PDV Lana

Kara : Donc tu vas vraiment partir dans un jeu de drague avec elle ?

Environ un mois après le Jingle Ball, je me retrouve dans mon atelier plus par principe que parce que j'ai du travail. Je n'ai rien à faire en vrai, juste que j'avais envie de venir parce que je me sens toujours mieux au milieu des différents tissus et matériaux. Kara est venue me rejoindre dès que je l'ai appelé. Elle repart en tournage dans deux semaines alors je profite du temps qu'il nous reste autant que faire se peut.

Moi : C'était le plan.

Kara : Mais… comment vous saurez qui a gagné ?

Moi : Celle qui craque en première a perdu.

Kara : C'est stupide, l'une de vous va finir par se reprendre tout en pleine gueule.

Moi : Qu'est-ce que tu insinues ?

Kara : Que ce sera toi.

Moi : Je ne suis pas habituée à la défaite.

Kara : Ne t'inquiète pas, tu sauras bientôt quel goût ça a.

J'allais pour lui répondre quand je reçois un appel sur ma ligne professionnelle. Je prends donc le combiné en main et répond. Même si je ne suis pas officiellement en train de travailler, on ne sait jamais. Peut-être que c'est important. La conversation ne dure pas plus d'une minute avec très peu d'échange pour ma part. Je raccroche vite, refaisant face à Kara.

Kara : Qu'est-ce qu'il se passe ?

Moi : On vient de m'annoncer une cliente.

Kara : Je peux te laisser si tu veux.

Moi : Oh non, tu restes !

Kara : Tu ne la supportes pas ou quoi ?

Moi : Ce n'est pas ça. Je veux juste que tu la rencontres.

Kara : Je la connais ?

Moi : C'est…

Je suis interrompue par des coups frappés à la porte et je souris d'avance, me doutant déjà de la réaction de Kara face à ma fameuse cliente, et vice-versa. Je vais donc ouvrir avec un peu plus d'entrain que d'habitude.

Moi : Lucy, entre !

Lucy : (entre) J'ai absolument besoin de ton aide. J'ai besoin d'une robe en fait. Pour une première de film. Mon ex sera là-bas et il faut que je l'impressionne.

Moi : Une robe qui en mette plein la vue donc. Autre chose ?

Lucy : Le cavalier qui va avec ?

Moi : (rire) Tu rêves. Oh, j'ai de la visite. J'espère que ça ne te dérange pas.

Lucy : Non, pas du tout.

C'est à ce moment que le regard de Lucy croise celui de Kara et elles se figent toutes les deux. Enfin… je me doute que Kara est complètement paralysée depuis le début. Je me décide à les ignorer et à aller me servir un verre de cidre que je sirote tranquillement en les observant. Sauf qu'elles ne réagissent toujours pas et que ça en devient frustrant.

Moi : Vous comptez faire ça toute la journée ?

Lucy : Quoi ? Oh, non… (tend sa main) Lucy Prescott.

Kara : Je sais. (rougit) Je veux dire… (serre la main de Lucy) Kara. Kara Morton.

Lucy : (sourire) Je sais.

Moi : (marmonne) Je vais avoir besoin d'un autre verre moi. (me sers) Donc Lucy, quelle genre de robe tu voudrais exactement ?

Lucy : Je n'y ai pas vraiment réfléchi en fait.

Kara : (marmonne) Drapée et échancrée.

Je crois que Kara elle-même n'a pas réalisé qu'elle parlait à voix haute. En tout cas, je l'ai entendu très clairement et, si j'en juge par l'expression de Lucy, elle aussi n'a eu aucun mal à comprendre. Je me décide alors à pousser un peu Kara pour qu'elle se rende compte de ce qu'elle vient de dire.

Moi : Drapée et échancrée ?

Kara : (gênée) Qui a dit ça ? Moi ? Non, t'as du rêvé… Mais c'est une bonne idée, tu devrais le faire.

Lucy : (rire) On t'a clairement entendu Kara.

Kara : (rougit) Non, je veux dire… T'as de jolies jambes et tu devrais… les montrer. Si tu veux vraiment faire baver ton ex. (réalise ce qu'elle dit) Vous savez quoi ? Faites comme si je n'avais rien dit. C'est ça, je ne suis pas là, d'accord ?

Je m'efforce de garder un air impassible et sérieux mais ça s'avère très difficile quand Kara se met à triturer ses lunettes à nouveau. Je pense que Lucy doit trouver ça aussi adorable que moi parce qu'elle se mordille doucement la lèvre inférieur sans quitter Kara des yeux. Il est temps que j'intervienne moi.

Moi : Si vous voulez bien arrêter de me dévier de mon travail…

Lucy : Oui, pardon. (à moi) On disait donc drapée et échancrée parce que j'ai des jolies jambes et que je devrais les montrer si je veux vraiment faire baver mon ex.

Moi : (sourire) Clairement.

Lucy : (à Kara) Ta couleur préférée ?

Kara : Hum… (fronce les sourcils) Bleu.

Lucy : (me regarde) Drapée, échancrée et bustier de préférence. En bleu, pour le 16.

Moi : C'est noté. Tu as d'autres choses de prévues cette après-midi ?

Lucy : Non, pourquoi ?

Moi : Faire un simple croquis ne me prendra pas plus d'une heure ou deux. Tu pourras repasser pour valider tout ça.

Lucy : Très bien. T'as mon numéro de toute façon. Préviens-moi quand tu auras terminé.

Moi : Je le ferais.

Lucy : (sourire) A plus tard alors. (à Kara) Je suis contente d'avoir pu enfin te rencontrer.

Kara : Moi aussi.

Je crois surtout que Kara ne réalise pas encore ce qui lui arrive. Elle suit Lucy du regard quand cette dernière quitte la pièce et je surprend même Kara à rester fixée sur la porte quand Lucy la referme derrière elle.

Moi : Tu devrais la rattraper.

Kara : Quoi ? Pourquoi ?

Moi : Parce qu'elle est libre toute l'après-midi et qu'elle connaît très mal New-York. Ce qui n'est pas ton cas puisque tu vis ici.

Kara : Et je lui dis quoi ?

Moi : Tu l'invites à boire un café, tu lui parles de ton obsession pour les chiots et de ton amour inconditionnel pour les donuts. Je ne sais pas mais fais quelque chose Kara. Une fille comme ça ne reste pas sur le marché très longtemps.

Kara : Je le sais ça.

Moi : Donc ?

Kara : Ouais, j'y vais.

Et en un coup de vent elle vient elle aussi de franchir la porte. Je souris, satisfaite de moi-même. J'exige d'être demoiselle d'honneur au mariage.

PDV Kara

L'ascenseur est déjà reparti avec à son bord, sans doute, Lucy. Bon, je n'ai plus qu'à prendre les escaliers en quatrième vitesse et à espérer réussir à la rattraper. Je descends alors en courant, me sentant presque pousser des ailes tellement je vais vite. Et je ne sens même pas la fatigue en plus de ça, parlez de prendre une bonne dose d'adrénaline. En tout cas, quand j'arrive au rez-de-chaussée, je constate que j'ai été suffisamment rapide. Lucy sort à peine de l'ascenseur donc je l'appelle histoire qu'elle ne me glisse pas entre les doigts. Quand elle m'entends, elle s'arrête et se tourne vers moi. Je la rejoins alors rapidement, encore un peu essoufflée après une course aussi effrénée.

Lucy : (rire) Aurais-tu couru pour me rattraper ?

Moi : Qui, moi ? Non, j'ai juste… Ok ouais, j'ai couru.

Lucy : (sourire) Dans ce cas il doit forcément y avoir une raison valable à cela. N'est-ce pas ?

Moi : En effet. Disons que, maintenant que Lana a de nouveau un projet, je viens de me faire griller mon après-midi avec elle.

Lucy : Désolée.

Moi : Oh non, j'ai déjà trouvé un moyen pour que tu te fasses pardonner.

Lucy : (lève un sourcil) Ah vraiment ?

Moi : Oui. Je t'annonce officiellement que tu es ma nouvelle victime.

Lucy : Ce qui veut dire ?

Moi : Que ça va être à toi de me tenir compagnie maintenant.

Lucy : Donc, en gros, tu me kidnappes ?

Moi : (sourire) Ce n'est pas du kidnapping si tu es consentante.

Lucy : Très bien dans ce cas. Qu'est-ce que tu proposes ?

Moi : J'ai bien besoin d'un café.

Avec un sourire, elle accepte finalement de me suivre. J'essaye de ne pas trop la fixer même si ça s'avère très dur. On parle de Lucy Prescott là. Elle est magnifique, intelligente et, oh bordel, elle sent terriblement bon. Ok, c'est quoi ces pensées Kara ? Il faut absolument que je me concentre sur autre chose.

Moi : Comment ça t'est venu la danse ?

Lucy : Ma mère était danseuse de ballet. Puis elle a été professeur de danse à la l'Académie des Arts d'Hartford. Je ne sais pas quand j'ai eu le déclic, je ne sais même pas s'il y en a vraiment eu un pour être honnête. J'ai juste toujours aimé ça et maintenant c'est en plus la seule chose qu'il me reste de ma mère.

Moi : Elle comptait beaucoup pour toi.

Lucy : Énormément. Elle me voyait elle, là où mon père n'avait d'yeux que pour ma sœur.

Moi : Si ça peut te rassurer, moi je n'ai d'yeux que pour toi. (réalise ce que je viens de dire) Ok, ça sonnait tellement mieux dans ma tête.

Lucy : (rire) T'es adorable, tu le sais ça ?

Moi : Tu trouves ?

Pour une fois, je suis bien contente d'avoir décider de me lâcher les cheveux. Ils permettent au moins de cacher un minimum mes rougissements. Au moins j'ai gagné un de ses rires, c'est déjà ça de prit.

Lucy : T'en doutais encore ? Je sais que je suis loin d'être la seule à te l'avoir dit.

Moi : Peut-être bien.

Il n'empêche que j'ai toujours du mal à le croire. Lucy a raison pourtant, elle est loin d'être la première à me le dire. Pour commencer, mes fans me le répètent sans arrêt mais venant d'eux c'est encore différent. Je ne sais pas comment je dois le prendre dans ce contexte, honnêtement. 'Adorable', ça me met dans la catégorie friendzone ou j'ai encore une chance ? Bordel, je suis loin d'être douée pour ce genre de truc. Heureusement, la distraction parfaite s'offre à moi vue qu'on arrive enfin au café que j'ai sélectionné. Je le lui indique alors et elle entre tandis que je jette un dernier coup d'œil alentour, juste au cas où on se ferait suivre depuis le début par des paparazzis. Évidemment, avec les rues bondées de New-York, il m'est impossible de voir quoi que ce soit alors je me contente de suivre Lucy à l'intérieur, advienne que pourra.

On s'installe à une table suffisamment éloignée de la baie vitrée et je peux remercier Lucy d'avoir choisi de s'installer ici plutôt qu'à la fenêtre. Même si je ne fais rien de mal présentement, je préférerais que ce moment reste privé.

Lucy : Tu viens souvent ici ?

Moi : C'est la première fois.

Lucy : Et tu as choisis un café végétalien parce que… ?

Moi : Parce que je suis exceptionnellement accompagnée d'une végétalienne.

Lucy : Comment tu l'as su ?

Moi : (sourire) J'ai mes sources.

Heureusement pour moi, elle ne me demande pas plus d'explication. Je n'ai pas franchement envie de m'étaler sur mon obsession pour elle. Oui, obsession, vous avez bien lu. Non mais comprenez-moi, elle est magnifique ! Adorablement petite avec un sourire aussi frais que le mien et des yeux d'une couleur indescriptible. J'ai toujours cru qu'ils étaient vert mais, maintenant que je la vois enfin de près, je me rends compte qu'ils sont d'un étrange mélange de bleu, gris, marron et vert. Sérieusement, comment c'est possible qu'elle ait toutes les couleurs en même temps ? Ce n'est pas juste. Je dis ça pour moi, parce que maintenant je suis condamnée à me perdre dans ses yeux, à essayer de noter chaque variation de teinte. Il faut absolument que je me distraie.

Moi : Sans vouloir être indiscrète mais… pourquoi ton ex t'inviterait à la première de son film ?

Lucy : Tu n'es pas indiscrète, je comprends que ça puisse paraître bizarre. Disons qu'on s'est séparés en bons thermes mais, surtout, je pense qu'il veut étaler sa réussite et sa nouvelle petite amie devant moi.

Moi : (marmonne) Crétin.

Lucy : (rire) Voilà qui est terriblement vrai.

On interrompt brièvement notre conversation le temps que le serveur prenne notre commande et j'en profite également pour me reconditionner. Il faut que je garde mon objectif en tête. Peut-être que Lana a raison et que j'ai une chance avec Lucy et je ne vais certainement pas la gâcher maintenant. Lucy me tire de mes pensées en continuant notre conversation précédente.

Lucy : C'est aussi pour ça que je voulais y aller accompagnée, pour qu'il voit que je m'en sors très bien sans lui.

Moi : En quoi c'est un problème si tu es seule ? Je veux dire… tu n'as besoin de personne pour réussir non ? Et le célibat a du bon.

Lucy : Je ne dis pas le contraire, juste… ça fait plus d'un an maintenant. Le célibat oui, mais jusqu'à un certain point.

Moi : C'est compréhensible.

Lucy : Et votre vie sentimentale à vous, Kara Morton ?

Moi : Inexistante.

Lucy : Tu plaisantes j'espère.

Moi : Pas du tout.

Lucy : Il n'y a personne qui t'intéresse ?

Moi : Je n'ai pas dit ça. Je dis juste que ça n'a aucune chance d'aboutir… pour l'instant.

Lucy : Je t'avouerais que je suis curieuse. Depuis le début de ta carrière on ne t'a connu aucune relation, c'est un peu surprenant.

Moi : Surprenant ? Pourquoi ?

Lucy : Pour tout un tas de raison. Beaucoup trop pour toutes les énumérer ici.

Moi : Je suis déjà bien assez occupée sans avoir à rajouter une relation dans l'équation.

Le serveur nous ramène alors notre commande, interrompant une nouvelle fois notre conversation. J'essaye rapidement de trouver un autre sujet à aborder, ne voulant pas trop m'étaler sur ma vie sentimentale. Inexistante, c'est vrai mais, surtout, je n'ai pas vraiment envie d'être découverte. Si Lucy venait à savoir que j'ai un petit béguin (la blague) pour elle, j'en mourrai probablement de honte. Essayons d'éviter ça.

Lucy : J'espère que tu as remarqué que le serveur te dévorait du regard.

Moi : Quoi ? Vraiment ?

Lucy : (rire) Ok, le fait que tu sois toujours célibataire n'est plus vraiment un mystère à présent. Tu es totalement inconsciente de l'effet que tu as.

Moi : Je n'ai pas l'habitude de… d'attirer l'attention.

Lucy : C'est pourtant le cas.

Est-ce qu'elle me drague ? C'est de la drague là, on est bien d'accord ? Oh bordel, Kara ? Respire. En plus je dois être en train de rougir de malade en ce moment ! Et, dès que je tente un regard vers Lucy, mon cœur accélère à la vue de son sourire. Je vous ai déjà dit à quel point il est beau ? Ouais, probablement.

Lucy : J'aimerais te demander quelque chose… et je ne veux pas que tu le prennes mal ou quoi que ce soit… C'est juste… une idée… comme ça.

Moi : (rire) Oh donc maintenant c'est à ton tour d'être gênée ?

Lucy : Attends de voir ce que j'ai à te demander, tu comprendras.

Moi : Dis-moi alors.

Lucy : J'aimerais que tu m'accompagnes à la première.

Moi : Que je sois ta cavalière ?

Lucy : Oui.

Moi : Ce n'est pas comme si c'était la première fois...

Lucy : Est-ce que j'ai envie de savoir ?

Moi : Lana est partie dans un jeu de drague avec son ex et je l'ai aidé à la rendre jalouse. Disons que c'est dans mes cordes mais…

Lucy : Je comprends parfaitement que ça puisse te paraître déplacer. C'est vrai, on se connaît à peine et…

Moi : (la coupe) Ça n'a rien à voir avec toi, Lucy. Juste que les rumeurs risquent de s'affoler.

Lucy : Ça t'impactera plus que moi.

Moi : Je marche.

Lucy : (surprise) Vraiment ?

Moi : Il va juste falloir établir des limites. Personnellement j'ai l'habitude de prétendre, c'est mon métier. Il est surtout question de savoir jusqu'où tu es prête à aller.

Lucy : Je ne pense pas qu'il sera nécessaire d'aller jusqu'à s'embrasser, si c'est ça qui t'inquiète.

Moi : Je suis actrice, tu me donnes le script et je joue.

Lucy : Eh bien pour une fois je te demande d'improviser.

Moi : (sourire) Je sais faire ça aussi.

Ça me paraît presque surnaturel ce qu'il m'arrive. Ok bon, je suis là et l'occasion est parfaite pour Lucy. Quitte à devoir se pointer à cette première avec un partenaire sorti de nul part, autant prendre quelqu'un qui sache prétendre. Et c'est mon cas. Maintenant j'ai quand même un peu de mal à croire qu'elle ne connaisse aucun autre acteur, surtout sachant que son ex en est un.

Moi : Quelle est ta couleur préférée ?

Lucy : (rire) D'où sort cette question ?

Moi : Tu connais la mienne, je veux juste égaliser les choses.

Lucy : Ok, admettons. J'adore le rouge et le mauve et, comme je suis incapable de choisir, je dirais le bordeaux, le mélange parfait entre les deux.

Moi : Pourquoi prendre ta robe en bleu alors ?

Lucy : Parce que je n'avais vraiment aucune idée de ce que je voulais. Heureusement que tu étais là pour m'aider.

Moi : Lana aurait trouvé quoi faire de toute façon.

Lucy : Parce que c'est son travail.

J'ai beaucoup de mal à suivre la conversation actuelle, que j'ai lancée d'ailleurs, je suis toujours un peu sous le choc de ce qu'il vient de se passer. Au fil des minutes, la réalité s'impose à moi. Je vais me rendre sur un tapis rouge avec Lucy. Je ne sais même pas où maintenant que j'y pense. Je ne sais rien à part que c'est le 16, donc dans quelques jours, et ça ne m'aide pas grandement. Il va me falloir les détails si je veux convaincre Chyler que c'est une bonne idée de m'y rendre. Je fais donc part de mes interrogations à Lucy et elle y répond sans plus tarder. J'essaye de bien mémoriser tous les détails histoire de ne pas être prise au dépourvu. L'heure de rendez-vous, le lieu, les personnalités qui s'y rendront… et maintenant que j'y pense, il va falloir que je trouve quoi mettre moi aussi. Bon, je n'ai plus qu'à demander à Lana, tant qu'on y est.

Parlant d'elle, elle vient tout juste de contacter Lucy, nous informant qu'elle a fini les croquis. On finit donc nos cafés et on quitte l'établissement, reprenant la direction des locaux Goreski. Je ne sais pas si c'est moi qui suis déréglée ou si le temps est vraiment en train d'accélérer, en tout cas tout passe plus vite quand je suis avec Lucy. Ça doit être moi. Vue que je suis trop occupée à la fixer, je ne remarque rien d'autre et il aura fallu qu'on entre dans l'ascenseur de l'immeuble pour que je réalise la distance qu'on a parcouru. Mais je me garde bien d'en parler, non merci. Je n'ai pas envie d'avoir l'air obsédée… même si je le suis un peu au fond.

Lana : Votre sortie a été agréable j'espère.

Lucy : Très.

Je ne peux m'empêcher de rougir encore en entendant ça. Je dois bien avouer que même dans mes rêves les plus fous je n'avais jamais envisagé de passer un moment avec elle, encore moins un qui paraisse aussi naturel. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais c'est comme si je la reconnaissais plus que la découvrais. Assez étrange comme truc.

Lana : J'ai eu le temps d'esquisser quelques idées de mon côté. (tend une feuille à Lucy) Juste une ébauche, il est tout à fait envisageable de la retravailler.

Lucy : Ça ira, je ne veux pas te surcharger de travail.

Lana : Je ne suis pas surchargée.

Lucy : Tu le seras parce qu'il va falloir une tenue pour ma cavalière.

Lana : Laisse-moi deviner… (me regarde)

Moi : C'est si évident ?

Lana : Non, mais j'avais prévu le coup. Je t'ai dessiné quelque chose aussi. Bien sûr je me souviens de la seule règle que tu m'imposes : tailleurs en période de froid.

Lucy : Comment tu as su que je lui demanderai ?

Lana : (sourire) Je suis très perspicace. Maintenant, si tout vous convient je vais commencer à travailler dessus dès demain. Là il est trop tard et j'ai faim. Un resto ?

Lucy : Je te suis.

Moi : Tu sais très bien que je ne refuse jamais quand il s'agit de nourriture.

Lana : Très bien dans ce cas, allons-y.

Lana prend donc les devants dès qu'elle a verrouillé l'atelier derrière nous. Tout ce qu'il vient de se passer me paraît encore être sorti tout droit d'un rêve et je crois que je ne vais réaliser que demain matin, quand je me réveillerai pour me rendre compte que c'est bien la réalité.

PDV Shane

Généralement, quand je prends des photos, se sont des commandes pour un magazine ou une revue. Mais il m'arrive très souvent d'en prendre des plus personnelles que j'expose alors dans quelque galerie qui l'accepte. Aujourd'hui, c'est à New-York que j'expose. Je suis rentrée tout juste ce matin et j'ai beau être un peu décalée au niveau horaire, je suis très heureuse d'être là. J'aime voir les sentiments que mes photos réveillent chez les visiteurs. Je scanne leurs visages à la recherche d'appréciation quelconque jusqu'à ce que je repère une tête blonde familière. Je viens alors m'approcher silencieusement d'elle et je ne peux m'empêcher de sourire en voyant la photo sur laquelle elle a jeté son dévolu. Comme je n'ai pas encore été repérer, j'en profite pour prendre une photo (comme c'est surprenant) de Jen afin de l'envoyer à ma chère sœur jumelle qui est encore tant accro à la blonde. Si, si, je vous jure qu'elle l'est peu importe ce qu'elle-même en dira.

Moi : C'est l'une de mes préférées.

Jennifer : Moi aussi.

Moi : Tu n'as pas vu les autres.

Jennifer : Pas besoin.

Elle me fait alors enfin face, un grand sourire affiché sur son visage, et elle me prend dans ses bras. Je ne l'ai pas vu depuis tellement longtemps que je m'étais presque persuadée qu'elle en avait oublié mon existence.

Jennifer : Tu m'as manquée.

Moi : Toi aussi Jen.

Elle s'écarte alors de moi et semblait sur le point d'entamer une conversation quand une jeune femme nous rejoint. Apparemment, elle connaît Jennifer.

? : Ces photos sont une pure merveille.

Moi : (sourire) Merci.

Elle se tourne alors vers moi et semble comme perplexe. Elle me regarde intensément, l'air de vouloir assembler un quelconque puzzle dans son esprit.

? : Lana ?

Moi : Aïe, loupé.

Jennifer : O' je te présente Shane Lovato, la sœur jumelle de Lana et la photographe. Shane je te présente ma collègue légiste et mon amie, Olivia Wilde.

Olivia : Je comprends mieux.

Moi : Enchantée, Olivia. Mais j'en conclu que tu as rencontré Lana.

Jennifer : Le mois dernier. Au Jingle Ball.

Moi : Ah oui ? Je l'ignorais... Ma merveilleuse sœur à oublier de me le dire. Je n'ai malheureusement pas pu y assister, j'étais en Italie.

Jennifer : Tu n'as rien loupé, à part une dispute et un règlement de compte. Sinon... L'Italie, hein ?

Moi : Ouais, c'est magnifique !

Olivia : Tu es allée où ?

Moi : Atrani, Burano, Venise, Rome, évidemment.

Olivia : Je connais bien Atrani.

Jennifer : Ah oui ?

Olivia : Mes parents avaient une maison de vacances, là-bas. On y allait chaque vacances !

Moi : C'est un village magnifique ! (à Jen) Je viens d'avoir une idée de dingue !

Jennifer : (murmure) Oh non... (à Shane) Dis-moi.

Moi : (sourire sadique) C'est une surprise.

Ellipse…

Il est très tard quand la galerie ferme ses portes, plus de 22h. Mais je sais que Wyatt ne m'en voudra pas de l'appeler à une heure pareille. Il m'en voudrait plus si je ne l'appelais pas du tout. Comme prévu, après seulement quelques sonneries il répond.

Wyatt : Hey Babe.

Moi : Bonsoir. Je ne te dérange pas j'espère ?

Wyatt : Je ne suis pas de service ce soir, je suis tout à toi.

Moi : Tu me manques.

Wyatt : Mais tu rentres demain, pas vrai ?

Moi : Oui.

Wyatt : Dans ce cas c'est officiel, tu ne me manqueras plus que pour 16 petites heures. Je pense que c'est surmontable après deux semaines sans te voir.

Moi : Peut-être que je devrais me fixer.

Wyatt : Shane, non. Tu adores travailler à l'international. Je ne veux pas que tu arrêtes à cause de moi.

Moi : Je sais mais…

J'hésite. Il y a plein des choses qu'on peut dire par téléphone et tant d'autres qu'on ne peut pas. Ce que j'ai à lui annoncer c'est typiquement le genre de nouvelle qui doit se dire en face.

Wyatt : Qu'est-ce qu'il y a ?

Moi : Ce n'est pas important.

Wyatt : Tout ce qui te concerne est important pour moi et tu le sais pertinemment.

Moi : Oui. Mais je suis presque certaine que tu préférerais que je te le dise en face toi aussi.

Wyatt : Je croyais que ce n'était pas important ? Pourquoi ne pas me le dire tout de suite dans ce cas ?

Moi : C'est important, ce que je voulais dire c'est que ce n'est rien de grave.

Wyatt : Tu le promets ?

Moi : Promis.

Wyatt : Et tu me diras tout dès que tu seras rentrée ?

Moi : Dès que j'aurais franchi la porte si tu es tellement impatient.

Wyatt : Je suis juste impatient que tu rentres, le reste est secondaire.

Moi : Je serais là avant même que tu ne t'en rendes compte.

Wyatt : Ça j'en doute.

Moi : On verra bien.

Wyatt : Shane ?

Moi : Mmh-mmh ?

Wyatt : Je t'aime.

Moi : (sourire) Je t'aime aussi.

Wyatt : Dans ce cas je peux tenir jusqu'à demain.

Moi : Moi aussi. (soupire) Je vais devoir te laisser, la journée a été longue.

Wyatt : Bien sûr, repose-toi mon ange.

Moi : A demain.

Wyatt : A demain.

Je raccroche juste à temps pour héler un taxi. Ma destination est peut-être en dehors de New-York mais je suis prête à y mettre le prix donc il accepte de m'emmener. Comme je suis partie pour au moins une heure et demi de route, je m'autorise à me reposer un petit peu. Je suis impatiente de surprendre Wyatt. Il pense que je suis à Brasília et que je dois prendre mon avion demain matin. Sauf que cette opportunité d'exposer mes photos est arrivée à l'improviste, j'ai accepté et j'ai décidé de ne rien dire à Wyatt. Il s'en serait voulu de ne pas pouvoir venir à cause de son boulot et, dans un même temps, je peux ainsi lui faire une belle surprise en rentrant à l'improviste une demi-journée plus tôt que prévu… et avec une grande nouvelle à lui annoncer.

Ellipse…

Je viens tout juste d'ouvrir la porte de notre appartement et mon regard tombe immédiatement sur lui. Je ne peux empêcher un sourire de se former sur mon visage tandis que je cours me jeter dans ses bras. Je me suis toujours sentie bien dans ses étreintes, comme protégée et à ma place. Pourtant, bien vite il s'écarte de moi, juste assez longtemps pour venir m'embrasser avec toute la passion qu'il possède. Son baiser m'étourdit et j'en oublie tout l'espace de quelques secondes.

Wyatt : (murmure contre mes lèvres) Tu disais que tu rentrais demain.

Moi : Surprise.

Wyatt : Une très belle surprise.

Je pensais qu'il allait continuer de m'embrasser ou, peut-être, me questionner sur cette fameuse annonce que j'ai à lui faire. Mais il se contente de me porter jusqu'à la chambre et de m'allonger sur le lit.

Wyatt : Il faut que tu dormes, tu es épuisée.

Moi : J'avais quelque chose à te dire d'abord. Je suis rentrée plus tôt à cause de ça.

Wyatt : (caresse ma joue) Dis-moi.

Moi : Je suis enceinte.