Karik'es t'puterish-tor'es

[La force de la Solidarité]

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Précédemment

Nul ne mangea. Malgré la dramatique situation dans laquelle ils se trouvaient, Spock découvrit ce doux plaisir que pouvait provoquer cette (illogique) marque de solidarité humaine.

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Fin du premier jour de captivité

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Le soir était tombé, et leurs geôliers avaient coupé la lumière. Mais comme il n'y avait ni volets ni rideaux aux fenêtre, il ne faisait pas totalement noir. Chacun son tour, ils avaient fait leur toilette, avant de se coucher sur les matelas.

Jim posa la main sur l'avant bras de Spock :

- Sarlah'hu. Ti du be'nash-veh! [Viens, allonge toi contre moi !] Ordonna-t-il en pensée sur un ton qui ne permettait pas de refus.

Spock regarda Christine qui se blottissait dans les bras de Bones, ils avaient mis leurs matelas l'un sur l'autre pour plus de confort. Jim se coucha et lui fit signe de le rejoindre d'un geste autoritaire. Spock obtempéra, il ne sentait pas la force de lutter contre la volonté de Jim, et il devait bien se l'avouer, il ressentait le besoin profond d'un contact physique avec lui, même chaste.

- Vesht-nam-tor nash-khi-gad-yem nisan [Ce repas était un test] Pensa Spock à Jim en s'allongeant contre son dos

- Ha. Naval etek t'ish-veh [Oui. Et nous l'avons réussi]

Comme la veille, ils restèrent donc l'un tout contre l'autre sous la couverture. Jim avait donné sa version officielle de ce comportement au cours du souper : prémunir Spock contre une hypothermie, les vulcains ayant besoin d'une température plus élevée pour dormir correctement. Bones avait corroboré ces propos en confirmant que la température sur Vulcain était beaucoup plus élevée que sur Terre. Spock n'avait rien dit, vaguement mal à l'aise d'être l'objet de cette conversation.

Leurs compagnons de captivité avaient fait mine de croire que telle était l'unique raison : ils savaient que ces deux officiers avaient une telle fierté et une telle pudeur. Cependant, à leur yeux, le seul fait que ces deux hommes soient marié étaient déjà une raison valable et suffisante à elle-même pour partager un même lit.

Comme la veille, Jim maîtrisait difficilement ses pensées. Il avait bien essayé de dormir, en vain. Il se sentait peu à peu aux prises avec des sentiments violents: colère, indignation, culpabilité, impuissance. Il avait réussi à les cacher et à les dominer pendant cette journée, afin de ne pas perturber ses hommes. Mais il commençait à se sentir débordé. Jim était de nature optimiste. Il n'avait pas l'habitude de ressentir autant d'émotions aussi négatives en même temps.

De plus, sa frustration était si grande! Il avait envie, non, il avait besoin d'étreindre Spock, de s'immerger en lui, de s'oublier ! Des souvenirs de leurs embrasements lui revenaient en mémoire, et exacerbaient son... état de manque. Était-il donc drogué ?

Spock resserra la pression de son bras autour de sa taille. Jim sentit que Spock ressentait la même chose que lui, son désir, son besoin répondait au sien en tout points. Cela lui fit ressentir un mélange de soulagement et de frustration.

Mais il était hors de question qu'il se passe quoi que ce soit, pas même un baiser, qui n'aurait eu pour seul résultat que d'exacerber leur sensation de privation.

- Isha nash-veh [moi aussi] pensa Spock, qui posa ses doigts sur ceux de Jim. Ozh'esta ha ? [un baiser vulcain?]

Bien à l'abri sous la couverture, ce simple contact entre les pulpes de leur index et de leur majeurs les détendit aussitôt. Jim n'avait jamais partagé de baiser à la fois aussi pudique et aussi tendre. Une douce chaleur envahit leur esprits. Cela ne valait pas une étreinte, mais cette tendresse était infiniment apaisante. Ils s'embrassèrent longuement de cette façon, et finirent par s'endormir, enfin.

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Second jour de captivité

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Les couverts du dîner avaient été rangés dans le container. Les captifs avaient engagé une discussion sur le thème des légendes de leur pays, Jim ne se souvenait plus comment celle-ci avait démarré.

Tandis que Scotty parlait d'un monstre préhistorique au fond d'un lac, il sentait son esprit dériver, encore. D'ordinaire, Jim était capable de prendre part à n'importe quelle discussion, mais pas aujourd'hui. Cette captivité le rendait fou. Il voulait sortir ses hommes de ce piège. Agir. Faire quelque chose. Jim avait toujours été un homme d'action, et cette impuissance le rendait fou.

Et surtout, il ressentait cette culpabilité, mordante. La question tournait dans sa tête, se tordait dans tous les sens. Aurait-il dû céder ? Épargner à ses hommes ce calvaire. Après tout ce n'était qu'une nuit dans les draps de... Une frisson de répulsion se propagea sur sa peau. Heureusement qu'il n'était pas en contact physique avec Spock, pour le coup, avec toutes ces ruminations stériles, il l'aurait rendu chèvre. Il sourit presque en songeant à ce que son vulcain pourrait dire de cette expression. Il croisa ses yeux posés sur lui, interrogatifs. Oui, bien sûr, Spock avait perçut son tourment. Mais son vulcain était si maître de lui-même. Il était sa force.

Spock avait senti la tension monter en implacablement Jim. Son premier mouvement fut de vouloir le toucher pour entrer mentalement en contact avec lui. Mais il ne pouvait agir de cette façon sans l'autorisation Jim. Bien cachée derrière ses barrières mentales, inaccessible à Jim, l'inquiétude le rongeait. Pour ses compagnons de captivité, pour Jim surtout. Son impuissance était difficile à gérer. Le regard de Jim croisa le sien :

- Dungitan-tor nash-veh kanok-vei na veh zhagra Tchess k'du ! [je donnerai tout pour une partie d'échec avec toi !] Murmura Jim

Jim perçut nettement la vague de satisfaction que ressentit Spock. Celui-ci posa discrètement un doigt sur son bras, et pensa :

- Isha nash-veh, aitlu nash-veh mavau. Nam-tor ish-veh tor-yehat, Jim. Gluvaya'hu ish-veh veling svi't'du kashek [Moi aussi, j'aimerai y jouer. C'est possible, Jim. Visualise-le simplement dans ton esprit]

Ils s'éloignèrent du groupe. Spock s'assit en tailleur sur leur futon, Jim s'installa dans la même position, face à lui, de façon à ce que leurs genoux se touchent. Ils fermèrent leurs yeux pour mieux se concentrer sur la connexion qui se faisait entre leurs esprits. Il leur fallut tout d'abord se créer un point de jonction à l'intérieur de leur deux esprit, un emplacement commun entouré de barrières mentales, auquel ils pourraient accéder à chacune de leur partie, sans empiéter sur l'esprit de l'autre. Ils visualisèrent ensemble un plateau de jeu d'échec en deux dimension, et commencèrent à jouer.

Se transmettre des émotions, des images ou des pensées, ou les percevoir chez l'autre, comme ils le faisaient quotidiennement, ne requérait pas de fusion, juste un lien suffisamment puissant. Quoique, un tel lien n'étais pas à la portée de tous les vulcains, mais Spock, comme Jim, n'avaient jamais été des personnes ordinaires. Cet échange était une forme de contact inter-personnel à travers leurs sensations, qui leur était devenu aussi naturel que de respirer, comme si ils étaient pourvus d'un sixième sens dévolu uniquement à cette communication.

C'était une nouvelle forme de fusion mentale pour eux. Jusqu'à présent, celle-ci n'avait cours que lors de leurs étreintes, comme une caresse sensuelle supplémentaire, unissant leurs esprits en même temps que leurs corps. Là, cette connexion n'était pas un oubli de tout. Au contraire, tous deux devaient à la fois se concentrer sur les barrières mentales autour de leurs pensées, afin de ne pas dévoiler leur raisonnement, et en même temps sur le déroulement de la partie. Ils restèrent silencieux car cette opération demandait à Jim une grande concentration. Ils restèrent ainsi pendant plus d'une heure, immobiles.

Les autres membres du groupe s'étaient tus et les regardaient intrigués. Jim et Spock se tenaient si droit, les yeux fermés, le visage totalement détendu et impassible.

- Que font-ils ? demanda Sulu à voix basse à McCoy, comme s'il avait peur de les déranger

- Encore un truc vulcain du genre transmission de pensée, je suppose. Répondit Bone, blasé. De leur part, plus rien de m'étonne. Inutile de chuchoter, il est probable qu'ils ne nous même entendent pas.

- Une transmission de pensée ! S'étonna Sulu. Je croyais que seuls les vulcains en étaient capables.

- Oui, et bien, s'il existait un truc pour traverser les murs, je suis sûr que notre Kаp'taiи trouverait un moyen de le faire ! Ajouta Tchekov.

En temps normal, cette boutade aurait pu les faire rire...

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Jim et Spock firent ainsi chaque jour plusieurs parties. D'abord avec un plateau en deux dimension, puis en trois. Avec l'entrainement, Jim et Spock imaginèrent ensemble une chambre virtuelle, copie conforme de leur bureau, ils parvinrent même à se parler mentalement lors des parties. Ce loisir leur était salutaire. L'effort de concentration que cela exigeait les aidait à évacuer et sublimer leur trop plein d'énergies négatives.

Ils ne se rendirent pas compte que leurs compagnons de captivité avaient tendance à se rapprocher d'eux lorsqu'ils jouaient ainsi ensemble. Le calme qui irradiait de leur attitude était puissamment tranquillisant.

Un autre détail de leur comportement ne tarda pas à fasciner le groupe. Bien que Jim et Spock le faisaient avec discrétion, ils leur arrivaient de plus en plus souvent de se parler en vulcain, toujours avec des voix paisibles, presque sereines, même si cette sérénité n'était qu'une apparence. Cela ne dérangeait plus Bones. Il avait compris à quel point ses deux amis avaient besoin de cette intimité.

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Troisième jour de captivité

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La nuit était tombée depuis longtemps, déjà. Spock et Jim étaient étroitement serrés l'un contre l'autre, leurs mains et leurs membres détendus et enlacés, confortablement installés dans une douce chaleur.

Ils avaient fait une dernière partie d'échec, puis une longue séance de méditation dans l'espoir de trouver un peu de ce calme qu'ils affichaient tous deux. En vain, trop de pensées négatives, même pour un vulcain aguerri comme Spock. Aucun d'eux ne parvenait à dormir.

Jim eut l'idée de montrer à Spock les contrées vertes à perte de vue de son Ohio natal, les forêts profondes, les fermes entourées d'immenses champs cultivés, les villes où il ne faisait jamais nuit grâce aux lumières artificielles. Et Spock aima ce voyage.

A son tour, il lui montra les merveilles de Vulcain : les hautes montagnes dont les sommets touchaient le ciel rouge, les somptueux déserts s'étendant à perte de vue, les temples majestueux. Et Jim fut fasciné.

Nuits après nuits, ils transformèrent leurs insomnies en féeriques voyages, et finissaient par s'endormir, au moins pour quelques heures.

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Quatrième jour de captivité

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- Il y a une chose que je ne comprends pas. S'exclama soudain Uhura au cours d'une discussion anodine de l'après-midi. Je croyais que le peuple Mus'uo était un peuple hautement évolué!

- Il l'est effectivement. Répondit Spock.

- Parce que retenir des gens en otage pour les caprices d'une femme, c'est une chose civilisée ? S'indigna Tchekov.

Les autres membres du groupe vinrent les rejoindre et ils s'assirent en demi-cercle, comme ils en avaient acquis le réflexe lorsqu'une conversation promettait d'être intéressante. Et cela l'était le plus souvent lorsque Spock partageait avec eux ses connaissances. Imperturbable, celui-ci commença son explication :

- On mesure l'évolution d'un peuple à la façon dont sont traités, premièrement ses membres les plus fragiles : les enfants, les personnes âgées, les malades, les handicapés, les pauvres. Deuxièmement par des rapports équitables entre mâles et femelles. Troisièmement la façon avec laquelle sont tolérés tous ceux qui sont considérés comme différents de ce qui est perçu comme la norme. Et quatrièmement par le respect accordé à la vie animale et à l'équilibre écologique de la planète.

Il ne put se retenir de songer au harcèlement dont il avait été l'objet lors de sa vie sur Vulcain, à cause de sa condition de métis. Son peuple, pourtant si évolué, avait encore des progrès à faire... mais ce genre de pensée était totalement inutile. Il devait à tout prix éviter ces ruminations parasites nocives à son équilibre mental. Il les chassa hors de sa pensée. Dès cette discussions achevée, il allait proposer à Jim une partie d'échec afin d'occuper son esprit, et éviter que ce genre de digression improductive ne se reproduise. Jim était vraiment sa force.

- Et c'est le cas ici ? Demanda Christine.

- Tout à fait. Répondit Spock. Ce peuple répond parfaitement à tous ces critères.

- Mais alors, comment expliquer ça ? Insista Uhura, assise à coté de Christine.

Spock regarda les deux femmes, collées l'une à l'autre. Bones avait pris la main de Christine, tendrement, et la serrait doucement. Scotty, timide et gauche, s'était placé tout près de Uhura qui lui adressa un doux sourire d'encouragement. Tchekov et Sulu ne se quittaient plus. Jim, son Jim, s'était assis tout contre lui, son genou contre le sien. Ses barrières mentales autour de ses pensées commençaient à être efficaces, Jim était vraiment doué pour tout. Spock repoussa mollement cette pensée irrationnelle. C'était fascinant de constater à quel point les humains avaient besoin de se rapprocher, d'établir des contacts physiques pour se réconforter, lors des situation anxiogènes.

- Bien que ce peuple se soit pourvu d'une démocratie participative, Expliqua Spock, Il a accordé à sa reine le pouvoir absolu. Elle est reconnue pour sa vive intelligence, et ses importants appétit sexuels.

- Il est probable que ces gens aient toujours cédé aux caprices de cette femme. Intervint Jim. Et s'ils n'ont jamais rien mis en place pour restreindre ses pouvoirs, par conséquent, elle peut tout se permettre. Peut-être même que cela plait au peuple que leur reine soit si... libérée. Comme pouvaient l'être les monarques absolus des temps primitifs.

- Et ça lui arrive souvent de retenir des gens en otage pour ça ? Grommela Bones avec indignation. Elle est belle, ce ne sont pas les postulants qui doivent lui manquer.

- J'ai lu dans les rapports que des jeux-concours sont régulièrement organisés à cet effet. Rapporta Spock. Ces compétitions ont beaucoup de succès. Les candidats semblent tous être sélectionnés soigneusement, et ils sont, sans aucune ambiguïté possible, volontaires. Ils s'opposent lors d'épreuves diverses, physiques et intellectuelles pour prouver leur valeur. Je n'ai lu dans aucun de ces dossiers de situation comme la notre.

- Et notre Jim doit correspondre au profil. Conclut Bones

Spock ne répondit pas, il posa les yeux sur Jim. Oui, son époux ne pouvait que correspondre aux critères de cette femelle, avec son intelligence, son courage et sa beauté virile. Jim soupira :

- Oui, et bien, j'aurai préféré une attaque de chatons anthropophages...

Spock se contenta de hausser un sourcil, trahissant de ce fait un certain amusement, tandis que les autres regardaient leur capitaine avec les yeux ronds, était-il en train de devenir fou ? Bones ne put réprimer un demi sourire:

- J'ai dit un jour à Jim qu'avec sa poisse, il trouverait le moyen de se faire agresser par des chatons anthropophages.

Pour la première fois, Spock s'adressa en vulcain à Jim sans le faire à voix basse :

- Zhagra Tchess ha ? [une partie d'échec?]

- Bath'paik ! ha ! [bordel, oui !]

- Ils sont incorrigibles... Grommela Bones alors que Christine se blottissait contre lui, mais il n'y avait aucune réprobation dans sa voix.

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Cinquième jour de captivité

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- Skamal nash-veh set'ko t'kosu uf ? Vest-tor nash-veh na'ish-veh ? [Comment ai-je attiré l'intérêt de cette femme ? Qu'ai-je fait pour cela ?] Pensa Jim

Spock resserra son bras autour de la taille de Jim. Leurs compagnons de captivité étaient tous endormis, sauf eux.

- Elle était déjà intriguée par notre couple. Son ambassadrice Yua'na faisait partie des diplomates que nous avions amenés sur Babel, elle a dû lui parler toi. La femelle t'en a parlé lors du repas.

- Nam-tor kanok-vei lafot t'nash-veh [Tout est de ma faute], j'ai été trop aimable avec elle, elle a dû imaginé que je la courtisais.

- Jim ! Gronda Spock. Tu as toujours eu un fort potentiel de séduction. Souviens-toi, sur Altaïr VI, nous étions invités à tous les dîners...

- Parce que nous sommes un couple inter-ethnique qui correspond aux valeurs prônées par la fédération des planète.

- Non, Jim. Cette femelle a jeter son dévolu sur toi à l'instant où elle est entrée dans la salle de réception. Et toi, tu as juste été toi-même. Tu n'es coupable de rien ! Ton seul crime est d'être un humain doté de beaucoup de charme !

Pour le coup, Jim rougit jusqu'aux oreilles. Ce n'était pourtant pas la première fois qu'on lui faisait ce compliment. La pensée de Spock s'éleva à nouveau dans son esprit, grondante :

-Zadau nash-veh nah-tor t'du ta nam-tor t'lafot t'du ! [Je t'interdis de penser que c'est de ta faute !]

La main de Spock s'empara de la sienne, doigts contre doigts, dans un Ozh'esta tendre [baiser vulcain]. Jim se laissa glisser dans une sorte de bien-être.

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La semaine s'était étirée lentement, dans une sorte d'anxiété chronique mais larvée, car chacun faisait de son mieux pour n'en rien laisser paraître.

Ils dormaient mal, en permanence sur le qui-vive. D'un même accord tacite, ils avaient rapprochés leurs matelas les uns des autres. Cela leur donnait sur sorte de sentiment de sécurité, de cohésion.

Les repas leur étaient transmis à heures fixes et répondaient à leurs besoins nutritionnels. Il ne leur était pas nécessaire de demander la permission pour accomplir leurs soins d'hygiène, puisqu'une salle d'eau était à leur disposition. Ce qui leur épargnait d'avoir à subir la douloureuse infantilisation de devoir demander la permission pour aller aux toilettes, à laquelle sont souvent assujettis les otages.

Ils avaient mis en place une sorte de routine rassurante. Toute la matinée était consacrée à l'apprentissage de l'aïkido. L'après-midi se passait en débats animés ou en discussions tranquilles, chacun prenant bien soin à ne jamais heurter la susceptibilité de son interlocuteur. Le fin de la journée s'achevait par une longue séance de méditation, et une partie d'échec de plus pour Jim et Spock.

Tchekov et Sulu se découvraient plus de points communs qu'ils ne l'auraient cru, alors qu'ils venaient tous deux d'horizons totalement différents. Ils passaient de longues heures à parler ensemble de tous les endroits qu'ils avaient envie de visiter une fois sortis de leur geôle. Leur amitié, déjà solide, en était renforcée.

Scotty et Uhura se rapprochèrent, flirtèrent adorablement. Ils étaient mignons à observer: cette grande gueule maladroite de Scotty était en réalité vraiment timide avec les femmes. Il lui contait fleurette avec délicatesse, et elle le trouvait de plus en plus craquant. Il avait cette façon de prendre ses doigts dans ses grosses mains qui lui donnait l'impression d'être une princesse de porcelaine.

Christine passait le plus clair de son temps dans le bras de Bones. Pudiques, ils ne se bécotaient pas, mais s'échangeaient des mots doux en chuchotant. Christine adorait les enfants, et Bones commençait à penser que Christine était peut-être la femme de sa vie, il commençait à se sentir tenté d'essayer à nouveau de fonder une famille, avec elle. Leur amour s'approfondissait doucement. Jim trouvait qu'ils étaient beaux à regarder, tout en se sentant idiot de penser cela.

Spock restait parfaitement imperturbable, et Jim avait, dès le troisième matin, avait réussi à atteindre cette même impassibilité. Et pourtant, tous deux étaient aux prises avec une vive colère mêlée d'indignation, à laquelle s'ajoutait pour Jim un cuisant sentiment de culpabilité, qui augmentait jour après jour. Cette apparente force tranquille rassurait le groupe, aidait à apaiser les tensions. Ils ne se quittaient pas de la journée, ne perdaient pas une occasion de se frôler, de se toucher, de rester épaule contre épaule, genoux contre genoux...

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Sixième jour de captivité

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- Cela fera une semaine demain que nous sommes ici. Dit Spock.

- J'ai le pré-sentiment que cette reine ne se lassera pas. Soupira Jim

- Nam-tor ish-veh kuv nuf, Nam-tor spa' nash-Ek'tra rik'gu-vam [ Si tel est le cas, le comportement de cette reine est irresponsable] Répondit Spock gravement.

- Heh kuv fator ko-veh ha, Spock ? Na'shikhau du t'nash-veh tan ra ? Sanu, kesa'uh nash-veh svi'Whl'q'n, Svi'telsu fam [Et si elle persiste, Spock ? Que me conseilles-tu de faire? S'il te plait, réponds-moi comme un Vulcain, Pas comme un époux!]

- Spunau bolayalar t'Wehku bolayalar t'Zamu il t'Veh [Les besoins du plus grand nombre l'emportent sur celui d'un seul]...Répondit Spock, la mort dans l'âme, dévoré par la possessivité, et la douleur face à ce que Jim allait devoir, encore, subir, maudissant son impuissance.

Cette phrase était de Surak kau-bosh [Surak le sage], et il la détesta pour tout ce qu'elle impliquait pour Jim.

- Vesht-Kentor nash-veh [j'ai compris]

Le temps d'un instant, chacun perçut la profonde détresse de l'autre résonner avec la sienne, avant que leurs barrières mentales respectives ne s'érigent comme pour se protéger l'un l'autre

Bones avait suivi leur dialogue avec attention, sans comprendre ce qu'il disaient. Il devina cependant la décision de Jim. Son cœur se serra. Il posa un regard douloureux sur lui. Lui aussi se sentait douloureusement impuissant.

Ce soir là, Jim et Spock se couchèrent face à face, et tant pis pour leur image d'officier (mais les autres captif se contrefichaient totalement de la position qu'ils prenaient dans le lit). Spock allongé sur le dos, Jim presque couché sur lui, une jambe entre celles du vulcain. Les bras de Spock restèrent serrés autour de Jim pendant toute la nuit.

Ils méditèrent, jouèrent aux échec, voyagèrent en pensée, mais n'arrivèrent pas à dormir, même leurs tendres Ozh'esta ne parvenaient plus à les détendre ...

L'un comme l'autre savaient que le pire était à venir.

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à suivre

- Alors, Capitaine, avez-vous bien réfléchi ? Nous ne serons pas aussi gentil avec vos amis si vous persistez dans votre refus.

Jim comprit parfaitement la menace, d'autant plus que les yeux de la ministre Lian'aë étaient fixement posés sur Spock.


J'ai fait des recherches sur le net, afin que nos amis aient un comportement crédible, j'espère avoir réussi et ne pas vous avoir ennuyé.

Au départ, le récit de cette captivité ne faisait seul chapitre. Mais au fur et à mesure que je voyais nos amis interagir, et la relation entre Jim & Spock s'approfondir, il s'est allongé...

Avez-vous apprécié ce "calme" avant la tempête ?

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La phrase que prononce Spock, telle une sentence de mort, est une citation de Surak. Je l'ai trouvée dans le Vulcan langage dictionary (elle est donc garantie sans faute d'orthographe en vulcain) :

Spunau bolayalar t'Wehku bolayalar t'Zamu il t'Veh [Les besoins du plus grand nombre l'emportent sur celui d'un seul]

parmi ces phrases, une que les vulcains qui ont méprisé Spock pour son métissage semblent avoir oubliée :

Ma etek natyan teretuhr lau etek shetau weh-lo'uk do tum t'on [Nous sommes différents. Puissions-nous, ensemble, devenir plus grand que la somme de nous deux]...

En fait, elle résume bien cet enrichissement mutuel entre Jim & Spock