Chapitre 23 : Départ(s)
« Votre père a eu un grave problème cardiaque… » « L'opération s'est bien passée… » « Il va devoir rester à l'hôpital jusqu'à ce que son état s'améliore sensiblement.» « Peut-être qu'une seconde opération sera nécessaire… »
« Quand est-ce qu'il ira mieux ? »
« Nous ne pouvons le dire… dans deux ou trois semaines… peut-être un mois. Mais il mettre plusieurs mois avant de se remettre complètement… » « Il devait être très fatigué ces temps-ci… »
Sans doute… mais Hinata n'avait rien remarqué. Elle n'avait rien remarqué.
« Oui… il était si fatigué qu'il ne faisait que dormir en rentrant du travail. Il s'essoufflait et mettait sa main sur son cœur… » Précisa Hanabi, comme pour achever sa grande sœur.
Hinata détourna ses yeux du médecin pour les poser sur son père, allongé et toujours endormi dans ce grand lit d'hôpital. Comment aurait-elle pu se sentir plus mal ? Elle l'ignorait. Elle n'avait jamais vu Hiachi dans un état de si grande faiblesse, de si grande vulnérabilité. Son père était l'insubmersible, le roc, sur lequel elle s'appuyait depuis sa plus tendre enfance, et encore plus depuis que leur mère les avait quitté. Est-ce qu'Hanabi avait raison. Est-ce qu'elle n'était qu'une égoïste finie ? Rien d'étonnant. Elle l'avait été avec Sasuke, alors pourquoi pas avec les siens ?
Sasuke.
Il partait aujourd'hui.
Qu'allait-elle pouvoir faire ? Son père n'avait toujours pas ouvert les yeux. « Rien d'alarmant » d'après le médecin mais Hinata commença sérieusement à douter de ses compétences.
Si elle quittait cette pièce et qu'il choisissait ce moment pour les quitter, pour mourir, elle s'en voudrait toute sa vie, et jusqu'à la mort. Et accessoirement, Hanabi lui en voudrait aussi.
Hinata s'avança et s'assit près de son père. Elle saisit sa main, et la serra dans la sienne. Elle était trop grande, alors elle dû prendre ses deux mains frêles pour l'entourer. Elle déposa un baiser dessus, pour qu'il prenne conscience qu'elle était là, et qu'il n'avait pas intérêt à la lâcher. Pas comme ça. Pas maintenant.
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Sasuke attendait patiemment, allongé sur son lit, que Mr. Hiagui vienne le trouver et lui dire qu'il était temps de se mettre en route. Il fixait le plafond d'un air songeur, une étrange sensation au fond de lui.
Sera-t-elle là ? était la question qui revenait sans cesse à son esprit. Sera-t-elle à l'aéroport comme promis ? Si elle y était, il saurait qu'elle viendrait aussi le rejoindre. Il en serait sûr, et pourrait partir le cœur léger et préparer son arrivée. Il saurait alors qu'il ne la quitterait plus jamais et que leurs destinées seraient irrémédiablement liées.
Mais si elle ne venait pas… il mettrait tout son cœur, toutes ses forces, toute sa volonté à essayer de l'oublier au plus vite. Il s'était préparé à cette éventualité, bien qu'espérant qu'il n'aurait pas à le faire.
Hinata… faisait encore partie de lui.
Quelqu'un frappa à la porte de sa chambre, extirpant Sasuke de ses pensées. Il se redressa et prit une position assise.
« Entrez. » dit-il au visiteur.
La porte s'ouvrit, et Ino apparut dans l'ouverture. Elle était très belle, vêtue d'une robe qui tombait sur ses formes avec une élégance déconcertante. Elle avait lâchée ses cheveux, mit des talons. Mais son regard était triste. Sasuke le vit au premier regard. Il se leva de son lit et s'approcha d'elle.
« Ino. Ça va ? » lui demanda-t-il.
Elle esquissa un sourire forcé, emprunt d'une tristesse qu'elle ne put masquer.
« Pourquoi ça n'irait pas ? »
« … »
« Je suis venue te dire au revoir, Sasuke. »
« … »
Tous deux se regardaient avec intensité, mais aucun d'eux n'osaient bouger et mettre fin au malaise qui s'installait. Finalement, au bout de quelques secondes, c'est Ino qui se lança et qui fit les derniers pas qui la séparaient de Sasuke. Elle saisit le visage du Prince entre ses mains, et les larmes lui montèrent spontanément aux yeux.
« Tu vas me manquer. »
« Ts. On se reverra bientôt. »
Elle marqua une pause, qui intrigua Sasuke. Il l'observa, et la vit baisser les yeux et se mordre la lèvre inférieure. Il fronça les sourcils.
« N'est-ce pas ? » ajouta-t-il.
Ino relâcha son visage, et s'éloigna de quelques centimètres de Sasuke. Elle gardait les yeux baissés, sachant que le regarder dans les yeux pouvait lui faire perdre le peu de courage qu'elle avait rassemblé pour pouvoir entrer dans cette chambre.
« Je pars moi aussi. » annonça-t-elle. « Le… le Palais a payé les frais d'inscription pour que je puisse intégrer l'école de journalisme dont je rêve. Tu sais… celle qui est… à New York. Ils me payent aussi le billet, et j'ai même déjà un logement. »
Un rictus naquit sur les lèvres de Sasuke, qui savait devoir ce rebondissement à ses parents, soucieux d'éloigner de lui toute distraction. Mais après tout… si cela pouvait aider Ino à réaliser ses rêves, il n'allait pas être le trouble-fête.
« Tu es… heureuse ? » lui demanda-t-il.
Elle leva enfin les yeux, et le regarda.
« Contente serait plus juste. Tu sais… il me manquera toujours quelque chose. »
Il se doutait qu'elle faisait référence à lui, mais il choisit de ne pas relever.
« Et Hinata ? » demanda Ino. « Qu'est-ce qu'elle devient ? Enfin… qu'est-ce que vous devenez ? »
Sasuke hésita un instant avant de lui répondre. Non pas qu'il voulait lui cacher quoique ce soit, mais parce que lui même n'avait pas encore de réponse. Il ne voulait pas s'avancer et dire qu'elle viendrait avec lui… car il n'en savait rien. Ce n'était pas par manque de confiance. Il fallait qu'il se protège, lui aussi.
« Hinata… a des choix à faire. » répondit-il au bout d'un moment.
« Hinata réfléchit beaucoup. » souffla-t-elle, un brin moqueuse. « Et toi, Sasuke ? »
« Moi ? » Il marqua une pause pendant laquelle il sembla réfléchir, avant d'ajouter « … Je l'aime. »
Ino esquissa un sourire en coin.
« Elle a beaucoup de chance. »
Elle lui dit cette phrase avec tellement de détresse dans les yeux, que Sasuke fut envahit lui aussi d'un profond sentiment de tristesse. Il se sentit même coupable de ne pas l'aimer. Il avait envi de faire quelque chose pour elle. S'il ne pouvait pas l'aimer, il pouvait au moins la consoler. Il ne savait pas trop comment s'y prendre. Mais il se souvenait qu'Hinata se calmait quand il la prenait dans ses bras. Peut-être était-ce une réaction commune à toutes les filles. Il l'ignorait… il avait l'habitude de faire pleurer les filles, mais pas de les consoler après l'avoir fait.
Il se lança, et la prit dans ses bras, la réaction d'Ino ne se fit pas attendre. Elle éclata en sanglots ce que Sasuke n'avait absolument pas prévu. Cette fois-ci, il décida de rester silencieux, craignant que ces paroles ne viennent aggraver la situation. Il tenait Ino tout contre lui, sentait son corps être secoué par les sanglots. Il la serra un peu plus fort et elle aussi l'agrippa et le serra très fort contre elle.
Ses sanglots s'estompèrent peu à peu.
« Je suppose qu'elle t'apporte ce que je suis incapable de te donner… » dit-elle, la voix enrouée par les larmes. « Pourtant… j'ai vraiment essayé de tout te donner. »
Finalement, elle se calma, et après quelques instants, elle défit l'étreinte pour pouvoir regarder Sasuke, qui n'en menait pas large. Il osait à peine soutenir son regard, et ça ne ressemblait pas au grand Sasuke qu'elle connaissait. Elle esquissa difficilement un sourire.
« Sasuke, pourquoi es-tu si timide ? Ça ne te ressemble pas… »
« … »
« Tu sais… ça ne me ressemble pas non plus, tout ça. Je déteste être celle qui apparaît sans être invitée… mais je ne pouvais pas rester à l'écart, je ne pouvais pas lutter contre ça. J'espérais que tu verrais sur mon visage que pour moi, ce n'était pas fini. Et j'espérais qu'il en soit de même pour toi. »
Elle passa une main dans les cheveux de Sasuke, et les ébouriffa affectueusement.
« Tu… tu sais comment s'appelait le premier amour de Roméo ? C'était Rosaline. » Compléta-t-elle elle-même. « Rosaline que Roméo aimait éperdument mais qui ne l'aimait pas en retour. Puis vint Juliette. Et Roméo a complètement oublié sa Rosaline… et tout le monde fit de même. » Elle approcha son visage de celui de Sasuke, et l'obligea à la regarder dans les yeux. « Ne m'oublie pas Sasuke… Je t'en prie…»
« Je t'oublierai pas, Ino. » promit-il. « Mais toi, oublie-moi et sois heureuse. »
Ino sourit.
« J'essaierai ! Moi aussi, je te souhaite d'être heureux. Et t'inquiète pas, je trouverai quelqu'un comme toi ! »
Sasuke esquissa un sourire en coin.
« Ne rêve pas trop quand même, Ino… » la taquina-t-il.
Il réussit à la faire rire, et en fut soulagé. Ino lui prit la main, et y mit un bout de papier plié en quatre.
« C'est mon adresse et mon numéro de téléphone. » lui dit-elle. « Je serai toujours là pour toi. Alors n'hésite pas. »
Puis, elle attrapa son visage et s'approcha comme pour l'embrasser, mais Sasuke s'écarta.
« Tu t'égares… » lui fit-il remarquer.
« Non… c'est comme ça que je te dis au revoir, Sasuke. »
Elle s'approcha doucement de sa bouche, puis déposa un baiser à la commissure de ses lèvres.
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Hinata sortit de la chambre quelques instants, histoire de se changer les idées. Elle n'en pouvait plus de voir son père immobile, et d'entendre les lamentations d'Hanabi. Elle n'en pouvait plus, parce qu'elle, ne pouvait rien laisser paraître. Au risque de passer à nouveau pour la sœur sans cœur, elle ne pouvait pas flancher. Quelqu'un devait rester fort, et ça serait elle.
Elle prit un café au distributeur. Elle en but une gorgée, et grimaça. Elle n'aimait pas le café. A vrai dire, elle n'en buvait jamais. Mais il fallait bien qu'elle reste éveillée…
Et cette petite voix qui n'arrêtait pas de lui répéter : tu as tout gâcher Hinata. Tu as tout perdu.
Les larmes commencèrent à couler le long de ses joues, sans qu'elle ne s'en rende compte.
T'as rien vu venir, n'est-ce pas ? trop obsédée par ta petite personne pour te rendre compte que tu faisais souffrir tous ceux qui t'aiment… Sasuke, Hanabi, Otousan… Aucun d'eux ne te le pardonnera ! Toi-même, tu ne te le pardonneras pas !
Elle essuya ses larmes du revers de sa manche. Juste à temps, car Sakura et Lee accouraient vers elle.
« Nata ! » s'exclama Sakura en la voyant.
Ses deux amis la rejoignirent, et la prirent dans leurs bras. Hinata en profita pour essuyer les dernières larmes qui coulaient de ses yeux.
« On a fait aussi vite qu'on a pu. » lui dit Lee. « Comment va ton père ? »
« Il… il ne s'est pas encore réveillé. Mais d'après les médecins, il devrait le faire d'ici demain. »
Elle vit dans leurs yeux tristesse et compassion, et préféra détourner le regard pour ne pas se remettre à pleurer.
« On peut aller le voir ? » lui demanda Sakura.
Hinata acquiesça d'un hochement de tête.
« Hanabi est avec lui. Vous pouvez y aller, et lui parler. Ça lui fera plaisir. »
Elle leur adressa un sourire timide, comme pour les rassurer. Ils lui rendirent sans grande conviction. Ils se dirigèrent vers la porte de la chambre, mais juste au moment d'y entrer, Sakura se retourna vers Hinata.
« Oh, j'ai failli l'oublier celui-là. » dit-elle. « On a trouvé Naruto comme un malheureux devant chez toi. Il voulait te voir. »
« Naruto… » dit Hinata tout fort, alors qu'elle ne le voulait pas.
« Je suis désolée, mais il m'a fait pitié avec ses grands yeux bleus ! » s'expliqua Sakura.
Hinata lui adressa un sourire réconfortant.
« Tu as bien fait. J'ai des choses à lui dire, moi aussi. »
Rassurée, Sakura rejoignit Lee dans la chambre du malade, en ayant pris soin de préciser à Hinata qu'elle pouvait l'appeler en cas de besoin.
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Hinata se dirigea vers l'endroit que lui avait indiqué Sakura à l'angle du couloir dans lequel elle se trouvait. Elle savait ce que Naruto voulait d'elle : une réponse. Et elle avait cette réponse.
Il était assis sur une chaise comme un enfant sage. Il leva la tête quand il la vit, et voulut se lever, mais Hinata lui indiquant de rester assis. C'est elle qui vint s'asseoir à coté de lui.
Il y eut un instant de silence, durant lequel chacun attendait visiblement que l'autre commence. C'est finalement Naruto qui se lança.
« Je suis désolé pour ton père. » dit-il.
« Il ne faut pas. Tu n'y es pour rien. Et puis, il va s'en sortir. » le rassura Hinata d'une petite voix.
Nouveau silence.
« Sasuke part aujourd'hui. » reprit Naruto.
« Je sais. »
« Tu… tu lui as dit ce qui se passait ? »
« Non, et je n'en ai pas l'intention. » lui révéla Hinata. « Sasuke a d'autres choses à penser pour le moment. Il est de son devoir de s'en aller. J'ai mis du temps à le comprendre, mais maintenant, ça y'est. »
Naruto la regarda avec un air si désolé qu'elle dû détourner les yeux pour ne pas pleurer. Il s'en rendit compte, parce que malgré tout ce qui s'était passé, Naruto et Hinata avaient toujours cette même complicité qui les faisait se comprendre au premier regard.
« Hey… » Souffla-t-il. « Ça doit être drôlement dur à supporter pour toi… »
Hinata acquiesça.
« Ça l'est. » avoua-t-elle au bord des larmes. « Mais il faut que quelqu'un soit fort pour Hanabi et pour mon père. Et ce quelqu'un, ça ne peut être que moi. »
Alors, Naruto passa ses bras autour d'elle, et l'obligea à venir s'appuyer contre lui. Il posa la tête d'Hinata sur son épaule, et lui caressa affectueusement les cheveux.
« Ils ne sont pas là… » chuchota Naruto, tout près de son oreille. « Alors, tu peux pleurer, je le dirai à personne. »
Il n'en fallut pas plus : Hinata éclata en sanglots.
« Tu sais Naruto… je suis pas si faible en général. Je suis même plutôt forte. » parvint-elle à articuler.
« Je sais… »
« Mais depuis que je connais Sasuke… je crois que… les choses ont changé. Je me suis reposée sur lui… parce qu'il est fort. Plus que moi. Il a toujours les mots qu'il faut ! Il arrange tout par sa seule présence. Il ne m'a jamais laissée tomber… Il est si fort Naruto… » sa voix devenait de plus en plus chevrotante.
« C'est vrai… »
« J'espère qu'il sera fort parce que… je sais pas comment je vais faire ! Je sais pas quand je pourrais le revoir ! Je ne sais pas s'il me pardonnera… encore une fois… »
« … »
« Je voudrais tellement qu'il soit là ! »
Ses sanglots se firent plus puissants encore, alors Naruto resserra son étreinte et fut surpris de constater qu'Hinata aussi s'agrippa à son cou. Elle tremblait comme une feuille. Une petite feuille fragile que Naruto aurait tout fait pour protéger, malgré le fait qu'elle pleure dans ses bras pour un autre que lui. Peu importait. Il la réconforterait. Elle pleura ainsi une bonne demi-heure, jusqu'à ce qu'elle ait trop mal à la tête pour continuer.
« Tu veux que je reste ? » lui demanda-t-il.
Brusquement, Hinata s'écarta de Naruto pour pouvoir le regarder dans les yeux. Il remarqua qu'elle se retint de pleurer à nouveau, pour lui parler :
« N-n-non. Ça va. Naruto… » Elle prit une voix calme, la plus calme possible. « Tu dois partir. Pour toi. Et pour moi aussi. Vis ta vie pour toi. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour moi. »
Il lui caressa doucement ses mèches d'ébène, espérant lui apporter un peu de réconfort. Il avait à nouveau ce regard doux et plein de tendresse ce regard des premiers temps.
« Je veux que tu sois heureuse. » murmura-t-il d'un ton douloureux.
« Je le serai. » lui promit-elle. « Et… toi Naruto… »
« J'essaierai. » la coupa-t-il.
Il lui sourit, et posa un baiser sur son front. Hinata lui rendit son sourire, mais il vit bien qu'il était teinté de tristesse.
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Ushiha attendit quelques instants dans le hall de l'aéroport, entouré par ses gardes du corps qui tentaient de tenir à distance les fans venus en masse lui dire au revoir avant son prétendu voyage diplomatique en Corée du Sud. Il était assis, tripotant son téléphone portable, attendant un coup de fil de la part d'Hinata.
Mais le coup de fil ne venait pas. S'était-elle perdue ? Avait-elle du retard ? Elle savait à quelle heure il partait. Elle savait qu'il l'attendrait.
« Hinata… viens, je t'en supplie… » se disait-il en lui-même.
Il fallait qu'elle vienne. Parce qu'il n'était pas encore prêt à la laisser partir. Renoncer à elle était encore impossible, au-dessus de ses forces. Pourtant c'était ce qui était convenu. Elle le mettait dans une situation plus qu'embarrassante.
« Ts. Hyuuga… t'es chiante… » murmura-t-il. « T'es vraiment… impossible ! »
Les minutes passaient, et avec elles s'évanouissait l'espoir, remplacé par une insubmersible déception. Sasuke n'entendait plus la foule, ni les cris et supplications des admiratrices qui l'entouraient. Il ne voyait pas les flashs des appareils photos.
Un garde s'approcha de lui
« Votre Altesse, il faut y aller. » lui dit-il, d'une voix triste.
C'était comme si tout le Palais était au courant de ce qui lui arrivait. Ce Itachi… quelle balance ! Sasuke n'avait pas l'habitude de lire autre chose que le respect et la crainte dans les yeux du personnel royal. Surement pas la pitié. Ça l'irrita davantage.
« On… on peut attendre cinq minutes de plus ? » demanda le prince sans oser lever les yeux vers le garde.
Ce dernier réfléchit un instant, mais comprit à l'attitude de son souverain qu'il n'avait pas l'intention de monter dans cet avion. Il le comprit quand il vit une larme couler sur la joue du jeune homme. Sasuke-sama n'était pas du genre à pleurer ni à lâcher une larme pour quoique ce soit alors, quelle que soit la raison de son entêtement, ça devait être sérieux.
Qu'il en soit ainsi, l'avion et tous ses passagers attendraient bien cinq minutes de plus. Le garde acquiesça d'une révérence, puis alla en informer les autorités compétentes.
Sasuke renifla discrètement, prit une profonde inspiration et expira tout l'air qu'il avait dan ses poumons, comme pour faire le vide, pour se calmer. Il savait qu'au moindre relâchement de sa part, il sombrerait, alors il fallait agir vite. Il fallait enterrer la part de lui qui était amoureuse de cette fille, qu'il n'osait plus nommer. Ce ne fut pas chose aisée, car chaque parcelle de son corps était éperdument amoureuse de… cette fille. La seule façon pour lui d'y parvenir était de renier ce qu'il était devenu : ce Sasuke faible et vulnérable pour redevenir celui qu'il avait toujours été jusqu'à ce qu'elle entre sans prévenir dans sa vie et la mette sans dessus dessous.
Il essuya la larme qui coulait sur sa joue du revers de sa manche, faisant attention à ce que personne ne le voie. Il se leva et se dirigea vers la porte d'embarquement d'un pas décidé, sans attendre la fin des cinq minutes. Sans regarder en arrière.
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Le père d'Hinata finit par ouvrir les yeux… une semaine plus tard.
Les premiers examens furent encourageants, bien qu'il soit toujours faible et que les médecins ne se soient toujours pas prononcés sur l'utilité d'une nouvelle opération.
Hinata et Hanabi venaient le voir tous les jours. Hinata plus qu'Hanabi, qui devait aller à l'école. Elle restait toute la journée à ses côtés, lui lisait le journal, lui racontait sa vie. En fait, elle s'inventait une vie. Elle lui disait qu'elle voyait souvent Lee et Sakura, qu'ils lui passaient le bonjour, alors que ça faisait plusieurs jours qu'ils étaient partis en amoureux pour un voyage en Europe. Elle lui disait qu'elle s'était fait de nouveaux amis avec lesquels elle sortait parfois. Alors qu'en fait, lors de ces prétendues sorties, elle se mettait en bas de l'hôpital et attendait quelques heures avant de remonter dans la chambre.
« Et Sasuke ? » demandait Hiachi. Il finissait toujours par lui poser cette question. Et il avait cette lueur d'espoir dans les yeux.
Et comme à chaque fois, Hinata se forçait à sourire et répondait :
« Il va bien, otousan. Il est désolé de ne pas pouvoir venir te voir. »
« Oh… dis-lui de ne pas s'inquiéter. » continuait Hiachi. Avant d'ajouter, toujours dans un murmure : « Ce garçon t'aime beaucoup, Hinata… si j'étais amené à partir, je serai rassuré de te savoir près de lui. »
Et à chaque fois, Hinata essayait de ne pas pleurer et esquissait un sourire forcé qui ne trompait qu'elle.
Elle l'aimait tellement… mais elle savait que plus les jours passaient, et plus ses chances de le retrouver s'amenuisaient.
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La seconde opération fut finalement nécessaire, malgré le diagnostic des médecins. Il fallut une nouvelle semaine à Hiachi pour se réveiller, et mois entier à Hiachi pour avoir assez de force pour tenir une conversation.
En tout… deux mois étaient passés depuis le départ de Sasuke, et depuis qu'Hinata avait cessé de sourire vraiment.
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« Hinata, prends un peu de mon sandwich ! » lui dit Hanabi, en lui tendant son déjeuner.
Hinata sourit vaguement et refusa gentiment.
« C'est gentil, mais j'ai pas très faim. »
« Tu devrais en prendre un peu. » renchérit son père. « Tu maigris à vu d'œil, on va finir par croire que c'est toi qui est malade ! »
Un peu forcée, Hinata prit le sandwich que lui tendait Hanabi et mordit dedans. Elle fit un effort pour ne pas régurgiter ce qu'elle avait avalé.
Hiachi, lui, avait un peu maigri, mais ces derniers temps il commençait à reprendre du poids. C'était encourageant.
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Trois mois…
Hiachi avait enfin eu l'autorisation de rentrer chez eux.
La vie n'était pas redevenue tout à fait comme avant, mais au moins, l'espoir qu'elle le redevienne étaient dans tous les cœurs.
Hinata s'occuper de son père à plein temps. Elle veillait sur lui, à ce qu'il prenne ses médicaments, à ce qu'il fasse sa marche quotidienne pour entretenir son cœur. Elle lui faisait de bons plats, bios au possible, et sans matière grasse ajoutée. Et quand elle avait fini, elle restait juste là, à le regarder de peur que si elle détourne les yeux, il ne s'effondre à nouveau.
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Ce matin là, Hinata prit une bonne douche pour bien commencer la journée. Elle alla dans sa chambre s'habiller, puis elle s'assit sur son lit, et comme elle le faisait chaque matin, elle se mit à penser à Sasuke. Elle espérait qu'il allait bien, qu'il s'en sortait. Elle espérait qu'il mangeait bien et qu'il ne pensait pas trop à elle, en même temps qu'elle espérait égoïstement qu'il ne l'avait pas complètement oubliée. Comme toujours, ses yeux se remplissaient de larmes, et elle se laissait aller. Juste pour dix minutes, montre à l'appui.
Mais ce matin-là, on frappa à la porte de sa chambre. Elle essuya vite ses larmes et prit une profonde inspiration.
« Entrez ! » dit-elle d'une voix claire.
Elle fut surprise de constater que la personne qui entrait était son père. Elle se leva d'un bond de son lit.
« Otousan ! Tu as monté les escaliers tout seul ! C'est dangereux, tu aurais pu… »
« Assieds-toi, Hinata, je dois te parler de quelque chose… » la coupa-t-il.
Un peu hésitante, Hinata se rassit sur son lit son père vint s'asseoir près d'elle.
« De quoi… tu veux me parler ? » lui demanda-t-elle pleine d'appréhension.
Elle n'avait pas eu de discussion père/fille depuis… depuis la fois où son père lui avait annoncé la mort de sa mère. Alors, se genre de phrase « je dois te parler » déclenchait en elle une multitude d'émotions toutes plus dévastatrices les unes que les autres. Elle essaya de lire dans les yeux de son père… sans succès.
Il lui adressa un sourire vague.
« Alors… comment va Sasuke-sama ? » lui demanda-t-il comme à son habitude.
« Il… il va bien. »
« Il s'habitue à la Corée ? »
« C'est-à-dire que… » Hinata se stoppa, se rendant compte que son père venait de faire référence à la Corée, chose qu'elle n'avait jamais mentionné devant lui.
Hanabi ? Sakura ? Qui avait été le traitre ? Se voyant découverte, la jeune Hyuuga garda le silence, cherchant quoi répliquer, sans y parvenir.
Hiashi poussa un profond soupir avant d'enchainer :
« Tu sais… ta mère et moi, nous nous sommes connus au lycée. Elle était… la plus belle fille qu'il m'avait été donné de voir. J'ai su, dès le premier regard, que je passerai ma vie avec elle. Je su que nos destinées étaient liées. »
« C'est vrai ? »
« Mh. »
Son père ne s'était jamais confié à elle sur la manière dont il était tombé amoureux de sa mère. C'était un homme secret. Aussi, l'écoutait-elle avec une attention toute particulière.
« Elle ne venait pas du même village que moi, et sa famille ne pouvait pas comprendre qu'elle épouse quelqu'un moi… quelqu'un qui ne vivait que pour son clan. Alors j'ai décidé de tout quitter pour elle. C'est pourquoi… ton grand-père n'est pas venu à notre mariage… c'est pourquoi tu ne l'as jamais vu. »
« … Tu regrettes ? » osa-t-elle demander.
« Je ne regrettes aucun des instants passés aux côtés de ta mère. Je ne regrette rien. Elle m'a donné deux merveilleuses filles, et m'a offert une vie pleine de joie et de bonheur. Je ne regrette rien. »
« …Mais… ? »
« Mais ta mère s'est toujours sentie coupable. Elle ne s'est jamais pardonnée d'avoir été la cause de la rupture avec ma famille… J'avais beau lui dire que ce n'était pas elle, mais moi… Ah, ça n'avait pas d'influence. Tu sais… même quand elle était très malade, et même le jour où elle nous a quitté… elle avait le même regard… plein de remords et de regrets. »
« Oh… Et… tu… tu voulais m'en parler… pour… heum… »
« Parce que tu as le même regard, Hinata. Ma fille… » Il saisit sa main et la serra très fort sur sa poitrine, au niveau de son cœur. « Les souvenirs heureux ne devraient pas faire naître de regrets… C'est à moi de prendre soin de toi… et c'est à moi de me sacrifier pour toi. Pas l'inverse. »
« Mais… Otousan… »
« Est-ce qu'il te rend heureuse, Hinata ? » demanda-t-il soudainement.
Hinata faillit pleurer, rien qu'à l'entente de cette phrase. Elle repensa instantanément aux moments passés avec Sasuke et au bonheur innommable qu'elle ressentait en sa présence. Il suffisait qu'il soit là pour que tout aille bien. Elle vit son visage qu'il prenait un malin plaisir à rendre si sévère et impassible. Puis elle le vit sourire. Un sourire si pur et si adorable qu'il lui était impossible de ne pas capituler en le voyant. Elle entendit sa voix résonner en elle, son irrésistible ténor qui savait être si doux pour lui murmurer des choses à l'oreille. Des choses qu'elle n'avouerait pas à son père. Comme cette fameuse nuit sur la plage où elle lui avait tout donné et où il avait tout pris avec une remarquable tendresse lui répétant par chacun de ses gestes à quel point il tenait à elle, à quel point elle était précieuse.
Malgré tous ses efforts, elle ne put s'empêcher de pleurer. Elle savait que si elle ouvrait la bouche, les larmes ne cesseraient de couler. Alors, elle se contenta d'acquiescer d'un hochement de tête.
Hiachi lui adressa un sourire à la fois tendre et fier. Sa petite fille était devenue une femme sans qu'il ne s'en rende compte.
« Fais ce qu'il faut pour être heureuse. » ajouta-t-il.
« Je ne peux pas… je… Qui va prendre soin de vous ? »
« J'ai déjà appeler ton cousin Neji. Il prendra soin de nous, jusqu'à ce que je me rétablisse. Alors, pars le cœur léger. »
Et il posa un doux baiser sur le front de sa fille. Hiachi se releva du lit, sous le regard d'une Hinata encore en état de choc. Elle se leva à son tour.
« Otousan… laisse-moi juste rester pour Noël. » formula-t-elle.
« Noël ? Pourquoi ça ? » l'interrogea-t-il. « Si c'est parce que tu crois qu'à ton retour je serai… »
« Non, Otousan. » l'interrompit Hinata, qui ne voulait pas qu'il prononce la suite de sa phrase. « C'est pour Hanabi. C'est pour elle. J'ai… j'ai des responsabilité envers elle, en tant que son unique sœur, et en tant que sœur ainée. Et… j'assumerai ces responsabilités. »
« Très bien. » accepta Hiachi, un brin surpris, avant de sortir de la chambre.
Des responsabilités… Hinata ne put s'empêcher de sourire en coin. C'était seulement maintenant que la situation était désespérée qu'elle comprenait quel avait été le dilemme de Sasuke.
On vit dans un monde cynique. Vraiment cynique.
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Les fêtes de fin d'année arrivèrent… très lentement. Surtout pour Hinata qui comptait les jours depuis le départ de Sasuke.
Six mois. La moitié d'une année. 26 semaines. 182 jours.
Elle regardait la neige tomber sur la ville et se demandait s'il voyait la même chose. Il neigeait aussi à Séoul. Elle regardait la météo tous les jours sur Internet, oubliant parfois même de regarder le temps qu'il ferait chez elle. Peu importait, de toutes les façons, elle ne sortait que très rarement et seulement pour faire quelques courses. Un jour, elle été retourné dans l'hypermarché dans lequel ils avaient fait les courses pour la fête de Sakura. Bien évidemment, elle repensa à Sasuke et à la tête qu'il avait fait lorsqu'elle lui avait dit d'aller chercher le cadi à la réprimande qu'elle lui avait faite de séduire tout et n'importe qui. Elle repensa à la fête aussi à son arrivée magistrale, à la gêne qui refit étrangement surface, à la danse, et au moment où il l'avait embrassée. Ce jour-là, il y avait la même caissière et Hinata ne put achever ses courses. Elle sortit en courant du magasin, ayant soudain du mal à respirer à cause de la boule qui lui nouait la gorge. Il était là. Où qu'elle aille.
Six mois.
Le réveillon se passa de manière tout à fait festive. Tout le monde affichait son plus beau sourire même Hinata. Elle couvrit son père et sa sœur de cadeaux. Ce fut d'ailleurs au moment de la remise qu'Hanabi s'approcha d'elle.
Hinata s'était réfugiée un instant près de la fenêtre, histoire de regarder la neige tombée. Oui, parce qu'il neigeait fait tout à fait exceptionnel qui aurait fait de ce jour un jour parfait si seulement elle ne s'était pas senti si incomplète.
« Qu'est-ce que tu fais, Nata ? » lui demanda Hanabi.
Surprise, Hinata quitta le paysage enneigé des yeux et pour sourire à sa sœur. Elle espérait que ce soit un sourire qui paraisse naturel, bien que forcé.
« Rien. Je regarde la neige tomber sur la ville. C'est beau, tu ne trouves pas ?
Hanabi vint s'asseoir près d'elle, sur le rebord de la fenêtre.
« Ça aurait été beau, si tu ne gâchais pas tout avec ta triste mine. »
Hinata fronça les sourcils et s'apprêtait à répondre, mais Hanabi l'en empêcha :
« C'était pas un reproche… » s'empressa-t-elle d'ajouter.
« Hanabi… je suis très heureuse d'être avec vous aujourd'hui. » la rassura Hinata. « Vous êtes ma famille, et je vous aime de tout mon cœur. »
« Je sais… Mais Hinata… je suis désolée pour ce que je t'ai dis à l'hôpital. Je le pensais pas, je sais que… »
« T'inquiète pas Hanabi, je ne t'en veux pas. » elle s'arrêta un instant, et prit une profonde inspiration avant de poursuivre : « C'est vrai que je n'ai pas été très présente ces temps-ci, et que j'ai beaucoup été avec Sasuke… j'aurais pu gérer les choses autrement. Je m'excuse si je t'ai fait du mal… »
La petite baissa les yeux, gênée.
« Mais… » poursuivit Hinata. « Tu avais raison sur un point à l'hôpital. »
« … »
« Je vais partir. Je vais aller rejoindre Sasuke. » lui annonça Hinata.
Sa petite sœur leva ses grands yeux pour la regarder. Elle était à la fois triste et rassurée. Hinata lui adressa un sourire tendre, et lui caressa les cheveux.
« Mais ne t'inquiète pas, je ne vous abandonne pas. On continuera à se voir très souvent, et tu pourras toujours, toujours, compter sur moi. »
« Nata… »
« Peut-être que tu ne comprends pas aujourd'hui… mais un jour, tu comprendras que le jour où on rencontre son âme sœur… alors on n'est complet qu'auprès de cette personne… et la vie… notre façon de voir la vie change pour toujours. On se demande même comment on a fait pour vivre jusque là… comment… comment ai-je fait pour vivre tant d'années en ignorant jusqu'à son existence… alors qu'aujourd'hui… un jour sans lui… sans le voir, sans l'entendre, sans le toucher… est une véritable souffrance… »
Sa voix se perdit dans un murmure, comme happée par ses pensées, le regard au loin. Hanabi la regardait toujours la bouche ouverte… sachant bien que sa sœur avait oublié sa présence. Elle lui prit la main, histoire de la ramener vers elle.
« Quand est-ce que tu pars ? » lui demanda simplement Hanabi.
« Demain. Je pars demain. »
Hinata lui adressa un sourire tendre, auquel Hanabi répondit avant de la serrer dans ses bras.
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