Chapitre-3
Dring Dring
Il était tard le soir et derrière l'enseigne du livreur de pizza, Vivien concluait un deal avec un inconnu. Maintenant, enfin, je tenais la preuve ! Accroupie derrière les poubelles, je sortis tant bien que mal mon portable de la poche pour enregistrer leur conversation. La qualité ne serait pas excellente, mais au moins personne ne pourrait contester son authenticité.
Plusieurs minutes passèrent, pendant qu'ils échangeaient des banalités. Soudain, le patron sortit dehors et j'arrêtai alors l'enregistrement.
-Vivien, tu le fais exprès ou quoi ? Il y a du boulot dans les cuisines. Dante vient également de passer une commande gigantesque, je veux que ce soit toi qui t'en occupes. Et profite-en au passage pour me ramener Clara ! Cette gamine n'est qu'une bonne à rien décidément. Toujours à droite à gauche en train de fouiner avec son air de martyr !
-Ce sera fait, patron ! lança le jeune de vingt-deux ans.
Le patron rentrait, pendant que je restais là, pantoise et immobile, les bras resserrés autour de mes genoux.
-Désolé pour ça. Faut bien garder sa couverture ! expliqua Vivien, l'autre.
-Bah ! Pas grave ! Bon, moi j'y vais ! À bientôt, qui sait ?
-Ouais, ouais ! Moi j'en profite pour jeter ça. Salut !
L'inconnu s'en alla, pendant que Vivien s'approchait dangereusement des poubelles. Le rythme de mon cœur s'accéléra tandis qu'il approchait. Il ouvra le grand couvercle, un hoquet nerveux m'échappa. Il laissa immédiatement retomber tout ce qu'il avait entre les mains et s'interrogea. Poussant un juron, il s'apprêta à contourner la benne à ordure quand une voix grave scanda :
-Hé ! C'est toi mon cuisinier perso ? Qu'est-ce tu glandes ! J'ai faim moi !
-Une minute, Mr Dante, je sors simplement les poubelles.
-Raconte pas de conneries, j'ai entendu le patron te rappeler encore ! File aux cuisines illico presto, j'ai pas que ça à faire moi !
-B-bien Monsieur, répondit-il poliment mais à contrecoeur, détestant avoir à obéir aussi platement.
La porte en métal de derrière claqua.
Je laissais sortir un énorme soupir de soulagement tandis que mon cœur se reposait un peu. Je restais là, accroupie, recroquevillée, les mains sur la bouche, respirant à peine, dans l'impossibilité de bouger encore dans l'immédiat. J'avais eu une peur folle ! Si Vivien m'avait pris sur le fait, je n'aurais pas donné cher de ma peau…
-Bah alors !
Je poussai un cri de surprise, après que mon cœur ait fait un bond énorme dans ma poitrine.
-Vous m'avez fait si peur !
-J'ai vu ça. Qu'est-ce que tu fous, à traîner encore par terre ?
Il me tendit une main généreuse. Je la saisis pour me lever, mais mes jambes me supportaient à peine. Avant que je ne tombe au sol, il me prit dans ses bras plus qu'il ne me rattrapa. À cet instant précis, le patron sortit, l'air furibond.
-Clara ! Ca fait longtemps que ta pause est terminée ! Qu'est-ce que tu fais encore dehors ! Il y a du boulot ce soir, enfin !
Il remarqua la présence de son meilleur client et aussitôt, son visage rond perdit sa rougeur colérique.
-Deux minutes le patron, j'ai quelques mots à lui dire, lança-t-il avec un air menaçant dans ma direction.
Il nous jaugea suspicieusement. Puis finalement s'en alla sans faire trop de vagues. Bien que nous ayons l'air de flirter, moi ainsi échouée, interloquée, dans ses bras divins, il n'oserait se mettre à dos Dante. De plus, peut-être n'avais-je vraiment pas l'air dans mon assiette ?
-Merci ! Mille fois merci ! Cela fait maintenant deux fois que vous me sauvez la mise ! Comment avez-vous su ?
-J'ai entendu votre boss sortir et parler. Je me suis avancé vers lui avec la ferme attention de le frapper pour ce qu'il avait dit quand j'ai entendu que dehors il n'y avait pas deux, mais trois personnes. J'en ai conclu que tu enquêtais sur le cuistot. Je suis sorti juste à temps pour l'interpeller.
-Merci encore.
Une immense lutte intérieure me déchirait en deux : celle qui devait se détacher de lui pour conserver son intégrité et celle qui ne demander qu'à être bercée et perdre la tête dans ses bras. Son odeur était envoûtante. Plus que d'habitude. Il avait une main provocante posée sur ma hanche menue.
-Vraiment, encore merci. Je dois y aller moi aussi si je ne veux pas perdre mon boulot. En plus, il y a du monde ce soir.
-C'était avec plaisir. À quelle heure finis-tu ?
-2 heures du mat'. C'est peu être un peu trop tard.
-Non, c'est parfait.
J'hésitai, bien qu'au fond je me savais déjà vaincue. Mais j'avais peur de l'inconnu. Que se passerait-il si je tolérais le fait de me laisser entraînée par lui ?
-Serait-ce une invitation ?
-Hum…je ne sais pas si on peut le considérer ainsi.
-Un…rendez-vous alors ? Qu'avez-vous en tête ?
-J'avais l'intention de te traîner en boîte. Sois devant à la fin de ton service.
-Quoi ? Mais…
Je n'avais même pas encore donné mon avis.
Déjà, il s'avançait en me poussant à l'intérieur. L'instant d'après, il mangeait ses pizzas pendant que je servais tout le monde. Je n'avais également aucun mal à identifier les mauvais regards suspicieux de Vivien à mon égard. Quant aux autres employés, ils s'amusaient à médire dans mon dos.
Soudain, les bras chargés, une jambe de ma collègue dépassa « malencontreusement » dans mon chemin. Tout ce que j'avais en main s'étala au sol. La chose positive avec les pizzas, c'est que les boîtes en carton avaient peu de chances de se briser. Par contre il y a rarement plus salissant que des pizzas…
De plus, alors que j'étais encore toute à ma réflexion, ma collègue, derrière, qui était penchée, se redressa, me poussant et me faisant basculer sur la table d'à côté..qui se trouvait être celle de Dante. Elle se renversa et mon sauveur ne me rattrapa que de peu avant que je n'atterrisse de façon morbide sur des morceaux de verre brisés.
L'instant d'après, j'étais déjà sur mes deux pieds, le regard rageur vrillé sur elle. J'avais rarement été dans une telle fureur. Il n'y avait rien de pire que la méchanceté opportuniste et gratuite. Le visage crispé, j'aurai voulu lui expliquer le fond de ma pensée mais j'étais si en colère que je n'arrivais à former aucun mot. Déjà, le patron accourait pour me réprimander.
Au final je me retrouvais à nettoyer le sol avec un simple chiffon, baissée à quatre pattes par terre, sous le nez de Dante, qui d'ailleurs avait une expression peu avenante. Il me regardait à peine. Je le comprenais. Il lui serait arrivé la même chose…que peut-être aurais-je un peu honte de m'afficher en sa compagnie.
Ce ne fut que lorsque je retirai mon tablier de nettoyage que je constatai mes vêtements salis par les pizzas et les produits de nettoyage. J'avais été si enragée que j'en avais oublié mes habits. Génial ! Il ne me manquait plus que ça !
Comme une gamine immature, je fus tentée de me réfugier dans les toilettes pour pleurer, n'étant pas du tout habituée à ce genre de brimade. Mais j'avais conscience que c'était stupide et que tout le monde le penserait. J'étais simplement trop sensible. Et je me trouvais monstrueuse d'avoir voulu du mal à ma collègue. À tous ceux qui s'étaient amusés de ma situation. C'était puéril de réagir ainsi.
Alors que je débarrassai une table, je vis du coin de l'œil Dante me regarder avec insistance. Je lui renvoyais un regard curieux. Ma fameuse collègue s'entretenait avec lui, sulfureuse à souhait. Elle s'en alla, sourire aux lèvres, quand soudain, elle s'effondra. Elle devint encore plus sale et amochée que moi. « Ouuuups, serait-ce moi qui ai fait ça ? » lança le chasseur avec un sourire cynique et charmeur à souhait. Cerise sur le gâteau, le patron déversa tout son stress sur elle, devant tout le monde.
Stupéfaite, je le vis s'en aller, tel un vagabond, avec sa housse de guitare sur le dos, l'air tranquille. J'en ressentis une étrange satisfaction dont je me sentis aussitôt coupable. Le fait qu'il fasse de mauvaises actions pour moi m'était également déplaisant. Ainsi je me promis de lui en parler.
Je regardai ma montre. Encore trois heures, et j'étais déjà fatiguée. Et j'avais malgré moi hâte de le retrouver après mon service. Indifférente à tout ce qui m'entourait, je continuai mon service, l'air d'une condamnée à mort.
† Devil May Cry †
2h10. Je fus tentée de rentrer à pieds. Il était clair qu'il ne viendrait pas. J'avais été bête de croire qu'il avait eu un semblant d'intérêt pour moi. Ou alors il n'en avait plus. Il pleuvait et faisait froid et je n'avais pas la foi d'attendre des heures.
Soudain, la porte s'ouvrit derrière moi. Une main brusque agrippa mon épaule et me traîna dans la ruelle où j'étais tout à l'heure, avec les poubelles. On me plaqua contre le mur de brique. Je haletai.
-Vivien !
-T'étais là, tout à l'heure, hein ? Pas vrai ? Qu'est-ce que t'as entendu ?
-Rien j'ai…j'étais au téléphone.
-Menteuse.
Sans scrupules, il fouilla vivement les poches de mon jean jusqu'à ce qu'il trouve mon portable. Il vérifia, je le savais, et mon cœur s'affolait déjà dans ma poitrine. Il commença à écouter le début de l'enregistrement. Il l'arrêta l'instant d'après. Il en savait déjà assez.
-Tu enquêtes sur moi ? T'es de la police ? C'est quoi ça ?
Il brisa mon mobile par terre avant de m'attraper par le col et de me soulever d'une main. Oh non ! Mince ! J'ai peur, j'ai peur, j'ai peur… !
Je ne touchais désormais plus terre. Ce n'était pas bien difficile vu mon gabarit. Le mur rugueux déchira le tissu et meurtrit mon dos.
-Cette fois, cet enfoiré de Dante n'est pas là pour te sauver. C'est fini.
-… (J'étais trop effrayée pour répondre)
-Alors, que détesterais-tu le plus ? Comme tu n'es pas de ces filles pour qui le physique compte plus que tout, peut-être qu'une marque psychologique serait plus judicieuse ? Hein ? Qu'est-ce que t'en penses ?
Il s'affaira, explosant les boutons de ma chemise autrefois blanche, commençant à ouvrir mon jean et me déshabiller. Mes yeux s'écarquillèrent d'horreur. Son regard était lubrique à s'en plus finir.
-En plus, y a longtemps que je m'étais pas fait une minette ! T'es assez banale mais tu feras l'afffaire…l'affaire d'une pierre deux coups ! dit-il en essayant de détacher mon soutien-gorge, ce à quoi je résistai vertement.
-Hé ! Toi, là ! T'as pas honte ? Faut être deux à se déshabiller mon gars ! scanda une voix grave à quelques pas.
-Quoi ? s'exclama-t-il alors que sa main s'échoua sur mon revolver.
-Ce qu'elle n'a pas l'air de vouloir…
Le bruit d'une arme qu'on charge retentit juste à côté de la tempe de mon agresseur. Il me lâcha sur le champ, tandis que je remettai rapidement mon jean, rattachai avec précipitation les deux pans tombant de ma chemise avec un nœud et ramassai mon revolver d'une main tremblante.
-Tu mérites le trépas ! susurra Dante d'une voix extrêmement menaçante.
-Non ! répliqua l'autre en fermant les yeux.
Il recula de plusieurs pas, les mains en évidence. Dante rangea son arme. Mais à peine deux minutes plus tard, Vivien atterrit sur le sol, tabassé à mort…mais pas encore mort. Pendant ce temps, j'avais ramassé les débris de mon portable. Bonne nouvelle : la carte mémoire était peut-être encore exploitable.
-Et que ça te serves de leçon. Sale blaireau obsédé de mes deux va !
Je fus horrifiée par l'état du pauvre Vivien, mais je ne savais que dire. Tant de violence, que c'en était…
Dante entoura mes épaules et me ramena à sa voiture en un coup de vent, interrompant mes réflexions inutiles. Déjà, il se trouvait à mes côtés (une telle rapidité n'était vraiment pas humaine) et démarrait en trombe. Il roulait beaucoup trop vite. Heureusement, il n'y avait presque personne sur les routes à cette heure-ci.
J'étais encore un peu sous le choc, c'est pourquoi je ne trouvai rien à dire. Je me contentais de fixer un point fixe devant moi, les yeux hagards.
-Et toi ?! T'attendais quoi pour te servir de ton arme ? Qu'il ai tiré avant !
-J-je…je ne m'en suis jamais servie…Je-
-Eh ben ça se voyait ! Honte à toi ! Je ne serais pas toujours là pour te sauver la mise je te signale !
-C-ç-ç-ça ne serait pas arrivé si vous n'étiez pas en retard ! répliquai-je, chamboulée. Je vous ai attendus sous la pluie…
Il me fusilla du regard, regardant à peine la route. Il vit mes vêtements trempés et se calma sensiblement.
-Ça serait arrivé à un moment ou un autre ! (son bras se perdit quelque part sur le siège arrière) J'ai ramené des vêtements, les tiens craignent depuis ta chute. Change-toi.
-Merci, dis-je timidement.
Il n'avait même pas sa ceinture. Soudain alors qu'il se reconcentrait sur la route, il évita de peu une voiture devant lui. L'homme dans la voiture, maintenant derrière nous, nous insulta vulgairement. Dante répliqua froidement par d'innombrables coups de feu dans les pneus et le moteur de l'engin.
-Connard toi-même ! lança finalement Dante pour lui-même, revenu à l'intérieur.
Comme sa colère était légitime, je laissais passer tranquillement, pendant que je passais derrière pour m'habiller. Au final, j'avais un chemisier blanc, à manches longues mais plutôt court sous le buste, avec une jupe noire plissée tout aussi courte. Il n'avait pas regardé dans le rétroviseur une seule fois.
Revenant à l'avant, je le remerciai encore une fois avant d'ajouter :
-D'où viennent ces vêtements ?
-Lady. Une fille avec qui je travaille de temps en temps les oublie parfois quand elle vient se baigner chez moi après le boulot. Fais pas un compte.
-Ah…
Sûrement une de ces conquêtes. Une collègue, chasseuse de démons, sachant se prendre en main. Qui saurait être belle et féminine, même avec une épée plus grande et plus large qu'elle sur les épaules, son corps couvert de sang. Quoi de plus normal ? Pas un boulet comme moi. Il était si séduisant. Ce ne devait pas être les filles d'un soir qui devait lui manquer.
N'empêche…quel genre de fille chassait avec des vêtements aussi courts ???
-Bon, prête pour une nuit de folie ?
Je ne sais pas si j'en avais vraiment envie…
-Vous êtes sérieux ? On va vraiment aller danser en boîte ?
-Bah ! À ton avis ! lança-t-il en levant les yeux au ciel.
Brusquement, en deux coups de volant, une marche arrière, une marche avant, on était garés. Il me regarda enfin de haut en bas.
-Et bien alors ? C'est pas mal ! Plus sexy encore que je ne le pensais. Pourquoi tu ne t'habilles pas comme ça tous les jours ? lança-t-il avec un large sourire ravageur.
-Dois-je vraiment répondre à cette question ? répliquai-je platement, les yeux plissés dans sa direction.
Nous nous observâmes un moment dans le blanc des yeux, sans qu'il ne se départisse de son sourire.
-Quoi ?
-(soupir vaincu) Et bien…Je ne suis encore jamais allé en boîte et…euh.
-Je m'y attendais. Tu vas voir, c'est spécial.
-Mais, euh…je ne connais que des danses de salons et pas…me déhancher comme…
-T'inquiète pas pour ça. En général, c'est tellement rempli que t'as pas la place de faire grand chose en fait. Si t'arrive à faire deux pas autour de toi c'est déjà pas mal.
-Bon, d'accord…
Mon stock d'arguments était épuisé de toute façon…
-T'as froid ? demanda-t-il en remarquant mes frissons et léger soubresauts.
-Euh, juste un peu. Je suis trempée donc…
-Allez, viens, il fait plus chaud à l'intérieur.
Il se pencha devant moi pour enlever ma ceinture et ouvrir ma portière. Alors qu'il se relevait, son visage s'attarda en face du mien. Je rougis violemment. Son haleine tiède balaya mon visage glacé. Ses lèvres effleurèrent les miennes lorsque soudain, la voiture trembla. Je sursautai.
Nous sortîmes, intrigués. Des jeunes ivres morts peinaient à avancer dans la nuit noire. Dante sortit une pléiade de jurons à leur attention.
-Bon, allons-y, avant que je n'en tue un ou deux pour rendre service à l'humanité.
-Après vous, Monsieur.
Il soupira, l'air exaspéré par ma politesse, tout à coup. Il posa de façon possessive son bras sur mes épaules et je n'osai pas lui dire qu'il était bien trop lourd pour moi. J'étais gênée. C'était comme si nous étions un couple.
Nous entrâmes sans problèmes, dépassant la file d'attente interminable tranquillement. Le garde de sécurité semblait connaître parfaitement Dante. Une fois submergée à l'intérieur, la chaleur étouffante, la foule confusément animée, la fumée des cigarettes et le son bien trop fort de la musique m'envahirent.
Grâce au gabarit imposant de Dante, et sa réputation, je dirais, nous arrivâmes sans problèmes jusqu'au bar. Comme par miracle, deux place se libérèrent pour nous.
-Qu'est-ce que je vous sers ? lança joyeusement le barman surbooké.
-Pour moi, un cercueil bien serré. Elle boira avec moi.
-Ok, ok ! approuva une jeune fille pétillante aidant le barman, couettes à gogo et rollers aux pieds, elle me fit un clin d'œil coquin au passage.
-Qu'est-ce qu'un cercueil ? demandai-je.
-Tu ne sors donc jamais le dimanche ?
-Jamais, répondis-je sincèrement.
Avec un sourire machiavélique sur les lèvres, il fit briller le liquide noir dans un verre moyen à la lueur des spots brûlants et un regard médusé, comme on contemplerait une pierre précieuse.
-Ça, petite fille, c'est le meilleur moyen de ressortir déchiré d'ici dix minutes.
-En effet, la soirée aura vraiment été expédiée. De plus, elle a l'air déjà bien entamée, fis-je remarquer au vu de tous les ivrognes au bar et sur la piste de danse.
-Non, non ! Pas pour moi ! Comme je ne suis pas comme les autres, confia-t-il avec un regard entendu (il était à demi-démon après tout), ma résistance à l'alcool est beaucoup plus forte que tous les humains ici présent.
-Donc, c'est l'alcool le plus fort, afin que vous ayez à peu près les mêmes sensations.
-Ouais ! En fait, c'est un mix de tous les alcools du bar contenu dans ce verre. Un vrai poison.
Mes yeux s'agrandirent d'horreur devant l'arme létale qu'il contenait entre ses doigts.
-Et vous voulez que j'en boive ?
-Une gorgée suffira amplement.
-Pourquoi me rendre ivre ? Je ne comprends pas, je pensais pouvoir…
-…me faire confiance ? Ha ha ha ! railla-t-il sardnoniquement.
La plaisanterie ne prenait pas alors il s'arrêta et redevint à moitié-sérieux.
-Je ne l'ai pas déjà assez prouvé peut-être ? Bon, alors regarde.
Il porta le verre à ses lèvres. Un fol instinct de conservation m'obligea à agripper sa main et l'empêcha de boire (ou plutôt il s'arrêta, jamais ma force n'aurait pu se comparer à la sienne).
-Ne buvez pas, enfin !
-Alors, prends-en une gorgée ! dit-il, excédé, en me tendant le verre.
Je considérai le verre, tel un défi personnel. J'en bus une petite gorgée, une seule. La seconde d'après, j'avais la bouche, la gorge, l'estomac, les intestins puis pour finir le cerveau en ébullition. Que dis-je ? En feu ! Un tournis me prit. Me marina, me fit tourner, aveuglée, avant de me jeter à nouveau sur ma chaise, dans le monde réel. Une bouffée de chaleur s'abattit sur mon corps entier.
Lorsque je rouvris les yeux, il me regardait d'un air fier et amusé. Très amusé. D'un coup, il m'arracha le verre et but le reste d'une traite. L'espace d'un instant, le monde s'arrêta de tourner (tout le monde au bar s'était figé) avant de reprendre.
Il reposa brusquement le verre, sans le briser (un miracle) puis me prit soudainement par la main pour m'entraîner sur la piste de danse. Cette fois, personne ne nous laissa la place. Nous étions arrivés au centre. Il colla mon dos à son torse (j'étais si petite par rapport à lui) et tint fermement mes hanches.
Je n'appréciai pas beaucoup le fait d'être bousculée de tous parts. J'avais l'impression d'être brutalisée. Mon seul repère dans ce monde de fou en transe : Dante, que je ne lâchais pas d'une semelle.
-Écarte un peu les pieds, va ! Relax ! Regarde pas les autres autour, parce que eux n'en n'ont rien à battre. Là…laisse-toi aller. Bouge au rythme de la musique.
Il fit lui même bouger mes hanches au rythme rock-techno de la musique avec facilité. Lorsque je fus capable de me débrouiller seule, maladroitement, il fit remonter mes mains autour de sa nuque. Il avait ainsi une meilleure vue plongeante sur ma poitrine.
Bizarrement…cela ne me déplaisait pas. Je bougeai les hanches sur les côtés, il regardait, je frottai mon dos à lui, il souriait, je caressai ses cheveux, il fermait les yeux au contact. Et j'en voulais encore. J'étais prise dans une sorte de frénésie dans laquelle je ne me reconnaissais pas. J'étais hors d'haleine. Et j'en voulais encore, plus, toujours. Son corps. Je voulais qu'il frémisse autant que moi lorsqu'il caressait ainsi mes hanches avec insistance.
Soudain, lorsque je compris que celle qui dansait ainsi, contre lui, n'était plus sous mon contrôle, il était déjà trop tard. Je voyais, je sentais tout ce qui se passait, mais ne pouvais rien faire décemment et intentionnellement. Mon corps et mon esprit agissaient d'eux-mêmes, en totale contradiction avec ma raison et ma conscience.
Je me retournais, enchaînée à son cou, ma jambe entre les siennes, mon rein endiablé à sa taille. La chaleur qui m'influençait ne venait pas de moi. Du moins, celle qui prenait place au creux de mes reins ne m'était pas du tout familière en tout cas. Le regard fiévreux, je le toisai, plongeai dans l'argent bleu de ses yeux et là je saisis…
Le désir. La passion. L'envie. La luxure. L'énergie. La perdition. En outre le péché. Mais je le désirais si fort. Et j'eus l'impression de ne pas être la seule. Juste d'être au beau milieu d'une orgie ou les gens étaient simplement très peu (bien) habillés.
Je vis dans son regard qu'il avait tout deviné de ce qui se passait, de ce que je ressentais. Mais une part conséquente de moi ne voulait pas faire machine arrière. Mais au contraire, la curiosité me poussait à aller plus loin. Je me sentais invulnérable.
Son sourire calculateur et satisfait m'incendiait. Lorsqu'il plongea dans mon cou humer mon parfum, tel un vampire, je me sentis frissonner.
La musique changea. Un autre danseur, derrière moi, se collait un peu trop à moi selon mon avis. M'arrachant à l'étreinte brûlante de Dante, il m'entraîna dans un rythme frénétique. Trop énergique pour moi. La sensation de ses mains sur mes hanches et mes épaules, en plus, ne m'était pas du tout agréable. Je regardai avec insistance mon véritable cavalier, qui ne se souciait pas outre mesure.
Lorsque je tentai de me rapprocher de lui, l'autre me retint. À ce moment-là, Dante réagit enfin et me reprit violemment, me serrant contre lui. Un éclat de conscience me traversa l'esprit.
-Dante, je n'aime pas cet endroit. S'il vous plait. Partons.
-Tu t'habitueras. Tu t'habitueras à la véritable noirceur humaine.
Toute cette agitation, cette chaleur torride et insupportable, cette musique dix fois trop forte qui bourdonnait dans ma poitrine et mes oreilles et qui donnait mal à la tête, achevèrent de me rendre malade. Je voulais sortir. Maintenant. Il le fallait. Mes forces me quittaient.
Fichu trou noir…
Fin du Chapitre-3
Assez long chapitre…
Enfin bref, j'ai eu plein de nouveaux lecteurs, ou plutôt lectrices ! Je suis vraiment contente. Je pensais vraiment que personne ne la lirait. Mais heureusement, je vois que je ne suis pas la seule à vérifier de temps en temps les sections peu fréquentées par les français mais qui restent tout de même intéressantes, comme Devil May Cry.
Bref, je suis contente qu'elle vous plaise. Je ne l'ai vraiment pas écrite dans l'objectif de la publier donc...ben tant mieux pour vous. Et désolée si la trame n'est pas très organisée. Je l'écris vraiment au gré de mes envies, parce que, comme je l'ai dit, c'était vraiment pour le plaisir (d'où le malicieux M qui viendra plus tard mdr).
Encore mille fois merci j'espère que ce chapitre vous a plu également. À la prochaine !
PS : Désolée pour les fautes d'orthographes occasionnelles. Elles sont davantage dues à des inattentions qu'autre chose. Si vous en voyez, n'hésitez pas à me prévenir.
RAR :
Ashérit : Merci pour tes compliments. Je n'aime pas non plus les Mary-Sue avec genre…tous les héros de l'histoire à ses trousses ? Bon, je précise, elle ne l'a pas non plus choppé au 3e chapitre, ni au 4e, je te rassure. L'épisode de la boîte, c'était vraiment juste pour provoquer une situation humoristique (par la suite).
M'enfin, j'espère que ce que ça donne pour l'instant continue de t'intéresser. Et que Clara continuera à être crédible. C'est assez dur quand on fréquente quelqu'un comme Dane d'essayer de garder un personnage banal. On a envie de lui donner des superpouvoirs pour qu'elle fasse le poids fasse à lui, question présence et charisme. Clara, c'est tout le contraire…elle est lourde, ignorante et n'est douée pour rien sans pour autant tomber dans le cliché (enfin j'espère).
Ankoku no Neko : Hello chaton !
J'espère que les chapitres vont aller en s'améliorant, évidemment. Et c'est vrai que Dante est un peu bavard…je n'ai acquis le jeu que très récemment et je me suis rendue compte, qu'en fait, c'est surtout dans l'anime qu'il fait son sérieux et tout…à prt ça, dans le jeu, moi je le trouve extrêmement causant. Voire blagueur. Même que ce sont les autres personnages qui ne parlent jamais, comparé à lui.
M'enfin, au départ, le bavardage incessant de Dante m'est surtout venu naturellement parce que Clara ne parle pas beaucoup et comme c'est une récit à la première personne, la faire parler souvent aurait créé un déséquilibre je pense. Comme une sorte d'excès de parole. Ou il aurait fallu moins de récit mais qu'elle parle beaucoup dans les dialogues (comme il m'arrive de le faire) ou ce que je vais d'habitude : peu de paroles mais beaucoup de description et de monologues intérieurs.
Oui, il est vrai qu'elle a l'air de subir les évènements. Même si je ne voulais pas du tout donner cette impression. Elle n'a pas confiance en elle alors elle oppose une résistance frustrante (sinon, rien à dire, elle l'aurait eu dès le premier chapitre) mais au fond elle en a vraiment envie. Sinon elle ne laisserait pas les choses se faire et n'attendrait pas de voir où cette histoire la mène.
Le pourquoi il s'intéresse à elle, le mystère ne fera que s'accentuer au fil des chapitres, jusqu'à l'abrupte révélation. Donc je ne peux rien dire de plus. Mais effectivement, Dante a une bonne raison d'agir ainsi. Ne t'inquiète pas, les interrogations de Clara ne s'arrêteront pas à là.
Manque de description…oui, j'avoue, c'est vrai. Je suis assez flemmarde au niveau des descriptions. C'est parce que j'imagine que les fans et les lecteurs connaissent déjà assez bien l'ambiance et l'apparence de l'univers alors je donne des indications assez approximatives et je laisse leur imagination et ce qu'ils savent du jeu faire le reste. Et puis, comme je l'ai dit…j'avais prévu de le faire pour le plaisir alors il est vrai que je ne me suis pas beaucoup embêtée. Je me suis focalisée sur l'action principale et la trame de l'histoire, que j'estime plus intéressante que le décor, en particulier les subtilités des interactions entre Dante et Clara.
Les sentiments de Clara sur cette scène…oui, c'est vrai, je suis allée un peu vite en besogne. Et encore, dire que je l'ai modifiée un peu pour aggraver un peu sa réaction juste avant de publier. J'imagine que ce n'était pas assez, désolée. Je ne suis pas douée pour décrire ce genre de sentiment, vu que je ne m'horrifie presque jamais de rien.
Pour l'instant, je précise que l'intrigue se concentre principalement sur le début de leur relation, puisque le plus gros et le plus intéressant de l'histoire se passera essentiellement lorsqu'ils seront ensemble (voire résumé, je ne spoile pas vraiment…), c'est donc là que les choses sérieuses vont commencer. Et ce ne sera pas que des fleurs bleues et des moments sous la couette, je te rassure.
Les passages sans Dante commencent à partir du chapitre 5, je te rassure également. Enfin, je ne suis pas partisante du « je balance tout sur le perso dès le1er chapitre ! ». Je préfère laisser le lecteur découvrir le personnage, de plus en plus en profondeur, au fil des chapitres, à travers ses actions, ses paroles, son comportement, ses préférences et les informations qu'elle donne sur son passé pour la cerner.
Cependant, merci infiniment pour tes conseils, j'espère que tu remarqueras que j'ai essayé de les prendre en compte sans oublier mon plaisir.
Merci pour les encouragements et à la prochaine j'espère, si je ne t'ai pas déçue.
Ravenhill : Hello ! Merci mille fois pour tes compliments, surtout concernant la personnalité de Dante. C'est très dur de ce côté là. Lol, oui, la tête de Clara ! En tout cas, moi, j'aurai réagi pareil, alors c'est pour ça que je l'ai écrit ainsi, mdr. En effet, j'aurai sûrement eu l'air ridicule ? Et toi, comment tu aurais réagi, franchement, lol ?
Merci pour l'encouragement et à la prochaine j'espère.
Yunalesca01 (on se ne connaîtrait pas déjà par hasard ?) : Lol, ne t'inquiète pas. Une review est une review et elle aide à faire augmenter la popularité de la fic, donc à inciter les gens à venir y jeter un coup d'œil. Donc, merci pour ta review et n'hésite pas à me donner ton propre point de vue quand même ^^.
Envy974 (originaire de la Réunion par hasard ?) : Merci pour ta double review, c'était un grand plaisir de lire tes compliments ! J'espère que la suite t'a plu et qu'elle continuera à te plaire. Bon ben, nous à r'trouve.
