Master and Slave
Disclamer: Les personnages de Bleach ne m'appartiennent pas! Ils sont à Tite Kubo. Certains sont des OCs et m'appartiennent donc, ils seront présentés lors de leurs apparitions en début de chapitre.
Note: J'ignore si je pourrai avoir un rythme de publication régulier, je m'en excuse d'avance. Je m'excuse également s'il y a un peu de OOC...
Merci à Frasyl et Scorpio-no-Caro pour la bêta-lecture !
Pour des raisons pratiques, j'ai aligné la vie japonaise à celle occidentale. Comprenez donc par là par exemple, qu'une année scolaire va, dans ma fic, de Septembre à Juin (Alors qu'en réalité, une année scolaire japonaise débute en Avril et se termine en Mars) et que la majorité est fixée à dix-huit ans (et non vingt)
Je me suis amusée à faire régulièrement des petits clins d'œil au manga original, voir à d'autres mangas/films/séries. Si le cœur vous en dit, vous pouvez vous amusez à les chercher tout le long des chapitres.
J'utilise le système de « réponse aux reviews » pour répondre à ceux qui m'en laissent avec leur compte ! pour les autres, je poste en début de chapitre un petit mot à leur attention.
Je suis soufflée du nombre de reviews que j'ai reçues…. Merci encore, très chers lecteurs !
Réponses aux reviews anonymes
trinity07 : J'aime glisser des touches d'humour ici et là pour détendre l'atmosphère, et Isshin s'y prête merveilleusement bien *air innocent*. Merci pour ta review !
Lynn : Ce chapitre devrait t'apporter la réponse. Bon ok, j'avoue que sur ce coup là ce n'était pas très dur à deviner. Hahem…
Les yeux fermés, il entendit les parents venir vérifier le sommeil de leur enfant avant de repartir en chuchotant. Il sombra à son tour dans les bras de Morphée.
Les deux hommes endormis, le silence retomba sur la demeure Kurosaki, et maître, comme esclave, eurent droit à un sommeil sans rêve.
Livre I – Un simple jeu
Chapitre 3
Ichigo tira avantage de cette nuit, au maximum. Il ne l'avouerait jamais mais il commençait à voir la fin de ses vacances d'un autre œil. Une boule se forma petit à petit au creux de son estomac alors qu'il se réveillait lentement mais surement. Il fixa sans vraiment le voir le mur face à lui, gris à cause de la pénombre de la pièce, les volets filtrant la lumière du soleil. Il referma à demi les yeux, et profita des derniers fragments de sérénité qu'il pouvait avoir, avant de se mettre à bouger doucement pour quitter sa position sur le flanc droit, face à la fenêtre, et se placer sur le dos. Il plia sa jambe, et laissa la gauche sortir du lit pour rejoindre le sol. Puis il se mit à observer son fabuleux plafond, et il dressa l'oreille. Seul le silence lui répondit et son corps se tendit, tel un arc. Il n'aimait pas ça. Une baraque comme la sienne aussi silencieuse, c'était forcément mauvais signe.
Inspirant, il se mit lentement sur son flanc gauche, face à la porte, sans bouger les jambes, ou si peu. Seules ses mains remontèrent vers son visage, et il se tint prêt à bondir et à accueillir son père lorsque ce dernier franchirait l'entrée en hurlant, comme à son habitude. Son regard dériva lentement vers l'armoire toujours ouverte. Y voir Sosuke allongé aurait pu le faire sourire, si l'homme n'avait pas collé son dos contre le mur et enserré son torse dans ses bras. Une position de défense. D'ailleurs, il aurait pu jurer que les jambes étaient repliées - en partie au moins - si la couverture ne l'empêchait pas de voir.
Il s'était attendu à une raillerie en guise de bonjour, mais rien ne vint. Pourtant au silence pesant de la pièce, il le savait réveillé.
Jetant un coup d'œil à son réveil, il se décida finalement à se lever, prenant le risque de s'approcher de lui. Il ne désespérait pas établir un jour une relation neutre voir amicale, et savait parfaitement que ce n'était pas en s'esquivant qu'il y parviendrait. Hier était spécial… C'était juste qu'il ne s'attendait pas à passer la journée de ses dix-huit ans de cette manière. Non, en réalité il n'aurait jamais cru un jour vivre un tel anniversaire. Nuance !
Arrivé devant son esclave, il se décala légèrement afin que son ombre ne le gêne pas dans son observation. Il réalisa alors, en voyant les traits détendu de l'homme, qu'il s'était lourdement trompé. Sosuke dormait encore bel et bien du sommeil du juste, et si sa respiration était lente et profonde, trahissant son état, elle était surtout incroyablement silencieuse. Aizen ne réagit pas alors qu'il s'agenouillait contre l'armoire afin de le regarder, et qu'il posait les bras sur le futon.
Il prit le temps de détailler l'homme face à lui. Son regard glissa lentement du front sur lequel retombaient quelques courtes mèches qu'il vint repousser sans trop réfléchir. Puis ses yeux dérivèrent sur le nez droit, sur les lèvres charnues mais pas trop épaisses, et dévalèrent la ligne du cou jusqu'au collier.
Quelques minutes passèrent ainsi, avant que l'esclave ne fronce légèrement les sourcils. Son visage se referma et devint plus froid, signe d'un réveil imminent. L'adolescent voulu s'éloigner mais n'en eut pas le temps, le regard noisette s'ouvrit brusquement pour se fixer aussitôt sur lui. Il aurait dû se douter que Sosuke ne connaissait pas le souci du réveil difficile. Pas comme lui, à qui il fallait un bon quart d'heure pour être totalement opérationnel. Et quoi qu'on puisse en dire, le café ne l'aidait pas du tout à émerger plus rapidement.
La scène sembla se figer, le temps d'une poignée de seconde - ou de ses digressions autour du café -, avant qu'Aizen ne se redresse, quelque peu méprisant. Ichigo se releva bien vite à son tour, les joues rouges, avant de se passer une main sur la nuque. Il préféra éviter un « bonjour » timide qui, il le savait, se retournerait contre lui.
- C'est ça… ton si terrifiant réveil ? ironisa finalement le Sosuke, même si la voix froide trahissait le début de colère qui pointait chez lui. Quel contraste avec le léger sourire affiché. Ichigo n'était pas sûr d'aimer. Ça faisait froid dans le dos…
Se raclant la gorge, le jeune homme tourna la tête afin d'observer une nouvelle fois l'heure inscrite sur son réveil. Oui, c'était pour bientôt, il s'était levé à temps et d'ailleurs, il lui semblait entendre son père monter. Se tournant vers Aizen, qui venait de s'assoir et avait croisé les bras sur son torse, réprobateur, il lui répondit d'un sourire avant de monter à ses côtés, s'emparant de la porte pour la refermer avec un ricanement, les plongeant tous les deux dans le noir complet.
- Mais qu'est ce que tu fabriques encore ? Je ne suis pas sûr d'aimer ce petit jeu…
- Tais-toi ou tu vas nous faire repérer !
Il ne reçut pas de réponse, mais fut certain qu'Aizen venait de lever les yeux au ciel, désespéré de son attitude puérile. Il s'en fichait. C'était sa vengeance pour la veille. Le silence retomba, alors qu'Ichigo repliait ses jambes contre son torse. Il se risqua même se laisser aller un peu contre Sosuke. Et malgré la lenteur de son approche, il ne s'étonna pas de sentir le raidissement du corps plus grand, avant d'être sèchement repoussé. Il ne put que se féliciter mentalement d'avoir posé sa main proche de lui, afin de réduire la puissance du mouvement et d'éviter ainsi de basculer de l'autre coté. Non, parce qu'aller dire bonjour à la cloison de bois à côté de lui… Très peu. Merci.
- Good Morning, Ichigo ! s'exclama soudain une voix enjouée, après un grand « Boum » produit par la rencontre de la porte avec le mur lorsque son père entra dans la chambre.
Le bruit brusque et trop proche fit sursauter Aizen, et arracha un petit sourire victorieux à l'adolescent. Un silence se fit avant que le chef de la famille Kurosaki ne fasse une remarque de son cru à propos d'un fiston ayant fait le mur afin de rejoindre une petite amie. Ichigo se renfrogna immédiatement et marmonna quelque chose à propos de son paternel, que Sosuke ne compris pas. Le nouveau silence qui suivit manqua de faire ricaner le jeune homme. Ô douce vengeance. Parfaitement puérile - on n'insisterait jamais assez sur ce terme- une fois de plus, il le savait, mais pour une fois qu'il pouvait se faire un tant soit peu plaisir et éviter la scène matinale et quotidienne. Un grognement suivit de bruits sourds lui indiquèrent qu'Isshin venait de faire demi-tour et avait quitté la pièce. Les deux hommes l'entendirent hurler le nom de sa femme. Ichigo se laissa alors aller contre le mur derrière lui, soupirant.
- Tu comptes passer ta journée là ? finit par raisonner la voix d'Aizen, presque impatiente, qui se pencha pour trouver l'extrémité de la cloison de bois. Il tira ainsi la porte, ce qui leur permit de se retrouver face à la chambre ainsi qu'à une certaine fraicheur salvatrice. A deux dans un espace clos et aussi restreint que celui-là rendait l'atmosphère très vite étouffante.
Sosuke se leva immédiatement après avoir ouvert le panneau et rejoignit le centre de la pièce probablement désireux de mettre une certaine distance entre ce maitre décidément trop collant et lui. Il resta un instant silencieux et immobile, avant de se tourner vers Ichigo, interrogateur. L'adolescent s'étira, décidé à faire durer le plaisir. Il finit par lui indiquer la direction de la salle de bain. La porte de la salle d'eau se referma derrière Aizen et Ichigo se décida à sauter lui aussi au sol, ne serait-ce que pour préparer ses affaires, et ouvrir les volets. La lumière ne tarda pas à inonder totalement la chambre.
L'adolescent s'accouda alors à la fenêtre. Il observa distraitement la ville qui s'était réveillée voila déjà quelques heures et se mettait progressivement en marche. Les bruits de la salle d'eau, une fois de plus, firent dériver ses pensées vers le nouvel arrivant de la famille. Cela faisait moins de vingt-quatre heures qu'ils avaient été « liés », et quelque chose le chiffonnait, même s'il n'arrivait pas exactement à définir quoi. Une impression ? Impossible, Sosuke avait de multiples visages étalés sur bien trop de gammes pour qu'il puisse arriver à se focaliser sur une impression.
En moins de vingt-quatre heures il l'avait déjà vu neutre, parfois pensif, presqu'amical et sympathique, docile. Puis le repousser, froid, assassin, le décontenançant sans peine. Il se savait être testé : connaitre ses possibilités d'actions et ses limites, vérifier ses réactions face à diverses situations pour agir ensuite. Face à un adulte plus expérimenté, c'était une bataille en partie psychologique qu'il n'était pas sûr de remporter. Pas seul en tout cas. D'autant qu'aucune approche ne semblait possible.
Ce qui l'amenait à repenser aux quelques confrontations qu'ils avaient pu avoir, et où le Aizen semblait instable. Par deux fois, il était venu l'enlacer de son propre chef, et l'avait repoussé presque aussitôt lorsqu'il avait fait mine de répondre où de tenter une approche. Une façon de lui faire comprendre qu'il ne supportait pas sa proximité ? Mh… Pas que. Et quand il repensait à la position dans laquelle il l'avait surpris ce matin…
- Ichigo !
Sorti brutalement de ses pensées, Ichigo se redressa et eut le reflexe salvateur de s'allonger à plat ventre sur son lit, alors que son père passait par la fenêtre pour aller s'écraser une nouvelle fois sur le sol de la chambre. Foutu paternel insistant !
Loin de se démoraliser, son père se redressa presque aussitôt. Il ouvrit les bras dans l'intention de serrer son fils contre lui. Malheureusement, Ichigo n'était visiblement pas d'accord et lui envoya son genou dans le ventre en réponse. La violence du coup arrêta net l'élan et la respiration d'Isshin. Le jeune homme se redressa, et réalisa qu'Aizen avait terminé et restait actuellement en retrait. L'épaule contre le chambranle de la porte, il les observait.
- Fils ! Puis-je savoir où tu étais ? fit finalement Isshin après s'être repris, poings sur les hanches, comme s'il n'avait rien reçu, l'air faussement réprobateur.
- Avec Sosuke ! répondit franchement l'adolescent, sans hésitation et avec un sourire en prime. Et le pire… C'est que c'était entièrement vrai !
Isshin haussa un sourcil, visiblement sceptique et pas vraiment ravi de la réponse. Il se tourna vers l'esclave qui se contenta de lever les bras avec un sourire tranquille, en écho à celui de son fils. Sur le coup, il ne fut plus très sûr d'être content de ce semblant de complicité entre les deux hommes. Il se pinça l'arête du nez, et son poing finit par partir vers le visage du plus jeune. Le mouvement fut accompagné de fortes exclamations à propos d'une désillusion. Celle de réaliser que son fils n'avait en réalité pas du tout de petite amie. Ichigo riposta immédiatement et Aizen ne pu qu'observer, mitigé, les deux hommes partis à sa battre au milieu de la chambre. Il regardait l'échange de coups, et nota qu'ils ne retenaient pas leur force. Ils y allaient même de bon cœur. Il s'assura simplement de ne pas être entrainé, pestant intérieurement. Il dût se décaler plusieurs fois pour ne pas être percuté avant de rejoindre le corridor avec un soupir.
Alors qu'il s'apprêtait à partir flâner dans les couloirs du manoir - parce qu'il n'y avait pas d'autre mot pour qualifier cette demeure - afin de se retrouver seul. Il assista au vol plané du chef de famille qui dégringola les escaliers devant la porte de la chambre après avoir traversé celle-ci. Ichigo suivit de près, furieux. Il s'arrêta en haut des marches.
La dispute fut interrompue par Yuzu qui, enjambant le corps d'Isshin toujours étalé en contrebas, monta à demi pour prévenir son frère que le petit déjeuner était servi et qu'on n'attendait plus qu'eux. Ce fut suffisant pour permettre à son père de se reprendre et de remonter, pour une fois sérieux alors que Yuzu faisait demi-tour.
- J'ai demandé à un tailleur de venir, histoire d'offrir quelques tenues à ton esclave.
Ichigo fut un peu prit de court par cette remarque. Il ne put qu'acquiescer après un regard furtif vers Aizen, qui avait en effet gardé ses vêtements du magasin. Finalement, le père fit demi-tour, et il redescendit avec un grand sourire, l'air enjoué. Il pointa le poing vers le ciel, et cria qu'il était grand temps d'aller rejoindre le reste de la famille, après les avoir fait assez attendre. Si le fils acquiesça et descendit également, il s'arrêta très vite en voyant que Sosuke ne le suivait pas. Il était même prêt à tourner les talons pour partir dans la direction opposé.
- Tu ne viens pas ?
- …Je ne mange jamais le matin, se contenta de répondre vaguement l'esclave qui secoua la main comme pour signifier d'une chose sans importance et que la discussion était close.
- On ne t'offre pas le choix, fit froidement la voix d'Isshin. Ichigo put observer Aizen se raidir et jeter un regard noir à son père. Il ne se décida pas pour autant à obtempérer. Le patriarche dut le comprendre car son regard se fit similaire, et l'adolescent au milieu déglutit devant le combat silencieux.
Le jeune homme se décida finalement à arrondir les angles. Il brisa le contact visuel, et lâcha un « Papa, s'il te plait». Il posa sa main sur le haut du dos de Sosuke, juste en dessous de la nuque. L'esclave se sépara immédiatement de lui comme s'il avait été brulé. Au passage, il lui jeta un regard furieux avant de s'en aller dans les couloirs, aussi loin que possible...
- Tu as eu tort, Ichigo… souffla son père alors que le jeune homme revenait vers lui, les mains dans les poches.
- Je ne peux pas le forcer à manger s'il ne veut pas, je vais le rendre malade.
- Je ne parle pas de ça et tu le sais, gronda doucement Isshin en passant une main dans la chevelure de son fils pour les ébouriffer, sans recevoir de protestation. Si tu commences à lui céder, il t'en demandera toujours plus. Ne crois pas bien faire en allant systématiquement contre moi.
- Mais si je m'y prends comme ça, je vais le braquer. J'essaye seulement de bien faire, râla Ichigo qui se renfrogna sans voir le début de sourire étirer les lèvres de son père.
Ils rejoignirent finalement le reste de la famille en se chamaillant. Encore. Comme d'habitude. Si le déjeuner fut relativement calme, une fois terminé, la famille s'éparpilla de nouveau. Les jumelles rejoignirent leurs amis respectifs. Le père se chargea du tailleur tout juste arrivé. Et alors qu'Ichigo se redressait pour la suite, il fut arrêté par une main posée sur son épaule. Il offrit alors un sourire à sa mère, en réponse.
- Où est Sosuke ?
- Je l'ignore.
- Quel drôle de maître tu fais mon fils, rit la mère, se saisissant du visage de son enfant. Le ton n'était pas méchant, Ichigo le savait. Le simple fait qu'elle utilise le prénom de l'homme afin de le désigner alors plutôt que « l'esclave » démontrait qu'elle partageait son point de vue et son avis sur la question.
- Permettre à son esclave de faire ce qu'il désire, avoir de la considération pour lui ?
- M'man…
- Ton père peut te paraitre cruel, mais il veut juste te protéger. Fais attention à toi mon enfant.
Ne sachant que répondre, Ichigo se laissa enlacer par sa mère, dans une étreinte brève mais qui lui fit un bien fou. Fermant les yeux, il laissa Masaki lui transmettre une partie de sa force et de son soutien. Lorsqu'il la quitta afin de rejoindre son père une nouvelle fois, il aperçut Aizen au détour d'un couloir. Il cria son nom pour l'appeler, ou au moins le faire arrêter le temps qu'il le rejoigne, la haute silhouette disparut et Ichigo fronça les sourcils en se lançant à sa poursuite.
C'est qu'il venait de se faire royalement ignorer !
Le jeune homme tourna à l'angle, et il se précipita pour le rattraper. Il l'appela une nouvelle fois sans plus succès. Grommelant, il accéléra jusqu'à ce que sa main ne parvienne à s'emparer du bras de l'esclave, l'obligeant enfin à s'occuper en tant soit peu de sa présence. Il serra les doigts, et ne lâcha pas alors qu'Aizen avait un mouvement brusque dans l'optique de se libérer. Alors seulement Ichigo le tira pour le forcer à l'accompagner.
- Que me veux-tu encore, stupide gamin ? râla l'esclave, peu enclin à suivre gentiment.
- T'emmener au tailleur, idiot, t'étais là quand on en a parlé.
Sosuke lâcha un « tch » agacé que son maître ne releva pas, et abandonna l'idée d'échapper à la corvée. Il se laissa tirer jusqu'à une grande pièce, dans laquelle s'agitait un homme de petite taille. Il l'entendit donner des instructions à ce qui semblait être son esclave, une jeune femme brune aux yeux améthyste, possédant ce même regard vide qu'Ichigo détestait.
- Ne…deviens jamais comme ça, ne put-il s'empêcher de souffler à Aizen qui tiqua.
- Aucune chance, répondit-il pourtant, observant après coup son maître se détendre sensiblement et reprendre un semblant de bonne humeur. Il fut tiré vers le centre de la pièce et le petit homme en le voyant sortit un mètre. Il s'accapara Sosuke pour prendre les mesures et commencer son travail, et le jeune homme s'éloigna avec un petit ricanement sous cette « torture » que subissait actuellement l'esclave.
Rejoignant son père, il entama la discussion avec lui, le temps que le travail se fasse. Si Ichigo jetait régulièrement un œil en direction de Sosuke. Il remarqua vite que malgré son stoïcisme apparent, l'esclave fusillait du regard le malheureux tailleur qui commençait à se sentir gêné. Ses mains tremblaient.
- Tu n'as pas peur qu'il fasse des siennes ? souffla son père, aussi amusé, et il secoua la tête.
- Non, je…
- Messieurs, de quelle couleur désirez-vous vos vêtements ?
- Blanc.
- Noir !
Isshin éclata de rire à la réponse simultanée d'Aizen et son fils, qui se lancèrent bientôt dans une dispute, enfin... Un simulacre de dispute, Ichigo étant le seul à s'énerver. Tout cela pour déterminer la couleur la plus appropriée concernant les vêtements. Le tailleur haussa les épaules et s'empara sans attendre du tissu noir. Si Sosuke ne se calma pas pour autant, il accusa plutôt mal le coup. Bien sûr… Parole du maître fait loi.
Isshin croisa les bras et finit par arrêter la jeune femme, lorsqu'elle passa à ses côtés, pour lui souffler quelques mots. Elle acquiesça et repartit. Il se contenta par la suite de faire un léger signe à l'homme de continuer, alors qu'il recevait un regard de détresse de ce dernier. Face à face, esclave et maitre ne semblaient pas décidés à lâcher l'affaire. Ichigo refusait de courber la tête et Sosuke, agacé, qui tentait désormais de l'enrager le plus possible. Et bon sang qu'il était doué à ce petit jeu.
Du coup Ichigo se fit un plaisir d'aider le commerçant à faire la nouvelle tenue, en le voyant progressivement se parer de noir. Alors que le tailleur faisait les finitions du pantalon, il s'amusa à triturer le col, qu'il ouvrit légèrement pour dégager le collier de la même couleur. Il referma lentement ses doigts sur la boucle argenté qui brillait, jurant avec le reste. Ses poignets furent finalement capturés par les mains de Sosuke, et tirés légèrement pour les écarter.
Relevant les yeux, le silence et l'immobilisme les gagnèrent. Ichigo observa les traits d'Aizen passer d'un certain agacement à de l'amusement, de l'ironie… Une lueur mauvaise finissant par s'allumer au fond des yeux noisette.
- Quel drôle de maître tu fais… souffla celui-ci, suffisamment bas pour n'être entendu que par le jeune homme qui sursauta et lâcha brutalement le collier. Mais il se retrouva bloqué par la poigne puissante. Serrant les dents, il était certain que cette référence n'était pas innocente. Il ne se souvenait pourtant pas de l'avoir vu dans la salle à manger.
- Arrête… Je ne suis pas… Je…
- Silence. Soit certain que je ne supporterai pas la niaiserie que tu t'apprêtes à me sortir. Cela fait moins de vingt-quatre heures mais…
Ichigo ouvrit la bouche mais se retrouva incapable de répondre. Face à son mutisme, Sosuke laissa échapper un léger rire, grave, qui raisonna désagréablement à ses oreilles. Il se sentit tiré, doucement, contre l'esclave, et son rythme cardiaque s'affola en retour. Il ne savait pas vraiment la cause… Appréhension, crainte… Les deux, sans doute. Aizen était limite effrayant à ce moment précis.
- Toi et ta gentille petite famille si parfaite… Vous me dégoutez déjà, I-chi-go.
Un lourd frisson remonta le long de la colonne vertébrale du jeune homme. Un sourire doux fit son apparition sur le visage de l'esclave tandis qu'il susurrait son prénom, en insistant bien sur chaque syllabe. Un joli contraste avec les paroles prononcées à l'instant. Aizen le lâcha et Ichigo parti en arrière. Il se rattrapa de justesse avant de basculer et sentit sur lui le regard de son père. Par réflexe, il tenta de cacher son trouble avant de relever le visage vers lui.
Sourcils froncés, Isshin hésitait manifestement sur la conduite à avoir. Il avait bien observé la scène sans en comprendre un mot. Mais il avait clairement vu son fils se mettre à trembler. Cependant Ichigo lui envoya un léger sourire avant de s'éclipser de la pièce, se passant une main sur le visage. L'esclave lui, avait repris sa position initiale, droit et immobile, silencieux.
Le tailleur finit par se retirer après avoir terminé la tenue, et repartit avec une nouvelle commande qui le ravit au plus haut point. Le temps qu'Isshin le raccompagne, il se rendit compte qu'Aizen venait encore une fois de disparaitre, pour reprendre sa marche à travers les couloirs de la demeure familiale. Il haussa les épaules, ne se faisant pas trop de soucis pour lui. Ichigo par contre…
Le jeune homme s'était réfugié dans la cuisine afin de se calmer et il fixait sans vraiment le voir, le verre d'eau à demi vide qu'il tenait fermement dans ses mains tremblantes. Le breuvage frais avait au moins eut le mérite de l'obliger à se poser et à se calmer. Néanmoins la dernière phrase prononcée par Sosuke tournait et retournait dans sa tête, alliée à l'image, ancrée à l'intérieur de son esprit, du sourire qui l'accompagnait. Comme si… Non il ne savait pas en réalité… Sosuke souriait tout le temps, il arborait cette mimique presque en permanence, et il l'interprétait maintenant comme une provocation supplémentaire à son égard. Une moquerie.
Le jeune homme serra les poings et les dents. Pendant une fraction de seconde, l'envie de lui faire ravaler son attitude par la force brute lui vint à l'esprit, pour s'évaporer aussitôt. Non, ce n'était la bonne solution et ça ne ferait qu'empirer les choses plus encore. Et il n'en avait pas spécialement besoin, sa relation était déjà assez compliquée comme ça.
- Oh, c'est là que tu te cachais, mon ami, ironisa bientôt une voix derrière lui.
Les doigts d'Ichigo se crispèrent un peu plus sur le verre alors que son visage se tournait vers l'esclave. Toujours avec ce même sourire condescendant, supérieur. Si la solution n'était pas la violence, son désir de lui « donner une leçon » se fit plus fort que jamais. Cela dut se lire sur son visage, car Aizen se mit à rire doucement. Un mouvement sec le tira de ses envies de meurtre, et il baissa, étonné, le regard sur ses mains ensanglantées. Il réalisa qu'à force de serrer il avait finit par briser le verre qui avait littéralement explosé et projeté ses éclats dans ses paumes.
Jurant à voix basse, il se tourna afin de passer ses mains sous l'eau pour enlever le sang et retirer les fragments restés dans les coupures. Il s'employa ensuite à nettoyer les dégâts. Il se félicita de parvenir à être si stoïque alors que Sosuke s'amusait une nouvelle fois à se coller à son dos. Parce que c'était bien ça. Il jouait avec lui.
Comme un prédateur.
- Je te perturbe à ce point ?
- Ne prends pas tes rêves pour une réalité. répondit froidement le jeune homme, sans se retourner, ramassant le verre afin de le jeter. Il n'y eut pas de réponse, et Ichigo préféra continuer de se concentrer sur sa tache de nettoyage plutôt que de risquer une autre réflexion qui le ferait grincer des dents. Et s'énerver pour rien. Aizen finirait bien par se lasser. Avant lui dans tous les cas.
Il avait réussi à s'en persuader… Mais Dieu seul savait à quel point il s'était trompé, et il allait l'apprendre au cours du mois suivant.
Pour il ne savait quelle raison, Sosuke semblait vouloir à tout prix être ramené d'où il venait. Il le lui avait même avoué à demi mots lors d'une de leurs disputes devenue quotidienne. « Je ne compte pas rester longtemps ici. » lui avait-il dit. Alors qu'il lui avait juste demandé, une nouvelle fois, s'ils ne pouvaient pas avoir une relation un tant soit peu amicale, puisqu'ils devaient rester presqu'en permanence ensemble.
Ichigo avait d'abord cru que l'esclave chercherait à s'enfuir. Mais non. Il restait même sagement à l'intérieur de la propriété alors que le jardin lui était accessible. Même si son collier-émetteur était censé pouvoir lui permettre de le localiser en cas de soucis. Il savait que ce n'était pas impossible, difficile d'accord, mais pas impossible, de vivre cacher et tranquille aux yeux du reste du monde supérieur. D'ailleurs, atteindre la partie basse d'une des villes principales assurait une certaine liberté, les colliers y perdaient alors leur signal.
Aizen le savait très bien, c'était lui qui s'était fait un plaisir de le lui expliquer, lors d'une rare conversation « calme » qui avait finalement viré à l'affrontement verbal.
Enfin… Des quelques discussions. Parce que les diverses informations qu'il arrivait plus ou moins à arracher à l'esclave lui étaient données au compte goutte. Une manière de le faire tourner bourrique, ou de le déconcerter une fois de plus. Ce genre de phrases anodines, lancées en plein milieu d'une vague d'insultes ou de moqueries avait le don de le contraindre au silence et de lui faire perdre ses moyens. De la même façon, il se refermait instantanément lorsqu'Ichigo posait des questions, curieux. Ce qui ne faisait que renforcer un puissant sentiment de frustration de savoir que quelque chose lui échappait.
Comme cette fois où il lui avait sorti qu'il ne faisait que retarder l'inévitable, et qu'une personne devait certainement déjà l'attendre à l'heure qu'il est. Si le jeune homme n'avait pu s'empêcher de le railler sur le fait que c'était assez étrange de donner rendez-vous à quelqu'un dans une cellule d'un magasin d'esclave, Aizen s'était contenté de sourire avant d'évoquer une sorte de jeu avec un compagnon d'infortune.
Il n'y avait pas eu besoin de beaucoup de temps pour que l'esclave soit totalement intégré au quotidien de la famille Kurosaki. Sa « discrétion » dut y contribuer grandement. En général il se posait dans un coin de la pièce et ne bougeait plus. Il se contentait d'observer tranquillement l'évolution de la petite famille. Ce calme apparent était uniquement dû à la présence d'Isshin ou de Masaki, dont Aizen semblait se méfier comme de la peste.
Si Ichigo pouvait comprendre pour son père, qui montrait ouvertement qu'il n'avait aucune confiance envers le nouveau venu, il se demandait toujours en quoi Masaki pouvait représenter un danger pour lui. S'il lui avait posé la question, ce dernier n'avait jamais daigné lui répondre sur ce sujet. Il avait fini par abandonner.
Jusqu'à ce qu'il surprenne accidentellement une conversation entre les deux adultes. Aizen avait l'art et la manière de parler, de s'exprimer, et jouait divinement bien avec les mots. Ainsi il n'était pas rare qu'il lui balance des piques déguisées, car Ichigo était le plus souvent visé bien sûr, qu'il ne saisissait pas toujours et qui lui donnait une occasion supplémentaire pour le ridiculiser, ne serait-ce que pour voir les joues du plus jeune rougir. De gêne ou de colère peu importe. Ce jour-là par contre, Ichigo apprit que sa mère s'y connaissait également dans l'art subtil du sarcasme :
« J'ai parfois du mal à réaliser que je suis chez une des familles plus puissantes du Nippon.
- Du mal à réaliser ? Je vous croyais pourtant l'esprit aussi vif que la langue. »
Masaki avait souri. De ce même sourire qu'arborait parfois l'esclave. La surprise d'Aizen avait cédé place à une indifférence feinte. Le message était pourtant très bien passé et face à son mutisme, Ichigo n'avait pu s'empêcher de rire, comme une revanche indirecte. Il l'avait chèrement payé le soir même puisque l'esclave s'était littéralement acharné, mais il n'avait pas réussi à lui ôter sa bonne humeur.
Aizen l'avait pourtant prévenu, que cette situation ne durerait pas longtemps et que ce n'était pas lui qui craquerait en premier.
Un mois s'était désormais écoulé depuis l'arrivée de l'esclave. Et il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait raison. On était actuellement à la mi-aout, et il commençait à en avoir assez de cette relation chaotique. Oh, il n'en était pas encore au point de penser à s'en… séparer. Ne serait-ce que parce qu'il était absolument hors de question qu'il lui fasse ce petit plaisir. Mais surtout, dans l'équation entrait le fait qu'il soit du genre têtu et obstiné.
Voila !
Mais il commençait à être sérieusement sur les nerfs. Il avait même failli se mettre à hurler sur Karin et s'était retenu de justesse. Sachant qu'il reprenait bientôt les cours, il avait deux petites semaines pour tenter de changer les choses. Il ne se voyait pas vraiment arriver à tenir le rythme déjà difficile d'une fac, s'il passait ses soirées à hurler plutôt qu'à bosser.
Sachant qu'il serait tout seul.
Avec un esclave déchainé.
Sans rien pour le calmer, pas même un tantinet.
Ce n'était pas vraiment la joie.
Mais alors, pas du tout.
Surtout quand le dit « esclave » était capable de vous frapper neuf fois sur dix où ça faisait mal.
La dernière dispute remontait à quelques minutes seulement, et encore une fois il n'avait pas eu le dernier mot. Il s'en était allé d'un pas quelque peu rageur, accompagné d'une ultime remarque pour trouver refuge de nouveau dans le jardin.
Adossé au premier arbre qu'il avait croisé, la tête levée vers les branchages, il avait poussé un soupir à fendre l'âme. Il avait l'impression de tourner en rond. Ou plutôt… Non, Il avait la sensation d'être une marionnette. Nuance. Quoi qu'il dise ou fasse, Aizen semblait l'avoir prévu et était en mesure de le contrer. Aujourd'hui encore il l'avait énervé progressivement jusqu'à le faire taire en posant un doigt sur ses lèvres, en lui soufflant un « Silence. N'élève pas la voix comme ça voyons, tu vas te faire du mal». S'il en était resté estomaqué sur le coup, il avait fini par voir rouge.
Le jeu semblait déjà terminé et… il était battu. A plat de couture.
Non ! Impossible !
Merci de m'avoir lue !
Suite au prochain épisode !
Et pour vous faire patienter, un (très) petit extrait :
- T'es juste en train de me dire que c'est perdu d'avance, si je comprends bien.
- Si tu t'entêtes dans cette direction, oui.
Songeur, Ichigo baissa la tête, méditant les paroles de son père. Inconsciemment il se mordit la lèvre inférieure alors que le doute commençait à l'étreindre. Il se déplaça pour se mettre à genoux sur la pelouse, face à son père.
- Que dois-je faire, alors ? demanda-t-il, mortellement sérieux.
- Revendiquer ta position. Que ça te plaise ou non, tu vas devoir user de la manière forte si tu veux t'en sortir. Ou tu devras t'en séparer.
