Chapitre 3 : Le pacte

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Hiachi prit le temps d'expliquer à sa fille tous les aspects de se pacte, qui liait sa destinée à celle du Prince héritier Ushiha. Il ne voulait pas qu'un seul détail reste dans l'ombre, et ce, afin qu'Hinata puisse prendre une décision éclairée, rationnelle.

Cette dernière l'écoutait avec attention, ses grands yeux laiteux presque sortis de leurs orbites. Pendant les deux heures que dura le récit détaillé, Hinata garda la bouche ouverte et ne sembla même pas cligner des yeux. Elle était pétrifiée.

Il régnait un silence de plomb dans la pièce. Les deux hommes en noirs écoutaient eux aussi le récit de Hiachi, apportant de temps à autre quelques rectifications ou détails supplémentaires. L'un d'eux se chargeait de guetter la l'attitude d'Hinata, à la recherche d'un indice quant à la décision qu'elle prendrait.

Alors, Hiachi acheva le récapitulatif du pacte et tous les yeux se tournèrent vers Hinata, toujours pétrifiée.

L'un des hommes en noirs s'éclaircit la gorge, sortant Hinata de ses pensées.

La jeune fille regarda son père, puis les hommes, puis Hanabi qui s'était cachée dans un angle du salon.

Puis, soudainement, elle éclata de rire.

« (rires) Merci ! C'était vraiment drôle ! » réussit-elle à articuler. « C'est quoi, une blague ? C'est pour mon anniversaire ? Tu t'es dis que ça serait marrant ? Oh non ! Attend ! C'est un canular télévisé ? Surprise, surprise ? »

Hinata se mit sur ses pieds et commença à inspecter la pièce à la recherche d'une caméra cachée.

« Hinata… Ce n'est pas une plaisanterie ! » insista son père.

Mais elle continuait à inspecter la pièce, comme une automate.

C'en était trop pur Hiachi.

« Hinata ! » s'écria-t-il, excédé. « C'est très sérieux ! »

La jeune fille se stoppa net. Elle se retourna et regarda son père, puis les deux hommes. Ils étaient toujours assis, le regard grave. Personne ne riait (à part elle). L'atmosphère était toujours aussi tendue. Elle attendit quelques secondes supplémentaires en espérant qu'une foule débarque dans le salon avec des caméras en s'écriant « Surpriiiise ! »

Mais personne ne vint.

C'était donc sérieux.

Malgré les preuves, Hinata ne parvenait pas à se faire à cette idée. Son cerveau bloquait, quand elle essayait d'envisager que tout ça soit bien réel.

« Je dois donner une réponse ? Moi ? »

Son père acquiesça.

« Le pacte ne vaut que dans la mesure où toi et le prince consentez à l'honorer. » expliqua-t-il une seconde fois.

Ouf ! Me voilà rassurée…

« Et… qu'en pense Sasuke ? Enfin je veux dire… son… son Altesse ? »

Arf ! Elle ne s'habituerait donc jamais à devoir autant de respect à cette ordure !

« Son Altesse le Princesse héritier se pliera à la volonté de son aïeul. » répondit un des deux hommes.

Cela étonna Hinata. Alors ce petit orgueilleux pouvait se montrer docile ?

Un frisson la parcourut. Les yeux noirs de Sasuke lui revinrent en mémoire. Ils étaient décidément trop effrayants pour qu'elle puisse imaginer devoir les voir tous les jours ! Et cet air supérieur constamment sur son visage. Cette froideur, cette arrogance…

« NON ! » s'écria-t-elle.

Tous sursautèrent devant tant de rage.

« Comment ? » bégaya un des hommes.

« Non, je refuse ! » répéta Hinata. « Je ne veux pas qu'on dicte ma vie à ma place ! Surtout en ce qui concerne mon mariage ! D'abord… je ne veux pas me marier ! Mais… si jamais ça devait arriver… je ne choisirai surement pas son Altesse d'arrogance Sasuke ! Alors… non merci. Vous pouvez aller lui dire ma réponse ! Je ne changerai pas d'avis ! »

Tous regardaient Hinata avec surprise. Cette dernière commençait d'ailleurs à perdre en assurance… Elle croisa les bras pour que personne ne se rende compte qu'elle tremblait.

« Tu en es sure ? »

Hinata acquiesça.

Alors, Hanabi déboula devant elle, et l'observa avec curiosité. Elle posa une main sur son front, comme pour prendre sa température.

Hinata eut un geste de recul, et lui demanda ce qu'elle faisait au juste.

« Hinata ! Réveille-toi un peu ! C'est pas un rêve ! On te propose juste d'épouser le Prince héritier ! De l'Empire ! De devenir princesse ! De vivre dans le Palais impérial ! De te coucher à côté de Sasuke-sama ! Aaaaahh ! Non mais tu te rends compte ? Tu as vu son visage parfait ? Son corps parfait ? On te donne l'opportunité de te marier avec LA PERFECTION ! Oh mon Dieu ! »

Elle faillit défaillir, mais Hinata la rattrapa.

« Je sais mais… c'est rien de plus qu'un mariage arrangé ! »

« Hé alors ? » s'indigna sa sœur. « Je peux prendre sa place ? Après tout, on a le même sang dans nos veines ? » demanda-t-elle aux hommes en noirs.

« Non… le pacte stipule bien que le prince héritier épousera la première fille de la lignée Hyuuga à partir de votre grand-père. La première. Votre sœur. »

Hanabi refoula un sanglot. Elle regarda sa sœur avec colère : la vie était vraiment trop injuste. La mâchoire serrée, elle quitta la pièce en courant.

Rien de mieux pour mettre Hinata mal à l'aise. Bien ! Je me sens coupable maintenant !

Mais elle ne changerait pas d'avis. Ça non !

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Les deux hommes se levèrent, prêts à partir. Ils avaient accompli leur mission, mais repartaient avec un sentiment d'inachevé, et d'incompréhension. Jamais, ô grand jamais, ils n'auraient soupçonné un refus de sa part.

Toutes les jeunes filles du pays rêvaient sans doute de se voir offrir une telle opportunité. Mais pas elle !

Penser qu'Hinata Hyuuga puisse ainsi mettre sa dignité en berne pour un peu de luxe et d'honneur, c'était mal la connaître ! Elle était une jeune fille simple et droite, et comptait bien le rester.

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Ils étaient encore en train d'essayer de comprendre la jeune fille, quand on frappa à la porte.

« Excusez-moi » leur dit Hiachi en allant ouvrir.

Hinata se retrouva seule avec les hommes en noirs.

Ils se regardaient, puis la regardaient, comme on regarderait un être venant d'un monde parallèle où il est normal que les jeunes filles pauvres refusent d'épouser le prince héritier d'un empire puissant.

Hinata elle, regardait ses pieds, le visage crispé. Qu'est ce qu'ils ont à me regarder comme ça ?

Des vois se firent entendre dans l'entrée.

« Non ! Vous ne pouvez pas ! »

« Hiachi… faisons en sorte que tout se passe bien… »

Hinata reconnut cette voix.

« J'aurais dû avoir 1 jour supplémentaire ! »

« J'aurais bien voulu, mais ce n'est pas moi qui décide. »

Alors, un homme entra dans le salon. Il était petit… enfin, légèrement plus grand qu'Hinata. Il était gringalet, avait une calvitie sur le sommet du crâne, comme un moine, mais avait un visage mesquin, de petits yeux bridés.

Il s'arrêta sur le seuil en voyant qu'il y avait du monde dans la pièce, directement suivi par quatre hommes bâtis comme des armoires à glace.

« Oh… » s'étonna le petit homme. « Navré de perturber cette réunion. »

Il regarda Hinata, qui détourna les yeux.

« Ca ne prendra qu'un instant. » continua-t-il.

Puis, il fit signe à ses quatre compères, qui s'empressèrent de se disperser dans la maison.

« Prenez le moins de chose possible ! » leur recommanda-t-il. « Mais des choses qui ont de la valeur. »

Hinata releva les yeux et regarda son père. Il était à l'entrée du salon, droit comme un piquet, le regard lointain, comme détaché de la scène.

Hinata, elle, était en plein dedans ! Elle aurait voulu le secouer, lui dire de défendre leurs biens et leur maison.

« Otousan… » l'interpella la jeune fille.

Mais Hiachi restait de marbre. Il ne sourcilla pas, comme s'il ne l'avait pas entendu.

Les hommes en noirs regardaient la scène, légèrement gênés. Ils ne quittèrent pas leur place, au milieu du salon, tandis que les quatre armoires à glace passaient tout au peigne fin.

Hinata ne savait pas quoi faire. Si son père n'avait pas réussi à les en empêcher, que ferait-elle, elle ? Elle pensa à leur sauter dessus. Mais renonça vite à cette idée en constatant que l'épaisseur de leur bras était égale à celle de son corps…

L'un d'eux saisit un vase ancien, l'autre un tableau qui était d'ailleurs le seul de la pièce. Les poings serrés, Hinata regardait de parfaits inconnus piller sa maison, et commençait à se dire qu'elle ferait mieux de partir faire un tour.

C'est ce qu'elle se disait. Mais ça, c'était avant. Avant qu'un troisième homme, qui avait disparu à l'étage, revienne avec le kit de graphisme que son père lui avait offert pour son anniversaire.

« Et ça, Ca vaut quelque chose, patron ? » demanda-t-il au petit gringalet en le brandissant.

Celui-ci lui fit geste de le prendre.

Hinata le regarda avec les yeux écarquillés.

« Vous ne pouvez pas prendre ça ! » s'exclama la jeune fille.

Au même moment, Hanabi poussa un cri strident. Tous le monde leva les yeux vers les escaliers, sauf Hinata, qui regardait l'homme tenant son kit avec des yeux menaçants.

Le quatrième videur descendit des escaliers, Hanabi sur l'épaule comme un sac à patate.

« Qu'est ce que vous faites ! » s'exclama Hiachi. « Lâchez-la tout de suite ! »

« Très bien, mais avant, dites-lui de lâcher ce qu'elle a dans les mains ! »

Hinata posa les yeux sur sa sœur qui sanglotait : elle tenait une boite à bijoux tout contre elle. Ses doigts étaient crispés autour de l'objet ouvragé, rouges tant la pression était grande.

En voyant l'objet qu'elle défendait avec rage, son père ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Il regarda sa fille cadette, désolé.

Hinata devait réagir.

« Prenez autre chose ! Ne prenez pas ça ! C'est ma mère qui lui a offert avant de… »

Sa voix se brisa, contre son gré. La situation était assez dramatique pour qu'elle en rajoute. Et puis, il y avait toujours ces agents impériaux, plantés au milieu du salon.

Hanabi se débattait, mais l'homme qui la tenait ne fléchissait pas.

Voyant qu'elle ne voulait pas lâcher sa boite à bijoux, un autre homme vint la lui arracher.

Elle poussa un second cri de rage mêlé de désarroi.

L'homme qui lui avait arraché la boite si précieuse pour elle, la jeta avec dédain dans le sac contenant tout leurs biens de valeur, juste à côté du kit qu'elle avait reçu pour son anniversaire.

Une boule lui noua la gorge. Son père avait dû s'endettait pour qu'elle puisse entrer à Noboka. Il s'était endetté afin qu'elle reçoive une bonne éducation et vive une bonne vie.

C'est de ma faute.

Les larmes aux yeux, Hinata monta les marches de l'escalier, deux par deux. Elle déboula dans sa chambre, et se dirigea à grandes foulée vers son bureau. Elle renversa d'un grand geste de la main toutes ses affaires de cours qui y étaient répandues, et saisit la photo encadré qui y était.

D'une main tremblante, les yeux pleins de larmes, elle sortit la photo de son cadre. Hanabi, otousan, okāsan… Tous avaient un large sourire sur le visage… même Otousan. Ce sourire qui ne cache aucune tristesse, mais illumine ceux qui le reçoivent. Il ne l'avait plus depuis longtemps.

Otousan, Okāsan… je suis désolée.

Alors, après avoir plié la photographie en quatre, elle la glissa dans la poche de son uniforme. Hinata saisit ensuite les cadeaux qu'elle avait reçus pour son anniversaire, excepté son kit… et les glissa dans son sac à dos.

Sur le seuil, elle regarda sa chambre, tournant sur elle-même pour n'en rater aucun recoin. Puis, après avoir respiré profondément, elle descendit l'escalier pour retourner au salon, là où les cris stridents d'Hanabi n'avaient cessé.

Hinata se planta en bas des marches, l'air décidé, mais tremblante à l'intérieur. Dans sa tête, deux voix se livraient un combat sans merci :

Qu'est ce que tu fais, Hinata ?...Arrête ça et remonte dans ta chambre !... Non, il le faut ! Tout ce qui arrive est de ma faute ! Je dois le réparer !... Tsss, arrête ton char ! Tu as déjà fais assez de mal aux autres pour en plus infligé ça à ta famille ! Qui va s'occuper de faire à manger ? Hinata remonta une marche d'escalier.

Non ! Hinata, ne l'écoute pas ! C'est la meilleure solution !

« STOP ! » cria Hinata, les yeux fermés.

Tous les cris cessèrent autour d'elle, et les voix se turent, pour laisser place au silence.

Hinata rouvrit les yeux. Tout le monde la regardait, ce qui la mettait mal à l'aise. Etre le centre d'attention n'était pas ce qu'elle préférait.

« J'accepte. » finit-elle par dire, les dents serrées.

Nouveau silence, encore plus gênant que le premier.

« Quoi ? » articula Hiachi.

Hinata releva la tête, décidée, et regarda les hommes en noirs.

« J'accepte le pacte. » répéta Hinata. « J'accepte d'épouser le prince héritier. »

Un des agents royaux s'approcha d'elle, gêné.

« Je me dois de vous avertir, Mademoiselle, qu'en épousant le Prince héritier, vous serez obligée de vivre dans le Palais Impérial, sans votre famille. »

Hinata acquiesça. Elle ne pu empêcher son visage de marquer le déchirement intérieur qu'elle ressentait.

« Je sais… » chuchota-t-elle. « Alors, ne tardons pas, s'il vous plait. »

Ai-je fais le bon choix ?

« Ma chérie…ne fais pas ça ! Ne fais pas ça pour rembourser ton vieux père ! »

Les huissiers improvisés avaient cessé toute opération.

« Remettez à cette famille tous ses biens ! » leur avait ordonné un des agents royaux. « Sur ordre de son Altesse Impériale le Tennō ! »

Il sortit de sa mallette une lettre, qu'il remit au gringalet. Elle était scellée du sceau impérial.

Hinata grimaça. Alors, c'est pour ça qu'ils avaient attendu ! Ils attendaient qu'elle change d'avis afin de sauver sa famille…

Malgré la colère qui était en elle, Hinata leur était reconnaissante.

Hiachi se précipita sur elle. Il la saisit par les épaules, et a secoua.

« Hinata ! »

« Otousan ! Je sais ce que je fais ! »

C'est ça, continue Hinata ! s'encourageait-elle intérieurement, en se défaisant de son emprise.

Puis, elle se tourna vers les agents royaux.

« Allons-y vite, s'il vous plait. »

Ils s'exécutèrent.

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Hinata n'aimait pas les au revoir ! Et ne sachant pas dans combien de temps elle pourrait revoir sa famille, elle décida qu'il valait mieux en finir vite. Elle se précipita à l'extérieur de la maison, entouré des hommes en noirs.

Continue Hinata ! Fight ! Fight !

Arrivés devant une des grosses berlines noires, Hinata tendit la main pour ouvrir la portière, mais l'un des hommes la devança. Elle sursauta.

L'homme esquissa un sourire.

« Entrez, Mademoiselle. » lui dit-il.

Elle n'avait pas l'habitude qu'on la traite avec autant de révérence. Beaucoup trop de simagrées !

Hinata lui rendit son sourire, gênée, et s'installa dans la voiture.

Son père et Hanabi la regardaient, impuissants.

« Ne vous inquiétez pas ! Tout ira bien ! » les rassura-t-elle, tout en essayant de s'en convaincre elle-même.

La jeune fille leur esquissa un large sourire. Le plus dur pour elle, grande sensible, était de ne pas fondre en larmes devant eux.

Mais tout semblait encore si irréel.

La voiture se mit en marche.

Cette fois, ça y'est…

Son rythme cardiaque s'accéléra tout à coup. Son cœur battait si fort, qu'elle se demandait si sa cage thoracique serait assez solide pour le contenir. Elle serra les poings, agrippant sa jupe.

Un des hommes en noir, qui était monté dans la même berline qu'Hinata, la vit en proie à un tourment intérieur.

« Ne vous inquiétez de rien, mademoiselle. »

La jeune fille releva la tête, surprise de l'entendre.

« Je… je ne m'inquiète pas… merci. »

Elle renifla, et ne put empêcher une larme de couler sur sa joue. Elle l'essuya avec précipitation. Retiens-toi, Hinata ! Retiens-toi, retiens-toi…

L'homme la regardait maintenant avec pitié.

« Je suis le protocole de Sa Majesté Sasuke-sama. Je m'appelle Mr. Hiagui. »

Hinata inclina la tête, en guise de salutation.

« Ne vous inquiétez de rien. » poursuivit-il. « Vous ferez une bonne épouse pour le Prince héritier. Et une bonne princesse pour l'Empire. »

Hinata sourit, gênée.

A vrai dire, être une bonne épouse était le cadet de se soucis. Bien au contraire, si son séjour au palais impérial pouvait lui permettre de pourrir la vie de ce Sasuke, ce serait une grande consolation ! Arf… cette petite ordure… En fait, elle ne comptait pas être sa femme ! Bien évidemment ! Qui aurait accepté un tel mari ? Prince ou pas !

Quant à être princesse … Cette pensée la fit frémir.

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Non… ce à quoi elle réfléchissait était un tout autre problème : Comment sortir de ce pétrin ? Comment préserver sa liberté, tout en sauvant sa famille de la ruine ?

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C'était un problème de taille. Et plus elle y réfléchissait, plus le problème semblait insolvable. Elle y réfléchit avec tant de concentration et d'intensité, qu'elle ne remarqua pas que la voiture dans laquelle elle se trouvait s'était arrêtée.

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« Désirez-vous du thé ? »

Hinata sursauta et se tourna pour regarder la personne qui lui avait adressé la parole.

Du thé ? Et puis quoi encore ?

« Heu… non merci ! Vous auriez du soda ? »

La servante du palais, pourtant habituée aux caprices en tous genres, ne put cacher sa surprise.

Hinata le vit, et s'empourpra instantanément.

« Oui, bien sûr. »

Lui assura-t-elle, avant de s'éloigner.

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Enfin seule, sans compter les six portiers plantés comme des arbres à côté des lourdes portes ouvragées qui entouraient la pièce. Celle-ci était immense, plus grande que sa maison. La table à laquelle Hinata était assise devait bien mesurée une dizaine de mètres, elle en était certaine. Tout était parfaitement fait, parfaitement rangé. Chaque chose avait sa place, et surtout son prix. Même les poignées des portes étaient en or. Un immense lustre planait au centre de la pièce, scintillant de mil feux

Hinata baissa les yeux : le sol était fait en marbre poli blanc. Les murs étaient ornés de deux tentures persanes de grand prix, et de nombreux tableaux de maîtres.

La bouche ouverte par l'admiration, Hinata observait la beauté qui se trouvait autour d'elle, mal à l'aise.

Je fais tâche… Et effectivement : dans cette immensité polie, Hinata était facilement prise pour une tâche noire, une éclaboussure qui n'avait rien à faire là.

« SA MAJESTE L'IMPERATRICE KŌGŌ HEIKĀ ! » hurla quelqu'un dans le couloir.

Hinata sursauta. Elle regarda autour d'elle, affolée. C'est quoi ça ?

Une des portes à deux battants s'ouvrit avec fracas. Une troupe d'une dizaine de personnes, toutes des femmes, entra. Elles étaient vêtues d'un tailleur noir et d'une chemise blanche, très strictes. Tels des soldats, elles marchaient toutes d'un pas cadencés, au même rythme.

A leur tête, l'Impératrice.

Hinata la dévisagea, admirative : Kōgō… elle était devant l'impératrice du pays ! Elle était majestueuse, et bien plus charismatique qu'à la télévision. Elle avait une grande perruque volumineuse, ornée divers accessoires dorés, et surmontée de la couronne impériale. Tout comme son fils, elle se tenait droite et avait un air grave sur le visage.

Elle s'arrêta elle et sa suite, à l'autre bout de l'interminable table.

Hinata était comme hypnotisée par tant de majesté, qu'elle mit un certain temps avant de remarquer qu'une des femmes en tailleur autour de l'Impératrice lui faisait signe de faire la révérence. Prise de panique, elle se leva de son siège d'un bond, et s'exécuta très maladroitement. Elle s'inclina tellement qu'elle faillit tomber en avant. Elle se rattrapa de justesse au bord de la table.

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Les femmes qui entouraient Kōgō eurent du mal à étouffer leurs rires.

Mikoto, elle, restait sérieuse.

« Asseyez-vous. »

C'était dit avec tellement d'autorité que même si elle l'avait voulu, Hinata n'aurait pas pu désobéir.

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Mikoto l'observa longuement, toujours droite sur son siège. Elle l'analysait, pour être plus précis. Et dans ses yeux sombres, on pouvait lire à la fois dédain et désarroi. Alors, voici à quoi ressemble la princesse impériale ? Une petite fille, certes plutôt mignonne, mais sans aucune prestance, et visiblement sans aucun goût vestimentaire, à en juger par la manière dont elle a « arrangé » son uniforme scolaire !

Mikoto pensait à son fils, Sasuke, à la famille impériale dans son entier. Ils avaient tout fait pour entretenir une image parfaite de la famille. Jamais aucun scandale ne les avait éclaboussé, de près ou de loin. Mais… l'arrivée de cette petite présageait des temps plus dur. Elle la voyait déjà à la une d'un magazine people où l'on critiquerait son style et son air de fillette perdue.

Hinata n'entendait pas tout ce qui se tramait dans l'esprit de Kōgō, toujours silencieuse et immobile mais l'atmosphère devenait pesante. Si pesante, qu'elle commença à regarder autour d'elle, l'air de rien, en balançant ses pieds dans l'air à intervalle régulier. Reste tranquille ! ordonnait-elle à son cœur qui s'excitait tout seul.

« Savez-vous ce que vous êtes en train de faire ? »

La voix de l'Impératrice, posée mais sévère, résonna jusqu'à Hinata, qui s'étonna qu'elle puisse l'entendre à si grande distance.

La jeune Hyuuga resta silencieuse, ne sachant pas quoi répondre à une question si abstraite. Oui ? Non ? Peut-être. Hum… sans aucun doute !

« Mesurez-vous tous les enjeux, à a fois politiques et personnels, de ce pacte ? Savez-vous tout ce que vous faites ? »

Bien sûr… que non !

Hinata hésita un instant, puis acquiesça.

« La vie au Palais royal n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît de l'extérieur. Je suppose, que vous en ignorez absolument tout ! »

La jeune fille ne répondit pas. Bien sûr que j'en ignore tout ! J'ai l'air d'y être habituée, au Palais ?

L'Impératrice poussa un profond soupire, puis leva simplement un doigt. Dans la seconde, une jeune femme se détacha de sa suite et vint se poster devant elle. Elle s'inclina, les mains jointes, puis, à reculons, se dirigea vers Hinata, qui la regardait avec étonnement.

C'était une jeune femme élégante, mince et jolie. Elle avait les cheveux ramenés en chignons, ce qui lui donnait des airs sévères.

« Voici mademoiselle Asou. Elle sera votre protocole. Elle vous suivra partout, et s'assurera que vus suiviez bien les enseignements qui vous seront dispensés à partir de demain. »

Hinata regarda Mlle Asou, et lui sourit.

« Bonjour ! »

Mais celle-ci la regarda avec de grands yeux réprobateurs.

Le sourire d'Hinata se changea en grimace, et elle abaissa sa main. Elle s'éclaircit la gorge, vexée.

« Le mariage aura lieu demain. »

Le sang de la jeune fille ne fit qu'un tour.

« Huh ? » laissa-t-elle échapper.

Quoi ? Demain ? Son plan d'échappée semblait vraiment compromis.

« Mais… heum… »

« Mais quoi ? » demanda Mikoto, sévère.

Hinata se tut, trop intimidée.

« Vous avez accepté le pacte. » poursuivit l'Impératrice. « Vous êtes montée dans la voiture que nous avons mise à votre disposition. Vous vous êtes présentée devant moi. Inutile de vous préciser que toute marche arrière est impossible à présent. »

Hinata baissa la tête, les poings serrés sur ses genoux. Bloquée ? Elle l'était jusqu'au cou.

« J'ai juste une condition. » dit-elle, mal assurée.

Mikoto écarquilla de grands yeux surpris. Une condition ? Cette petite était décidément bien surprenante sous ses airs de chérubins.

« Les ordres de Kōgō ne sont soumis à aucune condition ! » répondit-elle sèchement.

Ca y'est… les mains d'Hinata étaient moites et ses joues écarlates. Elle accumulait gaffe sur gaffe, et sentait son assurance, déjà bien mince, s'évaporer un peu plus.

« Cependant… étant la nouvelle princesse, et ayant conscience des sacrifices auxquels vous avez consentis pour votre pays… je peux bien vous accorder une faveur. »

Hinata releva la tête, surprise. Elle hésita un instant, incertaine quant au vœu qu'elle allait formuler.

« J'aimerai que les dettes de ma famille soit totalement remboursées. » dit-elle d'une voix ferme.

Mikoto s'étonna de la simplicité de son souhait, et de l'amour qu'elle portait aux siens. Elle eut un instant d'attendrissement, que personne ne remarqua.

« Bien évidemment, ça sera fait. »

Hinata put se détendre un peu plus. Elle ne voulait pas passer pour une fille intéressée… mais sa famille importait trop. Quitte à être loin d'eux, autant qu'ils soient bien sans elle.

« Bien. Nous en avons fini. » conclut l'Impératrice. Conduisez-la à ses appartements ! » ordonna-t-elle à Mlle. Asou.

Mikoto se leva de sa place, et se dirigea vers la sortie avec classe. Elle était vraiment très belle, et charismatique.

« SA MAJESTE KŌGŌ HEIKĀ SORT ! »

Mlle Asou regarda Hinata avec réprobation. La jeune fille comprit, et se leva avec empressement pour faire la révérence.

Je ne m'y ferais jamais… Non… jamais.

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Assise sur son immense nouveau lit, les mains jointes sur ses genoux, Hinata regardait autour d'elle avec anxiété.

Tout était si grand ! Le plafond était au moins à dix mètres au dessus de sa tête. Il était blanc, ouvragé, lui aussi, comme toutes les immenses portes de la chambre. Le sol était en marbre, mais un immense tapis persan le recouvrait presque moitié. Il y avait une grande baie vitrée donnant sur une terrasse. Sur la terrasse était disposés une table et deux chaises d'extérieur, très belles.

Hinata se leva pour inspecter ce qu'il y avait derrière la grande porte, face à la porte d'entrée. Elle l'ouvrit et découvrit avec stupéfaction qu'il s'agissait d'un dressing plein de vêtements, plus somptueux les uns que les autres. Les tissus étaient délicats, et les tenues toutes plus belles les unes que les autres.

Ca me changera de l'uniforme informe…

Cependant, ce n'était pas toutes ces tenues de créateurs qui impressionnaient Hinata : mais le lit ! Un immense lit à baldaquin, avec un ciel de lit en soie bleu turquoise. Le matelas était à la fois ferme et moelleux. Les draps étaient fins et agréable au toucher. Le rêve !

Alors, prenant son élan, la jeune fille entama une course dans la chambre, depuis le dressing, jusqu'au lit. Arrivée à quelques centimètres du lit, elle s'élança comme un aigle dans les airs :

« Bonzaï ! » s'écria-t-elle.

« SA MAJESTE LE PRINCE HERITIER ! » entendit-elle de l'autre côté de la porte.

Arf…Nooooon !

La lourde porte à deux battants s'ouvrit avec fracas. Au même moment, Hinata s'écrasa lourdement sur son lit, et rebondit à deux reprises, tant elle était légère.

Après s'être stabilisée, elle resta un moment immobile, n'osant pas relever la tête, honteuse.

Elle se racla la gorge, la tête enfouie dans un oreiller.

Puis, prenant son courage à deux mains, Hinata releva la tête et regarda la personne qui se tenait devant elle.

Sasuke.

Il paraissait vraiment grand. Elancé, vêtu d'un pantalon droit beige et d'un polo blanc qui lui allaient comme un gant. Ses cheveux étaient méthodiquement ébouriffés. Il était vraiment beau, avec son air dédaigneux sur le visage.

Hinata se redressa avec hâte. Elle arrangea ses cheveux et croisa les bras, gênée.

« Laissez-nous seuls. » ordonna Sasuke à ses gens.

Ceux-ci s'exécutèrent sans attendre, laissant les deux jeunes-gens face à face.

Hinata regardait autour d'elle dans l'espoir de ne pas croiser le regard noir du prince. Celui-ci la regardait avec attention.

Après deux minutes de silence interminables, il s'approcha d'elle. Elle, reculait, mais fut rapidement bloquée par le lit derrière elle. Il s'approcha encore plus près, obligeant la jeune fille à se pencher pour ne pas qu'ils entrent en contact.

Aïe, mon dos….gémissait Hinata au fond d'elle-même.

Il était tellement près d'elle, qu'elle pouvait sentir son souffle sur son visage. Elle tourna la tête brusquement, juste avant que leurs nez respectifs ne s'entrechoquent.

Sasuke s'arrêta net.

« Alors, c'est toi ? » dit-il enfin.

« Hu…Huh…hein ? » balbutia la jeune fille.

« T'es quoi ? Une kamikaze ? »

« Je… je ne comprend pas. »

Elle essayait de ne pas bégayer, mais cela lui était impossible. Il était si… effrayant !

Sasuke se redressa, s'éloignant de quelques pas de la jeune Hyuuga. Il esquissa un sourire moqueur, révélant par la même occasion deux fossettes sur ses joues lisses.

« Je t'avais que la prochaine fois que tu te mettrais en travers de mon chemin, tu le regretterais. Et… tu es là ! Prête à te marier… avec MOI ! »

La situation lui paraissait tellement grotesque qu'il ne pouvait s'empêcher de rire.

Hinata le regardait avec des yeux terrifiés.

Elle s'éclaircit la gorge.

« Je… ce n'est pas moi qui l'ai voulu. »

« Tu avais le choix ! » s'exclama-t-il, soudain en colère. « Moi, je n'en avais aucun ! Mais j'espérais au moins que tu aurais refusé ! Que tu aurais… comment dire ? Plus de personnalité et un minimum de dignité pour refuser d'être la marionnette d'un mariage arrangé ! »

Hinata baissa la tête, ne sachant quoi répondre. Après tout, il n'avait pas tout à fait tord…

Devant le silence d'Hinata, Sasuke poursuivit :

« Tu aime le luxe ? Tu voulais… goûter à la vie de Palais ? Tu rêvais qu'on t'appelle « Princesse » ? C'est ça ? »

« … »

« Tu ne sais pas ce que c'est ! »

Il semblait vraiment contrarié.

Hinata commençait à se sentir légèrement mal à l'aise. Pourquoi il s'emporte comme ça ?!

« C'est pas pour ça que j'ai accepté… » répondit Hinata, froissée qu'il la prenne pour une fille vénale.

« Ah bon ? Peut-être étais-tu amoureuse de moi ? » suggéra Sasuke, un brin séducteur.

« (rire incontrôlé) Pas le moins du monde ! »

La moquerie dans la voix de la jeune fille vexa Sasuke. Il se ressaisit avant qu'elle ne le remarquât.

« Alors… pourquoi ? »

« Parce que ! Parce que… pour ma famille. Pour honorer la volonté de mon aïeul. »

Sasuke poussa un profond soupire méprisant. Cette histoire de loyauté l'ennuyait au plus haut point.

Quant à Hinata, elle était vraiment excédée par ce comportement provocateur. Après tout, qui lui avait demandé de venir l'agacer ? !

« Mais d'ailleurs… c'est pour ça que t'es venu me voir ! Pour connaître mes motivations ? » reprit-elle avec plus d'assurance.

« Non… » lâcha le prince. « Je n'aime pas l'idée de devoir me marier avec toi ! Je déteste ça ! »

Tss ! Parce qu'il croit que ça me plaît à moi ?

« …mais », reprit-il, « puisqu'il doit en être ainsi… j'ai quelques conditions à poser ! »

Hinata fronça les sourcils, surprise. Le jeune homme sortit un papier de sa poche, qu'il présenta à la jeune fille.

« Lis ça. » ordonna-t-il, les mains dans les poches.

Hinata regarda attentivement le document, écrit à la main, qui se présentait comme un règlement intérieur.

Elle lut silencieusement, sous le regard attentif de Sasuke :

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Règle n° 1 : Interdiction de partager le même lit

Règle n°2 : Aucun rapport physique

Règle n°3 : Dans la mesure où ce mariage n'est pas un mariage d'amour, il est permis aux contractants d'entretenir des relations extraconjugales avec les personnes de leur choix, sans que cela ne leur soit reproché par l'autre.

Règle n°4 : Ne pas ternir la réputation de l'autre, ou celle de la famille royale

Règle n°5 : Après l'obtention de notre diplôme de fin d'année, nous divorcerons.

Règle n°6 : Ne jamais parler de ce contrat avec une personne qui n'y soit pas liée.

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Hinata relut une seconde fois le document : elle était d'accord avec toutes les règles. Elle se réjouissait que Sasuke ait fait preuve d'autant de prévenance !

« J'ai déjà signé. » dit Sasuke. « Si tu es d'accord, signe sous ton nom. »

Hinata relut une troisième fois les termes du contrat, au cas où il y aurait une entourloupe cachée. Mais rien ne lui apparut.

Elle regarda en bas de la feuille. Effectivement, Sasuke avait déjà signé. Il ne manquait plus qu'elle. Pourquoi hésitait-elle ?

Ce contrat était idéal !

« J'accepte. » déclara Hinata.

Alors, elle se saisit d'un stylo qui trainait sur sa commode toute neuve et apposa sa signature sur le contrat.

Elle tendit la feuille à Sasuke, qui ne la saisit pas.

Au lieu de cela, il s'avança d'un pas décidé vers Hinata, mit ses mains sur ses joues pâles et écrasa ses lèvres contre les siennes.

Cela ne dura qu'une fraction de seconde, puis il s'écarta.

« Voilà ! C'est scellé ! » s'exclama-t-il en grimaçant de dégoût. Sasuke prit un mouchoir en tissu d'une de ses poches de pantalon, et s'essuya les lèvres.

Hinata était trop choquée pour répondre à cette insulte.

Il tourna les talons.

La jeune fille le regardait se diriger vers la porte, immobile, les yeux écarquillés.

Non….

Sasuke se stoppa devant la porte, majestueux.

« N'oublie pas, Hyuuga. On ne change pas les règles du jeu alors que la partie a déjà commencé ! »

Et il sortit de la chambre, laissant Hinata dans le même état d'inertie.

Je n'en reviens pas… Ce Sasuke… Il vient de me voler mon premier baiser !

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« Arrggh » grommela-t-elle, les poings serrés, « JE LE DÉTESTE ! »

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Mais la jeune fille n'eut pas le temps de se lamenter, que déjà quelqu'un d'autre entrait dans sa chambre: Mlle Asou.

Elle s'inclina pour saluer Hinata.

"Navrée de vous importunez, Hinata-sama, mais nous devons répéter la cérémonie de demain."

Hinata-sama?

Hinata acquiesça d'un hochement de tête timide, et suivit la jeune protocole dans les couloirs du Palais.

Cette répétition s'annonçait mouvementée... car Hinata, profondément opposée à toute sorte d'union légale, ignorait tout du déroulement de la cérémonie nuptiale traditionnelle. Ce qu'elle savait, cependant, c'est que tous les journalistes du pays, et tous les reporters étrangers, seraient au rendez-vous pour courir l'événement de l'année: le mariage du Prince Sasuke, avec une fille du peuple, Hinata.

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