Master and Slave

Disclamer: Les personnages de Bleach ne m'appartiennent pas! Ils sont à Tite Kubo. Certains sont des OCs et m'appartiennent donc, mais ils seront présentés lors de leurs apparitions en début de chapitre.
Note: J'ignore si je pourrai avoir un rythme de publication régulier, je m'en excuse d'avance. Je m'excuse également s'il y a un peu de OOC...

Merci à Frasyl et Scorpio-no-Caro pour la bêta-lecture !
Et un méga merci à elles pour leur rapidité sur ce coup là!

Pour des raisons pratiques, j'ai aligné la vie japonaise à celle occidentale. Comprenez donc par là par exemple, qu'une année scolaire va, dans ma fic, de Septembre à Juin (Alors qu'en réalité, une année scolaire japonaise débute en Avril et se termine en Mars) et que la majorité est fixée à dix-huit ans (et non vingt)
Je me suis amusée à faire régulièrement des petits clins d'œil au manga original, voir à d'autres mangas/films/séries. Si le cœur vous en dit, vous pouvez vous amusez à les chercher tout le long des chapitres.

Merci à vous de lire et de suivre cette fic!


J'utilise le système de réponse aux reviews pour ceux et celles qui m'en laissent via leurs comptes FFnet.
Réponses aux reviews anonymes:

Pileetface: Merci pour les compliments. ^^ voici la suite des galères d'Ichigo!
Trinity07: Merci pour les encouragements, je crois qu'Ichigo en aura bien besoin...


Aujourd'hui encore il l'avait énervé progressivement jusqu'à le faire taire en posant un doigt sur ses lèvres, en lui soufflant un « Silence. N'élève pas la voix comme ça voyons, tu vas te faire du mal». S'il en était resté estomaqué sur le coup, il avait fini par voir rouge.

Le jeu semblait déjà terminé et… il était battu. A plat de couture.
Non ! Impossible !

Livre I – Un simple jeu

Chapitre 4

Ichigo se passa une main sur le visage, et retira ses doigts lorsqu'il sentit une sensation humide sur sa joue. Il constat alors avec surprise qu'il était en train de pleurer. Pas de tristesse, non… mais de rage. Contre lui-même principalement. Et contre son échec.
Le simple fait de le réaliser, et les larmes se firent plus nombreuses, roulant le long des joues pour rejoindre le menton et tomber sur la pelouse. Il ne chercha pas à les retenir, pas plus qu'à les sécher. C'était une manière supplémentaire d'évacuer le trop plein d'émotion et de toute façon il était seul, autant qu'il en profite.

Il laissa ses bras retomber mollement, alors qu'il glissait progressivement le long du tronc. Le reste de son corps suivit le mouvement. Presque comme une poupée de chiffon il tomba assis sur la pelouse, et il ne daigna déplacer ses jambes que pour trouver une position plus confortable. Il les croisa et s'installa en tailleur. Ses mains se posèrent sur ses cuisses.

Il inspira, et se calma peu à peu. Les larmes terminèrent progressivement de couler pour définitivement s'arrêter au bout de quelques minutes. Alors seulement, il releva sa main afin d'enlever les dernières traces d'humidité. Puis il ferma les yeux et se pinça l'arrête du nez.
Plongé dans ses pensées, il ne perçut pas l'ombre qui se dirigeait vers lui à toute vitesse, pieds en avant, prêt à le percuter de plein fouet.

- Ichigo !

Il se retourna brusquement, comme piqué. Il n'eut pourtant pas le temps d'esquiver, et il vola sur plusieurs mètres après que Isshin l'ait touché. Il fronça les sourcils alors qu'il se redressait, et le jeune homme pesta, pas vraiment d'humeur à subir ce genre d'attentions de la part de son père. Il lui renvoya une bonne droite, où il y mit toute sa force.

Au moins… C'était un bon défouloir…

Il s'attendait à ce que son père, comme d'habitude, l'entraine dans une de leur bataille coutumière sans réel vainqueur. Il aurait aimé, préféré même que ça se déroule comme ça. Mais, d'abord joyeux, l'air de son paternel se referma progressivement. Il finit par arrêter sans effort le nouveau coup de son fils. Si Ichigo tenta de cacher son regard, plus ou moins habilement, la main d'Isshin vint se saisir du menton. Il grogna alors qu'il était contraint de redresser la tête et d'affronter le regard sévère, face à lui.

- Tu pleures, fils ?
- C'est évident, non ? râla le jeune homme, avant de se dégager.

Il se passa une main sur le visage puis dans les cheveux. Il croisa finalement les bras derrière la tête. Il n'était pas très content de devoir montrer une faiblesse qu'il estimait passagère. Son père l'ignora, et posa une main sur son épaule.

- Je n'ai pas vraiment de mal à en deviner la cause.
- Ce n'est rien papa, ça passera, souffla le fils, d'une voix fatiguée.
- Non. Lui comme moi nous nous rendons bien compte que tu es peu à peu dépassé. Ne crois pas que ça va se régler tout seul.

Ichigo retourna s'assoir contre son arbre, totalement fermé. Oui, bien sûr qu'il le savait d'une certaine manière. Isshin soupira devant l'obstination de son fils, le rejoignit et passa un bras autour des épaules du garçon après s'être assis à ses côtés. Avec satisfaction, il sentit son enfant rendre les armes et se laisser aller contre lui. Sa tête placée sur son épaule, il profita de l'étreinte.

- Tu comprendras Ichigo, que tu ne peux plus fermer les yeux, fit l'homme, qui cherchait ses mots pour ne pas braquer définitivement son fils
- Mais j'ai tout essayé papa ! cria presque le jeune homme. C'est sûrement moi qui ai un problème.
- Ho, c'est même fort probable.

Le père se mit à rire, ébouriffant en réponse les courtes mèches alors qu'Ichigo lui renvoyait un regard mitigé. Il hésitait sur l'interprétation de ses paroles. Il se contenta finalement de répondre d'un « mh » neutre. Puis il remonta ses mains pour remettre un semblant d'ordre dans sa chevelure, sous l'amusement de son père.

- Tu es inexpérimenté et tu te retrouves pour la première fois attaqué par les mots. En plus d'être blessant, tu n'es pas armé face à cela, même moi je ne suis pas sûr de l'égaler, commença Isshin d'une voix douce.
- T'es juste en train de me dire que c'est perdu d'avance, si je comprends bien, le coupa son fils, fronçant les sourcils.
- Si tu t'entêtes dans cette direction, oui.

Songeur, Ichigo baissa la tête, méditant les paroles de son père. Inconsciemment il se mordit la lèvre inférieure alors que le doute commençait à l'étreindre. Il se déplaça pour se mettre à genoux sur la pelouse, face à son père.

- Que dois-je faire, alors ? demanda-t-il, mortellement sérieux.
- Revendiquer ta position. Que ça te plaise ou non, tu vas devoir user de la manière forte si tu veux t'en sortir. Ou tu devras t'en séparer.

Isshin ne fut pas surprit du « non ! » tonitruant qu'il reçu en réponse, après qu'Ichigo ait bondi à l'évocation de la deuxième « solution ». Face au froncement de sourcil et à la détermination de ce dernier il sourit. Il tendit ses mains qui firent tinter la chaîne toujours accrochée au passant du pantalon. Chaîne qu'il décrocha pour la faire tournoyer doucement sous le regard ambre, qui ne voyait visiblement pas là ou il voulait en venir. Ou faisait semblant.
Mais Ichigo ne paraissait vraiment n'en mener pas large, et il laissa échapper un léger soupir.

- Je ne peux pas faire les choses à ta place. Cependant j'ai la possibilité de te montrer l'exemple si tu veux. Maintenant.

Le jeune frissonna, alors qu'il observait le regard de son père s'assombrir. De colère tournée vers Aizen. Il se doutait qu'il en rajouterait un peu, afin que ce rappel à l'ordre soit exemplaire, et pour le faire payer.
Il ne le sentait pas du tout à vrai dire, mais n'ayant pas de meilleure idée dans l'immédiat, il se contenta d'hocher la tête pour montrer son accord. Isshin se redressa et tendit la main à Ichigo qu'il tira à lui et, ensemble, ils repartirent vers la demeure familiale.

Si son fils tenta bien de savoir ce qu'il pouvait avoir derrière la tête, il resta silencieux. Ichigo finit par abandonner.

Trouver Sosuke ne fut pas très compliqué. Ce dernier se baladait aléatoirement à l'intérieur de la bâtisse, les mains dans les poches. Il ne prêtait pas vraiment attention à ce qui pouvait bien l'entourer. Pourquoi le faire après tout, puisqu'il était tranquille ? Ces altercations avec l'héritier Kurosaki n'était qu'une distraction qui l'empêchait de s'ennuyer à longueur de journée puisqu'on ne lui avait assigné aucune tâche particulière. De toute façon, ils ne les auraient pas effectuées. Ichigo ne lui ayant donné aucun ordre, il pouvait en toute logique faire ce qui lui plaisait.
Il appréciait quelque part, de le voir faire autant d'efforts pour essayer de le contrer, sans y parvenir.
Aussi quand il aperçu du coin de l'œil les deux hommes arriver, il ne broncha pas, continuant son chemin sans s'occuper d'eux, comme ils avaient pu l'ignorer à son arrivée. Un juste retour des choses.

Après un regard pour son fils, Isshin fila vers lui. Aizen eut un léger mouvement de recul en le voyant arriver si vite sur lui. Il n'eut que le temps de voir la main du chef de famille se diriger vers sa gorge avant qu'un léger « clic » ne retentisse. Un des mousquetons de la chaîne venait de se refermer sur l'anneau du collier.
L'esclave se renfrogna immédiatement, et il se retrouva bientôt coincé entre le mur et Isshin. Le bras de ce dernier, celui qui tenait actuellement la chaîne, barrait son torse. Malgré sa résistance, il sentit l'autre se refermer sur sa ceinture, lui coupant toute possibilité de fuite.

Isshin se mit à tirer légèrement sur le lien, et Sosuke serra les dents lorsqu'il sentit l'étreinte dangereuse du collier sur son cou. Instinctivement ses mains remontèrent afin de se poser dessus et tirer, ainsi que sur le poignet de son bourreau. Une tentative vaine pour empêcher Isshin de l'étrangler peu à peu.
Son regard fusilla l'homme face à lui, puis glissa lentement vers Ichigo, resté en retrait depuis le début. Bras croisés, il se retenait visiblement d'intervenir. Revenant vers Isshin, il grimaça, et entama les hostilités.

- Puis-je au moins savoir à quoi vous jouer ?
- Dressage d'esclaves récalcitrants… répondit froidement le chef de famille, s'attirant un rire moqueur de la part du prisonnier.

L'étreinte se resserra un peu et malgré ses doigts sur le collier noir, l'air qu'Aizen parvenait à inspirer diminua encore un tout petit peu. Mais ça ne l'arrêta pas, bien au contraire. Son but était d'énerver ou d'exaspérer suffisamment son bourreau pour être relâché. Physiquement, s'ils étaient de même niveau, l'esclave savait que le manque d'air ferait décliner lentement mais surement sa force.
L'homme face à lui s'emmura dans le silence, le visage fermé. Il n'avait pas à s'inquiéter de toute façon, puisque cette position - et depuis qu'il avait serré un peu plus - étranglait l'autre homme, petit à petit. S'il était résistant, il serait de toute façon contraint de plier. L'instinct de survie était son assurance. Il gagnerait, quoi qu'il arrive.

Ichigo, qui s'était adossé contre un mur entre temps, ne pouvait qu'être spectateur de cette confrontation silencieuse. Il sentait l'atmosphère devenir de plus en plus lourde, menaçante, presque suffocante. Si ça n'avait été que lui, il aurait sans doute déjà trouvé un prétexte pour s'éloigner. Mais ça lui était impossible.
Il ne pouvait être qu'admiratif d'un certain côté. Son père, tout comme Sosuke, semblait se faire un point d'honneur à garder son sang froid. Isshin ne tressaillait pas, ne répondait pas. Immobile, il attendait que l'autre cède. Et malgré tout le poison qu'il pouvait distiller par ses paroles, et la situation critique dans laquelle il se trouvait, Aizen gardait une voix calme. Comme si… il n'était pas concerné. Seulement spectateur.

Le jeune homme grimaça, alors qu'il comprenait que certaines piques lui étaient indirectement adressées. Le mettre en rogne, lui aussi, était une solution après tout. Mais il était hors de question qu'il se dresse contre son père. Parce ce que tant qu'à faire, il voulait éviter de se le mettre à dos. Isshin n'apprécierait pas qu'il proteste maintenant.
D'ailleurs, son père dut faire comprendre qu'il commençait à se lasser de cette résistance, puisqu'un nouveau cliquetis raisonna. Il fut suivi d'un grognement de la part d'Aizen. Voilà qu'il se retrouvait un peu plus étranglé encore, par la morsure du collier.

La scène ne bougea pas pendant quelques minutes, seulement ponctuée par la voix grave. Mais l'air commença à manquer à l'esclave. Ça se traduisit par des phrases plus courtes, plus espacées, plus agressives. Le silence s'installa finalement, et Ichigo entendit la respiration de Sosuke s'accélérer. Une tentative pour récupérer un peu d'air et tenir encore un peu.
Isshin ne fut pas plus réactif, même si l'esclave le foudroyait désormais du regard, totalement silencieux. Sa main s'était resserrée d'avantage sur le poignet de l'autre homme. Sous ses doigts, le pouls le renseignait sur le rythme cardiaque. Inchangé depuis le début. Un certain contrôle, il ne pouvait le nier.

- Décidé à te calmer ? finit par demander Isshin, et cette simple question sembla revigorer l'esclave, qui renifla, méprisant.
- Aucunement, cracha t-il en réponse.
- J'ai tout mon temps.

Le silence revint, mais les trois hommes savaient déjà de quelle manière cela allait se terminer. En effet, Sosuke arrivait à sa limite, et, ne parvenant plus à inspirer suffisamment d'oxygène, il se retrouva contraint de baisser la tête et de relâcher sa prise. Ses yeux brillaient d'une rage contenue de devoir se soumettre ainsi, mais cela eut l'avantage de lui apporter la délivrance. Isshin relâcha immédiatement la sienne et Aizen tomba à genoux sur le sol. Il se mit à tousser sous la brûlure qu'il ressentait au niveau des poumons, que l'air remplissait de nouveau.
Ichigo se décolla du mur pendant que son père s'agenouillait à son tour pour décrocher la chaîne sans que l'esclave ne réagisse. Le lien tomba au sol avec un bruit métallique et l'homme se redressa, posant sa main sur les courtes mèches brunes pour les ébouriffer légèrement.

- Tu vois quand tu veux, fit-il, presque moralisateur.

Puis il se détourna, revenant vers son fils dont le regard se chargea de reproches. Le dernier geste était parfaitement inutile à ses yeux. La chaîne retrouva sa place à la taille d'Ichigo, qui fut presque persuadé que le tintement qu'elle laissa échapper en retombant était plus doux, plus calme que précédemment.
Il n'eut pas l'occasion de s'y attarder longtemps : la main de son père s'abattit sur son épaule, et il sursauta. S'il n'avait pas l'habitude d'un tel traitement il aurait probablement dit bonjour au sol… Il tourna la tête vers Isshin, et croisa son regard chaleureux et son sourire. Un tel contraste avec les quelques secondes précédentes.

La question, il ne l'entendit pas vraiment, mais y répondit machinalement par un mouvement de tête. Apparemment ravi, son père éclata de rire, et il le dépassa pour retourner à un quelconque endroit - il n'avait pas écouté la destination en fait - , l'invitant à le suivre. L'argument comme quoi il était préférable que l'esclave reste seul le laissa sceptique, mais il tourna, lui aussi, les talons.
Pourtant, il ne put s'empêcher d'avoir un dernier coup d'œil pour Aizen, tombant nez à nez avec un regard assassin dirigé non pas contre lui, mais contre son père. Il ne put retenir un frisson de remonter le long de sa colonne vertébrale. Même s'il n'avait pas réussi à se relever, ses membres tremblant encore beaucoup trop sous le manque d'oxygène, il restait effrayant.

- A toi de prendre la relève, Ichigo.
- Hein ?

Le jeune homme se tourna, interloqué, vers son père, qui avait repris la parole une fois à bonne distance. Il ne sut vraiment quoi répondre et il se contenta de se racler la gorge. Isshin se sentit donc obligé d'expliciter un peu sa pensée.

- Mon tour de force sera inutile si tu ne changes pas ton attitude vis-à-vis de lui. Evite de te laisser déborder de nouveau, surtout lorsque tu seras seul.
- Je sais…

Oui, évidement qu'il le savait. Trop bien même. Mais il voulait éviter d'avoir à en venir à de telles extrémités. Une nouvelle fois.

Le reste de la journée fut calme. Paisible. Comme il n'en avait pas eu depuis longtemps. Et Ichigo en profita. Aizen ne se montra plus, mais quelque part ça ne l'étonnait pas. Le regard qu'il avait eut quand Isshin était reparti l'avait renseigné sur ce qu'il pouvait bien penser à ce moment là.
Le soir passa sans aucun signe, et Ichigo se sentit un peu mal, lorsqu'il s'assit sur son lit, après avoir rejoint sa chambre. Il avait bien essayé de le chercher avant le dîner, sans le trouver. Et ça ne lui plaisait pas. Il s'allongea, croisant les bras derrière la tête, et il se promit de le retrouver le lendemain. Et surtout, de ne pas le lâcher.

Lorsqu'il se réveilla, en milieu de matinée, son premier réflexe fut de jeter un regard circulaire dans sa chambre. Sans surprise il constata qu'il était seul. Il se prépara rapidement, et évita par habitude une nouvelle salutation de son père. Isshin partit s'écraser sur le sol de la pièce, ignoré par son propre fils. Comme si rien ne s'était passé.
Le petit déjeuné expédié, il se décida à explorer les différents couloirs du manoir. Sachant que ça ne serait pas une partie de plaisir parce que l'endroit était du genre imposant. La faute en était que, pendant longtemps, une grande partie de la famille vivait ici. Il leur avait fallu de l'espace.

Il passa devant une fenêtre, et son regard se porta sur le jardin en contrebas. Il fronça les sourcils, et se souvint que Sosuke n'avait eu aucun mal à l'y retrouver lorsqu'il s'y était réfugié. Lui ne pouvait en faire autant. Il lui était possible cependant d'avancer quelques suppositions. Il était à peu prêt certain d'éliminer tous les endroits où allait régulièrement sa famille et lui-même.
Ce qui en réalité écartait une bonne partie de la demeure. La moitié pour être précis. Ichigo tourna les talons, et rejoignit l'aile ouest, où se trouvaient les chambres d'amis, ainsi que la salle de réception qui ne servait presque jamais. Il eut la présence d'esprit de commencer par cette dernière, et il ne tarda pas à repérer Sosuke, devant une des immenses fenêtres qui donnaient sur le jardin. Le bruit de la lourde porte en bois attira l'attention d'Aizen sur lui. Il eut d'ailleurs droit à un regard noir avant que l'esclave ne retourne à sa contemplation.

Pas de raillerie, moquerie, ou autre réflexion gratuite, pas une parole. Rien que le silence qui, étrangement, lui noua l'estomac. Il traversa la grande salle, et passa ses bras autour de la taille d'Aizen. Il posa son front contre la nuque. La réaction ne se fit pas attendre. Sosuke se raidit et ses mains vinrent serrer ses poignets. Néanmoins si Ichigo grimaça sous la force employée, il ne fut pas repoussé aussi violemment qu'il aurait cru.
Ils s'immobilisèrent, et Ichigo ferma à demi les yeux. Il profita de cette étreinte d'autant plus qu'il sentait l'agacement palpable de son vis-à-vis.

- Je m'attendais un accueil dont tu as le secret. Pas à ça.
- Très drôle. Vraiment, répondit froidement le concerné, c'est que j'ai toujours adoré servir d'ours en peluche. Je ne te l'avais pas dit ?

Le rire du maître raisonna, alors qu'il relâchait l'esclave. Il s'empara de son bras, et le força à lui faire face. Il nota au passage, presque avec satisfaction la légère résistance qu'il reçut. Sosuke croisa les bras, et lui offrit un sourire mauvais en réponse. Il arrêta les doigts d'Ichigo qui s'était avancés vers son cou et le repoussa.

- Inutile de faire remonter les souvenirs de la veille, fit-il, en espérant que cela suffise à avoir la paix.

Mais le jeune homme insista, croyant repérer quelque chose qui l'intéressait. Et Aizen dût s'emparer de ses poignets, pour bloquer définitivement sa tentative et le contrarier. Ichigo plissa les yeux, et finit par arborer un léger sourire.

- Essaye donc de m'en empêcher, lui dit-il, provocateur.
- C'est un défi ?

Ichigo ne répondit pas, et se jeta sur Sosuke afin d'avoir accès à ce qui l'intéressait. La réplique ne se fit pas attendre et les deux hommes se lancèrent alors dans une nouvelle épreuve de force. Le but était bien évidement de prendre le dessus sur l'autre.
Ce fut l'occasion pour Aizen de se défouler et pour Ichigo, de faire ses preuves. L'esclave en profita et s'amusa un peu en esquivant son assaillant au dernier moment. Il était tenace, une qualité qu'il ne pouvait nier. Quoi que « borné » était peut être un meilleur terme encore. Et si ses intentions étaient tout à fait honorables, Sosuke ne pouvait s'empêcher de penser qu'il aurait de nombreuses désillusions quand il se retrouverait confronter au monde.

Si naïf, si enfantin parfois. Pas du tout préparé. Le système actuel le broierait, il en était persuadé.

Et alors qu'il se déplaçait vers le centre de la pièce afin de continuer leur « combat », ses yeux tombèrent sur les armoiries de la famille. Une lune rouge sang sur fond noir. Face à lui l'héritier qui lui assurait indirectement que son retour à la boutique n'était pas envisageable de si tôt. Et son regard changea légèrement alors qu'une autre idée germait dans son esprit.
Plutôt que de s'amuser à détruire le jeune homme, et à le mettre à bout de nerf comme il l'avait fait depuis le début… Peut être pouvait-il envisager la situation sous un autre angle. Il suffirait de tellement peu pour emmener son « maître » à faire ce qu'il désirait. Comme un guide ? Plutôt un marionnettiste. Quoi de mieux que de se retrouver à diriger, dans l'ombre, une famille si puissante ?

Aizen retint un sourire, alors qu'il laissait Ichigo se plaquer contre lui pour les faire chuter tous les deux à terre, l'écrasant de son poids. Il évita de justesse la collision de sa tête avec le marbre du sol. Il entendit la respiration haletante du jeune homme, qui avait commencé à fatiguer. Il simula à son tour l'épuisement, pour préserver l'illusion. Cela dut fonctionner puisqu'Ichigo se redressa bientôt, triomphant.

Oui, ce gamin plein de surprise méritait peut être qu'il s'y attarde un peu plus. Rien que parce qu'il continuait à lui tenir tête malgré l'infériorité évidente. Même si, après leur premier « échange » il avait pu être quelque peu déçu du répondant de son jeune… maître.

Le terme avait décidément bien du mal à passer.
Tout comme la situation…
Il avait beau projeter de le manipuler, il n'arriverait probablement jamais à se comporter comme un gentil petit toutou. Pas qu'il était incapable de jouer le bon samaritain au contraire. L'idée d'obéir à tous les caprices d'un autre lui était juste insupportable.

Il sursauta, tiré de ses pensées par une fraicheur sur son cou. Il frissonna et se raidit. Cette réaction fit naître un léger sourire sur les lèvres du maître, qui s'installa tranquillement sur son ventre. Sosuke chercha bientôt comment l'en déloger et il soupira, agacé une fois de plus.

- T'as eu ce que tu voulais ?
- Ton cou va virer au violet foncé si je ne fais rien, Sosuke ! protesta Ichigo, peu enclin à le laissé filer sans l'avoir soigné.
- Ça partira. A moins que tu ne t'amuses à imiter ton père ?
- Non, mais…
- Alors j'aimerais que tu évites de remuer le couteau dans la plaie.

Le jeune homme se mordit la lèvre inférieure, et desserra quelque peu sa poigne. Immédiatement, Aizen retira les mains gênantes, pour chercher à se redresser. Il ne fut pas assez rapide et, après s'être reprit, Ichigo l'immobilisa de nouveau. Si l'esclave râla il l'ignora. Il ne devait pas le laisser reprendre le dessus.

- Mais je veux que ça parte vite, que je puisse profiter de ma peluche.

Il avait sorti ça sans vraiment réfléchir. Il y eut un silence, le temps que l'un comme l'autre réalise ce qui venait d'être dit. L'adolescent aurait pu regretter ses paroles. Mais l'air presque choqué qui lui faisait face valait le détour. Il se redressa finalement, tendant la main pour aider Sosuke à en faire de même.

- Pardon ? fit froidement l'esclave, n'appréciant pas ce nouveau surnom. Dédaigneux il l'ignora la main tendue, presque vexé, et se releva tout seul. Loin de s'offusquer Ichigo ricana.

- C'est bien toi qui a commencé en te comparant à un nounours.

Il croisa les bras, alors que le regard d'Aizen se posait sur lui. S'il était indéchiffrable, il était persuadé qu'il devait regretter ses précédentes paroles. A raison, il venait de les retourner contre lui. Pour une fois qu'il pouvait le faire.

- Tu es « ma peluche » donc.

La logique était implacable. Il n'appréciait pas vraiment les peluches. Il n'en avait jamais eu besoin. Mais il se promit de faire une exception pour celle là, qui sortait du lot après tout. Aizen en leva les yeux au ciel, désespéré. Il préféra se détourner pour remettre de l'ordre dans sa tenue, et feindre l'indifférence.
Il se remit finalement devant la fenêtre, bras croisés, considérant probablement l'échange terminé. Bien sûr que ça ne serait pas aussi simple. L'esclave cédait plus ou moins pour avoir la paix. Que croyait-il ? Qu'il n'avait pas remarqué qu'il s'était laissé plaquer ? Il se battait suffisamment avec son père pour s'apercevoir de ce genre de chose.

Il observa la silhouette habillée de noir, et brusquement, lui vint à l'esprit qu'il avait reçu, la veille, les tenues supplémentaires que son père avait demandé au tailleur. Hors sujet ? Peut être pas totalement. Ichigo le rejoignit de nouveau et s'empara du bras de Sosuke qui, résigné, le suivit. Il se retrouva tiré dans les couloirs et s'il tenta quelques piques à l'encontre du rouquin, ce dernier ne réagit pas. Ne répondit pas. Il ne s'arrêta qu'une fois à l'intérieur de sa chambre, pour lui coller une boite blanche dans les mains sans qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit.

- Mets le haut, comme ça tout le monde sera content, lui souffla t-il avant de disparaitre, le laissant, perplexe, planté au milieu de la pièce.

La boite en carton fut finalement ouverte. Elle révéla une tenue similaire à celle qu'il portait, en blanc. Il se tourna légèrement, pour pouvoir apercevoir d'autres boites similaires, placée en dessous de l'endroit où il dormait, dans un tiroir laissé malencontreusement ouvert. Il posa le carton qu'il tenait, il en tira la chemise pour remplacer celle, noire, qu'il portait. Si l'attention lui fit plaisir… il n'en montrerait rien et le nierait farouchement.
Il finit par se retourner brusquement, tombant nez à nez avec Ichigo, revenu entre temps. Celui-ci rougit en constatant qu'il avait laissé sa chemise ouverte et il détourna la tête. Quelques secondes seulement, le temps de se reprendre. Sosuke lui offrit un sourire sarcastique, pas dupe. Le jeune homme le poussa légèrement et grommela un « oh, ça va » vexé.
Pour cette fois, il laisserait couler.

Tout comme il ne tiendrait pas compte de la « vengeance », lorsqu'il fut poussé le lit, et qu'Ichigo passa ses doigts plein de pommade – chose pour laquelle il s'était éclipsé - sous son collier pour le soigner. Maître obtu qui le fit soupirer. Au moins tentait-il d'être doux et il passa sous silence la légère douleur déclenchée par ce traitement.

- Tu comptes acheter ma sympathie avec des cadeaux ? tenta t-il, cynique, pour briser le silence, alors qu'Ichigo râlait sur le collier qui le gênait, sans avoir l'idée de l'enlever.
- Non, je te montre juste que je fais des efforts. Imite-moi !
- Je n'y ai aucun intérêt.
- On parie ? gronda le maître qui s'arrêta. Sa main se referma sur l'acier noir autour du cou. Le regard noisette devint polaire sous la menace à peine voilée. Les yeux ambre lui firent écho. Dangereux. Inébranlables.

- Tu n'oserais pas, siffla finalement l'esclave, avant de grogner lorsque le poignet d'Ichigo tourna légèrement, refermant l'étau du collier sur sa gorge. Ce n'était pas suffisant pour l'étrangler ou le blesser. Mais la matière appuyait désormais sur son cou et le gênait ouvertement, ne serait-ce que pour déglutir. Quelque chose de très désagréable en soi.

Il serra les dents et détourna le regard. La poigne se desserra immédiatement et les soins reprirent. En silence. Deux fois en moins de vingt-quatre heures qu'il était obligé de se soumettre. Voila qui ne lui plaisait pas beaucoup.

- Je suis désolé, Sosuke, finit par souffler Ichigo, contrit.
- Tu parles. Tu ne regrettes rien du tout.

Le jeune homme encaissa mais ne répondit pas, et le silence retomba dans la pièce. Finalement, il se redressa. Il avait terminé de passer la pommade. Puis, avec un marmonnement, il se mit en tête de refermer la chemise avant de se déplacer. Il s'assit au bord du lit alors que Sosuke y resta allongé, son regard braqué sur le plafond. Aucun des deux ne bougea, jusqu'à ce qu'Ichigo se laisse lentement retomber en arrière. Il se mit en travers, afin de pouvoir poser sa tête sur le ventre de son esclave, sans que celui-ci ne bronche.

- Tu es impossible, tu le sais ça ? souffla-t-il.

Il ne reçut aucune réponse. Aizen avait fermé les yeux et l'ignorait. Tout simplement. Il attendait probablement qu'il se lasse et le laisse tranquille. Ou Peut-être s'était-il endormi ? Il n'insista pas, et garda cette position après avoir fermé à son tour les yeux.


Merci de m'avoir lu !
Suite au prochain épisode !