Na'shte'es

[captivité]

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précédemment

- Nous verrons bien si vous pensez toujours ainsi dans une semaine, Capitaine.

- Attendez! S'exclama Jim. Laissez au moins partir...

- ... une semaine... répéta Bones d'une voix blanche.

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Alors que ses compagnons de captivité restaient figés, aux prises avec un profond état de sidération, Jim posa sa main sur l'épaule de Spock, et pensa :

- Vesht dungi ki nar-tor nash-veh k'waw'zhe t'ek'tra ha ? [Aurais-je dû accepter l'invitation de cette reine ?]

- Jim. Rai! Worla ! [Jim ! Non! Jamais !]

- Shital wafu t'nash-veh etek svi'tehvar [Mon refus nous a mis en danger]

Spock ressentit la vive culpabilité qui s'emparait de Jim. Il vivait en permanence avec cette blessure toujours à vif depuis son Pon Farr. Il parvenait tant bien que mal à ne pas se laisser dévorer par elle, se noyant dans son amour pour Jim, et dans le réconfort de cette indéfectible amitié que Jim lui portait. Il savait à quel point ce sentiment négatif pouvait être destructeur, et encore plus pour un humain, et encore plus pour un homme comme Jim possédant un tel sens du devoir.

-Rai, Jim. Ri Nam-to du thrap fan-vel ! [Non, Jim, Tu n'es coupable de rien !] Tu n'as pas à céder au harcèlement de cette femelle. Tout le monde sait l'importance que tu accordes à la sécurité de tes hommes. Elle se venge de ton refus en nous utilisant pour te faire céder par culpabilité. De plus, rien ne dit qu'elle ne nous laissera pas partir une fois cette semaine écoulée.

- Aitlu nash-veh ni ta nam-tor du yeht ! [J'aimerai tant que tu aies raison]

Bones s'était repris. Il observa ses amis avec fascination. Ils se tenaient face à face, les yeux dans les yeux, le regard intense. Il devina que les deux hommes se transmettait quelque chose via leur bon sang de radar. En étaient-ils au point de se transmettre leurs pensées ? Leurs visages restaient impassibles, cependant, à la façon dont la main de Jim empoignait l'épaule de Spock, oui, ils devaient en train de parler de cette situation.

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Lentement, les captifs sortirent de leur état de sidération, reprenaient conscience de leur environnement. La nuit était venue. Chacun s'installa sur un matelas, en silence se blottissant sous la couverture. Bones et Christine rapprochèrent les leurs pour pouvoir se serrer l'un contre l'autre, et se murmurer discrètement des mots de réconfort.

La pudeur retint Jim et Spock de faire de même. Ils avaient acquis le réflexe de n'avoir en public que des comportements strictement professionnels et ils continuaient à se comporter comme Capitaine et Commandant. En temps normal, cette conduite leur convenait parfaitement à tous les deux. L'un comme pour l'autre estimaient que leur vie privée ne devait avoir aucune incidence sur leur travail.

Mais Jim sentit rapidement de malaise physique de Spock même si celui-ci essayait de le lui cacher. Quand il le vit frissonner de froid, Jim se mit à réfléchit rapidement. Cette situation était tout à fait hors norme, il n'y avait par conséquent aucun mal à agir différemment, et cela, même s'ils n'étaient dans un espace privé. Surtout, Spock avait besoin de son aide pour maintenir son corps à une bonne température, son ami avait besoin de lui. Il pouvait bien surmonter sa pudeur. Il jeta sa vergogne et ses principes par-dessus son épaule. Il posa sa couverture sur celle de Spock et vint se glisser tout contre lui, face à lui. Spock sortit son visage de la couverture, leur nez se frôlèrent.

...

- Jim ? Pensa Spock. Than du ra ? [Que fais-tu ?]

- Nous sommes dans une situation où je vais avoir besoin que tu sois au top de ta vulcanité. Répondit Jim. Hors, un vulcain frigorifié ne me sera d'aucune utilité. Nous allons tous avoir besoin de cette capacité que tu as à garder la tête froide en toute situation. De plus, Ajouta Jim dans un soupir. Ri than etek fan-vel rasahkos [nous ne faisons rien d'indécent]... hélas. Je vais me tourner et tu vas te mettre contre mon dos, et c'est un ordre ! Tu sais comme moi que c'est par le ventre que l'on se réchauffe...

...

Jim se tut. Ils changèrent de position. Jim réajusta les couverture, et sa douce chaleur corporelle réchauffa le buste de Spock, se répandit le long de ses membres, jusqu'à gonfler son cœur. La prévenance de Jim à son égard emplissait toujours son âme de reconnaissance. Jim sentit avec satisfaction les muscles Spock arrêter de trembler puis se dénouer. Mais lui n'arrivait pas à se détendre et ses pensées s'agitaient dans tous les sens

...

- Jim, pehka'uh nah-tor vah-mau, nam-tor ish-veh is'fam [Cesse de ruminer autant! c'est inutile]

- Ni'droi'ik nar-tor [excuse-moi] , j'imagine à quel point cela doit t'étourdir. Mon esprit n'est pas aussi discipliné que le tien. Je vais essayer un peu de méditation, pour me calmer.

- Nam-tor ish-veh marom'es nahp [c'est une très bonne idée] Ensuite, je te guiderai pour que tu élabores des barrières mentales efficaces même lors de ton sommeil. Celles que tu as conçues autour de tes émotions et images mentales ne sont pas efficaces contre les pensées verbalisées.

- Et bien, nous voilà une nouvelle activité nocturne toute trouvée... de toute façon, il y a peu de chance pour que je m'endorme cette nuit.

- Nam-tor fam-yuk klau-bosh [Le manque de sommeil est nocif.]

- L'insomnie ne se contrôle pas, Spock

...

Le petit garçon était désespérément seul dans les ténèbres, mais il ne pleurait pas, parce qu'un homme, un vrai, ça ne pleure pas, jamais. Il avait si froid. Il leva les yeux. Un ciel d'étoiles apparut, beau et terrifiant, désespérément vide. Il regarda autour de lui, un désert se dessina, immense, sur lequel la lumière diaphane de la lune dessinait des ombre glacée. Il vit au loin une forme qui l'intrigua et courut vers elle.

Le petit vulcain était désespérément seul, mais il ne pleurait pas, parce qu'un vulcain, un vrai, ça ne doit en aucun cas montrer ses émotions, jamais. Tout n'était que ténèbres profondes autour de lui. Bien que blotti entre les pattes de son sehlat, il tremblait froid. Il entendit des bruits de pas et leva la tête. Le désert s'étira autour de lui, sinistrement, à perte de vue, éclairé par la lueur de la lune. Une silhouette au loin s'approchait de lui.

Leurs yeux se croisèrent. L'humain avait froid aussi, il aurait été illogique de ne pas partager la chaleur de I-Chaya. Le petit vulcain lui fit signe de venir s'allonger à coté de lui. Le petit humain vint se réfugier contre lui, et prit la parole. Il ne parla pas vulcain, pourtant l'autre enfant le comprit :

- Mon nom est Jim. Amis ? [Nam-tor ahm Jim t'nash-veh, t'hy'la ha ?]

- Nam-tor ahm Spock t'nash-veh. Ha, T'hy'la. [Mon nom est Spock. Oui, amis.]

Les deux enfants s'endormirent main dans la main, blottis l'un contre l'autre, rassurés, tout contre la fourrure d'I-Chaya qui s'enroula tendrement autour d'eux. Ils n'étaient plus seuls dans la nuit...

...

Jim et Spock se réveillèrent au petit matin, étroitement blottis l'un contre, les membres entremêlés, dans une douce chaleur, avec une sensation d'être à l'abri de tous les malheurs du monde, comme protégés par cette douceur. Aucun d'eux ne se souvenait de ce rêve, mis à part un étrange sentiment de bien-être.

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A six heures du matin, une trappe s'ouvrit dans l'un des murs. Encastrée dans ce passage, un grand coffre jaillit. Jim et Spock ordonnèrent d'un geste aux autres de ne pas bouger. Ils inspectèrent l'objet, trouvèrent le moyen de l'ouvrir, pour y trouver à l'intérieur un petit déjeuner. Il n'y avait pas de table, aussi ils s'assirent en rond sur le sol. La nourriture fut équitablement répartie afin que chacun mange à sa faim.

- J'ai comme l'intuition que nous ne verrons pas nos geôliers.

- J'avais fait la même déduction que vous, Jim. Approuva Spock.

- Combien de temps pensez-vous que allons-nous devoir rester encore ici ? Demanda Christine avec appréhension

- La ministre Lian'aë a évoqué une période de captivité d'une semaine. Dit Spock

Elle faillit s'étrangler avec son café, elle eut une quinte de toux. Bones entoura son épaule avec son bras.

- ... une... semaine ? Hoqueta-t-elle

- Mais il va bien y avoir quelqu'un pour signaler notre disparition ? demanda Bones en mettant sa main dans celle de Christine pour la réconforter

- J'en doute, docteur. Répondit Spock. Les enjeux sont trop importants. L'ambassadeur ne préviendra pas la fédération, il a déjà dû transmettre un mensonge à l'Enterprise pour justifier notre absence. De plus, il nous sera inutile de déposer une plainte pour cet enlèvement. Quoiqu'il nous arrive, celle-ci sera classée sans suite, les enjeux sont trop importants par rapport à nos vies.

- A cause de ces bons sangs de réserves de dilithium dont la fédération a besoin! Qu'importent nos vie, c'est ça, Spock ?

- Hélas, docteur, votre raisonnement est juste.

- Nous sommes abandonnés... Gémit Christine en se blottissant tout contre Bones qui l'enlaça de ses bras.

Spock perçut à nouveau la culpabilité agiter l'esprit de Jim, avant que celui-ci ne parvienne à la faire taire.

Le repas s'acheva et la vaisselle fut remise dans le coffre qui retourna dans le mur.

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L'inactivité ne tarda pas à les oppresser. A part Scotty qui marchait de long en large, tous s'étaient regroupés et assis sur le sol, totalement déphasé. Seul Jim était en proie à une violente agitation mentale, retournant encore en encore cette situation dans sa tête, luttant contre sa culpabilité, cherchant vainement une solution.

- Je vais crever d'ennui à tourner en rond ! Gronda Scotty qui faisait les cents pas.

- Essayez de vous calmer, Scotty. Protesta Uhura. Vous me donnez le vertige, et vous mettez tout le monde sur les nerfs.

- La situation dans laquelle nous nous trouvons est hautement anxiogène pour les humains. Dit Spock calmement...

- Ça nous l'avions remarqué, merci Spock. Grogna Bones, dans une tentative de sarcasme.

- ...cette situation risque de laisser des séquelles physique et psychologiques, Poursuivit Spock imperturbable. Et ce, même si nos ravisseurs ne se montrent pas agressifs envers nous. Il serait souhaitable que nous trouvions des activités mutuellement profitables, afin d'éviter le surgissement de ruminations mentales nocives ou de comportements obsessionnels, voire l'apparition d'un état dépressif, comme les humains ont tendance à le faire lors d'une situation hautement stressante comme celle-ci.

- Et que proposez-vous ? Demanda Jim, fortifié dans son courage par le fait que Spock prenne les choses en main avec sa rationalité habituelle.

Qu'importait la tempête, ce vulcain restait toujours inébranlable, il était un roc, son roc, sur lequel il pouvait s'appuyer.

- Il faut commencer par une activité qui aide à diminuer et canaliser l'anxiété en permettant d'obtenir un minimum d'équilibre et de sérénité mentale. Expliqua Spock. La tension nerveuse actuelle est extrêmement nocive pour la physiologie humaine...

- Ça, Spock, votre méthode de méditation peut le faire ! S'exclama Jim, qui avait enfin l'impression d'agir... hum... de faire quelque chose d'utile pour le groupe.

- De la... méditation, Kаp'taiи ? S'exclama Tchekov. C'est un truc pour les vulcains, ça

- N'en croyez rien. Je la pratique depuis un moment. Croyez-moi, si ça marche avec moi, ça peut marcher pour tout le monde.

- Je le confirme. Intervint Bones, qui, à nouveau, ne parvint pas à prendre le ton railleur qu'il avait voulu employer.

- ...une activité sportive que l'on peut faire en salle. Poursuivit Spock

- Pourquoi pas de l'Aïkido ? Proposa Sulu. Je le pratique depuis l'enfance. Je peux vous en enseigner les bases, les mouvements les plus simples.

- Cette activité sportive sera parfaitement adaptée à notre situation, monsieur Sulu. Approuva Spock. Elle requiert concentration et activité physique. Enfin, il nous faut nous adonner à des activités intellectuelles ou de loisir.

- Cela va être plus difficile à trouver. Intervint Bones, qui, cette fois-ci, ne tenta plus de faire de l'ironie.

- Par contre, on peut parler. Proposa Christine

- Et de quoi donc ? Demanda Tchekov

- De plein de choses, de choses positives, de ce qu'on aime, des livres qu'on a lu, des projets scientifiques, de notre travail. Je suis sûre que monsieur Scotty a mille anecdotes à nous raconter sur notre vaisseau.

- Ça pour sûr, oui ! Répondit Scotty tout ragaillardi, il était capable de parler de sa belle dame pendant des heures

- Mus'uo, une planète si accueillante... ironisa Bones

- Ça suffit, Bones. Grommela Jim

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Ils commencèrent immédiatement par une séance de méditation. Au début, ils restèrent sur le qui-vive, mais Spock les rassura en leur disant qu'il garderait les yeux ouvert tout le long de l'exercice. Bien que sceptique, Scotty et Tchekov acceptèrent de se prêter au jeu. Il se dégagea de Spock et Jim une telle force tranquille, lors de cet exercice, un tel calme, que celui-ci rejaillit sur les autres membres du groupe. Tous ressentirent avec soulagement une nette diminution de leur état de tensions.

L'apprentissage de l'Aïkido se révéla presque amusant, compte tenu de la situation. La souplesse n'était pas au rendez-vous pour tous, et cela aurait pu être très amusant, mais les rires restaient coincés au fond des gorges. Sulu révéla cependant un solide sens de l'humour.

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Le dîner leur fut servi, toujours par l'intermédiaire du coffre dans le mur. Ils sortirent les aliments du coffre. Jim perçut la réaction de dégoût de Spock. Il vérifia dans chaque plat et ne parvint pas à retenir sa colère :

- Mais il n'y a rien de comestible pour Spock ! S'indigna-t-il. Il l'ont fait exprès ! Ils ont mis du jus de viande dans tous les légumes !

Il repoussa son assiette, se retenant de la jeter contre le mur. Il fit un effort pour se calmer. Il allait falloir qu'il apprendre à être moins sur les nerfs, et surtout à se contenir mieux que cela. Il ne pouvait pas se permettre d'avoir ce genre comportement. Ses hommes avaient besoin d'un capitaine qui sache conserver son sang froid. Il regarda Spock, si impassible. Il respira profondément, calquant son attitude sur la sienne et déclara calmement:

- Partagez ma part entre vous, si Spock ne mange pas, moi non plus.

- Vous devez vous sustenter Capitaine. Raisonna Spock

- Je n'ai pas envie de manger ça.

-Un vulcain peut rester plusieurs jours sans manger, pas un humain.

- Oh que si, Spock. Un humain peut rester plusieurs jours sans manger. La preuve, je n'en suis pas mort.

Cet aveu intrigua ses compagnons, mais Jim prit son air butté et nul n'osa lui poser de question. Seul Spock fit le rapprochement. Il avait lu tous les dossiers concernant le passé Jim, il avait même réussi à se procurer ceux qui étaient classés secret-défense. Il savait qu'il était l'un des rares survivants de la terrible famine qui avait sévi sur Tarsus IV, sous le règne de l'empereur Kodos, responsable de la mort de 4000 colons. Il n'insista pas.

- Et bien moi non plus ! Je ne mangerai pas ça ! Déclara Christine

- Les Russes ont le sens de la solidarité. Renchérit Tchékov avec un bel orgueil. Si Monsieur Spock ne peut pas manger, moi non plus, je ne mangerai pas !

Les membres du groupe échangèrent un regard, et reposèrent leur assiette dans le container. Nul ne mangea, et chacun en éprouva un sentiment de fierté. Malgré la dramatique situation dans laquelle ils se trouvaient, Spock découvrit ce doux plaisir que pouvait provoquer cette (illogique) marque de solidarité humaine.

Curieusement, le souper fut conforme aux besoins de chacun...

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A suivre...

- Vesht-nam-tor nash-khi-gad-yem nisan [Ce repas était un test] Pensa Spock à Jim en s'allongeant contre lui


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Sources documentaires :

Le "surgissement de ruminations mentales nocives ou de comportements obsessionnels, voire l'apparition d'un état dépressif," dont parle doctement notre Spock, font parti des comportements réellement adoptés par les otages pour surmonter l'angoisse de la captivité. J'ai trouvé cette info sur le net, sur le site du Journal international de victimologie. Les victimes recherchent de cette façon un moyen de stabiliser leur position émotionnelle, tout en maintenant une vigilance élevée.

Cette famine à laquelle Jim a survécu enfant est évoquée dans la série originelle : saison n°1, épisode 13 : la conscience d'un roi. (un épisode que j'aime beaucoup, où Jim montre une fois de plus la richesse de ses qualités humaines)