantage. Kureto ne nous a jamais rien fait, admettons-le. Il y a encore de l'espoir pour lui, donnons-lui une chance d'y croire. » continua Guren.

Sakae sourit devant la clémence de son fils. Il laissait la décision finale à son père, comme il convenait, tout en lui suggérant quoi faire. Guren franchit la porte de la maison. Il trouva Miyuki à l'extérieur. Les jumeaux se dévisagèrent un instant. Puis Guren tendit la main à sa sœur, qu'elle prit sans hésiter. Les grandes ailes sortirent, il souleva Miyuki puis décolla.

De son côté, Tenri Hiiragi voyait tout s'effondrer autour de lui. Rikudo, Hakke, Kuki, Nii n'étaient plus de son côté. Les Jujo paraissaient encore fidèles, mais il n'en était pas sûr, tout comme les Goshi. Et le patriarche avait également perdu tous ses enfants. Kureto était captif, Seishirou mort, Mahiru et Shinoa disparues, Shinya aussi si tant est que celui-ci puisse compter. Comment une telle chose avait-elle pu se produire ? Comment ces maudits Ichinose, ces rebuts avaient-ils pu tout renverser ? D'après ce qu'il savait, c'était leur fils aîné qui était le principal responsable. Non seulement il s'attaquait aux Mikado no Oni mais également aux Hyakuya. Et le tout avec succès. Franchement, on se croirait dans un cauchemar.

L'homme faisait les cents pas dans son bureau, dans sa tour de Tokyo. La situation avait rarement été aussi critique. Il apparaissait que le règne de sa famille touchait à sa fin. Une chose qu'il ne pouvait concevoir. Soudain, il reçut un appel. La personne de l'autre côté l'informa d'une attaque avant d'être coupée par une espèce de sifflement. Tenri écrasa presque le téléphone. Les Ichinose. Les jumeaux étaient entrés à l'étage où se trouvait leur cible. Miyuki envoya flèche sur flèche, pendant que Guren enchaînait tout le monde. La surprise joua en leur faveur. Ils avancèrent dans un couloir. Au milieu, une silhouette familière. Les jumeaux s'arrêtèrent à quelques pas.

« Je … je suis désolée. Mes parents ne m'ont pas écoutée. Ils … ils veulent que je me batte. » annonça Mito Jujo, son sabre à la main.

Les Jujo étaient bien souvent le bras armé des Hiiragi. Leur décision n'avait rien de surprenant.

« Ne t'inquiètes pas Mito. Nous comprenons. » fit Miyuki.

« Tout ira bien ne t'en fais pas. » ajouta Guren.

La jeune fille déglutit. Elle tenait son arme d'une manière peu convaincante. Ce qui se passa ensuite, elle n'en eut aucune idée. Tout ce qu'elle put dire c'est qu'une forme floue envahit son champ de vision, puis elle sentit un coup à la nuque. Mito tomba assommée. Ne désirant pas la laisser au milieu du couloir, Guren la ramassa, puis alla la déposer sur un divan réservé aux invités. Ceci fait, ils reprirent leur route.

« Ah là là ! Vous avez eu Mito à ce que je vois. » lança Goshi.

« Elle va bien, rassures-toi. Écartes-toi maintenant. » répondit Guren.

« Sauf que je ne peux pas. » dit le blond d'un air désolé.

Guren eut un sourire compréhensif. Miyuki prit la relève. Son camarade envoya une illusion. La jeune fille ferma alors les yeux. Ainsi, elle passa à travers l'illusion sans la voir. Miyuki avait mesuré approximativement la distance qui la séparait de son ancien condisciple.

« Woah ! » fit Goshi en la découvrant lui foncer dessus.

Miyuki entrouvrit les yeux, juste afin de le localiser. Goshi recula, mais elle était plus rapide. Le talisman qu'elle lui plaça envoya une décharge qui paralysa son adversaire. Le jeune chuta. Il sentit ensuite les jumeaux le traîner, et le déposer à côté de Mito.

« Ils … ils me laissent vivre ? » s'étonna-t-il.

Finalement, les jumeaux parvinrent au bureau de Tenri, dont Guren fit voler la porte. Mais il attrapa ensuite sa sœur et la plaqua contre le mur à côté, tandis qu'une énorme rafale de magie passait. Miyuki se sentit compressée contre le mur.

« Reste ici. Il est bien trop fort pour toi. » chuchota Guren.

Le jeune se présenta à l'encadrement de la porte. Tenri lui envoya une nouvelle attaque, que Guren bloqua en tendant les mains. Eh bien quelle puissance, songea l'adolescent. Il résolut de la disperser vers le haut. La magie perfora le plafond sur un bon mètre de diamètre.

« Le bonjour, Tenri. » salua Guren.

« Comment oses-tu vermine insolente ? » siffla le concerné.

« Tu ferais mieux de changer de ton, vieux con. Je suis ici pour te faire comprendre que l'humiliation n'est jamais que le terreau de la guerre. » rétorqua Guren.

Tenri manqua de s'étrangler devant les paroles du jeune. Il lui lança aussitôt une attaque. Guen roula sur le côté.

« Tu te débrouilles papy. Mais … goûte donc un peu de ma force. »


Dehors, Miyuki vit des renforts arriver. La jeune fille se concentra un instant. Elle banda ensuite son arc qui s'éclaira. La Main de Bouddha jaillit dans le couloir et emporta tout le monde avec elle. Les soldats s'écrasèrent contre les vitres, qui cédèrent sous le choc. La forme d'une main géante restait imprimée dans le mur. La jeune prêtresse fit ensuite appel à l'Arc du Chasseur. Une volée de flèches pour le groupe suivant. Dans le même laps de temps, une explosion retentit dans le bureau. Au sol, Tenri releva la tête. La moitié de son bureau venait d'être désintégrée.

Guren pour sa part, avait pris sa forme hybride. Il leva son épée enflammée à deux mains, tandis que les deux autres étaient armées de dagues.

Tenri serra les dents, puis se releva et se précipita sur l'adolescent avec un cri de rage. Guen para avec son sabre les offensives, et attaquait avec les dagues. Son opposant contrait toutes les attaques. Durant un moment, personne n'eut le dessus. Guren accéléra la cadence. Tenri tenait toujours bon, pourtant des coupures commençaient à apparaître. Il recula et envoya une nouvelle offensive magique. Ce coup-ci, Guren contra avec sa propre magie. Il en résultat une violente explosion dont le souffle fut ressenti même dehors.

Miyuki songea qu'il n'était guère prudent de rester à proximité. Elle lança un talisman des éléments puis alla se réfugier dans un autre couloir. Dans le bureau, Tenri avait affaire aux chaînes de Guren. Ces dernières l'envoyèrent voler une nouvelle fois. Le patriarche atterrit dans une autre pièce, emportant une cloison avec lui. Son adversaire avança vers lui, pareil à l'ange de la mort. Guren aperçut du coin de l'œil une troupe des Jujo. Balayant l'air avec sa lame, il lança une attaque qui les renversa comme des quilles. Il n'avait pas le temps de jouer avec eux. Il reprit son avancée vers sa cible. Des éclairs surgirent de l'endroit où Tenri se tenait.

La lame enflammée reçut le choc. Tenri décida de charger. Et ce, au moment où les Jujo revenaient à la charge. Tout ce monde lança ses plus puissants sorts sur Guren. Ce dernier s'abrita en enroulant ses ailes autour de lui. Il grimaça un peu sous l'effort. Tenri commandait de maintenir l'effort. D'autres membres des autres familles vinrent joindre leurs efforts : les Sanguu, les Goshi, les Shichikai. L'impact augmenta sur la protection du brun.

« Et merde ! Je ne vais pas arriver à disperser cette magie. Comment faire ? » se demanda Miyuki plus loin.

À moins que … le sol. S'il était rendu instable alors ce serait possible. Cependant, Guren ne laissa pas à sa jumelle le temps de réagir. Poussant un hurlement de rage, il déploya ses ailes tout en envoyant une vague de puissance inouïe. Elle rayonna dans tout l'étage, envoyant tout en l'air. Mais surtout, la force passa au plafonds sur plusieurs étages et en dessous. Un énorme trou, comme une colonne invisible en résulta rendant toute approche du jeune impossible. Survolant le cratère, Guren lança alors une chaîne sur ses adversaires qui se relevaient à peine. Elle les cloua au sol et trancha le mur derrière.

« RAAAAAAH ! »

Plusieurs chaînes jaillirent tout autour de Guren, créant des crevasses béantes dans les murs autour. Puis la Contradiction plongea. Arrivé là où son cratère s'arrêtait, il lança une nouvelle attaque à l'aide son épée qui prolongea le trou. Il descendit ainsi jusqu'aux piliers du bâtiment. S'aidant de ses chaînes, Guren les arracha un à un. Il créa une vaste ouverture dans les murs, afin de provoquer un déséquilibre. Il remonta ensuite à travers le trou. Privée de ses appuis, la tour Hiiragi commença à trembler. Guren revint sur les lieux du combat. Ses ennemis lancèrent une offensive en dépit de leur immobilisation. Cette fois le jeune esquiva. Puis il les enchaîna tous.

Miyuki était retournée auprès de Mito qui reprenait conscience et Goshi qui récupérait. Elle les fit se lever. Guren vint à eux. Il attrapa les poignets de sa jumelle, puis rapprocha ses ailes secondaires des jeunes. Il les poussa avec et les y renversa en douceur. Ceci fait, il sortit de la tour. Cette dernière chutait sur elle-même. Elle s'écroula entièrement. Le symbole de la puissance des Hiiragi et de l'humiliation des Ichinose n'était plus. Prisonnier de sa chaîne, Tenri vociférait. Guren la serra d'un coup sec pour le faire taire. Puis il prit de l'altitude et ramena tout son monde au domaine Ichinose.


Dans la maison familiale, Mahiru, Shinoa et Shinya entendirent soudain une grande agitation. Ils échangèrent un regard, puis décidèrent d'aller aux nouvelles.

« S'il vous plait, que se passe-t-il ? » interrogea Shinya.

« Ce sont les jeunes maîtres ! Ils ont ramené le chef des Hiiragi ainsi que les autres chefs des autres familles. » répondit un serviteur.

Alors ça y était, pensa Mahiru. L'heure du jugement. L'adolescente fut prise d'un doute : devait-elle y aller ou non ?

« Mahiru-sama ! Shinya-sama ! » entendit-elle.

Elle tourna la tête pour découvrir Mito et Goshi. La rouquine arriva près d'eux en premier.

« Hé bonjour tous les deux. » fit Shinya.

« Bonjour, vous étiez donc là tout ce temps. » fit Goshi.

« Oui, en tant que réfugiés. Nous venons d'apprendre … la capture. » répondit Mahiru.

« En effet. » acquiesça Mito.

« Et vous deux ? Quel est votre rôle ? » questionna Shinya.

« Aucune idée. Les jumeaux nous ont écartés de l'affrontement. Mais par contre, ils détiennent les nôtres. » informa Goshi.

« Ils vont les juger … venez allons voir. » décida Mahiru.

Tenant sa petite sœur par la main, elle approcha de la grande salle du conseil. Les vaincus se tenaient à genoux, pieds et poings liés et réduits au silence. Sakae Ichinose les contemplait, non sans ressentir une certaine satisfaction à les voir ainsi précipités à bas de leur piédestal. La revanche pour des générations des siens. De son côté, Guren arriva dans la chambre de Kureto. Celui-ci se tenait assis sur son lit.

« J'ai ramené ton père. Souhaites-tu le voir ? » demanda-t-il.

Kureto réfléchit un instant, puis hocha la tête et se leva. Guren le laissa passer sans aucune entrave. Le jeune homme arriva dans la salle. Il s'arrêta devant cette vision : les Hiiragi vaincus ainsi que leurs partisans. Mahiru lui fit signe, et il décida de se rendre à ses côtés.

« Qui aurait cru cela en début d'année hein ? » chuchota-t-il.

Mahiru acquiesça. Guren se rendit sur l'estrade à la droite de son père puis s'agenouilla, ses chaînes d'or revenant s'enrouler autour des vaincus. Miyuki se tenait à gauche, son arc et son carquois disposé de part et d'autres. Durant un instant, un silence pesant régna dans la salle. Puis Sakae parla.

« Mikado no Oni. Vous êtes ici en ce temps et en ce lieu pour répondre de l'injure que vous faites aux miens depuis cinq cents ans. Cinq siècles à subir vos moqueries, vos mauvais traitements, vos humiliations. Et tout ça à cause de quoi ? De l'orgueil froissé d'un ancêtre. Un seul. Nous étions les plus loyaux envers vous, et vous nous avez craché au visage. Vous nous avez traîné plus bas que terre. Vous nous avez piétiné tant et plus. Eh bien cette période est terminée. » commença-t-il.

Sakae les avait regardés un à un, Tenri en dernier. Pour une fois, il soutint son regard. Il fit davantage. L'homme se leva et alla se planter devant son ancien maître, le dominant de toute sa hauteur. Puis il passa derrière lui.

« Autrefois quand j'ai pris la direction des Ichinose, tu m'as forcé à danser nu devant tous tes cadres. » lança Sakae.

Ses jumeaux affichèrent une expression choquée, de même que toute la salle. Sakae appuya alors son pied sur la nuque de Tenri, et lui écrasa le visage au sol. Kureto baissa les yeux.

« Aujourd'hui c'est toi qui t'inclines devant moi. » reprit le paternel.

Tenri voulut alors résister et se relever, mais Sakae lui écrasa de nouveau la tête au sol, trois fois de suite.

« Là. Vois ce que cela fait. Ressens l'humiliation et l'impuissance comme je les ai senties. » dit-il en le contournant.

Il revint devant l'estrade puis fit de nouveau face aux prisonniers. Tenri se redressa péniblement, le visage en sang. Dans la salle, certains osèrent ricaner.

« Bien. Il est l'heure de prononcer vos peines. » dit-il.

« Père. » intervint Guren.

« Qu'y a-t-il mon fils ?

L'adolescent montra les enfants Hiiragi du menton dans l'assistance. Sakae hocha la tête.

« Ah c'est vrai. Enfants, si vous souhaitez une dernière parole envers votre … père, je vous en prie approchez. » dit-il avec un geste de la main.

Mahiru lâcha la main de Shinoa et s'avança. Elle fit face à son géniteur qui afficha sa surprise. Sa fille le regarda avec froideur.

« Je n'ai jamais été pour toi que le fruit d'une expérience. Une expérience qui m'a conduite à commettre des horreurs. De plus, ma mère a été assassinée simplement parce qu'elle n'entrait pas dans vos critères, et j'avais perdu le seul ami que j'avais jamais eu. J'avais donc décidé de me venger, et avait commencé à initier une guerre entre notre ordre et l'église Hyakuya. Eh oui, c'était moi le traître. Sans Guren ici présent, la fin du monde serait arrivée. Il m'a délivrée de mon démon, et j'entends désormais continuer ma vie à ses côtés. » annonça Mahiru.

La colère brilla dans les prunelles de Tenri. Mahiru s'en alla sans demander à entendre ce qu'il pourrait bien répondre. Shinya s'avança alors.

« Pour les vôtres, je n'ai toujours été qu'une seule chose : rien. Rien de ce que je faisais ne pouvait m'attirer vos bonnes grâces. Un géniteur, c'était tout ce qui m'attendais parmi vous, les Hiiragi. Jamais je n'ai obtenu la moindre marque de respect de votre part, la preuve que j'étais le bienvenu, accepté. Tout comme Mahiru, ce n'est qu'ici que j'ai enfin été traité comme une personne normale. J'ai même trouvé plus que ce que j'avais espéré. D'un commun accord, Mahiru et moi avons rompu nos fiançailles, qui au passage n'ont jamais été reconnues par nous. » dit-il.

Lui non plus ne voulut pas entendre le moindre de mot de la part de son père adoptif. Il revint aux côtés des sœurs. Sakae leva les yeux vers Kureto. Le jeune homme finit lui aussi par approcher de son père. Tenri le regarda, tout aussi surpris de le voir là qu'il l'avait été de découvrir Mahiru. Kureto le fixa un instant, puis soupira.

« Pendant toute ma vie, j'ai toujours agi afin de satisfaire les principes de notre famille. J'y suis arrivé, cependant cela ne faisait pas de moi le meilleur. Jamais je n'ai eu l'impression d'être reconnu par vous, je n'ai jamais été félicité de votre part. C'est assez incroyable quand on y pense. À Shibuya, j'étais le maître à bord, le roi de l'école. Pauvre petit royaume en vérité. Certes tous me craignaient et étaient prêts à obéir à mes moindres désirs. J'en étais satisfait. Jusqu'au jour où les jumeaux Ichinose ont débarqué. Ce fut un choc pour tout le monde. Ils ont tout bouleversé sans aucun ménagement. » commença Kureto en les désignant du pouce.

Un silence passa.

« Et c'est une très bonne chose. Pour la première fois dans mon existence, je me suis trouvé face à un adversaire que je ne pouvais pas vaincre. Ce ne fut pas facile à accepter croyez-moi. Et puis … je me suis aussi retrouvé face à quelque chose d'inédit : de la clémence. Ils auraient pu me tuer les yeux fermés, mais ont jugé que c'était inutile. Après quoi, les jumeaux ne se sont pas privés de me dire mes quatre vérités. Ils m'ont fait valoir le vide de mon existence, l'aveuglement dans lequel j'étais. Avec la mort de Seishirou, j'ai constaté quel mensonge était notre vie. Vous aviez parlé d'un frère, je ne me souviens pas de lui ainsi. Mais d'un rival, comme mes sœurs. Ensuite, après ma défaite, ils m'ont gardé ici, sachant très bien que vous ne pardonneriez rien. J'ai eu droit à une seconde chance. Une main tendue, une possibilité. J'y ai découvert ce qu'était réellement l'amour fraternel. Et très honnêtement … cela ne me déplaît pas. »

Mahiru sourit, de même que les jumeaux et Shinya.

« Vous pouvez dire ce que vous voulez des Ichinose, mais il m'apparaît à moi qu'ils sont plus humains que nous. Plus sensés. Moins avides. Moins détestables en somme. »

Tenri émit une réplique étouffée, dans lequel on perçut le mot traître. Kureto ferma les yeux et secoua la tête.

« Non, Tenri. Ça c'est toi. Je suis fatigué comme les autres de ces batailles. Après avoir goûté au calme de ces lieux, avoir été éloigné des luttes de pouvoir ... je laisse tomber. Que Guren et sa famille fassent donc de toi ce qu'ils veulent. »

Kureto s'éloigna à son tour. Shinoa n'avait rien à dire. Sakae s'avança à nouveau.


« Eh bien, c'est du propre. Cela ne coûte pourtant rien d'offrir de l'amour à ses enfants, et cela rapporte tellement. Mais tu ne comprendras jamais ça hein vieil imbécile. La sentence pour toi est simple : le monde n'a pas besoin d'un misérable de ton espèce. »

Tenri fut traîné sur le sol par la chaîne de Guren et transporté dans une autre pièce. Sakae se tourna vers les autres.

« Et vous, bande de moutons. Lorsque mon ancêtre Ichinose a été souillée par un Hiiragi, et son compagnon castré, pas un seul de vous n'a pris notre défense. Alors que cela aurait très bien pu être l'un de vous. Vous avez suivi le mouvement pour plaire au maître, comme des moutons. Eh bien devinez quoi : vous suivrez jusqu'au bout.» annonça-t-il.

Mito eut un hoquet de peur, tandis que Goshi pâlit.

« Ou alors … » reprit Sakae.

« Faites allégeance à ma maison et vous aurez la vie sauve. La seule condition sera que vos enfants prennent votre place, enfin s'ils sont encore en vie. »

Les deux attaques sur l'école avaient en effet privé nombre de familles de leur descendant. Guren ôta la chaîne qui leur couvrait la bouche afin d'entendre leur réponse.

« Jamais de la vie ! » lança le chef Shichikai.

Sakae plissa les yeux.

« À ta guise. »

Il fut traîné sur le sol jusque dans l'autre pièce. Sakae avisa les derniers chefs restant, les Sanguu, les Jujo et les Goshi.

« Papa je t'en prie ! » lança Mito.

« Tu devrais écouter ta fille. Le fait que mon fils ait sauvé sa peau trois fois si ma mémoire est bonne, ne signifie donc rien pour toi ? » reprit Sakae.

Idem pour le Goshi. Le père Jujo baissa les yeux. Il n'y avait pas trente-six choix possibles, et en effet sans l'aîné des Ichinose sa fille serait morte depuis un moment.

« Nous avons en effet une dette envers vous. Très bien, j'accepte de me soumettre à votre ordre. »

Mito poussa un soupir de soulagement. Shinya lui tapota l'épaule, assurant qu'ils ne le regretteraient pas. Guren défit lentement la chaîne autour de l'homme roux, guettant un éventuel piège. Sakae du reste, s'était éloigné par précaution. Mais Jujo ne bougea pas tout de suite. Il se releva doucement puis recula sans tourner le dos aux Ichinose, qui du reste apprécièrent cette attitude. Le suivant à se rendre fut le chef des Goshi, reconnaissant tout de même que son fils avait aussi été sauvé, en dépit de sa préférence pour le frère plus jeune. Le dernier fut le chef Sanguu.

« Parfait. Un dernier détail à régler à présent. Kureto-san, approche s'il te plaît. » reprit le patriarche Ichinose.

Un peu étonné, le jeune homme s'exécuta.

« Mon fils m'a fait une suggestion que je souhaite te soumettre. En tant que désormais chef de ta famille, je te propose donc une place parmi nous. À savoir celle que les Ichinose occupaient à vos côtés avant cette malheureuse histoire. » annonça Sakae.

« La première place donc. » déduisit Kureto.

« Tout à fait. »

Le jeune homme eut un sourire.

« De toute manière, il y aura une alliance entre nos maisons que je le veuille ou non, alors bon. » répondit Kureto en désignant Shinya et Mahiru.

Ces derniers sourirent en rosissant.

« Mais j'apprécie la proposition, et je l'accepte avec plaisir. » décida Kureto.

Sakae hocha la tête, puis reprit à l'attention de son auditoire.

« Nous en avons donc terminé. Les Mikado no Tsuki sont officiellement libres et au pouvoir. » décréta Sakae.

Ce fut une explosion de joie dans la salle, qui surprit les derniers Hiiragi et les autres familles. Visiblement, c'était un moment attendu depuis longtemps. Les jumeaux se levèrent puis allèrent rejoindre leurs amis.

« Bienvenue parmi nous. » sourit Miyuki.

« Merci. » répondit Mito.

« Au fait toi, pourquoi tu ne m'as pas dit que tu allais te battre ? » demanda Shinya en s'approchant de la brune.

« Parce que tu aurais voulu me suivre. Or l'ère du combat est révolue pour toi. » dit-elle en lui caressant la joue.

« Mais … » reprit Shinya.

« Il est temps que tu vives normalement à présent. » coupa-t-elle avant de l'embrasser.

Shinya sourit doucement avant de la serrer contre lui.

Un banquet eut lieu dans la soirée pour fêter la libération des Ichinose. Avant cela, les jumeaux rejoignirent les prisonniers. Chacun sortit un sabre, le visage impassible. L'instant d'après un sifflement retentit. C'était terminé. Ils laissèrent le soin à des serviteurs de disposer des corps, puis rejoignirent le banquet installé à l'extérieur. Les jeunes avaient été regroupés ensemble.

« C'est beau par chez vous. » commenta Goshi.

« Et très calme aussi. » ajouta Mahiru.

« Votre captivité n'a pas été trop difficile, Kureto-sama ? » s'enquit Mito.

« Pfff, ces mioches ont passé tout leur temps à me coller. Je n'avais pas une minute à moi. » répondit Kureto.

Chacun le regarda les yeux ronds, étonnés par cette réponse frôlant l'humour.

« Mais tu croyais quoi toi ? » répliqua Guren.

« C'est vrai ça, t'étais prisonnier pas à l'hôtel. » ajouta Miyuki.

« Ah les jeunes de nos jours ! » intervint Shinoa.

La tablée éclata de rire sur cette dernière remarque. La soirée se déroula paisiblement.