Joyeux Lundi !
J'espère que vous avez passé un bon weekend.
Je reviens vers vous avec un chapitre tout nouveau et tout long !
Encore merci à Vala59 pour ton commentaire!
J'espère que ce nouveau chapitre te satisfera autant que les autres !
Il ne m'en reste que 3 à écrire ainsi qu'un épilogue. J'essayerais d'être plus rapide !
Crédits : tous les personnages de Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto et ne m'appartiennent aucunement.
Bonne lecture à tous !
Chapitre n°12 : Le polype
L'hiver avait timidement laissé sa place au printemps et les pruniers commençaient à bourgeonner dans toute la ville. Bien que les températures se fussent un peu adoucies, l'atmosphère mélancolique et monotone de l'hiver demeurait imprégnée en moi.
Un petite semaine s'était écoulée depuis le quatorze février et elle ne fut pas de tout repos.
Non, j'avais malheureusement appris à mes dépends que Grégoire, l'infidèle, avait intégré notre lycée pour une durée d'un an dans le cadre d'un échange France-Japon avec le Rotary Club. Fort heureusement il n'avait pas été intégré à notre classe ce qui me laissait un tant soit peu de répit. Je n'avais donc à subir ses assauts répétitifs que durant les pauses entre deux cours et également durant le cours de sport que nous partagions avec sa classe, ce qui à mon humble avis était déjà beaucoup trop. Sasuke ne me quittait donc plus d'une semelle et cette épreuve m'avait considérablement rapproché de lui. Sasuke n'était à présent plus mon ennemi public numéro un mais plutôt un allier de taille face à une menace constante et cette affirmation se révélait d'autant plus vraie après l'incident du quinze février.
En effet, le lendemain de la St-Valentin, alors que je sortais mes chaussures (les wabaki) de mon casier, je fus soudainement agrippée à l'épaule et retournée comme une crêpe. Avant que je n'aie pu comprendre ce qui se passait, ma bouche était violemment écrasée par une envahisseuse. Mais ce n'était pas Sasuke, qui malgré sa fougue, aurait au moins eu la décence de s'assurer de ne pas me faire mal.
Non, c'était l'autre enflure. Grégoire…
Je tentais de le repousser sous les regards amusés de la plupart de nos camarades mais en vain. Grégoire était un peu plus grand que Sasuke et disposait d'une carrure européenne : sèche mais robuste. Son corps entier me plaquait contre mon casier et ses deux mains autour de mon visage m'empêchaient de tourner la tête. Je me débattais toujours, je manquais d'air et je pensais que j'allais m'évanouir… Ou bien vomir étant donné que sa langue touchait presque ma glotte. Brusquement, le poids disparu et je vis mon sauveur (je vous laisse deviner qui), tirer mon agresseur par le sac à dos et le renverser par terre.
Sans plus de cérémonie, Sasuke se retrouva rapidement à mes côtés. Je peinais à reprendre mon souffle et je fus rapidement prise dans ses bras.
- Sakura, est ce que ça va ? Tu n'as rien ?, s'inquiéta t-il, visiblement concerné.
- Non, ça va… Je crois…, je bredouillais, Merci.
L'autre andouille se releva et revint vers nous :
- Sakura, qui c'est celui-là ?, me demanda t-il en toisant Sasuke.
Mais je n'en avais rien à faire de sa putain de question :
- Grégoire, non mais tu te prends pour qui ?!
- Je suis toujours ton mec et je t'ai posé une question. C'est qui ce type ?
A son tour, Sasuke le toisa dédaigneusement du regard en se postant devant moi, me protégeant de sa carrure. Dans un japonais plus que familier, il me demanda :
- Qu'est ce qui lui prend à ce type ?!
- Je n'en sais rien. C'est un crétin. Ne t'occupe pas de lui.
- Bien sûr que je vais m'occuper de lui. Personne ne te touche.
Sasuke était visiblement remonté. Si nous étions dans un cartoon de la fumée s'échapperait sans nul doute de ses oreilles. Le Français s'avança et se retrouva à moins de trente centimètres de Sasuke et le dévisagea impoliment.
- Sakura, j'attends toujours ta réponse, grogna-t-il entre ses dents.
- Je n'ai pas à te répondre. Tu m'as trompé, tu n'es plus rien pour moi.
Soudainement, Sasuke plaqua ses mains sur ses épaules et le poussa :
- Va te faire voir, souffla –t-il en français.
En français ?! D'où connaissait-il cette expression ?
Sasuke, fier comme un paon, enroula son bras autour de mes épaules et m'accompagna jusqu'à notre salle de classe. Devant notre salle, alors qu'il nous restait à peu près cinq minutes, il tenta de m'embrasser mais je le repoussais. Je ne me sentais pas bien. Je prétextais :
- Non non… Il faut que j'aille me laver les dents. Je me sens souillée.
Et c'était vrai. J'avais un arrière-goût dégueulasse de chewing-gum bien chimique dans la bouche. D'un hochement de tête il comprit et, prenant ma main, m'escorta jusqu'aux toilettes des filles. Je passais les cinq minutes restantes à laver vigoureusement ma bouche et mes dents. Je brossais tellement fort que j'en fis saigner mes gencives. Je ressortis pour trouver Sasuke devant à m'attendre. Il m'escorta de nouveau jusqu'à la classe et nous pûmes commencer notre journée.
Il y avait eut un autre incident, lors d'un cours de sport. Nous faisions athlétisme avec sa classe.
Moi, qui jusqu'à présent, ne détestait pas totalement le sport, j'en étais arrivée à un état d'anxiété sans précédent. Grégoire bridait considérablement ses performances afin de toujours avoisiner les miennes. Par conséquent je me retrouvais constamment à côté de lui lors des courses de haies et il en profitait pour me taper la causette. C'était futile et vain mais il ne lâchait désespérément par sa prise. Sasuke qui lui était reconnu pour ses prouesses sportives n'était pas dans le même groupe que le mien et ne pouvait pas venir à mon secours cette fois-ci. Je me retrouvais seule.
L'impardonnable arriva bien assez vite. Lors de ma dernière course, mon pied se prit malencontreusement dans l'avant-dernière haie et je chutais douloureusement tête la première sur le tartan. J'ai tout de suite voulu me relever mais mon poignet droit avait cédé sous mon poids en un craquement sinistre. Il n'y avait pas que mon poignet. Mon genou gauche avait amorti ma chute et la douleur me lançait. Voyant que je ne me relevais pas, Grégoire se précipita vers moi. Putain, tout mais pas ça ! Il héla rapidement le professeur avant de me soulever maladroitement et de m'emmener d'un pas pressé vers le groupe. Le professeur vint rapidement à notre rencontre. Mon genou était en sang, mon poignet me lançait à chaque mouvement. J'étais prise de sueurs froides et ma tête me tournait. Le bruit qu'avait fait mon poignet... Cela ne présageait rien de bon. Et j'allais avoir besoin de mes deux mains pour mon stage. Fais chier~
M. Genma examina rapidement ma main couverte d'égratignures avant d'ordonner à mon "sauveur" :
- Fini le sport ma poulette. Toi, tu l'emmènes à l'infirmerie.
La plupart des élèves s'étaient arrêtés et je vis Sasuke sprinter vers nous, proposant galamment son aide. :
- Professeur, je vais l'emmener. C'est ma copine.
Mais le professeur n'était pas de cet avis et refusa, réprobateur :
- Sasuke, je ne t'ai pas encore noté. Et une seule personne suffit pour emmener Sakura à l'infirmerie.
Furieux, Sasuke se tourna vers nous. Embrassant rapidement mon front, il déclara :
- Je passe maintenant et je viens toute de suite te rejoindre à l'infirmerie, d'accord?
Je hochais tandis qu'il lançait un regard noir à Grégoire avant de partir vers la piste. Impuissante, je le regardais s'éloigner tandis que Grégoire me portait au loin, vers le bâtiment principal de l'école. L'infirmerie était située au plus près du gymnase, dans un enchevêtrement de couloirs grisonnants etAu croisement entre les toilettes et le couloir de l'infirmerie, il me posa contre le mur. Je crus que c'était pour souffler un peu. Il n'en était rien.
J'avais du mal à tenir debout, mes jambes me supportant à peine. Me poussant contre le mur, il attrapa rapidement ma nuque avant d'écraser une nouvelle fois sa bouche contre la mienne. Son autre main agrippait ma hanche, me maintenant contre le mur. Je lui refusais l'accès, faisant barrière avec mes dents. Mais hélas, je n'avais pas assez de force pour le repousser. Je voulais crier... Je compris à quel point cet homme était malsain lorsque sa main glissa de ma nuque pour attraper mon poignet endolori et le serrer fortement. La pression et la douleur étaient telles que j'en pleurais, ouvrant la bouche pour crier. Il en profita pour insérer sa langue. Passant sous mon sweater, sa main remonta contre mes côtes avant d'agripper mon sein droite à travers mon soutien-gorge..
Je voulais que ça s'arrête, je ne voulais pas finir comme ça et pourtant mes forces me quittaient. Je luttais de toutes mes forces pour ne pas sombrer. Mon poing gauche tambourinait son torse en vain et mes pauvres gémissements étouffés par sa bouche n'auraient pu alarmer personne.
- PUTAIN?! Tu vas la lâcher connard!
C'était Sasuke, tenant sa promesse de venir me retrouver dès qu'il aurait fini. Il se rua sur lui, le tirant et le projetant contre le mur d'en face. Moi je glissais contre le mur, au bord de l'inconscience, mais ses bras eurent vite fait de le saisir avec douceur et de me soulever. Il me transporta tout de suite au sein de l'infirmerie, urgeant l'infirmière de me prendre en charge immédiatement.
Je n'entendis pas ce qu'ils se disaient, mes oreilles bourdonnaient tellement.
- Ohla, ça m'a tout l'air d'une foulure. Il va lui falloir une radio.
Elle sortit en trombe prévenir les surveillants avant de revenir vers nous deux. Sasuke caressait les phalanges de ma main gauche avec son pouce avec une douceur insoupçonnée.
- Sakura, ta mère va venir te chercher et t'emmener aux urgences. Sasuke tu peux retourner en cours, décréta t-elle, avec néanmoins une voix douce et chaleureuse.
Sasuke marmonna rapidement à voix basse un "je vais lui faire la peau, je te Line plus tard" avant d'embrasser mon front une dernière fois et de quitter l'infirmerie. Je me retrouvais seule avec Shizune. Cette dernière revint avec du désinfectant, des compresses et une pommade puis se mit à nettoyer mon genou et ma main avec délicatesse. Face à mes tressaillements, elle compatit :
- Je suis désolée, je n'ai pas le droit de te donner d'antalgique ou d'anti-inflammatoire. Il va falloir que tu patiente jusqu'à l'hôpital.
Ma mère arriva un petit quart d'heure plus tard et me conduisit, la larme à l'œil, jusqu'au Sarutobi où je fus rapidement pris en charge. Entorse bénigne pour le poignet. Pas de fractures apparente. Encore heureux. On me prescrit juste une atèle et des antalgiques pour quelques jours.
A dix-sept heures je n'avais toujours pas de nouvelles de Sasuke, et je ne pouvais que me demander...
Je reçus néanmoins des messages des filles sur notre conversation de groupe :
Temari : Sakura ! Ca va ?
Ino : On s'inquiète ! Shizune nous a dit que ta mère était venue te chercher..
Tenten : Tu as fais quand même une mauvaise chute...
Temari : Ah ! Et Hinata est à son cours d'alto mais elle t'embrasse fort !
Sakura : Pas d'inquiétudes les filles. Juste une petite entorse. Vous avez des nouvelles de Sasuke ?
Je décidais de passer sous silence ce qu'il s'était passé avec Grégoire. J'avais du mal à m'en remettre. Je ne voulais surtout pas y penser. Aucune des filles ne me répondit, cependant.
A dix huit heures, la sonnette retentit dans la maison et ma mère ouvrit la porte :
- Ohlala, Sasuke mais qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?!
Je descendis prudemment mes escaliers pour découvrir Sasuke. Il y avait du sang séché sous sa narine gauche et un bleu commençait à apparaître au niveau de son arcade sourcilière gauche. A ma vue, ses yeux se posèrent instantanément sur moi avec tendresse et, dans un sourire forcé, il répondit vaguement à ma mère :
- Ce n'est rien, je suis tombé.
Qui, à part ma mère, pourrait réellement croire ce mensonge ?
Dans toute sa naïveté, elle bougonna que nous les jeunes devions faire plus attention si nous ne voulions pas finir avec des plâtres et des béquilles. Elle nous proposa du chocolat chaud et devant notre refus, s'en retourna vers son bureau. J'avançais doucement vers Sasuke, laissant glisser mes doigts (ceux de la main gauche) contre son visage. Il se lova contre leur caresse avant de me suivre à l'étage. Arrivée dans ma chambre, je le tirais doucement vers mon lit avant de partir chercher la trousse de secours dans la salle de bain. Je savais très bien ce qu'il avait fait, et je me doutais qu'il avait du attendre d'être hors de l'enceinte du lycée pour se venger.
- Est-ce que ça va ?, me demanda-t-il gentiment.
Je ne répondis pas toute de suite, trop occupée par ses plaies.
- Il ne t'a pas loupé, murmurais-je plus pour moi-même.
Il ferma doucement les yeux tandis que je passais le coton imbibé sur son sourcil, se vantant :
- Ce n'est rien, Sakura. Tu verrais sa tête...
Mais je ne dis mots. Je n'approuvais pas la violence mais j'étais vraiment reconnaissante envers Sasuke d'avoir voulu me venger et de s'être battu contre Grégoire. Personne n'avait manifesté autant d'égard envers ma personne et s'il n'y avait pas eu Sasuke et tout son amour, je ne sais pas ce que je serais devenue.
Probablement juste l'ombre de moi-même...
Je n'aimais pas Sasuke. Enfin... Mais rien en cet instant n'aurait pu me faire me sentir plus reconnaissante.
Je passai la semaine suivante à esquiver l'infidèle et à me reposer sur Sasuke.
J'avais juste pu apercevoir Grégoire le lendemain, puis quelques fois lors des pauses déjeuner ; le nez de travers, un œil au beurre noir et de belles ecchymoses contre la mâchoire. Sasuke ne l'avait pas loupé. Mais est-ce qu'il avait retenu la leçon ? Je n'en étais pas convaincue. A plusieurs reprises, je l'avais vu roder autour de notre classe. Il faisait profil bas, toujours tapi dans l'ombre et j'étais persuadée qu'il était à l'affût de la moindre occasion pour venir me ravir. Il me rendait paranoïaque. J'appréhendais à chaque fois que Sasuke allait aux toilettes ou qu'un professeur le retenait pour lui parler d'un devoir. Par conséquent, je ne me séparais plus de mon cercle d'amis.
J'étais bien moins heureuse qu'à l'ordinaire ce qui se répercutait également sur lui. Il se mit à me chouchouter et à me couver comme il ne l'avait jamais fait et, à ma plus grande surprise, je finis par ne me sentir bien que près de lui ou à la maison. Je savais qu'il profitait de la situation ; je ne le repoussais plus du tout. J'utilisais son amour comme un bouclier, un cocon d'amour dans lequel je m'enveloppais. Nos amis aussi ne me taquinaient plus. J'étais beaucoup plus tendue qu'auparavant et mon malaise était perceptible. Les filles avaient toute voulu me changer les idées en me proposant d'aller au cinéma ou de faire du shopping entre filles mais j'étais tellement angoissée à l'idée de le rencontrer dans la rue que j'avais refusé catégoriquement toutes leurs propositions. Aussi difficile à croire que ça l'était, je ne voulais plus sortir si Sasuke n'était pas à mes côtés. J'avais l'impression d'être la victime d'un psychopathe voyeuriste.
Le début du stage arrivait à point nommé. J'allais passer dix jours loin du lycée, loin de Grégoire. J'allais passer dix jours à étudier ce que j'avais toujours voulu faire : la médecine. Et pour la première fois depuis la saint Valentin, je me sentais revivre. Je ne parlais plus que de ça, et avec tant d'euphorie qu'au déjeuner Temari m'avait fourré un petit pain entier dans la bouche pour me faire taire. Les filles avaient simplement gloussé tandis que je m'étouffais. Sasuke lui me perçait du regard. Il savait pourquoi je faisais ça. Il m'avait percé à jour. Parler de la médecine était la seule chose qui ne me faisait pas penser à Grégoire. Parler de médecine était la seule raison d'être de mon existence et c'était d'autant plus vrai à présent que ce connard avait décidé de faire de ma vie un enfer quotidien. Mais ça, les filles ne le savaient pas. Non, je n'en avais parlé à personne.
Je n'avais pas même parlé à Temari de ce qu'il s'était passé dans le couloir près de l'infirmerie et j'avais intimé le silence à Sasuke. Je voulais que ce soit derrière moi, je voulais que l'angoisse et la honte disparaissent. Et quoi de mieux que de faire comme si rien ne s'était passé ? Il ne fallait pas que je laissa cet épisode hanter et régir ma vie.
Je sortis précipitamment de la voiture de mon père. Je trépignais d'impatience.
C'était mon premier jour de stage et j'avais été tellement excitée que je n'en avais pas dormi de la nuit. Mon père posa sa grande main de pianiste sur mon épaule et me poussa gentiment vers l'accueil. La réceptionniste nous interpella joyeusement :
- Bonjour Jean-Pierre ! Et oh,Sakura ! Ça va mieux ton poignet ?
C'était une femme d'un certain âge, avec une morphologie endormorphe, des lunettes à motifs vichy vert pomme et noir et un carré plongé châtain foncé.
Je rosis, bredouillant rapidement que tout allait bien. Parfaitement même. Ainsi donc mon poignet avait déjà fait le tour de tout l'hôpital.
Mon père répondit fièrement :
- C'est son premier jour de stage et elle suit les traces de son Papa.
Ils continuèrent à parler, pendant que j'observais les lieux. J'étais venue un bon nombre de fois mais tout était différent à présent. Je n'y étais pas une patience ni une visiteuse. Non, pour les dix jours à venir, j'allais faire partie de ses murs ! Je reportais néanmoins mon attention sur mon père :
- C'est l'aînée de vos enfants ?
Il se gratta le haut du crâne, soudainement mal à l'aise :
- Non non... Sakura est notre fille unique.
Il me regardait quelques peu perplexe et je me renfrognais. Je savais bien que j'étais fille unique. Mais je n'avais jamais su pourquoi. Mes parents n'avaient jamais abordé le sujet et il m'étais arrivé de me demander si je n'étais pas arrivé dans leurs vies comme un cheveu sur la soupe. Par accident. Après tout, ma mère aurait très bien pu continuer sa carrière de mannequin si je n'avais pas été là... Et en même temps, il y avait toujours eu cette petite voix dans ma tête, ma conscience, qui ne pouvait que réfuter cette hypothèse avec véhémence, criant presque au parjure. Mes parents m'aimaient tellement fort que c'en était étouffant.
Mon père passait rapidement sa main dans mes cheveux en souriant, attendris. Il avoua rapidement :
- Je ne pourrais pas être plus heureux d'avoir une fille qui est le portrait de sa mère.
Puis se ressaisissant, il tapota mon épaule et déclara :
- Bon, Suzuki-san, on va te laisser. Je dois emmener ma fille chez Kurokawa-san. C'est son tuteur de stage.
La réceptionniste gloussa dans sa main puis lui conseillant vivement :
- Apportes-lui un café, il est arrivé de mauvais poil ce matin.
Mon père lui lança un clin d'œil entendu puis nous montâmes dans l'ascenseur. S'arrêtant au troisième étage, mon père me mena jusqu'au service gastro-entérologie et hépatologie du Sarutobi Hospital. Les infirmières nous saluaient au passage, me pointant parfois du doigts en souriant. J'avais l'impression d'être aussi connue que mon père et c'en était déroutant. Une jeune femme aux cheveux noirs tirés en chignon leste se leva soudainement de l'accueil du service et nous accueillie chaleureusement :
- Professeur Haruno, Sakura ! Nous vous attendions. Il y a beaucoup à faire, nous n'avons plus une minute à perdre.
C'était une jeune femme de taille moyenne, assez menue et jeune. C'était certainement une interne. Elle contourna prestement le bureau et me tira vers un local tandis que mon père me fit un dernier signe de main et s'en alla. Elle me contempla de haut en bas avant de tirer une tenue d'interne bleu ciel et un pantalon. J'étais agréablement surpris, je ne savais pas que j'allais revêtir les uniformes de l'hôpital. Et assurément mon père allait me mitrailler avec l'appareil photo de son Blackberry pour le montrer fièrement à ma mère. Puis me poussant vers les vestiaires, elle m'incita à entrer avant de claquer la porte derrière elle :
- Va te changer, attaches tes cheveux, laves toi bien les mains et rejoins moi vite !
Puis elle ajouta :
- Tu trouveras des paires de mules sous le radiateur.
Je n'avais pas compris ce qu'il se passait mais cette journée me plaisait déjà. A peine arrivée et j'étais déjà dans le feu de l'action. Je ressortis rapidement changée et, laissant mes affaires pliées à la vite dans le vestiaire, je la rejoignis au bureau. Elle me sourit puis se présenta :
- Je suis Abe. Le professeur Kurokawa est en réunion puis il sera au bloc le reste de la journée donc tu vas rester avec moi. On va commencer par faire le tour de garde puis on mettra un peu d'ordre dans les dossiers en cours, d'accord ?
Elle m'offrit un sourire éclatant. Visiblement elle m'avait pris sous son aile et je hochais simplement la tête, intimidée.
Cela faisait déjà quatre jours que j'étais dans le service et j'avais pu prendre mes marques. Dans l'ensemble, il ne se passait rien de très urgent et c'était plutôt un service routinier. Mais tout était passionnant, même la paperasse. Je n'étais pas réputée pour ma méthodicité et j'avais du mal à lire certains kanji trop techniques, mais lire des contre-rendus d'opérations, d'endoscopie, les résulats d'analyses des patients et les classer dans les dossiers me plaisait bien. Je n'avais pas eu beaucoup de contact avec le professeur Kurokawa qui était constamment occupé. De ce que j'avais pu voir c'était un cinquantenaire à la mine renfrogné et un peu bourru. Il n'était pas très bavard mais tolérait ma présence tant qu'il ne m'avait pas trop dans les pattes. Alors je passais le plus clair de mon temps avec les internes. Je m'entendais très bien avec Abe-san qui était la seule fille interne du service. Les autres internes étaient sympa mais à part quelques taquineries un peu lourdes et parfois graveleuses, nous n'avions pas trop de contacts.
Je m'entendais également très bien avec Hasegawa-san, un jeune gastro-entérologue qui me prenait en charge lorsque Abe-san devait assister à une intervention. C'était une jeune trentenaire brillant et altruiste qui m'avait tout de suite mis à l'aise. Un charmant personnage.
Le reste du temps j'aidais Abe-san. La jeune femme de vingt-six ans était constamment débordée de travail et passait le plus clair de son temps à courir chercher des dossiers, vérifier les plannings, emmener les tenues sales à la buanderie, vérifier les entrées et sorties de patients,... Il lui arrivait même de passer au réfectoire chercher des onigiri ou un sandwich thon mayonnaise pour le professeur Kurokawa lorsque ce dernier n'avait pas le temps de déjeuner entre deux opérations. Je lui demandais parfois son aide sur certains mots que je ne comprenais pas et elle me répondait sans jamais faillir, sans jamais perdre patience.
A raison de quarante-cinq minutes par jour, nous prenions la pause de midi à tour de rôles, généralement par trinômes ce qui m'avait permis de faire la connaissance de plus de personnels et de pouvoir échanger avec des internes et des docteurs des autres services. Ce midi fut une première ; je vis pour la première fois mon père au réfectoire et il nous héla de le rejoindre à sa table. Je fus suivie de Abe-san et de Hasegawa-san. On s'installa donc avec mon père et ses collègues. Après m'avoir accueilli de la manière la plus embarrassante qui soit (c'est-à-dire étroitement enlacée, un bisou sur le front et des paroles pleines de fierté sur "sa fifille chérie qui travaille dans le même hôpital que lui") Il nous présenta vite son ami le professeur Ito, neurologue et chirurgien de profession, qui rit de bon cœur une bonne partie du repas. Il m'avait vigoureusement serré la main, déclarant que la dernière fois qu'il m'avait vu je ne devais pas avoir plus de quatre ou cinq ans. Mais son visage ne me disait rien, je n'avais strictement aucun souvenir de lui et ça m'embarrassait un peu. Hasegawa-san arrivait cependant à mon secours en interpellant mon père :
- Professeur Haruno, est-ce que vous autoriseriez Sakura à observer une endoscopie ?
Devant le regard inquisiteur de mon père, il s'éclaircit rapidement la gorge puis précisa :
- J'en pratique une cet après-midi et je me disais que ça pourrait rendre bien dans son rapport de stage !
Mon père arqua un sourcil puis accepta, confiant :
- Ma foi, oui pourquoi pas?!
J'étais reconnaissante autant envers l'un que l'autre. J'avais à cœur de poursuivre ce stage dans les meilleurs conditions et si une opportunité comme celle-ci se présentait à moi, je n'allais pas la refuser.
Après le déjeuner, je suivis donc Hasegawa dans une salle d'examen. C'était la première fois que j'entrais dans une telle salle. Il y faisait un peu trop chaud et le grondement des ordinateurs et des dispositifs y faisait rage. La salle était pour le moins bruyante. On toqua à la porte et une infirmière apparut dans le cadre avec un lit et un patient sous anesthésie.
Elle nous fit un rapide contre-rendu avant de nous laisser le patient :
- M. Sato, âge : quarante-six ans. Il a demandé une anesthésie générale pour la FOGD.
Puis elle sortit, certainement bien trop occupée pour nous tenir plus longtemps la jambe.
Quand on fut seuls, Hasegawa commença à manier un grand tube muni d'une caméra en bout tout en m'expliquant le cas :
- Aujourd'hui on fait un examen bénin et quelques prélèvement : une fibroscopie œso-gastro-duodénal. Le traitement contre les brûlures d'estomac n'a pas eu d'effets sur notre patient et on suspecte un ulcère mais rien n'est encore établi.
Je ne broncha pas quand il manie la tête du patient et commence à enfoncer le tube. Avec beaucoup de précaution, il jetait des coups d'œil furtifs à son écran tout en introduisant le câble. Je n'ai jamais été une petite nature mais je préférais tout de même reporter mon attention sur le moniteur. Je n'aimerais pas être à la place du patient. Au fur et à mesure que la caméra descendait dans le tube digestif, Hasegawa-san m'expliquait la procédure, les risques liées à cette pratique et les avancées que la médecine avait faites sur le sujet.
Le mode vibreur de mon portable retentit mais je n'y fis pas attention. Hasegawa se tourna vers moi :
- Tu ne regardes pas ?
Je bafouillais un peu nerveuse :
- Non, c'est certainement mon fiancé. Ça peut attendre ce soir.
Et c'était vrai. J'avais eu très peu d'occasion de parler avec Sasuke depuis le début de nos stages respectifs, mais je prenais malgré tout le temps de lui souhaiter une bonne journée chaque matin et de lui raconter brièvement la mienne en rentrant le soir. Lui-même était pas mal occupé avec son père. Ce dernier très exigeant ne lui laissait pas une seconde de répit et il enchaînait meetings sur meetings, visite clientèle et autres contrats à relire. Il lui arrivait néanmoins de se cacher cinq minutes dans les toilettes pour homme dans le but de m'envoyer un de ses textos d'amoureux transit dont il avait pris l'habitude ces derniers temps. Encore maintenant, c'était très certainement le cas.
Hasegawa-san rit un peu face à mon embarras puis ajouta, me taquinant gentiment :
- T'es pas un peu jeune pour être fiancée ?
Je n'avais pas vraiment envie de parler de ça. Ma vie personnelle n'avait rien à faire sur mon lieu de "travail" et en parler me gênait :
- Euh, moui, peut-être., répondis-je très vaguement.
Il me dévisagea avant de m'annoncer que lui-même était fiancé à une étudiante en orthodontie, puis n'insistant pas face à mon manque de réaction, continua son examen. On arriva enfin dans l'estomac. Le jeune docteur prit quelques clichés puis après quelques minutes à observer l'intérieur de l'estomac, agrémentant de quelques commentaires au passage. Après quelques prélèvements de muqueuses, il s'exclama :
- Ah tiens, le voilà, le petit farceur.
Il pointa du doigt une zone sur l'écran puis se tourna vers moi :
- Je pense effectivement que c'est un ulcère. On va quand même faire analyser les prélèvements pour exclure le diagnostic cancéreux.
Avec douceur, il sortit le câble du corps du patient puis bipa une infirmière pour qu'elle vienne le chercher.
Je l'accompagnais ensuite au laboratoire où il confia les échantillons de M. Sato puis il me laissa de nouveau aux bons soin de Abe-san. Il devait participer à une opération le reste de l'après-midi. Le reste de l'après-midi fut calme. Pas de nouvelles arrivées de patients, peu de dossiers à ranger. Abe-san en profita pour me demander de l'aider à réviser ses fiches en vue de son prochain examen.
Le soir arriva et je rentrais avec mon père. Checkant mes textos, j'avais comme d'habitude deux trois selfies d'Ino, quelques plaintes de Temari et un texto dégoulinant de Sasuke. Je répondais rapidement à chacun avant de poursuivre la rédaction de mon rapport de stage que j'avais commencé dès le premier jour. Ce dernier faisait déjà huit pages ; peut-être en faisais-je un peu trop ?
Je commençais à me sentir tendue et morose à l'orée du huitième jours. Il ne me restait plus que trois jours à profiter avant de revenir sur les bancs de l'école. mon stage avait été parfait au delà de toutes mes espérances. Moi qui initialement pensais que j'allais juste ranger des dossiers et vérifier les plannings, je m'étais bien fourvoyée !
Mais il n'y avait pas que cela : La seule perspective de me retrouver dans le même endroit que Grégoire me glaçait le sang. Je réprimais un sanglot puis je me ressaisis immédiatement. Balayant rapidement cette pensée dans un coin de ma tête, je m'attelais à mes tâches quotidiennes avec Abe-san. Vérifier les plannings, passer voir les patients pré et post-opératoires, vérifier que notre stocks de matériel était bien à jour, appeler les fournisseurs pour les commandes de matériels en cours... Un hôpital ne s'arrêtait jamais de tourner et c'est ce qui faisait que j'aimais autant ce milieu. On n'avait certes pas une seconde pour soi mais à la fin de chaque journée on se sentait profondément utile. Et ici, j'avais l'impression d'être complète.
Vers onze heures, le professeur Kurokawa sortit d'une des chambres de patients. Il n'était pas de très bon poil alors je lui préparais un café, bien serré et sans sucre. Lui tendant, il me remercia brièvement avant de s'adresser à Abe-san :
- Il va me falloir du beaucoup de temps demain, Tu veux bien avancer la gastrectomie de Mme. Takeda cet après-midi à treize heures trente et me décaler mes autres rendez-vous plus tard dans la soirée ?
Elle lui fit un bref hochement de tête, déclarant :
- C'est comme si c'était fait.
Puis se tournant vers moi, il eut un léger sourire :
- Haruno, cet après-midi tu assisteras à l'opération depuis le sas d'observation.
Je n'en croyais pas mes oreilles. Moi, Sakura Haruno, observant une opération, une vraie ! Je le remerciais vivement à plusieurs reprises, sous l'œil chaleureux de Abe-san. Quand il fut parti, elle s'exclama :
- Il t'a à la bonne, le professeur Kurokawa. Il n'autorise jamais un stagiaire à observer une opération avec nous.
Je lui rendis un sourire éclatant. J'étais tellement heureuse.
Je partis vite en pause déjeuner, annonçant la nouvelle à Sasuke et à mon père. Tous deux me félicitèrent. J'invitais d'ailleurs Sasuke à venir dîner à la maison le soir même. Cela faisait longtemps que nous ne nous étions pas vus et j'avais tellement de choses à lui raconter. J'engloutis mon repas rapidement, avant de vite rejoindre les internes dans le sas d'observation du bloc 3B. Nous avions une vue en hauteur de la salle opératoire et les internes débattaient sur les techniques d'incision et de sutures que le professeur allait employer. Pour ma part, je n'écoutais leurs conversations que d'une oreille, obnubilée par l'opération qui se déroulait sous mes yeux. On pouvait entendre le professeur donner ses directives aux infirmières et à son assistant. On pouvait très distinctivements voir chacun de ses mouvements, chaque gestes avec une précision d'orfèvre et le sang-froid que dégageait le professeur Kurokawa me subjuguait. Toute l'équipe témoignait une telle concentration que la tension était palpable jusque dans le sas d'observation. Mais ce n'était pas une tension malsaine. C'était du stress positif, celui qui nous poussait à nous surpasser à donner le meilleur de nous-même.
Je me sentais à mon aise ici, j'étais faite pour ce métier.
La gastrectomie du professeur s'acheva au bout de presque trois heures. Tout s'était plutôt bien passé et la patiente n'aurait très certainement qu'une cicatrice très peu visible. Tout le monde sortie en trombe du sas une fois le patient sorti du bloc. Chacun avait énormément de choses à faire, et je suivis rapidement Abe-san dans les couloirs :
- Ça t'a plu ? On pourrait aller vérifier l'état de Mme. Takeda demain matin, si cela te dit !
Je ne pouvais contenir mes émotions plus longtemps :
- C'était incroyable, le professeur Kurokawa est top !
Elle gloussa un peu avant de contourner le poste et vérifier l'ordinateur. Pas de nouvelles entrées avant demain matin. Elle releva les yeux vers moi et me proposa :
- Je vais lui demander de te montrer les résultats d'analyses du polype demain.
Elle fit une petite pause puis reprit, tout sourire face à mon enthousiasme débordant :
- Bon, on fait un dernier tour des patients et tu pourras rentrer chez toi.
Une dizaine de patients plus tard, le tour de garde était fini et mon père n'allait pas tarder à venir me chercher. Il n'avait pas d'opération ce soir et il pouvait rentrer à la maison tôt. C'était rare et la plupart du temps maman venait me chercher à l'hôpital. Je saluais rapidement Abe-san et une des infirmières venue boire un café avant de vite partir me changer au vestiaire. En me ôtant la tunique, je m'aperçus que je sentais la transpiration. Littéralement, je puais le phoque ! Oh sh*t, dès le lendemain j'allais embarquer une petite bombe de déodorant et m'asperger à foison ! Quelle honte.
Après m'être rapidement changé et mis la tenue dans la buanderie de l'étage, j'arpentais les couloirs jusqu'aux escaliers pour rejoindre mon père à l'accueil. Ce dernier m'attendait déjà, discutant avec une infirmière et la réceptionniste. Quand il me vit, il ouvrit grand ses bras :
- Mon bébé qui a observé sa première opération ! Que je suis fier de toi ma chérie
Est-ce que mon teint pouvait avoisiner une teinte plus cramoisi que le rouge à lèvre de Suzuki-san ? J'en étais persuadée. Je ne dis mots avant de partir vers la voiture avec lui. Nous n'avions pas franchis la porte que son bipeur sonna. Avec hâte, il le sortit et le consulta :
- Ah j'ai oublié quelque chose à l'étage... Prends les clés, je te rejoins à la voiture.
Puis je le vis s'élancer vers les ascenseurs en trottant puis disparaître. Je pris donc la sortie et longeais les différentes voitures. Mon père possédait une grande berline qui prenait beaucoup de place et ne se garait par conséquent jamais près des bâtiments. Ah ces hommes et leurs voitures. Il y avait très peu de monde dehors. Il faisait malgré tout encore froid et je ne prétais pas vraiment attention à ce qui m'entourait. L'opération était encore vive dans mon esprit et je n'arrêtais pas d'y pense. A l'excitation que j'avais ressentie à la vue de la première incision. A cette pointe d'angoisse qui était née dans le creux de mon ventre lorsque le professeur avait commencé à retirer le polype. L'opération était finie depuis déjà longtemps mais j'en avais encore le souffle coupé.
Un ricanement me sortit malgré tout de ma transe. Je relevais prestement la tête pour tomber sur Grégoire. Putain de merde. Je n'avais jamais pensé que c'était le genre de garçon à être perverti, à moitié fou mais plus les jours passaient et plus je doutais de mes croyances. Adossé contre la voiture de mon père, il tirait des lattes de sa cigarette. Il fumait ?!
- Sakura, Sakura, Sakura... Comme on se retrouve
Ses yeux étaient perçants et un sourire mauvais étirait les commissures de ses lèvres. Il se releva et vint se placer devant moi. Il prit une autre latte de sa cigarette avant de me souffler la fumée dans le visage. Il ricana de nouveau :
- Oh et ce n'est pas de chance, ton clébard n'est pas là pour te protéger cette fois~
Est ce que j'étais vraiment sortie avec ce mec ?
Était-ce vraiment la même personne que j'avais en face de moi ?
Je n'avais pas souvenir qu'il était le genre de garçon à être l foncièrement méchant. Le garçon pour qui j'avais craqué était plutôt un jeune homme respectueux, calme, doux. Il n'haussait jamais le ton et n'avait jamais levé la main sur moi du temps où j'étais en France. Et même, le dernier souvenir que j'avais de lui était sa misérable silhouette secouée de sanglots, les yeux rougis et gonflés par les larmes, rampant sur le palier de ma porte, suppliant que je le pardonne. Mon père lui avait d'ailleurs claqué la porte au nez , le conviant sèchement (comprendre ici menacer) à ne plus jamais m'adresser la parole. Que s'était-il passé ces derniers mois pour que l'homme que j'avais fréquenté se transforme en un monstre de dédain et de pulsions ?
Il se mordit les lèvres, arquant un sourcil, mauvais puis se mit à tourner autour de moi.
- Tu vas rompre tes fiançailles de pacotilles.
C'était une sommation. La stupeur me saisit autant que la colère :
- Tu te prends pour qui ?!
Encore une fois, sa main attrapa sèchement mon épaule et me retourna pour que je lui fasse face. Elle me serrait et me faisait mal. J'en gémis presque, pinçant mes lèvres pour réprimer le bruit. Encore une bouffée de fumée dans le visage :
- J'ai essayé de me montrer patient et doux lors de la St-Valentin. Mais si tu ne veux pas comprendre par la manière douce, je vais te le faire avaler par la manière forte. Tu es toujours à moi, Sakura. Et je prendrais ce qui m'est dû quand l'envie me chantera.
Ce mec était fou. Et il me faisait peur.
- HEY !
On se retourna tous deux pour voir mon père accourir vers nous.
- QU'EST CE QUE TU LUI VEUX A MA... Toi !
Est-ce que je vous avais déjà dit que l'amour de mes parents était étouffant ? Celui de mon père était de loin le plus vif des deux. Il m'avait toujours considéré comme la prunelle de ses yeux, son trésor le plus inestimable (il cédait donc à tous mes caprices) et il ne supportait pas qu'il m'arrive le moindre mal. Ma rupture avec Grégoire et les conséquences qu'elle avait eu sur mon moral avait rendu mon père fou de chagrin, mais surtout fou de rage. Grégoire en avait fait les frais. Mon père avait failli demander une mesure d'éloignement à la directrice de notre lycée pour que ce dernier ne puisse pas m'approcher, me supplier en pleurnichant de le reprendre. Mais il ne restait plus que quelques semaines de cours et j'allais partir pour le Japon, elle n'avait donc pas estimer que ce serait nécessaire.
Tout se passa en une fraction de seconde. Mon père attrapa des deux mains le col du manteau de Grégoire le forçant à lâcher mon épaule. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autres :
- Touches encore à ma fille, approches-toi d'elle encore une fois et je t'explose ; tu entends ?
Mon père était grand et sec, comme Grégoire. Mais ses colères étaient noires et auraient intimidé même le plus téméraire de tous les Yakuza. Je soufflais de soulagement lorsque je compris que l'autre enflure n'en menait pas large. Sans le lâcher des yeux, mon père aboya :
- Sakura, dans la voiture.
Sans demander mon reste, je me dépêchais de parcourir les quelques mètres qui me séparait d'elle, j'ouvris la portière et m'installais sur le siège passager. Le tableau de bord indiquait les six heures passées. Attachant ma ceinture, mes yeux trouvèrent aussitôt le rétroviseur. Après encore une petite minute durant laquelle je ne sais pas exactement ce qu'il lui dit, mon père finit par lâcher l'enflure, le jetant à terre puis me rejoindre. Démarrant la voiture et partant en trombe, il ne dit plus un mot du trajet. Le silence en était lourd de sens. Je ne lui avais pas parlé de Grégoire et il était furieux après moi.
Lorsque nous arrivâmes à la maison, il franchit la porte d'entrée en aboyant :
- Tous au salon, maintenant !
Ma mère sortit de la cuisine, avec Sasuke sur ses talons. Oh! Je l'avais invité à dîner...
On s'installa tous rapidement dans le salon sous le regard lourd de reproches de mon père. J'aurais voulu me faire toute petite. Ma mère et Sasuke, eux, ne comprenaient absolument rien. Ma mère tenta timidement :
- Il s'est passé quelque chose à l'hôpital ?
Sans lui lancer un seul regard, mon père se leva d'un bond et se mit à faire les cent pas dans le salon :
- Tu m'avais fais la promesse Sakura, une promesse ça se respecte.
Ma mère perdait patience à son tour tandis que le regard écrasant de mon père me réduisait au mutisme. Sasuke non plus ne dit mot. Maugréant, ma mère se leva à son tour :
- Vous allez nous dire ce qu'il se passe, oui ou non ?
Le ton de mon père descendit d'un cran :
- Il s'avère que notre fille ici présente s'est bien gardée de nous informer que son ex était actuellement au Japon.
Ma mère leva sa main devant ses lèvres dans un soupir ; quelle Drama Queen~
- Oh ! C'est horrible ! Celui qui l'avait tant fait pleuré ?
Mon père railla, me pointant du doigt :
- Oui ! Grégoire, le seul et l'unique. Et il portait l'uniforme de leur lycée !
Il fit quelques pas vers le mini-bar et se servit un petit verre de Scotch. Puis se calmant un peu, il se tourna vers Sasuke, s'excusant :
- Je suis désolé de te mêler à ça, Sasuke. Mais si j'avais su plus tôt que l'ex petit-ami de ma fille était en ville, j'aurais peut-être réagis différemment.
Je me relevais subitement de ma chaise, tentant de m'expliquer :
- P-Papa...
Son regard me fusilla et je me rassis aussitôt. J'avais trouvé que mon père avait des réactions disproportionnées déjà lorsqu', en France, il avait tout faire pour bannir Grégoire de mon existence. Alors bien sûr que je m'étais avisée de l'informer. Comment avouer à mon père que Grégoire me terrorisait depuis quelques semaines ? Sasuke était déjà là pour me soutenir. J'avais donc estimé qu'il serait plus sage de ne pas en parler, de faire comme si tout allait bien. Mon père n'avait aucune retenue lorsqu'il s'agissait de moi et si cela continuait, il finirait par commettre un meurtre !
- Demain, j'appelle votre directrice. Il est hors de question que tu partages ne serait-ce qu'un seul cours avec ce connard...
La discussion était close. Mon père avala son verre d'une traite tandis que ma mère partit dans la cuisine et revint avec le dîner. On s'installa en silence à table et le repas fut l'un des plus pesants dont j'eus l'expérience. Mon père ne daigna s'ouvrir que pour demander à Sasuke comment son stage se passait.
Pour ma part je me dépêchais de finir mon assiette et le dessert avant de tirer Sasuke à l'étage. Je voulais en finir avec cette journée. Arrivée dans ma chambre, claquant la porte derrière nous, je réprimais un sanglot. J'avais honte
- Je suis désolée que tu aies assisté à cette dispute. Si j'avais su...
Les larmes se mirent à affluer aux coins de mes yeux et ma vision se troubla. Ma journée avait pourtant été tellement parfaite mais en fin de compte, je ne restais que sur un goût amer. Sasuke passait rapidement ses bras autour de ma taille avant de poser ma tête contre son torse.
- Ce n'est rien. Ça arrive. Et puis je suis content de savoir que ton père et moi sommes sur la même longueur d'ondes.
On finit par s'asseoir sur le bord de mon lit. Je refusais de regarder ses yeux. Il embrassa doucement ma tempe avant de continuer :
- Tu sais, ça n'a que trop durer. Je ne peux pas toujours être là pour surveiller que ce fou ne t'importune pas et cela me rend fou. Mais plus encore, savoir que ce mec te terrorise et ne pas être en mesure de te redonner le sourire m'enrage. Je ne supporte pas de te voir malheureuse et si ton père a besoin d'une main pour l'aider à creuser un trou au fond de votre jardin, je l'aiderais volontiers.
Il avait dit cela sur le ton du rire mais je ne ris qu'à moitié. Il ne fallait pas plaisanter avec ça.
Se relevant, il attrapa mes deux mains et me tira vers la salle de bain.
- Je ne peux pas rester cette nuit avec toi mais je peux au moins prendre un bain avec toi.
M'offrant un clin d'œil taquin, il ouvrit les robinets à fond avant de commencer à quitter ses vêtements. Je l'imitais, prenant les pans de mon pull et le passant par dessus ma tête. Lorsque le bain fut plein à ras-bord d'eau bien chaude, on s'installa. Sasuke avait vu juste, un bain bien chaud c'est tout ce qu'il me fallait pour clore cette journée et repartir du bon pied. Adossée contre le torse de Sasuke et couverte de petits baisers sur les épaules et dans la nuque, j'aurais très bien pu m'endormir si Sasuke ne m'avait pas harcelé pas de questions sur mon stage :
- Alors cette opération ? Et tes collègues ils sont sympas ? J'espère qu'ils sont tous moches cela dit !
Je répondais volontier à ces questions, riant à ses insinuations.
- C'était génial ! Oui, tout le monde est top et non, tu seras ravi d'apprendre que personne ne s'intéresse à moi de la sorte.
Il soupira d'aise :
- Tant mieux, parce que je ne partage pas.
Puis il me parla de son père et de son stage. Son père portait beaucoup d'espoirs en lui pour lui succéder à la tête de l'entreprise mais son style vestimentaire rock'n roll et ses piercings ne passaient pas inaperçus.
- ... Alors je lui ai dis, ok j'enlève mon labret. Mais à la place, je me fais piercer les tétons et tatoué ! Ahaha, tu aurais vu la tête que mon père a tiré, ça n'avait pas de prix !
Je gloussais gentiment contre lui. Sasuke serait toujours anti-conformiste et ce même si s'il succédait à son père dans la gestion de l'entreprise familiale.
- Bah c'est vrai, sous une chemise, les piercings et les tatouages c'est caché !
Je hochais la tête, agrémentant son récit :
- C'est vrai que les tatouages t'iraient bien !
Il embrassa mon front une nouvelle fois :
- Je me ferais tatouée ton visage sur le cœur. Comme ça tu seras toujours auprès de moi
Je me retournais aussitôt :
- Tout mais pas ça !
Le clin d'œil qu'il me fit me rassura ; il se payait ma tête ! Puis reprenant du sérieux, il m'interrogea de nouveau sur mon stage :
- Dis, c'est vrai que vous êtes toutes nues sous vos uniformes ?
Ma mâchoire se décrocha :
- Pervers !
- Quoi? C'est juste une question~...
Et voilà, le chapitre est bouclé.
Je ne vais pas vous mentir, il fut long et dur à écrire. J'avais tellement d'idées en tête à trier, à choisir.
J'espère que vous n'avez pas été déçus et qu'il n'y a pas trop de fautes (je suis une bille) !
Je vous dis à très bientôt !
RosePourpre
