PDV Lana
Moi : Ok, on est à l'aéroport maintenant, tu vas me le dire ?
Shane : Non.
Moi : Ne m'oblige pas à te supplier.
Shane : Économise ta salive et garde ta dignité parce que ça ne marchera de toute façon pas.
Moi : Je n'aurais jamais dû accepter.
Wyatt : Tu n'aurais jamais réussi à dire non à Shane.
Moi : Je sais et c'est ça qui m'énerve le plus ! Dis-moi au moins quand le jet décolle !
Shane : Ils commencent l'embarquement dans 10 minutes. En attendant, tu vas te calmer parce que tu commences sérieusement à me taper sur le système.
Moi : (sourire) Pour pas changer.
Shane : (marmonne) Qu'est-ce qu'elle fait ?
Moi : De qui tu parles ?
Shane : Personne.
Moi : Tu ne sais absolument pas mentir hermanita.
Shane : Arrête avec ça !
Moi : (sourire) Non.
Wyatt : Eh bien, ça promet. Une semaine comme ça avec vous deux ?
Shane : Et Jen !
Moi : Pardon ?!
Shane : (réalise son erreur) Et merde.
Moi : Jen va venir avec nous ? Comment j'ai fait pour ne pas voir ça venir ? Tu nous avais demandé à toutes les deux quand on avant nos vacances ! Comment j'ai pu passé à côté de ça ?
Shane : (sourire) Faut croire que tu t'es faite avoir pour une fois sœurette.
Moi : Oh toi n'en rajoute pas ! (m'éloigne)
Shane : Tu vas où ?
Moi : (me retourne) J'ai encore une chance d'échapper à ça.
? : Et moi qui croyais que fuir n'était pas ton genre.
Évidemment, timing parfait Mlle Jauregui. Bon bah, je peux oublier mes tentatives pour m'échapper. Même si la perspective de passer une semaine avec Jen ne me réjouie que moyennement, je vais devoir y faire face.
Moi : Toujours en retard, Mlle Jauregui.
Jen : Je l'attendais celle-là.
Shane : Tant d'amour, ça me fout la larme à l'œil.
Wyatt : Génial, vous allez me la faire pleurer.
Jen : Ce n'était pas mon intention.
Moi : Mais c'est un effet secondaire assez plaisant.
Wyatt : Parle pour toi.
Shane : Au lieu de parler sur ce foutu aéroport, est-ce que nous pouvons monter dans cet avion de malheur ?
Lana : Hermanita, se met en rogne.
Shane : (montant dans l'avion) Oh et toi arrête avec ce surnom !
Lana : Tu peux toujours courir.
Moi : Tu travailles ta sympathie, c'est cool. On va s'amuser, je le sens.
Je me contente de lui lancer un de mes fameux regards 'made in Gomez'. Ouais, le genre de regard que Selena lance à Demi et qui la font taire dans la seconde. Apparemment ça marche sur Jen aussi parce qu'elle ne dit plus rien et on monte en silence dans l'avion. Je sens que ce voyage ne va pas être de tout repos.
Ellipse… Premier jour…
Une fois arrivés à destination, j'essaye désespérément de deviner où on se trouve. Shane ne nous a toujours rien dit. Elle aurait pu sérieusement ! On était dans un jet sans aucune échappatoire possible, plus moyen de reculer là. Alors pourquoi elle n'a toujours pas craché le morceau ? Et ce n'est pas avec le paysage avoisinant l'aéroport que je vais avoir un quelconque indice. Cette situation commence à vraiment m'agacer.
Moi : Je suppose qu'on a encore de la route devant nous ?
Shane : T'as tout compris. Moins d'une demi-heure cela dit. J'ai loué une voiture pour que ce soit plus simple.
Moi : Une seule ?
Shane : Crois-moi, on n'en aura pas tellement besoin vu l'endroit où on va séjourner. Maintenant allons-y, il est presque midi et Jen va commencer à avoir faim.
Jen : C'est déjà le cas.
Moi : Je te jure que ton appétit rivalise avec celui de Kara. Et ce n'est pas un compliment.
Je crois que Jen n'a toujours pas compris que Kara n'est vraiment qu'une amie. Je dis ça parce qu'un éclair de jalousie traverse ses yeux quand je prononce son nom. Sérieusement, elle en est encore là ?
Après plusieurs minutes passées dans l'agence de location de voiture établie juste en face de l'aéroport, on peut enfin monter dans la voiture que Shane a loué après y avoir déposer nos bagages. Elle sait au moins choisir ses véhicules avec goût, en témoigne la berline noire, classe et élégante. C'est Wyatt qui prend le volant parce que, vous savez, supériorité masculine au volant. Enfin peu importe, je ne suis clairement pas d'humeur à contester ce choix. Je veux juste pouvoir poser mes valises dans l'appart' que ma sœur a loué pour la semaine et être enfin un peu au calme.
Wyatt : On n'avait toujours pas fini notre petite conversation.
Shane : (soupire) Tu ne vas pas t'y remettre ! On a encore un peu plus de 7 mois pour y réfléchir. Pourquoi faudrait-il absolument trouver un prénom maintenant ?
Wyatt : Parce que ça passe très vite 7 mois et, connaissant le fort caractère des Lovato, il va nous falloir au moins ce temps là pour ne serait-ce que se mettre d'accord alors…
Shane : Le fort caractère des Lovato ? Chéri, je crois que tu me confonds avec Lana pour le coup.
Moi : Hey !
Jen : Elle a raison ma jolie et tu le sais.
Moi : Oh crois-moi, Shane a l'air vachement innocente comme ça au premier abord mais elle est capable de belles crises elle aussi. Pas vrai hermanita ?
Shane : Ne commence pas Lana.
Wyatt : Dans quoi je me suis embarqué moi ?
Moi : Dans un sacré merdier, on ne va pas te le cacher.
Wyatt : Je commence à m'en apercevoir.
Shane : Mais non, ça va bien se passer.
Jen : Ton optimisme frôle la naïveté.
Shane : Et pourtant il va bien falloir que vous appreniez à vous supporter si vous comptez vous marier un jour.
Moi : Qui a parlé de mariage ?
Shane : Moi.
Jen : On n'est même pas ensemble !
Shane : (sourire) Pour l'instant.
Moi : Et ton mariage à toi il est quand ?
Shane : (regarde Wyatt) Bonne question.
Wyatt : Pourquoi ça me retombe dessus subitement ?
Shane : Parce que c'est toi le père de mon enfant. Maintenant si tu ne veux pas te marier, je peux toujours demander à Jen. Elle a un faible pour les Lovato.
Jen : Quand tu veux.
Wyatt : Avant de faire des plans sur la comète, vous pourriez au moins me laisser me défendre non ? (à Shane) Je n'ai jamais dit que je ne veux pas me marier, je dis juste que la question ne s'était jamais posée avant et d'un coup tu viens avec ça.
Shane : Parce que c'est l'étape logique.
Wyatt : Je sais et, crois-moi, je me suis déjà fait à l'idée que je serais coincée avec toi à vie.
Shane : (faussement choquée) Pardon ?
Jen : Estime-toi heureux, t'es pas tombé sur la pire.
Moi : Ça veut dire quoi ça ?
Jen : Exactement ce que tu crois que ça veut dire.
Moi : Je te ferais remarquer que je me suis assagie avec l'âge.
Shane : (rire) Dans tes rêves.
Moi : Quoi ? C'est vrai !
Shane : Rappelle-moi qui a giflé un des députés du Congrès ?
Moi : Il a essayé de me peloter en public, excuse-moi d'avoir suffisamment d'amour propre pour ne pas me laisser faire par un vieillard lubrique. J'ai l'âge d'être sa petite fille !
Jen : Attends, quoi ?!
Moi : Longue histoire.
Jen : Je dois arrêter quelqu'un ? Non parce que New-York est peut-être en-dehors de ma juridiction mais je peux toujours m'arranger.
Shane : La sauveuse est de retour !
Moi : (sourire) Je vois ça.
Mon regard croise alors celui de Jen et, malgré toute ma bonne volonté, je m'y perds sans réserve. Je peux affirmer le contraire autant que je le veux, elle a toujours ce genre de pouvoir sur moi.
Mes pensées sont interrompues quand on arrive à destination. On s'arrête devant un vieux bâtiment haut de 4 étage, très bien entretenu et plein de charme avec ses colombages. Du coup, le raisonnement se fait dans ma tête. Soit on est à l'Ouest de l'Allemagne, soit à l'Est de la France. Quelques minutes plus tard, la confirmation se fait quand on rencontre la propriétaire des lieux et que je reconnais vaguement la langue qu'elle parle. France donc ? Bon choix j'ai envie de dire.
Après avoir récupéré les clés de l'appartement, on s'empresse d'investir les lieux à l'exception de Wyatt qui est allée mettre la voiture dans le garage mis à notre disposition. L'intérieur du logement est encore plus charmant que l'extérieur. Encore une fois, les poutres apparentes plutôt sombres offrent un très bon contraste avec les murs aux teintes claires. Le plafond, fait de bois également, a été agrémenté de peintures et moulures diverses. Tomette au sol à l'entrée et parquet pour la pièce à vivre, laquelle est partiellement ouverte sur la cuisine résolument moderne et vaste.
C'est à ce moment de la visite que Shane met en lumière un petit détail qu'elle avait « oublié » de mentionner jusqu'à présent. Il n'y a que deux chambres, sous-entendu que je dois en partager une avec Jen… pour une semaine complète ! J'ai de vague envie de meurtre mais je décide de passer outre. En effet, je ne sais pas si c'est l'endroit ou si je suis juste dans de bonnes dispositions, mais je me sens plus légère depuis qu'on a atterri. Peut-être la perspective de passer des vacances ici, loin de l'agitation de New-York. Honnêtement, j'ai hâte de pouvoir visiter un peu plus la ville. L'architecture me plaît déjà beaucoup, de même que la vue sur le canal qu'on a d'un côté de l'appart.
Donc, puisque je ne suis pas d'humeur à râler, je vais silencieusement poser mes valises dans la chambre, notant avec soulagement qu'elle dispose de deux lits, au moins. Je suis bien vite rejointe par Jen qui balance ses propres bagages près du lit que je n'ai pas investi.
Jen : Je pensais que tu protesterais.
Moi : Honnêtement, moi aussi. Mais je suis venue dans l'optique de passer des vacances au calme et c'est exactement ce que je compte faire. On va juste devoir partager une chambre ce qui veut dire qu'on ne va être l'une sur l'autre qu'un tiers de la journée. Je pense qu'on peut y survivre.
Jen : En effet. (se jette sur son lit) Qu'est-ce que tu penses du coin ?
Moi : J'ai juste hâte d'en voir plus, je sens que je vais adorer.
Jen : Ça risque d'arriver plus tôt que prévu. Je te rappelle qu'il est bientôt l'heure du déjeuner.
Moi : (sourire) C'est vrai, comment j'ai pu l'oublier ?
Jen : (se lève) Je vais aller jeter un coup d'œil au reste en attendant.
Moi : D'accord.
PDV Shane
Même si j'ai déjà investie la chambre « parentale », je ne déballe pas encore mes affaires. Je suis trop occupée à tendre l'oreille pour voir si Lana et Jen sont reparties dans leurs chamailleries. Tout est calme donc je suppose que ça se passe bien. De toute façon, je n'aurais pas pu y réfléchir plus longtemps puisque Wyatt est de retour.
Wyatt : Elles l'ont bien pris ?
Moi : Plutôt oui.
Wyatt : C'était tellement calme que je pensais qu'elles s'étaient déjà entre-tuées.
Moi : (rire) Nan, elles s'aiment trop pour ça, même si elles se refusent encore à l'avouer.
Wyatt : Je ne prendrais aucun risque personnellement.
Moi : Ça veut dire quoi ça ?
Wyatt : Que je ne vais pas m'amuser à les pousser à bout.
Moi : C'est compréhensible.
Je me perds alors dans le bleu de ses yeux et je crois qu'il remarque que je ne suis plus tout à fait présente mentalement. Alors, il s'approche de moi et vient doucement passer ses bras autour de ma taille. Je me laisse aller contre lui, savourant la chaleur réconfortante de son étreinte. J'en aurais presque réussi à oublier où nous sommes s'il n'y avait pas eu Jen et l'appel de son ventre.
Jen : Oh les amoureux ! Bougez-vous, il commence à se faire faim !
Moi : (marmonne) Jen.
Wyatt se contente de rire avant de s'écarter légèrement de moi. Il prend ma main dans la sienne et on rejoint alors Jen et Lana dans le salon.
PDV Lana
La ville est très animée et pour cause. C'est les périodes de fêtes et, d'après Shane, on est présentement dans la « Capitale de Noël » donc évidemment que leur marché annuel attire du monde. Mais ça ne m'empêche pas d'admirer les illuminations et l'architecture environnante. A New-York, et par extension pratiquement partout aux USA, les villes sont construites de manière très carré, littéralement. Ici, les rues n'ont aucune construction logique, elles sont sinueuses et les bâtiments qui les longent sont souvent biscornus. Exemple, je ne pensais qu'une maison entièrement en bois pouvait se trouver en plein cœur d'une métropole et pourtant… Nous sommes actuellement en plein cœur de la vieille ville, postés devant la cathédrale. De mon côté, j'ai presque immédiatement fait l'acquisition d'un guide touristique en anglais et je ne le lâche plus. Quoi ? Je n'étais pas préparé et j'aimerais bien comprendre ce que je vois merde !
Moi : C'est dingue. Ils ont posé les fondations de ce truc en 1015 !
Jen : Sérieusement, arrête avec le mode « guide touristique ».
Moi : Juste voir sans savoir c'est inutile. Et ça ne t'impressionne pas ?
Jen : De quoi ? T'as jamais l'Empire State Building ou quoi ?
Moi : Jen, ils ont commencé à construire la cathédrale bien avant d'avoir découvert les Amériques, et ils l'ont fini l'année même de sa découverte !
Jen : T'es en train de me dire qu'ils ont mis plus de 400 ans pour faire ça et qu'ils ne l'ont même pas fini ?
Moi : Elle est finie ! La preuve !
Jen : Il manque une flèche.
Moi : C'est une simple caractéristique qui la rend unique. Et je rappelle que tout ça a été fait à une époque où il n'existait aucune grue et où la sécurité des ouvriers devait être plus que précaire.
Jen : Ok, ok, si je dis que tu gagnes tu la fermes ?
Moi : (sourire) Certainement pas.
Jen : Oh et puis tu m'énerves.
Moi : Plus pour longtemps. Shane ! (elle se tourne vers moi) On va vous laisser entre amoureux, on se rejoint à l'appart pour le dîner.
Shane : Si tu le prépares.
Moi : Évidemment.
Shane : Alors faisons comme ça. Et ne vous perdez pas !
Jen : Avec Lana ça ne risque pas.
Moi : (sourire) Merci. (prends sa main) Maintenant viens.
Jen : Où est-ce que tu m'emmènes d'abord ? Pourquoi tu voulais qu'on soit seules ?
Moi : Je ne voulais pas qu'on soit seules, je voulais laisser les deux tourtereaux tranquilles pendant un temps. Et nous, on va boire du vin chaud.
Jen : Et si je te dis que je n'aimes pas le vin ?
Moi : Je te dirais qu'ils font aussi du jus de pommes et même du jus d'orange chaud.
Jen : (marmonne) Les Français sont bizarres.
Moi : (rire) Et tu n'as encore rien vu hermosa.
Jen : Ok, ça veut dire quoi ce mot exactement ?
Moi : Tu demanderas à ta mère.
Jen : Non mais je veux savoir si tu m'as insulté !
Moi : Si je voulais t'insulter Jen, je l'aurais fait ouvertement crois-moi.
Jen : Bon, et sinon il dit quoi ton guide sur ce qu'i manger ?
Moi : Évidemment là d'un coup quand il s'agit de nourriture ça va.
Jen : Dis-moi… s'il te plaît ?
Et je suis toujours aussi incapable de résister à sa bouille. Au final, on passe le reste de l'après-midi à ça. On mange toutes sortes de viennoiseries locales jusqu'à ce que je m'aperçoive de l'heure. Comme il faut aussi qu'on pense à remplir le garde-manger, Jen et moi nous chargeons de cela avant de rentrer. Dieu merci l'appartement est suffisamment à l'écart du marché pour qu'on soit tranquilles.
On vient tout juste de ranger toutes les courses quand je reçois un SMS de Shane me signifiant qu'ils sont sur le retour. Je me mets donc immédiatement à préparer le repas puisque Jen, non contente d'avoir avaler plus de pâtisseries qu'il n'en faut pour nourrir une famille entière, m'annonce qu'elle a déjà faim. Je retire ce que j'ai dis ce matin ; elle est pire que Kara.
Ellipse… Troisième jour…
PDV Lana
Apparemment, je suis de corvée cuisine pendant cette semaine donc me revoilà à préparer le dîner. Jen est dans notre chambre à faire je ne sais quoi et Shane s'occupe d'éditer les photos qu'elle a déjà prise afin de les envoyer à son employeur. Je me retrouve donc seule avec Wyatt et j'apprécie sa présence calme. Une fois que j'ai fini de tout préparer, je demande lui demande s'il veut bien mettre la table pendant que je rassemble le reste de notre petit groupe. Je vais d'abord prévenir Shane avant de me diriger vers la chambre que j'occupe avec Jen. J'allais pour toquer quand j'entends qu'elle est au téléphone et c'est l'énonciation de mon nom qui me fait m'arrêter en plein geste.
Jen : Et il y a Lana. (pause) Oui. (pause) Hein ? Si, si. Ça se passe super bien même. Je... Nous avons même passé une merveilleuse après-midi. (pause) Non ? Je... Il y a eu un moment ambiguë et je ne sais même pas combien de temps nous sommes restées là à nous regarder et elle était tellement magnifique, j'aurais du l'embrasser mais… (pause) J'ai eu peur. Beaucoup de choses se sont passé et j'ai également quelques petits soucis à régler. (pause) Sûrement. Mais tu sais avec ce qu'il s'est passer quand je suis rentrée à la criminel, ce type... J'en fait toujours des cauchemars alors commencer une relation sans pouvoir... Enfin tu vois. (pause) Tu as raison. Mais ma confiance s'est effritée alors que ce n'est pas de sa faute. (pause) Ouais, tu as sans doute raison. (pause)
C'est à ce moment que j'entre sans frapper et que je fais signe à Jen qu'on est prêts à passer à table. Puis je ressors de la pièce et je reste encore planter là à me demander si j'ai bien compris ce qu'elle disait. J'ai encore une chance ? Clairement oui puisqu'elle a admit vouloir m'embrasser. J'en ai eu envie aussi. J'aurais dû le faire, prendre les choses en main.
Perdue dans mes pensées, je l'entends tout de même saluer son interlocuteur. « Bisous » ? Elle vient vraiment de terminer son appel comme ça ? Et elle parlait à qui déjà ? Non mais calme-toi Lana ! C'est toi qu'elle veut embrasser alors déstresse ! Ok, c'est bon, je suis calme.
Ellipse… Pendant la nuit…
PDV Wyatt
J'ai toujours un peu de mal avec le décalage horaire. Ce n'est que 6h mais ça me bousille mon cycle de sommeil déjà plus que précaire. Ce n'est pas en étant pompier professionnel qu'on fait des nuits complètes régulièrement. En tout cas, rester dans le lit à attendre un sommeil qui ne vient pas commence à m'agacer alors je me lève et me dirige vers la cuisine. La lumière est éteinte et pourtant je retrouve Jennifer, assise sur le rebord de fenêtre à regarder le canal juste en face. Elle semble m'avoir entendu parce qu'elle se tourne vers moi. Je remarque alors également qu'elle tient une bouteille de bière en main.
Jennifer : Hey.
Moi : Hey. Impossible de dormir ?
Jennifer : Je n'ai pas franchement l'habitude du décalage horaire.
Moi : Moi non plus. Je n'ai que très rarement quitter la Pennsylvanie.
Jennifer : Il reste de la bière dans le réfrigérateur. Ce n'est pas de la Corona mais elle se boit.
Je comprends qu'elle m'invite implicitement à me joindre à elle alors je vais me saisir d'une bière, je prends une chaise et je m'installe près d'elle, admirant moi aussi la vue. Il a commencé à neiger et je me souviens alors qu'ils avaient prévu de sacré chutes pour cette nuit et toute la journée de demain.
Jennifer : J'adore la vue. C'est reposant et ça change de Boston.
Moi : C'est là que tu vies ?
Jennifer : Ouais, c'est bourré de monde et c'est toujours les mêmes immeubles gris et ternes fait de béton, de métal et de verre. Et puis on arrive ici, dans un autre grande ville, sauf qu'il y a un village perdu au milieu de tout ça.
Moi : On avait prévu de quitter un peu la ville demain, se perdre en campagne. S'il continue de neiger comme ça on pourra s'amuser comme il se doit.
Jennifer : (sourire) Bataille de boules de neige ?
Moi : Évidemment il faudra prendre les jumelles par surprise sinon on n'a aucune chance.
Jennifer : C'est vrai.
Un silence confortable s'installe alors que je me contente de siroter ma bière. Elle n'est vraiment pas si mal que ça, c'est vrai. Pas aussi forte qu'une Corona mais son goût légèrement plus fruité est loin d'être désagréable. Je profite du calme pour observer un peu Jennifer. Même si Shane m'a énormément parlé d'elle, c'est la première fois que je la rencontre. J'ai déjà un peu cerné le personnage. Elle me donne l'impression de s'être forgé une carapace pour la protéger de je ne sais quoi mais elle reste quand même relativement sociable et amusante. Pour reprendre les mots de Shane, c'est une adolescente coincée dans le corps d'une adulte.
Jennifer : Il y a une raison pour que tu me fixes comme ça ?
Moi : Je m'interroge.
Jennifer : Alors demande-moi, ça ira plus vite pour obtenir des réponses.
Moi : J'essayais de déterminer dans quoi tu pouvais bien travailler.
Jennifer : Je suis lieutenant dans la police de Boston. Toi t'es pompier, c'est ça ?
Moi : Impressionnant. Et oui, je suis capitaine.
Jennifer : Monsieur a des responsabilités.
Moi : Je pourrais dire la même chose pour toi.
Je sens bien que, malgré le nouveau silence qui s'installe, Jennifer a quelque chose à ajouter. Le fait qu'elle hésite à parler me laisse penser que ça doit être important ou grave et je suis bien vite fixé.
Jennifer : Fais attention à elle s'il te plaît.
Moi : Qui ?
Jennifer : Shane. Je l'ai déjà vu au plus bas et ce n'était pas joli. Je ne dis pas que tu ne l'aimes pas parce qu'il faudrait être totalement con pour penser ça. Je dis juste que ton métier n'est pas des plus… sécurisant.
Moi : Chaque jour je pense à faire autre chose, un boulot qui ne consistera pas à risquer ma vie mais… au final je ne me sens pas capable de quoi que ce soit d'autre.
Jennifer : Sois juste prudent, c'est tout.
Moi : Je le suis.
Ellipse… Quatrième jour…
PDV Lana
Nous voilà à présent en voiture à nous perdre un peu plus profondément dans la campagne alsacienne. Comme prévu, la neige n'a eu de cesse de tomber depuis le milieu de la nuit et le paysage vallonné est maintenant d'un blanc étincelant. On en a eu des chutes de neige à New-York, mais en ville elle paraît moins blanche étrangement. Là, même moi j'ai une envie irrépressible de retomber en enfance et d'aller me défouler dans le froid. Au final, on s'arrête dans un petit village isolé, lequel semble endormi voire complètement vide. On s'arrête sur la place principale et Shane nous indique un bâtiment où se trouve un petit salon de thé. On se dirige donc vers l'endroit en question, Shane et moi ouvrant la marche. Et puis, alors qu'on était de dos et sans défense, on est prises en traître par Jen et Wyatt qui nous envoie des boules de neige directement dans la tête. Enfin, celle que j'ai prise m'a touché en pleine tête, Shane a eu plus de chance et c'est son dos qui a tout pris.
Jen : T'es nul Wyatt.
Wyatt : Quoi je l'ai touché non ?
Ils ont l'air fiers d'eux avec ça. Je me tourne alors vers Shane et, d'un simple hochement de tête, nous nous mettons d'accord. Ils veulent jouer ? Ils n'auraient peut-être pas dû se frotter aux jumelles Lovato. S'en suit une bataille épique. Shane et moi contre Wyatt et Jen. On se fiche d'être totalement à la vue de tous, on veut simplement profiter de nos vacances en toutes liberté.
En ce moment même, Shane et moi avons trouvé refuge derrière la voiture et nous mettons en place une stratégie. Ça doit faire une bonne demi-heure qu'on se lance de la neige à mains nues et ça caille bordel de merde !
Moi : C'est de Jen dont il faut se méfier. Fais diversion et je m'occupe d'elle.
Shane : Ça marche mais arrange-toi pour mettre fin à ces bêtises.
Moi : Oui madame.
Je contourne alors la voiture et repère ma cible. Comme elle est à porter de tire, je me saisis d'une bonne quantité de neige et je la bombarde pendant que Shane distrait Wyatt pour qu'il ne puisse pas venir en aide à Jen. Laquelle ne semble pas s'avouer vaincue alors nous partons dans un face à face enragé. Je ne sais pas combien de temps on a passé à se tirer dessus, mais on finit par se faire rappeler à l'ordre.
Shane : Aller les filles, laissez tomber !
Jen : Jamais !
Moi : Plutôt mourir.
Wyatt : Sérieusement, vous allez finir congeler avant de trouver une gagnante.
Jen : Ne me sous-estime pas.
Moi : (sourire) J'allais dire.
Shane : Bon eh bien, nous on vous attend à l'intérieur avec des chocolats chauds alors.
Moi : Ça marche.
Je garde un contact visuel avec Jen, attendant de voir son prochain mouvement. Comme elle ne fait toujours rien, je m'élance vers elle et ma tactique semble la surprendre. Je lui saute alors dessus, la faisant chuter en même temps que moi. Une fois à terre, je prends de la neige en main et je lui fais une savonnette digne du livre des records. Au bout d'un moment, elle m'attrape les bras et m'empêche de continuer.
Jen : Ok, ok, stop ! T'as gagné, contente ?
Moi : (sourire) Très.
Je me perds dans ses yeux l'espace d'un instant. Je remarque ses joues rosies par le froid et peut-être un peu à cause de notre proximité. Mon regard tombe sur ses lèvres et je ressens cette envie irrépressible de l'embrasser. Il faut que je fasse quelque chose. Et puis je me souviens du conseil de ma mère et de Kara alors j'agis.
Moi : Ça te dirait de sortir ?
Jen : On est déjà dehors au cas où tu ne l'avais pas remarqué.
Moi : Non je veux dire… un rencard… Après ces vacances évidemment.
Jen : Tu es vraiment en train de me demander un rendez-vous ?
Moi : Oui.
Jen : Whoa. Je n'aurais jamais cru que tu serais celle qui demande.
Moi : Je ne suis plus la même qu'à l'époque Jen. J'ai grandi depuis.
Jen : Je vois ça.
Moi : Alors… ?
Jen : (sourire) Je veux bien.
Le temps d'un sourire, tout me semble à nouveau possible. Peut-être que j'ai vraiment une chance au bonheur au final.
Jen : Maintenant lève-toi, ça caille encore plus parterre.
Évidemment il fallait qu'elle casse le moment.
