Master and Slave

Disclaimer: Les personnages de Bleach ne m'appartiennent pas! Ils sont à Tite Kubo.
Miwa, Etsuko, Eliandre, Zephiel et Seijuro sont à moi! ^^ et j'y tiens beaucoup.

Note: Je m'excuse par avance s'il y a un peu de OOC...
Merci à Frasyl et Scorpio-no-Caro pour la bêta-lecture !

Pour des raisons pratiques, j'ai aligné la vie japonaise à celle occidentale. Comprenez donc par là par exemple, qu'une année scolaire va, dans ma fic, de Septembre à Juin (Alors qu'en réalité, une année scolaire japonaise débute en Avril et se termine en Mars) et que la majorité est fixée à dix-huit ans (et non vingt)


Les notes et le blabla de l'auteur: Mhhh... Comment dire, mon idée de concours est un peu tombé à l'eau. C'est une sacré claque mais je m'en remettrai xD. Tant pis.

Le prochain chapitre aura peut être quelques jours de retards. En effet, j'attaque une semaine et demie de partiels, et avec un mémoire à terminé pour le premier juin, mon temps d'écriture ... frise actuellement le zéro absolu.

Oui, on ne rigole pas, en master.

Néanmoins pas de panique: si retard il y a, ça ne sera que de quelques jours x)


Les reviews anonymes:

Sunny: Aizen est une terreur ahah. Et il a pas finit d'en faire baver ;D

Trinity07: Le passé d'Aizen sera révélé dans un futur chapitre :)
Quand à tes suppositions... Ah je suis assez embêtée pour répondre, mais il y a du vrai, et du moins vrai :p *réponse floue, je sais*

Anon: Merci à toi pour tes compliments ;)

Lynn: Ichigo ne rencontrera pas les anciens maîtres d'Aizen, mais Sosuke reparlera d'eux prochainement ;)
Quand à ses intentions... Disons qu'actuellement, il est en phase de test, et qu'il agira quand il aura toutes les cartes en main.
(rhaa c'est dur de répondre sans spoiler! )


- En disant aux gens que ce qu'ils font est mal ? Au mieux on te rira au nez, au pire on te prendra pour un fou. Et dans tous les cas tu ne réussiras qu'à décrédibiliser ta famille. Et crois moi, elle n'a pas besoin que son fils héritier tire dans ses propres genoux.
- Mais…
- Tu es bien trop impulsif. Tu joues contre ton propre camp sans le savoir. Commence par apprendre à te modérer. Ensuite, je t'apprendrai à attaquer.

Ichigo resta coi alors que son esclave disparaissait sans un bruit. Il resta ainsi un moment immobile, à cogiter ce qui venait de lui être dit. Il ne trouva le sommeil que tard dans la nuit et avec énormément de difficultés.

Livre I – Un simple jeu
Chapitre 11

Ichigo fut réveillé le lendemain par un verre d'eau gentiment versé sur son visage. Outre le hoquet de surprise qui répondit au geste, s'ensuivit une forte quinte de toux : l'eau s'était infiltrée entre ses lèvres et par son nez, et il avait avalé de travers. Remis de ses émotions, il fusilla du regard le coupable, Aizen, bien entendu, qui se contenta d'un sourire amusé.

- C'est pour hier, chantonna t-il, afin de se justifier.
- 'Foiré ! lui répondit son maître d'une voix cassée, avant de se remettre à tousser.

D'un seul coup bien réveillé, le jeune homme se redressa pour débuter un duel avec l'aîné, qu'il finit par perdre, étant un peu plus faible que lui sur le plan physique. Coincé entre l'esclave et le matelas, vexé de sa défaite, il se défit de la poigne de l'adulte avant de partir se préparer sous le ricanement de Sosuke.

La tempête de neige s'étant calmée, il était donc logique que les activités de la journée tournent autour de l'épais manteau blanc qui était tombé sur la région. Les filles préférèrent rester en dehors des batailles de boules de neige, construisant lentement mais surement le traditionnel bonhomme sous les instructions de Miwa. Ichigo d'ailleurs, s'attira ses foudres lorsque l'un de ses projectiles la toucha accidentellement. Il soupçonnait d'ailleurs Eliandre, qu'il visait au départ, de s'être placé devant elle exprès.
Ce fut un prétexte bien trop beau pour la jeune femme que d'exiger qu'il l'aide en contrepartie à finir leur projet de sculpture. Las des insinuations de cette dernière quand il s'y plia, et de sa manière de s'accrocher à son bras (et c'était franchement pas pratique lorsqu'on voulait manipuler la neige), il profita d'être éloigné des autres garçons et filles afin de mettre les choses au clair avec elle. Du moins tenta-t-il de lui faire comprendre gentiment qu'il n'était pas intéressé. Mais Miwa se vexa. Vraiment.

Il ne s'en formalisa pas quand elle passa du regard mort d'amour à une hostilité palpable. Il trouva simplement dommage qu'elle n'ait pas adopté le même comportement qu'Orihime. Pour le coup il se crut revenu quelques jours en arrière, lorsqu'il l'avait rencontré pour la première fois. Quand il en avait parlé à mi-mots avec Ishida, celui-ci lui avait assuré que ça n'était que passager et que Miwa ne tarderait pas à se calmer. Il en doutait. En tout cas il fut désigné comme son « larbin officiel » pour le reste de la journée et il n'apprécia que moyennement.

En réponse, il adopta le même comportement que Sosuke à son égard. L'ignorer, peut être moins dédaigneusement que son esclave, ou la rembarrer quand elle lui donnait des ordres. Puisqu'elle semblait s'acharner contre eux deux, il fallait bien se serrer les coudes et Aizen se fit un plaisir de lui expliquer comment l'énerver, et il devait se rendre à l'évidence : ça fonctionnait plutôt bien. Il observa ainsi l'adulte manœuvrer, en hésitant sérieusement entre sourire ou s'inquiéter qu'une telle attitude ne lui vaille, tôt ou tard, de gros soucis. Il supposait qu'il savait ce qu'il faisait.
L'art d'exécuter un ordre sans pour autant donner satisfaction… C'est-à-dire : renverser le verre de vin chaud demandé d'un geste ô combien maladroit, sur elle de préférence, ou broyer les épaules en serrant trop fort lorsqu'elle exigea (oui, exigea) un massage pour lui permettre de s'en remettre. Et nier en bloc quand tombaient les reproches. Et de toute aussi mauvaise foi, après un regard vers le responsable, il appuya les excuses vaseuses d'Aizen lorsqu'elle se retournait contre lui. Il se doutait bien que c'était ce qu'il attendait de lui.

Il intercepta Uryû suite au diner, après qu'une énième dispute ait éclaté. C'était fou comme un esclave quelque peu récalcitrant se retrouvait immédiatement la cible, par envie de le voir ployer, de l'humilier et/ou de se sentir supérieur. Mais ça commençait à être lassant pour Aizen, pour lui, d'autant qu'il ne voyait pas Sosuke se comporter de façon spécialement agressive et ça plombait la semaine censée leur permettre de se détendre. Alors c'était bien joli de lui dire que c'était à son esclave de faire des efforts, mais pas que.
Ainsi imposa-t-il au maître des lieux le fait que l'adulte resterait désormais avec lui, tout le temps. Devant l'air franchement sceptique d'Ishida, il se justifia en précisant qu'étant son maître il était le seul à avoir un semblant d'autorité sur lui et qu'il était celui qui devait « subir ». Autorité était un bien grand mot, il préféra taire que c'était plutôt un accord tacite passé entre deux, mais le Quincy s'inclina à cette requête, sans trop chercher.

Aizen se montra beaucoup moins ravi quand il apprit la nouvelle, lorsqu'il le rejoignit dans sa chambre et que l'adolescent lui expliqua qu'il dormirait également avec lui. Il ne fit pas de commentaire : leur discussion tourna court, au vu de la bonne volonté évidente dont il faisait preuve. Ichigo fut le premier à aller se coucher. L'adulte resta un instant à la fenêtre à regarder en contrebas et il n'avait pas bougé lorsqu'il s'endormit.
Quand il rouvrit les yeux, ce fut dans un sursaut. Il se retrouva assis sur le matelas, la respiration hachée et en sueur suite à un cauchemar. Même s'il avait du mal à s'en souvenir, il lui laissa une sensation désagréable dans l'estomac. Il se concentra pour rattraper des bribes de souvenirs… mais rien ne lui revint. Contrarié, il se recoucha.

La chambre était plongée dans la pénombre : quelques rayons de soleil tapaient contre les volets de la pièce et permettaient de pouvoir distinguer ce qu'il y avait. Difficilement, certes, mais c'était possible. Il devait encore être tôt. Pourtant il ne referma pas les paupières tout de suite. Il avait tourné la tête et devant lui se trouvait le visage endormi de Sosuke. Avec précaution il bougea pour se mettre sur le flanc, afin de pouvoir l'observer un peu mieux mais vu qu'il faisait encore pas mal sombre…
Allongé sur le dos, l'esclave avait tourné la tête vers lui, mais il restait trop loin pour qu'il puisse le toucher. La dernière fois qu'il avait vu ses traits aussi détendus c'était… le premier matin lorsqu'il l'avait surpris endormi également… Décidément. Aizen s'était placé vraiment au bord du lit et il était persuadé que s'il le poussait un peu, il le ferait tomber. Ichigo s'empêcha à temps d'éclater de rire à cette pensée puis il soupira, avant de sursauter en voyant les sourcils se froncer. Il n'eut pas le temps de simuler un quelconque sommeil que le regard perçant se posait sur lui.

Ils restèrent immobile un temps, simplement à s'observer. De toute façon, quand il avait ouvert la bouche, Sosuke avait fait remonter un de ses doigts devant ses lèvres pour lui intimer le silence. Il avait refermé la bouche dans un léger claquement avant de se remettre sur le dos avec un soupir, fixant le plafond. Impossible pour lui de se rendormir maintenant. Il préféra laisser son esprit vagabonder à sa guise parce que, soyons honnête, il ne s'imaginait pas du tout s'amuser à compter le nombre de moutons d'un troupeau inexistant. Malgré lui, il dériva vers la personne allongée à ses côtés (et Dieu seul savait à quel point c'était étrange de dire ça). Il laissa échapper un sifflement agacé. Qu'avait-il à revenir sans cesse sur lui ? Il lui causait déjà suffisamment de tracas pour lui épargner de venir, en plus, squatter son subconscient. Encore !

Ce n'est qu'en entendant un bruissement et en sentant quelque chose sur la paume de sa main, laissée à côté de l'oreiller, qu'il tourna de nouveau la tête. Aizen venait de se mettre sur le ventre et avait étiré son bras jusqu'à lui. La sensation provenait des doigts qui couraient sur sa paume. Passer la surprise, l'étudiant avait réalisé que l'esclave traçait quelque chose. Et il fronça les sourcils pour tenter de déchiffrer les mots qui étaient lentement esquissés.

- Quelque chose te tracasse.

Le « pourquoi diable communiquait-il de cette façon au lieu de parler tout simplement ? » fut un mystère supplémentaire qu'Ichigo rajouta à la liste déjà longue du comportement de l'adulte. Ce dernier semblait s'en amuser, redoublant d'effort pour trouver quelque chose qui le plongerait dans la confusion la plus totale. Le rouquin eut un rictus, avant de bouger ses propres doigts sur le poignet qu'il pouvait atteindre, pour l'imiter, jouant le jeu. Il n'était plus à ça prés.

- Ça ne te regarde pas.
- Ne sois pas de mauvais poil de si bon matin.

Ichigo grogna, bougeant pour tourner le dos à Sosuke. Que voulait-il qu'il lui dise de toute façon… Qu'il avait un mauvais pressentiment sur la journée à venir, qu'il avait hâte de rentrer en réalité pour être vraiment tranquille ? Il n'avait certainement pas envie de se retrouver face aux remarques sarcastiques dont il avait le secret. Pas cette fois. En clair, que, n'ayant pas ses heures de sommeil, il était de très mauvaise humeur.
Il sursauta en sentant les doigts de l'adulte revenir se poser au milieu de son dos, qui lui envoya une décharge dans toute la colonne vertébrale malgré le tee-shirt qu'il portait. Il frissonna, avant de se raidir, de serrer les dents et de crisper ses doigts sur le drap.

- Pour l'amour du ciel Sosuke, pas maintenant ! Fous-moi la paix !

Il regretta ses paroles sitôt qu'elles furent sorties de sa bouche. Aizen ne daigna pas répondre, mais la présence de la main disparue instantanément. Il se mordit la lèvre inférieure, culpabilisant déjà de l'avoir repoussé alors que, pour une fois, il venait vers lui de son propre chef et semblait s'inquiéter un minimum pour lui. Il se retourna au bout de quelques minutes : l'esclave était resté dans la même position, ayant simplement refermé ses bras sur l'oreiller après avoir clos à moitié ses yeux. Il resta silencieux lorsqu'il l'appela à voix basse et l'étudiant retint un soupir. Avec précaution, il tendit à son tour le bras pour atteindre son dos, traçant quelques symboles avant de se repositionner correctement jusqu'à ce que le sommeil ne le fauche.

- Je suis désolé.

Lorsqu'il se réveilla pour la seconde fois et qu'il redressa la tête, ce fut à cause d'une douleur aigue sur son flanc gauche. Le temps qu'il se réveille tout à fait, il réalisa qu'il s'était ostensiblement rapproché d'Aizen, jusqu'à passer un bras en travers du dos et poser sa tête sur l'épaule. Et la douleur… c'était sa peluche, dont la main était passée au dessus pour le pincer. Sûrement pour lui faire comprendre ce qu'il pouvait bien penser de cette position.
Ses joues se mirent à le brûler légèrement et c'était un euphémisme. Son visage entier était devenu rouge vif. Heureusement pour lui que l'adulte ne pouvait actuellement pas le voir. Cela ne l'empêcha pas de se faire plus impatient, agacé de son manque flagrant de réaction alors qu'il le sentait éveillé.

- Bouge.

Ichigo eut un sursaut à ce rappel à l'ordre et cligna plusieurs fois des yeux avant de se redresser vivement, gêné. Aizen n'attendit pas plus longtemps pour se lever et disparaitre dans la salle de bain, avant que l'adolescent ne change d'avis. Le jeune homme resta un moment assis sur le lit puis finit par se préparer et quitta la chambre sans un bruit.

La journée lui sembla horriblement longue et ennuyeuse. Morne. L'activité l'intéressa à un point qu'il ne s'en souvint même pas, une fois la soirée arrivée. Il tenta juste de donner le change lorsqu'Orihime, Uryû et d'autres invités vinrent lui parler un peu. Par contre, il nota sans peine que Sosuke avait été absent pendant toute la journée et il lui vint à l'esprit que ça devait être en grande partie de sa faute, lui et sa saute d'humeur. Avec le fait d'éviter le clan des « Maîtres », oui aussi.
Il avait finit par secouer la tête. Il fallait vraiment qu'il arrête de penser à lui à longueur de journée et à se demander où il avait encore pu se fourrer. Et pour cela… vivement la fin de la semaine, qu'il puisse enfin arrêter de se faire du souci.

Il s'était attendu à pouvoir s'expliquer avec lui le soir même, seulement… Aizen s'amusa à jouer au fantôme cette journée là, comme par hasard, et si Ichigo resta un moment à l'attendre, il finit par partir à sa recherche en jurant. Il ne pouvait définitivement pas laisser les choses ainsi. S'expliquer, même si c'était pour faire face aux commentaires (justifiés, pour une fois !) de son aîné. Sur le chemin il croisa Ishida, qui lui souligna, perplexe, que son esclave avait mis les bouchées doubles aujourd'hui.
Ichigo hésita un court instant avant de lui demander s'il n'avait pas une petite idée de où il pouvait bien être actuellement. Uryû sembla réfléchir un moment avant de lui indiquer la transition entre la maison et les jardins : l'engawa. Il hésita et fit un détour pour récupérer sa veste et celle de son esclave, sachant pertinemment que s'il le trouvait bel et bien à cet endroit là, il serait en train de se geler. Il aurait pu le parier : gagné.

Il ouvrit sans un bruit le shoji et observa un temps la haute stature assise à quelques pas à peine de lui. L'une de ses jambes était repliée, l'autre tendue, son pied posé dans la neige. Heureusement il n'y avait pas de vent, même s'il ne semblait pas vraiment avoir froid. Alors il franchit la distance qui le séparait et laissa une des vestes tomber sur ses épaules.
Sosuke sursauta légèrement, et releva un peu la tête pour l'observer avant de reprendre sa position première. Sans un mot, Ichigo s'assit et vint coller son dos au sien. Il ne vit pas l'expression de douleur fugace que prit le visage de l'esclave et qui disparue en un éclair. Ils ne parlèrent pas de suite, perdant du temps à attendre que l'autre fasse le premier pas.

- Je m'inquiétais tu sais, finit par se décider Ichigo, d'une voix basse.
- Tss, je sors un peu quand il n'y a personne, ça m'évite les ennuis, expliqua Aizen avant de reprendre, moqueur. Mais je croyais que tu serais heureux d'avoir la paix.
- Je suis désolé… Tu ne m'as pas habitué à ce genre d'attitude que je pensais que tu te moquais encore de moi.

Ichigo rentra légèrement la tête dans les épaules, renfrogné. Sosuke ne lui répondant pas, il bougea un peu afin de s'assoir en tailleur et referma ses bras sur lui pour tenter de gagner un peu de chaleur. A chacun de ses souffles il pouvait voir de la condensation se former et disparaitre quelques secondes plus tard. Un temps normal pour une moitié d'hiver en somme.

- On va attraper froid si on reste ici.
- Eh bien pars, je ne te retiens pas.

L'étudiant renifla mais ne bougea pas et ferma à demi les yeux alors qu'il se laissait aller un peu plus contre l'esclave qui grogna. Mécontent sans doute, ça il connaissait bien. Le silence retomba entre eux pour quelques minutes.

- J'ai… Un mauvais pressentiment qui ne me quitte pas et que je n'arrive pas à définir…

Il se heurta de nouveau à l'attitude glaciale d'Aizen. Il ne s'en préoccupa pas et secoua la tête avant de recommencer à parler pour eux deux. Tout pour échapper à la lourde ambiance qui régnait entre eux deux, et pour cela il ne fallait pas qu'il fasse d'arrêt. Même si sa voix était à peine audible, un simple chuchotement que rien ne couvrait. Mais Sosuke l'écoutait. Attentivement.

- C'est …ça, qui me perturbait hier… J'en fais même des cauchemars. Mais…, Ichigo eut un soupir, haussant les épaules comme pour chasser la fin de sa phrase : Il est arrivé quelque chose aujourd'hui ?
- …Non, lui répondit Aizen, semblant perplexe : absolument rien.
- Alors j'espère me tromper.

L'adolescent baissa la tête, de nouveau soucieux. Derrière lui, l'esclave bougea légèrement pour prendre une position plus confortable. Il soupira lorsque l'étudiant tourna la tête vers lui et colla, du coup, sa joue contre son épaule. Il n'eut même pas envie de rire lorsqu'Ichigo lui avoua que ce qu'il lui avait prédit par rapport à cette semaine s'était réalisé… Il sentit le poids sur son dos disparaitre et il releva une nouvelle fois la tête quand une main passa dans son champ de vision.

- Viens. Rentrons, fit le maître, penché au dessus de lui.

Il y eut un instant de flottement, avant que Sosuke ne s'empare de la main tendue d'Ichigo qui l'aida à se redresser. L'étudiant eut un léger sourire avant de le relâcher et de faire demi-tour, sachant que l'adulte le suivrait. Aizen le fit effectivement, un air satisfait sur son visage : il avait finalement réussi à obtenir une certaine confiance de la part du jeune homme. Certes, ce n'était pas difficile, puisqu'il était relativement ouvert, mais cette relation plutôt complice lui était favorable. Son maître baissait sa garde. Peut-être était-il temps qu'il passe à l'étape suivante.

Ce fut avec un plaisir extrême que le plus jeune retrouva sa chambre où il se débarrassa de sa veste et de son tee-shirt en quatrième vitesse pour s'écrouler sur le lit, à plat ventre et le visage enfouit dans l'oreiller. Plus modéré, l'adulte prit le temps de poser son manteau avant de le rejoindre et de mettre avec un sourire mauvais sa main glacée sur le dos offert à lui. Sans trop de surprise Ichigo glapit et se redressa vivement pour échapper à la sensation désagréable. Aizen ignora le regard assassin qu'il reçut et s'allongea sur le dos. Pour la peine l'étudiant se laissa retomber sur lui de tout son poids, haussant un sourcil au grognement de douleur qui fit écho à son geste.

- Ça va ?
- Comme quelqu'un qui vient de prendre un centaine de kilos dans l'estomac.
- T'exagères ! Je ne suis pas si lourd. Et tu ne te plains pas d'habitude.
- Comme si ça servait à quelque chose !


C'est dépité, qu'Ichigo baissa le nez vers les cinq cartes qu'il avait en main. Qui était l'abruti qui avait proposé de jouer au poker aujourd'hui ? Parce qu'il devait bien se rendre à l'évidence : il était mauvais à ce jeu de bluff. Quoi qu'il était parvenu à rester dans la moyenne mais il ne se leurrait pas. C'était uniquement par chance.

Son regard glissa vers Uryû, à sa gauche, concentré sur son jeu et Chad à quelques centimètres de lui qui faisait office de croupier. Lentement il dériva pour observer les autres joueurs : la plupart était comme lui, à examiner leurs adversaires pour tenter de deviner les jeux et agir en conséquence. Certains semblaient plutôt mal à l'aise, comme Orihime ou Rukia qui devaient adorer cette activité autant que lui. Seijuro par contre semblait plus absorbé par son esclave assise sur ses genoux et qu'il caressait sans pudeur que par le reste.
Il détourna le regard, les joues légèrement rouges. Tiens en parlant d'esclave… Ses yeux se baissèrent sur le sien, actuellement vautré sur lui. Oui, vautré, il n'y avait pas d'autre terme. Il avait dû se faire violence pour ne pas prendre un air aussi estomaqué que ses collègues lorsque Sosuke était venu s'assoir sur lui, contre lui, les bras autour de sa taille et le visage sur son épaule. Puisqu'il était plus grand, cette position lui valait d'être dans un équilibre précaire, et Ichigo avait dû passer son bras en travers des épaules pour l'aider.

Quelque peu déboussolé, il devina bien qu'il avait une idée derrière la tête (c'était obligé ! C'était impensable qu'il soit aussi… câlin… sans arrières pensées !) Il en avait profité pour passer ses doigts dans la chevelure, par réflexe. Du coup c'était l'adulte qui tenait ses cartes. Sa main libre, il en avait besoin pour jouer, et elle reposait sur la cuisse d'Aizen le reste du temps.

Comme si ce genre de situation, et de position, était normale entre eux deux…

Sans blague. Il sentait bien le corps du plus grand crispé contre le sien mais il n'avait rien dit. Aizen pouvait être un formidable comédien quand il s'y mettait. Restait juste à savoir la cause de tout ce cirque. Remarque, ce n'était pas vraiment comme s'il se plaignait de cette nouvelle situation. C'était quand même ce qu'il recherchait depuis le début…
Encore plus désespéré par ses réflexions, il joua au hasard lorsque vint son tour. Sans surprise il perdit et son visage se fit blasé un instant alors qu'Ishida se mettait à rire sous cape en vu de son expression actuelle. Heureusement qu'il n'y avait pas de réelle mise, parce qu'il aurait probablement déjà perdu une petite fortune. Il eut un léger sursaut en sentant quelque chose se glisser sous son tee-shirt pour se poser sur sa hanche et il fronça légèrement les sourcils alors qu'était distribué une nouvelle main aux huit joueurs : Miwa et Etsuko, arrivées en retard, se contentaient de regarder.

- Tout va bien, Kurosaki ?
- Ah, oui… Oui Ishida, ne t'en fais pas.

Celui-ci haussa les épaules, et l'adolescent récupéra ses cartes en même temps que les autres joueurs. Il s'empêcha de baisser la tête vers le responsable de cette sensation, avant de comprendre qu'il employait simplement la même technique qu'il y a quelques jours pour communiquer avec lui, à défaut de pouvoir utiliser sa voix. Vu le silence de mort qui régnait dans la pièce en même temps, c'était beaucoup plus discret. La pensée que son esclave ait pu prévoir la situation lui traversa l'esprit. Ce qui signifiait donc qu'il savait qu'ils allaient se retrouver dans une situation où ils ne pourraient pas parler ?
… Nan, impossible… Si ?

- Ce que tu peux être mauvais.

L'étudiant grogna à cette réflexion et fronça les sourcils, ce que les autres interprétèrent comme un indice sur le jeu qu'il pouvait tenir en main et réagissant en conséquence. Merci, non franchement, il n'aurait jamais pu le deviner seul, ça. Alors d'accord, si Sosuke commençait à s'amuser à ce petit jeu, c'était tout vu : il était fou-tu.

- Change les deux cartes de droite.

Comme pour appuyer ses dires, le plus grand posa sa main à plat sur sa hanche et replia les doigts correspondant aux dites cartes. Un peu prit de court puisque c'était déjà à lui de jouer, il décida de suivre (au point où il en était de toute façon) et récupéra deux nouvelles cartes qu'il laissa à l'appréciation du plus âgé. Il y eut un blanc, avant que Sosuke ne trace un nouveau mot sur sa peau.

- Relance.

Il jouait à l'aveugle, ne devinait pas de quelle manière raisonnait son esclave, où sur quoi il pouvait bien se baser afin de lui donner ses indications. Il décida de lui faire confiance et ce pour deux bonnes raisons : la première est qu'Aizen était sans doute bien meilleur que lui et quitte à continuer, autant que ce soit lui qui joue. La deuxième, parce qu'il se retrouvait au rang de spectateur et que, mine de rien, il préférait largement cette position à celle de joueur.
Pour la mise actuelle, il rafla tous les jetons et offrit un sourire gêné aux autres participants. Et les parties s'enchainèrent ainsi. Lui faisant semblant de s'intéresser un minimum et Aizen lui donnant toutes les indications nécessaires. Oh il tenta de comprendre comment il pouvait bien s'y prendre, mais quand il pensait avoir, enfin, compris… non en fait. Il se plantait. Et comme il demeurait aussi perplexe que les autres joueurs en ce qui concernait son jeu, il était peu probable que ses adversaires parviennent à deviner quoi que ce soit.

En même temps ils se concentraient sur la mauvaise personne. L'esclave n'affichait seulement qu'un petit sourire, l'habituel, qu'il ne pouvait voir. Et comme sa main était glissée sous le tissu, Miwa, la seule personne susceptible de remarquer quelque chose, ne le prendrait surement que comme une caresse de sa part. Rien d'anormal donc.

- Bien joué Kurosaki. J'ignorais qu'on pouvait s'améliorer en aussi peu de temps.
- Hm… C'est que… Il a fallu que j'assimile les règles…
- C'était la première fois que tu jouais ?
- C'est si étonnant que ça ? Je dois aussi avoir la chance du débutant !

Tout à sa discussion, il ne fit pas attention à ce que lui transmettait Sosuke, qui finit par le pincer légèrement pour le rappeler à l'ordre. L'adolescent se renfrogna mais capitula et se replongea dans le jeu. Les parties s'enchainèrent jusqu'à lasser les participants qui stoppèrent les uns après les autres. Ichigo fut trop content de pouvoir arrêter et reposa ses cartes. Aizen retira immédiatement sa main, devenue inutile, et Ichigo le laissa remuer afin de trouver une position plus confortable pour lui. Même s'il avait cru dans un premier temps qu'il se serait relevé aussitôt.
En réalité l'adulte ne le quitta qu'un peu avant le repas du soir, et il le retrouva sans surprise dans sa chambre lorsqu'il la rejoignit quelques heures plus tard. Allongé, il ouvrit un œil quand l'adolescent atteignit le bord du lit.

- Merci…

L'esclave hocha la tête d'un air entendu, alors que le jeune homme se laissait tomber assis à côté de lui puis se coucha à son tour. Il y eut quelques minutes de vide. Un silence complice entre les deux hommes, le premier depuis la demi-année qu'ils avaient passée ensemble. Ichigo laissa un léger sourire étirer ses lèvres, ravie de voir que les choses s'amélioraient entre eux lentement, mais sûrement. Et il avait bon espoir.

- Il faudra que tu me dises comment jouer correctement.
- Je t'ai déjà expliqué la démarche.
- Qu'est ce que tu veux dire ?
- Le poker est un jeu où il faut tromper ses adversaires. Or, rien qu'en t'observant on peu savoir plus ou moins ce que tu as dans les mains. Vise d'abord à te maîtriser.

L'adolescent ne pu que laisser échapper un léger « oh » gêné. Il y eut un blanc, durant lequel Ichigo repensa vaguement à leur petit jeu de l'après midi. Il finit par se concentrer de nouveau sur Aizen qui avait fermé les yeux et croisé les bras derrière sa tête. Une puissance tranquille et rassurante pour celui qui se savait être sous sa protection. Si loin de lui et de son énergie survoltée.

- En tout cas, y'a pas que moi que tu as déstabilisé.

L'étudiant parti à rire, incapable de se retenir et Sosuke lui-même eut un léger sourire. Lui aussi avait bien vu les différentes expressions qui s'étaient posées sur lui. Et s'en était délecté. Il aurait également pu rester derrière le siège, utilisant le haut du dos comme écritoire, puisqu'Ichigo ne se collait jamais totalement aux dossiers, il l'avait déjà remarqué à leur appartement. Le maître aurait été tout aussi surpris de le sentir se servir de ses épaules pour communiquer.
Mais utiliser ce genre de position, malgré l'inconfort passager pour lui, était aussi un moyen de tester les limites du jeune homme. Et ce dernier ne devait sans doute pas savoir qu'il avait « réussi » face à la communication que l'esclave avait délibérément transformée en caresses légères quelquefois. Il s'était d'ailleurs étonné de ne pas avoir constaté de réaction physique autre que celle, instantanée, des muscles sous ses doigts.

Non, il était resté… admirablement stoïque… Il devait bien le reconnaitre.

Il avait fini par mettre ça sur le fait que l'héritier Kurosaki avait la tête bien trop préoccupée à donner le change avec ses adversaires pour s'occuper d'autre chose. Et quelque part c'était dommage, il aurait absolument adoré voir la réaction de l'étudiant s'il avait pu le lui ressortir pour l'ennuyer. Il ne lui vint pas à l'esprit que si le jeune homme n'avait pas réagi, c'était qu'il n'avait même pas pensé à cette éventualité.

- N'y prends pas goût, c'était exceptionnel.
- Ce n'est pas vraiment comme si je m'attendais à ce que tu me dises le contraire.

Ichigo inspira, fermant les yeux sous la tranquillité qui s'installa dans la pièce. Il sentit bien Sosuke remuer un peu mais n'y prêta pas attention. Au moins ces sept jours passés ici n'auront pas été totalement inutiles. Il faudrait qu'il pense à faire ses bagages demain histoire de ne pas être pris au dépourvu et se retrouver à agir dans l'urgence. Comme d'habitude.

- J'ai hâte d'être à demain, qu'on s'en aille d'ici, lui souffla Aizen
- Oui… Pour retourner à la demeure familiale.
- Ô joie, ironisa l'adulte. Dire que ça m'était sorti de l'esprit.

Quand Ichigo s'endormit, ce fut avec un léger sourire aux lèvres. Etonnamment, son mauvais pressentiment de la veille lui était totalement sorti de la tête. Il était pourtant toujours présent mais la sensation s'était atténuée avec les évènements de la journée. Maintenant qu'ils arrivaient à la fin de ce séjour, il espérait qu'il n'y avait plus aucune raison d'avoir une quelconque inquiétude. Même s'il ne comptait pas couper les ponts avec Ishida… Eh bien… Disons qu'à l'avenir il déclinerait poliment les futures invitations, s'il y en avait…

Alors comment expliquer ce nœud à l'estomac, lorsqu'il se réveilla le lendemain matin. Même Sosuke lui fit la remarque qu'il semblait plus pâle que d'habitude. Il tacha de reprendre une attitude normale alors qu'il rejoignait le reste des invités. Aizen le quitta en chemin en lui disant qu'il se porterait bien mieux s'il ne voyait aucune tête. Ce n'est pas exactement comme s'il y avait une quelconque activité aujourd'hui, c'était plus des discussions sans logique qui venaient au rythme des interventions. Un moyen de clôturer la semaine, puisque les invités repartiraient tous un par un au cours de l'après-midi. D'ailleurs, il ne devait pas oublier qu'il avait offert à Orihime de la ramener chez elle et qu'elle avait acceptée.

Cette dernière lui avait d'ailleurs proposée de remonter pour préparer leurs valises, chose qu'il avait totalement oubliée au demeurant. Quelle ne fut pas sa surprise donc, de voir celles-ci déjà closes et gentiment posée sur le lit qu'il avait occupé cette semaine. Il ne lui fut pas très difficile de trouver qui était derrière tout ça et vu que cela faisait peu de temps qu'il était parti, Aizen devait se trouver dans le coin.

- Inoue, je te laisse. Je dois d'abord retrouver Sosuke.
- Attends, je t'accompagne.

L'adolescent secoua la tête mais la laissa le suivre. De son esclave, point de trace, malgré leurs recherches. Ils croisèrent Chad qui secoua la tête sans répondre lorsqu'il lui demanda s'il l'avait aperçu. Et Ichigo commençait à se demander ce qui se tramait quand il rencontra Uryû, visiblement de très mauvaise humeur. Il aurait pourtant cru que la présence d'Orihime à ses côtés l'obligerait à masquer ses pensées. Même pas.

- Un problème, Ishida ?
- Je viens de le résoudre en réalité.
- Alors pourquoi cet air maussade ?

La question d'Orihime sembla l'ennuyer quelque peu, et le Quincy détourna les yeux, avant de se passer une main dans les cheveux en essayant de reprendre une certaine contenance. Ichigo croisa les bras, tout aussi intéressé par la réponse que la jeune femme. Uryû finit par laisser échapper un soupir agacé, avouant.

- J'ai croisé ton esclave Kurosaki. Sauf que cette fois j'ai eu le dernier mot… En quelque sorte.
- T'as réussi à moucher Sosuke ? Bah ça, j'aurais cru que tu serais un peu plus joyeux.
- Je dois reconnaitre que c'est une forte tête, jusqu'au bout il n'aura absolument rien dit.
- Hein ? Mais attends, tu ne viens pas de me dire que…

La voix du jeune homme mourut toute seule alors qu'une petite pensée, sournoise, lui souffla que ce n'était peut être pas ce qu'il croyait. Devant lui, Ishida croisa les bras, attendant certainement qu'il se décide à terminer la phrase qu'il avait commencée, neutre. Il n'entendit pas Orihime l'appeler doucement, aussi inquiète que lui.

- Où est-il ?
- Ne te préoccupe pas de…
- Ishida, où est-il ?


Et voila!
On conclura l'épisode du manoir Ishida avec le prochain chapitre \o/ et les révélations qui vont avec!

Merci de m'avoir lu!
Rendez vous pour le prochain chapitre!