PDV Lucy

L'avantage des vacances, c'est que ça me permet de passer du temps avec des personnes que je ne vois généralement pas beaucoup. Après avoir passer un Noël, que je qualifierais de tendu, avec mon père et ma sœur, j'ai décidé de m'octroyer une vraie pause.

Durant mon enfance, je n'avais que très peu d'amis qui ne soient pas des gosses de militaires. Milena est sans contestation ma meilleure amie. On suivait toutes les deux le programme de danse de l'Académie des Arts d'Hartford. Là où moi je me suis tournée vers les danses de salons, Milena a rejoint une troupe de ballet qui se produit un peu partout dans le monde. Malgré nos carrières respectives, on trouve toujours un moyen de se retrouver.

Comme il était prévu depuis longtemps qu'on se revoit une semaine pendant les fêtes, je me retrouve maintenant à devoir subir un interrogatoire en bonne et due forme. J'aurais dû le voir venir.

Milena : Alors… C'est quoi cette histoire de toi en train de flirter en public avec une certaine actrice blonde ?

Moi : Quoi ? Non ! Je n'ai flirté avec personne !

Milena : Donc ce n'est pas toi sur les photos, embrassant Kara Morton ?

Moi : Je ne l'ai pas embrassé !

Milena : Tu admets au moins avoir été avec elle ?

Moi : Je l'ai invité à la première du dernier film de Chase.

Milena : Il n'a pas dû être content.

Moi : C'est le moins que l'on puisse dire.

Milena : Et elle t'a embrassé.

Moi : Sur la joue !

Milena : Elle t'a embrassé quand même. En public. En sachant qu'elle serait très certainement photographiée.

Moi : Ce n'était quand même que sur le joue, ça ne veut rien dire.

Milena : Tu l'as déjà vu faire ça avec qui que ce soit d'autre ?

Moi : Elle a toujours été discrète dans les médias, ça ne veut pas dire qu'au moindre geste affectif, elle en ressente quelque chose.

Milena : Si tu le dis.

Moi : Mais je lui ai quand même donné mon numéro au cas où.

Milena : C'est le minimum ! Elle t'a contacté ?

Moi : Non.

Milena : Là, je refuse. T'es bien trop canon pour qu'on t'ignore de la sorte. On va bien lui montrer ce qu'elle rate.

Moi : Pourquoi j'ai peur ?

Milena : (sourire) Sors ton portable, c'est l'heure d'une petite selfie.

Je sais déjà qu'il serait vain d'essayer de la dissuader. Milena est très têtue. Niveau obstination, c'est la seule à ma connaissance qui puisse rivaliser avec moi. Je me décide à tout simplement faire ce qu'elle dit. De toute façon, ça fait plusieurs jour que je n'ai pas été jeter un œil sur Instagram. La première chose que je remarque en ouvrant l'application, c'est une notification indiquant que j'ai été citée sur une photo de… Kara ?

Milena : Elle ne t'a peut-être pas tellement oublier que ça en fait.

J'ignore pourtant la notification et… non mais sérieusement, vous croyez vraiment que je ferais ça ? Évidemment que je me précipite pour voir ce que c'est.

La photo en question cadre Kara, emmitouflée dans une parka bleue avec de la neige jusqu'au chevilles et… est-ce que c'est vraiment un bonnet panda qu'elle porte ? Ok, ça c'est carrément adorable, je dois bien l'admettre. Mais ce qui retient bientôt mon attention, c'est le bonhomme de neige avec qui elle prend la pause ; il est plus grand qu'elle ! Dans le commentaire de la photo, j'y vois en effet mon nom suivi d'une simple constatation : « Défi relevé ! »

Milena : Tu m'expliques le délire ?

Moi : Je lui ai raconté la fois où on en a fait un plus grand que nous. Sauf qu'aux vues de ma taille, elle n'a pas trouvé ça très impressionnant.

Milena : Je la comprends.

Moi : Du coup, je l'ai mise au défi d'en faire de même. Le résultat est devant tes yeux.

Milena : Et… elle est vraiment grande ?

Moi : Elle dépasse le mètre soixante-dix, sûr.

Milena : Ok, donc on a du boulot. (se lève)

Moi : Je ne suis pas sûre de comprendre.

Milena : On ne va pas se laisser faire comme ça ! Alors enfile quelque chose de chaud parce qu'on va en faire un au moins aussi grand !

Moi : T'es tarée.

Milena : Peut-être.

Moi : Pourquoi je ne te dis jamais non ?

Milena : J'ai ce genre de super-pouvoir.

Moi : Laisse-moi au moins le temps de m'équiper alors.

PDV Kara

Jennifer : Kara…

Moi : Jennifer. (m'écarte) Entre.

Jennifer : (le fait) Je ne m'attendais pas à te voir ici.

Moi : Je ne savais pas que tu devais venir.

Jennifer : C'était une surprise, même pour Lana.

Moi : Oh. (sourire) Elle va adorer !

Je n'ai pas longtemps à attendre pour en avoir la confirmation. Lana revient dans la pièce à cet instant, le regard encore rivé sur son portable à déblatérer sur un client. C'est uniquement quand elle relève les yeux qu'elle voit Jennifer et son visage s'illumine immédiatement. Elle court directement dans ses bras et c'est tellement mignon que j'endure le romantisme sans broncher.

Lana : Qu'est-ce que tu fais là ?

Jennifer : Surprise ! Je voulais te voir avant que je reprenne du service. Mais je vois que tu es occupée…

Moi : Non, non, elle n'est pas occupée du tout. Je vais vous laisser vous avez bien le droit de…

Lana et Jennifer : (me coupent) Non !

Moi : D'accord, je ne bouge pas.

Jennifer : Déjà qu'on est là, on pourrait peut-être… faire connaissance ? On est parties du mauvais pied il y a quelques années.

Moi : C'est le moins que l'on puisse dire.

De toute façon, c'était déjà prévu que je rencontre « officiellement » Jennifer donc bon… Maintenant ou un autre jour quelle différence ? Je veux juste qu'elle arrête de me voir comme une menace pour son couple parce que je suis loin d'en être une.

Lana : Allez vous installer, je m'occupe des boissons.

Jennifer : Bonne idée.

Je vais donc reprendre la place que j'occupais tout à l'heure et je chercher à me détendre. Je cherche quoi dire sans me foutre la honte et ça s'avère plus que difficile, soyons honnête. Déjà que je ne suis pas franchement douée pour les conversations mondaines, quand en plus on me rajoute une pression comme celle-là je suis perdue moi ! Tellement que je ne vois pas le temps passer et que Lana est de retour avec les boissons avant même que Jennifer ou moi n'ayons pu ouvrir la bouche.

Lana : Généralement, pour faire connaissance, les gens parlent.

Jennifer : On est au courant mais…

Moi : Il s'agit de trouver un sujet de conversation.

Lana : Il vous suffirait d'ouvrir la bouche pour vous rendre compte que vous avez un tas de trucs en commun. Vous aimez toutes les deux les jeux vidéos, vous adorez manger et votre obsession avec les chiens me dépasse complètement. D'ailleurs, parlant de chien, Jen en a un. Voilà un bon moyen de démarrer la conversation.

Moi : Tu as un chien ?

Jennifer : Un berger allemand, oui.

Moi : Mâle ou femme ?

Jennifer : Un mâle, il s'appelle Altaïr.

Moi : Original. Ça vient d'où ?

Le regard de Jennifer croise alors celui de Lana et je comprends bien vite que l'histoire derrière ce prénom les concerne toutes les deux. Ok, elles n'en ont pas marre d'être carrément adorables tout le temps ?

Jennifer : Eh bien… La première raison c'est parce que j'adore le jeu vidéo « Assassin's Creed ».

Moi : C'est un des premiers personnages du jeu, pas vrai ?

Jennifer : C'est ça. Et puis c'est aussi le nom d'une étoile.

Lana : On adorait regarder les étoiles ensembles quand on était petite. Un jour, un peu avant son départ pour Miami, Jen m'a raconté l'histoire de deux amantes maudites que leur amour avait transformé en étoile.

Moi : (à Jennifer) Tu lui as inventé une histoire ?

Jennifer : On peut dire ça, oui.

Moi : Mais vous aviez quel âge ?

Jennifer : Peut-être… 6 ans ? Quelque chose comme ça.

Lana : Donc moi 5. Ça doit être dans ces eaux-là.

Moi : Oh, c'est vrai que tu es plus âgée que Lana.

Jennifer : D'un an seulement. Enfin… si je peux me référer à ce qu'il y avait d'écrit sur les papiers d'adoption.

Moi : Tu as été adoptée ?

Jennifer : Oui. Camila et Lauren m'ont adopté quand j'avais un an.

Moi : Et tu n'as jamais voulu connaître tes parents biologiques ?

Jennifer : (secoue la tête) Non. J'ai déjà une famille. Une famille qui a toujours été là pour moi. Je ne vois donc pas vraiment l'intérêt d'aller m'en chercher une autre.

Moi : Ça fait sens.

Lana : Tu penses toujours à retrouver tes parents ?

Moi : De plus en plus.

C'est vrai que j'avais déjà abordé le sujet avec Lana quelques mois plus tôt. Ça fait pas mal de temps maintenant que je me tâte. J'aimerais bien retracer mes origines, chercher mes parents et savoir enfin d'où je viens, ce qu'il s'est passé, pourquoi je suis orpheline. Tant de questions qui n'ont jamais trouvé de réponses. Mais j'aimerais les avoir si je le peux.

Jennifer : Tu es orpheline ?

Moi : Ouais. J'ai été placé dans le système quand j'avais presque deux ans et je n'en suis sortie qu'à mon émancipation, l'année de mes 16 ans.

Jennifer : Je suis désolée, je n'aurais peut-être pas dû aborder le sujet.

Moi : Non, ça va. La vie que j'ai eu jusqu'à présent m'a mené ici et ça me plaît bien. Je ne changerais mon passé pour rien au monde.

Jennifer : Tant mieux alors.

C'est à peu près à ce moment que mon portable vibre. Je m'excuse alors auprès de Jennifer et Lana et je prends mon téléphone en main. Quand je le déverrouille, je remarque une notification Instagram. Lucy a posté une photo et, quand je vais voir, je réalise qu'il s'agit tout simplement d'une réponse à mon poste d'hier. Une simple photo d'elle, à côté de son propre géant des neiges, avec comme commentaire le mot « Idem ». Eh oui, défi relevé pour elle aussi. Bien joué.

Jennifer : C'est quoi ce sourire niais sur ton visage ?

Lana : (sourire) Ça doit être Lucy.

Moi : C'est quoi ces accusations sorties de nul part ?

Lana : Je suis certaine d'avoir raison.

Moi : (rougie) Ouais eh bien… euh…

Lana : (rire) Tu as perdu ta langue Kara ?

Moi :

Jennifer : Ok, juste pour que je comprenne… Lucy c'est… ?

Lana : La petite amie de Kara.

Moi : On ne sort pas ensemble !

Lana : Mais tu voudrais.

Moi : Je n'ai jamais dit le contraire.

Jennifer : Et de quoi elle a l'air ?

Je me contente alors, pour toute réponse, de lui tendre mon téléphone puisqu'il est de toute façon ouvert sur l'Instagram de Lucy. Jennifer regarde alors quelques photos, alternant entre des coups d'œil rapide vers Lana et mon portable.

Jennifer : (à Lana) T'es pas du tout son genre en fait.

Lana : Je te l'avais dit.

Jennifer : C'est quoi ton histoire avec elle ?

Moi : Rien pour l'instant. On n'est sorties ensemble qu'une fois et c'était pour faire jalouser son ex.

Lana : Et elle a son numéro mais refuse de lui écrire.

Jennifer : Pourquoi ?

Lana : Tu vois que c'est stupide.

Moi : Elle mérite mieux que moi.

Lana : Mieux que toi ça va être extrêmement difficile à trouver Kara.

Jennifer : En plus, elle a l'air de vouloir te connaître. Sinon elle ne t'aurait pas donné son numéro.

Lana : Bien vu.

Moi : (soupire) Et je lui raconte quoi moi ? Parce que je suis loin d'être très intéressante.

Jennifer : Commence comme tu le sens, Lana et moi on sera là pour valider ou invalider ton choix.

Moi : (hausse les épaules) Ok, ça me paraît raisonnable.

C'est bien beau tout ça mais je ne sais concrètement toujours pas quoi raconter. La seule chose que j'ai envie de faire à chaque fois que je vois Lucy, c'est de la complimenter indéfiniment. Tout simplement parce que je vous remplirais un manuscrit aussi volumineux que la Sainte Bible si je commençais sur ses qualités. Je tape donc ce qui me passe par la tête avant de rendre le téléphone à Jennifer pour qu'elle et Lana puisse valider mon choix. Je leur explique évidemment tout le contexte derrière cette petite plaisanterie entre Lucy et moi, sinon leur jugement ne sera pas objectif. Après l'envoie de mon message (où je me suis identifiée quand même!), la réponse de Lucy ne se fait pas attendre.

Moi : Ok, j'admets ma défaite. Le tien est plus beau.

Lucy : Je dois t'avouer que j'ai quand même dû prendre un escabeau pour pouvoir faire la tête.

Jennifer : (lit par-dessus mon épaule) Elle est si petite que ça ?

Lana : Plus petite que moi.

Moi : A peine.

Lana : Mais Kara trouve ça adorable.

Moi : Évidemment.

Jennifer : En tout cas elle t'a répondu, tu ferais bien de ne pas la laisser sans réponse.

Moi : C'est vrai.

Moi : J'aurais aimé voir ça ! :p

Lucy : Tu te serais foutue de moi ouais !

Moi : Mais non, tout juste si je ne t'aurais pas un peu taquiner mais je serais venue à ta rescousse quand même.

Lucy : Je vais faire semblant de te crois… Supergirl ;)

Jennifer : Je veux savoir si ça marche entre vous. Comme ça on pourra se faire des double rendez-vous. Voire même des triple, si j'arrive à convaincre Meghan et Olivia !

Moi : (croise le regard de Lana) Hum…

Je crois que Jennifer a bien vite compris d'où venait mon manque de réponse. Elle aussi remarque le regard assassin qui est apparu chez Lana à l'énonciation du prénom d'Olivia. Je ne sais pas qui c'est cette nana mais elle n'a pas dû faire une très bonne impression sur Lana.

Jennifer : Ça, évidemment, ce sera si Lana arrive à surmonter sa jalousie pour O'.

Lana : Je ne suis pas jalouse !

Jennifer : A d'autre.

Moi : Est-ce qu'Olivia était présente au Jingle Ball ?

Lana : N'y pense même pas.

Jennifer : Oui, pourquoi ?

Lana : Kara, je t'interdis de… !

Moi : (la coupe) Juste pour savoir.

Jennifer : Tu y étais aussi.

Moi : (sourire) Simplement pour te rendre jalouse.

Jennifer : Ça a fonctionné. Mais maintenant que je sais qui t'intéresse vraiment, ça ne devrait plus arriver.

Moi : Tant mieux, parce que je n'ai jamais vraiment été un obstacle pour ton couple.

Jennifer : Je m'en rends compte maintenant.

PDV Lucy

Milena : Tu vois, il suffisait juste de la pousser un petit peu.

Moi : Peut-être bien…

Milena : Tu sais que j'ai raison.

Moi : Oui, et ça m'énerve. Maintenant bouge, le thé est prêt.

Milena : Non mais plus sérieusement, tu te vois avec elle ?

Moi : Pardon ?

Milena : Tu n'as jamais montré d'attraction pour une autre femme qu'elle alors je me demandais c'est tout. Est-ce que tu te vois avec elle ou c'est juste un petit béguin idiot et totalement platonique ?

Moi : Je n'ai pas pensé aussi loin Mila.

Milena : A d'autre !

Moi : Je te jure ! (lui donne son thé) La vérité c'est que je suis bien quand je suis avec elle, vraiment. Quand je suis avec elle, j'ai l'impression d'avoir de l'importance. Quand je lui parle elle écoute et ça l'intéresse. Même quand je parle des trucs les plus stupides imaginables genre mes conneries de gamine.

Milena : Je vois le genre.

Moi : (m'assois) Et puis elle est tellement… rayonnante ! Comme s'il n'y avait jamais eu de couleurs dans ma vie avant et que subitement elle me les fasse découvrir. Et ses yeux sont tellement bleu… ! Un peu comme un ciel d'été bien dégagé et puis il y a son sourire qui arrive comme un rayon de soleil pour illuminer tout ça et…

Milena : (me coupe) Ok, t'es carrément accro.

Moi : (soupire) Je ne sais pas. Je la connais à peine en y réfléchissant. Mais j'ai envie d'en savoir plus sur elle, vraiment.

Milena : Tu sais ce qu'il te reste à faire alors.

Moi : Oui…

Ellipse…

Plus tard dans la soirée, une fois Milena partie, je continue d'écrire inlassablement à Kara. Et elle me répond toujours donc je ne vais pas m'arrêter maintenant. Et vraiment, lui parler ainsi me permet de la découvrir un peu plus. Par exemple, je savais qu'elle aimait le cinéma, logique puisque c'est une actrice. Mais je ne pensais pas qu'elle s'y intéressait tellement. Plus que le simple jeu d'acteur, elle aime les mécaniques derrière les films. La réalisation, l'image, le son, la musique… tout ce qui créé et fait l'ambiance d'un film. Et elle m'en parle comme personne avant. Des films que je jugeais acceptables voire bons, elle me les démonte un à un avec des arguments que je ne peux pas réfuter. Mais quand en plus elle se lance dans les films de super-héros… eh bien je n'ai plus qu'à la laisser me convaincre, voire même me cultiver.

Kara : Je te dis que DC est meilleur, autant sur les comics que sur les films !

Moi : Tu bosses pour DC, tu n'es pas objective.

Kara : Même en toute objectivité, les premiers super-héros que tu apprends à connaître sont Superman et Batman, ça veut tout dire !

Moi : Les films Marvel explosent aux box-offices.

Kara : Parce que Disney y met les moyens… pas la qualité cela dit.

Moi : Tu sais que je n'ai regardé quasiment aucun film de super-héros ?

Kara : Fais-moi peur, lesquels tu as vu ?

Moi : La phase une de Marvel.

Kara : Je suis presque tentée de venir te voir et refaire ta culture héroïque.

Moi : Ne me dis pas que tu es en train de faire une liste de films à me faire voir ?

Kara : Hum… non ?

Moi : Tu le faisais.

Kara : Oui ?

Moi : J'aurais dû le voir venir.

Kara : J'espère qu'au moins tu as des goûts décents…

Moi : Comment ça ?

Kara : Un petit test… ton super-héros préféré ?

Moi : Supergirl.

Kara : La flatterie ne marchera pas.

Moi : Tu m'avais dit que ça marchait !

Kara : Bon, ok… C'est vrai que ça marche.

Moi : Serais-je en train de vous faire rougir Mlle Morton ?

Kara : Peut-être ?

Moi : Je m'en veux de rater ça.

Kara : Mais arrête !

Moi : Non, c'est drôle.

Kara : T'as de la chance d'être sexy, sérieux. Tout est pardonnable quand on a des yeux aussi magnifiques que les tiens.

Mon cœur rate un battement à la lecture de son dernier message. C'est le premier compliment qu'elle m'adresse et, venant de la timide et maladroite Kara Morton, ça me surprend autant que ça me charme.

Moi : Des yeux magnifiques hein ? :p

Kara : Je ne peux décemment pas être la première à te l'avoir dit !

Moi : Peut-être, mais c'est le premier compliment que tu m'adresses.

Kara : Vraiment ?

Moi : Vraiment.

Kara : Et pourtant… la liste est longue !

Moi : Mais je t'en prie, entre dans les détails.

Kara : Ça risque de prendre du temps.

Moi : J'ai justement du temps à perdre, quel hasard !

Kara : Tu l'auras voulu…

PDV Lana

Après le départ de Kara, Jen et moi avons décidé de nous poser devant un film. Elle est donc maintenant assise sur le canapé tandis que je suis allongée, ma tête reposant sur ses cuisses. Ses mains passe distraitement dans mes cheveux alors que j'essaye de me concentrer sur le film. Je dis bien essayer parce qu'à côté on a Jen qui n'arrête pas de penser et je pourrais presque entendre les rouages tournés dans son cerveaux, sérieusement.

Moi : Arrête de penser, ça gâche mon film.

Jen : D'où sort cette niaiserie romantique ?

Moi : Ça faisait partie de la liste de films que Kara m'a faite après notre rupture.

Jen : Je vois. D'ailleurs, en parlant de ça…

Moi : Je sais à quoi tu penses hermosa.

Je détourne alors mon attention du film, allant même jusqu'à me repositionner afin de pouvoir voir Jen, ma tête toujours sur ses genoux cependant. C'est tellement domestique comme moment que je me surprends à rêver d'en vivre encore et encore. Les mains de Jen recommence à jouer avec mes cheveux tandis qu'un sourire s'installe sur ses lèvres.

Jen : Ah oui et je pense à quoi ?

Moi : Tu veux savoir ce qu'il s'est passé de mon côté pendant nos années de rupture.

Jen : Je ne peux vraiment rien te cacher, hein ?

Moi : (sourire) Et je sais que c'est réciproque.

Jen : (idem) C'est vrai.

Moi : Donc… Tu veux des réponses ?

Jen : De préférence oui.

Moi : (soupire) Par où commencer ?

Jen : Le début est généralement un bon moyen de… (croisant mon regard) Ok, je la garde pour moi.

Moi : Bonne résolution. (m'installe plus confortablement) Tu es partie du jour au lendemain. Je veux dire… ok, on avait eu quelques disputes mais je pensais sincèrement qu'on avait réussi à les surmonter. Et puis je me réveille un matin et tu n'es plus là. C'est à peine si tu m'as laissé une vague explication. Non parce que juste dire « je ne peux plus continuer à prétendre » ce ne sont pas des explications !

Jen : Je t'ai énervé donc ?

Moi : Non, plus comme blessée. Mais tu sais comment je suis généralement quand je souffre.

Jen : Tu fais passer ta douleur sur les autres.

Moi : Exactement. Je ne voulais pas redevenir comme ça parce que, même si j'en avais les raisons, je ne pouvais pas te haïr. Et tu m'as montré une fois à quel point il était stupide et horrible de me venger sur les autres. Alors je me suis retenue, j'ai intériorisé tout ça et j'ai fait comme si rien ne s'était passé.

Jen : (murmure) Ça a marché ?

Moi : Pas du tout. Tout simplement parce que tu étais partout. Je vivais dans un appart qui était le notre, dans une ville que tu avais choisis et à faire un boulot que tu m'avais aidé à avoir. Évidemment que je ne pouvais t'oublier comme ça. Alors j'ai contacté mes mères pour leur demander si je pouvais revenir à la maison.

Jen : Comme si elles allaient refuser.

Moi : (sourire) Ce n'est pas faux. (redeviens sérieuse) Je me rends compte aujourd'hui que fuir n'aurait servi à rien. Ici ou là-bas, tu aurais toujours été là. Même à L.A on avait des souvenirs et ils m'auraient suivi là-bas aussi. Mais ça me paraissait être l'idée du siècle à l'époque. J'avais commencé à faire mes valises, mit un terme au bail de l'appart et j'étais sur le point de donner ma lettre de démission à Brad.

Jen : Qu'est-ce qui t'a retenu ?

Moi : Au risque de te relancer dans ta jalousie… c'était Kara.

Jen : Pas de jalousie en vue, tu peux continuer.

Moi : J'avais décidé de finir ma journée et de démissionner mais Kara est arrivée en demandant une nouvelle robe pour un autre festival. Et, je ne sais pas comment, elle a tout de suite deviné que je n'allais pas bien. On se connaissait à peine à l'époque puisque quelqu'un avait interrompu notre après-midi ensemble.

Jen : Désolée.

Moi : Enfin passons. Elle était là, elle m'a écouté parler de toi pendant des heures et des heures alors que je m'enfilais une bouteille de Jack. Elle a fini par m'empêcher de boire après le cinquième verre et elle est restée pour me tenir compagnie. Pour me garder à l'œil plutôt en vrai. Et je ne sais pas, j'avais peut-être juste besoin de savoir qu'il y avait quelqu'un dans cette ville qui pouvait me redonner une raison d'y rester. Elle venait tout juste de s'acheter un loft ici à deux pas de Central Park. Le temps que moi-même je retrouve un endroit, je suis restée avec elle. Probablement que j'avais juste besoin d'une bonne dose de positivité et, soyons honnêtes, Kara est la définition même de la positivité.

Jen : (sourire) C'est pas faux.

Moi : En tout cas je n'ai jamais vraiment eu de grosse dépression. Je pense que j'y étais encore jusqu'à récemment, j'avais juste réussi à me leurrer à force. Je pensais honnêtement que ça allait mieux jusqu'à ce que tu ressurgisses dans ma vie en la bousculant complètement… encore une fois.

Jen : C'est vrai que c'est ma spécialité.

Moi : Tu m'en diras tant.

Jen : Je suppose que je vais devoir remercier Kara alors.

Moi : De quoi ?

Jen : D'avoir été là pour t'aider.

Moi : Elle m'aidait à ne pas trop déprimer et je l'aidais à comprendre un peu plus Hollywood. Avec elle ça paraissait plus simple et parfois même plus amusant. Elle a ce genre de pouvoir.

Jen : J'ai vraiment envie d'apprendre à la connaître. (je la regarde, étonnée) Quoi ? Ne me dis pas que tu ne t'y attendais pas !

Moi : Je pensais que tu serais un peu plus dure à convaincre.

Jen : On s'est promis une battle sur Mario Bros. et je ne vais pas revenir sur mes paroles !

Moi : (rire) Évidemment il est question de jeux vidéos derrière.

Jen : (sourire) Et de nourriture ! Qu'est-ce qu'une soirée jeux vidéos sans l'apéro qui va avec ?

Moi : Une soirée normale.

Jen : On réussira à te convertir à notre cause.

Moi : Ça m'étonnerait.

Jen : Attends de voir alors.

Et j'ai hâte de voir ça, honnêtement. Kara a été l'une des personnes les plus importantes de ma vie ces dernières années et Jen y est une constante depuis ma naissance. Si elles n'arrivaient pas à s'entendre, je ne sais pas ce que je ferais. Je serais bien incapable de choisir entre mes deux blondes préférées, sérieusement. Donc, la perspective de les voir s'entendre malgré leur début houleux me rassure et me fait extrêmement plaisir. J'ai l'impression que ma vie se remet en place progressivement et je me sens bien à présent. Je le dois en grande partie à Jen probablement.


« Je suis désolée du double retard de ce chapitre, je vous avoue qu'on a été un peu bloquées avec Loïs mais le voilà ! Et cette fois, on va vraiment essayer de ne plus prendre de retard. Promis, à la première occasion on vous donne deux chapitres le même jour pour compenser ;) »