Coucou !
Et voici le dernier chapitre de cette fiction ! Je poste l'épilogue à la suite aujourd'hui vu qu'il est très court ! Merci à tout ceux qui auront lu cette histoire en intégralité. Ça a été un bonheur de vous la faire découvrir !
Merci à Célia, Meryem d'amour et Clémence pour les reviews !
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/!\ PRESENCE DE VIOLENCE ET DE SITUATION CHOQUANTE /!\
Chapitre 27
Le cœur de Kurt dégringole dans son ventre. Il a l'impression qu'il ne reste plus un seul gramme d'air dans ses poumons. Il fixe ouvertement Blaine qui partage désormais sa chaise longue après avoir étalé de la crème solaire sur sa peau. Le corps de Blaine est entièrement tendu mais il semble plus déterminé que jamais. Kurt se sent à la fois nerveux et excité. Blaine est enfin prêt à tout lui raconter. Plus de secrets, plus de questionnement, plus d'espérance que Blaine lui fasse un peu plus confiance. Il se sent un peu coupable de vouloir savoir aussi fort mais ils ont atteint ce stade : Blaine est prêt. Ils sont prêts.
« Tu es sûr ? » demande Kurt en retirant ses lunettes de soleil.
« Je t'ai presque tout raconté hier avant qu'on aille se coucher. » avoue Blaine, « Mais je voulais qu'on soit rien que tous les deux et qu'on ait du temps pour en discuter. J'ai… beaucoup de choses à dire. »
Kurt comble l'espace entre eux et pose sa main sur le genou de Blaine. Il a en fait envie de se pencher vers lui et de l'embrasser mais il a peur de trop le distraire et que Blaine ne retrouve jamais le courage de lui parler.
« Je t'écoute. » assure Kurt, « Seulement si tu es vraiment prêt. »
« Je le suis. » dit Blaine, « Je suis prêt. »
Il s'assoit en tailleur pour être face à Kurt et l'autre garçon en fait autant. Ils posent tous les deux leurs lunettes de soleil sur la petite table et Blaine prend une longue gorgée de sa citronnade. Kurt suit chacun de ses mouvements. Les yeux de Blaine fixe le vide, droit devant lui. Un silence interminable s'étend entre eux et Kurt se demande brièvement si Blaine a oublié qu'il est supposé parler.
« Mon père n'a pas toujours été aussi horrible. » commence Blaine son histoire par un sujet qui étonne Kurt, « Je me souviens de certains trucs de mon enfance. On jouait aux pirates sur cette cage à poules qu'il y avait au fond du jardin et il me lisait des histoires avant d'aller au lit. Il travaillait beaucoup - il a toujours été très occupé - mais ce n'était pas un père absent. J'étais pourri gâté mais je suis sûr que tu t'en étais douté quand il a mentionné le piano et les ordinateurs. »
Kurt a du mal à imaginer Blaine dans le rôle de l'enfant trop gâté qui supplie pour avoir de nouveaux jouets ou les derniers gadgets à la mode comme le font la plupart des gamins, lui y compris.
« Mes parents viennent tous les deux- venaient de familles riches. » explique Blaine, « Je n'exagère pas quand je dis ça. La maison que tu as vue, celle où mon père vit, est petite comparée à celle que nous habitions avant. Crois-moi. »
« Tu n'as pas grandi dans cette maison alors ? » interroge Kurt, incapable de visualiser une maison encore plus grande pour une famille de trois personnes.
« Non. » répond Blaine, « On a vécu dans cette maison seulement un an avant que ma mère et moi partions. Le piano tenait toujours dans ma chambre. Il m'en a vraiment acheté pour mon anniversaire l'année avant qu'on déménage dans la maison que tu as vue. Et je l'ai vraiment supplié pour avoir ces deux ordinateurs. J'avais toutes les choses matérielles que je voulais parce que l'argent n'était pas un problème pour nous. J'avais une guitare acoustique, une guitare électrique et une batterie que je n'ai jamais touchée. J'avais tout ça seulement parce que je l'avais demandé. »
« Je ne comprends pas. » interrompt Kurt, « Pourquoi l'argent est aussi important dans ton histoire ? Enfin, je me doute qu'il a sûrement été difficile de tout perdre mais- »
« Parce que c'est la raison pour laquelle on est devenus SDF. » dit Blaine.
«... Je ne comprends pas. »
Blaine lui offre un sourire compréhensif et acquiesce en se concentrant finalement sur le visage de Kurt pour reprendre son récit.
« Ma mère a été élevée comme moi. Avant qu'on soit sans-abri, je veux dire. » précise-t-il, « On avait de l'argent. On faisait des croisières et des voyages en Europe et en Russie avant même que je commence l'école maternelle. Mon père s'occupait de notre argent, exactement comme le père de ma mère le faisait avec celui de sa fille avant qu'elle se marie. Ma mère a grandi dans un monde où son seul travail était de dépenser de l'argent, pas de l'économiser. Elle ne s'est jamais embêtée de vérifier les relevés bancaires ou les factures. Elle n'a jamais travaillé et n'a jamais gagné de salaire de sa vie. Il y avait toujours quelqu'un d'autre pour s'occuper des finances. Elle a été élevée pour être jolie, pour épouser un homme riche et pour me laisser un héritage conséquent quand elle partirait. Chaque centime qu'elle possédait était déposé sur plusieurs comptes, tous au nom et gérés par mon père. Elle n'a jamais su se débrouiller par elle-même, c'est ce que j'essaie de te dire. Elle pouvait te traîner dans une virée shopping en un éclair mais c'était sa seule compétence. »
« Donc… quand elle a quitté ton père et qu'elle t'a emmené avec elle. » conclue Kurt, « Elle ne savait pas comment se débrouille toute seule. »
« Pas seulement. » contre Blaine, « C'est sûr, c'était épuisant d'apprendre la vraie vie après notre départ mais elle avait les problèmes que moi avant que ton père ne m'engage au garage : pas d'adresse, pas de compte bancaire, pas de numéro de téléphone, pas de références et pas d'expérience professionnelle. Elle a été jetée dans un monde dont elle avait oublié l'existence et a suivi les mauvais conseils d'inconnus. »
Kurt hoche la tête sans rien ajouter. Il n'arrive même pas à s'imaginer ce qu'ils ont pu vivre. Même s'il n'a encore jamais travaillé, il a toujours su qu'il devrait se trouver un job une fois parti de chez son père. Ne pas avoir de boulot n'a jamais été une option. C'est une évidence pour lui.
« Bref. » reprend Blaine en secouant la tête comme pour s'éclaircir les idées, « Pardon, je n'explique pas très bien. Il y a tellement de détails et une chose en entraîne une autre et je me perds un peu en chemin. »
« Ne t'excuse pas. » dit Kurt, « Raconte-moi seulement ce que tu veux faire sortir. On pourra tout remettre dans l'ordre ensemble quand tu auras fini. »
« Merci. » souffle calmement Blaine avant de prendre une profonde inspiration et de recommencer à parler, « Donc, mon père n'a pas toujours été un homme mauvais. Jusqu'à ce qu'il le devienne. »
« Je suppose que l'alcool y est pour quelque chose. » propose Kurt.
« En fait, tout a commencé quand il a trompé ma mère avec la femme qu'elle considérait comme sa meilleure amie au country club. » révèle Blaine, « D'après ce que j'ai compris, elle les a pris en flagrant délit après être venu me chercher plus tôt à l'école parce que j'étais malade. »
« Seigneur. »
« Mais il était hors de question de divorcer. Il y avait beaucoup trop d'argent en jeu, peu importe combien ils avaient tous les deux envie de se séparer. Ils ont commencé à se disputer très souvent et c'est comme ça que mon père s'est mis à boire. Il a l'habitude de boire du whisky mais… il devient violent avec le gin. Je ne sais pas pourquoi mais les pires moments sont arrivés ensuite. Il nous- Il- »
Blaine bafouille et se tortille nerveusement les doigts. Kurt les prend entre ses mains et les serre fermement.
« Tu n'es pas obligé de me donner tous les détails si tu n'en as pas envie. D'horribles choses sont arrivées, c'est assez clair pour moi. »
« Non, je- je dois le faire. »
« D'accord. » murmure gentiment Kurt, « Seulement tu penses en avoir besoin. »
« Il- dieu, ok. Il battait ma mère. » lâche finalement Blaine, soupirant quand les mots passent la barrière de sa bouche, « Il dépensait tellement d'argent dans l'alcool et, quand on a emménagé dans la plus petite maison, il achetait tout un tas de trucs inutiles. Il a commencé à battre ma mère et à lui dire que c'était de sa faute si on avait déménagé. Même s'il était celui qui s'occupait des comptes et de l'argent, il disait sans cesse que si elle ne l'avait pas surpris ce jour-là avec l'autre femme, rien n'aurait changé et il n'aurait jamais commencé à boire. Mais ma mère n'était pas idiote. » enchaîne Blaine, défendant désespérément sa mère, « Elle avait juste- Elle avait plus peur de perdre la vie qu'elle avait toujours connue - avec l'argent et tout le reste - qu'elle ne le craignait lui. Je crois sincèrement qu'elle espérait qu'il mourrait d'une intoxication avec tout l'alcool qu'il ingurgitait et qu'elle… enfin, tu vois le truc. »
Oui, Kurt voit très bien. Le père de Blaine serait mort et sa mère aurait simplement engagé quelqu'un pour s'occuper de ses finances pour qu'elle puisse garder son train de vie. C'est morbide, c'est certain, mais la mère de Blaine pensait n'avoir aucune autre option. Kurt sait qu'elle en avait pourtant.
Il y a toujours une échappatoire, même si personne ne s'en rend compte. Enfin, il s'imagine que madame Anderson n'aurait probablement jamais trouvé la sienne. Elle n'avait aucune famille en qui se confier - Blaine lui a expliqué il y a un moment que ses grands-parents étaient tous décédés quand il était enfant - et elle n'avait aucun ami digne de confiance. Elle aurait eu bien trop honte de demander de l'aide auprès d'un psychologue d'après Kurt.
Elle a finalement réussi à s'en sortir, sinon Blaine ne serait pas là pour raconter son histoire.
« Qu'est-ce- Qu'est-ce qui a changé ? » questionne Kurt, « Si elle était tellement déterminée à endurer la maltraitance, qu'est-ce qu'il lui a fait changé d'avis ? Pourquoi elle a préféré aller vivre dans la rue ? »
« Il m'a frappé. » dit simplement Blaine, « Je suis descendu de ma chambre un soir et ils se criaient dessus. D'ordinaire je les- je les ignorais simplement. Ils se disputaient tout le temps et j'ai fini par m'y habituer. Mais, quand je suis descendu ce soir-là, je l'ai vu la gifler. C'était- C'était la première fois que je le voyais lever la main sur elle. Enfin, j'avais déjà vu les hématomes. Je l'avais déjà vu serrer son bras un peu trop fort ou la pousser mais jamais la battre. J'ai- J'ai craqué. Je l'ai obligé à la lâcher et je l'ai frappé de toutes mes forces dans la mâchoire. Je n'avais pas vraiment d'expérience dans la bagarre alors j'imagine qu'il n'a pas eu aussi mal que je l'aurais voulu. Ensuite il m'a cogné si fort que je suis tombé par terre. Ma mère s'est mise à hurler et il a commencé- il a commencé à me mettre des coups de pieds dans le ventre. Je ne pouvais rien faire d'autre que pleurer et le laisser faire. »
« Oh mon Dieu. » grogne Kurt, grimaçant à ces pensées si violentes.
Il sent qu'il va être malade avant la fin de l'histoire, rien qu'en écoutant toutes ces horreurs.
« Je suis désolé. » s'excuse rapidement Blaine en caressant lentement les bras de Kurt de ses mains chaudes, « On n'est- Je suis désolé, je n'ai même pas pensé- Tu n'es pas obligé d'écouter. Ce n'est pas grave si tu ne veux pas écouter la suite. »
« Non, non. » dit Kurt en secouant la tête, « Non, je veux que tu puisses me parler. Plus- Plus de secrets, tu te souviens ? »
« Tu es sûr ? » demande timidement Blaine en regardant Kurt avec une touche d'appréhension.
Kurt opine et Blaine cède.
« D'accord. Plus de secrets. »
« Donc il- il te mettait des coups de pieds. » répète Kurt en tentant d'ignorer la monstruosité d'une telle scène.
« Il me mettait des coups de pieds. » reprend Blaine, « Ensuite, il m'a soulevé et m'a frappé si fort que j'ai perdu connaissance. Quand je me suis réveillé, il n'était plus là et ma mère était- elle était- inconsciente par terre, à côté de moi. »
Les traits de son visage tombent et une expression terrible floute ses yeux.
« J'ai cru qu'elle était morte. »
« Mais elle ne l'était pas. » ajoute doucement Kurt, connaissant déjà la fin de l'histoire.
« Non. » soupire Blaine, « Je ne savais pas quoi faire. J'ai commencé à pleurer, à- à la secouer et à la supplier de se réveiller. Elle est finalement revenue à elle. Je me souviens avoir terriblement mal à la tête et j'avais du mal à respirer. J'ai demandé à ma mère Maman, qu'est-ce qu'on va faire quand il reviendra ?, elle m'a répondu On ne sera plus là. On a fait nos bagages et on est parti. On est restés à l'hôtel cette nuit-là et j'ai nettoyé le sang qu'elle avait sur le visage. »
« Comment vous vous êtes offert une chambre d'hôtel ? » interroge Kurt, esquivant la mention du sang.
« On avait tous les deux pris tout le liquide qu'on avait. Elle voulait prendre toutes ses cartes de crédit mais je lui ai dit qu'il pourrait les déclarer voler. Alors elle les a laissées. C'était étrange de savoir que les cent dollars dans nos poches étaient tout ce qu'il nous restait au monde. Je n'ai jamais vraiment réfléchi au fait qu'ils allaient finir par s'épuiser. Je n'avais jamais eu ce problème et c'était- c'était très bizarre. »
« J'imagine. » accorde Kurt.
Blaine a grandi dans un monde où il avait tout ce qu'il désirait. Et tout à coup, plus rien.
« Nous avons dépensé notre argent inutilement. On aurait pu rester dans un motel moins cher et acheter de la nourriture plus basique. On s'est rapidement retrouvés à sec. C'est à ce moment-là qu'on a commencé à chercher des places dans les refuges. Je ne me rappelle même pas toutes les villes qu'on a visitées. Tout est tellement flou, même si j'étais là physiquement. La plupart des refuges ne voulaient pas que je reste avec ma mère, même si j'étais son fils. Je suis resté dans un refuge pour homme et elle, dans un réservé aux femmes et aux enfants. »
« Tu- Tu m'as déjà dit que tu avais vécu une mauvaise expérience dans un refuge. » dit doucement Kurt.
Blaine hoche la tête, les yeux verrouillés sur le sol.
« Est-ce qu'on peut rentrer ? » demande-t-il, « Les choses deviennent plus- plus difficiles à partir de là et je ne, hmm, veux pas que les voisins entendent. »
« Oui, bien sûr. » accepte Kurt en se levant et en se dirigeant vers la maison.
Ils laissent leurs affaires dehors, aucun des deux n'ayant le cœur de les récupérer et de les ranger. Ils restent silencieux quelques minutes, comme pour recharger leurs batteries avant de plonger dans la prochaine partie de l'histoire. Ils s'installent dans le canapé. Blaine s'allonge et Kurt s'étend à ses côtés, posant sa tête sur son torse. Il entend les battements fous du cœur de Blaine et, pendant une minuscule seconde, il se demande s'il va s'échapper de sa poitrine.
« Après quelques mois, on s'est mis à voler de la nourriture les jours où on ne pouvait pas aller dans les refuges. Les places étaient limitées. On avait le droit à un repas quand on restait au refuge. Survivre était plus facile. Mais ma mère a commencé à- à écouter ce que les gens disaient. Un jour, elle est venue me voir et- mon Dieu, c'est horrible. »
« Tout va bien. » le calme Kurt en frottant le flanc de Blaine d'un geste qu'il espère réconfortant, « Prends ton temps. »
Blaine marque une pause, soupire avant de reprendre :
« Il n'y a pas de façon douce de le dire. » souffle-t-il, « En gros, elle m'a parlé de prostitution. »
« Q-Quoi ? » bégaie Kurt.
« Elle avait entendu des gens en discuter et combien il était facile de gagner de l'argent comme ça. Elle m'a demandé si j'étais d'accord pour qu'elle le fasse. J'ai dit non, évidemment. J'avais entendu des hommes en parler aussi dans mon refuge et ça me dégoûtait. Cette solution ne m'avait jamais- jamais traversé l'esprit. Alors on a continué de se débrouiller comme depuis le départ. On dormait dans les refuges quand il y avait de la place et dans la rue quand il n'y en avait plus. »
Il s'arrête un instant.
« J'ai entendu ma mère pleurer la première fois qu'on a dû dormir dans une ruelle. J'ai pleuré aussi. Je voulais juste rentrer à la maison. Je m'en fichais de mon père. Je voulais juste dormir dans mon lit. »
Kurt renifle, étonné d'être le premier à craquer durant cette conversation. Il n'arrête de penser à un Blaine jeune et minuscule, emmitouflé dans une ruelle à côté de sa mère en pleurs, en plein milieu de la nuit, espérant seulement retourner chez lui, auprès de son père violent. Ses larmes coulent sur son visage et tombent sur la peau chaude et dorée de Blaine.
« C'était dur. » soupire Blaine, « La première année était vraiment dure. Je mourrais de faim et ma mère me manquait toutes les nuits où je n'étais pas avec elle. La raison pour laquelle j'ai arrêté d'aller dans les refuges est que j'avais cette bague que ma grand-mère m'avait légué quand elle est décédée. Je l'avais mise dans mon sac le soir où on a quitté de la maison, je ne m'en rappelais même pas. Elle devait être importante pour moi pour que je pense à la prendre alors que notre vie partait dans tous les sens. Bref, des hommes m'ont vu la sortir de mon sac quand je l'ai retrouvée. Ils ont dû croire qu'elle avait de la valeur et ils m'ont tabassé quand j'ai refusé de la leur donner. Ils m'ont traîné dehors, m'ont cassé une côte et deux doigts. Ils ont volé la bague et m'ont laissé sur place. Je ne me sentais plus en sécurité dans les refuges après ça. »
Le fait que Blaine raconte cette attaque aussi platement, d'un ton aussi monotone donne envie à Kurt de le serrer dans ses bras aussi fort que possible et de ne jamais le relâcher. Pire encore, Kurt arrive à s'imaginer très clairement cette scène. Il voit Blaine ensanglanté et brisé, roulé en boule devant les portes d'un refuge où il pourrait être au chaud mais où il craint entrer à nouveau par peur qu'on le blesse un peu plus.
« Mais ensuite- ensuite tout a changé. On dormait sous un pont quelque part. Ma mère n'avait pas trouvé de place dans un refuge cette nuit-là. » continue Blaine, « Elle est tombée malade. Elle- Elle n'arrêtait pas de tousser et j'ai vraiment cru qu'elle allait mourir ce soir-là. Pourtant, elle me disait que ce n'était rien de grave, que c'était seulement un mauvais rhume. Elle toussait tellement fort qu'elle m'empêchait de dormir. On n'avait plus d'argent et j'avais besoin qu'elle aille mieux. Je savais très bien que je ne pourrais pas m'en sortir tout seul. C'est- C'est pour ça que je l'ai fait. J'étais obligé. Je devais gagner de l'argent pour pouvoir lui acheter des médicaments. Alors je suis- je suis allé dans ce quartier dont les hommes d'un de mes refuges parlaient et- je suis désolé. » souffle Blaine en passant ses doigts dans les cheveux de Kurt pour le tenir encore plus près, « Je ne- Tu étais mon premier mais- mais je devais le faire. »
« Blaine ? » chuchote Kurt en levant la tête pour découvrir les yeux de Blaine fermés et l'anxiété gravée sur son visage, « Tu- Qu'est-ce que tu as fait ? »
« Il y avait un- un homme. » explique Blaine en tremblant légèrement, « Il- Il m'a payé pour- oh mon Dieu, il m'a payé pour- pour le masturber. Mais je n'avais jamais- je te jure que je n'avais jamais couché avec personne avant toi. Je n'aurais jamais laissé quelque chose comme ça arriver. Mais je- il m'a donné vingt dollars et j'ai pu acheter des médicaments et du sirop contre la toux pour ma mère. J'ai même pu nous acheter des bouteilles d'eau. »
Le sang dans les veines de Kurt se fige.
Un coin sombre. Un lampadaire cassé. Un garçon et un homme. Le garçon se mord la lèvre si fort qu'elle se fend alors que l'homme grogne et jouit sur le trottoir dégoûtant. Le garçon accepte l'argent et s'en va en ignorant le sourire sinistre de l'homme. Il vomit dès qu'il atteint le prochain pâté de maisons.
Kurt s'imagine très bien cette mise en scène morbide, comme si le souvenir se rejouait sous ses yeux.
« Tu- Mais je croyais que tu n'avais- en fait, tu n'as jamais rien dit. » bredouille Kurt avec confusion.
Il aurait pu jurer que Blaine lui avait assuré qu'il n'avait jamais rien fait sexuellement parlant mais, en y réfléchissant bien, ces mots n'ont jamais passé les lèvres de Blaine.
« Ce n'est pas arrivé beaucoup de fois. » dit doucement Blaine, semblant être à deux doigts de vomir, « Je n'ai jamais couché avec personne ou embrassé qui que ce soit avant toi. La plupart du temps c'était seulement, hmm, avec les mains. J'ai utilisé ma bouche une seule fois et je l'ai obligé à porter un préservatif. Je ne voulais pas- pas attraper quelque chose. Plus de secrets, n'est-ce pas ? J'ai- Je n'ai pas voulu attendre avant de te faire l'amour, je n'ai pas voulu qu'on y aille étape par étape à cause de tout ça. Je ne voulais pas que de mauvais souvenirs remontent à la surface . »
Kurt repense à leur première fois, à la façon dont Blaine a voulu être le plus proche possible de lui sans 'prendre son temps et expérimenter' avant. Il aurait peut-être dû prendre le temps de s'arrêter sur ce problème mais Kurt n'aurait jamais imaginé que Blaine aurait pu se prostituer durant la période où il a vécu dans la rue. Il a l'impression qu'il devrait se sentir déçu ou blessé mais Blaine ne lui a jamais menti, pas vraiment.
Il a juste omis quelques détails.
Mais maintenant Kurt comprend ce qu'a voulu dire Blaine quand il l'a prévenu qu'il pourrait le voir sous un nouveau jour en connaissant son histoire. L'information que vient de lui donner Blaine a changé les choses, c'est certain, mais dans le bon sens. Toujours dans le bon sens. Désormais Kurt sait pourquoi Blaine est méfiant sur certaines pratiques sexuelles. Kurt n'est pas exactement confortablement à l'idée que son petit-ami ait fait ce genre de choses avec des inconnus dans la rue mais tout le monde a un passé. Celui de Blaine est juste un peu plus sombre que le commun des mortels.
Kurt inspire profondément pour se calmer et dit :
« Ce n'est rien. Je comprends. »
« Comment- Comment tu peux- »
« Tu as fait ce que tu avais à faire. » déclare Kurt, « Tu as trouvé un moyen de survivre et je ne te le reproche pas. Je ne peux pas te blâmer alors que j'ignore ce que j'aurais fait si j'avais été dans ta situation. C'est arrivé. Tu ne fais plus toutes ces choses. C'est comme ça. »
« Je suppose… » lance lentement Blaine, « Je- Je ne veux juste pas- Je ne veux pas que tu penses que j'ai pris du plaisir ou- »
« Je n'ai jamais pensé une chose pareille. » le coupe Kurt, « C'est horrible. C'est- non, je ne penserais jamais ça. Et ce que je pense de toi n'a pas changé, d'accord ? »
Blaine pose un tendre baiser sur le front de Kurt et la tension de tout son corps semble s'évaporer. Il y aura peut-être un jour où Kurt voudra en savoir plus, aura plus de questions mais, pour l'instant, Blaine doit lui raconter le reste de son histoire.
« Merci. » murmure Blaine en frottant sa joue contre les cheveux de Kurt.
« Donc ta mère a guéri. » presse Kurt.
« En effet. » dit Blaine, « Mais après que je lui ai raconté ce que j'avais dû faire, elle s'est lancée dans ce genre de business aussi. J'ai essayé de l'en empêcher mais, entre temps, j'ai dû recommencer pour qu'on ne meure pas de fin alors elle m'a juste ignoré. Il y a eu- Il y a eu une fois où- merde, ok. » marmonne Blaine dans sa barbe en prenant un grand souffle.
Kurt attend patiemment en traçant des formes imaginaires sur le flanc nu de Blaine.
« Je vais simplement cracher le morceau : un homme a payé ma mère deux cents dollars pour qu'elle le laisse lui injecter de l'héroïne et la baiser pendant qu'elle planait. »
« Quoi ? » halète Kurt, ne s'étant clairement pas attendu à une telle annonce.
« Il y a des gens vraiment tordus. » rétorque platement Blaine, « Cet homme était l'un d'eux. C'était énormément d'argent d'un seul coup pour nous alors elle l'a laissé faire. »
« C'est- oh mon Dieu. » grogne Kurt, se sentant nauséeux.
« C'est dégoûtant, je sais. » concède Blaine, « Après ça, ma mère est devenue accroc. Elle m'emmenait parfois avec elle dans ces- ces bars à opium ou- ou dans ces squats remplis de junkies. Je ne sais pas s'il y a un mot pour les endroits où des personnes s'assoient et passent leur temps à s'injecter des doses mais tu vois le truc. »
« Elle t'a emmené avec elle ? »
« Elle ne voulait pas me laisser tout seul autant de temps, j'imagine. Je n'en sais rien. Mais, oui, elle m'a emmené. On n'avait rarement de l'argent à dépenser dans la drogue alors elle les laissait juste profiter d'elle pour la journée. »
Kurt vomit presque. Il ravale la bile âpre qui lui montre à la gorge.
Il doit savoir.
« Est-ce que tu- Est-ce que tu as déjà- »
« J'ai essayé une fois, oui. » avoue Blaine, tellement doucement que Kurt ne l'entend presque pas, « Je suis resté bloqué dans cet endroit une journée complète et cette fille… m'a convaincue. Je n'étais pas très difficile à convaincre. Je voulais savoir dans quoi était plongé ma mère. »
« Je… vois. »
« Je me suis senti très mal au début. » explique Blaine, « Ils disaient tous que la première prise de drogue n'est pas forcément la meilleure mais, après un moment, j'étais juste… calme. Je me sens en sécurité même si j'étais loin de l'être. Je me souviens que la fille me souriait et qu'elle a posé sa tête sur ses cuisses. J'ai repoussé les sons qui venaient de la pièce d'à côté où ma mère était- bref, après quelques minutes ou quelques heures, je ne sais plus trop, j'ai eu envie de faire pipi. Je suis allé aux toilettes qui se trouvaient dans la salle de bains. »
Blaine s'arrête au milieu de son récit. Kurt est physiquement répugné par toute cette histoire, mais jamais par Blaine. Il reste le garçon dont il est amoureux. Il reste le garçon qui l'a embrassé et qui lui a écrit une chanson. Il reste le garçon qui le touche tendrement et qui se blottit contre lui pendant leurs siestes sur le canapé. Parfois il est même encore le garçon frissonnant sous un pont qu'il a sauvé après Noël.
Il reste Blaine. Toutes ses choses horribles ne peuvent pas monter Kurt contre lui. Il sait quel genre de personnes est en réalité. Le passé est le passé, se répète sans cesse Kurt.
« Il y avait une fille morte dans la baignoire. » révèle Blaine.
« Il y- Quoi ? » demande Kurt, tiré de ses pensées par la déclaration de Blaine.
« J'étais en train de faire ce que j'avais à faire dans les toilettes et je regardais autour de moi. Il y avait une fille morte dans la baignoire. » répète Blaine, « Je suis juste… resté planté là quelques secondes avant de comprendre ce qui clochait chez elle. Ensuite j'ai remonté mon pantalon, je suis sorti de la salle de bains, j'ai esquivé tous les gens allongés sur le sol et j'ai quitté la maison. Je me suis assis à l'extérieur pour attendre ma mère et je me suis juré de ne plus jamais toucher à la drogue. J'ai tenu ma promesse. »
Une vieille maison crasseuse. Les rideaux sont fermés. Des corps qui respirent à peine et qui planent à un niveau dangereux sans même s'en rendre compte sont éparpillés sur le sol. Ils comatent et sont perdus dans une sorte de brouillard heureux qui se dissipera bien assez tôt. Blaine repousse gentiment la tête de la fille de ses cuisses et parcourt les couloirs recouverts de poussière et décorés d'un papier peint ancien et déchiré par endroit. La lumière de la salle de bains vacille. Il y a une fille à la peau froide, le corps rendu raide par la mort, recroquevillée dans la baignoire sale. Ses bras pâles sont tachetés de traces de piqûres.
Personne ne connaît son nom.
Kurt se met à pleurer ouvertement et cache son visage contre le cou de Blaine en s'accrochant fermement à lui. Il s'imagine très bien cette scène mais Blaine l'a vue sous ses propres yeux et vit avec tous les jours avec ces images. Comment peut-il les supporter d'ailleurs ? Les cauchemars et les problèmes de confiance sont les plus petits problèmes de Blaine. Kurt n'arrive pas à croire qu'il a gardé le pire aussi longtemps pour lui-même. Pas étonnant qu'il ait eu tant de mal à admettre un passé aussi affreux.
« Je suis désolé. » souffle Blaine dans l'oreille de Kurt, « Je n'ai jamais voulu te faire pleurer. »
« Ce- Ce n'est pas de ta faute. » renifle Kurt, ses larmes tâchant la peau de Blaine, « Tu n'as pas demandé à ce que toutes ces choses t'arrivent. »
« Non mais tu n'es pas obligé de m'écouter si tu n'en as pas envie. Je ne veux pas que mes cauchemars deviennent les tiens, Kurt. »
« Mais tu me fais confiance alors je dois t'écouter. »
« Il n'y a pas grand chose à ajouter. » lui dit Blaine, « Ma mère s'est fait arrêtée en possession de drogues et a passé quelques jours en prison. Elle a dû payer une caution avec l'argent qu'elle avait gagné en se prostituant et elle est allé en cure de désintoxication plusieurs mois. Après sa sortie, elle a décidé de partir à la recherche d'anciens amis de la famille au Michigan. Je suppose qu'elle s'était enfin rendu compte de la gravité de la situation. Elle m'a promis qu'elle reviendrait me chercher. Elle pensait que je serais plus en sécurité sans elle après toutes ces histoires de drogue. Je voulais partir avec elle mais elle m'a dit qu'elle mettrait moins de temps à rejoindre le Michigan toute seule. Et tu sais comment ça s'est terminé. J'ai compris qu'elle ne reviendrait pas, j'ai pris la direction de Lima pour essayer de trouver du travail, je suis tombé malade et tu m'as découvert. »
Malgré toutes les nouvelles informations et les détails morbides, quand Blaine soupire à la fin de son histoire, Kurt sent un énorme poids se retirer de ses épaules. Ils n'ont plus de secrets. Il n'a plus à se demander quels horribles souvenirs emplissent les cauchemars de Blaine. Il sait maintenant et il peut le réconforter de son mieux. Il peut regarder Blaine et l'aimer sans qu'aucun non-dit ne plane au-dessus d'eux. Ils ont clôt le roman horrifique de son passé et n'ont plus à en revisiter tous les détails.
Le dernier chapitre est complet. Ils peuvent commencer une toute nouvelle histoire tous les deux.
« Qu'est-ce que tu vois, » interroge doucement Blaine, « quand tu me regardes maintenant ? »
Kurt relève la tête et ses yeux humides vers Blaine et sourit.
« Je vois le garçon dont je suis tombé amoureux. » dit simplement Kurt, « Mais maintenant je sais combien sa vie a été difficile et je peux être plus efficace pour repousser ses mauvais rêves. Je pourrais- Je pourrais avoir quelques questions plus tard. Je ne peux pas te promettre que je n'en aurais pas. Mais… je te comprends mieux désormais. Tout s'explique. Je t'aime toujours, Blaine. Je peux seulement t'aimer tout entier maintenant, comme tu l'as toujours voulu. »
A ces mots, Blaine fond en larmes. Ils pourraient remplir une piscine avec toutes les larmes qu'ils ont versées. Ils avaient tous les deux de bonne raisons, bien sûr.
La vie n'est pas toujours rose, comme Burt l'a un jour dit. Rien n'est facile, peu importe d'où l'on vient. Pauvre ou riche, aimé ou détesté par sa famille, tout le monde a des problèmes. Ils peuvent être différents d'une personne à une autre mais tous importent. Tout le monde mérite d'être aidé. Parce que, en dehors des histoires d'amour, des amis et des rires, chaque personne cache une tragédie.
Ce sont des larmes heureuses cette fois. Des larmes qui couleront, avec de la chance, encore longtemps.
- Quelques mois plus tard -
« Tu as peur ? »
Blaine se tourne vers Burt, assis en face de lui à la table de la cuisine, tous deux entourés des amis de Kurt et des autres membres de leur famille. Kurt discute de la décorations de leur appartement de New York avec Rachel, qui semble d'ailleurs de moins en moins impliquée dans la conversation.
« Au début, oui. » admet Blaine au père de son petit-ami, l'homme qui l'a aussi aidé à changer de vie, « Mais ensuite je me suis souvenu que je serais avec Kurt et je n'avais plus peur du tout. »
« Vu tous les endroits que tu as visités quand tu étais enfant, je me demande comment tu as fait pour ne jamais aller à New York. » dit Burt.
« J'y suis peut-être allé quand j'étais vraiment petit. » rétorque Blaine en haussant les épaules, « Mon père disait que c'était trop banal et qu'il préférait aller en Europe. »
« New York est très banal, c'est vrai. » renifle Burt avec sarcasme.
« Ouais, mon père n'a jamais été très brillant. »
La conversation s'éteint et Blaine tourne son attention vers Kurt, de l'autre côté de la pièce. Il est toujours surpris que, plusieurs mois après que Blaine lui ait avoué son passé, Kurt l'aime toujours autant que lorsqu'il a avoué pour la première ses sentiments, malgré tous les pêchés et les erreurs que Blaine a pus commettre. Il est éblouissant. Il semble brillant de bonheur au milieu de tous ses amis réunis pour fêter leur départ. Ils partent à New York le lendemain.
New York est le point de départ de leur nouvelle histoire.
« C'est assez nul, non ? » demande Burt, « Tu viens à peine de retrouver un foyer que tu dois déjà faire tes bagages et t'en aller. »
Les yeux verrouillés sur Kurt, Blaine Anderson sourit à la nouvelle vie qu'il va construire avec l'homme qu'il aime dans la ville qui ne dort jamais.
« Je ne vois pas ça comme ça. » lance Blaine, « Où que j'aille, vous resterez toujours ma famille. J'aurais toujours ma place dans ce foyer. »
